lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

020109

Poètes de LANGUE ANGLAISE - Irlande - Samuel Bekett ; William Butler Yeats ; James Joyce

Paysages d'Europe

Langue anglaise

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Irlande

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Samuel Beckett (1906-1989), né à Dublin, est sans doute, avec James Joyce (voir plus bas), le plus connu des écrivains irlandais. C'est un romancier, dramaturge (En attendant Godot, 1952) et poète. Il quitte son pays à la veille de la Seconde Guerre mondiale et choisit de vivre en France, où il participe activement à la Résistance. Prix Nobel de la Paix en 1969, il a écrit en français une grande partie de son oeuvre et la plupart de ses poèmes.

Un court poème, une image prise en un clin d'œil, sur la plage de galets de Dieppe :

Dieppe

encore le dernier reflux
le galet mort
le demi-tour puis les pas
vers les vieilles lumières

----- (traduction en français par l'auteur) -----

Dieppe

again the last ebb
the dead shingle
the turning then the steps
towards the lights for old

Samuel Beckett ("Poèmes suivi de Mirlitonnades" - éditions de Minuit, 1978, rééditions augmentées :1992, 1998 - traduit par l'auteur pour une première publication en français dans la revue de Jean-Paul Sartre : "Les Temps modernes", juin 1946)


William Butler Yeats   (1865-1939) est né lui aussi à Dublin et a aussi reçu le Prix Nobel, mais de littérature, en 1923 pour "sa poésie toujours inspirée, dont la forme hautement artistique exprime l'esprit d'une nation entière".
Il s'engage politiquement pour la reconnaissance de la nation irlandaise (il sera sénateur de l'État libre d'Irlande) et ses poèmes célèbrent le pays natal, avec son combat pour l'indépendance, et aussi l'humanisme et dans le sentiment amoureux, "la douleur d'aimer". Comme Beckett, il quitte l'Irlande  pour vivre en France, mais seulement les dernières années de sa vie, en 1930.

first musician (or all three musicians, singing)

Why does my heart beat so?

Why does my heart beat so?
Did not a shadow pass?
It passed but a moment ago.
Who can have trod in the grass?
What rogue is night-wandering?
Have not old writers said
That dizzy dreams can spring
From the dry bones of the dead?
And many a night it seems
That all the valley fills
With those fantastic dreams.
They overflow the hills,
So passionate is a shade,
Like wine that fills to the top
A grey-green cup of jade,
Or maybe an agate cup.

(parlé*) :
The hour before dawn and the moon covered up.
The little village of Abbey is covered up;
The little narrow trodden way that runs
From the white road to the Abbey of Corcomroe
Is covered up; and all about the hills
Are like a circle of Agate or of Jade.
Somewhere among great rocks on the scarce grass
Birds cry, they cry their loneliness.
Even the sunlight can be lonely here,
Even hot noon is lonely. [...]
*passage non traduit ci-dessous

----- (traduction en français de ce passage, par Jacques Charpentreau) -----

premier musicien (ou tous les trois, en chantant)

Pourquoi mon coeur bat-il ainsi ?

Pourquoi mon coeur bat-il ainsi ?
Etait-ce une ombre qui passait ?
Elle vient de passer ici.
Et qui donc sur l'herbe marchait ?
Quel vagabond erre en la nuit ?
Parfois le vertige des rêves,
Comme d'anciens auteurs l'ont dit,
Des os séchés des morts s'élève.
Et la nuit, il semble souvent
Que s'emplit toute la vallée
De ces rêves hallucinants.
Les collines sont submergées
Par une ombre qui se dilate,
Comme à ras bord le vin remplit
Une coupe en jade vert-gris,
Ou même une coupe d'agate.

[...]

William Butler Yeats (tiré de l'anthologie "Une Europe des poètes" - Livre de Poche - Hachette, 1991) - Traduction de Jacques Charpentreau.


