lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

020407

poème à la demande: L'hippopotame - Bernard Dimey

Un poème de Bernard Dimey (voir la catégorie ICI) qu'on pourrait proposer aux grands élèves, à plusieurs niveaux de lecture.
Le sentiment de solitude, la certitude de ne pas être compris, et l'humour, sa politesse du désespoir.

Tiré du recueil "Le milieu de la nuit", dessin d' Yvette Cathiard, peintre, qui fut la compagne de l'auteur.

Dimey_silhouetteL'hippopotame

J'ai de l'hippopotame à peu près la rondeur,
Mais je ne vais dans l'eau que par inadvertance.
Je suis devenu sage et je crains les voyeurs,
Alors je m'engloutis sous les herbes et je pense.

L'hippopotame est doux mais son cuir est trop dur,
Son oeil est trop petit, sa narine est trop large.
Quand on est ainsi fait, le monde n'est pas sûr,
La seule solution est de survivre en marge.

Pourtant l'hippopotame est un bel animal,
Un peu mou, je sais bien, mais il est sympathique,
Il a peur des humains... et ça c'est bien normal.
Un jour, je m'en irai me noyer en Afrique.

Bernard Dimey ("Le milieu de la nuit"  - Christian Pirot Éditeur - petite collection).

Profitons de l'occasion pour vous conseiller d'aller faire un petit tour sur le site de l'éditeur,  ICI. Vous y trouverez, parmi les collections de CD et de livres, cette  Petite collection, qui regroupe des recueils de textes, poésies et chansons d'auteurs connus ou moins connus.
Bien sûr Bernard Dimey, intégral en 4 volumes (qu'est-ce que vous attendez ?)  et encore Pierre Louki, Georges Moustaki, Brigitte Fontaine, Christophe Miossec, Bernard Lavilliers, Boby Lapointe, Francis Lemarque, Gilles Vigneault, Mouloudji...
Chaque volume est vendu 15 €, à commander chez votre libraire préféré ou sur le site (nous on a un libraire préféré).


Posté par de passage à 20:19 - BERNARD DIMEY - poète, et pourquoi pas ? - Permalien [#]

Syracuse

On parle aujourd'hui, mercredi 13 février 2008(1) de Bernard Dimey à la radio, malgré la grève, et son nom apparaîtra (peut-être) demain dans les journaux.
Si on mentionne ici ou là Bernard Dimey  c'est indirectement, bien entendu, avec la disparition d'Henri Salvador, interprète de Syracuse. Henri Salvador à qui on attribue parfois la paternité des paroles de la chanson, lui qui a seulement, mais joliment mis ce texte en musique, en 1962. (1)
(oui, ce message est antidaté, vous devriez le savoir)

Syracuse ouvre le recueil "Le milieu de la nuit" (éditions Christian Pirot, 1991), 15 €.
Qu'est-ce que vous attendez pour faire connaissance avec Bernard Dimey ,
avant qu'il ne reparte dans les archives ?

Syracuse

 

J'aimerais tant voir Syracuse
L'île de Pâques et Kairouan
Et les grands oiseaux qui s'amusent
A glisser l'aile sous le vent.

Voir les jardins de Babylone
Et le palais du Grand Lama
Rêver des amants de Vérone
Au sommet du Fuji-Yama.

Voir le pays du matin calme,
Aller pêcher au * cormoran
Et m'enivrer de vin de palme
En écoutant chanter le vent ...

Avant que ma jeunesse s'use
Et que mes printemps soient partis
J'aimerais tant voir Syracuse
Pour m'en souvenir à Paris.

Bernard Dimey ("Le milieu de la nuit" - éditions Christian Pirot, 1991) - * au : erreur rectifiée (voir commentaire)

La ponctuation du recueil, utilisée ici, est différente de celle du texte de la chanson
texte rangé également dans la catégorie
Poème du jour


Posté par de passage à 19:30 - BERNARD DIMEY - poète, et pourquoi pas ? - Permalien [#]

Poésie urbaine - Rap et Slam - Abd Al Malik

Abd_Al_Malik_t_l_Vous avez raté le concert d'Abd Al Malik sur France 4 (Jeudi 29 mars 2007 de 20h40 à 21h35 (55') ?
C'est vrai qu'on vous avait conseillé, malgré les mauvaises critiques, le téléfilm sur Célestin Freinet (voir messages).

Mais rien n'est perdu, Concerts sauvages : Abd Al Malik, est rediffusé ce mercredi 4 avril à 3 h 20 du mat (quand même), et mieux sans doute, à 14 h 15 le même jour. A vos cassettes !

L'album «Gibraltar» a obtenu le prix Constantin et le prix de l'Académie Charles Cros (un poète qu'on retrouve sur ce blog). Il est sorti en 2006. Les Victoires de la Musique lui décernent le titre de meilleur album de musiques urbaines de l'année, en février 2007.
Abd Al Malik n'est pas un slameur, pas vraiment un rappeur non plus. Il trouve aussi ses références dans la chanson française des années passées. Par exemple, Ces gens-là, de Jacques Brel, qu' il interprète à sa manière. La qualité des textes justifierait déjà qu'on en parle, mais il s'agit de chansons, et CD_Abd_al_Malikdonc aussi de musique. Pas pour la déco, non, la musique n'est pas ici une parure de spectacle, elle est avec et dans le texte. « Il m'a fallu déconstruire pour reconstruire" dit-il. On parle de rap, de hip hop. On le dit inclassable ... Pendant que les spécialistes collent et décollent des étiquettes, nous, on ouvre nos oreilles.

Le "concert sauvage" d' Abd Al Malik a été enregistré sur la place de la Sorbonne, le 14 décembre dernier. Entre-autres titres, «Gibraltar», «Rentrer chez moi», «Les Autres»,«12 septembre 2001», «Le Grand Frère» ...

