lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

250107

POÉSIES pour la CLASSE - CYCLE 3 et COLLÈGE

 

 sens_interdit_sourire_et_tristeLes textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation.
  Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 

Voici un choix de poésies pour le CE2, CM1, CM2, et le COLLÈGE
Certaines peuvent être proposées en fin de cycle 2.

Voir aussi les catégories "POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3 " et "LETTERA AMOROSA pour la CLASSE".

Contrainte du blog, il faut dérouler la liste et la page. 

 


Liste cycle 3 et Collège

    • Le dormeur du val (Arthur Rimbaud)
    • Danse (Cécile Périn)
    • Ulysse (Louis Guillaume)
    • Le cosmonaute et son hôte (Pierre Gamarra)
    • La pomme (Pierre Gamarra)
    • J’ai vu… (Huguette Amundsen)
    • Le premier vol de l’hirondelle (Pierre Menanteau)
    • Avant-printemps (René-Guy Cadou)
    • A  vol d’oiseau (Michel Luneau)
    • J’écris (Geneviève Rousseau)
    • Grenouilles (Raymond Queneau)
    • Araignée (Pierre Béarn)
    • J’ai vu le menuisier (Eugène Guillevic)
    • Triangles, suivi de Parallèles et Perpendiculaire (Eugène Guillevic) 
    • La biche (Maurice Rollinat)
    • Le vendeur de murmures (Philippe Garnier)
    • En voyage (Jacques Charpentreau)
    • Balançoire (Jacques Charpentreau)
    • L'air en conserve (Jacques Charpentreau)
    • La clé des champs (Jacques Charpentreau)
    • La chevauchée (Jacques Charpentreau)
    • La lessive (Jacques Charpentreau)
    • La fuyante (Jacques Charpentreau)
    • Les pommes de lune (Jean Rousselot)
    • L’ordinateur et l’éléphant (Jean Rousselot)
    • Le coeur trop petit (Jean Rousselot)
    • Je hais les haies (Raymond Devos)
    • L’oiseau voyou (Claude Roy)
    • L'escargot matelot (Claude Roy)
    • C'est tout un art d'être canard (Claude Roy)
    • La clef des champs (Claude Roy)
    • Les manières du soleil (Claude Roy)
    • Déménager (Georges Perec)
    • Terre-Lune (Boris Vian)
    • L’albatros (Charles Baudelaire)
    • Le globe (Nazim Hikmet)
    • Récatonpilu ou le jeu du poulet (Jean Tardieu)
    • L'orange des rêves (Jean-Pierre Siméon)
    • Devinettes (Jean-Pierre Siméon)
    • Comme il est bon d'aimer (Jean-Pierre Siméon)
    • La pluie (Pierre Morhange)
    • Sagesse (Paul Verlaine)
    • Si... (Jean-Luc Moreau)
    • Iles (Blaise Cendrars)
    • Ballade à la lune (Alfred de Musset)
    • Quand la porte se souvient (Hamid Tibouchi)
    • Parfois on ne sait plus rien (Julos Beaucarne.)
    • Le chant de l’eau (Emile Verhaeren)
    • Ma soeur la pluie (Charles Van Lerberghe)
    • Le vent (Emile Verhaeren)
    • Il était une feuille (Robert Desnos)
    • Arbre (Alain Bosquet)
    • Mes vers fuiraient... (Victor Hugo)
    • Voici que la saison (Victor Hugo)
    • Océano nox (Victor Hugo)
    • La chanson de Gavroche (Victor Hugo)
    • J’aime l’araignée et j’aime l’ortie (Victor Hugo)
    • Il s’en passe des choses dans ma cité (Guy Foissy)
    • Les chemins (Alain Le Beuze)
    • Vent (Alain Le Beuze)
    • Exil (Alain Le Beuze)
    • Le cancre (Jacques Prévert)
    • Page d’écriture (Jacques Prévert)
    • Dans ma maison (Jacques Prévert)
    • Tout près du lac (Théophile Gautier)
    • Giboulées (Raymond Richard)
    • Le poisson Fa (Boby Lapointe)
    • Autocritique (Jean-Pierre Develle)
    • La salle à manger (Francis Jammes)
    • Leçon de géographie (Christian Poslaniec)
    • L’averse (Francis Carco)
    • Caillou (Maurice Carême)
    • Le cheval (Maurice Carême)
    • If ... - Tu seras un Homme, mon fils (Rudyard Kipling)

TEXTES CYCLE 3 et COLLÈGE

Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil de la montagne fière
Luit ; c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme.
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud


Danse

Qui danse parmi le thym ?
Est-ce un rayon, un lutin,
Peut-être un petit lapin ?

Est-ce une abeille en maraude,
Une couleuvre qui rôde,
Un lézard couleur d'émeraude ?

Je ne sais. Mais je sais bien
Que tout danse ce matin
Parmi les touffes de thym,

Que l'esprit est une abeille,
Un subtil lézard qui veille,
Un lutin qui s'émerveille,

Ou bien ce petit lapin
Qui joue et bondit soudain
Parmi les touffes de thym.

Cécile Périn ("Pénélope")



Ulysse

- Ulysse, Ulysse, arrête-toi,
Écoute la voix des sirènes
Plonge, va trouver notre reine,
Dans son palais, deviens le roi
Mais Ulysse préfère au toit
Des vagues celui des nuages,
Dans la direction d'Ithaque
Son regard reste fixé droit

Et les filles aux longs cheveux
Ont beau nager dans son sillage,
Il demeure sourd, il ne veut

Que la chanson, que le visage
Conservé au fond de ses yeux,
De Pénélope toujours sage.

Louis Guillaume


Le cosmonaute et son hôte

Sur une planète inconnue,
un cosmonaute rencontra
un étrange animal;
il avait le poil ras,
une tête trois fois cornue,
trois yeux, trois pattes et trois bras !
« Est il vilain! pensa le cosmonaute
en s'approchant prudemment de son hôte.
Son teint a la couleur d'une vieille échalote,
son nez a l'air d'une carotte.
Est ce un ruminant? Un rongeur? »
Soudain, une vive rougeur
colora plus encor le visage tricorne.
Une surprise sans bornes
fit chavirer ses trois yeux.
<< Quoi! Rêvé je? dit il. D'où nous vient, justes cieux,
ce personnage si bizarre sans crier gare !
Il n'a que deux mains et deux pieds,
il n'est pas tout à fait entier.
Regardez comme. il a l'air bête,
il n'a que deux yeux dans la tête !
Sans cornes, comme il a l'air sot ! »
C'était du voyageur arrivé de la Terre
que parlait l'être planétaire.
Se croyant seul parfait et digne du pinceau,
il trouvait au Terrien un bien vilain museau.
Nous croyons trop souvent que, seule, notre tête
est de toutes la plus parfaite!

Pierre Gamarra



La pomme

Une pomme rubiconde
Se pavanait, proclamant
Qu’elle était le plus beau
de tous les fruits du monde,
Le plus tendre, le plus charmant,
Le plus sucré, le plus suave,
Ni la mangue, ni l’agave,
Le melon délicieux,
Ni l’ananas, ni l’orange,
Aucun des fruits que l’on mange
Sous l’un ou l’autre des cieux,
Ni la rouge sapotille,
La fraise, ni la myrtille
N’avait sa chair exquise et sa vive couleur.
On ne pourrait jamais lui trouver une soeur.
La brise répandait alentour son arôme
Et sa pourpre éclatait sur le feuillage vert.
- "Oui, c’est vrai, c’est bien vrai!"
dit un tout petit vers
Blotti dans le creux de la pomme.

Pierre Gamarra


J’ai vu…

J'ai appelé le terrassier
il marchait à cloche-pied
j'ai appelé le moissonneur
il jurait comme un voleur
j'ai appelé le cordonnier
il jetait tous ses souliers
alors je m'en suis allée
j'ai vu des hannetons
tâtonnant en rond
j'ai vu des limaces
faire la grimace
j'ai vu une libellule
très crédule
puis me penchant encore
j'ai vu un chou-fleur
chercher l'heure
j'ai vu un artichaut
qui rêvait d'être au chaud
chemin faisant
j'ai vu un lampadaire
le nez en l'air
j'ai vu un vélo
près de l'eau
j'ai vu un canard
en retard
j'ai vu un lapin
jouer au crincrin
puis j'ai vu des gens
mécontents
car ils ne voyaient rien

Huguette Amundsen




Le premier vol de l’hirondelle

Mes ciseaux à peine aiguisés
Coupent le ciel qui se déplace.

Une brasse. Encore une brasse.
Dans l’ouverture de la nasse


(Bon hirondeau chasse de race)
Un moustique s’est enfourné.

Ce petit nid où je suis né
Comme il s’éloigne dans l’espace !

A tire-ligne d’hirondelle
C’est un nom nouveau que j’écris

Et je l’écris à tire-d’aile
Et je l’écris à tire-cri.

Pierre Menanteau



Avant-printemps

Des oeufs dans la haie
Fleurit l’aubépin
Voici le retour
Des marchands forains.

Et qu’un gai soleil
Pailleté d’or fin
Eveille les bois
Du pays voisin !

Est-ce le printemps
Qui cherche son nid
Sur la haute branche
Où niche la pie ?

C’est mon coeur marqué
Par d’anciennes pluies
Et ce lent cortège
D’aubes qui le suit.

René-Guy Cadou



A  vol d’oiseau

Où va-t-il, l’oiseau sur la mer ?
Il  vole, il vole...
A-t-il au moins une boussole ?

Si un coup de vent
Lui rabat les ailes,
Il tombera dans l’eau
Et ne sait pas nager.

Et que va-t-il manger?
Et si ses forces l’abandonnent,
Qui le secourra ? Personne.

Pourvu qu’il aperçoive à temps
Une petite crique !
C’est tellement loin, l’Amérique...

Michel Luneau


J’écris

J'écris des mots bizarres
J'écris des longues histoires
J'écris juste pour rire
Des choses qui ne veulent rien dire.
 
Ecrire c'est jouer

J'écris le soleil
J'écris les étoiles
J'invente des merveilles
Et des bateaux à voiles.
 
Ecrire c'est rêver

J'écris pour toi
J'écris pour moi
J'écris pour ceux qui liront
Et pour ceux qui ne liront pas.
 
Ecrire c'est aimer

J'écris pour ceux d'ici
Ou pour ceux qui sont loin
Pour les gens d'aujourd'hui
Et pour ceux de demain.

Ecrire c'est vivre.

Geneviève Rousseau



Grenouilles

Ne coassons pas
Dit crapaud papa
Nul coassement
Dit crapaud maman
Moi pas coasser
Dit crapaud jeunet

Ils en font du bruit
Dit le vieux marquis
Vite une corvée
Disent les laquais
Ça c’est pas marrant
Dit le paysan

Si j’avais su ça
Dit crapaud papa
Au lieu de nous taire
Dit crapaud mémère
Nous aurions chanté
Dit crapaud jeunet

Raymond Queneau



Araignée

Araignée du matin: chagrin,
pensait un bébé coccinelle
cherchant à libérer ses ailes.
Araignée du midi: souci
grognait un rat dans son chagrin
de voir un chat près de sa belle.
Araignée du soir: espoir,
disait au briquet l'étincelle
mourant dans le vent du jardin.
Mais l'araignée dans sa nacelle
prisonnière à vie de sa faim
rêvait qu'elle était hirondelle.

Pierre Béarn



J’ai vu le menuisier

J'ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.

J'ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.

J'ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.

J'ai vu le menuisier
Approcher le rabot.

J'ai vu le menuisier
Donner la juste forme.

Tu chantais, menuisier,
En assemblant l'armoire.

Je garde ton image
Avec l'odeur du bois.

Moi, j'assemble des mots
Et c'est un peu pareil.

Eugène Guillevic


Triangles

Isocèle                                                                                         

J'ai réussi à mettre                                                                           
Un peu d'ordre en moi-même.

