lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

270407

"L'autre" - Robert Sabatier

Robert Sabatier est né en 1923. C'est un écrivain connu du grand public pour la saga en sept tomes d’Olivier, le personnage des Allumettes suédoises (1967), qui traverse les remous de l'Histoire, et dont le dernier épisode :  Olivier 1940 est paru en 2003.
Robert Sabatier a publié d'autres romans et des recueils de poésies. Il est l'auteur d'une Histoire de la poésie française en 11 volumes, chez Albin Michel (éditée de 1961 à 1988). Cet ouvrage rassemble des textes de poètes, du Moyen Âge jusqu' à la période contemporaine.

Les semblables (extrait)

Autant le dire à celui qui m'écoute :
Je te ressemble à ce point qu'au soleil
Je crois me voir dans ton corps de passage
Et je t'entends en m'écoutant moi-même.

Mon œil a soif des autres, je les crois
Jaillis de moi comme un oiseau de l'oeuf
Et leur coeur bat comme battent mes veines,
Je suis lié par un pacte de sang.

Pas d'ennemis dans l'absolu du monde,
Un même corps, Une même épouvante
Et l'espérance avec sa robe verte
Pour nous unir dans un même refus.

Robert Sabatier ("L'Oiseau de demain" - 1981 - éditions Albin Michel)


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"L'autre" - Pierrette Sartin

On retrouvera ces textes  de Pierrette Sartin, poétesse contemporaine, et d'autres auteurs, dans le recueil "Les plus beaux poèmes d'hier et d'aujourd'hui", textes choisis et présentés par Jacques Charpentreau (collection "Fleurs d'encre" Le Livre de Poche Jeunesse - Hachette - 2006)

L'ami

L'ami est celui qui comprend
Sans avoir besoin de paroles.
D'un seul regard il nous console
De nos chagrin petits ou grands.

L'ami est la chaleur et lumière
Il est flamme et flambeau
La source qui devient lumière
L'âme soeur le frère jumeau.

Il est autre et pourtant nous-mêmes
Notre reflet et notre écho
Dans le miroir d'un seul poème
Dans le secret du jardin clos.

Pierrette Sartin ("L'amitié des Poètes" 1994 - éditions Hachette)


L'amitié

Elle est le vent sur la prairie
qui caresse les graminées
les mains douces des alizés.

Elle est l'aube sur la colline
la fleur ouverte que lutine
de ses ailes le papillon.

Elle est la source qui jaillit
dans la nuit verte du vallon,
au fond du cœur une chanson.

Elle est l'oiseau venu du ciel
la colombe de l'espérance
portant le rameau de paix ;

Elle est le Prince sous son heaume
qui nous conduit vers le royaume
où commence l'enchantement.

Pierrette Sartin ("L'amitié des Poètes" 1994 - éditions Hachette)


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"L'autre" - Pierre Seghers

Pierre Seghers (1906-1987) est un poète et un éditeur de poésie (Les éditions Seghers publient toujours).
Il est le créateur de la revue des poètes de la Résistance : Poésie 40, qui publie, aussi des textes actuels et de la collection "Poètes d’aujourd’hui", ainsi que de nombreuses anthologies poétiques. On trouve sur ce blog (catégorie PAROLES et musique) le texte "Merde à Vauban", mis en musique par Léo Ferré.

Les hommes

Le sang doux des arbres
coule dans tes mains,
Le vent du désert
ensable les marbres.

Le chant de la vie
Rouge dans ta voix
Le temps qui s’avoue
Plus vite que toi.

Écoute, on dirait
que la biche brame,
Les bois ont des bras
Des poings, les forêts,

La terre a, profond
De hauts corps en marche,
Des hommes debout
Venus pour parler.

Ils disent qu’ils sont
Le nombre et la masse,
Chacun son regard
Plus clair d’espérer,

Chacun son pas d’homme
Son cœur et sa force,
Ils viennent ici
du fond du passé

Brûler au feu noir
qui fit notre histoire,
Il faudra les croire
Ou bien les tuer !

Pierre Seghers ("le Futur Antérieur")


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"L'autre" - Alain Serres

Alain Serres est né en 1956. Il a publié de nombreux textes, histoires et poèmes pour enfants et adolescents.

Toi-même

C'est fou ce qu'il y a de merveilles
Dans le creux de ton oreille
C'est fou ce qu'il y a de chemins
Dans le creux de ton poing
C'est fou ce qu'il y a de poèmes
Dans le creux de toi-même.

