lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

300307

Mouton noir

mouton_blanc_noir Cet animal est un mouton.
Un mouton noir ? ...

Faut voir.

C'est le regard sur les autres qui annonce la couleur.
Méfiez-vous des apparences, ceci est peut-être un mouton noir (photo Lieucommun - création JSE2)


Mouton noir
                        à tous les moutons noirs, de toutes les couleurs ...

Mouton noir a de la peine,
on lui a volé son manteau de laine
pendant qu’il était endormi.

Les autres moutons du troupeau,
les brebis,
même les agneaux,
se moquent de lui :

Un manteau noir ? mon pauvre ami,
aussi vrai que la Terre est ronde,
si tu portais un manteau blanc
tu attendrais tranquillement
qu’on te tonde,
comme nous,
comme tout le monde !

Mouton noir, tremblant de froid,
porte plainte au commissariat.
C’est un zèbre qui le reçoit
et qui le gronde :

Un manteau noir ? Mon pauvre ami,
Aussi vrai que la Terre est ronde,
Tout ça n'arriverait pas
si vous dormiez en pyjama,
comme moi,
comme tout le monde !

Antoine Bial 


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290307

Philippe Geluck - "L'avenir du chat" - Casterman Édit

Geluck_r_fugi_s

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Poésie urbaine - Rap et Slam - Grand Corps Malade

Un premier message pour une nouvelle catégorie : POÉSIE URBAINE - Rap et Slam arbre_avant_printemps_ombre_fa_ade
C'est quoi la Poésie urbaine, et le Slam ? et le Rap ? Et pourquoi tu mets des majuscules ?
J'ai pas toutes les réponses ...

Photo Lieucommun : Poésie naturellement urbaine.

le Slam, c'est un genre poétique, des textes souvent courts, mais pas toujours, sans accompagnement musical (une différence essentielle avec le rap), mais un phrasé ...
- la poésie "habituelle" n'en a-t-elle pas un aussi ?
Si, mais le slam (laissons de côté cette histoire de majuscules), est une poésie destinée à être dite en public. Donc, de la poésie, des textes, souvent personnels, engagés dans une vision contestataire de la société, des rapports humains. Les textes sont présentés par les slameurs sur des scènes improvisées ou pas (cafés, MJC, et en règle générale partout où on peut réunir des spectateurs). Poésie des villes, des quartiers, de la rue, poésie urbaine. C'est une compétition conviviale, sous forme de tournoi, qui rassemble plusieurs interprètes successifs, selon un règlement compliqué. Il existe même une Fédération Française de Slam, ICI.
Après, il y a différents genres de slam ...
Commençons par Grand Corps Malade qui annonce la couleur sur son site ICI :Grand_C_Malade
"Il y a évidemment autant de définitions du slam qu’il y a de slameurs et de spectateurs des scènes slam."  
Le texte qui suit a plus de force d'évocation quand on l'écoute, mais peut-être que la musique et le rythme des mots vous donneront un avant-goût de poésie urbaine, et l'envie d'aller plus loin : ci-contre, le CD en vente.

Enfant de la Ville

J’avoue que c’est bon de se barrer à la mer ou à la campagne
Quand tu ressens ce besoin, quand ton envie de verdure t’accompagne
Nouvelles couleurs, nouvelles odeurs, ça rend les sens euphoriques
Respirer un air meilleur ça change de mon bout de périphérique
Est-ce que t’as déjà bien écouté le bruit du vent dans la forêt
Est-ce que t’as déjà marché pieds nus dans l’herbe haute, je voudrais
Surtout pas représenter l’écolo relou à 4 centimes
Mais la nature nourrit l’homme et rien que pour ça faut qu’on l’estime
Donc la nature je la respecte, c’est peut-être pour ça que j’écris en vers
Mais c’est tout sauf mon ambiance, j’appartiens à un autre univers
Si la campagne est côté face, je suis un produit du côté pile
Là où les apparts s’empilent, je suis enfant de la ville
Je sens le cœur de la ville qui cogne dans ma poitrine
J’entends les sirènes qui résonnent mais est-ce vraiment un crime
D’aimer le murmure de la rue et l’odeur de l’essence
J’ai besoin de cette atmosphère pour développer mes sens

