lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

200207

À Mireille, dite " Petit Verglas "

Ne tremblez pas, mais je dois le dire elle fut assassinée au couteau par un fichu mauvais garçon, dans sa chambre, là-bas derrière le Panthéon, rue Descartes, où mourut Paul Verlaine.

Ô ! oui, je l'ai bien aimée ma petite " Petit Verglas " à moi si bonne et si douce et si triste. Pourquoi sa tristesse ? Je ne l'avais pas deviné, je ne pouvais pas le deviner.

Non, je l'ai su après tu me l'avais caché que ton père était mort sur l'échafaud, Petit Verglas ! J'aurais bien dû le comprendre à tes sourires.

J'aurais dû le deviner à tes petits yeux, battus de sang, à ton bleu regard indéfinissable, papillotant et plein de retenue.

Et moi qui avais toujours l'air de te dire " Mademoiselle, voulez-vous partager ma statue ? " Ah ! J'aurais dû comprendre à tes sourires, tes yeux bleus battus et plein de retenue.

Et je t'appelais comme ça, le Petit Verglas, que c'est bête un poète ! Ô petite chair transie ! Moi, je l'ai su après que ton père était mort ainsi... Pardonne-moi, Petit Verglas. Volez, les anges !

Paul Fort

Ce poème de Paul Fort n'est pas chanté par Brassens, mais dit simplement, sans aucune musique d'accompagnement. On ignore (Paul Fort l'a-t-il inventée), qui était "Petit-Verglas". On trouvera plus loin deux autres poèmes de Paul Fort que Brassens a préféré enregistrer sans mélodie ni musique : "L'enterrement de Verlaine", et "Germaine Tourangelle". Par contre, "La marine" et "Le petit cheval" ont été mis en musique.


 

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Le poids des mots

Ceci n'est pas une critique littéraire, je ne suis pas armé pour. C'est un cri de douleur.Bienveillantes_balance_blog
J'ai été victime d'un acte de bienveillance : on m'a offert le Goncourt 2006, cerclé d'un bandeau rouge. J'aurais dû me méfier.
C'est un pavé douloureux de 894 pages (plus le glossaire).
Insupportable ... l'horreur quotidienne documentée. Des victimes ordinaires et des bourreaux ordinaires, avec des états d'âme ordinaires de bourreaux entre deux massacres qui deviennent ordinaires. Le texte est dense, étouffant, un combat permanent pour garder une distance, ne pas entrer dans le "je" de la narration, mais perdu d'avance, Les Bienveillantes aspire le lecteur, qui devient salaud ordinaire, avec des états d'âme quand même.
Insupportable. J'ai lâché l'affaire. Certains disent qu'il leur est tombé des mains. Trop lourd. Et c'est douloureux, 1,2 kg sur le pied. Pourtant je le pratiquais à petites doses,
quelques pages par jour, à bout de bras. Mais à force ...
Trop lourd. Comment le jury du Goncourt, dont l'âge moyen mérite le respect, a-t-il pu en venir à bout ...
Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, est un roman (?) trop douloureux.
Ne l'offrez à personne.

Il y a bien d'autres romans à offrir, et n'oubliez pas que le prix du livre (depuis la loi Lang de 1981) est le même partout. Dans les librairies, on vous conseille, vous voyez les ouvrages en vrai, le choix est grand (on y trouve des recueils de poésie que les grandes surfaces n'ont malheureusement pas la place de présenter, par exemple), et il n'y a aucun frais de port.

Posté par de passage à 06:40 - soit dit en passant - Permalien [#]

À mon frère, revenant d'Italie

Ainsi, mon cher, tu t'en reviens
Du pays dont je me souviens
Comme d'un rêve,
De ces beaux lieux où l'oranger
Naquit pour nous dédommager
Du péché d'Ève.

Tu l'as vu, ce ciel enchanté
Qui montre avec tant de clarté
Le grand mystère ;
Si pur, qu'un soupir monte à Dieu
Plus librement qu'en aucun lieu
Qui soit sur terre.

Tu les as vus, les vieux manoirs
De cette ville aux palais noirs
Qui fut Florence,
Plus ennuyeuse que Milan
Où, du moins, quatre ou cinq fois l'an,
Cerrito danse.

Tu l'as vue, assise dans l'eau,
Portant gaiement son mezzaro,
La belle Gênes,
Le visage peint, l'oeil brillant,
Qui babille et joue en riant
Avec ses chaînes.

