lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

260407

BROCANTES DE RUPTURE

broc_Wy_vache_et_veauPhoto Lieucommun : En marge de la brocante de
Wy-dit-Joli-Village (78) le 1er mai
(cliquer pour agrandir).

<< "Pourquoi il me prend en photo, maman ?
- Parce que tu le vaux bien, mon petit. "

 
tout sur nos brocantes de rupture* préférées
du
 
dimanche 17 juin

dans la région de Mantes-la-Jolie et au-delà : Avernes (95) - Soisy-sous-Montmorency (95) - Arnouville-les-Mantes (78), Carrières-sous-Poissy (78), Villiers-saint-Frédéric (78), Méru (60), Suzay (27) ...
* pourquoi "rupture" ? vous le saurez sur la page des brocantes
 >>c'est ICI<< 

d'autres images de chine sur le site JSE2 


Posté par de passage à 23:57 - Permalien [#]

Chantons sous les élections - Les chanteurs livreurs

chanteurs_livr_menuiserie_origLes Chanteurs Livreurs, une belle occasion d'entendre autre chose que des discours ... 
Ils sont présents dans la catégorie PAROLES et MUSIQUE

Le texte et la scène sont pour eux une façon de s’exprimer : chansons engagées, chansons de luttes, et la poésie toujours présente.

Photo ci-dessous : soirée au forum Léo Ferré

chanteurs_livreurs_2007

Les Chanteurs Livreurs
se re-produisent prochainement (si, si, et en public, en plus !)

Toutes les infos sur leur site ICI 


Posté par de passage à 23:00 - PAROLES et musique - Permalien [#]

"L'autre" - Jean Tardieu

Jean Tardieu (1903-1995) est un poète et auteur de théâtre. Presque tous les textes présentés ci-dessous sont extraits du recueil de poésies "Monsieur monsieur" paru chez Gallimard en 1951.
Où l'on verra que l'autre est sujet de (et prête parfois à) confusion !

Jean Tardieu donne des indications pour la diction théâtrale (il est aussi auteur de pièces de théâtre) de ses textes.

Les erreurs

(La première voix est posée, polie, maniérée et prétentieuse; l’autre est rauque, méchante et dure.)

Je suis ravi de vous voir
bel enfant vêtu de noir.

- Je ne suis pas un enfant
je suis un gros éléphant.

Quelle est cette femme exquise
qui savoure des cerises?

- C’est un marchand de charbon
qui s’achète du savon.

Ah! que j’aime entendre à l’aube
roucouler cette colombe!

- C’est un ivrogne qui boit
dans sa chambre sous le toit.

Mets ta main dans ma main tendre
je t’aime ô ma fiancée!

- Je n’suis point vot’ fiancée
je suis vieille et j’suis pressée
laissez-moi passer !

Jean Tardieu


La môme néant

(Voix de marionnette, voix de fausset, aiguë, nasillarde, cassée, cassante, caquetante, édentée.)

Quoi qu’a dit* ?
- A dit rin.

Quoi qu’a fait ?
- A fait rin.

A quoi qu’a pense ?
- A pense à rin.

Pourquoi qu’a dit rin ?
Pourquoi qu’a fait rin ?
Pourquoi qu’a pense à rin ?

- A’ xiste pas.

* Qu'est-ce qu'elle dit ? - Elle ne dit rien.
Jean Tardieu ("Le fleuve caché" - Gallimard - 1968)



Conversation (sur le pas de la porte, avec bonhomie)

Comment ça va sur la terre ?
- Ça va ça va, ça va bien.

Les petits chiens sont-ils prospères ?
- Mon Dieu oui merci bien.

Et les nuages ?
- Ça flotte.

Et les volcans ?
- Ça mijote.

Et les fleuves ?
- Ça s'écoule.

Et le temps
- Ça se déroule.

Et votre âme ?
- Elle est malade
Le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.

Jean Tardieu ("Monsieur Monsieur")


Étude de voix d'enfant

Les maison* y sont là
les deux pieds sous la porte
tu les vois les maisons ?

Les pavé y sont là
les souliers de la pluie
y sont noirs mais y brillent.

Tout le monde il est là
le marchand le passant
le parent le zenfant
le méchant le zagent.

Les auto fait vou-hou
le métro fait rraou
et le nuage, y passe
et le soleil, y dort.

Tout le monde il est là
comme les autres jours
mais c'est un autre jour
c'est une autre lumière :

aujourd'hui c'est hier.

