lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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André VELTER - PRINT POÈTES 11 : Butor Depestre Velter White

André Velter, à la rencontre de l'autre

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André Velter est né en 1945 dans les Ardennes françaises. À 19 ans, il écrit des poèmes en commun avec Serge Sautreau dans la revue  Les Temps Modernes (dirigée par Jean-Paul Sartre). Dans ce même numéro d'octobre 1964 figure aussi Georges Perec, et deux années plus tard, le premier recueil de poésie, Aisha *, porte la double écriture de Serge Sautreau et d'André Velter (Gallimard, 1966). "un des textes qui avec les "Épiphanies" de Pichette reste l'une des œuvres majeures du surréalisme de l'après-guerre." (Gérard Noiret / La Quinzaine Littéraire / 16-30 juin 1998).
André Velter est un homme de rencontres, de complicités, d'amitiés, de collaborations, auxquelles il restera fidèle, par-delà les mauvais tours de l'existence. C'est d'abord Marie-José Lamothe, écrivaine et photographe, "femme de lumière", qui lui ouvre les portes de l'orient tibétain (voir ci-dessous la bibliographie). Marcheur, alpiniste en même temps que poète à la découverte de l'autre, il reste aimanté par l'Orient asiatique, le Tibet, l'Afghanistan, le Népal, l'Inde... On retrouve dans le recueil Le Haut-Pays suivi de la traversée du Tsangpo, Gallimard, 2007, les poèmes écrits au Tibet et dans l'Himalaya. Il publie des ouvrages avec des peintres et dessinateurs, particulièrement Ernest Pignon-Ernest (bibliographie).
Il rencontre d'autres poètes, comme Henri Michaux et René Char.
1998 est l'année terrible de la disparition, à quelques semaines d'intervalle, de Marie-José Lamothe et de Chantal Mauduit. Pour l'alpiniste de l'extrème, et parce que l'écriture est un chemin de vie, il écrit un tryptique amoureux : Le septième sommet, en 1998, L'amour extrème, en 2000, et Une autre altitude, en 2001.
Ouvert à d'autres expériences, il entre avec Bartabas dans l'univers de Zingaro suite équestre (Gallimard, 1998).
Persuadé que la poésie se dit et s'écoute, il anime une émission sur France-Culture : Poésie sur parole, et "met en scène" ses poèmes : spectacles musicaux et productions audio-visuelles.

  • On trouvera sur le site de l'auteur, où une partie des informations du blog ont été empruntées, bien plus qu'une biographie et une bibliographie complètes, l'univers humain et poétique d'André Velter : http://www.andrevelter.com (copier-coller le lien)

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éléments de bibliographie (hors tirages limités)

Poésie (choix subjectif) :

  • Aisha (avec Serge Sautreau, éditions Gallimard, 1966, réédité en 1998)
  • Du Gange à Zanzibar ( éditions Gallimard, 1993 - prix Louise Labé)
  • Passage en force (1971-1974) (Le Castor Astral/ Les Écrits des Forges, 1994)
  • Étapes brûlées (1974-1978) (Le Castor Astral/ Les Écrits des Forges, 1996)
  • Ouvrir le chant (Le Castor Astral/ Les Écrits des Forges, 1994)
  • L’Arbre-Seul (éditions Gallimard, 1990, prix Mallarmé - réédité en Poésie/Gallimard 2001)
  • Le Haut-pays (éditions Gallimard, 1995 - réédité avec suivi de La Traversée du Tsangpo, Gallimard, 2007)

  • Le septième sommet, poèmes pour Chantal Mauduit (éditions Gallimard, Poésie/Gallimard, 1998)
  • L'amour extrème, poèmes pour Chantal Mauduit (éditions Gallimard, 2000)
  • Une autre altitude, poèmes pour Chantal Mauduit (éditions Gallimard, 2001)

  • La vie en dansant (éditions Gallimard, 2000)
  • L'amour extrème et autres poèmes pour Chantal Mauduit - Poésie/Gallimard 2007 - cet ouvrage regroupe les poèmes des trois recueils précédemment cités )

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  • Des recueils ont été publiés avec des dessins d'Ernest Pignon-Ernest, en particulier ceux-ci :
    Zingaro suite équestre  (éditions Gallimard, 1998, réédité avec et Un piaffer de plus dans l'inconnu en Folio/Gallimard, 2000 et en Gallimard collection Blanche, 2005).
    Extases  (éditions Gallimard, 2008 ).

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Ouvrages illustrés, en édition commerciale (choix) :

  • Peuples du toit du monde (avec des photographies de Marie-José Lamothe*, Chêne-Hachette, 1981)
    Ladakh Himalaya (avec des photographies de Marie-José Lamothe*, Albin Michel, 1987 et A-M Métailié, 1991)
    Les Bazars de Kaboul (avec Emmanuel Delloye et des photographies de Marie-José Lamothe*, Hier et Demain, 1979)
    Et ce superbe grand livre, fruit d'un long travail de recherche, de photographie et d'écriture, qui rend hommage aux artisans de France : Le Livre de l'outil (auteurs : André Velter et Marie-José Lamothe* ; photographies de Jean Marquis* - préface de René Char*, postface de Serge Sautreau* ;aux éditions "Hier et Demain", 1976 et "Temps Actuels", 1983 ; ouvrage épuisé mais il a été heureusement réédité aux éditions Phébus, en 2003)
    * Marie-José Lamothe, (1945-1998), photographe et écrivaine, spécialiste de la civilisation tibétaine, a consacré plusieurs ouvrages au Tibet et à la vie de Milarépa, yogi et maître spirituel bouddiste tibétain du XIe siècle, dont elle a traduit l'oeuvre complète ("Milarépa, Les cent mille chants", Fayard, 2006). Elle a collaboré avec André Velter pour d'autres ouvrages. Jean Marquis est lui aussi photographe. Le poète René Char est présent sur ce blog. On trouvera des textes et une présentation ici : Des POÈTES et de la POÉSIE. Serge Sautreau est poète et essayiste.

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Œuvres sonores et visuelles (choix) :

"Il n’est de poésie qu’orale. Un poème qui ne se peut dire, qui n’engage ni le souffle ni le corps ressemble à un violon dont l’âme a été volée ou faussée. Il est sans harmonie, sans magie, sans amplitude." (1)
"Qu'elle se murmure ou qu'elle se crie, la poésie, comme la vie, ne tient qu'à un souffle. Je suis pour la parole haute et vive, pas pour le papier mâché." (2)
..."Ce qui ne veut pas dire que la lecture solitaire, silencieuse, celle que l’on entreprend pour soi, n’est pas nécessaire". (3)
(1) André Velter, entretien paru dans la revue de poésie Flache, en 1989 / (2) André Velter "Autoportraits, Paroles d'Aube, 1993) / (3)  dans le journal "Lyon Capitale" en 1999 (cité par Sophie Nauleau dans sa thèse "André Velter, troubadour au long cours" - Sorbonne, 1999)

  • Le Grand Passage, CD (Paroles d’Aube, 1994). On attend la parution en janvier 2011 chez Gallimard d'un livre-CD intitulé "Paseo Grande".
    C'était l'Afghanistan, Portrait d'un pays perdu, CD (Frémeaux et Associés, 2002)
    Tombeau de Chantal Mauduit, CD ; pièces musicales, avec des poèmes d'André Velter, dits par Alain Carré (Frémeaux et Associés, 2002)
    La traversée du Tsangpo, CD ; poème d'André Velter dit par l'auteur et Laurent Terzieff , musique originale de Jean Schwarz, chansons traduites en tibétain et interprêtées par Tenzin Gönpo (Célia Records, Élios Productions et les Éditions Thélème, 2004)
    Décale-moi l'horaire, CD ; Chansons parlées d'André Velter sur des musiques originales de Jean Schwarz et Benoît Charvet (EPM littérature 2005) 
    La vie en dansant, CD ; poèmes d'André Velter, dits par l'auteur et Alain Carré (Autrement Dit, 2002)

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    Une anthologie poétique :

    Les poètes du Chat noir (Poésie/Gallimard, 1996) 

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"La poésie trouve ici une unité de lieu : l’altitude. Celle du Tibet et de l’Himalaya, celle de ce Toit du Monde qui ne recouvre rien mais donne sur le ciel dans une autre lumière. [...] Il va sans dire que ce parcours n’est pas celui d’un dévot. La rencontre avec le bouddhisme tibétain intervient d’abord et tout naturellement dans le sens de la marche : c’est une approche physique, pas un acte de piété, même si la traversée du Tsangpo mène à Samyé, le monastère des origines. Poème et polyphonie à la suite, ce livre n’accueille en effet que des ascèses toniques où le corps est en fête et l’esprit des plus libres". André Velter, dans sa présentation de l'ouvrage Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo (Gallimard, 2007 )
 

"Le Haut-pays" est dédié à Marie-José Lamothe. "La traversée du Tsangpo", dans la dernière partie du livre, s'ouvre par ce quatrain-dédicace : 

Un quatrain-dédicace
à M-J
 
J'entendrai pour toujours

Ta voix tes cris ton rire
Cette façon de dire
Nous allons sans détour

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Vers Samyé (premières strophes du poème)

le temps est un vertige
sous le miroir des eaux
ce qui sombre est si sombre
on dirait un chaos
de pierres de lune et d’or

vers Samyé nous allons
comme au centre du monde
dans cet écho profond
qui n’appartient qu’au ciel
et au secret de nous

le corps le cœur l’esprit
se découvrent si vaste
que le chant de nos lèvres
est une âme infinie
qui tremble sur la terre

partout il y avait
des joyaux dans les pierres
des prophéties cachées
voire de simples prières
à la chance au soleil

partout à chaque pas
le passage était là
au bord du précipice
où la mort est fugace
où le souffle est lumière

 [...]
 

André Velter ("Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007)

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Dans le chapitre "Une fresque peinte sur le vide - III" du même ouvrage :

(altitude)

Petit nuage sur le chemin

de Tangyud Gompa. *

Rien que du vide et du vent,
une touffe de chardons bleus,
des marques de pas.