J'ai tendance à me plaire.                                                            

Equilatéral

Je suis allé trop loin
Avec mon souci d'ordre

Rien ne peut plus venir

Rectangle

J'ai fermé l'angle droit
Qui souffrait d'être ouvert
En grand sur l'aventure.

Je suis une demeure
Où rêver est de droit.

Eugène Guillevic

Deux autres poèmes du même auteur ("Perpendiculaire" est au singulier), pour se réconcilier avec la géométrie :

Parallèles

On va, l’espace est grand,
On se côtoie,
On veut parler.
Mais ce qu’on se raconte
L’autre le sait déjà,
Car depuis l’origine
Effacée, oubliée,
C’est la même aventure.
En rêve on se rencontre,
On s’aime, on se complète.
On ne va plus loin
Que dans l’autre et dans soi.

Eugène Guillevic

Perpendiculaire

Facile est de dire
Que je tombe à pic.
Mais c'est aussi sur moi
Que l'autre tombe à pic.

Eugène Guillevic 1907-1997 ("Euclidiennes" - 1967)


La biche

La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux :
Son petit faon délicieux
A disparu dans la nuit brune.

Pour raconter son infortune
A la forêt de ses aïeux,
La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux.

Mais aucune réponse, aucune,
A ses longs appels anxieux !
Et, le cou tendu vers les cieux,
Folle d'amour et de rancune,
La biche brame au clair de lune.

Maurice Rollinat



Le vendeur de murmures

Il était une fois
Le vendeur de murmures.
Il murmurait la nuit donc
à la demande
du bout des dents
en une étrange litanie
les phrases confiées la veille à son oreille
et dont il avait la prudence
professionnelle
d'inscrire les commandes
dans des carnets
toujours petits
et qu'il parfumait
tantôt à la lavande
tantôt au patchouli
C'est qu'il n'avait jamais voulu user lui
comme les vendeurs de cris
de ces vastes camions d'amplification
qui sillonnaient le pays à grand renfort de klaxons
néons
haut parleurs et enseignes
ce qu'il vendait on l'entendait à peine

Philippe Garnier


En voyage

Quand vous m’ennuyez, je m’éclipse,
Et, loin de votre apocalypse,
Je navigue, pour visiter
La Mer de la Tranquillité.

Vous tempêtez ? Je n’entends rien.
Sans bruit, au fond du ciel je glisse.
Les étoiles sont mes complices.
Je mange un croissant. Je suis bien.

Vous pouvez toujours vous fâcher,
Je suis si loin de vos rancunes !
Inutile de me chercher :
Je suis encore dans la lune.

Jacques Charpentreau



Balançoire

Quand tu parles bien, tu me berces,
Et je m'envole avec ta voix.
Les étoiles à la renverse,
Je m'élance au ciel, un, deux, trois !

Si tu bégaies, je me balance
A petits coups secs, cahoté,
Quand tu déclames, la cadence
Me fait descendre et remonter.

Tu accélères ton effort,
Je fais des bonds comme une chèvre.
Attention ! Ne crie pas trop fort
Je suis suspendu à tes lèvres.

Jacques Charpentreau



L'air en conserve

Dans une boîte, je rapporte
Un peu de l'air de mes vacances
Que j'ai enfermé par prudence.
Je l'ouvre ! Fermez bien la porte

Respirez à fond ! Quelle force !
La campagne en ma boîte enclose
Nous redonne l'odeur des roses,
Le parfum puissant des écorces,

Les arômes de la forêt...
Mais couvrez vous bien, je vous prie,
Car la boîte est presque finie :
C'est que le fond de l'air est frais.

Jacques Charpentreau



La clé des champs

On a perdu la clé des champs!
Les arbres, libres, se promènent,
Le chêne marche en trébuchant,
Le sapin boit à la fontaine.

Les buissons jouent à chat perché,
Les vaches dans les airs s'envolent,
La rivière monte au clocher
Et les collines cabriolent.

J'ai retrouvé la clé des champs
Volée par la pie qui jacasse.
Et ce soir au soleil couchant
J'aurai tout remis à sa place.

Jacques Charpentreau



La chevauchée

Certains, quand ils sont en colère,
Crient, trépignent, cassent des verres...
Moi, je n'ai pas tous ces défauts :
Je monte sur mes grands chevaux.

Et je galope, et je voltige,
Bride abattue, jusqu'au vertige
Des étincelles sous leurs fers,
Mes chevaux vont un train d'enfer.

Je parcours ainsi l'univers,
Monts, forêts, campagnes, déserts...
Quand mes chevaux sont fatigués,
Je rentre à l'écurie calmé.

Jacques Charpentreau


La lessive

Chaque semaine, mes parents,
Cinq tantes, dix oncles, vingt nièces,
Cent cousins, des petits, des grands,
Se pressent dans la même pièce.

Dans la machine, ils introduisent
Mille corsages et chemises,
Cent mille slips et pyjamas,
Un million de paires de draps.

Nylon, dentelles ou guenilles,
Chaque semaine nous avons
Cette habitude : nous lavons
Notre linge sale en famille.

Jacques Charpentreau



La fuyante


Vous me croyez douce et soumise
Mais malgré vos yeux grands ouverts,
Moi, je vous échappe à ma guise
Et je joue la fille de l'air.

Fille de l'air, enfant du songe,
Je pars au gré de mon caprice,
Sur une brise je m'allonge,
Dans un courant d'air je me glisse.

Quand je suis lasse, je repose
Sur un blanc coussin de nuage,
Avec le parfum de la rose
Sur l'aile du vent je voyage.

Jacques Charpentreau



Les pommes de lune

Entre Mars et Jupiter
Flottait une banderole
Messieurs Mesdames
Faites des affaires
Grande vente réclame
De pommes de terre

Un cosmonaute qui passait par là
Fut tellement surpris qu'il s'arrêta
Et voulut mettre pied à terre

Mais pas de terre en ce coin là
Et de pommes de terre
Pas l'ombre d'une

C'est une blague sans doute
Dit il en reprenant sa route
Et à midi il se fit
Un plat de pommes de lune.

Jean Rousselot


L’ordinateur et l’éléphant

Parce qu'il perdait la mémoire
Un ordinateur alla voir
Un éléphant de ses amis
-C'est sûr, je vais perdre ma place,
Lui dit-il, viens donc avec moi.
Puisque jamais ceux de ta race
N'oublient rien, tu me souffleras.
Pour la paie, on s'arrangera.

Ainsi firent les deux compères.
Mais l'éléphant était vantard
Voilà qu'il raconte ses guerres,
Le passage du Saint Bernard,
Hannibal et Jules César...

Les ingénieurs en font un drame
Ça n'était pas dans le programme
Et l'éléphant, l'ordinateur
Tous les deux, les voilà chômeurs.

De morale je ne vois guère            
A cette histoire, je l'avoue.
Si vous en trouvez une, vous,
Portez la chez le Commissaire;
Au bout d'un an, elle est à vous
Si personne ne la réclame.

Jean Rousselot


Le coeur trop petit

Quand je serai grand
Dit le petit vent
J’abattrai
La forêt
Et donnerai du bois
A tous ceux qui ont froid.
Quand je serai grand
Dit le petit vent
Je nourrirai tous ceux
Qui ont le ventre creux.
Là-dessus s’en vient
La petite pluie
Qui n’a l’air de rien
Abattre le vent
Détremper le pain
Et tout comme avant
Les pauvres ont froid
Les pauvres ont faim.
Mais mon histoire
N’est pas à croire :
Si le pain manque et s’il fait froid sur terre
Ce n’est pas la faute à la pluie
Mais à l’homme, ce dromadaire
Qu’a le coeur beaucoup trop petit.

Jean Rousselot




Je hais les haies

Je hais les haies
Qui sont des murs.
Je hais les haies
Et les mûriers
Qui font la haie
Le long des murs.
Je hais les haies
Qui sont de houx.
Je hais les haies
Qu’elles soient de mûres
Qu’elles soient de houx !
Je hais les murs
Qu’ils soient en dur
Qu’ils soient en mou !
Je hais les haies
Qui nous emmurent.
Je hais les murs
Qui sont en nous.

Raymond Devos




L’oiseau voyou

Le chat qui marche l’air de rien
voulait se mettre sous la dent
l’oiseau qui vit de l’air du temps
oiseau voyou oiseau vaurien

Mais plus futé l’oiseau lanlaire
n’a pas sa langue dans sa poche
et siffle clair comme eau de roche
un petit air entre deux airs.

Un petit air pour changer d’air
et s’en aller voir du pays
un petit air qu’il a appris
à force de voler en l’air

Faisant celui qui n’a pas l’air
le chat prend l’air indifférent.
L’oiseau s’estime bien content
et se déguise en courant d’air.

Claude Roy



L'escargot matelot

Un escargot fumant sa pipe
Portait sa maison sur son dos.
C'était un garçon sympathique,
Un brave et joyeux escargot.
Il avait été matelot
Et navigué sur un cargo.
Il en avait assez de l'eau
Cet ancien marin escargot.
Son ami le petit Léon
Lui apportait du tabac blond.
Et l'escargot fumant sa pipe
Évoquait la mer, les tropiques,
Et le tour du monde en cargo
Qu'il avait fait en escargot,
Un escargot fumant la pipe
Pour n'être pas mélancolique.

Claude Roy


C'est tout un art d'être canard

C'est tout un art d'être canard
C'est tout un art
d'être canard
canard marchant
canard nageant
canards au sol vont dandinant
canards sur l'eau vont naviguant
être canard
c'est absorbant
terre ou étang
c'est différent
canards au sol s'en vont en rang
canards sur l'eau, s'en vont ramant
être canard
ça prend du temps
c'est tout un art
c'est amusant
canards au sol vont cancanant
canards sur l'eau sont étonnants
il faut savoir
marcher, nager
courir, plonger
dans l'abreuvoir
canards le jour sont claironnants
canards le soir vont clopinant
canards aux champs
ou sur l'étang
c'est tout un art
d'être canard.

Claude Roy


La clef des champs

Qui a volé la clef des champs ?
La pie voleuse ou le geai bleu ?
Qui a perdu la clef des champs ?
La marmotte ou le hoche-queue ?
Qui a trouvé la clef des champs ?
Le lièvre vert ? Le renard roux ?
Qui a gardé la clef des champs ?
Le chat, la belette ou le loup ?
Qui a rangé la clef des champs ?
La couleuvre ou le hérisson ?
Qui a paumé la clef des champs ?
La musaraigne ou le pinson ?
Qui a mangé la clef des champs ?
Ce n’est pas moi. Ce n’est pas vous.
Elle est à personne et partout,
La clé des champs, la clef de tout.

Claude Roy




Les manières du soleil

Le soleil luit pour tout le monde
Mais un peu plus ou un peu moins.
Il en est que son chaud inonde
D’autres ne le voient que de loin.

Il luit plus pour le cormoran
Que pour la taupe ou le cafard.
Il luit plus à Perpignan
Qu’à Lille ou à Hénin-Liétard.

Le soleil luit pour tout le monde
Mais plutôt plus ou plutôt moins.

Claude Roy



Déménager

Quitter un appartement. Vider les lieux.
Décamper. Faire place nette. Débarrasser le plancher.
Inventorier, ranger, classer, trier.
Éliminer, jeter, fourguer.
Casser.
Brûler.
Descendre, desceller, déclouer, décoller, dévisser, décrocher.
Débrancher, détacher, couper, tirer, démonter, plier, couper.
Rouler.
Empaqueter, emballer, sangler, nouer, empiler, rassembler, entasser, ficeler, envelopper, protéger, recouvrir, entourer, serrer.
Enlever, porter, soulever.
Balayer.
Fermer.
Partir.


Georges Perec




Terre-Lune
 
Terre Lune, Terre Lune
Ce soir j'ai mis mes ailes d'or
Dans le ciel comme un météore
Je pars

Terre Lune, Terre Lune
J'ai quitté ma vieille atmosphère
J'ai laissé les morts et les guerres
Au revoir

Dans le ciel piqué de planètes
Tout seul sur une lune vide
Je rirai du monde stupide
Et des hommes qui font les bêtes

Terre Lune, Terre Lune
Adieu ma ville, adieu mon cœur
Globe tout perclus de douleurs
Bonsoir.

