lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

040407

Contribution au "Printemps des Pouètpouèt"

dessin_Chaval_maison

Contribution à la Lettera amorosa façon Printemps des Pouetpouet, ce texte griffonné à quatre pattes, trouvé dans la rue par A B.
Il faut croire que la destinataire de cette lettre avait  d'autres chats à fêter.
Antoine Bial n'a pu s'empêcher d' y mettre un peu sa patte, lui aussi, avant de nous le confier.

Chaval illustre bien involontairement ce texte ("Le Livre d'Or de l'humour" - Le Cherche midi éditeur - 2003 - textes et dessins réunis par Jean Orizet).

Lettre pour une bipède

J'aimerais que ça vous épate,
en déchiffrant ce charabia,
d'y reconnaître un peu ma patte ;
c’est vrai que j’écris comme un chat …

J’étais tombé de la gouttière
fasciné par votre regard,
vous, la féline singulière,
moi, le petit chat de hasard.

J’aurais dû me rompre le cou,
mais vous m’avez ouvert les bras ;
c’est mon souvenir le plus doux,
notre histoire a commencé là.

Pour cet amour contre-nature,
La loi a fait une exception :
dans votre vie sans aventure,
j’ai pénétré par affection.

Le temps trop court de nous apprendre
à ronronner des mots d’amour ;
le temps trop long à vous attendre,
à la fenêtre … et puis, ce jour …

La musique de votre pas,
celle que je connais par cœur,
vous l’avez jouée ce jour-là
accompagnée par un voleur ;

Un chat trop grand sur ses deux pieds,
qui vous avait tapé dans l'œil
avec son langage châtié …
Il s'est assis dans mon fauteuil.

Contre l'amour y a rien à faire,
le coeur ignore la raison ;
j'ai repris ma vie de gouttière
sur le toit de votre maison …

Pour vous c'est de l'histoire ancienne,
Pour moi le temps ne passe pas :
depuis dix ans, je suis en peine,
dix ans, presque une vie de chat ...

J'en ai égratigné des pages,
usé mes griffes sur les toits,
c'est un cruel apprentissage
pour un vieux matou comme moi.

Au souvenir de vos caresses,
le vertige me prend parfois,
j'ai peur par pure maladresse,
de retomber entre vos bras.

Je prends ce risque, je m'avance,
au bord du toit, je vais laisser
glisser ma lettre, et si par chance
elle vous touche ...... répondez.

Dites-moi si ça vous épate,
en déchiffrant ce charabia,
d'y reconnaître un peu ma patte ;
j’écris encore comme un chat …

Antoine Bial ("Pouètpouèt")


Posté par de passage à 14:08 - Antoine Bial - Pouètpouèt - Permalien [#]