Jean Tardieu                * orthographe originale


Les difficultés essentielles (extrait)

Monsieur met ses chaussures
Monsieur les lui retire,

Monsieur met sa culotte
Monsieur la lui déchire,

Monsieur met sa chemise
Monsieur met ses bretelles
Monsieur met son veston
Monsieur met ses chaussures :
au fur et à mesure
Monsieur les fait valser.

Quand Monsieur se promène
Monsieur reste au logis

quand Monsieur est ici
Monsieur n'est jamais là
...

Vrai ! c'est vertigineux
de le voir coup sur coup
tantôt seul tantôt deux
levé couché levé
debout assis debout!

Il ôte son chapeau
il remet son chapeau
chapeau pas de chapeau
pas de chapeau chapeau
et jamais de repos.

Jean Tardieu

Voyez dans ce CM1 ICI, un travail de création poétique à partir de ce poème.


Monsieur interroge Monsieur

Monsieur pardonnez-moi
de vous importuner
quel bizarre chapeau
vous avez sur la tête !

- Monsieur vous vous trompez
car je n'ai plus de tête
comment voulez-vous donc
que je porte un chapeau !

- Et quel est cet habit
dont vous êtes vêtu ?

- Monsieur je le regrette
mais je n'ai plus de corps
et n'ayant plus de corps
je ne mets plus d'habit

- Pourtant lorsque je parle
Monsieur vous répondez
et cela m'encourage
à vous interroger :
Monsieur quels sont ces gens
que je vois rassemblés
et qui semblent attendre
avant de s'avancer ?

- Monsieur ce sont des arbres
dans une plaine immense
Ils ne peuvent bouger
car ils sont attachés

Monsieur Monsieur Monsieur
au-dessus de nos têtes
Quels sont ces yeux nombreux
qui dans la nuit regardent ?

- Monsieur ce sont des astres
Ils tournent sur eux-même
et ne regardent rien

- Monsieur quels sont ces cris
quelque part on dirait
on dirait que l'on rit
on dirait que l'on pleure
on dirait que l'on souffre ?

- Monsieur ce sont les dents
les dents de l'océan
qui mordent les rochers
sans avoir soif ni faim
et sans férocité

- Monsieur quels sont ces actes
ces mouvements de feux
ces déplacements d'air
ces déplacements d'astres
roulements de tambour
roulements de tonnerre
on dirait des armées
qui partent pour la guerre
sans avoir d'ennemi ?

- Monsieur c'est la matière
qui s'enfante elle-même
et se fait des enfants
pour se faire la guerre

- Monsieur soudain ceci
soudain ceci m'étonne
Il n'y a plus personne
pourtant moi je vous parle
et vous vous m'entendez
puisque vous répondez !

- Monsieur ce sont les choses
qui ne voient ni entendent
mais qui voudraient entendre
et qui voudraient parler

- Monsieur à travers tout
quelles sont ces images
tantôt en liberté
et tantôt enfermées
Cette énorme pensée
Où des figures passent
Où brillent des couleurs ?

- Monsieur c'était l'espace
et l'espace
se meurt

Jean Tardieu


Voyage avec Monsieur Monsieur

Avec Monsieur Monsieur
je m'en vais en voyage.
Bien qu'ils n'existent pas
je porte leurs bagages.
Je suis seul et ils sont deux.

Lorsque le train démarre
je vois sur leur visage
la satisfaction
de rester immobile
quand tout fuit autour d'eux.

Comme ils sont face à face
chacun a ses raisons.
L'un dit : les choses viennent
et l'autre : elles s'en vont;
quand le train les dépasse
est-ce que les maisons
subsistent ou s'effacent ?
moi je dis qu'après nous
ne reste rien du tout.

Voyez comme vous êtes !
lui répond le premier,
pour vous rien ne s'arrête
moi je vois l'horizon
de champs et de villages
longuement persister.
Nous sommes le passage
nous sommes la fumée ...

C'est ainsi qu'ils devisent
et la discussion
devient si difficile
qu'ils perdent la raison.
Alors le train s'arrête
avec le paysage
alors tout se confond.

