lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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"L'autre" - Marc Alyn

Marc Alyn est né en 1937. Il est romancier (Le Déplacement, 1964) et poète (une vingtaine de recueils, dont Le Temps des autres, prix Max Jacob 1957 ; Les Alphabets de Feu, Grand Prix de Poésie de l'Académie Française, 1994).
Il est aussi critique d'art, essayiste (Le Piéton de Venise, "roman contemporain", prix Henri-de-Régnier 2005 de l'Académie française) et auteur d'un "opéra-verbe" (Le Grand Labyrinthe, 1971).

"Je crois en l'homme simplement
pour sa résistance à la nuit ..."

L'enfant de lune

La lune en maraude au coeur des vergers
Grimpait aux pommiers en jupon d'argent ;
Surgirent des chiens rauques, déchaînés :
La lune s'enfuit, laissant un enfant.

Il vint avec nous en classe au village,
Tout à fait semblable aux autres garçons
Sauf cette clarté nimbant son visage
Sous le feu de joie de ses cheveux blonds.

Il aimait la pluie, les sources, les marbres,
Tout ce qui ruisselle et ce qui reluit ;
Le soir il veillait très tard sous les arbres
Regardant tomber lentement la nuit.

La lune en maraude au cœur des vergers
Vint chercher l'enfant un soir gris d'automne :
Vite, il s'envola. J'entends à jamais
Le bruit de son aile amie qui frissonne.

Marc Alyn


Le regard de Marc Alyn sur le siècle et les hommes :

Deux mille et des poussières

je raye un millénaire sur le calendrier.
- Comment trouvez-vous cette vie ? - Palpitante !
-  Et ce siècle ? - Passable.
L'éternité ne fait pas son âge, ce matin
Et moi, poète confidentiel d'une langue partout étrangère,
Je vous dis que les rues regorgent d'êtres qui n'ont jamais vécu
Et prennent néanmoins la mort en marche ainsi qu'un autobus
Pour des odyssées sans issue vers d'abstraites Sibéries ou de scabreuses Babylones.
Ceux qui n'existèrent qu'à reculons, nourris d'absence et d'avenir posthume
Savent combien il est dangereux de lancer des prières aux dieux
Ou de glisser son âme entre les grilles à portée de leurs griffes.
Serons-nous remboursés à la fin du spectacle ?
Vagabond de l'entre-deux-mondes, je guette les oiseaux qui saccagent le ciel.
L'automne a mis partout des fruits qui te ressemblent.

Marc Alyn ("dans la revue Poésie-Première n° 15)


Bulletin de santé (extrait)
...
Ma tour d’ivoire c’est la rue
où se pressent des inconnus
guidés chacun par leur misère
chacun la sienne pas de jaloux !

Je ne suis pas un alchimiste
Je ne transforme rien en rien
simplement je suis mon chemin
semant des graines dans les ruines

Toutes ces pierres sous mes pas
me sont précieuses et nécessaires
je suis riche de cette terre
qu’un jour de pluie on me donna

Je n'ai pas besoin des nuages
pour alimenter ma chanson !
Mon cœur est plein de ciel
mon regard de chants d'oiseaux

Je crois en l'homme simplement
pour sa résistance à la nuit
...

Marc Alyn ("Liberté de voir" - éditions Terre de Feu - et dans 'Poèmes à dire" choisis par Daniel Gélin - Seghers, 1974)


Posté par de passage à 19:08 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France) - Permalien [#]