lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

220107

Les Malchanceux - Germain Nouveau

Les Malchanceux

Quand ils viennent pour naître,
Leur mère va mouri. 
Quand ils viennent pour rire,
Leur père meurt aussi.

Ils s’en vont à la chasse : 
N’y a plus de perdrix ;
Ils s’en vont à la danse :
Les violons sont partis.

Ils ont faim dans le ventre :
La soupe a trop bouilli.
Ils montent dans la chambre :
N’y a plus de draps au lit.

Ils aiment une fille :
La belle fille a ri.
Ils la mènent à l’église :
Le curé refusi.

S’ils prennent une vieille,
Elle a trop de souci ;
Les garçons et les filles
Ne veulent pas veni.

S’ils viennent trois ou quatre,
Il n’y a plus d’habits ;
Ils couchent tous ensemble ;
Ils meurent p’tit à petit.

Donc, s’en vont à la guerre
Pour se faire péri.
La Mort, qui les rencontre,
N’veut pas les faire mouri !

Trop tôt venus au monde,
Ils n’en peuvent sorti.
Prions Dieu qu’il les aye
Ou ben l’diable, ça n’fait ri’.

Germain Nouveau (1851-1920)

Posté par de passage à 22:11 - POÉSIE d'humour, dérision, parodie - Permalien [#]

Le jardin - Jacques Prévert

Le jardin

Des milliers et des milliers d'années 
Ne sauraient suffire 
Pour dire 
La petite seconde d'éternité 
Où tu m'as embrassé 
Où je t'ai embrassèe 
Un matin dans la lumière de l'hiver 
Au parc Montsouris à Paris 
A Paris 
Sur la terre 
La terre qui est un astre. 

Jacques Prévert

Posté par de passage à 19:44 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]

Immense et Rouge - Jacques Prévert

Immense et rouge

Immense et rouge 
Au-dessus du Grand Palais 
Le soleil d'hiver apparaît 
Et disparaît 
Comme lui mon coeur va disparaître 
Et tout mon sang va s'en aller 
S'en aller à ta recherche 
Mon amour 
Ma beauté 
Et te trouver 
Là où tu es.

Jacques Prévert

Posté par de passage à 19:44 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]

Henri Michaux et ses "Propriétés"

Henri Michaux est né à Namur (Belgique) en 1899 et mort à Paris en 1984. Il a acquis en 1955 la nationalité française.

Il découvre Lautréamont (Les chants de Maldoror), dont on retrouve l'empreinte dans son œuvre écrite poétique, "à la marge" du surréalisme. Il écrit des carnets de voyages (Écuador), d'autres récits, ceux-là imaginaires, de voyages en Asie entre-autres, et des récits de ses expériences avec les drogues ...
Son oeuvre picturale (exemple ci-dessous) est importante aussi. Il peint à l'aquarelle, au crayon, à la gouache ou à l'encre.


livre_la_Nuit_remue

Mes Propriétés rassemble, dans le livre La Nuit remue, éd Gallimard (Photo ci-contre), les textes pour lesquels j'ai un faible, et je ne suis pas le seul. Mais on trouvera, dans cette catégorie, d'autres textes.

Adresse au lecteur :
"Ne me laissez pas pour mort, parce que les journaux auront annoncé que je n'y suis plus. Je me ferai plus humble que je ne suis maintenant. Il le faudra bien. Je compte sur toi, lecteur, sur toi qui vas me lire, quelque jour, sur toi lectrice. Ne me laisse pas seul avec les morts comme un soldat sur le front qui ne reçoit pas de lettres. Choisis-moi parmi eux, pour ma grande anxiété et mon grand désir. Parle-moi alors, je t'en prie, j'y compte".

Henri Michaux (dans "Écuador")

Michaux_3 peinture d'Henri Michaux (image empruntée)

Posté par de passage à 19:29 - HENRI MICHAUX et ses "Propriétés" - Permalien [#]

Mes propriétés - Henri Michaux

Mes propriétés

Petit
Quand vous me verrez,
Allez,
Ce n’est pas moi.
Dans les grains de sable,
Dans les grains des grains,
Dans la farine invisible de l’air,
Dans un grand vide qui se nourrit comme du sang,
C’est là que je vis.
Oh! Je n’ai pas à me vanter: Petit! petit!
Et si l’on me tenait,
On ferait de moi ce qu’on voudrait.