Tu l'as vu, cet antique port,
Où, dans son grand langage mort,
Le flot murmure,
Où Stendhal, cet esprit charmant,
Remplissait si dévotement
Sa sinécure.

Tu l'as vu, ce fantôme altier
Qui jadis eut le monde entier
Sous son empire.
César dans sa pourpre est tombé :
Dans un petit manteau d'abbé
Sa veuve expire.

Tu t'es bercé sur ce flot pur
Où Naple enchâsse dans l'azur
Sa mosaique,
Oreiller des lazzaroni
Où sont nés le macaroni
Et la musique.

Qu'il soit rusé, simple ou moqueur,
N'est-ce pas qu'il nous laisse au coeur
Un charme étrange,
Ce peuple ami de la gaieté
Qui donnerait gloire et beauté
Pour une orange ?

Catane et Palerme t'ont plu.
Je n'en dis rien ; nous t'avons lu ;
Mais on t'accuse
D'avoir parlé bien tendrement,
Moins en voyageur qu'en amant,
De Syracuse.

Ils sont beaux, quand il fait beau temps,
Ces yeux presque mahométans
De la Sicile ;
Leur regard tranquille est ardent,
Et bien dire en y répondant
N'est pas facile.

Ils sont doux surtout quand, le soir,
Passe dans son domino noir
La toppatelle.
On peut l'aborder sans danger,
Et dire : " Je suis étranger,
Vous êtes belle. "

Ischia ! C'est là, qu'on a des yeux,
C'est là qu'un corsage amoureux
Serre la hanche.
Sur un bas rouge bien tiré
Brille, sous le jupon doré,
La mule blanche.

Pauvre Ischia ! bien des gens n'ont vu
Tes jeunes filles que pied nu
Dans la poussière.
On les endimanche à prix d'or ;
Mais ton pur soleil brille encor
Sur leur misère.

Quoi qu'il en soit, il est certain
Que l'on ne parle pas latin
Dans les Abruzzes,
Et que jamais un postillon
N'y sera l'enfant d'Apollon
Ni des neuf Muses.

Il est bizarre, assurément,
Que Minturnes soit justement
Près de Capoue.
Là tombèrent deux demi-dieux,
Tout barbouillés, l'un de vin vieux,
L'autre de boue.

Les brigands t'ont-ils arrêté
Sur le chemin tant redouté
De Terracine ?
Les as-tu vus dans les roseaux
Où le buffle aux larges naseaux
Dort et rumine ?

Hélas ! hélas ! tu n'as rien vu.
Ô (comme on dit) temps dépourvu
De poésie !
Ces grands chemins, sûrs nuit et jour,
Sont ennuyeux comme un amour
Sans jalousie.

Si tu t'es un peu détourné,
Tu t'es à coup sûr promené
Près de Ravenne,
Dans ce triste et charmant séjour
Où Byron noya dans l'amour
Toute sa haine.

C'est un pauvre petit cocher
Qui m'a mené sans accrocher
Jusqu'à Ferrare.
Je désire qu'il t'ait conduit.
Il n'eut pas peur, bien qu'il fît nuit ;
Le cas est rare.

Padoue est un fort bel endroit,
Où de très grands docteurs en droit
Ont fait merveille ;
Mais j'aime mieux la polenta
Qu'on mange aux bords de la Brenta
Sous une treille.

Sans doute tu l'as vue aussi,
Vivante encore, Dieu merci !
Malgré nos armes,
La pauvre vieille du Lido,
Nageant dans une goutte d'eau
Pleine de larmes.

Toits superbes ! froids monuments !
Linceul d'or sur des ossements !
Ci-gît Venise.
Là mon pauvre coeur est resté.
S'il doit m'en être rapporté,
Dieu le conduise !

Mon pauvre coeur, l'as-tu trouvé
Sur le chemin, sous un pavé,
Au fond d'un verre ?
Ou dans ce grand palais Nani ;
Dont tant de soleils ont jauni
La noble pierre ?

L'as-tu vu sur les fleurs des prés,
Ou sur les raisins empourprés
D'une tonnelle ?
Ou dans quelque frêle bateau.
Glissant à l'ombre et fendant l'eau
À tire-d'aile ?

L'as-tu trouvé tout en lambeaux
Sur la rive où sont les tombeaux ?
Il y doit être.
Je ne sais qui l'y cherchera,
Mais je crois bien qu'on ne pourra
L'y reconnaître.