Rien que le soleil sur les crêtes
et les ombres qui s’allongent
entre les rochers.

Rien que ce rien

qui n’est pas moins que tout.

*monastère bouddique du Spiti (note de l'auteur) - l'auteur a mis le titre entre parenthèses

André Velter ("Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007)

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Avant de prendre place dans "Le Haut-pays", "Ce qui murmure de loin" est un recueil de 48 pages, publié en 1985 aux éditions Fata Morgana, avec deux illustrations originales du peintre graveur Ramón Alejandro (tirage limité).

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101 quatrains composent ce "chant secret". En proposer ici quelques images dissociées ne rend évidemment pas la dimension de l'œuvre. Comment faire autrement pour donner au lecteur l'envie de s'aventurer dans l'intégralité du poème ? C'est un pari...

Introduction de l'auteur pour ce texte dans le livre :

Chant secret d'une voix qui écoute, la poésie vit d'une aventureuse nécessité.
 

Avec les mots des hommes et le silence des dieux s'irriguent la lumière, la chance, le partage des nuits.
 

La solitude reçoit l'oracle des pierres.
 

Le feu cherche l'oubli.
 

Une barque s'éloigne sous le miroir des nuages.
 

Nous inventons les voiles de fièvres inconnues,
un rire si haut que l'infini préfère y jouer son va-tout,

 
une fleur invisible qui est aussi fille du soleil et du sang.
 

Le temps s'est voulu nomade,
nous sommes de toutes ses migrations,
complices d'une aile qui passe comme aucune autre aux lèvres de l'écho
...


Ce qui murmure de loin (quatrains choisis du poème)

  à Bruno Roy *

1

Parti partant déjà délié de l'ombre
Un voleur de tous les vents
S'éloigne dans la vie du voyage
Où l'on se veut présent

2

Il porte l'or en dedans
Feu de ce lieu d'absence
Quand la danse
A quitté les danseurs

3

Et le fou du royaume joue du vide
Comme d'autres du violon
Il a l'oreille du rien
L'art du passage

 [...]

16

Rêve éveillé entre réel et réalité
L'oeil touche l'illusion
L'issue est dans l'ici
Il suffit d'un rien pour défaire un monde 

 [...]

20

La neige exprime l'haleine des dieux
Le silence suspend l'espace
L'instant prend corps
Avec la beauté en regard
 

 [...]

36

En altitude rien ne blesse la lumière
La haine s'épuise dans les glaciers
Le chemin connaît l'odeur du roc
L'abîme a le réveil sonore

 [...]

45

Être du fond de la nuit brève
Une trace sans repère
L'écho à la voix blanche
Le chant d'un amour inconnu

46

Être du fond de l'univers
Une parcelle de regard et de ciel
Une trouée que l'on nomme
À peine moins que l'oubli 

 [...]

49

De la cime au ravin
Je me lie d'un souffle
Le but vient du chemin où je vais
Pour rester à distance

 [...]

55

Dans cette lumière
Il y a une aile et un visage
Un arbre et une flamme
L'esprit brûlé d'une femme

56

Je te vois
Nuit de chaque instant
Silex noir
qui porte son feu à l'intérieur 

 [...]

85

Je dis nous
Et c'est peu
Dans les chantiers
Du monde

86

Je dis nous
Et c'est clair
Dans les ténèbres
Du temps 

87

Je dis nous
Et c'est Un
Dans le secret
Du chant 

 [...]

André Velter ("Ce qui murmure de loin", éditions Fata Morgana, 1985 et "Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007) - * Bruno Roy

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Tombeau de Chantal Mauduit

"L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit" (Poésie/Gallimard, 2007), regroupe les recueils dédiés par André Velter à son amie, l'alpiniste de l'extrème, morte accidentellement le 13 mai 1998 sur les pentes du Dhaulagiri, au Népal : Le septième sommet, L'amour extrême, et Une autre altitude. Un CD reprend en 2002 des textes de ces recueils, dits par Alain Carré : "Tombeau de Chantal Mauduit (Frémeaux et Associés, 2002)

Un "Tombeau", au sens poétique et ancien, se définit comme une œuvre composée d'un ou plusieurs recueils, écrite en principe par plusieurs auteurs pour honorer la mémoire d'un défunt. André Velter a édifié seul, de 1998 à 2000 ce monument littéraire :

"Les poèmes qui se sont écrits* après la mort de Chantal ont été pour moi des textes de survie, sans le moindre souci littéraire. [...]. Ils étaient le seul oxygène que je pouvais respirer. [...] On ne peut pas, et je dirai on ne doit pas, vivre sans cette absence au cœur, ce soleil noir en soi, à jamais. [...] Ce que nous avons passionnément aimé, follement aimé, absolument aimé, ne meurt pas si nous restons sur le qui-vive. En alerte, sans espoir factice. Pour être encore digne d’un tel amour". André Velter (entretien avec Aymen Hacen, dans le supplément littéraire du quotidien tunisien "La Presse", décembre 2009) * [..."se sont écrits", comme si l'écriture elle-même avait guidé l'auteur (note du blog)]

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 (extraits)

" J'ai pour te bâtir un tombeau
          des mots du soleil et des rêves,
          rien qui appartienne au poids du monde

rien qui t'impose une mort enchaînée,
          rien qui ralentisse ta course plus haut
          que tous les sommets."

[...]

André Velter ("Le septième sommet", 1998) 

Pour Chantal Mauduit, sa "mariée du ciel", "femme soleil" disparue et présente à jamais, André Velter écrit successivement trois recueils de poèmes, dans lesquels son infinie douleur interroge le paysage d'absence, où le temps s'est arrêté..
En suivant avec lui ce chemin d'écriture et d'absolue mémoire, on songe irrésistiblement au recueil "Le temps déborde", de Paul Éluard, écrit après la disparition de sa compagne, Nush, et à ce passage  :

"Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour
En trop : le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d’un supplice". - Paul Éluard ("Le temps déborde", 1947)

et bien sûr au poème de Catherine Pozzi (1882-1934), dont le premier vers fait écho ici :

"Très haut amour, s'il se peut que je meure
Sans avoir su d'où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,
"
[...]"
Catherine Pozzi (début du poème "Ave", publié en 1935 dans la revue "Mesures") -
réédité sous le titre "Poèmes" par Gallimard en 1987, et en Gallimard/Poésie en 2002  : "Très haut amour : poèmes et autres textes")
 

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"Le septième sommet", est Le Dhaulagiri, ("Montagne blanche"), celui que Chantal Mauduit n'atteindra jamais après avoir gravi les six précédents. Elle avait décidé de tenter l'ascension, dans l'Himalaya, des quatorze sommets de plus de huit mille mètres, dans des conditions difficiles choisies : en style alpin et sans oxygène.

Voici la deuxième strophe du poème "Élégie", dans lequel se répète le vers en italique, imité de Catherine Pozzi :

Élégie (passage)

 [...]

Très haut amour à présent que tu meures
 
La neige a tué mon plus bel horizon,
la neige a bloqué les issues et les rêves,
  la neige de la grande nuit a ruiné notre ciel.
 
  Très haut amour à présent que tu meures

André Velter ("Le septième sommet", éditions Gallimard, 1998) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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Où que tu sois, je t'aime

Pour te rejoindre
nul parcours sur la terre,
il y faut l'ascension
de la montagne immense
qui me déchire le coeur.

Là tout est vertical,
de l'abîme du sang
aux mille soleil de l'âme,
une épée de lumière
et pas un seul sentier.

Est-ce mon amour
au souffle fragile,
à la fougue patiente
et légère, qui va ouvrir
la septième voie ?

Amour sauvage que tu voulais
libre du chasseur et de la proie,
amour qu'inventait l'amour
sans un appui sans une corde,
amour absolu, tout à toi.

(Écrit le 21 mai, jour de l'Ascension.) *

* précision de l'auteur qui figure sous ce poème, écrit le 21 mai 1998, une semaine après la disparition de Chantal Mauduit.

André Velter ("Le septième sommet", éditions Gallimard, 1998) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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À l'infini

Là-haut, tu es. Là-haut quoiqu'il advienne,
femme-soleil d'un miracle à jamais
que rien ne sépare de la pure lumière
ni du souffle ascendant de notre amour promis

à une autre altitude. Tu es là, hors d'atteinte,
hors du monde où meurent les âmes et les corps.
Tu danses sur l'horizon que je porte en moi
pour abolir l'espace et le temps. Tu vis à l'infini.
 

André Velter ("L'amour extrème, poèmes pour Chantal Mauduit", éditions Gallimard, 2000) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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sans titre

Quand je ne pense pas à toi, je pense à toi. Quand je parle d’autre chose, je parle de toi. Quand je marche au hasard, j’avance vers toi.
Je quitte les livres où tu n’entres pas. Je jette les poèmes qui ne trouvent pas tes lèvres. J’efface les tableaux qui n’attirent pas tes yeux. J’éteins les chansons qui n’éveillent pas ta voix.

André Velter "L'amour extrème, poèmes pour Chantal Mauduit", éditions Gallimard, 2000) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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Le recueil "Une autre altitude" est ainsi commenté par Michèle Gazier (hebdomadaire "Télérama" du 25 août 1999) :
"un livre de douleur pour apprivoiser la douleur, pour retenir dans les mots la lumière que la mort voudrait éteindre. Ces poèmes bouleversants sont traversés par l'image de l'absente qui invite, toujours, à "vivre au plus haut".

sans titre

Je n’accepte pas
Mais j’entre dans ta mort
Comme un enfant
Qui n’a pas dit son premier mot
Je n’accepte pas
Mais je porte hors du fleuve
La barque bleue
de la seconde naissance
 

André Velter ("Une autre altitude", éditions Gallimard, 2001) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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"J’ai dansé sagement, comme un fou."

[...]

André Velter ("La vie en dansant ", 2000) 

"La vie en dansant" est publié la même année que "L'amour extrème", mais, commencé avant 1998, il porte plusieurs années d'écriture. C'est aussi en 2002 un CD de 45 minutes (éditions Autrement Dit), avec les voix de l'auteur et  d'Alain Carré.