Je suis un enfant de la ville, je suis un enfant du bruit
J’aime la foule quand ça grouille, j’aime les rires et les cris
J’écris mon envie de croiser du mouvement et des visages
Je veux que ça claque et que ça sonne, je ne veux pas que des vies sages

Je trempe ma plume dans l’asphalte, il est peut-être pas trop tard
Pour voir un brin de poésie même sur nos bouts de trottoirs
Le bitume est un shaker où tous les passants se mélangent
Je ressens ça à chaque heure et jusqu’au bout de mes phalanges
Je dis pas que le béton c’est beau, je dis que le béton c’est brut
Ca sent le vrai, l’authentique, peut-être que c’est ça le truc
Quand on le regarde dans les yeux, on voit bien que s’y reflètent nos vies
Et on comprend que slam et hip-hop ne pouvaient naître qu’ici
Difficile de traduire ce caractère d’urgence
Qui se dégage et qu’on vit comme une accoutumance
Besoin de cette agitation qui nous est bien familière
Je t’offre une invitation pour cette grande fourmilière
J’suis allé à New York, je me suis senti dans mon bain
Ce carrefour des cultures est un dictionnaire urbain
J’ai l’amour de ce désordre et je ris quand les gens se ruent
Comme à l’angle de Broadway et de la 42ème rue

Je suis un enfant de la ville, je suis un enfant du bruit
J’aime la foule quand ça grouille, j’aime les rires et les cris
J’écris mon envie de croiser du mouvement et des visages
Je veux que ça claque et que ça sonne, je ne veux pas que des vies sages

Je me sens chez moi à Saint-Denis, quand y’a plein de monde sur les quais
Je me sens chez moi à Belleville ou dans le métro New-yorkais
Pourtant j’ai bien conscience qu’il faut être sacrément taré
Pour aimer dormir coincé dans 35 mètres carrés
Mais j’ai des explications, y’a tout mon passé dans ce bordel
Et face à cette folie, j’embarque mon futur à bord d’elle
A bord de cette pagaille qui m’égaye depuis toujours
C’est beau une ville la nuit, c’est chaud une ville le jour
Moi dans toute cette cohue je promène ma nonchalance
Je me ballade au ralenti et je souris à la chance
D’être ce que je suis, d’être serein, d’éviter les coups de surin
D’être sur un ou deux bons coups pour que demain sente pas le purin
Je suis un enfant de la ville donc un fruit de mon époque
Je vois des styles qui défilent, enfants du melting-pot
Je suis un enfant tranquille avec les poches pleines d’espoir
Je suis un enfant de la ville, ce n’est que le début de l’histoire

Grand Corps Malade - 2005 (autres textes sur son site (voir plus haut), et ICI (site non-officiel)


Posté par de passage à 15:30 - POÉSIE URBAINE - Rap et Slam - Permalien [#]

270307

La différence en chansons

CD_bebelDeux CD des Chanteurs Livreurs : "Mr Gillou" et "Le monde est rond". Il  y en a d'autres.

La différence en chansons.
Pas des paroles en l'air, pas l'air du temps, mais l'air de rien, ils ne manquent pas d'airs, sans parler des instruments à corde et des percussions.
ICI le site des Chanteurs Livreurs. En reconstruction, car ces gens-là sont perfectionnistes, soyez patients, il faut y revenir souvent.
Et, dites donc quelle chance vous avez, ils offrent une tournée (dates sur le site) avec Michel Bühler contre la poignée d'euros qui vous reste de la brocante pluvieuse de dimanche dernier. Merci la météo.
La chanson des Chanteurs Livreurs que je préfère, c'est ce texte de Jean Aubel, chanteur du groupe : Bualénoc.
Et puis cette chanson de Michel Bühler (site officiel ICI) : Étranger, pour qu'on continue à en parler (voir messages ci-dessous).


Bualénoc

Une plage de l’ouest, à l’autre bout du monde
Un ciel plein de nuages où les orages grondent
Le vent portait la pluie tel un fardeau sournois
Glissait au long des rues comme glisse la soie

Perdue dans l’Océan et dans la houle noire,
L’île oubliait le monde et s’effaçait au soir
Quand au sombre horizon le soleil se mourait
Une petite fille doucement y pleurait.

