lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

020109

BRETAGNE- Gilles Servat, Glenmor - Langues régionales

Paysages d'Europe

Bretagne (suite)

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Gilles Servat (né en 1945), est un auteur-compositeur-interprète breton. Indissociable de sa Bretagne et des luttes pour la liberté et la justice sociale, et pour une reconnaissance d'identité, il écrit et chante ses textes profonds dune voix tout aussi grave (vous ne connaissez pas ? il n'est pas trop tard), ses révoltes en breton et en français (parfois en anglais). Sa chanson la plus connue,  "La blanche hermine" (1971), est devenue un hymne identitaire, parfois hélas récupéré par des nationalistes.

En 1980, Gilles Servat sort un magnifique disque "Hommage à René Guy Cadou", avec une dizaine de poèmes mis en musique (Phonogram). Derniers CD en date : Sous le soleil de cuivre et d'eau ( Coop Breizh, 2005) et le double album  "Je vous emporte dans mon cœur" (2006).

Les derniers rayons (passages)
...
Ne jamais se soumettre et désirer toujours
Atteindre l'irréel domaine de l'amour
Ici et maintenant, sur les rayons de lune
...
Suivre la voix du vent, ivre d'air et de chants
Nourrir des utopies et manger des chimères
Aimer l'intensité des instants éphémères
Ici et maintenant, sur les rayons du ciel
...
Si le ciel est trop noir, inventer des aurores
Naître encore une fois et chanter à tue-tête
Apprendre à s'envoler dans la joie des alouettes
Ici et maintenant, sur les rayons de lune
...
Ici et maintenant, sur les rayons du ciel
Faire rimer la pluie avec le grand soleil
Irriguer les terrains, rêvant de forêt vierge

Glisser presque immobile sur l'aile des nuages
Insouciant des tempêtes, impatient de partir
Loin des sombres tunnels nimbés de frénésie
Lancer au ciel des notes et cela par plaisir
Etre comme un oiseau ailé de fantaisie
Sur les derniers rayons dévorant l'horizon et la vie.

(album "Sur les quais de Dublin", 1994)

Servat_l_hirondelle

"L'hirondelle", n'est pas un paisible paysage de landes, mais une chanson de résistance (comme "La blanche Hermine") :

 L'hirondelle

Les corbeaux et les sansonnets
Par bandes passent dans le ciel
Dans l'air neigeux, par dessus genêts
Et s'abattent dru comme grêle
Sur les labours de ce pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les arbres dressent branches nues
Vers les cieux gris silencieux
Tendent leurs branches nues vers les nues
Tandis que des loups orgueilleux
Hurlent partout sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Sur la campagne démembrée
Que le vent transit toute entière
En place des talus arrachés
Poussent les arbres des cimetières
Plantés tous noirs sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les gens immobiles se taisent
La langue engourdie dans la bouche
Serrés autour de l'âtre où les braises
Rougeoient comme les tas de souches
Qu'on voit fumer sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les corbeaux et les sansonnets
Par bandes passent dans le ciel
Dans l'air neigeux, par dessus genêts
Et s'abattent dru comme grêle
Sur les labours de ce pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes.

Gilles Servat, (disques Kalondour, 1974) - L'album CD "Les Albums de la Jeunesse" (1994, inclus Kalondour et La blanche hermine), Escales (2005, inclus La blanche hermine), ainsi que le double album  "Je vous emporte dans mon cœur" (2006, inclus Kalondour et Les quais de Dublin), comportent ce titre.

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"Kalondour", nom de la maison d'édition de Gilles Servat, est le titre de ce poème. C'est ici  le lieu qui réunit l'esssence de la Bretagne, terre maritime. La langue bretonne assemble souvent des mots pour en forger d'autres, "kalon" est le cœur et "dour" est l'eau.

On nous excusera (?) d'avoir coupé dans ce beau texte, pour le thème du paysage, et pour les élèves :

 Kalondour

 
[...]

La Bretagne a-t-elle autant de charme
Pour border de sable l'horizon
Pour inonder mes yeux de ces vagues
Et couronner mon front de ces algues
J'ai des landes farouches dans la tête
J'ai des vents parfumés dans l'oreille
Le ressac palpite dans mon cœur ...

[...]

Au fil des quais glissant sous les arches
Où l'herbe pousse entre les pavés
Je cherche dans des reflets d'enfance
Des souvenirs d'avant que je marche
Ma mer est là qui coule toute grise
Et qui se brise en écumes blanches
Sur les étraves des piliers des ponts
Comme des phares sillagent mon front ..
.