Il était gai, jeune et hardi ;
Il se jetait en étourdi
À l'aventure.
Librement il respirait l'air,
Et parfois il se montrait fier
D'une blessure.

Il fut crédule, étant loyal,
Se défendant de croire au mal
Comme d'un crime.
Puis tout à coup il s'est fondu
Ainsi qu'un glacier suspendu
Sur un abîme...

Mais de quoi vais-je ici parler ?
Que ferais-je à me désoler,
Quand toi, cher frère,
Ces lieux où j'ai failli mourir,
Tu t'en viens de les parcourir
Pour te distraire ?

Tu rentres tranquille et content ;
Tu tailles ta plume en chantant
Une romance.
Tu rapportes dans notre nid
Cet espoir qui toujours finit
Et recommence.

Le retour fait aimer l'adieu ;
Nous nous asseyons près du feu,
Et tu nous contes
Tout ce que ton esprit a vu,
Plaisirs, dangers, et l'imprévu,
Et les mécomptes.

Et tout cela sans te fâcher,
Sans te plaindre, sans y toucher
Que pour en rire ;
Tu sais rendre grâce au bonheur,
Et tu te railles du malheur
Sans en médire.

Frère*, ne t'en va plus si loin.
D'un peu d'aide j'ai grand besoin,
Quoi qu'il m'advienne.
Je ne sais où va mon chemin,
Mais je marche mieux quand ma main
Serre la tienne.

Alfred de Musset 1810-1857 ("Poésies nouvelles")
Les passages en italique sont absents de la chanson.

*Texte original de Musset : "Ami, ne t'en va plus si loin."


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Ballade à la lune - Alfred de Musset

1. C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

2. Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil ?

3. Es-tu l'oeil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

N'es-tu rien qu'une boule,
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?

5. Es-tu, je t'en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer ?

6. Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?

4*. Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci ?

7. Qui t'avait éborgnée,
L'autre nuit ? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?

8. Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux.

Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde
Dans la mer est tombé.

Tu n'en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.

Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal !

Oh ! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers !

Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L'écoute,
L'écoute s'approcher.

Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s'en sont allés.

Oh ! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d'Apollo,
Surprise
A l'ombre, un pied dans l'eau !

Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.

9. Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours.

10. Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.

T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.

T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament !

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'océan montueux.

11. Et qu'il vente ou qu'il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir ?

12. Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l'époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,

Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.

" Ouf ! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien. "

Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L'empêche
De commettre un péché ?

" Ah ! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux ? "

Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Alfred de Musset (En italique, les passages que Brassens n'a pas repris pour la chanson. * Brassens a également modifié l'ordre des strophes (strophe 4) par rapport au texte de Musset)

Posté par de passage à 06:05 - BRASSENS chante les poètes - Permalien [#]

Ballade des dames du temps jadis

(indications en italique pour la chanson)  

Dites moi où, n'en quel pays
Est Flora la belle Romaine;
Archipiada ni Thaïs
Qui fut sa cousine germaine;
Écho, parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sus étang,
Qui beauté eut trop plus qu' humaine?
Mais où sont les neiges d'antan ? (bis pour les deux derniers vers)

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré fut et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint Denis ?
Pour son amour eut cette essoine*.
Semblablement où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ? (idem)

La reine Blanche comme lys
Qui chantait a voix de sirène,
Berthe aux grands pieds, Biétris, Alis,
Aremburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen;
Où sont-ils, , Vierge souveraine ? (ce "où" est omis dans la chanson)
Mais où sont les neiges d'antan ? (idem)

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu' à ce refrain ne vous ramène :
Mais où sont les neiges d''antan ? (idem)

François Villon  essoine* : peine


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Gastibelza - Victor Hugo

Gastibelza

1.Gastibelza, l'homme à la carabine
Chantait ainsi :
Quelqu'un a-t-il connu doña Sabine ?
Quelqu'un d'ici ?
Chantez, dansez, villageois ! la nuit gagne
Le mont Falù*,
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

2.Quelqu'un de vous a-t-il connu Sabine
Ma señora ?
Sa mère était la vieille maugrabine
D'Antequera,
Qui chaque nuit criait dans la Tour Magne
Comme un hibou,
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

3.Vraiment, la reine eût, près d'elle, été laide
Quand, vers le soir,
Elle passait sur le pont de Tolède
En corset noir.
Un chapelet du temps de Charlemagne
Ornait son cou,
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