Boris Vian



L’albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boîtant, l’infirme qui volait !

Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire




Le globe

Offrons le globe aux enfants, au moins pour une journée.
Donnons-leur afin qu’ils en jouent comme d’un ballon multicolore
Pour qu’ils jouent en chantant parmi les étoiles.
Offrons le globe aux enfants,
Donnons-leur comme une pomme énorme
Comme une boule de pain toute chaude,
Qu’une journée au moins ils puissent manger à leur faim.
Offrons le globe aux enfants,
Qu’une journée au moins le globe apprenne la camaraderie,
Les enfants prendront de nos mains le globe
Ils y planteront des arbres immortels.

Nazim Hikmet



Récatonpilu ou le jeu du poulet

Si tu veux apprendre
des mots inconnus,
récapitulons,
récatonpilu.
Si tu veux connaître
des jeux imprévus,
locomotivons,
locomotivu.
Je suis le renard
je cours après toi
plus loin que ma vie.
Comme tu vas vite !
Si je m'essoufflais !
Si je m'arrêtais !

Jean Tardieu



L'orange des rêves

Tu peux perdre le nord
comme on dit
tu peux perdre patience
tu peux perdre ton temps

perdre la mémoire
et ses chemins aveugles

Le sommeil peut glisser
comme une truite
dans tes mains

Tu peux perdre ton sourire

Mais ne perds pas
ne perds jamais
l'orange de tes rêves

Jean-Pierre Siméon



Devinettes

Qui décoiffe la mer
Avec des mains qu'on ne voit pas ?
Qui roule sa chanson
Dans la gorge des torrents ?
Qui n'est jamais si lourd
Que quand un oiseau meurt ?



Le vent la pierre et le silence

Qui est ronde comme une joue
Et plus lourde que la peine ?
Qui habille le monde
Quand il se fait tard ?
Qui souffle chaque soir
La bougie du soleil ?

La pierre le silence et le vent

Jean-Pierre Siméon


Comme il est bon d'aimer

Comme il est bon d'aimer
Il suffit d'un mot
Pour prendre le monde
Au piège de nos rêves

Il suffit d'un geste
Pour relever la branche
Pour apaiser le vent

Il suffit d'un sourire
Pour endormir la nuit
Délivrer nos visages
De leur masque d'ombre

Mais cent milliards de poèmes
Ne suffiraient pas
Pour dire
Comme il est bon d'aimer

Jean-Pierre Siméon




La pluie

La pluie et moi marchions
Bons camarades
Elle courait devant et derrière moi
Et je serrais notre trésor dans mon coeur
Elle chantait pour nous cacher

Elle chantait pour endormir mon coeur
Elle passait sur mon front sa peau mouillée
Et humaine ma chère pluie
Elle tendait l'oreille               
Pour savoir si mon chant silencieux était anéanti

Elle me met les mains sur les épaules
Et court tant haut dans la plaine du ciel
Et tant me montre les diamants du soleil
Et tant toujours me caresse la peau
Et tant toujours me chante dans les os
Que je deviens un bon camarade
J'entonne une grande chanson
Qu'on entend et les cabarets et les oiseaux
Disent à notre passage
Maintenant
Ils chantent tous les deux.

Pierre Morhange



Sagesse

Le ciel est, par dessus le toit,
Si bleu, si calme
Un arbre, par dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.
Mon Dieu, Mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur là
Vient de la ville.
Qu'as tu fait, ô toi que voilà,
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

Paul Verlaine



Si...

Si la sardine avait des ailes,
Si Gaston s'appelait Gisèle,
Si l'on pleurait lorsque l'on rit,
Si le pape habitait Paris,
Si l'on mourait avant de naître,
Si la porte était la fenêtre,
Si l'agneau dévorait le loup,
Si les Normands parlaient zoulou,
Si la mer Noire était la Manche
Et la mer Rouge la mer Blanche,
Si le monde était à l'envers,
Je marcherais les pieds en l'air,
Le jour je garderais la chambre,
J'irais à la plage en décembre,
Deux et un ne feraient plus trois...
Quel ennui ce monde à l'endroit!

Jean-Luc Moreau


Îles

Îles
Îles où l’on ne prendra jamais terre
Îles où l’on ne descendra jamais
Îles couvertes de végétation
Îles tapies comme des jaguars
Îles muettes
Îles immobiles
Îles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord
car je voudrais bien aller jusqu’à vous

Blaise Cendrars




Ballade à la Lune

C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La Lune
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil ?

Es-tu l'oeil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

N'es-tu rien qu'une boule,
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci ?

Qui t'avait éborgnée,
L'autre nuit ? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?

Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux.

Va, Lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde

Tu n'en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.

T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.

T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament !

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'océan monstrueux.

Et qu'il vente ou qu'il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir ?

Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La Lune
Comme un point sur un i.      
Dans la mer est tombé.

Alfred de Musset


Quand la porte se souvient
 
Quand le porte se souvient,
Quand la table se souvient,
Quand la chaise, l’armoire, le buffet, la fenêtre se souviennent
Quand ils se souviennent intensément
De leurs racines, de leur sèves, de leurs feuilles
De leurs branches,
De tout ce qui les habitait,
Des nids et des chansons
Des écureuils et des singes
De la neige et du vent
Un frisson traverse la maison
Qui redevient forêt.

Hamid Tibouchi



Parfois on ne sait plus rien

Parfois on ne sait plus rien,
Comme si on n’avait plus de mémoire,
Comme si le soleil s’était noyé dans la mer,
Comme si le livre des « peut-être », ce très gros volume
Avait brûlé entre les doigts si fins du feu.
                            
Julos Beaucarne.


Le chant de l’eau

L’entendez-vous, l’entendez-vous,
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse.
Là-bas,
Le petit bois de cornouillers
Où l’on disait que Mélusine,
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers,
Dansa.
Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers,
Et les putois et les fouines,
Et les souris et les mulots,
Ecoutent
Loin des sentes et loin des routes,
Le bruit de l’eau…
Parmi les prés, parmi les bois,
Chaque caillou que le courant remue
Fait entendre sa voix menue
Comme autrefois.
Et peut-être que Mélusine,
Quand la Lune à minuit répand comme à foison
Sur les gazons
Ses perles fines,
S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
Et suivant que le flot anime sa cadence,
Danse encore
Et danse.

Emile Verhaeren



Ma soeur la pluie

Ma soeur la pluie,
La belle et tiède pluie d’été,
Doucement vole vole, doucement fuit,
À travers les airs mouillés.

Tout son collier de blanches perles
Dans le ciel bleu s’est délié.
Chantez les merles,
Dansez les pies!
Parmi les branches qu’elle plie,
Dansez les fleurs, chantez les nids;
Tout ce qui vient du ciel est béni.

De ma bouche elle approche
Ses lèvres humides de fraise des bois,
Rit, et me touche,
Partout à la fois,
De ses milliers de petits doigts.

Sur des tapis de fleurs sonores,
De l’aurore jusqu’au soir,
Et du soir jusqu’à l’aurore,
Elle pleut et pleut encore,
Autant qu’elle peut pleuvoir.

Puis, vient le soleil qui essuie,
De ses cheveux d’or,
Les pieds de la pluie.


Charles Van Lerberghe



Le vent

Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant novembre;
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffle lourd battant les bourgs.
Voici le vent,
Le vent sauvage de novembre.

Le vent rafle le long de l’eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de novembre;
Le vent mord dans les branches,
Des nids d’oiseaux.

Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant novembre.

Emile Verhaeren




Il était une feuille

Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines dignes de vie
Vigne de chance
Vignes de coeur
Au bout des racines il était la Terre
La Terre tout court
La Terre toute ronde
La Terre toute ronde au travers du ciel
La Terre.

Robert Desnos



Arbre

Tu es plus souple que le zèbre.
Tu sautes mieux que l’équateur.
Sous ton écorce les vertèbres
font un concert d’oiseaux moqueurs.
J’avertirai tous les poètes:
il ne faut pas toucher aux fruits;
c’est là que dorment les comètes,
et l’océan s’y reconstruit.
Tu es léger comme un tropique.
Tu es plus sage qu’un poisson.
Dans chaque feuille une réplique
est réservée pour ma chanson.
Dès qu’on t’adresse la parole,
autour de toi s’élève un mur.
Tu bats des branches, tu t’envoles:
c’est toi qui puniras l’azur.

Alain Bosquet




Mes vers fuiraient...

Mes vers fuiraient, doux et frêles,
vers votre jardin si beau,
si mes vers avaient des ailes,
des ailes comme l’oiseau.

Ils voleraient, étincelles,
Vers votre foyer qui rit,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’esprit.

Près de vous, purs et fidèles,
Ils accourraient nuit et jour,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’amour.

Victor Hugo




Voici que la saison

Voici que la saison décline,
L’ombre grandit, l’azur décroit,
Le vent fraichit sur la colline,
L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.

Aout contre septembre lutte;
L’océan n’a plus d’alcyon;
Chaque jour perd un minute,
Chaque aurore pleure un rayon.

La mouche, comme prise au piège,
Est immobile à mon plafond;
Et comme un blanc flocon de neige,
Petit à petit, l’été fond.

Victor Hugo



Océano nox

Ô combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages
L’ouragan, de leur vie, a pris toutes les pages
Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots
Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée,
Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée
L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Ô ! que de vieux parents qui n’avaient plus qu’un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
Ô flots, que vous savez de lugubres histoires
Flots profonds redoutés des mères à genoux
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous.

Victor Hugo


La chanson de Gavroche

On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à Rousseau.

Victor Hugo



J’aime l’araignée et j’aime l’ortie

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens;

Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre;
O sort! Fatals noeuds!
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit.

Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh! Plaignez le mal!
Il n’est rien qui n’ai sa mélancolie;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La mauvaise bête et la mauvaise herbe
Murmurent: Amour!

Victor Hugo


   

Il s’en passe des choses dans ma cité

Il s’en passe des choses dans ma cité.
Il n’y a qu’à regarder.
Moi, un jour, j’ai dit: “J’arrête, je regarde.”
J’ai posé par terre mes deux sacs.
Je me suis assis. J’ai regardé.

Les gens venaient
Les gens marchaient
Les gens passaient
Les gens tournaient
Les gens filaient
Les gens glissaient
Les gens dansaient
Les gens parlaient
Gesticulaient
Les gens criaient
Les gens riaient
Les gens pleuraient
Disparaissaient.

Il s’en passe des choses dans ma cité.
Il n’y a qu’à regarder.
On voit de tout, on peut tout voir.
Mais ce qu’on ne voit jamais dans ma cité, c’est un regard.
Un regard qui vous regarde et qui s’attarde.

Les gens naissaient
Les gens vivaient
Les gens mourraient.

Et moi, je restais sur mon banc de pierre, encadré par mes deux sacs.
Je regardais.
C’est merveilleux: partout où il y a des femmes, partout où il y a des hommes,
Partout il y a la vie.
J’aurai dû me lever. Leur tendre la main.
Leur dire: “Salut. Bonjour! J’existe.
Et vous? Vous existez?”
Je suis resté assis.
Le plus souvent, c’est ainsi que les choses se passent.


Guy Foissy





Les chemins

Les chemins
Se rencontrent
Se reniflent
Se tutoient
Se racontent
S’apprivoisent
S’éloignent
Se recherchent
Se retrouvent
Aux carrefours des doigts.

Alain Le Beuze



Vent

Le vent
Fait grincer les chemins
Dans les gonds de la nuit.

Il impose
Aux arbres
Une envergure.

Qui ose résister
a vite compris.

Il condamne l’inertie,
Est-ce sa faute ?

Il est des saisons
Qu’aucun vent
N’ose abuser.

