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lieu commun
4 mars 2007

Le printemps de Jacques Prévert

Jacques Prévert (1900-1977), poète surréaliste à ses débuts, ami entre-autres de Raymond Queneau, s'éloignera de ce mouvement pour une poésie "populaire", frondeuse, parfois très caustique à l'endroit des corps constitués : l'Armée, l'Église, les institutions ...
Une grande partie de son œuvre poétique, en prose ou en vers libres, est accessible aux plus jeunes, avec des textes pleins d'humour et d'humanité, petites saynètes du quotidien.
Jacques Prévert est très présent dans les cahiers de récitation ("Paroles" - 1945, est un des recueils de poésie les plus vendus et les plus traduits) ... voir la catégorie PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France)

Voici le long poème qui ouvre le recueil Grand bal du printemps.
Présenté dans son intégralité, nous en avons différencié (couleurs) trois passages, qui bien que consécutifs dans le texte original, peuvent constituer pour la classe, trois poèmes différents, chacun ayant sa cohérence.

Grand bal du printemps (1)

Dans les eaux brèves de l'aurore
où les nouvelles lunes et les derniers soleils

A tour de rôle
viennent se baigner

Une minute de printemps
dure souvent plus longtemps
qu'une heure de décembre
une semaine d'octobre
une année de juillet
un mois de février

Nomades de toujours et d'après et d'avant
le souvenir du cœur
et la mémoire du sang
voyagent sans papiers et sans calendriers
complètement étrangers
à la Nation du Temps.

Chaque année
chaque nouvelle saison souhaite la fête à la ville
et chacune en son temps chacune à sa manière
l’hiver après l’automne l’automne après l’été

Mais on dirait
que le Printemps
lui
ne souhaite à Paris que son anniversaire
la fête de sa jeunesse délivrée de tous liens

Et Paris
qui n’aime guère dans le fond les grandes fêtes officielles
les grandes insolations et commémorations
ni les sanglots trop longs
et qui ne participe qu’avec la plus souveraine
indifférence à ces grandes réjouissances
quand on présente devant l’Arc de Triomphe
les armes à la souffrance
et
que le soleil astique les cuivres pour rendre sur
l’Esplanade
la fanfare plus martiale

Paris est fou de joie
quand arrive le Printemps
C’est son enfant naturel
son préféré
et Paris écrit son nom sur les murs
Grand Bal de Printemps comme un cœur sur un arbre
sur la pierre c’est gravé

Printemps de l’école primaire
toujours premier en classe
à parler des vacances
toujours prêt à rompre la glace
mais jamais à rompre des lances

Grand Bal de Printemps
la musique de son nom
à toutes les lèvres est suspendue
Comme un jardin perdu qu’on vient de retrouver
encore plus beau qu’avant
Et encore plus vivant

Grand Bal de Printemps
Cet air court les ruisseaux et les rues de la ville
c’est le refrain du sang de ses veines populaires
le sang de ses plus vraies artères


Printemps (1)

Toutes ses promesses sont des fêtes
la nuit la belle étoile
pour lui et ceux qui couchent dehors
se fait plus belle encore

Et ce n’est pas sa faute
si les ponts sont trop chers
la vie toujours plus dure
le bonheur plus précaire

Toutes ses promesses sont des fêtes
Il n’est pas responsable du reste.

(1) Le poème n'a pas de titre dans le recueil, le titre général proposé, "Grand bal du printemps", est celui du recueil.
(2) "Printemps" n'est pas un intertitre, mais un vers de ce poème.

Jacques Prévert ("Grand bal du printemps" - La Guilde du Livre, Lausanne 1951)
Également publié dans les Oeuvres complètes de Jacques Prévert, tome 1 -  éditions Gallimard, La Pléiade ; et disponible en édition de poche Folio/Gallimard, 1976, suivi de "Charmes de Londres".


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