La vie en dansant (extraits)

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La poésie ne peut être coupée ni du sacré ni du réel.
Elle n’est pas un réservoir de mots d’ordre.
Elle a du souffle et pas de frontières.
Sa langue lui appartient, mais elle appartient à la rumeur des langues.
Opaque à tout populisme, elle n’a pas à craindre d’être populaire.
Si elle est vécue, elle change la vie.

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Tout est départ.
Du mouvement il n’y a pas à démordre.
Du mouvement dans l’azur ou l’asphalte, les volcans ou les glaces.
Le moindre geste a semé des étoiles sur la terre.
Qui ne sent la cavalcade, le carnaval, la migration des corps et des pierres ?
Le moindre écart a jeté des outrages au ciel.
Qui n’accueille les cahots, les blasphèmes, les caresses et les traces ?
Le moindre pas a levé d’autres horizons.
Qui ne vit d’alertes, de temps anéantis, de souffles brûlants et d’ombres ?
Tout est dépense.
Tout est désert.
Au grand miroir de nos mains vides.

André Velter ("La vie en dansant ", éditions Gallimard, 2000)

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"J’ai une idée très absolue de l’amitié"
André Velter (1979, cité par Sophie Nauleau dans sa thèse, voir biblio)

"Du Gange à Zanzibar" a obtenu le prix Louise Labé.
André Velter en dédie le premier texte à son ami Stéphane Thiollier, disparu lui aussi, écrivain, humanitaire d'une association franco-afghane, avec qui il avait entrepris en 1977 un voyage en Afghanistan :

L'autre 

 Tu es celui
Et tu es moi
Qui s'est guéri
Par la lumière
Tu es cela
D'or et de fée
Vivant réel
Sous le soleil
Tu es ici
Autre départ
Le jeu cruel
Absent dès l'aube
Tu es sans toi
- Mais le soleil

André Velter ("Du Gange à Zanzibar ", éditions Gallimard, 1993)

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Ci-dessous, des textes proposés pour ce thème 2011 du paysage, par le site du Printemps des Poètes à l'adresse (à copier-coller) : http://www.printempsdespoetes.com :

Je vais plus loin que la route ... (titre proposé)

                                       Tel un vagabond
   Je pars pour les montagnes désertes.
                                        Milarépa

Je vais plus loin que la route,
plus haut que les alpages
près des rochers ou rien ne pousse.
La lionne suit la ligne des neiges,
l'aigle tourne dans l'azur,
j'entends les cris des petits singes.
Le vent s'est fait mon équipage,
la nuit la compagne de mon coeur
et le soleil m'offre à boire.
Si tout me manque rien ne manque,
prenez les braises de mon foyer,
je vis d'un souffle de feu.
(Le vagabond se joue des apparences,
le vagabond met l'infini dans son jeu,
il chante follement sa folle liberté.)
Je vais plus loin que mon refuge,
plus haut que l'écho des vallées
près de la seule lumière.

André Velter ("Du Gange à Zanzibar ", éditions Gallimard, 1993)

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Une fresque peinte sur le vide (extraits)

L'Himalaya n'appartient pas au commun du chaos. Surgi de l'au-delà de l'ombre, ultime ivresse
du magma, il aspire à la transparence, dans l'exaltation du soleil et des glaces. Sa lumière crée
l'infini, sa pureté terrifie ou transfigure, il mêle l'obsession inhumaine du désert et le défi des
plénitudes. Il est mystère, miracle, miroir. Il est, plus fortement que l'éternité.
En ce séjour des neiges, l'harmonie rejoint la réalité portée à blanc. Sacrilège semble la vie, tout
mouvement venu de l'éphémère. À la rigueur imagine-t-on un aigle, et seulement quand il plane.
Les autres relèvent de l'impossible, des marges d'erreur qui improvisent : les autres, les hommes,
les autres hommes.

Ici l'on passe d'une absence à une autre. Chaque étape est une île sur l'océan de la terre. Chaque
soir s'éclaire d'un chant d'argile sèche.

André Velter ("Le Haut-Pays", dans "Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007)
 

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(Ladakh)

Hors limite, hors refuge,
oubliés bergers, ascètes, vautours,
l'acharnement du vivace,
la floraison en longue attente
de semailles in-extremis,
avec armoises aux lèvres des glaciers
et lichens pareils à de la cendre d'étoile.
C'est au pays des cols,
au pays sans repos,
royaume toujours perdu,
que l'on passe par le haut.

André Velter ("Le Haut-Pays", dans "Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007)


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Kenneth WHITE - PRINT POÈTES 11 : Butor Depestre Velter White

Kenneth White, nomade des territoires de lumière

"Ce n’est pas seulement un question de géographie, c’est une question de paysage mental... Il faut sortir, approfondir les lieux, ouvrir l’espace. Écrire la lumière qui passe."
("Le Rôdeur des confins" - éditions Albin Michel, 2006)

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Kenneth White - "Terre de diamant "(Les Cahiers Rouges, Grasset, 1983)

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"Pourquoi écrire ? Pour ne pas devenir fou de cette ivresse blanche qui est le sang de l'écriture"
Kenneth White

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Dans son essai "Une stratégie paradoxale" *, Kenneth White écrit : "J'aime la définition que donne Élie Faure du poète :
Le poète ne s'attache à aucun port, mais poursuit une forme qui vole à travers la tempête et se perd sans cesse dans un perpétuel devenir".
Kenneth White poursuit : ..."étant donné l'ambiance nationaliste post-totalitaire que nous connaissons, le complexe, voire l'idéologie identitaires qui sévissent, créent une première série de difficultés. J'ai personnellement renoncé à toute identité de ce genre, et les réputations locales (ces "représentants culturels" de telle ou telle nation, sans parler de telle ou telle région) me font sourire"...
*"Une stratégie paradoxale, essais de résistance culturelle" (Presses Universitaires de Bordeaux, 1998)

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Kenneth White est né en 1936. Il vit en France depuis une trentaine d'années, actuellement à Trébeurden, village breton du Trégor, sur la côte de Granit rose. Lieu qui le rapproche sans doute de son Écosse natale, la région de Glasgow.
Kenneth White étudie la littérature et la philosophie en Allemagne, vit un temps à Paris, puis en Ardèche, avant un premier retour à Glasgow, où il enseigne la poésie et la littérature à l'Université, là-même où il a été étudiant. En 1967, il s'installe au Pays basque français, base de multiples voyages, essentiellement en Extrème-Orient...
Poète, écrivain, essayiste, philosophe (mais en recherche permanente), actif et voyageur, il est l'inventeur de la "géopoétique", et fonde en 1989, l’Institut international de géopoétique :
"Tout a commencé pour moi dans un territoire de vingt kilomètres carrés sur la côte ouest de l’Écosse, et dans un rapport direct avec les choses de la nature. [...] Afin de renouveler et d’étendre mon expérience initiale radicale, j’ai traversé divers territoires, toujours dans le but d’amplifier mon sens et ma connaissance des choses. Et je continue à le faire, car il ne faut jamais perdre le contact entre l’idée et la sensation, la pensée et l’émotion".
On lira sur son site la présentation de cette "théorie-pratique transdisciplinaire applicable à tous les domaines de la vie et de la recherche, qui a pour but de rétablir et d’enrichir le rapport Homme-Terre depuis longtemps rompu"...

Bien que maîtrisant parfaitement notre langue, c'est en anglais que Kenneth White rédige son oeuvre poétique et ses récits. Avec Marie-Claude White, son épouse, avec Philippe Jaworski et d'autres traducteurs, il participe lui aussi à l'adaptation en français (voir la bibliographie succinte et subjective ci-dessous). La plupart de ses ouvrages publiés en France le sont en édition bilingue.

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éléments de bibliographie

  • Poésie (texte original en anglais sauf *) :
    En toute candeur (édition bilingue - traduction de Pierre Leyris - Mercure de France, 1964)  
    Le Grand rivage (édition bilingue - traduction de Patrick Guyon, Marie-Claude White et Kenneth White - Les Éditions du Nouveau Commerce, 1980)
    Scènes d'un monde flottant (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - éditions Grasset, 1983)
    Terre de diamant (édition bilingue - traduction de Pierre Jaworsky et Marie-Claude White - Grasset, 1983)
    Atlantica (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - Grasset, 1986)
    *L'Anorak du goéland, haïkus (L’Instant Perpétuel, 1986)
    Les Rives du silence (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - Mercure de France, 1997)
    Limites et marges (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - Mercure de France, 2000)
    Le Passage extérieur  (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - Mercure de France, 2005)
    Un monde ouvert - Anthologie personnelle, édition en français, dans laquelle on retrouve des textes de la plupart des recueils précédents (traducteurs cités - Poésie/Gallimard, 2007).
  • Récits :
    Lettres de Gourgoumel (édition bilingue - traduction de Gil et Marie Jouanard - Presses d'Aujourd'hui, 1980 et Grasset et Fasquelle, 1979)
    Le Visage du vent d’est, voyage en Chine (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - Presses d'Aujourd'hui, 1980)
    La Route bleue, voyage au Canada, Québec, Labrador (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - Grasset et Fasquelle, 1983 - prix Médicis)
    Les Cygnes sauvages, voyage au Japon (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - Grasset, 1990)
    La Maison des Marées (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - Albin Michel, 2005)
    Le Rôdeur des confins (édition bilingue - traduction de Marie-Claude White - Albin Michel, 2006) . 
  • Essais (écrits en français par l'auteur) :
    La Figure du dehors (Grasset, 1982)
    L'Esprit nomade (Grasset, 1987)
    Le Plateau de l'albatros - Introduction à la géopoétique (Grasset, 1994)
    Une stratégie paradoxale, essais de résistance culturelle (Presses Universitaires de Bordeaux, 1998).