James Joyce (1882-1941), né à Dublin lui aussi, est un romancier et poète irlandais expatrié, considéré comme un des écrivains les plus influents du XXe siècle. Ses œuvres majeures sont un recueil de nouvelles Les Gens de Dublin (1914) et des romans Dedalus (1916), Ulysse (1922), et Finnegans Wake (1939). (adapté de Wikipedia)

James Joyce s'installe en 1904, pour quelques années, en Autriche-Hongrie à Trieste (aujourd'hui ville italienne, sur la côte est adriatique) où il enseigne l'anglais.

Sur la plage de Fontana 

Le vent geint et les galets geignent,
La jetée, ses pieux fous gémissent ;
Une mer sénile dénombre
Ses galets, de vase argentés.

Du vent qui geint, de la mer grise
Plus froide encor, je le défends
Et je sens trembler son épaule
Aux frêles os, son bras d’enfant.

Partout la mer autour de nous,
La nuit de la peur qui descend
Et si profonde dans mon cœur
La douleur, sans fin, de l’amour !

Trieste, 1914

On the beach at Fontana

Wind whines and whines the shingle,

The crazy pierstakes groan;
A senile sea numbers each single
Slimesilvered stone.
From whining wind and colder
Grey sea I wrap him warm
And touch his trembling fineboned shoulder
And boyish arm.
Around us fear, descending
Darkness of fear above
And in my heart how deep unending
Ache of love !

Trieste, 1914

James Joyce (dans la revue "Poetry", novembre 1917", puis dans "Pomes Penyeach", recueil de treize poèmes écrits entre 1904 et 1924, édité par Shakespeare and Co, 1927 - repris dans "Poèmes d’api", de James Joyce, traduits par Jacques Borel - Gallimard, 1967)


Thomas Moore (1779-1852) est un poète irlandais, né également à Dublin... capitale de l'Irlande et de la poésie irlandaise.

Voir ici sur le blog le beau poème, avec sa traduction "the last rose of summer".

"Au sud de Dublin, dans le comté de Wicklow, rivières, collines et sous-bois forment ce que l’on appelle le "Jardin d’Irlande".
La vallée d’Avoca est une région dont la nature abondante enchante les passionnées de randonnée et de silence.
C'est dans ce lieu que Thomas Moore écrit, pendant l'été 1807 (publié l'année suivante) "The meetings of the water" (La réunion des eaux).
(source : http://www.pluralworld.com/)

The meetings of the water

1. There is not in the wide world a valley so sweet

As that vale in whose bosom the bright waters meet; (*)
Oh! the last rays of feeling and life must depart,
Ere the bloom of that valley shall fade from my heart.

 

2. Yet it was not that nature had shed o'er the scene
Her purest of crystal and brightest of green;
'Twas not her soft magic of streamlet or hill,
Oh! no, -- it was something more exquisite still.

 

3. 'Twas that friends, the beloved of my bosom, were near,
Who made every dear scene of enchantment more dear,
And who felt how the best charms of nature improve,
When we see them reflected from looks that we love.

 

4. Sweet vale of Avoca! how calm could I rest
In thy bosom of shade, with the friends I love best,
Where the storms that we feel in this cold world should cease,
And our hearts, like thy waters, be mingled in peace.


(*)
Il s'agit des rivières Avon et Avoca
Thomas Moore ("The Meeting of the Waters",1808 - in "Irish Melodies", volume 1)

Traduction des strophes 1 et 4 :

La réunion des eaux

 

Il n'y a pas de vallée aussi douce dans le monde
Que cette vallée dont les eaux brillantes se rencontrent en son cœur
Oh ! Les dernières lueurs de sentiment et la vie doivent s’en aller,
Avant que la fleur de cette vallée ne s'efface de mon cœur.
[...]
Douce Vallée d'Avoca ! Comment pourrais-je me reposer
Au sein de l’ombre, avec mes amis chers,
Où les tempêtes que nous ressentons dans ce monde froid devraient cesser
Et nos cœurs, comme vos eaux, être en paix.

Thomas Moore

 



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