Jean Tardieu


Le chevalier à l'armure étincelante

Vieil homme vieil homme
arbre à la dure écorce
de quels bourgeons es-tu capable encore ?
Est-ce que soudain tu recommences ?
Est-ce bien toi qui regardes, qui entends ?
Où vas-tu, mon chemin?
Je ne te voyais plus dans la forêt
Un éclair, mille éclairs
percent l'ombre et m'illuminent
Qui a vécu vivra
Un reflet perdu
Une voix chante et s'éloigne

Pour un rayon pour un regard pour un visage
j'adore ton retour sans fin
Ô vie interrompue
toujours reprise

De ce torrent source cachée
je détourne le cours
jusqu'à l'infinitude
au-delà de la mort.

Jean Tardieu (" Comme ceci comme cela" poèmes - Gallimard, Collection blanche, 1979)


Posté par de passage à 18:10 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France) - Permalien [#]

"L'autre" - Jean-Claude Tournay

Jean-Claude Tournay est né en 1951.

Ma table

Ami
je t'invite à mon coeur
ma table
où c'est un pain de simple amour
que l'on coupe
Ami
je t'invite à mon âme
ma source

c'est toujours un peu d'eau claire
que l'on boit
Viens
je n'ai de porte à ma maison
que le ciel bleu.

Jean-Claude Tournay


Posté par de passage à 15:05 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France) - Permalien [#]

Deux petits tours et puis s'en vont...

DESSIN_CANARD_11_AVRIL_2007Je suis comme vous peut-être, tant bien que mal entre deux tours, avec mes soucis de terrestre développé.

Ce dessin de Wozni (Jacek Wozniak) a été publié dans Le Canard Enchaîné, justement le mercredi d'avant le premier tour, non sans rapport.
Je l'avais mis de côté.
Deux petits tours ici, et le Tiers Monde là-bas ... c'est où déjà ?
Deux petits tours et puis s'en va, absent déjà avant, pendant et après.

Le Printemps des Poètes a choisi L'éloge de l'autre pour thème 2008. Il sera donc de saison de penser à l'Autre (la majuscule vaut pluriel) au printemps prochain, ici, et ce serait déjà pas mal s'il n'y avait urgence, là.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Posté par de passage à 14:59 - soit dit en passant - Permalien [#]

"L'autre" - Jean-Claude Touzeil

Jean-Claude Touzeil est né en 1946.
Auteurs de nombreux recueils de poésie, dont  : Peuples d'Arbres, Éditions Donner à Voir - 1997) ; Haïkus sans gravité, Éditions L'épi de seigle - 2001), il anime des ateliers d'expression poétique en milieu scolaire.

Minutie

À petits pas comptés
Sur le chemin du bourg
Un petit vieux casquette
Pantalon de velours
Et veste de chasseur
À gros boutons dorés
Un petit vieux casquette
Malice au fond des yeux
Rire entre les oreilles
Un petit vieux casquette
A mis une minute
À petits pas comptés
Pour traverser la route

Jean-Claude Touzeil ("Mine de rien" - Éditions Ass Clapas)


J'ai un faible pour le marin du poème suivant. On  retrouvera ce texte avec d'autres sur le site de l'auteur : http://membres.lycos.fr/poesietouzeil/

Au bout du monde

Au bout du monde
Le marin
Crie sa joie
De toucher terre
Enfin
Au bout du monde

Il garde pour lui
La douleur
D'être arrivé déjà
Au bout du monde

Jean-Claude Touzeil ("Les loups donnent de la voix" - Éditions Soc et Foc- 2004)


Posté par de passage à 10:06 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France) - Permalien [#]

"L'autre" - Émile Verhaeren

Émile Verhaeren (1855-1916) est (très) présent sur le blog ICI. Si la page est déplacée (aléas du blog), c'est dans la catégorie Des POÈTES et de la POÉSIE.

Ce long poème est souvent proposé aux élèves de CM2 en version courte, correspondant au passage mis en couleur. C'est ainsi que l'école me l'a donné à apprendre en CM2, et c'était déjà pas facile.

L'effort

Groupes de travailleurs, fiévreux et haletants,
Qui vous dressez et qui passez au long des temps
Avec le rêve au front des utiles victoires,
Torses carrés et durs, gestes précis et forts,
Marches, courses, arrêts, violences, efforts,
Quelles lignes fières de vaillance et de gloire
Vous inscrivez tragiquement dans ma mémoire !
Je vous aime, gars des pays blonds, beaux conducteurs
De hennissants et clairs et pesants attelages,
Et vous, bûcherons roux des bois pleins de senteurs,
Et toi, paysan fruste et vieux des blancs villages,
Qui n'aimes que les champs et leurs humbles chemins
Et qui jettes la semence d'une ample main
D'abord en l'air, droit devant toi, vers la lumière,
Pour qu'elle en vive un peu, avant de choir en terre ;
Et vous aussi, marins qui partez sur la mer
Avec un simple chant, la nuit, sous les étoiles,
Quand se gonflent, aux vents atlantiques, les voiles
Et que vibrent les mâts et les cordages clairs ;
Et vous, lourds débardeurs dont les larges épaules
Chargent ou déchargent, au long des quais vermeils,
Les navires qui vont et vont sous les soleils
S'assujettir les flots jusqu'aux confins des pôles ;