Henri Michaux ("La nuit remue")

Posté par de passage à 18:49 - POÉSIE d'humour, dérision, parodie - Permalien [#]

Mes occupations - Henri Michaux

Mes occupations

Je peux rarement voir quelqu'un sans le battre. D'autres préfèrent le monologue intérieur. Moi, non. J'aime mieux battre.
Il y a des gens qui s'assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l'agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au porte-manteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le redécroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et l'étouffe.
Je le salis, je l'inonde.
Il revit.
Je le rince, je l'étire (je commence à m'énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l'introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis au garçon : " Mettez-moi donc un verre plus propre. "

Mais je me sens mal, je règle promptement l'addition et je m'en vais.

Henri Michaux 1899-1984 ("La nuit remue")

Posté par de passage à 18:40 - HENRI MICHAUX et ses "Propriétés" - Permalien [#]

Moi, je vis la vie à côté - Charles Cros

Moi, je vis la vie à côté

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c'est la fête.
Les gens disent : Comme il est bête!
En somme, je suis mal coté.
J'allume du feu dans l'été,
Dans l'usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu'importe ! J'aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J'ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d'un pas normal;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros 1842-1888 ("Le collier de griffes")

Posté par de passage à 18:36 - POÉSIES plus difficiles - Permalien [#]

Les vagues - Géo Norge

vague_blog

 

Les vagues prisonnières ne respirent pas facilement sous un toit. Elles se décolorent, elles perdent leur chevelure d'écume et jusqu'à cette façon de ployer le torse.
Mais malheur à qui fut assez adroit pour capturer une jeune vague, non point assez vigilant pour l'endormir.
Un coquillage oublié dans la maison, quelque forme de vaisseau, lui rend l'instinct de sa race sauvage et voici qu'elle se gonfle, élève sa fureur et se précipite, emportant tout à la mer, où elle recommence une vie d'une grande beauté.

Géo Norge 1923-1988 (poète belge)

voir "Au petit bonheur" , de Géo Norge, dans Lettera amorosa pour la classe

Posté par de passage à 17:15 - POÉSIES plus difficiles - Permalien [#]

Le dormeur du val - Arthur Rimbaud

Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil de la montagne fière
Luit ; c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme.
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

Posté par de passage à 16:59 - Permalien [#]

2007 : dernière année de ch...

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Le projet d'interdiction de fumer dans les cafés en 2008 est une mesure écologique radicale contre le réchauffement de la planète, c'est entendu.

Le changement climatique offrirait cependant des avantages.
Ainsi, fini de traîner sa marmaille au zoo pour distraire les ours polaires, ils se baladeront à poils (courts) dans les rues de nos villes (les ours polaires).
Ce qui, en passant, fera baisser la délinquance.

Pourtant, je ne regretterai pas la disparition de la cigarette dans les bistrots :
Longtemps, à la question de savoir où se trouvait le coin non fumeur, on me répondait invariablement : " y pose ses fesses où y veut, y met le cendrier sur une autre table et y ferme sa gueule".
Maintenant, je me contente de lancer à la cantonade :
" On peut s'asseoir dans vos toilettes ? " Car cet espace, on l'oublie, est non-fumeur par nécessité, difficile en effet tenir son mégot à la main en refermant sa braguette (c'est un exemple).
Et, par bonheur, une majorité de bistroquiers, pour des questions humanitaires, sont contre l'entrée de la Turquie en Europe.... Ils tiennent, comme nos élus, à garder leur siège.

Mais je n'aurai bientôt plus de soucis à me faire, puisqu'avec cette mesure annoncée, 2008 marquera la fin de mes années de ch....

Au lecteur éventuel : Le mot orthographié ch... est un synonyme de toilettes. Je l'avais écrit en entier, mais les moteurs de recherche (Goog...), bizarrement, font apparaître ce mot, dans les résultats de recherche quand on tape "poésies pour la classe", et ça, si c'est pas de la vulgarité ....

Annuaire web

Posté par de passage à 15:58 - soit dit en passant - Permalien [#]