lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

250407

"L'autre" - François Villon

François Villon (de son vrai nom François de Moncorbier (1431-1463) est un des plus grands poètes français du Moyen-Âge.
Il a passé une partie de son existence en prison et fut exilé de Paris pour le meurtre d'un prêtre.
Voici son éloge des Dames du temps jadis.

Ballade des dames du temps jadis
(en français moderne)

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ni Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sus étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine.
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui châtré fut et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint Denis ?
Pour son amour eut cette essoyne *.
Semblablement où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La reine Blanche comme lys
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietris, Alis,
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne la bonne Lorraine
Qu'Anglais brulèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu'à ce refrain ne vous ramène :
Mais où sont les neiges d'antan ?

* essoyne = peine
François Villon     


Ballade des dames du temps jadis (texte original)

Dictes moy ou n'en quel pays,
Est Flora, la belle Romaine,
Archipïadés, ne Thaÿs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo parlant quant bruyt on maine
Dessus riviere ou sus estan,
Qui beaulté ot trop plus qu'umaine.
Mais ou sont les neiges d'antent ?

Ou est la tres saige Esloÿs,
Pour qui chastré fut et puis moyne
Piere Esbaillart a Saint Denys ?
Pour son amour eust ceste essoyne.
Semblablement, ou est la royne
Qui commanda que Buriden 
Fust gecté en ung sac en Saine ?
Mais ou sont les neiges d'antent ?

La Royne Blanche comme liz
Qui chantoit a voix de seraine,
Berte au plat pié, Bietrix, Aliz,
Haranbourgis qui tint le Maine,
Et Jehanne la bonne Lorraine
Qu'Engloys brulerent a Rouen,
Ou sont ilz, ou, Vierges souveraine ?
Mais ou sont les neiges d'antent ?

Prince, n'enquerrez de sepmaine
Ou elles sont ne de cest an,
Qu'a ce reffraing ne vous remaine :
Mais ou sont les neiges d'antent ?

François Villon


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"L'autre" - Paul Vincensini

Paul Vincensini, "archiviste du vent", né en 1930, a disparu en 1985, mais vous le trouverez encore à cette adresse (cliquer)

Dans le texte ci-dessous, l'autre est-il toujours celui qu'on croit ? On ne le saura jamais.

Toujours et Jamais

Toujours et Jamais étaient toujours ensemble
ne se quittaient jamais. On les rencontrait
dans toutes les foires.
On les voyait le soir traverser le village
sur un tandem.
Toujours guidait
Jamais pédalait
C'est du moins ce qu'on supposait...
Ils avaient tous les deux une jolie casquette
L'une était noire à carreaux blancs
L'autre blanche à carreaux noirs
A cela on aurait pu les reconnaître
Mais ils passaient toujours le soir
et avec la vitesse...
Certains d'ailleurs les soupçonnaient
Non sans raison peut être
D'échanger certains soirs leur casquette
Une autre particularité
Aurait dû les distinguer
L'un disait toujours bonjour
L'autre toujours bonsoir
Mais on ne sut jamais
Si c'était Toujours qui disait bonjour
Ou Jamais qui disait bonsoir
Car entre eux ils s'appelaient toujours
Monsieur Albert Monsieur Octave.

Paul Vincensini ("Toujours et Jamais")


Pas poétiquement correct Paul Vincensini (on censure en général la deuxième strophe, vous faites comme vous voulez), mais l'humour, quand même, dans ce poème dédié à l'autre, animal ...

Moi l'hiver, je pense

Moi l'hiver je pense
Aux petits oiseaux
Qui couvent des œufs glacés
Dans les arbres

Moi l'hiver je pense
Aux petits poissons
Qui se gèlent les bonbons
La nuit
Dans les rivières.

Paul Vincensini ("Qu'est-ce qu'il n'y a")


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