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Sciure de neige

Neige
Sciure
D'anciennes forêts jetées bas
Les branches qui naguère
Portaient l'espoir de mon vagabondage
Ne désignent plus
Le lointain rivage
Où le soleil
Attendait que j'advienne

Tous les sentiers sont recouverts
Et ce qui était par delà est mort

Plus rien
Hors moi
Qui tombe
Sciure
Neige

Kenneth White ("En toute candeur", chapitre "Poèmes du Monde blanc", traduction de Pierre Leyris - Mercure de France, collection "Domaine anglais", 1964)

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Pierre Leyris, dans ce recueil bilingue, en donne la version française, dans une adaptation non littérale, avec une modification de disposition. Voici le poème original de Kenneth White, en anglais :

Snowdust

Snow
sawdust of ancient forests
branches that held
the hopes of my wandering
now no more
point to the distant shore
where the sun
awaited my advent

now all the paths are hid
and what was beyond is dead

there is only the presence
of me
falling
sawdust
snow


Kenneth White

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Autre texte du même recueil, suivi de la traduction de Pierre Leyris :

Vers l'hiver

Vienne à présent l'hiver

Ciel chargé comme un bœuf
Froide écume aux rivières
Nudité de la lande
Brume dans la forêt
Vienne à présent l'hiver

La bleue foulée des bêtes
Dans la neige qui fond
Le soleil fourbi (1) dur
Des oiseaux et des baies
L'ombre couleur de bronze
L'eau mince et glaciale
La croûte noire de la terre
L'éclat blême de la roche
Vienne à présent l'hiver

des algues sur la lune
Le vent herse le golfe
Les îles luisent dans la brume
Je pêche dans les eaux froides
Ma barque est noir-goudron
Et les tolets
 (2) fourchus
Grincent sous l'aviron

Vienne à présent l'hiver

Kenneth White ("En toute candeur", chapitre "Poèmes du Monde blanc", traduction de Pierre Leyris - Mercure de France, 1964) - (1) sic  -  (2) Pierre Leyris a traduit "the sun polished hard" par "fourbi dur", donc rendu brillant, mais d'un aspect froid et dur  -  (3) supports de l'aviron à l'arrière de la barque

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Texte original du poème de Kenneth White, en anglais :
      
Near winter
         
Let winter now come

ox-laden sky
cold spume of rivers
nakedness of moors
mist in the forest
let winter now come

the spoor of animals
blue melting in the snow
th sun polished hard
birds and berries
bronzen shadow
water icy and thin
black crust of the earth
hoar glint of stone
let winter now come

seaweed covers the moon
wind harrows the firth
the islands glint in fog
I fish in cold waters
my boat black as tar
the horned rowlocks
creak to the oar

let winter now come

      

Kenneth White

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Extrait de la présentation de son récit de voyage au Japon "Les Cygnes sauvages", par Kenneth White sur son site (adresse ci-dessus) :

1

Brume chaude et blanche sur la baie
une vieille jonque s'éloigne
pesamment -
quelque chose aimerait voir durer cette paix ...
mais le jour s'est levé : grues qui tournent,
gens qui se pressent, moteurs qui toussent,
sirènes qui hurlent, téléphones qui sonnent -
Hong Kong quitte ses rêves pour faire de l'argent
 
2

Coup d'oeil sur le marché aux poissons :
le soleil rouge fait chatoyer
les gros-yeux, les brèmes, les raies
les requins, les barracudas et les serpents de mer
alors qu'une fumée bleue monte des bâtons d'encens
allumés par des pêcheurs las
pour remercier la Reine du Ciel de sa bonté et
d'un retour sains et saufs au port des Parfums

Kenneth White ("Scènes d'un monde flottant", traduction de Marie-Claude White - éditions Grasset, 1983)

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Extrait de la présentation de son récit de voyage au Japon "Les Cygnes sauvages", par Kenneth White sur son site (adresse ci-dessus) :
"Depuis quelque temps, l'idée mûrissait dans mon esprit d'une virée au Japon, qui serait un pélerinage géopoétique de plus : un hommage aux choses du Japon (choses précieuses et précaires) et un voyage-haïku dans le sillage de Basho*, un récit rêveur de routes et d'îles, un plongeon elliptique dans le Vide – bref, un petit livre nippon extravagant, plein d'images et de pensées zigzaguantes, écrit dans le « style blanc volant », comme disent les peintres.
 [...]

 Un passage :

Il n'y avait pas beaucoup de mouettes sur la Sumida ce matin d'octobre quand je suis allé visiter l'ermitage de Basho, mais il y en avait une, ce qui fut pour moi l'occasion d'écrire ce petit haïku : 

Ce matin-là

sur les eaux de la Sumida

une mouette solitaire

Kenneth White ("Les Cygnes sauvages" - traduit de l'anglais par Marie-Claude White - éditions Grasset 1990)
 * Basho (Bashō Matsuo, 1644-1694) est le plus connu des auteurs japonais de haïkus "classiques". Voir en page 1 de la catégorie PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français, sous le sommaire, la rubrique HAÏKUS.

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Deux autres haïkus, avec le texte original et la traduction de Marie-Claude White :

Rannoch Moor

Dark heather
wisp of wool
buzzing fly.


La lande de Rannoch

Bruyère brune
touffe de laine
mouche qui bourdonne

----------

Winter Morning Train

Between Béziers and Narbonne
vineyards under frost
and a big red sun

running mad on the horizon.

Dans le train, un matin d'hiver

"Autonome et émancipé, il va de-ci de-là, comme une feuille au vent des Samskara". ("Astavakra Gita" *)

Entre Béziers et Narbonne
vignes sous le givre
et un gros soleil rouge

qui court, ivre, sur l'horizon.

Kenneth White ("Terre de diamant",  traduction de Pierre Jaworsky et Marie-Claude White - Grasset, 1983)
* la citation de K.W. fait référence au livre de poèmes d'Alexandra David-Neel

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Poèmes courts en forme de haïku :

(sans titre)

Au-dessus des herbes
deux papillons blancs
papillonnant.
Plage blanche
un matin d'été
la mer qui monte à travers la brume.

Kenneth White ("L'Anorak du goéland, haïkus" - L’Instant Perpétuel, 1986)

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Lumière du matin

Alors que j'écris ceci


un héron gris

se tient immobile

dans la première lumière du matin

à Loch Sunart. 

Kenneth White ("Terre de diamant", traduction de Pierre Leyris et Kenneth White - Grasset, 1983)

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Retrouvailles avec la rivière

Fin d'après-midi à Govan

au confluent de la Clyde et de la Kelvin

pluie sur la pierre morne
flottant sur les eaux froides et noires


un cygne solitaire. 

Kenneth White ("Le Passage extérieur", traduction de Marie-Claude White - Mercure de France, 2005) * La Clyde est le fleuve qui traverse Glasgow, la plus grande ville d’Écosse et u port de commerce transatlantique important. Govan, en aval, au confluent avec la Kevin, est une banlieue de Glasgow.

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Image de Bretagne, quand sous le regard du poète, un autre paysage se dessine à l'horizon :

Deux lettres de Bretagne (extraits)

1. Sur la route de Gwenadur (début du poème)

Sous un ciel aux nuages pressés

l'automne prend fin

la mer là-bas gris-vert

piquetée d'éclats blancs

[...]

2. En ce lieu maintenant

Colloque à La Hague :
"en 1900 l'Himalaya avait 10 000 glaciers
à présent 2000 de moins

au cours du dernier siècle et demi
la masse glaciaire des Alpes s'est réduite de moitié

les glaciers de l'Alaska
ont diminué de vingt pour cent ces cinquante dernières années"

ils disent que la planète se réchauffe
ils prévoient des tempêtes et des inondations

de nombreuses terres basses vont disparaître

assis en ce lieu
sur un promontoire rocheux de l'Europe
je regarde passer les nuages
et j'écoute la rumeur de la mer
 

Kenneth White ("Le Passage extérieur", traduction de Marie-Claude White - Mercure de France, 2005) 

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Deux passages consécutifs du recueil "Le Grand rivage", qui comporte 53 parties numérotées :

  Le Grand rivage (titre du recueil)

[...]

13

          comme
au détour du sentier
       dans le bois d'avril:
               ce monde concentré
                               complexe
                                         fortuit
       trempé de lumière
                terre
                       pierres
                                herbe mouillée
          et les rouges
                      branches de l'aubépine -
dehors rien que landes nues
                                âpres vallées glaciaires

14

ou comme ce champ de fleurs des Alpes
              sur les hauteurs de Ben Lawers * :
                                saxifrages
    pensées sauvages
  gentianes
                   anémones des bois
     roses des montagnes
                                   compagnons
       angéliques
                    soucis
- assemblage unique
       dû à une série de coÏncidences
    une petite couche de roche idéale
              bien minéralisée
       pas trop acide comme les couches voisines
                      sur des monts si élevés
                 que des souches précaires
   ont subsisté là
                 depuis la fin des glaciers :
       les plantes
                      se sont établies dans une faille
         leurs racines ont crevé le roc
                           lentement
      leurs pousses et leurs feuilles
                      ont enfermé des fragments de pierre
                portés par le vent
    ou entraînés par les eaux
                et la terre s'est accumulée
       les fleurs
                 y trouvent substance
            et la beauté croît

[...]

Kenneth White ("Le Grand rivage", traduction de Patrick Guyon, Marie-Claude White et Kenneth White - Les Éditions du Nouveau Commerce, 1980) * La montagne du Ben Lawers, au nord de Glasgow, région natale de l'auteur, est renommée pour ses plantes alpines.