« Bualénoc la grise » ancienne citadelle,
Légendaire bourreau régit de lois cruelles
Ne faisait que peu cas des rêves de jeunesse
Où l’enfance plaidait : « coupable de tendresse »

Le silence y régnait du haut de son pouvoir
Lâche sentence fière de faire son devoir
Rapace répugnant aux juvéniles proies
Que la petite fille…ne comprenait pas.

Des remparts élancés narguaient l’humilité
Piédestaux supportant sur leur front des gibets
Où les pendus semblaient mieux que de leur vivant
Clamer la liberté, balancés par le vent

La chaux vieillie brûlait les enceintes guerrières,
Les maisons s’y cachaient comme autant de tanières
L’homme plus que le loup était pour l’homme à craindre
Et la petite fille…le regardait s’éteindre.

Mais un jour le décor se chargea de couleurs
La roche s’embrasa fondant à la chaleur
Des tombereaux de feu roulèrent dans des failles
Jaillissant aussitôt de nouvelles entailles.

L’île fuma enfin sous la furie des flots
Rendant son dernier souffle en un ultime rot
Vomissant toute vie Bualénoc périt
Et la petite fille…avec fut engloutie.

Plus tard lorsqu’un marin viendra sur son bateau
Il y verra peut-être allant au fil de l’eau
Le souvenir lointain d’une fillette blonde
Et si en la voyant son esprit vagabonde

Il pensera sans doute, et vous feriez ainsi,
Bualénoc devait être le paradis,
Imaginant une île quel marin songerait
Qu’une petite fille… chaque soir y pleurait.

Jean Aubel


Étranger

Si la pluie en torrents
Tombe sur les genêts,
Si le brouillard descend
A l'orée des forêts,
Si ta route se perd,
Si tu es fatigué,
Si le vent de l'hiver
Souffle dans la vallée,

Étranger, étranger,
Viens frapper à notre porte,
Nous ne demanderons pas
Qui tu es, ni où tu vas,
Nous ne demanderons rien,
Viens.

Si tu n'as pas trouvé
De ruisseau en chemin,
Si l'eau n'a pas coulé
Dans le creux de tes mains,
Si la faim te poursuit
Comme une louve avide,
Dans le froid et la nuit,
Si ta besace est vide,

Étranger, étranger,
Viens t'asseoir à notre table,
Nous ne demanderons pas
Qui tu es, ni où tu vas,
Nous ne demanderons rien,
Viens.

Si tu veux raconter
La douceur de chez toi,
Si ton coeur veut chanter
Des refrains de là-bas,
Ou si, plus simplement,
Tu ne veux que te taire,
Et regarder longtemps
Le feu et sa lumière,

Étranger, étranger,
Reste encore pour la veillée,
Nous ne demanderons pas
Qui tu es, ni où tu vas,
Nous ne demanderons rien,
Mais viens.

Nous ne demanderons pas
Qui tu es, ni où tu vas,
Nous ne demanderons rien,
Viens.

Michel Bühler (Paroles et musique) 1971

Posté par de passage à 19:29 - PAROLES et musique - Permalien [#]

Faut qu'on en parle encore

papillon_jaune




Premier papillon de printemps, hier dans le Vexin. Si l'image est floue c'est que le photographe était en train de courir.
(Photo : Lieucommun).

Mais que vient-il faire chez nous ?


Ton voisin est étranger

Ton Christ est juif
Tes chiffres sont arabes
Ton écriture est latine
Ta pizza est italienne
Ta démocratie est grecque
Ta voiture est japonaise
L'anis de ton pastis est égyptien
Ton essence est moyen-orientale
Ta télé est coréenne
Tes fringues sont chinoises
Ton hamburger est allemand
Ton whisky est écossais
Ton thé est indien
Ton café est brésilien
Ta choucroute est chinoise
Ton shit est marocain
Tes capotes sont anglaises
Ton chocolat est suisse
Ton coca est américain
Tes frites sont belges
Tes vacances sont espagnoles
Ton sucre est martiniquais

Et tu reproches à ton voisin d'être un étranger !