Glenmor (1931-1996), est, comme Servat ci-dessus, un auteur-compositeur-interprète breton. Et comme Servat, ses chansons engagées célèbrent l'identité bretonne et la revendiquent, dans ce qu'elle porte de valeurs humaines. Il écrit ses textes en français, pour la plupart, ou en breton.

"L'homme qui se veut tel ne peut être qu'insoumis."
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Le retour
(Et voici bien ma terre)

Et voici bien ma terre
la vallée de mes amours
quand bien même se lève
en fleur de bruyère
la graine d'insoumission
je retrouve ici ma terre
la vallée de mes amours
en ma chaumière
se refont les vents du nord
traînant dans leur colère
Ie duvet des oiseaux morts
et la sombre demeure
qui se rit de la pluie
se refait d'heure en heure
beauté sans nuages
et nuages sans oubli
et voici bien ma terre
la vallée de mes amours
ce fut la rosée de mai
qui fit partir l'enfant
en quête de nouvelles rosées
tout est gîte au printemps
ce fut décembre qui ramena l'oiseau
aux granges du passé
l'hiver il n'est qu'un nid
un visage sans appel
cette odeur de fumée
piquée de gel
et voici bien ma terre
la vallée de mes amours
voici venir ailé de nuages
le sourire d'une mère
cheveux blancs en bandeau de lumière
c'est bien ici ma terre
la vallée de mes amours
.

Glenmor (album "Et voici bien ma terre", album 2 CD, An Distro, Coop Breizh, 1995)
 

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Interlude 

Les blés ont mûri, la moisson sera belle. Vois la tendresse du moissonneur. Il est tant de soleil en barricade, à peine une coulée de vent sur l'or des champs, à peine une vague de mobilité sur la ronce et la fougère.
La besace est gonflée, la charge grande. Nourrice, garde le lait et le ferment. La piétaille a corne d'abondance. Conte nous l'aimable folie des fillettes et le bronze des bras. Dis nous pourquoi la femelle a joues rouges et le regard lointain.
Dame paysanne, dis nous la main gercée par la poussière de tous les blés. Une gerbe à chaque pas, une grange à chaque toit, une moisson d'hommes de rires et de fleurs et pour l'Automne qui nous vient, une cueillette d'humble et de silence.

Et coupe pleine, une halte au fermage du bonheur.


Glenmor (album "E dibenn miz gwengolo",  disque vinyl 33 Tours, Le Chant du monde, 1977)

 



Manu Lann Huel (né en 1949), est aussi auteur-compositeur-interprète. Poète du Finistère sud, du côté de Douarnenez, il chante des poèmes de René-Guy Cadou qu'il a mis en musique, et des chansons de Léo Ferré, dans deux de ses albums.  Source des textes de Glenmor et de Manu Lann Huel : http://www.glenmor.net/


Pibrock

Île juché
Avec de l'aile
Sous la pogne
Colère machée
D'étincelles
De cocagne
Le vent caché
Sous l'échelle
Des montagnes
Homme ébranché
Contre le ciel
Où ça saigne
Pibrock haché
En dentelle
De campagne
Coup de rocher
Harpe de sel
À castagne
Vrillé clocher
En chapelle
De Bretagnes

----- (traduction) -----

Pibrock

 
Enezet kludet
'N askell ludet
A-hed-dorn
Fulor chaoket
Dre fulenn aour
Bro an unkorn
Avel kuzhet
Dindan ar skeul
Ar menezioù
Den divranket
Ouzh an oabl
'Lec'h a wad
Pibroc'h drailhet
E dantel
Ar maezioù
Taol ar roc'h
Telenn holen
Kan an emgann
Biñsellet kloc'hdi
E chapel-kreiz
Broioù Breizh
 

Manu Lann Huel (Chant du monde, 1995)
 

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Interlude

Les blés ont mûri, la moisson sera belle. Vois la tendresse du moissonneur. Il est tant de soleil en barricade, à peine une coulée de vent sur l'or des champs, à peine une vague de mobilité sur la ronce et la fougère. La besace est gonflée, la charge grande. Nourrice, garde le lait et le ferment. La piétaille a corne d'abondance. Conte nous l'aimable folie des fillettes et le bronze des bras. Dis nous pourquoi la femelle a joues rouges et le regard lointain. Dame paysanne, dis nous la main gercée par la poussière de tous les blés. Une gerbe à chaque pas, une grange à chaque toit, une moisson d'hommes de rires et de fleurs et pour l'Automne qui nous vient, une cueillette d'humble et de silence.

Et coupe pleine, une halte au fermage du bonheur.

Glenmor (album "E dibenn miz gwengolo",  disque vinyl 33 Tours, Le Chant du monde, 1977)


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