Alain Serres


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"L'autre" - Jean-Pierre Siméon

Jean-Pierre Siméon est né en 1950. Il a publié aux Éditions Cheyne de nombreux recueils de poésies pour les enfants et les adolescents. Il est aussi l'auteur de pièces de théâtre. Il est actuellement directeur du "Printemps des poètes".

La différence

Pour chacun une bouche deux yeux
deux mains deux jambes

Rien ne ressemble plus à un homme
qu'un autre homme

Alors
entre la bouche qui blesse
et la bouche qui console

entre les yeux qui condamnent
et les yeux qui éclairent

entre les mains qui donnent
et les mains qui dépouillent

entre les pas sans trace
et les pas qui nous guident

où est la différence
la mystérieuse différence ?

Jean-Pierre Siméon ("La Nuit Respire" - - éditions Cheyne, 2003)


Lettre aux gens très sages

Non il n'est pas fou
Celui qui parle au vent
Aux murs aux rues aux lampadaires

A l'ombre du chat sur la fenêtre
Aux mains fragiles
Qui l'aiment et le connaissent

Il n'est pas fou
Celui qui voit la mer
Dans son miroir
Et des chiens bleus
Dans les nuages

Non il n'est pas fou
Il rêve il rêve
Et nous attend
Sous le manteau de son mystère
Au cœur du monde imagé.

Jean-Pierre Siméon


Tu ne veux plus tu voudrais

Tu ne veux plus habiter ton quartier
parce que le mur ne promet rien
sous son écorce grise
parce que les rues
n'ont pas de noms d'enfants
parce que l'ombre
y est froide

Tu voudrais que l'air
soit sucré
qu'il soit chaud
comme un feu
qu'il cajole et rassure
comme une barque lente

Tu ne veux plus tu voudrais
simplement être heureux

Jean-Pierre Siméon ("À l'aube du buisson" - éditions Cheyne, 1985)


Racistes

Voilà ce qu’ils disent :
l’anémone est plus intelligente que la rose
le sable est plus beau que le chat
et la pierre a toujours été
supérieure au potiron

Ils reprochent au noir
d’être plus noir que le blanc
comme si on reprochait au feu
d’être plus chaud que la neige
et au miel d’être plus sucré que la vague

Et s’ils ont peur de leur ombre
c'est qu’ils se doutent un peu
que haïr l’étranger
c’est avoir peur de soi.

Jean-Pierre Siméon ("Sans frontières fixes" - éditions Cheyne, 2001)


 

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"L'autre" - Philippe Soupault

Philippe Soupault (1897-1990) est  un des poètes du mouvement Dada, et l'un des fondateurs, avec André Breton, du surréalisme. Il est aussi romancier.

"On ne pardonne pas à son ami ses erreurs, on ne les excuse pas non plus. On les comprend" ...
"On doit mieux aimer ses amis pour leurs défauts que pour leurs qualités".

Philippe Soupault ("L'Amitié", recueil pour la collection "Notes et maximes - Hachette - 1965 - épuisé)

Un autre texte : Pour la liberté, est en catégorie POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3


C'est demain dimanche

Il faut apprendre à sourire
Même quand le temps est gris.
Pourquoi pleurer aujourd'hui
Quand le soleil brille ?
C'est demain la fête des amis
Des grenouilles et des oiseaux
Des champignons des escargots
N'oublions pas les insectes
Les mouches et les coccinelles.
Et tout à l'heure à midi
J'attendrai l'arc-en-ciel
Violet indigo bleu vert
Jaune orange et rouge
Et nous jouerons à la marelle

Philippe Soupault ("La nouvelle guirlande de Julie" - éd Ouvrières)


Mélancolie, Mélancolie

Mélancolie, Mélancolie
Quel joli nom pour une jeune fille
Neurasthénie, Neurasthénie
Quel vilain nom pour une vieille fille

Je cherche un nom pour un garçon
Un nom d'emprunt, un nom de guerre
Pour la prochaine et la dernière
Pour la dernière des dernières

Espoir ou peut être Agénior
Ou singulier ou Dominique
Un nom à coucher dehors
Au temps des bombes atomiques.