Il est des toits coléreux
Qui ne le suportent.

Il lui arrive
D’aider les fruits,
Par nécessité pour eux,
Par respect pour les arbres.

Alain Le Beuze



Exil

Les murs
craignent
la fringale des ronces

les fenêtres
se méfient
des caresses de la rouille

le lierre
roucoule d’oiseaux

impatient
d’étendre sa puissance
de convertir l’espace

les toits
resserrent leurs tuiles

les chemins
se résignent
sous les averses de fougères.

Alain Le Beuze



Le cancre

Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.

Jacques Prévert



Page d’écriture

Deux et deux quatre
Quatre et quatre huit
Huit et huit font seize
Répétez! dit le maitre
Deux et deux quatre
Quatre et quatre huit
Huit et huit font seize
Mais voilà l’oiseau lyre
Qui passe dans le ciel
L’enfant le voit
L’enfant l’entend
L’enfant l’appelle:
Sauve-moi
Joue avec moi
Oiseau!
Alors l’oiseau descend
Et joue avec l’enfant
Deux et deux quatre...
Répétez! dit le maitre
Et l’enfant joue
L’oiseau joue avec lui...
Quatre et quatre huit
Huit et huit font seize
Et seize et seize qu’est-ce qu’ils font?
Ils ne font rien seize et seize
Et surtout pas trente-deux
De toute façon
Et ils s’en vont.
Et l’enfant a caché l’oiseau
Dans son pupitre
Et tous les enfants
entendent sa chanson
et tous les enfants
entendent sa musique
et huit et huit à leur tour s’en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un et un s’en vont également.
Et l’oiseau lyre joue
Et l’enfant chante
Et le professeur crie:
Quand vous aurez fini de faire le pitre!
Mais tous les autres enfants écoutent la musique
Et les murs de la classe
S’écroulent tranquillement.
Et les vitres redeviennent sable
L’encre redevient eau
Les pupitres redeviennent arbres
La craie redevient falaise
Le porte-plume redevient oiseau.

Jacques Prévert



Dans ma maison

Dans ma maison vous viendrez
D’ailleurs ce n’est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n’y avait personne
Seulement des piments accrochés au mur blanc
Je suis resté longtemps dans cette maison
Personne n’est venu
Mais tous les jours et tous les jours
Je vous ai attendu

Je ne faisais rien
C’est à dire rien de sérieux
Quelquefois le matin
Je poussais des cris d’animaux
Je gueulais comme un âne
De toutes mes forces
Et cela me faisait plaisir
Et puis je jouais avec mes pieds
C’est très intelligents les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie

Et quand il y a de la musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Faut être bête comme l’homme l’est si souvent
Pour dire des choses aussi bête
Que bête comme ses pieds gai comme un pinson
Le pinson n’est pas gai
Il est seulement gai quand il est gai
Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste
Est-ce qu’on sait ce qu’est un pinson
D’ailleurs il ne s’appelle pas réellement comme ça
C’est l’homme qui a appelé cet oiseau comme ça
Pinson pinson pinson pinson

Jacques Prévert




Tout près du lac


Tout près du lac filtre une source,
Entre deux pierres, dans un coin;
Allègrement l’eau prend sa course
Comme pour s’en aller bien loin.

Elle murmure: Oh!quelle joie!
Sous la terre il faisait si noir!
Maintenant ma rive verdoie,
Le ciel se mire à mon miroir.

Les myosotis aux fleurs bleues
Me disent: Ne m’oubliez pas!
Les libellules de leurs queues
M’égratignent dans leurs ébats;

A ma coupe l’oiseau s’abreuve;
Qui sait? – Après quelques détours
Peut-être deviendrai-je un fleuve
Baignant vallons, rochers et tours.

Je broderai de mon écume
Ponts de pierre, quais de granit,
Emportant le steamer qui fume à l’océan où tout finit.

Théophile Gautier



Giboulées

La pluie éparpille un bouquet
De perles tièdes et légères.
On entend chanter les bergères
Et les oiseaux dans les bosquets.

Le soleil joue à cache cache
Avec les gros nuages gris.
Les moutons blancs, les veaux, les vaches,
Dans les prés semblent tout surpris.

Et voici que parmi l’ondée,
Comme du fond d’un vrai pastel,
On voit monter, arche irisée,
Le pont joyeux d’un arc-en-ciel.


Raymond Richard




Le poisson Fa

Il était une fois
Un poisson fa.
Il aurait pu être poisson scie,
Ou raie,
Ou sole,
Ou tout simplement poisson d’eau
Ou même un poisson un peu las,
Non,non,il était poisson fa:
Un poisson fa,
Voilà.


Boby Lapointe



Autocritique

Qu’est-ce qui ne va pas sur Terre?
C’est le chat dit la souris
C’est le lion dit la gazelle
C’est le loup dit l’agneau
C’est l’homme dit l’homme.

Jean-Pierre Develle



La salle à manger

Il y a une grande armoire à peine luisante
qui a entendu la voix de mes grand-tantes,
qui a entendu la voix de mon grand-père,
qui a entendu la voix de mon père.
A ces souvenirs, l’armoire est fidèle.
On a tord de croire qu’elle ne sait que se taire,
car je cause avec elle.

Il y a aussi un coucou en bois.
Je ne sais pas pourquoi il n’a plus de voix.
Je ne veux pas le lui demander.
Peut-être bien qu’elle est cassée,
La voix qui était dans son ressort,
ou bonnement comme celle des morts.

Il y a aussi un vieux buffet
qui sent la cire, la confiture,
la viande, le pain et les poires mûres.
C’est un vieux serviteur fidèle qui sait
qu’il ne doit rien nous voler.

Il est venu chez moi bien des hommes et des femmes
qui n’ont pas cru à ces petites âmes.
Et je souris que l’on me pense seul vivant
quand un visiteur me dit en entrant:
- Comment allez-vous, monsieur Jammes?

Francis Jammes



Leçon de géographie

L’océan a peur de moi
Quand il me voit arriver
il se retire très loin.

Je lui parle doucement
d’une voix de coquillage
pour tenter de l’apaiser.

Mais chaque fois c’est pareil:
il me faut au moins six heures
pour enfin l’apprivoiser.

Alors il revient vers moi
et il me lèche les pieds.

Christian Poslaniec



L’averse

Un arbre tremble sous le vent
Les volets claquent.
Comme il a plu, l’eau fait des flaques.

Des feuilles volent sous le vent
Qui les disperse.
Et, brusquement, il pleut à verse.

Le jour décroît.
Sur l’horizon qui diminue
je vois la silhouette nue
D’un clocher mince avec sa croix.

Dans le silence,
J’entends la cloche d’un couvent.
Elle s’élève, elle s’élance
Et puis retombe avec le vent.

Un arbre que le vent traverse
Geint doucement
Comme une floue et molle averse
Qui s’enfle et tombe à tout moment.

Francis Carco


Merci à la Fondation Maurice Carême

Caillou

Caillou noir,
Pas d'espoir.
Caillou rouge,
Rien ne bouge.
Caillou rond,
Pas un rond.
Caillou gris,
Rien de pris.
Caillou vert,
On le perd.
Caillou rose,
Peu de chose.
Caillou jaune,
On le prône,
Caillou blanc,
Vif argent.
Caillou d'or,
Quel trésor !
Caillou bleu,
Qui dit mieux ?
Moi, moi, moi,
Dit le fou :
Caillou plat
Et sans trou.

Maurice Carême


Le cheval
    
Et le cheval longea ma page.
Il était seul, sans cavalier,
Mais je venais de dessiner
Une mer immense et sa plage.
Comment aurais-je pu savoir
D'où il venait, où il allait ?
Il était grand, il était noir,
Il ombrait ce que j'écrivais.

J'aurais pourtant dû deviner
Qu'il ne fallait pas l'appeler.
Il tourna lentement la tête
Et, comme s'il avait eu peur
Que je lise en son coeur de bête,
Il redevint simple blancheur.

Maurice Carême


Tu seras un Homme, mon fils (autre titre : Si ...)

Rudyard Kipling, a écrit "If ..." (Si ...), en 1910. C'est la version traduite de l'anglais par l'écrivain Pierre Maurois (en 1918), qui est généralement retenue :

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard Kipling  (voir aussi dans POÉSIE d'humour, dérision, parodie, un texte parodique)


Posté par de passage à 21:53 - POÉSIES pour la CLASSE - CYCLE 3 et COLLÈGE - Permalien [#]

POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3

 

 sens_interdit_sourire_et_tristeLes textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation.
  Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 

Voici un choix de poésies pour la GS, le CP et le CE1
Beaucoup peuvent être proposées au cycle 3.

Voir aussi les catégories "poésies pour Cycle 3 et collège" et "Lettera amorosa pour la classe".

Contrainte du blog, il faut dérouler la liste et la page.

Si cette page ne s'affiche pas correctement,
c'est qu'une réorganisation par ordre alphabétique d'auteur est en cours.

 

 


Liste cycles 2 et 3

  • La pendule (Pierre Gamarra)
  • Le chat blanc (Claude Roy) 
  • L'escargot (Robert Desnos)
  • Il y a des mots (Georges Jean) 
  • Mon stylo (Robert Gélis)
  • Deux pigeons (Michel Besnier)  
  • Mon ours (François David)
  • Je jouais (Luce Guilbaud)
  • Dans ma boîte (Luce Guilbaud)  
  • Trois petits oiseaux dans les blés (Jean Richepin) 
  • Rentrée des classes (René-Guy Cadou)  
  • L'enfant précoce (René-Guy Cadou)  
  • L'oiseau du Colorado (Robert Desnos)
  • Chevaux : trois ; oiseau : un (Claude Roy)
  • Petite souris (Lucie Delarue-Mardrus)
  • Dans  Paris (Paul Eluard)
  • Le secret (René de Obaldia)
  • La grenouille aux  souliers percés (Robert Desnos)
  • La fourmi (Robert Desnos)
  • Les  crayons (Corinne Albaut)
  • L'école (Jacques Charpentreau)
  • Mon arbre à  moi (Christian Poslaniec)
  • La girafe (Madeleine Ley)
  • Dimanche (René de Obaldia)
  • J'ai trouvé dans mes cheveux (Claude Roy)
  • Le rêve de la Lune (Marie Botturi)
  • L'arc-en-ciel (Robert Besse)
  • Bain de Soleil (Jacques Prévert)
  • Cheval bleu (Madeleine Riffaud)
  • La puce (Robert Clausard)
  • C'est demain dimanche (Philippe Soupault)
  • S'essoufler (Benjamin Péret)
  • La mer (Paul Fort)
  • Petite pomme (Géo Norge)
  • Conversation (Jean Tardieu)
  • Les hiboux (Robert Desnos)
  • Araignée (Madeleine Ley)
  • Chanson du chat(Tristan Klingsor)
  • Monsieur chat (Paul Claudel)
  • Soir (Louis Guillaume)
  • La mer s'est retirée (Jacques Charpentreau)
  • Le cheval chante (Alain Bosquet)
  • Un enfant a dit (Raymond Queneau)
  • Chanson pour les enfants l'hiver (Jacques Prévert)
  • L'escargot (Martine Gehin)
  • Les nuages blancs (Gilbert Cesbron)
  • L'avion (Lucie Delarue-Mardrus)
  • Le raisin (Anne-Marie Chapouton)
  • Le pélican (Robert Desnos)
  • Bien au chaud (Ann Rocard)
  • L'arbre (Jacques Charpentreau)
  • Le zèbre (Robert Desnos)
  • Le petit lapin (Jeanne Marvig)
  • Paris blanc (Pierre Coran)
  • Quand automne en saison revient (Samivel)
  • Pomme et poire (Luc Bérimont)
  • Pour la liberté (Philippe Soupault)
  • Locataires (Jean-Luc Moreau)
  • Caresses (Chantal Couliou)
  • Crayons de couleur (Chantal Couliou)
  • L'averse (Francis Carco)
  • N'écoute pas (Alain Serres)
  • Toi-même (Alain Serres)
  • En sortant de l'école (Jacques Prévert)
  • Le papillon (Marc Alyn)
  • Le soleil dit bonjour (Claude Roy)
  • Moi j'irai dans la lune (René de Obaldia)
  • Petite pomme - raccourcie (Norge)
  • Sept couleurs magiques (Mimy Doinet)
  • J'aime ma maison (Louis Guillaume)
  • Plein ciel (Paul Vincensini)
  • Petite nuit (Paul Vincensini)
  • Moi j'ai toujours peur du  vent (Paul Vincensini)
  • Le petit grillon (Paul Vincensini)
  • Toujours et Jamais (Paul Vincensini)
  • Moi dans l'arbre (Paul Vincensini)
  • Les beaux métiers (Jacques Charpentreau)
  • L'île des rêves (Jacques Charpentreau)
  • Les perles de rosée (Gilles Saint-Pré)
  • Cavalcade (Louis Guillaume)
  • Les noisettes (Tristan Klingsor)
  • Dame la Lune (Marcelle Vérité)
  • Impression fausse (Paul Verlaine)
  • L'oiseau bleu (Blaise Cendrars)
  • Le pélican (Robert Desnos)
  • Une graine voyageait (Alain Bosquet)
  • Les corridors où dort Anne qu'on adore (Claude Roy)
  • Conseils donnés par une sorcière (Jean Tardieu)
  • L'automne (Lucie Delarue-Mardrus
  • Le chameau (Pierre Coran)
  • La pluie (Jean-Louis Jacob)
  • L’ogre (Maurice Carême)
  • J’ai trempé mon doigt dans la confiture (René de Obaldia)
  • La gelée (Anne-Marie Chapouton)
  • Automne (Anne-Marie Chapouton)
  • L’été (Anne-Marie Chapouton)
  • Pluie (Solange Innocent)
  • L’échelle (Mohammed Dib)
  • La pomme et l'escargot (Charles Vildrac)