Julos Beaucarne et Marina Missier

Julos Beaucarne, né en 1936, est un chanteur-poète, humaniste, écologiste ...  (plus tard une présentation de cet auteur), créateur du FLAF, le Front de Libération des Arbres Fruitiers et ensuite du FLO, le Front de Libération de l’Oreille, une revue, en 1989, qui existe toujours. Son site est ICI.
Le site de Marina Missier est ICI.

Voir le message ci-dessous


Posté par de passage à 14:24 - soit dit en passant - Permalien [#]

260307

Faut qu'on en parle

Il y a des choses qu'on ne peut pas mettre de côté, elles obstruent l'avenir, il faut rentrer dedans. Maintenant. Parlons-en, parlez-en.

Cette dépêche d'agence (extrait) :

Vendredi 23 mars 2007, 16h49 

PARIS (Reuters) - La directrice d'une école  maternelle du XIXe arrondissement de Paris a été placée en garde à vue  vendredi dans un commissariat avec deux autres personnes, avant d'être  libérée, apprend-on de source judiciaire. (...)
Les échauffourées, mardi, avaient opposé des  particuliers et des policiers qui venaient interpeller des parents d'élèves  sans papiers chinois dans cette école, rue Rampal.

Poésie, brocante et humour, nous restons bien dans la ligne définie pour ce blog Lieucommun.livre_Pr_vert__trangers

  • Poésie, avec Jacques Prévert, en bas de message (Photo ci-contre du recueil qui contient neuf poèmes de différents recueils de Prévert - Folio Junior - Gallimard - 2000)
  • Brocante, puisqu'il s'agit d'une braderie des Droits de l'Homme;
  • Humour ? On verra plus tard si on peut en rire ...

En attendant, la VIDÉO est ICI,
le site RESF, donne une information complète
ICI,
et propose la signature d'une  pétition ICI. Actuellement difficile d'accès : saturé, c'est bon signe ? Faites suivre ces liens ...

Tous les syndicats enseignants parisiens (SFU, SGEN, SUD, CGT), ainsi que la FCPE, la principale fédération de parents d'élèves et RESF, le Réseau éducation sans frontières, appellaient à un rassemblement lundi 27 mars à 18 h 30 devant le rectorat de Paris ... 

Sous ce texte de Prévert (maintenant corrigé)* , une autre info intéressante ...

Étranges étrangers

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays lointains
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d'Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d'Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manoeuvres désoeuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d'une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d'or faits de papier plié

Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd'hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières

On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos

Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous mourez.

Jacques Prévert  1951 ("Grand bal du printemps" ) 
* Corrections : renvois de paragraphe, majuscules respectées, unique point final, et dernier vers : "même si vous en mourez".


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Le plaisir d'apprendre - Célestin Freinet

Oui, tant qu'on y est, et pas sans rapport finalement, ne ratez pas
jeudi 29 mars à 20h 55 sur FR3 la diffusion du téléfilm : Le maître qui laissait les enfants rêver (2006), de Daniel Losset.texte_libre_Freinet
C'est de Célestin Freinet qu'il s'agit, et du combat de cet instituteur pour mettre le plaisir d'apprendre au centre des apprentissages, comme on ne dit pas dans le B.O.
Des enseignants aujourd'hui pratiquent toujours la pédagogie coopérative : conseils d'élèves, texte libre, correspondance, journal scolaire; avec une adaptation aux avancées pédagogiques et technologiques.
Les Instructions Officielles, ont tour à tour combattu (méthode naturelle de lecture), détourné (texte libre), et parfois recommandé (correspondance, journal scolaire), certaines techniques, coupées de la cohérence du projet initial de Célestin Freinet : l'École Moderne. Il y aurait tellement à dire, voyez plutôt ICI . (Photo : une page d'un journal de classe, le texte libre a été composé et imprimé par les élèves - image empruntée au site http://freinet.org/) 


Posté par de passage à 14:40 - soit dit en passant - Permalien [#]

250307

Poème à la demande : Un rectangle - Pierre Béarn

peinutre_rectangle_MexiqueOeuvre de Jorge Cárdenas Aceves ( Mexique)
Encre de Chine et acrylique sur papier

Ci-dessous le poème recherché par Hannah (dans les commentaires), vous pouvez vous aussi utiliser les "commentaires" pour une recherche poétique. Si nous n'avons pas forcément le texte demandé, un surfeur de passage peut le proposer ou le situer.
Les textes seront par la suite rangés dans une catégorie, et l'INDEX (en préparation) aidera à le retrouver.