Philippe Soupault


Au crépuscule

Bonsoir doux amour
Comme disait Shakespeare

Bonsoir mon petit pote
Comme disait Jules

Bonsoir mon père
Comme disait l'enfant de chœur

Bonsoir mon fils
Comme disait le curé

Bonsoir vieille noix
Comme disait le jardinier

Bonsoir les enfants
Comme disent les enfants

Ariane bonsoir ma sœur
Comme aurait dit Racine

Bonsoir mon trésor
Comme disent les banques

Bonsoir ma cocotte
Comme dit la fermière

Bonsoir mon loup
Comme dit la bergère

Bonsoir bonsoir bonsoir

Philippe Soupault ("Poèmes à lire et à rêver" - texte emprunté à "Mon Premier Larousse des Poésies"- éditions  Larousse 2005)

Posté par de passage à 15:30 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France) - Permalien [#]

"L'autre" - Jules Supervielle

Jules Supervielle, poète franco-uruguayen de langue française, est né en 1884 à Montevideo, et il est mort à Paris en 1960.
Il a partagé son existence entre deux pays, deux continents, d'où vient peut-être cette approche du monde.

..."L'étoile dit : je tremble au bout d'un fil, si nul ne pense à moi, je cesse d'exister."

Je caresse la mappemonde

Je caresse la mappemonde
Jusqu'à ce que sous mes longs doigts
Naissent des montagnes, des bois,
Et je me mouille en eau profonde
Des fleuves, et je fonce avec eux
Dans l'océan vertigineux
Débordant de partout mes yeux
Dans la fougue d'un autre monde.

Jules Supervielle (poème et citation empruntés à "Poèmes pour les jeunes du temps présent" - Jacques Charpentreau - Les Editions Ouvrières - 1974)


C'est le passage en couleur du poème suivant qui est parfois proposé :

Plein ciel

J'avais un cheval
Dans un champ de ciel
Et je m'enfonçais
Dans le jour ardent.

Rien ne m'arrêtait
J'allais sans savoir,
C'était un navire
Plutôt qu'un cheval
Comme on n'en voit pas,     < (...) si on s'arrête là)

Tête de coursier (1),
Robe de délire,
Un vent qui hennit
En se répandant.

Je montais toujours
Et faisais des signes :
"Suivez mon chemin,
Vous pouvez venir,
Mes meilleurs amis,
La route est sereine,
Le ciel est ouvert".

Mais qui parle ainsi ?
Je me perds de vue,
Dans cette altitude,
Me distinguez-vous ?
Je suis celui qui
Parlait tout à l'heure,
Suis-je encor celui
Qui parle à présent,
Vous-mêmes, amis,
Êtes-vous les mêmes ?
L'un efface l'autre
Et change en montant.

(1) faute de frappe rectifiée

Jules Supervielle (1939-1945)


Le double

Mon double se présente et me regarde faire,
II se dit : « Le voilà qui se met à rêver,
II se croit seul alors que je puis l'observer
Quand il baisse les yeux pour creuser sa misère.
Au plus noir de la nuit il ne peut rien cacher
De ce qui fait sa nuit avec ma solitude.
Même au fond du sommeil je monte le chercher,
A pas de loup, craignant de lui paraître rude
Et je l'éclaire avec mon électricité
Délicate, qui ne saurait l'effaroucher,
Je m'approche de lui et le mets à l'étude,
Voyant venir à moi ce que son cœur élude.

Jules Supervielle


Figures

Je bats comme des cartes
Malgré moi des visages,
Et, tous, ils me sont chers.
Parfois l'un tombe à terre
Et j'ai beau le chercher
La carte a disparu.
Je n'en sais rien de plus.
C'était un beau visage
Pourtant, que j'aimais bien.
Je bats les autres cartes.
L'inquiet de ma chambre,
Je veux dire mon coeur,
Continue à brûler
Mais non pour cette carte
Q'une autre a remplacée :
C'est nouveau visage,
Le jeu reste complet
Mais toujours mutilé.
C'est tout ce que je sais,
Nul n'en sait d'avantage.

Jules Supervielle


Visages de la rue

Visages de la rue, quelle phrase indécise
Écrivez-vous ainsi pour toujours l'effacer
Et faut-il que toujours soit à recommencer
Ce que vous essayer de dire ou de mieux dire ?
...

Jules Supervielle, extrait du poème "le miroir intérieur", 1934 (recueil "Les Amis inconnus" qu'on peut trouver dans "Le Forçat innocent suivi de Les Amis inconnus, collection Poésie-Gallimard, 1969)



Posté par de passage à 14:43 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France) - Permalien [#]