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Finisterra
ou
La logique de la baie de Lannion
 (extraits)

C'est dans la forme des caps
c'est dans la façon qu'ont les vagues
de se briser sur la côte
(avec un long et lent chpouf contre les rocs)
c'est dans la lumière changeante
c'est dans le clair silence de ce matin d'avril

là-bas au Yaudet

 [...]
on peut voir le Léguer
(qui rappelle la Loire
ainsi que toutes les autres eaux ligures)
courir vers son estuaire
dans l'éclat bleu-vert de ses eaux

après cela
marcher sur le chemin côtier
depuis, disons, la vallée de Goaslagorn
jusqu'à la plage de Pors Mabo
c'est aller entre fleurs et flots
cherchant quelle blancheur
ajouter à ces blancheurs

[...]
les avancées qui viennent à l'esprit
sont le Dourven
(au large, le naufrage de l'Azalée)
Bihit
qui cache à la vue l'île de Milo

[...]
et tout au loin
perdu dans la brume et la lumière
Roscoff, la fin des terres

épines, pins et bruyères
ajoncs et genêts
dévalent
vers l'anse sableuse des plages
et c'est un grand arc de terre
indiquant l'Atlantique
qui s'étend, là, devant soi

[...]
– Je me contente de regarder.

de regarder ce lieu
de regarder dans ce lieu
et tout à la fois
dans les circuits de mon cerveau

dans les aubes de l'été
dans les soirs dorés de l'automne
dans les brumes glacées de l'hiver

[...]
en homme qui a étudié
la grammaire du granit
j'ai marché en ce lieu
en homme qui voudrait faire l'équation
entre paysage et pensée
j'ai marché en ce lieu
en homme qui aime
les voies et les vagues du silence
j'ai marché en ce lieu

qui sait, peut-être
dans les temps futurs
un peu après la dernière catastrophe
un touriste curieux venu de l'espace
marchera-t-il sur ce même sentier
conscient de mon fantôme :
toujours ici à suivre les lignes
toujours à regarder dans la lumière.
 

Kenneth White ("Les Rives du Silence", traduction de Marie-Claude White - Mercure de France, 1997)

----------------------------------------

Marée basse à Landrellec

1.
Mer pleine encore

mouettes immaculées
sur les hauts promontoires

calme océanique.

2.
Lente, très lente
la mer quitte les rochers

laissant une frange
d’algues archaïques

qu’un corbeau avide
fourrage avec fièvre.

3.
Les sables à présent dénudés
tantôt lisses, tantôt cannelés

la mer un scintillement bleu au loin
long après-midi de silence

brisé seulement par le cri des goélands

4.
Plus bas entre les rochers
étrange vie marine

baroque beauté
 
cette éruption de rugueuses balanes

berniques
fermées comme des Chinois

Là-bas
bleue et noire
une épaisse plaque de moules

l'herbe ondulante des posidontes

5.
Dans cette flaque tranquille
parmi les éponges jaune vert

les hydraires roses
et le bleu des mousses irlandaises
 
des crabes tâtonnent
de leurs pattes maladroites
 
6.
Dans cette autre
gelées lunaires

Les vertes couronnes de chair
des anémones
 
une étoile hyperboréenne

7.
Un crabe (de Jonas ?)
calé dans une crevasse

remuant ses antennes
attend

8.
Murmure de la marée
qui remonte à présent


brissements blancs çà et là
le long de la baie

Soleil déclinant
or froid

Kenneth White ("Les Rives du Silence", traduction de Marie-Claude White - Mercure de France, 1997)

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Wakan

This is beautiful, this is beautiful
nothing is more beautiful than this

blue light breaking in the mountains
moon going down through the rain

nothing is more beautiful than this
.

- - - - - - - - - -
 
Wakan *

"J'ai senti quelque chose dans ma tête".

Que c’est beau, que c’est beau
il n’y a rien de plus beau

la lumière bleue qui point sur la montagne
la lune qui descend dans la pluie

rien, il n’y a rien de plus beau
.

Kenneth White ("Terre de diamant",  traduction de Pierre Jaworsky et Marie-Claude White - Grasset, 1983)

* le mot "Wakan" désigne les esprits alliés au dieu Wakan Tanka en langue amérindienne sioux

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A hight blue day on Scalpay

This is the summit of contemplation, and
      no art can touch it
blue, so blue, the far-out archipelago
      and the sea shimmering, shimmering
no art can touch it, the mind can only
      try to become attuned to it
to become quiet and space itself out, to
      become open and still, unworlded
knowing itself in the diamond country, in
      the ultimate unlettered light
.

- - - - - - - - - -
 
Lumière de Scalpay *

Voici le sommet de la contemplation, et
   nul art ne saurait l’atteindre
bleu, si bleu, le lointain archipel, et
   la mer qui miroite, miroite
nul art ne saurait l’atteindre, l’esprit ne peut
   que tenter de s’y accorder
de s’apaiser, de s’espacer, tenter
   de s’ouvrir, tranquille, au-delà du monde
révélé à lui-même en terre de diamant,
   dans la lumière au-delà des mots
.

Kenneth White ("Terre de diamant",  traduction de Pierre Jaworsky et Marie-Claude White - Grasset, 1983)

* Scalpay est une île d'Écosse 

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 Sept vues de Virgin Gorda * (deux des sept "vues")

1

Un horizon d'îles brumeuses
et, portés par les alizés
les cris des mouettes rieuses.

[...]

5

Soir sur l'archipel :
dans l'espace infini du ciel
les éclats du phare de l'Île-aux-Bœufs.

[...]

Kenneth White ("Limites et marges",  traduction de Marie-Claude White - Mercure de France, 2000) 

* Virgin Gorda (littéralement "la Grosse Vierge"), appartient à l'archipel des îles Vierges britanniques, territoire d'outre-mer du Royaume-Uni, dans les Petites Antilles

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Les textes qui suivent, jusqu'à la fin du paragraphe consacré à Kenneth White, aussi bien dans leur version originale que dans leur traduction, sont accessibles dans la Poéthèque du site du Printemps des Poètes à l'adresse (à copier-coller) : http://www.printempsdespoetes.com

Late december by the sound of Jura *

Red braken on the hills
rain snow hail and rain
the deer are coming down
the lochs are gripped in ice
the stars blue and bright
I have tried to write to friends
but there is not continuing -
I gaze out over the Sound
and see hills gleaming in the icy sun.

- - - - - - - - - -

Fin décembre au détroit de Jura *
 
Fougères rouges sur les collines
pluie neige et grêle et pluie encore
les cerfs descendent des hauteurs
les lacs sont saisis par la glace
au ciel, les étoiles bleues
essayé d'écrire aux amis
mais mieux vaut y renoncer -
levant les yeux je vois l'île au loin
qui miroite sous un soleil glacé.

Kenneth White ("Terre de diamant",  traduction de Pierre Jaworsky et Marie-Claude White - Grasset, 1983)

* Nous ne sommas pas ici évidemment dans le Jura français, mais encore en Écosse, dans les monts de Jura, du côté du Loch Fyne et de la péninsule du Kintyre.

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South Road, Summer
1.
Mid-afternoon
blue light flickering
on the silent crags.
 
2.
Where did the wind go ? -
dawn coming quietly
over the hills.

- - - - - - - - - -

Route du sud, été
1.
Au milieu de l’après-midi
une lumière bleue vacille
sur les crêtes silencieuses.
 
2.
Où est parti le vent ? -
l’aube se lève doucement
sur les collines.

Kenneth White ("Terre de diamant",  traduction de Pierre Jaworsky et Marie-Claude White - Grasset, 1983)

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Stones of the cloudy forest

In memoriam Hiang Pi Fong

1.Where the path ends
the change beging
and the rocks appear
ideas of the earth
2.
Lying in the mist
among red rocks
admiring the lessons
of wind and rain
3.
As the old man said
up in the mountains
close by the sky
every rock looks a lotus
 

- - - - - - - - - -

Pierres de la forêt brumeuse

In memoriam Hiang Pi Fong
1.
Où s'arrête le chemin
les changements commencent
et les rochers surgissent
idées de la terre
2.
Allongé dans la brume
parmi les rochers rouges
attentif aux leçons
du vent et de la pluie
3.
Au dire du vieil homme
ici dans la montagne
tout contre le ciel
chaque rocher est un lotus

Kenneth White ("Terre de diamant",  traduction de Pierre Jaworsky et Marie-Claude White - Grasset, 1983)

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Le grand rivage
 
(extrait de ce recueil-poème de 53 sections)

13
comme
au détour du sentier
dans le bois d'avril :
ce monde concentré
complexe
fortuit
trempé de lumière
terre
pierres
herbe mouillée
et les rouges
branches de l'aubépine -
dehors rien que landes nues
âpres vallées glaciaires

14
ou comme ce champ de fleurs des Alpes
sur les hauteurs de Ben Lawers :
saxifrages
pensées sauvages
gentianes
anémones des bois
roses des montagnes
compagnons
angéliques
soucis
- assemblage unique
dû à une série de coïncidences
une petite couche de roches idéales
bien minéralisée
pas trop acide comme les couches voisines
sur des monts si élevés
que des souches précaires
ont subsisté là
depuis la fin des glaciers :
les plantes
se sont établies dans une faille
leurs racines ont crevé le roc
lentement
leurs pousses et leurs feuilles
ont enfermé des fragments de pierre
portés par le vent
ou entraînés par les eaux
et la terre s'est accumulée
les fleurs
y trouvent subsistance
et la beauté croît

Kenneth White ("Le Grand rivage", traductions de Patrick Guyon, Marie-Claude White et Kenneth White - Les Éditions du Nouveau Commerce, 1980)

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La vallée blanche

Peu de choses à voir dans cette vallée
quelques lignes, beaucoup de blanc
c'est une fin de monde, ou bien un commencement
peut-être le retrait des glaces du quaternaire

jusqu'à présent
nulle vie, nul bruit de vie
pas même un oiseau, pas même un lièvre
rien
que le vagissement du vent

pourtant l'esprit se meut ici à l'aise
avance dans le vide

respire *

et ligne après ligne
quelque chose comme un univers
se dessine
sans trop vouloir nommer
sans briser l'immensité du silence
discrètement, secrètement

quelqu'un dit

je suis ici
ici, je commence.

Kenneth White ("Limites et marges",  traduction de Marie-Claude White - Mercure de France, 2000) - *en italique dans le texte


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010508

Le féminin des autres - sommaire - comptines en anglais

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Dans cette catégorie, des textes de femmes poètes et des textes sur le thème du féminin de poètes hommes d'autres cultures (francophones ou traduits) *Auteurs traduits de langues étrangères ou régionales en majorité, parfois écrits originellement en français .