TEXTES pour les Cycles 2 et 3

La pendule

Je suis la pendule, tic !
je suis la pendule, tac !
On dirait que je mastique
du mastic et des moustiques
quand je sonne et quand je craque,
je suis la pendule, tic !
je suis la pendule, tac !
J'avance ou bien je recule,
tic-tac, je suis la pendule,
je brille quand on m'astique,
je ne suis pas fantastique
mais je sais l'arithmétique,
j'ai plus d'un tour dans mon sac,
je suis la pendule, tic !
je suis la pendule, tac !

Pierre Gamarra


Le chat blanc

Un petit chat blanc
qui faisait semblant
d'avoir mal aux dents
disait en miaulant :
« Souris mon amie
j'ai bien du souci.
Le docteur m'a dit :
- Tu seras guéri
si entre tes dents
tu mets un moment,
délicatement,
la queue d'une souris ».
Très obligeamment
souris bonne enfant
s'approcha du chat
qui se la mangea.

Moralité :
Les bons sentiments
ont l'inconvénient
d'amener souvent
de graves ennuis
aux petits enfants
comme-z-aux souris.

Claude Roy  


L'escargot

Est-ce que le temps est beau ?
Se demandait l'escargot
Car, pour moi, s'il faisait beau,
C'est qu'il ferait vilain temps.
J'aime qu'il tombe de l'eau.
Voilà mon tempérament.
Combien de gens, et sans coquille,
N'aiment pas que le soleil brille.
Il est caché ? Il reviendra !
L'escargot ? On le mangera.

Robert Desnos


Il y a des mots

Il  y a des mots, c’est pour les dire,
c’est pour les faire frire,
c’est pour rire.

Il y a des mots, c’est pour les chanter,
c’est pour rêver,
c’est pour les manger.

Il y a des mots, que l’on ramasse;
des mots qui passent,
des mots qui se cassent.

Il y a des mots pour le matin,
des mots métropolitains,
ou lointains.

Il y a des mots épais et noirs,
des mots légers pour les histoires,
des mots à boire.

Il y a des mots pour toutes les choses,
pour les lèvres, pour les roses,
des mots pour les métamorphoses,
Si l’on ose...

Georges Jean


Mon stylo

Si mon stylo était magique,
Avec des mots en herbe,
J’écrirais des poèmes superbes,
Avec des mots en cage,
J’écrirais des poèmes sauvages.

Si mon stylo était artiste,
Avec les mots les plus bêtes,
J’écrirais des poèmes en fête,
Avec des mots de tous les jours,
J’écrirais des poèmes d’amour.

Mais mon stylo est un farceur
Qui n’en fait qu’à sa tête,
Et mes poèmes, sur mon cœur,
Font des pirouettes.

Robert Gélis


Deux pigeons

Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre
Deux corbeaux s’aimaient d’amour noir
Deux mésanges s’aimaient d’amour bleu
Deux pies s’aimaient d’amour bavard
Deux autruches s’aimaient d’amour loud
Deux pinsons s’aimaient d’amour gai
Deux vautours s’aimaient eux aussi

Michel Besnier - né en 1945 ("Le verlan des oiseaux et autres jeux de plumes")


Mon ours

Il n’a plus de bouton
À son pantalon.

Il a perdu la ficelle
Qui lui servait de bretelle.

On voit dépasser la paille
Au niveau de sa taille.

Et on aperçoit de la mousse
Sur sa jolie frimousse.

Mais moi je l’aime pourtant
Au moins autant qu’avant.

Je l’aimerai toujours
Mon ours.

François David ("Premiers poèmes pour tous les jours" - édit Milan)


Je jouais

Je jouais à grimper à l'arc-en-ciel
comme à l'échelle
Sur le jaune
j'ai cueilli des boutons d'or
Sur l'orange
j'ai des clémentines
Sur le rouge
des framboises et des cerises
Plus haut, j'ai respiré les violettes
Dans le bleu
j'ai coupé une fenêtre de ciel
pour voir l'indigo
Et je suis tombé par la fenêtre
sur l'herbe verte.

Luce Guilbaud 


Dans ma boîte

J’aurai une grande boîte
pleine de soleil
pour les jours de pluie
pleine de sourires
pour les jours de grogne
pleine de courage
pour les jours de flemme.

Et dans ma boîte j’aurai aussi
plein de coquillages
pour écouter la mer.

Luce Guilbaud


Trois petits oiseaux dans les blés

Au matin se sont rassemblés
Trois petits oiseaux dans les blés.

Ils avaient tant à se dire
Qu'ils parlaient tous à la fois,
Et chacun forçait sa voix.
Ça faisait un tire lire,
Tire lire la ou la.
Un vieux pommier planté là
A trouvé si gai cela
Qu'il s'en est tordu de rire,
Tire lire tire lire,
Qu'il s'en est tordu de rire,
Tire lire la ou la.

Jean Richepin


Rentrée des classes

Odeur des pluies de mon enfance,
Derniers soleils de la saison !
À sept ans, comme il faisait bon,
Après d'ennuyeuses vacances
Se retrouver dans sa maison !La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées
Sentait l'encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été !
Ô temps charmants des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau !

René-Guy Cadou


L'enfant précoce

Une lampe naquit sous la mer
Un oiseau chanta
Alors dans un village reculé
Une petite fille se mit à écrire
Pour elle seule
Le plus beau poème
Elle n'avait pas appris l'orthographe
Elle dessinait dans le sable
Des locomotives
Et des wagons pleins de soleil
Elle affrontait les arbres gauchement
Avec des majuscules enlacées et des cœurs
Elle ne disait rien de l'amour
Pour ne pas mentir
Et quand le soir descendait en elle
Par ses joues
Elle appelait son chien doucement
Et disait
« Et maintenant cherche ta vie ».

René-Guy Cadou


L'oiseau du Colorado

L'oiseau du Colorado
Mange du miel et des gâteaux
Du chocolat et des mandarines
Des dragées des nougatines
Des framboises des roudoudous
De la glace et du caramel mou.
L'oiseau du Colorado
Boit du champagne et du sirop
Suc de fraise et lait d'autruche
Jus d'ananas glacé en cruche
Sang de pêche et navet
Whisky menthe et café.
L'oiseau du Colorado
Dans un grand lit fait dodo
Puis il s'envole dans les nuages
Pour regarder les images
Et jouer un bon moment
Avec la pluie et le beau temps.

Robert Desnos


Chevaux : trois ; oiseau : un

J'ai trois grands chevaux courant dans mon ciel.
J'ai un seul petit oiseau, petit, dans mon champ.
Trois chevaux de feu broutant les étoiles.
Un oiseau petit qui vit d'air du temps.
Trois chevaux perdus dans la galaxie.
Un petit oiseau qui habite ici.
Les chevaux du ciel, c'est un phénomène.
Mais l'oiseau d'ici, c'est celui que j'aime.
Les chevaux du ciel sont de vrais génies.
L'oiseau dans mon champ, c'est lui mon ami.
Mais l'oiseau du champ s'envole en plein ciel,
rejoint mes chevaux, et je reste seul.
J'aimerais bien avoir des ailes.
Ça passerait le temps.
Ça passerait le ciel.

Claude Roy


Petite souris

C’est la petite souris grise,
Dans sa cachette elle est assise.
Quand elle n’est pas dans son trou,
C’est qu’elle galope partout.

C’est la petite souris blanche
Qui ronge le pain sur la planche.
Aussitôt qu’elle entend du bruit,
Dans sa maison elle s’enfuit.

C’est la petite souris brune
Qui se promène au clair de lune,
Si le chat miaule en dormant,
Elle se sauve prestement.

C’est la petite souris rouge,
Elle a peur aussitôt qu’on bouge !
Mais, lorsque personne n’est là,
Elle mange tout ce qu’on a.

Lucie Delarue-Mardrus


Dans Paris

Dans Paris il y a une rue;
Dans cette rue il y a une maison;
Dans cette maison il y a un escalier;
Dans cet escalier il y a une chambre;
Dans cette chambre il y a une table;
Sur cette table il y a un tapis;
Sur ce tapis il y a une cage;

Dans cette cage il y a un nid;
Dans ce nid il y a un œuf,
Dans cet œuf il y a un oiseau.

L'oiseau renversa l'œuf;
L'œuf renversa le nid;
Le nid renversa la cage;

La cage renversa le tapis;
Le tapis renversa la table;
La table renversa la chambre;
La chambre renversa l'escalier;
L'escalier renversa la maison;
La maison renversa la rue;
La rue renversa la ville de Paris.

Paul Éluard


Le secret

Sur le chemin près du bois
J'ai trouvé tout un trésor :
Une coquille de noix
Une sauterelle en or
Un arc-en-ciel qu'était mort.
A personne je n'ai rien dit
Dans ma main je les ai pris
Et je l'ai tenue fermée
Fermée jusqu'à l'étrangler
Du lundi au samedi.
Le dimanche l'ai rouverte
Mais il n'y avait plus rien !
Et j'ai raconté au chien
Couché dans sa niche verte
Comme j'avais du chagrin.
Il m'a dit sans aboyer:
« Cette nuit, tu vas rêver. »
La nuit, il faisait si noir
Que j'ai cru à une histoire
Et que tout était perdu.
Mais d'un seul coup j'ai bien vu
Un navire dans le ciel
Traîné par une sauterelle
Sur des vagues d'arc-en-ciel !

René de Obaldia


La grenouille aux souliers percés

La grenouille aux souliers percés
A demandé la charité
Les arbres lui ont donné
Des feuilles mortes et tombées
Les champignons lui ont donné
Le duvet de leur grand chapeau
L'écureuil lui a donné
Quatre poils de son manteau
L'herbe lui a donné
Trois petites graines.
Le ciel lui a donné
Sa plus douce haleine
Mais la grenouille demande toujours,
Demande encore la charité
Car ses souliers sont toujours,
Sont toujours percés.

Robert Desnos


La fourmi

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n'existe pas ça n'existe pas

Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n'existe pas ça n'existe pas

Une fourmi  parlant français
Parlant latin et javanais
Ça n'existe pas ça n'existe pas
Et pourquoi pas ?

