lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

290407

Afrique du Nord - Tunisie - Tahar Bekri

Tahar Bekri est né en 1951 en Tunisie. C'est un écrivain-poète qui écrit en français et dans sa langue maternelle : l'arabe. Il vit en France depuis 1976.

On peut visiter son site ici : http://tahar.bekri.free.fr

  • Note rectificative (reprise en commentaires):

JC Rolland nous informe qu'il est "le traducteur du poème cité, ainsi que de la totalité du recueil "La mort de l'épouvantail".

et l'auteur, Tahar Bekri apporte ces précisons dans ce commentaire laissé sur le blog :
1.
Les extraits des Chapelets d'attache sont directement écrits en français et non adaptés par Barbara Beck (elle en a fait une trad en anglais)
2. Si la musique doit mourir , Ed. Al Manar, Paris, 2006.
Bien à vous
Tahar BEKRI

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C’était le temps des jarres (extrait)

C’était le temps des jarres remplies de dattes
Dans les cabanes aux toits de palme
La lampe à pétrole notre trésor
Les citronniers parfumaient nos demeures
Guêpes et abeilles pour la meilleure aigreur
Dans les treilles se confondaient raisins et étoiles

La nuit tombait céleste comme une figue noire

Tahar Bekri ("La Brûlante Rumeur de la mer" dans "Poésie du Maghreb" - éd Al Manar, Paris, 2004).


 

Retour à Nouakchott* (extrait)

Je te retrouve dans le souffle du vent
Exsangue brûlé par le sable sans relâche
Tant de dunes impatientes le long de ma route
Surgissent des limbes de l’inconsolé mirage

Les caravanes portées par la distance d’antan
Immobiles et langoureuses l’ombre aussi rare
Que l’acacia sec et endurci sous le soleil de plomb
Mon chant comme prière implorant le firmament

J’ai de toi désert la soif affranchie des frontières
Le rêve qui s’enlise ensablé habillé de lumière
Tout l’océan aimant chargé de lourdes pirogues
Butin d’arc-en-ciel pour des frères noirs et blancs

Où as-tu égaré fleuve ton limon pour nourrir la terre ?

*Nouakchott est la capitale de la Mauritanie.

Tahar Bekri (dans "Confluences poétiques" - Mercure de France, 2006)


Afghanistan (extrait)

Si ton village est une caserne
Non un nid pour les hirondelles
Si ta maison est une caverne
Si ta source est un mirage
Si ton habit est ton linceul
Si la mort est ton mausolée
Si ton Coran est un turban
Si ta prière est une guerre
Si ton paradis est enfer
Si ton âme est ta sombre geôlière
Comment peux-tu aimer le printemps ?

Tahar Bekri ("Si la musique doit mourir")


Et des passages de ce poème difficile, dont on ne garde souvent que la strophe I (en couleur) :

 L'exil 

I

S’envolent
les colombes
à l’ombre de la lumière
la pierre
lourde de ses usures
sera colonne d’or ou poussière

Dans les royaumes de feu, la cendre

...

III

Sur les lèvres
du soleil
ivre d’étés purs j’emporte
ta voix au matin des présages
le soir comme un rose en transe
je remonte le cours du fleuve sec

Dans les arènes du souvenir, l’insomnie

...

V

Nouée
dans l’éclat
des ciels avares parole d’outre-mémoire
cette pluie pétrifiée au creux de ma voix
il me faudra toutes ces hirondelles
et la crinière du rêve pour l’enfanter

Dans les bras du laboureur, les oiseaux

...

XI

Parfois
je demande
à la voie lactée sa nuit claire
ses étoiles épurent mes soucis
sur la voûte céleste
les traces guident mes pensées

Entre deux pôles, l’échappée nacrée

XII

J’entends
au loin
évadées de vos déserts
des braises comme des cymbales
rouler sur des cordes de sang
assourdies par la discorde et le vent

Tapie dans la brûlure, ma rage

Tahar Bekri ("les chapelets d'attache" L'Harmattan, 1994) adaptation en français de Barbara Beck.


Posté par de passage à 23:13 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]