Les textes de femmes poètes de langue française se trouvent dans la catégorie PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES
Les textes d'hommes sur le thème du féminin en français sont ici : PRINT POÈTES 2010 : LE FÉMININ EN POÉSIE
Les textes d'Andrée Chedid sont ici : PRINT POÈTES 2010 : ANDRÉE CHEDID
 

SOMMAIRE 

- page 1 (vous y êtes) -

  • Comptines d'ailleurs au féminin : Comptines et petites chansons en anglais - Comptines et petites chansons en espagnol
  • Afrique du nord : Algérie - Maroc - Égypte - Tunisie
  • Afrique Noire : Cameroun (en attente) - Côte d'Ivoire - Sénégal
  • Amérique Centrale, Antilles : Cuba - Guatemala
  • Amérique du Nord : États-Unis - Canada (Québec) - Indiens d'Amérique du Nord, Amérindiens

- page 2 (cliquez sur les textes pour y accéder) -


Comptines et petites chansons en anglais 

chansons

There were some itty bitty fishes

There were some itty bitty fishes
In an itty bitty pool
There was a momma fish
A daddy fish
A baby fish too
They swam and they swam just as fast as they can
And they swam themselves right over the dam.

(Chanson)

Il y avait de tout petits petits poissons

Il y avait de tout petits petits poissons
Dans un tout petit petit trou
Il y avait une maman poisson
Un papa poisson
Un bébé poisson aussi
Ils ont nagé, nagé, aussi vite qu'ils pouvaient
Et jusqu'au barrage ils ont remonté.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Little Bo-Peep

Little Bo-Peep has lost her sheep
And can't tell where to find them.
Leave them alone,
And they'll come home,
Wagging their tails behind them

libre adaptation (proposée par Lieucommun) :

Little Bo-Peep a perdu ses moutons
Elle ne sait plus où ils sont.
Laissons faire les moutons,
Ils rentreront tout seuls à la maison
En remuant la queue derrière eux.

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Polly, put the kettle on

Polly, put the kettle on,
We'll all have tea.

Blow the fire and make the toast,
Put the muffins on to roast,
Blow the fire and make the toast,
We'll all have tea.

Sukey, take it off again,
They've all gone away.

libre adaptation (proposée par Lieucommun) :

Polly, mets la bouilloire à chauffer,
Nous allons tous prendre le thé.

Allume le feu, grille le pain,
et réchauffe les muffins,
Attise le feu, grille le pain,
Nous allons tous prendre le thé.

Polly, arrête ça,
Tout le monde est parti.



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le féminin des autres - comptines en espagnol

Comptines, petits poèmes et petites chansons en espagnol  - Traductions en cours, patience ...

Les textes de Federico García Lorca et Antonio Machado sont aussi rangés à la page de ces auteurs.

Comptines :

Cinco pollitos (Comptine gestuelle)

Cinco pollitos
tiene mi tía,
uno le salta,
otro le pía
y otro le canta
la sinfonía.

Girar las manos a un lado y a otro con los dedos extendidos y separados.

Cinq poussins (très) libre adaptation en français : lieucommun)

Des cinq poussins
de ma tante,
le premier danse
un autre crie
un autre chante
la symphonie.

Faire tourner ses mains dans un sens et puis dans l'autre, les doigts tendus et écartés.

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Mi abuelita tenía un gato (Comptine - dialogue)

Mi abuelita tenía un gato,
con las orejas de trapo,
y el hocico de papel.
¿Quieres que te lo cuente otra vez?
(El niño le contesta sí o no)

Que me digas que sí,
que me digas que no,
que mi abuelita tenía un gato,
con las orejas de trapo,
y el hocico de papel.
¿Quieres que te lo cuente otra vez?
(El niño le contesta sí o no)

Se repite la retahíla, indefinidamente.

Traduction :

Ma mémé* avait un chat (Comptine - dialogue) * "abuelita" est le diminutif de "grand-mère"

Ma mémé avait un chat,
aux oreilles de chiffon,
au petit nez en papier.
¿Tu veux que je te le raconte encore ?
(L'enfant répond oui ou non)

Que tu me dises oui,
Que tu me dises non,
Ma mémé avait un chat,
aux oreilles de chiffon,
au petit nez en papier.
¿Tu veux que je te le raconte encore ?
(L'enfant répond oui ou non)

La comptine se répète indéfiniment.

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 Chanson et poésie populaires :

Tengo una muñeca

Tengo una muñeca vestida de azul
Con su camisita y su canesú
La saqué a paseo, se me constipó
La tengo en la cama con mucho dolor
Y esta mañanita me dijo el doctor
Que le dé el jarabe con un tenedor
Dos y dos son cuatro
Cuatro y dos son seis
Seis y dos son ocho
Y ocho diez y seis
Y ocho veinte y cuatro
Y ocho treinta y dos

(Chanson populaire)
 
J'ai une poupée (Adaptation en français : lieucommun) 

J'ai une poupée vêtue de bleu
Avec une chemisette et un canezou*
Je l'ai emmenée en promenade, elle s'est enrhumée
Je la garde au lit car elle a très mal.
Et ce matin, le docteur m'a dit
De lui donner du sirop avec une fourchette.
Deux et deux font quatre
Quatre et deux font six
Six et deux font huit
Et huit, seize
Et huit, vingt-quatre

Et huit, trente-deux      * un canezou est un corsage sans manches

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Berceuse de la mauvaise petite fille

Elle ne veut pas dormir,
Elle ne veut pas manger,
Ma petite fille ne veut pas,
Elle ne veut pas grandir.

- Monsieur Le loup, venez,
venez ici.

- Non, qu'il ne vienne pas, qu'il ne vienne pas,
Je m'endormirai bientôt.

Ah, fleur d'oranger,
Ah, oeillet blanc*
Petits yeux de menthe,
Petite bouche de miel.

Venez par ici ...

Dans les bras de ma petite fille
le loup s'est endormi.

Celia Viñas (1915-1954) - traduit (libre adaptation) par lieucommun - [vous pouvez contribuer aux traductions des textes]

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texte original :

Nana de la niña mala

No quiere dormir,
no quiere comer,
no quiere mi niña
no quiere crecer.

-Señor Lobo, venga,
venga por acá.

-No venga, no venga,
ya se dormirá.

Ay, flor de naranjo,
ay, limpio* clavel,
ojillos de menta,
boquita de miel.
Venga por acá...

En los brazos de mi niña
el lobo dormido está.

Celia Viñas - * traduction littérale de limpio clavel : oeillet propre, net, pur - on a choisi de traduire par "blanc" pour la sonorité.

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 Petits poèmes d'Antonio Machado :

La plaza

La plaza tiene una torre,
la torre tiene un balcón,
el balcón tiene una dama
la dama tiene una flor.

Antonio Machado

La place (adaptation en français : lieucommun)

La place a une tour,
la tour a un balcon,
le balcon a une dame,
la dame a une fleur.

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El otoño

En la cesta del otoño
me dejó mamá meter
una manzana y dos nueces
que yo le ayudé a coger.
Mi hermana María dice
que a ella le gusta ver
las hojas cuando se caen,
porque parece que vuelan
y no se quieren caer.

Carmen Calvo Rojo

L'automne (adaptation en français : lieucommun)

Dans le panier de l'automne
maman m'a laissé mettre
une pomme et deux noix
que je l'ai aidée à cueillir.
Ma sœur María dit
qu'elle, elle aime regarder
Les feuilles qui tombent,
Parce qu'on dirait qu'elles volent
et ne veulent pas tomber.



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le féminin des autres - Algérie - Afrique du Nord

AFRIQUE DU NORD

ALGÉRIE

Anna Greki (1931-1966) est née à Batna, dans les Aurès.

Alger (titre proposé)

J'habite une ville si candide
Qu'on l'appelle Alger la Blanche
Ses maisons chaulées sont suspendues
En cascade en pain de sucre
En coquilles d'oeufs brisés
En lait de lumière solaire
En éblouissante lessive passée au bleu
En plein milieu
De tout le bleu
D'une pomme bleue
Je tourne sur moi-même
Et je bats ce sucre bleu du ciel
Et je bats cette neige bleue du ciel
Bâtis sur des îles battues qui furent mille
Ville audacieuse Ville démarrée
Ville au large rapide à l'aventure
On l'appelle El Djezaïr
Comme un navire
De la compagnie Charles le Borgne.

Anna Greki ("Algérie, Capitale Alger" - éditions S.N.E.D. Tunis, 1963)

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Bachir Hadj Ali est né en 1920.

Le texte qui suit a pour source l'article documenté de Claude Raynaud : Panorama de la poésie maghrébine de langue française - 2. Poésie algérienne (http://www.culture-arabe.irisnet.be/)


Que la joie demeure (passage - titre du recueil)

Mon Algérie de l'errance
Mon pays de parfums blancs
Les femmes se taisent
La terre fuit clandestine
Le ciel est désespérance
Sur l'exil des hommes
Grande grande ouverte est la mer
...

Dans ce pays intrépide d'hommes bons
Vivent des hommes féroces
De férocité ancienne
Dans ce pays de bonheur inconnu
La femme n'est femme que la nuit
Je jure
Par la nuit mourante
Et par le jour naissant
Que règnera le couple sûr

Bachir Hadj Ali ("Que ma joie demeure !" - éditions Oswald, 1970 et l'Harmattan, 1981)

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Soumya Benkelma (pseudonyme de Soumya Bemmalek), est une poétesse algérienne dont les premiers poèmes ont été publiés en juillet-août 1976 dans la revue "Europe",(n° 567-568, spécial Littérature algérienne). Elle était, précise la revue, étudiante à cette époque ...

Partir

Partir et rien que partir
Partir et pour toujours
Ne plus revenir
Ne plus attendre
Voir du bleu et du blanc
Du rouge et du merveilleux
Aller à la rencontre du néant
Sans le savoir sans le vouloir
M'y enfoncer tout entière
Les yeux fermés
Me voir me sentir
Mourir mourir
Sentir d'instant en instant
Se détacher de tout moi
Tout ce que j'ai mal aimé
Tout ce que j'ai haï
Me voir morte sous une tombe blanche
Sous la terre ma terre rouge sang
Là-haut sur une montagne
Entourée d'ombre et de silence
De lumière folle et de chants
Là-haut sur une montagne
Une montagne près du soleil.