Un rectangle

Un rectangle se voulait carré
ce qui l'obligeait à maigrir
il se mit à réfléchir
pour découvrir un procédé
capable de réajuster
la démesure de ses flancs...
Et le voilà glissant glissant
se retournant de droite à gauche
tant et tant, tant et tant et tant
qu'il ne parvint qu'à s'arrondir!
En découvrant qu'il était rond
le rectangle voulut mourir.
C'est pourtant beau d'être un ballon
lorsqu'on s'envole vers le ciel
mais s'il faut être honoré
par de violents coups de pieds
il vaut mieux rester carré.

Pierre Béarn ("300 Fables d'aujourd'hui")

Posté par de passage à 18:40 - poème à la demande - Permalien [#]

Le pays où l'on n'arrive jamais - André Dhôtel

broc_sartr_Dh_tel_pays_o__bandeauClin d'oeil du hasard à Dourvac'h, qui m'avait rappelé l'existence de cet auteur, je trouve ce dimanche sur la brocante de Sartrouville (78), "Le pays où l'on n'arrive jamais", roman d' André Dhôtel (1900-1991), lu et oublié il y a trop longtemps.
Sur le site de Dourvac'h, d'autres découvertes à faire, c'est ICI. Et puis le site de l'association des amis d'André Dhôtel, c'est ICI.
Ce prix Fémina 1955, état neuf, protégé d'une couverture papier vitrail, le bandeau (replacé pour la photo) soigneusement rangé en marque-pages, voilà, s'il en fallait une, une bonne raison de se perdre et de se retrouver en littérature. À relire.
"La voix de Dhôtel, c'est de l'eau pure." Philippe Jaccotet.

"Si tu veux découvrir ce que tu cherches, Gaspard, tu dois tâcher de lire les signes qu'il y a dans les choses.[...] La terre est immense, mais il y a des liens entre les choses."livre_Andr__Dh_tel_po_sies
"Le pays où l'on n'arrive jamais".
Ce roman est réédité en collection de poche ("J'ai Lu", "Librio").

André Dhôtel a écrit beaucoup d'autres romans et trois recueils de poésies.

"J’écris rien que pour retrouver
en quel lieu j’eus la révélation
parce que j’ai oublié ce lieu
ainsi que toute révélation."

André Dhôtel ("Poèmes comme ça" - 2000 - Editions Le temps qu'il fait)


Posté par de passage à 16:21 - Des POÈTES et de la POÉSIE - Permalien [#]

Paul Éluard - Derniers poèmes d'amour (2) - Le temps déborde

Eluard_texte_manuscrit
"28 novembre 1946 ... le temps déborde". C'est la disparition brutale de Nusch.
Paul Éluard publie le recueil Le temps déborde l'année suivante.

Il le dédie "À J. et A. derniers reflets de mes amours, qui ont tout fait pour dissiper la nuit qui m'envahit".
Ces deux phrases manuscrites corrigées y prennent place, sans titre :


Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante-six

Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour

En trop : le temps déborde.

Mon amour si léger prend le poids d’un supplice.

Paul Éluard ("
Le temps déborde")


Un autre texte dont on trouvera ici une analyse complète.

Notre vie

Notre vie tu l'as faite elle est ensevelie
Aurore d'une ville un beau matin de mai
Sur laquelle la terre a refermé son poing
Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires
Et la mort entre en moi comme dans un moulin

Notre vie disais-tu si contente de vivre
Et de donner la vie à ce que nous aimions
Mais la mort a rompu l'équilibre du temps
La mort qui vient la mort qui va la mort vécue
La mort visible boit et mange à mes dépens

Morte visible Nusch invisible et plus dure
Que la faim et la soif à mon corps épuisé
Masque de neige sur la terre et sous la terre
Source des larmes dans la nuit masque d'aveugle
Mon passé se dissout je fais place au silence

Paul Éluard ("Le temps déborde") pas de ponctuation dans ce texte


Posté par de passage à 07:09 - Des POÈTES et de la POÉSIE - Permalien [#]