Robert Desnos


Les crayons

Mais à quoi jouent les crayons
Pendant les récréations ?
Le rouge dessine une souris,
Le vert un soleil,
Le bleu dessine un radis,
Le gris une groseille.
Le noir qui n'a pas d'idée,
Fait de gros pâtés.

Voilà les jeux des crayons
Pendant les récréations.

Corinne Albaut


L'école

Dans notre ville il y a
Des tours, des maisons par milliers,
Du béton, des blocs, des quartiers,
Et puis mon coeur, mon coeur qui bat
Tout bas.

Dans mon quartier, il y a
Des boulevards, des avenues,
Des places, des ronds-points, des rues
Et puis mon coeur, mon coeur qui bat
Tout bas.

Dans notre rue il y a
Des autos, des gens qui s'affolent,
Un grand magasin, une école,

Et puis mon coeur, mon coeur qui bat
Tout bas.

Dans cette école, il y a
Des oiseaux qui chantent tout le jour
Dans les marronniers de la cour.
Mon coeur, mon coeur, mon coeur qui bat
Est là.

Jacques Charpentreau


Mon arbre à moi

Lorsque je le caresse,
Mon arbre apprivoisé
Se dresse
Sur la pointe des feuilles
Dans le vent.

Alors moi je lui cueille
Un bouquet d'oiseaux blancs
Et il remue la tête
Heureux
En souriant
D'un grand rire d'écorce
Pour me faire la fête.

Christian Poslaniec


La girafe

Je voudrais une girafe
Aussi haute que la maison
Avec deux petites cornes
et des sabots bien cirés
Je voudrais une girafe
pour entrer sans escalier
par la lucarne du grenier

Madeleine Ley


Dimanche

Charlotte
fait de la compote

Bertrand
suce des harengs

Cunégonde
se teint en blonde
Epaminondas
cire ses godasses

Thérèse
souffle sur la braise

Léon
peint des potirons

Brigitte
s'agite, s'agite

Adhémar
dit qu'il en a marre

La pendule
fabrique des virgules

Et moi dans tout cha ?
Et moi dans tout cha ?
Moi, ze ne bouze pas
Sur ma langue z'ai un chat

René de Obaldia


J'ai trouvé dans mes cheveux

J'ai trouvé dans mes cheveux
Une souris bleue.
Dans mes cheveux une souris bleue ?
Encore bien heureux qu'il n'y en ait pas deux.
J'ai trouvé dans ma manche
Une souris blanche.
Dans ma manche une souris blanche ?
Dans mes cheveux une souris bleue ?
Encore bien heureux qu'il n'y en ait pas deux.
J'ai trouvé dans mon pantalon
Une souris marron.
Dans mon pantalon, une souris marron ?
Dans ma manche une souris blanche ?
Dans mes cheveux une souris bleue ?
Encore bien heureux qu'il n'y en ait pas deux.
J'ai trouvé dans mon oreille
Une souris groseille.
Dans mon oreille, une souris groseille ?
Dans mon pantalon, une souris marron ?
Dans ma manche une souris blanche ?
Dans mes cheveux une souris bleue ?
Encore bien heureux qu'il n'y en ait pas deux.

Claude Roy


Le rêve de la lune

Si la Lune brille
Quand tu dors,
C'est pour planter
Des milliers de soleils pour demain.
Si tout devient silence
Quand tu dors,
C'est pour préparer
Le chant des milliers d'oiseaux
Et dorer les ailes des libellules.
Si la Lune tombe dans tes bras
Quand tu dors,
C'est pour rêver avec toi
Des milliers d'étoiles.

Marie Botturi


L'arc-en-ciel

De sa cage de nuages et de pluie
Un bel oiseau s'est évadé
pour se poser sur les doigts du soleil
Bleu indigo violet
Vert jaune orangé rouge
Plus un enfant ne bouge
Le bel oiseau a déployé
Ses plumes sur le ciel

Robert Besse

 


Bain de soleil

La salle de bains est fermée à clef
Le soleil entre par la fenêtre
et il se baigne dans la baignoire
et il se frotte avec le savon
et le savon pleure
il a du soleil dans l'oeil.

Jacques Prévert


Cheval bleu

J’avais un petit cheval bleu
Qui se promenait dans ma chambre
En liberté, crinière longue
Et des rayons sur ses sabots.

Il galopait sur le bureau
Sur les bouquins de l’étagère.
Il galopait, tête levée
Sur la steppe blanche des draps.

Il vivait d’un reflet
S’endormait chaque nuit
Dans le creux de mes mais
Comme font les oiseaux

Madeleine Riffaud


La puce

Une puce prit le chien
Pour aller de la ville
Au hameau voisin
A la station du marronnier
Elle descendit
Vos papiers dit l’âne
Coiffé d’un képi
Je n’en ai pas
Alors que faites-vous ici  ?
Je suis infirmière
Et fais des piqûres
A domicile.

Robert Clausard


C’est demain dimanche

Il faut apprendre à sourire
Même quand le temps est gris
Pourquoi pleurer aujourd'hui
Quand le soleil brille
C'est demain la fête des amis
Des grenouilles et des oiseaux
Des champignons des escargots
N'oublions pas les insectes
les mouches et les coccinelles
Et tout à l'heure à midi
J'attendrai l'arc-en-ciel
Violet indigo bleu vert
jaune orange et rouge
Et nous jouerons à la marelle

Philippe Soupault


S’essoufler

Ah fromage voilà la bonne madame
Voilà la bonne madame au lait
Elle est du bon lait du pays qui l’a fait
Le pays qui l’a fait était de son village

Ah village voilà la bonne madame
Voilà la bonne madame fromage
Elle est du pays du bon lait qui l’a fait
Celui qui l’a fait était de sa madame

Ah fromage voilà du bon pays
Voilà du bon pays au lait
Il est du bon lait qui l’a fait du fromage
Le lait qui l’a fait était de sa madame

Benjamin Péret


La mer

La mer brille comme une coquille
on a envie de la pécher
la mer est verte,
elle est d'azur,
elle est d'argent
et de dentelle

Paul Fort


Petite pomme

La petite pomme s'ennuie
De n'être pas encore cueillie.
Les autres pommes sont parties,
Petite pomme est sans amie.

Comme il fait froid dans cet automne !
Les jours sont courts ! Il va pleuvoir.
Comme on a peur au verger noir
Quand on est seule et qu'on est pomme.

Je n'en puis plus viens me cueillir,
Tu viens me cueillir Isabelle ?
Comme c'est triste de vieillir
Quand on est pomme et qu'on est belle.

Prends-moi doucement dans ta main,
Mais fais-moi vivre une journée,
Bien au chaud sur ta cheminée
Et tu me mangeras demain.

Géo Norge


Conversation
(sur le pas de la porte, avec bonhomie.)

Comment ça va sur la terre ?
- Ça va ça va, ça va bien.
Les petits chiens sont-ils prospères ?
- Mon Dieu oui merci bien.
Et les nuages ?
- Ça flotte.
Et les volcans ?
- Ça mijote.
Et les fleuves ?
- Ça s'écoule.
Et le temps ?
- Ça se déroule.
Et votre âme ?
- Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.

Jean Tardieu


Les hiboux (On trouve souvent ce texte, et c'est dommage, sans les deux dernières strophes)

Ce sont les mères des hiboux
Qui désiraient chercher les poux
De leurs enfants, leurs petits choux,
En les tenant sur les genoux.

Leurs yeux d'or valent des bijoux
Leur bec est dur comme cailloux,
Ils sont doux comme des joujoux,
Mais aux hiboux point de genoux !

Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
Ou dans la cabane bambou ?
A Moscou ? Ou à Tombouctou ?

En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou ou chez les Mandchous ?
Hou ! Hou !
Pas du tout, c'était chez les fous.

Robert Desnos


Araignée

Araignée grise,
Araignée d'argent,
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.

Toile d'araignée
Émerveillement
Lourde de rosée
Dans le matin blanc!

Ouvrage subtil
Qui frissonne et ploie
Ô maison de fil.
Escalier de soie.

Araignée grise,
Araignée d'argent,
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.

Madeleine Ley


Chanson du chat

Chat, chat, chat,
Chat noir, chat blanc, chat gris
Charmant chat couché
Chat, chat, chat,
N'entends-tu pas les souris
Danser à trois des entrechats
Sur le plancher?
Le bourgeois ronfle dans son lit,
De son bonnet de coton coiffé,
Et la lune regarde à la vitre.
Dansez souris, dansez jolies,
Dansez vite
En remuant vos fines queues de fées.
Dansez sans musique tout à votre aise,
A pas menus et drus,
Au clair de lune qui vient de se lever,
Courez; les sergents de la ville dans la rue
Font les cent pas sur le pavé;
Et tous les chats du vieux Paris
Dorment sur leurs chaises
Chats blancs, chats noirs ou chats gris.

Tristan Klingsor


Monsieur chat

Accroupi
Près
Du
Bocal
Monsieur Chat
Les yeux à demi fermés
Dit :
Je n’aime pas
Le poisson

Paul Claudel


Soir

Les étoiles dorment.
Le soir a cueilli
Par tous les étages
Un bouquet de lampes.

Au ras du trottoir
Un petit enfant
Ecarte les doigts
vers tant de lumière.

La ville s’éteint
La main se referme.
A tous les étages
Grimpe le sommeil.

Louis Guillaume


La mer s'est retirée

La mer s'est retirée,
Qui la ramènera ?
La mer est démontée,
Qui la remontera ?
La mer est déchaînée,
Qui la rattachera ?
Un enfant qui joue sur la plage
Avec un collier de coquillages.

Jacques Charpentreau


Le cheval chante

Le cheval chante.
Le hibou miaule.
L'âne gazouille.
Le ruisseau hennit.

- C'est bien, mon enfant : joue avec les mots.

- Le triangle est rond.
La neige est chaude.
Le soleil est bleu.
La maison voyage.

- Tu as de la chance :

les mots sont amicaux
et généreux.

- Le poisson plane.
La baleine court.
La fourchette a des oreilles.
Le train se gratte.

- Je t'avais prévenu :
maintenant les mots te mordent.

Alain Bosquet


Un enfant a dit

Un enfant a dit
Je sais des poèmes
Un enfant a dit
Ch'sais des poasies*

Un enfant a dit
Mon cœur est plein d'elles
Un enfant a dit
Par cœur, ça suffit.

Un enfant a dit
Ils en savent des choses
Un enfant a dit
Et tout par écrit.

Si l'poète pouvait
S'enfuir à tire-d'ailes
Les enfants voudraient
Partir avec lui.

Raymond Queneau

* Mot créé par Queneau. On trouve aussi poésies et poaisies.


Chanson pour les enfants l'hiver

Dans la nuit de l'hiver
Galope un grand homme blanc
Dans la nuit de l'hiver
Galope un grand homme blanc
C'est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois
un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village.
Voyant de la lumière
Le voilà rassuré.

Dans une petite maison
il entre sans frapper ;
Dans une petite maison
il entre sans frapper ;
Et pour se réchauffer,
Et pour se réchauffer,
S'asseoit sur le poêle rouge,
Et d'un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d'une flaque d'eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau.

Jacques Prévert


L’escargot

l'escargot perdu dans la nuit
cherche sa maison sans bruit
il ne trouve plus son chemin
mais dans les champs la lune luit
et il voit dans les sapins
qu'il a pris sa maison sur lui.

Martine Gehin


Les nuages blancs

Les nuages blancs
se laissent porter
comme des enfants
et rêvent qu'ils font
et font en rêvant
le tour de la terre

Gilbert Cesbron


L’avion

L'avion au fond du ciel clair
Se promène dans les étoiles
Tout comme les barques à voiles
Vont sur la mer.
Les oiseaux ont peur de ses ailes,
Mais les enfants le trouvent beau,
Ce grand cerf-volant sans ficelles
Qui va si haut.