Soumya Benkelma, 1974



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le féminin des autres - Maroc - Égypte - Tunisie

MAROC

Tahar Ben Jelloun est né à Fès, au Maroc, en 1944. Écrivain et poète, il est l'auteur de deux recueils de poésie, dont Les Amandiers sont morts de leurs blessures, et de romans : La Nuit sacrée a obtenu le Prix Goncourt 1987.

Étranger

Étranger
prends le temps d'aimer l'arbre
accoude-toi à terre
un cavalier t'apportera de l'eau, du pain,
et des olives amères
c'est le goût de la terre et des semences de la mémoire
c'est l'écorce du pays
et la fin de la légende
ces hommes qui passent n'ont pas de terre
et ces femmes usées
attendent leur part d'eau.
Étranger,
laisse la main dans la terre pourpre
ici
il n'est de solitude que dans la pierre.

Tahar Ben Jelloun, ("À l'insu du souvenir" - François Maspero éditeur, 1980).


 ÉGYPTE

Texte d'Égypte ancienne
On peut approximativement le dater de 2200 avant notre ère. C'est une glorification de la crue du Nil (Hâpy). Avant la construction du grand barrage d'Assouan, et d'autres aménagements, la crue d'été apportait le limon et l'eau nécessaires aux cultures sur les rives du fleuve.
Kemet ("la terre noire") était le nom donné à l'Égypte antique.

Texte présenté ici dans une version réduite et réorganisée par lieucommun. Voici comme une femme fertile et vénérée, la Crue du Nil :

L'Hymne à la crue du Nil (court extrait proposé)

Salut à toi, Crue
Maîtresse des poissons.
Tu conduis les oiseaux migrateurs vers le Sud.
Tu fais naître les herbes pour le bétail.
Tu es dans le monde souterrain
et le ciel et la terre reposent sur toi.
Tu pénètres les collines.
Tu emplis la Haute et la Basse-Égypte.
Tu établis la vérité dans le coeur des hommes.
Tu veilles à ce que les oiseaux reviennent de leur pays.
Sois verte, alors tu viendras !
Sois verte, alors tu viendras !
Crue, sois verte, alors tu viendras !

D'après le texte retranscrit par Dirk Van der Plas ("L'hymne à la crue du Nil" dans la Revue Le Monde de la Bible n° 138 - Paris, 2001).


TUNISIE

Jacqueline Daoud est née en 1937.

Quand je pense à la mer

Quand je pense à la mer
C'est à l'eau que je pense, verte et mouvante
Pas au poisson, pas au bateau.

Quand j'écoute la mer
C'est bien l'eau que j'entends, sourde et roulante
Et pas le coquillage et pas le vent.

Quand j'entre dans la mer
Froide et secrète comme un grand abreuvoir
C'est moi le coquillage et le bateau
Et la vague et le vent et l'eau
Et je bois le soleil.
 

Jacqueline Daoud ("Traduit de l'abstrait" -  Cérès productions, 1968) - source : site officiel du Printemps des Poètes


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le féminin des autres - Afrique Noire - Côte d'Ivoire

AFRIQUE NOIRE

CÔTE D'IVOIRE

Bernard Dadié est né en 1916. C'est un écrivain et homme politique ivoirien.

"Je vous remercie mon Dieu, de m'avoir créé Noir,
D'avoir fait de moi La somme de toutes les douleurs,
Mis sur ma tête Le Monde.
J'ai la livrée du Centaure et je porte
le Monde depuis le premier matin.

Le blanc est une couleur de circonstance
Le noir, la couleur de tous les jours
Et je porte le Monde depuis le premier soir." (...)

Un poème qui s'adresse à l'Afrique, comme à une mère :

Sèche tes larmes, Afrique

Tes enfants te reviennent
Leurs sens se sont ouverts
A la splendeur de ta beauté
A la senteur de tes forêts
A l'enchantement de tes eaux
A la limpidité de ton ciel
Et au charme de ta verdure emperlée de rosée

Sèche tes pleurs, Afrique !
Tes enfants te reviennent
Les mains pleines de jouets
Et le coeur plein d'amour
Ils reviennent te vêtir
De leurs rêves et de leurs espoirs.

Bernard Dadié ("La ronde des jours " - éditions Seghers, 1956 )

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Véronique Tadjo est née en 1955.

Il faudra

Il faudra
Continuer à parcourir les pistes
Et les chemins sans fin
Apprendre à nouveau
Le chant d'un calao
Ne plus chercher en vain
Quelques bras qui se tendent
Ou regarder sans cesse
l'ombre de nos pas

Tu auras pour t'aider
Le tam-tam parleur

Écraser ta solitude
Du fond de ta retraite
Et piétiner les mots
Sacrilèges et parjures

Véronique Tadjo ("Latérite" - éditions Hatier, 1984)



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féminin des autres - Afrique Noire - Sénégal

SÉNÉGAL

Fatou Ndiaye Sow (1956-2004) est une écrivaine sénégalaise, poète et auteure d'ouvrages pour la jeunesse.

Caméléon

Caméléon, prête-moi ta robe verte
Pour cueillir l’herbe des prairies.

Prête-moi ta robe grise
Pour pêcher au fond de l’eau.

Prête-moi ta robe bleue
Pour prendre un pan du ciel.

Prête-moi ta robe rouge
Couleur de feu,

Donne-moi ta robe jaune
Couleur de moisson,
C’est elle la plus jolie.

Fatou Ndiaye Sow ("Fleurs du Sahel" - éditions NEA, 1990 )

Fille du désert

Écoutons le Xalam chanter Ely Banna
Fille du pays des Torobé
Chant diapré d'éclat de crépuscule
Chant chaleur d'harmattan
Berce les soupirs obsédant nos sortilèges
Sur les rives sables de Guédé la majestueuse.

Fatou Ndiaye Sow ("Fleurs du Sahel" - Les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, 1990 )

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 Léopold Sédar Senghor (1906-2001), a été le premier président du Sénégal, de 1960 à 1980. Voir également cet auteur dans la catégorie PRINT POÈTES 2010 : LE FÉMININ EN POÉSIE

 

Hymne à la femme Noire (extrait)

Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au coeur de l'
Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle
Femme nue, femme obscure

(...)

Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.

Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or rongent ta peau qui se moire

À l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les
racines de la vie. 

Léopold Sédar Senghor ("Oeuvres poétiques" - Éditions du Seuil, 1990)

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Nuit de Sine (extrait)

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne
À peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu'il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l'Afrique dans la brume des villages perdus.

Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale
Voici que s'assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes
Dodelinent de la tête comme l'enfant sur le dos de sa mère
Voici que les pieds des danseurs s'alourdissent, que s'alourdit la langue des chœurs alternés.

C'est l'heure des étoiles et de la Nuit qui songe
S'accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.
Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?
Dedans, le foyer s'éteint dans l'intimité d'odeurs âcres et douces.

(...) 

Léopold Sédar Senghor ("Chants d'ombre" - Éditions du Seuil, 1945)

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Birago Diop (1906-1989) est un poète et écrivain Wolof du Sénégal, auteur de contes.

Viatique (extrait)

Dans un des trois canaris*
des trois canaris où reviennent certains soirs
les âmes satisfaites et sereines,
les souffles des ancêtres,
des ancêtres qui furent des hommes
des aïeux qui furent des sages,
Mère a trempé trois doigts,
trois doigts de sa main gauche:
le pouce, l'index et le majeur;
Moi j'ai trempé trois doigts:
trois doigts de la main droite:
le pouce, l'index et le majeur.
Avec ses trois doigts rouge de sang,
de sang de chien,
de sang de taureau,
de sang de bouc,
Mère m'a touché mon front avec son pouce,
Avec l'index mon sein gauche
Et mon nombril avec son majeur.
Moi j'ai tendu mes doigts rouges de sang,
de sang de chien,
de sang de taureau,
de sang de bouc.
J'ai tendu mes trois doigts aux vents
aux vents du Nord, aux vents du Levant
aux vents du Sud, aux vents du Couchant;
Et j'ai levé mes trois doigts vers la Lune,
vers la Lune pleine, la Lune pleine et nue
Quand elle fut au fond du plus grand canari.

Après j'ai enfoncé mes trois doigts dans le sable
dans le sable qui s'était refroidi.
Alors Mère a dit: "Va par le Monde, Va !
Dans la vie ils seront sur tes pas."

Depuis je vais
je vais par les sentiers
par les sentiers et sur les routes,
par-delà la mer et plus loin, plus loin encore,
par-delà la mer et par-delà l'au-delà ;
Et lorsque j'approche les méchants,
les Hommes au coeur noir,
lorsque j'approche les envieux,
les Hommes au coeur noir
Devant moi s'avancent les Souffles des Aïeux.

* les canaris sont des vases en terre cuite pour l'eau potable.

Birago Diop ("Leurres et lueurs" - 1960)

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David Diop (1927-1960est un poète Wolof sénégalais né en France de parents africains. Il a vécu en France et au Sénégal. Sa poésie (un seul recueil), est très engagée contre le colonialisme.Un autre texte est ici : PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde)

Celui qui a tout perdu
 
Le soleil brillait dans ma case
Et mes femmes étaient belles et souples
Comme les palmiers sous la brise des soirs.
Mes enfants glissaient sur le grand fleuve
Aux profondeurs de mort
Et mes pirogues luttaient avec les crocodiles
La lune, maternelle, accompagnait nos danses
Le rythme frénétique et lourd du tam-tam,
Tam-tam de la joie, tam-tam de l'insouciance
Au milieu des feux de liberté.
 
Puis un jour, le Silence ...
Les rayons du soleil semblèrent s'éteindre
Dans ma case vide de sens.
Mes femmes écrasèrent leurs bouches rougies
Sur les lèvres minces et dures des conquérants aux yeux d'acier
Et mes enfants quittèrent leur nudité paisible
Pour l'uniforme de fer et de sang.
Votre voix s'est éteinte aussi.
Les fers de l'esclavage ont déchiré mon coeur,
Tams-tams de mes nuits, tam-tams de mes pères.  

