lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

080407

Bernard Dimey - poète, et pourquoi pas ?

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"Sable et cendre", un livre de poèmes de Bernard Dimey. Textes et dessins de l'auteur. Le livre a été dédoublé pour le photomontage. Chiné un euro, même pas le prix d'un canon, j'ai honte, sur la brocante d'Us, ce dimanche 8 avril 2007. (Photo et photomontage Lieucommun).

Bernard Dimey (1931-1981) était un oiseau de nuit parisien, Montmartre, les bistrots, les poivrots, les filles du trottoir, et ses amis peintres, chanteurs, acteurs de cinéma (il a écrit aussi des dialogues de films).
Poèmes, textes de chansons pour Henri Salvador (Syracuse est la plus célèbre, mais qui en connaît l'auteur ?), Michel Simon ("Mémère, tu t'en souviens "...), Mouloudji, Patachou ... Je possèdais déjà un recueil de poèmes : "Je ne dirai pas tout" , un CD et deux 33 tours, rayés, gravés de sa voix rayée aussi, le langage direct de son univers parisien populaire au vrai sens du mot, d'alcool et de tabac, de bistrot et de nuit, des textes en demi-teinte noire, donnés à entendre, simplement, le monde comme il ne va pas toujours, l'humour sans illusion, et ses rêveries de fumée, les paradis inaccessibles, mais la tendresse, la tendresse, et la certitude de mourir un jour à côté de la plaque. De beaux textes méconnus, nombreux et censurés parce qu'on ne respecte dans le commerce que la poésie qui ne dérange pas le commerce.  "Syracuse", c'est très bien, mais pourquoi ce monsieur Dimey a-t-il changé de style ? Parce que Dimey, c'est "Syracuse", "la mer à boire" et "Les copines du quartier", en même temps, ça dépend pas des jours.

Voici un lien vers le site officiel de Dimey, ICI, et un site officieux, ICI.
Livres disponibles : "Sable et cendre", "Je ne dirai pas tout", "Kermesses d'antan", "Le milieu de la nuit" ; tous aux éditions Pirot, autour de 15 € en librairie, pas en grande surface *. Et vous trouverez la discographie directement ICI, avec écoute d'extraits.
* N'oubliez pas que le prix du livre est le même partout depuis la loi Lang de 1981.

Je me hâte de ranger les poésies de Bernard Dimey dans une catégorie à part (catégorie BERNARD DIMEY - poète, et pourquoi pas ?), même pas en compagnie de Gaston Couté et Jehan Rictus (catégorie JEHAN RICTUS et GASTON COUTÉ ). Cet homme là mérite qu'on aille le chercher, exprès, ou qu'on le laisse cuver ses excès de vie, lui qui a écrit :
Ivrogne... et pourquoi pas ? Je connais cent fois pire ...
 


Le grand-duc (L'illustration est dans "Sable et cendre" , ci-dessus ; le texte, lui, se trouve dans "Je ne dirai pas tout")

Les grands oiseaux de nuit se dressent en silence
Toisant avec mépris de leurs yeux arrondis
La folie des humains essoufflés (1) par la danse    (1) faute de frappe corrigée
Sans comprendre pourquoi ces fous les ont maudits.

Ils règnent sur la nuit, la violent, la traversent,
Savourant le silence ou le perçant d'un cri,
Jusqu'à l'heure où le jour et la nuit se renversent
Quand les engoulevents regagnent leurs abris.

Les oiseaux du malheur crucifiés sur les portes
Par la stupidité des animaux humains
N'ont jamais su pourquoi la jeune femme est morte
Ni quel mal inconnu a desséché ses mains.

Le grand-duc a connu toutes les nuits du monde.
Comment n'aurait-il pas ce masque de mépris ?
Il connaît le sabbat des femelles immondes
Et le rictus idiot de l'amour à tout prix.

Il connaît le rôdeur et l'envers de sa peau
L'œil glacé des Vénus qui s'acharnent à plaire,
Brebis cent fois mordues rejoignant le troupeau
Quand l'oiseau de ténèbres rejoint son repaire *.

Tous les oiseaux de nuit s'endorment à l'aurore,
À l'heure où je regagne ma chambre d'hôtel,
Mais la nuit reviendra pour nous reprendre encore
Jusqu'à la fin des fins qui guette les mortels.

Bernard Dimey (chapitre "Bestiaire de nulle part", dans le recueil "Je ne dirai pas tout" Ed Christian Pirot)
* "Quand l'oiseau de ténèbres rejoint son repaire" : on attendait "a rejoint", mais non).


       

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