Lucie Delarue-Mardrus


Le raisin

Grappe
de raisin
raisin blanc
raisin noir
ou vert
un pépin
craque
sous la dent
grappe
de raisins
grains
de soleil

Anne-Marie Chapouton


Le pélican

Le capitaine Jonathan,

Étant âgé de dix-huit ans,
Capture un jour un pélican
Dans une île d'Extrême-Orient.
Le pélican de Jonathan,
Au matin, pond un oeuf tout blanc
Et il sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.
Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un oeuf tout blanc
D'où sort, inévitablement,
Un autre qui en fait autant.
Cela peut durer pendant
très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant.

Robert Desnos


Bien au chaud

Dans ma maison, bien au chaud,
je vois le jour qui s'enfuit
et les étoiles là-haut
qui s'allument dans la nuit.
J'entends le vent qui s'élance
entre les tuiles du toit
et les grands arbres qui dansent
à la lisière du bois.
Chez moi, je suis à l'abri.
Je bois un bon lait bouillant.
Je n'ai pas peur de la pluie,
de l'hiver et du grand vent.

Ann Rocard


L'arbre

Perdu au milieu de la ville
L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les parkings, c'est pour stationner,
Les camions pour embouteiller,
Les motos pour pétarader,
Les vélos pour se faufiler.
L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les télés, c'est pour regarder,
Les transistors pour écouter,
les murs pour la publicité,
les magasins pour acheter.
L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les maisons, c'est pour habiter
Les bétons pour embétonner
Les néons pour illuminer,
Les feux rouges pour traverser.
L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les ascenseurs, c'est pour grimper
Les présidents pour présider,
Les montres pour se dépêcher,
Les mercredi pour s'amuser.
L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Il suffit de le demander
A l'oiseau qui chante à la cime.

Jacques Charpentreau


Le zèbre

Le zèbre,
cheval des ténèbres
Lève le pied, ferme les yeux,
Et fait résonner ses vertèbres
En hennissant d'un air joyeux.
Au clair soleil de Barbarie,
Il sort alors de l'écurie
Et va brouter dans la prairie
Les herbes de sorcellerie.
Mais la prison sur son pelage,
A laissé l'ombre du grillage.

Robert Desnos


Le petit lapin

Dans le pré qui vers l'eau dévale,
Un lapin sauvage détale.
Un saut bref, un rapide élan,
Et montrant son panache blanc,
Il fuit vers la forêt prochaine
Une touche de marjolaine
L'arrête un peu, faisant le guet.
Il entrouvre un œil inquiet,
Et, seule, son oreille bouge !
Un bond brusque dans le foin rouge,
Et, n'entendant plus aucun bruit,
Le nez au vent, humant la nuit
Où déjà la lune se lève,
Assis sur son derrière, il rêve.

Jeanne Marvig


Paris blanc

La neige et la nuit
Tombent sur Paris,
À pas de fourmi.

Et la ville au vent
Peint l’hiver en blanc,
À pas de géant.

La Seine sans bruit
Prend couleur d’encens
Et de tabac gris.

À l’hiver en blanc,
Le temps se suspend,
À pas de fourmi.

A pas de géant
Tombent sur Paris
La neige et la nuit.

Pierre Coran


Quand automne en saison revient

Quand automne en saison revient,
La forêt met sa robe rousse
Et les glands tombent sur la mousse
Où dansent en rond les lapins.

Les souris font de grands festins
Pendant que les champignons poussent.
Ah ! que la vie est douce, douce
Quand l'automne en saison revient.

Samivel


Pomme et poire

Pomme et poire
Dans l'armoire

Fraise et noix
Dans le bois

Sucre et pain
Dans ma main

Plume et colle
Dans l'école

Et le faiseur de bêtises
Bien au chaud dans ma chemise.

Luc Bérimont


Pour la liberté

Laissez chanter
L’eau qui chante
Laissez courir
L’eau qui court
Laissez vivre
L’eau qui vit
L’eau qui bondit
L’eau qui jaillit
Laissez dormir
L’eau qui dort
Laissez mourir
L’eau qui meurt.

Philippe Soupault


Locataires

J'ai dans mon cartable
(C'est épouvantable !)
Un alligator
Qui s'appelle Hector.

J'ai dans ma valise
(Ça me terrorise !)
Un éléphant blanc
Du nom de Roland.

J'ai dans mon armoire
(Mon Dieu, quelle histoire !)
Un diplodocus
Nommé Spartacus.

Mais pour moi le pire,
C'est sous mon chapeau
D'avoir un vampire
Logé dans ma peau.

Jean-Luc Moreau


Caresses

Le vieux marronnier
N'aime
Ni les vacances
Ni les jours fériés
Il préfère
Les caresses
Des petites mains d'écoliers.

Chantal Couliou


Crayons de couleur

Le vert pour les pommes et les prairies,
Le jaune pour le soleil et les canaris,
Le rouge pour les fraises et le feu,
Le noir pour la nuit et les corbeaux
Le gris pour les ânes et les nuages,
Le bleu pour la mer et le ciel
Et toutes les couleurs pour colorier
Le monde.

Chantal Couliou


L'averse

Un arbre tremble sous le vent.
Les volets claquent.
Comme il a plu, l'eau fait des flaques.
Des feuilles volent sous le vent
Qui les disperse, et brusquement, il pleut à verse.

Francis Carco


N'écoute pas

N'écoute pas
celui qui répète ,
à part peut-être le ruisseau
qui murmure la vie.

ne redis pas
ce que le vent t'a soufflé,
à part peut-être la liberté
puisqu'il court après .

ne crains pas
les montagnes qui ne t'ont pas cru,
à part peut-être ton cœur
qui bat pour l'heure.

Alain Serres


Toi-même

C'est fou ce qu'il y a de merveilles
Dans le creux de ton oreille.
C'est fou ce qu'il y a de chemins
Dans le creux de ton poing.
C'est fou ce qu'il y a de poèmes
Dans le creux de toi-même.

Alain Serres


En sortant de l'école

En sortant de l'école
Nous avons rencontré
Un grand chemin de fer
Qui nous a emmenés
Tout autour de la terre
Dans un wagon doré
Tout autour de la terre
Nous avons rencontré
La mer qui se promenait
Avec tous ses coquillages
Ses îles parfumées
Et puis ses beaux naufrages
Et ses saumons fumés

Au-dessus de la mer
Nous avons rencontré
La lune et les étoiles
Sur un bateau à voiles
Partant pour le Japon
Et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
Tournant la manivelle d'un petit sous-marin
Plongeant au fond des mers
Pour chercher des oursins

Revenant sur la terre
Nous avons rencontré
Sur la voie de chemin de fer
Une maison qui fuyait
Fuyait tout autour de la terre
Fuyait tout autour de la mer
Fuyait devant l'hiver
Qui voulait l'attraper

Mais nous sur notre chemin de fer
On s'est mis à rouler
Rouler derrière l'hiver
Et on l'a écrasé
Et la maison s'est arrêtée
Et le printemps nous a salués

C'était lui le garde-barrière
Et il nous a bien remerciés
Et toutes les fleurs de toute la terre
Soudain se sont mises à pousser

Pousser à tort et à travers
Sur la voie du chemin de fer
Qui ne voulait plus avancer
De peur de les abîmer

Alors on est revenus à pied
A pied tout autour de la terre
A pied tout autour de la mer
Tout autour du soleil
De la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles

Jacques Prévert


Le papillon

Né au pays de la soie fine
Dans un cocon venu de Chine,
L'Orient est peint sur ses ailes.

Jaune ou bleu, vert ou vermeil,
Il vole, il va, il vit sa vie
A petits battements ravis.
Dans l'air doux, comme un éventail.

On le voit, on ne le voit plus,
Il est ici, il est là,
Ou bien c'est un nouveau venu
Son jumeau qui passe là-bas.

Ah ! Mettez au clou vos filets,
Jetez épingles et bouchons,
Laissez-le libre car il est
La poésie, le papillon !

Marc Alyn


Le soleil dit bonjour

Bonjour, bonjour, dit le soleil
Au bon foin qui sent le pain chaud,
À la faux qui étincelle,
À l'herbe et aux coquelicots.

Bonjour, bonjour, dit le soleil,
Il fait chaud et il fait beau.
Le monde est plein de merveilles.
Il fait bon se lever tôt.

Claude Roy


Moi j'irai dans la lune

Moi, j'irai dans la lune
Avec des petits pois,
Quelques mots de fortune
Et Blanquette, mon oie.

Nous dormirons là-haut
Un p'tit peu de guingois
Au grand pays du froid
Où l'on voit des bateaux
Retenus par le dos.

Bateaux de brise-bise
Dont les ailes sont prises
Dans de vastes banquises
Et des messieurs sans os
Remontent des phonos.

Blanquette sur mon coeur
M'avertira de l'heure :
Elle mange des pois
Tous les premiers du mois.

Elle claque du bec
Tous les minuits moins sept.
...
Pas besoin de fusée
Ni de toute une armée,
Je monte sur Blanquette
Hop ! on est arrivé .

René de Obaldia


Petite pomme (On trouve parfois ce texte avec uniquement les deux premières strophes, pour les petits)

La petite pomme s’ennuie
De n’être pas encore cueillie.
Les autres pommes sont parties,
Petite pomme est sans amie.

Comme il fait froid dans cet automne !
Les jours sont courts ! Il va pleuvoir.
Comme on a peur au verger noir
Quand on est seule et qu’on est pomme.

Je n’en puis plus viens me cueillir,
Tu viens me cueillir Isabelle ?
Comme c’est triste de vieillir
Quand on est pomme et qu’on est belle.

Prends-moi doucement dans ta main,
Mais fais-moi vivre une journée,
Bien au chaud sur ta cheminée
Et tu me mangeras demain.

Norge


Sept couleurs magiques

Rouge comme un fruit du Mexique
Orangé comme le sable d'Afrique
Jaune comme les girafes chics
Vert comme un sorbet de Jamaïque
Bleu comme les vagues du Pacifique
Indigo comme un papillon des Tropiques
Violet comme les volcans de Martinique
Qui donc est aussi fantastique ?
Est-ce un rêve ou est-ce véridique ?

C'est dans le ciel magnifique
L'arc aux sept couleurs magiques.

Mymi Doinet


J'aime ma maison

J'aime ma maison chaude
L'hiver quand le vent rôde.

Le printemps y pénètre
Par toutes les fenêtres

Sous le soleil qui sèche,
L'été, comme elle est fraîche !

Elle est douce en automne
Dans le parfum des pommes

Je t'aime bien, maison
Souriant aux saisons.

Louis Guillaume


Plein ciel

L'oiseau seul
A tout le ciel
Pour s'étirer dans tous les sens

Paul Vincensini


Petite nuit

Quand il fait nuit
La nuit se prend dans ses bras
Et dort sur son épaule
Comme un lilas

Paul Vincensini


Moi j'ai toujours peur du vent

Me voici
Mes poches
Bourrées de cailloux
Pour rester avec vous
Ne pas m'envoler dans les arbres

Paul Vincensini


Le petit grillon

Le petit grillon qui garde la montagne
A bien du mérite croyez-moi
Quand de partout
Coucous et hiboux font ou
Coucou coucou
ou ouh ouh ouh ouh
A d'autres coucous
ou d'autres hiboux
qui font à tout coup
ou coucou coucou
ou ouh ouh ouh ouh
Toute toute toute la nuit
Le petit grillon vaillant
a bien du mérite
Et qu'est-ce qui le retient
Dites-le moi
Messieurs
De se croiser les bras
et de dormir longtemps
Sa tête
Entre ses deux yeux.