David Diop ("Coups de pilon" - Présence Africaine, 1956)

Afrique (extrait)

Afrique mon Afrique
Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales
Afrique que chante ma grand-mère
Au bord de son fleuve lointain
Je ne t'ai jamais connue
Mais mon regard est plein de ton sang
Ton beau sang noir à travers les champs répandu
Le sang de ta sueur
La sueur de ton travail
Le travail de I' esclavage
L'esclavage de tes enfants
Afrique dis-moi Afrique
Est-ce donc toi ce dos qui se courbe
Et se couche sous le poids de l'humilité
Ce dos tremblant à zébrures rouges
Qui dit oui au fouet sur les routes de midi
Alors gravement une voix me répondit
Fils impétueux cet arbre robuste et jeune
Cet arbre là-bas
Splendidement seul au milieu des fleurs
blanches et fanées
C'est I'Afrique ton Afrique qui repousse
Qui repousse patiemment obstinément
Et dont les fruits ont peu à peu
L' amère saveur de la liberté.

David Diop ("Coups de pilon" - Présence Africaine, 1956)



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le féminin des autres - Cuba - Amérique Centrale

AMÉRIQUE CENTRALE - ANTILLES

1 CUBA (langue espagnole)

Alberto Edel Morales est un poète contemporain.

Los pies desnudos

No tengo nada.

Sólo el amor
de una muchacha
y mis párpados abiertos.

Así puedo
correr sobre la hierba
húmeda y punzante.

Sabiendo
que a esa certeza
llamarán locura.

Alberto Edel Morales

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Traduction :

Les pieds nus

Je ne possède rien.

Seulement l'amour
d'une jeune fille
et mes paupières ouvertes.

Je peux ainsi
courir sur l'herbe
humide et piquante.

En sachant bien
que cette assurance
ils l'appelleront folie.

Alberto Edel Morales traduction Lieucommun



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le féminin des autres - Guatemala - Amérique Centrale



2 GUATEMALA

langue espagnole

Le territoire des Mayas occupe essentiellement le sud du Mexique et le nord du Guatemala et du Belize. La langue la plus parlée par les mayas est le quiché (maya quiché) et l'espagnol, mais il existe d'autres langues suivant les régions.
Les Mayas d'aujourd'hui sont agriculteurs et artisans, mais nombre d'entre-eux ont quitté leur territoire d'origine pour les grandes villes du Guatemala et du Mexique.

Deux adresses pour ceux qui voudraient en savoir davantage : l'historique et la civilisation Maya sur Wikipedia ; et le site ami JSE2 pour des techniques textiles et des actions solidaires (On trouvera facilement de très nombreux autres sites).
   Pour se familiariser avec la langue maya (et l'espagnol), on trouvera des textes et quelques éléments lexicaux ici, et même
des cours de maya, avec le son ! : http://www.lexilogos.com/maya_langue_dictionnaire.htm

Humberto Ak’abal, né en 1952, est un poète Maya du Guatemala. Les Mayas représentent plus de la moitié de la population de ce pays, mais c'est un peuple qui lutte pour son existence et sa culture (300 000 indiens mayas ont été tués dans les années 80). On trouvera ICI  et  ici sur le blog, d'autres petits poèmes de cet auteur.

"La justicia no habla en lengua de indios,
la justicia no desciende a los pobres,
la justicia no usa caites*,
la justicia no camina descalza
por caminos de tierra ..."

" La justice ne parle pas la langue des indiens,
la justice ne descend pas chez les pauvres,
la justice ne porte pas de caites*,
la justice ne marche pas pieds nus
sur les chemins de terre..."

* Les caites sont les sandales des indiens mayas

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langue maya

Le territoire des Mayas occupe essentiellement le sud du Mexique et le nord du Guatemala et du Belize. La langue la plus parlée par les mayas est le quiché (maya quiché) et l'espagnol, mais il existe d'autres langues suivant les régions.
Les Mayas d'aujourd'hui sont agriculteurs et artisans, mais nombre d'entre-eux ont quitté leur territoire d'origine pour les grandes villes du Guatemala et du Mexique.

Source de la présentation et des poèmes de Briceida Cuevas Cob : http://www.adamantane.net/

"Briceida Cuevas Cob est née en 1969.C'est une des figures principales de la littérature contemporaine en langue maya yucatèque, une des langues aujourd’hui les plus parlées de la famille maya (env. 800000 locuteurs1). Briceida Cuevas Cob est originaire de Tepakán, petit village où elle vit encore, situé près de Calkini dans l’état du Campeche au Mexique. Cette région est un foyer séculaire d’une tradition écrite maya.
Briceida Cuevas Cob part de situations et d’objets quotidiens, avec les- quels elle nous éblouit et nous secoue. « Les objets sont prétexte pour dire ce qui nous fait mal, ou ce qu’on ne peut pas aller crier dans les rues, ou ce qui nous plaît. »
C’est précisément par son caractère quotidien, de proximité, intérieur, que la dénonciation des conditions d’injustice que son peuple subit prend chair et nous implique."

Teche yan a bin tu najil xook
baale yan a sut ta taamaj,
ta yalanaj,
ka’ boon yétel k’uxub u chun u nak’ ka’,
ka’ u leedz a sak píik u yaak’ sabak,
ka’ u p’ul yétel u yik’ a sak ol p’ulus-k’aak’,
ka’ u ch’op a uich u k’ak’al yal u k’ab buudz,

Tu iras à l’école
mais il te faudra regagner ta maison,
ta cuisine, que tu y peignes de roucou le ventre de la pierre à moudre
que la langue de la suie lèche ton jupon blanc
que tu gonfles le feu de l’air de tes poumons
que t’aveuglent les doigts fins de la fumée ...

Briceida Cuevas Cob (Extrait de "A Yaax tup", "Ta première boucle d’oreille")

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In k’abae

tikín ot’el,
chi’il chi’ u chi’chi’al u chá’acha’al tumén u dzay máako’ob,
Dzok in pitik u nóok’il in k’aba’
je bix u podzikúbal kan tu xla sóol.


Mon nom,
peau desséchée,
mordu de bouche en bouche,
mastiqué par les crocs de l’homme.
J’ai débarrassé mon nom de ses habits
comme le serpent se défait de sa vieille peau.


Briceida Cuevas Cob (Extrait de "In k’aba’", "Mon nom")

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Sajkil

Ban yéetel bin k-alkabch’int sajkil ua mina’an tunich.
Bin konk k-k’ajch’inti k’anche tu yóok’ol
ua take k’ancheboob sajkoob ti’o.
Bin ua k-k’oy k-ich u tial k-ch’inik.
Kun ua ku ch’áik ku kapik tu jójochil u yich ku k’ajoltikoone.
¡Bix konk k-k’ubentike k-pixán
dzok u puudzul jak’an yol ti’ to’ono!

La peur

Comment chasserions-nous la peur s’il n’y avait pas de pierres ?
Comment lui lancer des chaises
si même les chaises ont peur d’elle ?
Faut-il s’arracher les yeux pour les lui jeter ?
Et si elle les prenait, les enfonçait dans ses orbites et nous reconnaissait ?
Comment lui livrer notre âme
si elle a fui, de nous épouvantée ?

Briceida Cuevas Cob (Du recueil "U yok’ol awat pek’" "La complainte du chien")

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Un texte uniquement traduit en français, extrait de  "Chant triste de la femme maya" :

Chant triste de la femme maya (extraits des 2 premières parties sur 3)

1. Chant triste de la femme maya dont la mère vient de mourir

Hé’iiiiiiiiiin, hé’iiiiiiiiiin,
ma chère mère,
Est-ce la nuit qui tend sur mes yeux
le plus long des cauchemars
ou est-il vrai que ton corps s’est raidi,
comme le petit ramier
pour ne plus jamais voler ?
[...]
Où vas-tu prunelle de mes yeux ?
Où vas-tu clarté de ma vue ?
Pourquoi m’abandonnes-tu dans l’obscurité de la nuit ?
[...]
Si une fois j’ai blessé tes yeux de mon arrogance,
pardonne moi mère, je t’en prie pardonne moi.
Si une fois j’ai blessé la douceur de tes oreilles de mes paroles impures,
pardonne moi femme mère, je t’en prie pardonne moi.
[...]

2. Chant triste de la femme maya dont on emmène la mère à enterrer

Hé’iiiiiiiiiin, hé’iiiiiiiiiin.
ma belle petite mère,
hier à cette heure tu parlais gaiement avec moi
vifs étaient tes yeux,
vif ton esprit ;
tu mangeais avec moi.
Maintenant,
nous avons pris le chemin sur lequel je vais te quitter.
[...]
Ma chère mère,
tu t’en vas,
tu m’abandonnes avec la douleur de mon coeur.
Mais que dira mon âme
demain lorsqu’elle ne verra plus ton visage ?
Demain lorsqu’elle verra ton hamac seul suspendu ?
Demain, lorsqu’elle verra tes vêtements vides de ton corps ?
Demain, lorsqu’elle verra tes sandales vides de tes pieds ?
Hé’iiiiiiiiiin, hé’iiiiiiiiiin.

Que dira le soleil
quand il se glissera sous la porte pour baiser tes pieds
et que tu n’es pas là ?
Hé’iiiiiiiiiin.
Que diront tes poules
lorsqu’elles t’appelleront pour ramasser leurs oeufs
et que tu n’es pas là ?
Hé’iiiiiiiiiin.
Que diront tes dindons
lorsque, puissants coureurs, ils se précipiteront pour engloutir leur
ration
dans le creux de ta main
et que tu n’es pas là ?
Hé’iiiiiiiiiin.
Et que dira le soir
lorsqu’il s’arrêtera devant la porte pour caresser ton front
et que tu n’es pas là ?
[...]

Briceida Cuevas Cob (Extrait de "U ok’om k’ay maya’ ko’lel", "Chant triste de la femme maya").



Posté par de passage à 22:25 - PRINT POÈTES 2010 : LE FÉMININ DES AUTRES - Permalien [#]