lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

220207

Christian Bobin - "Letteras amorosas"

"La certitude d'avoir été, un jour, aimé, c'est l'envol définitif du cœur dans la lumière".

livre_paroles_bonheur_blogcitation de Christian Bobin dans "Paroles de bonheur" - Albin Michel.
Voir ci-dessous un passage plus long de "L'éloignement du monde".


Christian Bobin est né en 1951.
Il écrit des textes courts, petites histoires poétiques, images de la vie et de l'amour, de l'amour de la vie.
Le dernier ouvrage paru est Une bibliothèque de nuages, en septembre 2006.


Nous n'habitons pas des régions.

Nous n'habitons même pas la Terre.
Le coeur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure.

Qui n'a pas connu l'absence ne sait rien de l'amour

Christian Bobin


Tu sais ce que c'est la mélancolie ? Tu as déjà vu une éclipse ?
Et bien c'est ça : la lune qui se glisse devant le coeur, et le coeur qui ne donne plus sa lumière.
La nuit en plein jour.
La mélancolie c'est doux et noir.

Christian Bobin ("La folle allure")


J'ai tout misé sur un amour qui ne peut pas entrer dans ce monde même s'il en éclaire chaque détail.

Christian Bobin


On ne peut pas penser quand on est amoureux.
On est trop occupé à brûler sa maison.

On ne garde aucune pensée pour soi.
On les envoie toutes vers l'être aimé.
Comme des colombes, comme des étoiles, comme des rivières.

Quand on est amoureux on est ivre.
Comme cet homme hier dans la rue.

Il avançait, étourdi de boisson.
La voix forte, le geste ample.
Il s'entretenait avec lui-même.

Il a soudain fouillé dans son manteau, en a sorti de l'argent
Qu'il a jeté par poignées sur la route.

Puis s'en est allé.
Dédaigneux de sa fortune. Délié de soi.
Déprit de tout royaume.

Oui l'on est un peu comme ça lorsqu'on est amoureux.
On vide ses poches, on perd son nom.

On découvre avec ravissement la certitude de n'être rien.

Christian Bobin


La part manquante (extrait)image_caf__part_manquante

Ce qu'on apprend dans les livres, c'est-à-dire "je vous aime".

Il faut d'abord dire "je". C'est difficile, c'est comme se perdre dans la forêt, loin des chemins, c'est comme sortir de la maladie, de la maladie des vies impersonnelles, des vies tuées.

Ensuite il faut dire "vous". La souffrance peut aider - la souffrance d'un bonheur, la jalousie, le froid, la candeur d'une saison sur la vitre du sang. Tout peut aider en un sens à dire "vous", tout ce qui manque et qui est là, sous les yeux, dans l'absence abondante.

Enfin il faut dire "aime". C'est vers la fin des temps déjà, cela ne peut être dit qu'à condition de ne pas l'être. La dernière lettre est muette, elle s'efface dans le souffle, elle s'en va comme l'air bleu sur la page, dans la gorge.

"Je vous aime." Sujet, verbe, complément. Ce
qu'on apprend dans les livres c'est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s'atteindre.

La part manquante (autre extrait)

Aucun homme ne s'aventure dans ces terres désolées de l'amour. Aucun homme ne sait répondre à la parole silencieuse. Les hommes retiennent toujours quelque chose auprès d'eux. Jusque dans les ruines, ils maintiennent une certitude - comme l'enfant garde une bille dans sa poche. Quand ils attendent, c'est quelque chose de précis qu'ils attendent. Quand ils perdent, c'est une seule chose qu'ils perdent. Les femmes espèrent tout, et puisque tout n'est pas possible, elles le perdent en une seule fois - comme une manière de jouir de l'amour dans son manque. Elles continuent d'attendre ce qu'elles ne croient plus. C'est plus fort qu'elles. C'est bien plus fort que toute pensée.

Christian Bobin ("La part manquante »)  Photo : Lieucommun


J'ai trouvé

J'ai trouvé, mon amour, le nom le plus secret et le plus clair pour dire ce qu'est ta vie dedans ma vie : l'air.

Tu es l'air qui ne me fait jamais défaut, cet air si nécessaire à la pensée et au rire,
cet air qui rafraîchit mon coeur et fait de ma solitude une place battue par tous les vents.

Christian Bobin ("L'éloignement du monde" texte déjà rangé dans : POÉSIES pour la CLASSE - LETTERA AMOROSA page 1


Une petite sentinelle de silence veille
jour et nuit sur notre coeur.
Les mots d'amour lui apportent à manger.
Légèreté de l’oiseau qui n'a pas besoin pour chanter de posséder la forêt, pas même un seul arbre.
La certitude d'avoir été, un jour, aimé, c'est l'envol définitif du cœur dans la lumière.

Christian Bobin ("L'éloignement du monde »)

Tous rangés (sauf "J'ai trouvé") dans : "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe"


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