Gibraltar

Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui pleure un rêve qui prendra vie, une fois passé Gibraltar.
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui se d'mande si l'histoire le retiendra comme celui qui portait le nom de cette montagne.
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui meurt sa vie bête de "gangsta rappeur" mais ...
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune homme qui va naître, qui va être celui qu'les tours empêchaient d'être.
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui boit, dans ce bar où les espoirs se bousculent, une simple canette de Fanta.
Il cherche comme un chien sans collier le foyer qu'il n'a en fait jamais eu, et se dit que p't-être, bientôt, il ne cherchera plus.
Et ça rit autour de lui, et ça pleure au fond de lui.
Faut rien dire et tout est dit, et soudain ... soudain il s' fait derviche tourneur,
Il danse sur le bar, il danse, il n'a plus peur, enfin il hurle comme un fakir, de la vie devient disciple.
Sur le détroit de Gibraltar y'a un jeune noir qui prend vie, qui chante, dit enfin « je t'aime » à cette vie.
Puis les autres le sentent, le suivent, ils veulent être or puisqu'ils sont cuivre.
Comme ce soleil qui danse, ils veulent se gorger d'étoiles, et déchirer à leur tour cette peur qui les voile.
Sur le détroit de Gibraltar, y'a un jeune noir qui n'est plus esclave, qui crie comme les braves, même la mort n'est plus entrave.
Il appelle au courage celles et ceux qui n'ont plus confiance, il dit : "ramons tous à la même cadence ! ".
Dans le bar, y a un pianiste et le piano est sur les genoux, le jeune noir tape des mains, hurle comme un fou.
Fallait qu'elle sorte cette haine sourde qui le tenait en laisse, qui le démontait pièce par pièce.
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui enfin voit la lune le pointer du doigt et le soleil le prendre dans ses bras.
Maintenant il pleure de joie, souffle et se rasseoit.
Désormais l'Amour seul, sur lui a des droits.
Sur le détroit de Gibraltar, un jeune noir prend ses valises, sort du piano bar et change ses quelques devises,
Encore gros d' émotion il regarde derrière lui et embarque sur le bateau.
Il n'est pas réellement tard, le soleil est encore haut.
Du détroit de Gibraltar, un jeune noir vogue, vogue vers le Maroc tout proche.
Vogue vers ce Maroc qui fera de lui un homme ...
Sur le détroit de Gibraltar …  sur le détroit de Gibraltar …
Vogue, vogue vers le merveilleux royaume du Maroc,
Sur le détroit de Gibraltar, vogue, vogue vers le merveilleux royaume du Maroc …

Abd Al Malik


Les autres

Moi, moi quand j' étais petit, j' avais mal
c' était l'état de mon esprit, je suis né malade
sur l'echelle de Richter de la misère, malade ça vaut bien 6
quelques degrés en dessous de là où c'est gradué fou

J' étais voleur et avant d' aller voler, je priais
je demandais à Dieu de ne pas me faire attraper
je lui demandais que la pêche soit bonne
qu' à la fin de la journée, le liquide déborde de mes poches
bien souvent, j' ai failli me noyer, j' ai été à sec aussi, souvent ...
quand je croisais papa, le matin, aller travailler avec sa 102 bleue
en rentrant, le matin, de soirée, j' me disais "c'est un bonhomme mon vieux"
ensuite, j' me faufilais dans mes couvertures et j' dormais toute la journée
le style vampire dormir la journée et rôder une fois le soleil couché
le genre de prédateur à l'envers, le genre qui à la vue d'un poulet meurt de peur
je ne me suis jamais fait prendre, et si j' avais été pris, aux keufs, j'aurais dit....

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....

J'étais beau-parleur et je souriais aux filles en jean's avec de grosses ceintures
celles qui aiment bien l' odeur que degagent les gars
qui ont la réputation d'être des ordures
le genre à jurer sur la vie de sa mère dès qu'il ouvre la bouche
rêve de BMW pour asseoir à la place du mort celle qui couche
dans mon monde, un mec comme moi, c'est le top
j'aurais été une fille, on m'aurait traité de salope
quand je croisais ma soeur avec ses copines dans le quartier
moi, qui allait en soirée, j' lui disais "rentre à la baraque ! va faire à bouffer !"
ensuite, j'allais rejoindre mes copines, celles qui me faisaient bien délirer
celles qui, comme moi, avaient un pére, une mère
peut-être bien des frères et soeurs qui sait ...
mais moi, du genre beau parleur à l'endroit, sans foi ni loi
mais c'était pas moi le chien, mais ...

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....

Et puis du jour au lendemain, j'ai viré prêcheur
promettant des flammes aux pêcheurs et des femmes aux bons adorateurs
comme si Dieu avait besoin de ça pour mériter qu'on l'aime
mais moi, moi pour que les autres m'aiment, moi
moi, j'en ai dit des choses pas belles et j'en ai accepté aussi
on m'a dit "t' es noir, tu veux te marier avec elle, mais t' es noir...."
les autres y disaient comme ça, qu'elle était trop bien pour moi *
donc moi, moi j'faisais de la peine à voir
moi, j'continuais ma parodie, mon escroquerie spirituelle
sauf que, j'me carottais moi-même, j'étais devenu un mensonge sur pattes
qui saoule grave et qui sait même pas ce qu'il dit
qui voit même pas que c'est un malade et qui dit comme ça
tout le temps y dit comme ça....

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....

Et je vous dis monsieur, je vous dis monsieur *,
quand je pense à tout ça, je pleure

Abd Al Malik                 * références à la chanson de Brel : "Les bonbons"


Posté par de passage à 06:35 - POÉSIE URBAINE - Rap et Slam - Permalien [#]