Paul Vincensini


Toujours et Jamais

Toujours et Jamais étaient toujours ensemble
ne se quittaient jamais. On les rencontrait
dans toutes les foires.
On les voyait le soir traverser le village
sur un tandem.
Toujours guidait
Jamais pédalait
C'est du moins ce qu'on supposait...
Ils avaient tous les deux une jolie casquette
L'une était noire à carreaux blancs
L'autre blanche à carreaux noirs
A cela on' aurait pu les reconnaître
Mais ils passaient toujours le soir
et avec la vitesse...
Certains d'ailleurs les soupçonnaient
Non sans raison peut-être
D'échanger certains soirs leur casquette
Une autre particularité
Aurait dû les distinguer
L'un disait toujours bonjour
L'autre toujours bonsoir
Mais on ne sut jamais
Si c'était Toujours qui disait bonjour
Ou Jamais qui disait bonsoir
Car entre eux ils s'appelaient toujours
Monsieur Albert Monsieur Octave.

Paul Vincensini


Moi dans l'arbre

T'es fou !
Tire pas !

C'est pas des corbeaux,
C'est mes souliers !

Je dors parfois dans les arbres.

Paul Vincensini


Les beaux métiers

Certains veulent être marins,
D'autres ramasseurs de bruyère,
Explorateurs de souterrains,
Perceurs de trous dans le gruyère,

Cosmonautes, ou, pourquoi pas,
Goûteurs de tartes à la crème,
De chocolat et de babas :
Les beaux métiers sont ceux qu'on aime.

L'un veut nourrir un petit faon,
Apprendre aux singes l'orthographe,
Un autre bercer l'éléphant...
Moi, je veux peigner la girafe !

Jacques Charpentreau


L'île des rêves   

Il a mis le veston du père,
Les chaussures de la maman
Et le pantalon du grand frère
Il nage dans ses vêtements.

Il nage, il nage à perdre haleine.
Il croise des poissons volants,
Des thons, des dauphins, des baleines...
Que de monde, dans l'océan!

Écume blanche et coquillages,
Il nage depuis si longtemps
Qu'il aborde enfin au rivage
Du pays des rêves d'enfants.

Jacques Charpentreau


Les perles de rosée

Si tu veux inventer un collier,
Tiens, voici comment procéder.
De bon matin, te réveiller,
Dans les rosiers, te promener.

Tu verras des perles de rosée,
Sur les roses elles sont accrochées.
Une bonne poignée tu cueilleras,
Dans une boîte tu les rangeras.

Un cheveu d'or pour les assembler,
Un tout petit nœud pas trop serré,
Ainsi tu auras un joli collier,
Aussi souple que celui d'une fée.

Gilbert Saint-Pré


Cavalcade

Un cheval de lune
Courait sur le sable
Un poulain d'écume
Trottait sur la grève,
Au trot, au trot, au galop.

Un cheval d'ivoire
Courait dans le soir,
Un cavalier rouge
Traversait l'automne,
Au trot, au trot, au galop.

Un cheval de pluie
Courait dans la nuit
Un coursier de verre
Labourait la mer,
Au trot, au trot, au galop.

Et tous les enfants
Poursuivaient en rêve
Toutes ces crinières
Libres dans le vent,
Au trot, au trot, au galop.

Louis Guillaume


Les noisettes

Trois noisettes dans le bois
Tout au bout d'une brindille
Dansaient la capucine vivement au vent
En virant ainsi que filles De roi.
Un escargot vint à passer :
"Mon beau monsieur, emmenez-moi
Dans votre carrosse,
Je serai votre fiancée"
Disaient-elles toutes trois.

Mais le vieux sire sourd et fatigué,
Le sire aux quatre cornes sous les feuilles
Ne s'est point arrêté,
Et, c'est l'ogre de la forêt, je crois,
C'est le jeune ogre rouge, gourmand et fûté,
Monseigneur l'écureuil,
Qui les a croquées

Tristan Klingsor


Dame la Lune

Dame la Lune
Mange des prunes
Avec la peau
Et les noyaux.
Et C'est pourquoi
Quand on la voit,
Elle est si ronde,
La Lune blonde
Mais une nuit
Elle maigrit
Car la salade
La rend malade.
Et c'est pourquoi
Elle décroît
Et n'est plus ronde,
La Lune blonde
La demi Lune
Fait encore jeune
Et de moitié
Devient quartier.
Et c'est pourquoi
Elle décroît,
Et n'est plus ronde,
La Lune blonde !
Le quart de Lune
Mange des prunes
Avec la peau
Et les noyaux.
Et c'est pourquoi
La Lune croît
Et sera ronde
La dame blonde

Marcelle Vérité


Impression fausse

Dame souris trotte
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte,
Grise dans le noir.
On sonne la cloche :
Dormez les bons prisonniers,
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez
Pas de mauvais rêve :
Ne pensez qu'à vos amours
Pas de mauvais rêve :
Les belles toujours !
Le grand clair de lune !
On ronfle ferme à côté
Le grand clair de lune
En réalité !
Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four,
Un nuage passe,
Tiens le petit jour !
Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus,
Dame souris trotte,
Debout, paresseux !

Paul Verlaine


L'oiseau bleu

Mon oiseau bleu a le ventre tout bleu
Sa tête est d'un vert mordoré
Il a une tache noire sous la gorge
Ses ailes sont bleues
avec des touffes de petites plumes jaune doré
Au bout de la queue il y a
des traces de vermillon
Son dos est zébré de noir et de vert
Il a le bec noir les pattes incarnat
et deux petits yeux de jais

Il adore faire trempette,
se nourrit de bananes et pousse
Un cri qui ressemble au sifflement
d'un tout petit jet de vapeur.

On le nomme le septicolore.

Blaise Cendrars


Le pélican

Le capitaine Jonathan,

Etant âgé de dix-huit ans,
Capture un jour un pélican
Dans une île d'Extrême-Orient.

Le pélican de Jonathan,
Au matin, pond un oeuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un oeuf tout blanc
D'ou sort, inévitablement,
Un autre qui en fait autant.
Cela peut durer très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant.

Robert Desnos


Une graine voyageait     

Une graine voyageait
toute seule pour voir le pays.
Elle jugeait les hommes et les choses.
Un jour elle trouva joli le vallon  et agréables quelques cabanes.
Elle s'est endormie.
Pendant qu'elle rêvait
elle est devenue brindille
et la brindille a grandi,
puis elle s'est couverte de bourgeons.
Les bourgeons ont donné des branches.
Tu vois ce chêne puissant
c'est lui, si beau, si majestueux,
cette graine,
Oui mais le chêne ne peut pas voyager.

Alain Bosquet


Les corridors où dort Anne qu'on adore        

La petite Anne, quand elle dort,
Où s'en va-t-elle ?
Est-elle dedans, est-elle dehors,
Et que fait-elle ?

Pendant la récré du sommeil,
A pas de loup,
Entre la Terre et le soleil,
Anne est partout.

Les pieds nus et à tire-d'aile
Anne va faire
Les quatre cent coups dans le ciel
Anne s'affaire.

La petite Anne, quand elle dort,
Qui donc est-elle ?
Qui dort ? Qui court par-dessus bord ?
Une autre, et elle.

L'autre dort et a des ailes,
Anne dans son lit, Anne dans le ciel.

Claude Roy


Conseils donnés par une sorcière

(A voix basse, avec un air épouvanté, à l'oreille du lecteur.)

Retenez vous de rire
dans le petit matin !

N'écoutez pas les arbres
qui gardent les chemins

Ne dites votre nom
à la terre endormie
qu'après minuit sonné

A la neige, à la pluie
ne tendez pas la main

N'ouvrez votre fenêtre
qu'aux petites planètes
que vous connaissez bien

Confidence pour confidence
vous qui venez me consulter,
méfiance, méfiance !
On ne sait pas ce qui peut arriver.

Jean Tardieu


L’automne       

On voit tout le temps, en automne,
Quelque chose qui vous étonne,
C'est une branche tout à coup,
Qui s'effeuille dans votre cou.

C'est un petit arbre tout rouge,
Un , d'une autre couleur encor ,
Et puis partout ,ces feuilles d'or
Qui tombent sans que rien ne bouge.

Nous aimons bien cette maison,
Mais la nuit si tôt va descendre !
Retournons vite à la maison
Rôtir nos marrons dans la cendre.

Lucie Delarue-Mardrus


Le chameau   

Un chameau entra dans un sauna
Il eut chaud
Très chaud
Trop chaud

Il sua
Sua
Sua
Une bosse s’usa,
S’usa,
S’usa.

L’autre bosse ne s’usa pas.

Que crois-tu qu’il arriva?

Le chameau dans la désert
Se retrouva dromadaire.

Pierre Coran


La pluie

Une petite pluie fine
Fertilise le sol
Do – Mi – Sol

Une petite pluie fine
Rafraîchit le pré
Do – Mi – Ré

Une petite pluie fine
Arrose les lilas
Do – Mi – La

Une petite pluie fine
Fait éclater les soucis
Do – Mi – Si

Une petite pluie fine
Abreuve les résédas
Do – Mi – Fa

Jean- Louis Jacob


L’ogre   

J’ai mangé un oeuf,
Deux langues de boeuf,
Trois rôts de mouton,
Quatre gros jambons,
Cinq rognons de veau
Six couples d’oiseaux,
Sept immenses tartes,
Huit filets de carpe,
Neuf kilos de pain,
Et j’ai encore faim.
Peut-être, ce soir,
Vais-je encore devoir
Manger mes deux mains
Pour avoir enfin
Le ventre bien plein.

Maurice Carême


J’ai trempé mon doigt dans la confiture   

J’ai trempé mon doigt dans la confiture
turelure
Ça sentait les abeilles
Ça sentait les groseilles
Ça sentait le soleil
J’ai trempé mon doigt dans la confiture
Puis je l’ai sucé
Comme on suce les joues de bonne grand-maman
Qui n’a plus mal aux dents
Et qui parle de fées...
Puis je l’ai sucé
Sucé
Mais tellement sucé
Que je l’ai avalé

René de Obaldia


La gelée             

Ce matin,
Il y avait
Des milliers
De diamants
Dans les champs.

Les gens ont dit :
“C’est la gelée.”

Mais moi
Je sais bien
Que c’est la lune
Qui a fait craquer
Tous ses colliers.

Anne-Marie Chapouton


Automne   

Il pleut
Des feuilles jaunes
Il pleut
Des feuilles rouges.
L’été va s’endormir
Et l’hiver va venir
Sur la pointe
De ses souliers
Gelés.

Anne-Marie Chapouton


L’été    

Silence
silence
l’été
se balance
où l’oiseau
se tait

l’herbe
séchée
tremble
dans l’air
brûlé

silence
silence
l’été
chante
dans
les blés

Anne-Marie Chapouton


Pluie          

Pluie me mouille,
Feuille rouille,
Vent me fouette,
Vent tempête,
Feuilles folles
Je m’envole!

Solange Innocent


L’échelle

Il mit le premier pied
Sur le premier barreau.

Il mit le second pied
Sur le second barreau.
J’y suis arrivé,
Dit-il. Il monta encore.

Le soleil se fit proche.
Il continua de monter.

Ses jambes tremblaient.
Lentement il montait.

Il n’avait pas peur.
Aller plus haut, dit-il.

Mohammed Dib


La pomme et l'escargot


Il y avait une pomme
A la cime d'un pommier ;
Un grand coup de vent d'automne
La fit tomber sur le pré !

Pomme, pomme,
T'es-tu fait mal ?
J'ai le menton en marmelade
Le nez fendu
Et l'oeil poché !

Elle tomba, quel dommage,
Sur un petit escargot
Qui s'en allait au village
Sa demeure sur le dos

Ah ! stupide créature
Gémit l'animal cornu
T'as défoncé ma toiture
Et me voici faible et nu.

Dans la pomme à demi blette
L'escargot, comme un gros ver
Rongea, creusa sa chambrette
Afin d'y passer l'hiver.

Ah ! mange-moi, dit la pomme,
puisque c'est là mon destin ;
par testament je te nomme
héritier de mes pépins.

Tu les mettras dans la terre
Vers le mois de février,
Il en sortira, j'espère,
De jolis petits pommiers.

Charles Vildrac


Posté par de passage à 21:52 - POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3 - Permalien [#]