4.Le roi disait, en la voyant si belle
À son neveu :
"Pour un baiser, pour un sourire d'elle,
Pour un cheveu,
Infant don Ruy, je donnerais l'Espagne
Et le Pérou !"
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

5.Je ne sais pas si j'aimais cette dame
Mais je sais bien,
Que, pour avoir un regard de son âme
Moi, pauvre chien,
J'aurais gaiement passé dix ans au bagne
Sous les verrous,
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

6.Quand je voyais cette enfant, moi le pâtre
De ce canton,
Je croyais voir la belle Cléopâtre
Qui, nous dit-on,
Menait César, empereur d'Allemagne
Par le licou,
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

7.Dansez, chantez, villageois, la nuit tombe
Sabine, un jour,
A tout vendu, sa beauté de colombe,
Tout son amour,
Pour l'anneau d'or du comte de Saldagne,
Pour un bijou,
Le vent qui vient à travers la montagne
M'a rendu fou.

Falù* se prononce "Falou"  -  Georges Brassens - librement adapté du poème "Guitare" de Victor Hugo (recueil "Les Rayons et les Ombres", chap XXII, 1837)

Texte original du poème (mise à jour, 3 janvier 2016 ! ... voir plus bas)
Les strophes manquantes sont situées par rapport au texte de la chanson (numérotés) /

entre les strophes 2 et 3 :

Dansez, chantez ! Des biens que l'heure envoie
Il faut user.
Elle était jeune et son œil plein de joie
Faisait penser
A ce vieillard qu'un enfant accompagne.
Jetez un sou !
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou !

entre les strophes 5 et 6 :

Un jour d'été que tout était lumière,
Vie et douceur,
Elle s'en vint jouer dans la rivière
Avec sa sœur,
Je vis le pied de sa jeune compagne
Et son genou.
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou !

entre les strophes 7 et 8 :

Sur ce vieux banc souffrez que je m'appuie,
Car je suis las.
Avec ce comte elle s'est donc enfuie !
Enfuie, hélas !
Par le chemin qui va vers la Cerdagne,
Je ne sais où.
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou !

... et cette ultime strophe du poème que je ne connaissais pas et que j'avais donc omise,
quel dommage et quelle erreur !
ce qui me vaut une remise en place de Bernard (merci Bernard!) en ce début janvier 2016.
Quelques années après la voici elle aussi remise en place.
Elle apporte un élément indispensable, et on comprend pourquoi le poète est rendu fou, au présent.
Quant à moi, je mérite certainement le pilori, mais pas la dague au clou, par pitié :

Je la voyais passer de ma demeure,
Et c'était tout.
Mais à présent je m'ennuie à toute heure,
Plein de dégoût,
Rêveur oisif, l'âme dans la campagne,
La dague au clou ... -
Le vent qui vient à travers la montagne
M'a rendu fou ! 


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La marine - Paul Fort

La marine

On les r'trouve en raccourci
Dans nos p'tits amours d'un jour,
Tout's les joies, tous les soucis,
Des amours qui dur'nt toujours
C'est là l'sort de la marine
Et de tout's nos petit's chéries.
On accoste, vite un bec,
Pour nos baisers, l'corps avec!

Et les joies et les bouderies,
Les fâcheries, les bons retours,
On les r'trouve en raccourci
Dans nos p'tits amours d'un jour.
On a ri, on s'est baisé,
sur les neunœils, sur les nénés,
Dans les ch'veux à pleins bécots
Pondus comm' des œufs, tout chauds!

Tout c'qu'on fait dans un seul jour
Et comme on allonge le temps,
Plus d'trois fois dans un seul jour,
Content, pas content, content!
Y a dans la chambre une odeur
D'amour tendre et de goudron.
Ca vous met la joies dans le cœur
La peine aussi et c'est bon.

On n'est pas la pour causer,
Mais on pens' mêm' dans l'amour
On pens' que d'main y f'ra jour
Et qu'c'est un' calamité.
C'est là l'sort de la marine,
Et de tout's nos petit's chéries,
On accost' mais on devine
Qu'ça s'ra pas le paradis!

On aura beau s'dépécher
Fair' bon dieu, la pige au temps,
Et l'bourrer d'tous nos pêchés
Ca n's'ra pas ça et pourtant...
Tout's les joies, tous les soucis,
Des amours qui dur'nt toujours,
On les r'trouvent en raccourci
Dans nos p'tits amours d'un jour.

Paul Fort


Posté par de passage à 05:50 - BRASSENS chante les poètes - Permalien [#]