lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

010207

Complainte amoureuse - Alphonse Allais

Lettre d'humour, lettre d'amour, voici une lettera amorosa différente. Une occasion de "révisionner" le subjonctif.

Complainte amoureuse

Oui dès l'instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l'amour qu'en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que vous me plussiez
Qu'ingénument je vous le dise
Qu'avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu'enfin je m'opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez

Alphonse Allais 1854-1905

Posté par de passage à 15:45 - POÉSIE d'humour, dérision, parodie - Permalien [#]

Idilio - Federico García Lorca

Idilio (Idylle)

Tú querías que yo te dijera 
el secreto de la primavera.

Y yo soy para el secreto 
lo mismo que es el abeto.

Árbol cuyos mil deditos 
señalan mil caminitos.

Nunca te diré, amor mío, 
por qué corre lento el río.

Pero pondré en mi voz estancada 
el cielo ceniza de tu mirada.

¡Dame vueltas, morenita! 
Ten cuidado con mis hojitas.

Dame más vueltas alrededor, 
jugando a la noria del amor.

¡Ay! No puedo decirte, aunque quisiera, 
el secreto de la primavera.

Federico García Lorca (1898-1936)  petite biographie à venir

traduction approximative :

Idylle

Tu voulais que je te dise
le secret du printemps.

Moi je suis pour le secret
tout comme le sapin.

Arbre dont les mille petits doigts
indiquent mille petits chemins.

Je ne te dirai jamais, mon amour,
pourquoi le ruisseau coule lentement.

Mais je placerai dans ma voix stagnante
le ciel cendré de ton regard.

Tourne autour de moi, petite brune !
Fais attention à mes petites feuilles.

Tourne encore autour de moi,
en jouant à la noria de l'amour.

Ay ! Je ne pourrais te dire, même si je voulais,
le secret du printemps.

Federico García Lorca

Posté par de passage à 15:32 - poesia necesaria - Permalien [#]

"LETTERA AMOROSA" HORS CLASSE

Voici des poésies d'accès moins facile (il me semble) sur le thème du Printemps des Poètes 2007

Lettera amorosa "hors classe"


Liste "LETTERA AMOROSA" HORS CLASSE

Accès direct aux pages en cliquant sur le numéro ou le groupe (en construction), sinon en bas de page.
Une réorganisation par ordre alphabétique d'auteur est prévue, après  création de l'INDEX (voir colonne de gauche en haut).

page 1 (vous y êtes)

    Textes (2e partie) - Christian Bobin   
    Adieu - Guillaume Apollinaire
    Amour - Germain Nouveau
    Hésitation - Jules Verne
    A une femme - Victor Hugo
    Aveu - Paul Géraldy
    Je te l'ai dit... - Paul Eluard
    J'ai tant rêvé de toi - Robert Desnos
    Pendant que - Gilles Vigneault
    L'amoureuse - Paul Eluard

page 2

page 3

page 4


"La certitude d'avoir été, un jour, aimé, c'est l'envol définitif du cœur dans la lumière".

livre_paroles_bonheur_blogcitation de Christian Bobin dans "Paroles de bonheur" - Albin Michel.
Voir pour d'autres passages 
POÉSIES pour la CLASSE - LETTERA AMOROSA


Christian Bobin est né en 1951.
Il écrit des textes courts, petites histoires poétiques, images de la vie et de l'amour, de l'amour de la vie.
Le dernier ouvrage paru est Une bibliothèque de nuages, en septembre 2006.


J'ai tout misé sur un amour qui ne peut pas entrer dans ce monde même s'il en éclaire chaque détail.

Christian Bobin


La part manquante (extrait)

Ce qu'on apprend dans les livres, c'est-à-dire "je vous aime".

Il faut d'abord dire "je". C'est difficile, c'est comme se perdre dans la forêt, loin des chemins, c'est comme sortir de la maladie, de la maladie des vies impersonnelles, des vies tuées.

Ensuite il faut dire "vous". La souffrance peut aider - la souffrance d'un bonheur, la jalousie, le froid, la candeur d'une saison sur la vitre du sang. Tout peut aider en un sens à dire "vous", tout ce qui manque et qui est là, sous les yeux, dans l'absence abondante.

Enfin il faut dire "aime". C'est vers la fin des temps déjà, cela ne peut être dit qu'à condition de ne pas l'être. La dernière lettre est muette, elle s'efface dans le souffle, elle s'en va comme l'air bleu sur la page, dans la gorge.

"Je vous aime." Sujet, verbe, complément.
Ce qu'on apprend dans les livres c'est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s'atteindre.

La part manquante (autre extrait)

Aucun homme ne s'aventure dans ces terres désolées de l'amour. Aucun homme ne sait répondre à la parole silencieuse. Les hommes retiennent toujours quelque chose auprès d'eux. Jusque dans les ruines, ils maintiennent une certitude - comme l'enfant garde une bille dans sa poche. Quand ils attendent, c'est quelque chose de précis qu'ils attendent. Quand ils perdent, c'est une seule chose qu'ils perdent. Les femmes espèrent tout, et puisque tout n'est pas possible, elles le perdent en une seule fois - comme une manière de jouir de l'amour dans son manque. Elles continuent d'attendre ce qu'elles ne croient plus. C'est plus fort qu'elles. C'est bien plus fort que toute pensée.

Christian Bobin ("La part manquante »)  Livre "Paroles de bonheur" - Photo : Lieucommun


Adieu - Guillaume Apollinaire

L'amour est libre il n'est jamais soumis au sort
O Lou le mien est plus fort encore que la mort
Un coeur le mien te suit dans ton voyage au Nord

Lettres Envoie aussi des lettres ma chérie
On aime en recevoir dans notre artillerie
Une par jour au moins une au moins je t'en prie

Lentement la nuit noire est tombée à présent
On va rentrer après avoir acquis du zan
Une deux trois À toi ma vie À toi mon sang

La nuit mon coeur la nuit est très douce et très blonde
O Lou le ciel est pur aujourd'hui comme une onde
Un coeur le mien te suit jusques au bout du monde

L'heure est venue Adieu l'heure de ton départ
On va rentrer Il est neuf heures moins le quart
Une deux trois Adieu de Nîmes dans le Gard

Guillaume Apollinaire  ("Poèmes à Lou")

Posté par de passage à 12:51 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]