Et vous encor, chercheurs d'hallucinants métaux,
En des plaines de gel, sur des grèves de neige,
Au fond de pays blancs où le froid vous assiège
Et brusquement vous serre en son immense étau ;
Et vous encor mineurs qui cheminez sous terre,
Le corps rampant, avec la lampe entre vos dents
Jusqu'à la veine étroite où le charbon branlant
Cède sous votre effort obscur et solitaire ;
Et vous enfin, batteurs de fer, forgeurs d'airain,
Visages d'encre et d'or trouant l'ombre et la brume,
Dos musculeux tendus ou ramassés, soudain,
Autour de grands brasiers et d'énormes enclumes,
Lamineurs noirs bâtis pour un oeuvre éternel
Qui s'étend de siècle en siècle toujours plus vaste,
Sur des villes d'effroi, de misère et de faste,
Je vous sens en mon coeur, puissants et fraternels !
Ô ce travail farouche, âpre, tenace, austère,
Sur les plaines, parmi les mers, au coeur des monts,
Serrant ses noeuds partout et rivant ses chaînons
De l'un à l'autre bout des pays de la terre !
Ô ces gestes hardis, dans l'ombre où la clarté,
Ces bras toujours ardents et ces mains jamais lasses,
Ces bras, ces mains unis à travers les espaces
Pour imprimer quand même à l'univers dompté
La marque de l'étreinte et de la force humaines
Et recréer les monts et les mers et les plaines,
D'après une autre volonté.

Émile Verhaeren (La multiple splendeur)


À la gloire du vent

- Toi qui t'en vas là-bas,
Par toutes les routes de la terre,
Homme tenace et solitaire,
Vers où vas-tu, toi qui t'en vas ?
- J'aime le vent, l'air et l'espace ;
Et je m'en vais sans savoir où,
Avec mon coeur fervent et fou,
Dans l'air qui luit et dans le vent qui passe.
- Le vent est clair dans le soleil,
Le vent est frais sur les maisons,
Le vent incline, avec ses bras vermeils,

Émile Verhaeren (La multiple splendeur)


Chanson de fou

je les ai vus, je les ai vus,
ils passaient par les sentes,
avec leurs yeux, comme des fentes,
et leurs barbes, comme du chanvre.

Deux bras de paille,
un dos de foin,
blessés, troués, disjoints,
ils s' en venaient des loins,
comme d' une bataille.

Un chapeau mou sur leur oreille,
un habit vert comme l' oseille ;
ils étaient deux, ils étaient trois,
j' en ai vu dix, qui revenaient du bois.

L' un d' eux a pris mon âme
et mon âme comme une cloche
vibre en sa poche.

L' autre a pris ma peau,
-ne le dites à personne-
ma peau de vieux tambour
qui sonne.

Quant à mes pieds, ils sont liés,
par des cordes au terrain ferme ;
regardez-moi, regardez-moi,
je suis un terme.

Un paysan est survenu
qui nous piqua dans le sol nu,
eux tous et moi, vieilles défroques,
dont les enfants se moquent.

Et nous servons d' épouvantails qui veillent
aux corbeaux lourds et aux corneilles.

Émile Verhaeren ("Les campagnes hallucinées")


Aux moines (début de ce long poème)

Moines venus vers nous des horizons gothiques,
Mais dont l'âme, mais dont l'esprit meurt de demain,
Qui reléguez l'amour dans vos jardins mystiques
Pour l'y purifier de tout orgueil humain,
Fermes, vous avancez par les routes des hommes,
Les yeux hallucinés par les feux de l'enfer,
Depuis les temps lointains jusqu'au jour où nous sommes,
Dans les âges d'argent et les siècles de fer,
Toujours du même pas sacerdotal et large.
...

Émile Verhaeren ("Les moines")


Posté par de passage à 08:56 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France) - Permalien [#]