lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

020109

Poètes de LANGUE ANGLAISE - Angleterre - Percy Bysshe Shelley ; Pays de Galles - Dylan Thomas

Paysages d'Europe

langue anglaise

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Angleterre

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Percy Bysshe Shelley (1792-1822), est un écrivain et poète romantique anglais.

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Ce poème a été écrit en 1819, près de Florence, en Italie, un jour de tempête :

Ode au vent d'Ouest (début du poème)

I

Sauvage Vent d'Ouest, haleine de l'Automne,
Toi, de la présence invisible duquel les feuilles mortes
S'enfuient comme des spectres chassés par un enchanteur,

Jaunes, noires, blêmes et d'un rouge de fièvre,
Multitude frappée de pestilence : 0 toi,
Qui emportes à leur sombre couche d'hiver

Les semences ailées qui gisent refroidies,
Chacune pareille à un cadavre dans sa tombe, jusqu'à ce que
Ta sœur d'azur, déesse du Printemps fasse retentir

Sa trompe sur la terre qui rêve, et emplisse
(Chassant aux prés de l'air les bourgeons, son troupeau),
De teintes et de senteur vivantes la plaine et les monts :

Sauvage Esprit, dont l'élan emplit l'espace;
Destructeur et sauveur, oh, écoute moi !

II

Toi, dont le courant dans les hauteurs du ciel bouleversé
Entraîne les nuages dispersés comme les feuilles mourantes de la terre,
Détachés des rameaux emmêlés des Cieux et de l'Océan,

Apportant sur leurs ailes la pluie et les éclairs;
On voit s'épandre à la surface bleue de ta houle aérienne,
Telle, emportée par le vent, la chevelure dorée

De quelque Ménade déchaînée, du bord obscur
De l'horizon jusqu'à la hauteur du zénith,
Les boucles échevelées de l'orage approche.
Toi, chant funèbre

De l'an qui meurt, pour qui cette nuit qui tombe
Sera le dôme d'un immense sépulcre,
Au-dessus duquel la cohorte de toutes tes puissances assemblées

Étendra une voûte de nuées, dont l'épaisse atmosphère
Fera jaillir la noire pluie, le feu, la grêle: oh, écoute-moi !

III

Toi qui as éveillé de ses rêves d'été
La bleue Méditerranée en sa couche,
Bercée par les remous de ses ondes de cristal

Près d'une île de ponce, au golfe de Baïes,
Voyant dans son sommeil palais et tours antiques
Trembler au sein du jour plus lumineux des vagues,

Tout tapissés de mousses glauques et de fleurs
Si suaves, que nous défaillons y songeant ;
Toi, devant qui les flots unis du puissant Atlantique

Se creusent en abîmes, alors qu'aux profondeurs
Les fleurs de mer et les rameaux limoneux qui portent
Le feuillage sans sève de l'océan, reconnaissent

Ta voix soudain, et blêmissent de frayeur,
Et tremblent et se dépouillent: oh, écoute-moi !

[...]

Shelley (1819)

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Ode to the Westwind(début du poème)

I

O wild West Wind, thou breath of Autumn’s being,
Thou, from whose unseen presence the leaves dead
Are driven, like ghosts from an enchanter fleeing,

Yellow, and black, and pale, and hectic red,
Pestilence-stricken multitudes: O thou,
Who chariotest to their dark wintry bed

The winged seeds, where they lie cold and low,
Each like a corpse within its grave, until
Thine azure sister of the Spring shall blow

Her clarion o’er the dreaming earth, and fill
(Driving sweet buds like flocks to feed in air),
With living hues and odours plain and hill :

Wild Spirit, which art moving everywhere ;
Destroyer and preserver; hear, oh, hear!

II   

Thou on whose stream, mid the steep sky’s commotion,
Loose clouds like earth’s decaying leaves are shed,
Shook from the tangled boughs of Heaven and Ocean,

Angels of rain and lightning: there are spread
On the blue surface of thine aëry surge,
Like the bright hair uplifted from the head

Of some fierce Maenad, even from the dim verge
Of the horizon to the zenith’s height,
The locks of the approaching storm. Thou dirge

Of the dying year, to which this closing night
Will be the dome of a vast sepulchre,
Vaulted with all thy congregated might

Of vapours, from whose solid atmosphere
Black rain, and fire, and hail will burst: oh, hear !

III

Thou who didst waken from his summer dreams
The blue Mediterranean, where he lay,
Lulled by the coil of his crystàlline streams,

Beside a pumice isle in Baiae’s bay,
And saw in sleep old palaces and towers
Quivering within the wave’s intenser day,

All overgrown with azure moss and flowers
So sweet, the sense faints picturing them! Thou
For whose path the Atlantic’s level powers

Cleave themselves into chasms, while far below
The sea-blooms and the oozy woods which wear
The sapless foliage of the ocean, know

Thy voice, and suddenly grow gray with fear,
And tremble and despoil themselves: oh, hear !

   
[...]

Percy Bysshe Shelley, 1919 ("The complete poetical works of Percy Bysshe Shelley", Cambridge: Riverside Press, 1901)

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Le nuage

J'apporte de fraîches averses pour les fleurs assoiffées,
Venues des mers et des fleuves;
Je répands une ombre légère sur les feuilles qui reposent
Dans leurs rêves de midi.
De mes ailes, je secoue la rosée qui éveille
Tous les charmants bourgeons,
Bercés et assoupis sur le sein de leur mère,
Quant elle danse devant le soleil.
Je brandis le fléau de la grêle,
Fouettant et blanchissant les vertes plaines plus bas,
Puis, à nouveau, je la dissous en pluie,
Et je ris quand je passe, apportant le tonnerre.

Je tamise la neige sur les monts au dessous,
Et leurs pins géants gémissent de terreur ;
Et toute la nuit, c'est là mon blanc oreiller,
Tandis que je dors, dans les bras de la tempête.
Souverain, sur les tours de mes demeures aériennes
Se tient l'éclair, mon pilote ;
Dans un antre inférieur est enchaîné le tonnerre;
Il se débat et rugit par accès ;
Au-dessus de la terre et de l'océan, d'un mouvement doux
Ce pilote me guide,
Attiré par l'amour des génies qui hantent
Les profondeurs de la mer empourprée;
Par dessus les ruisseaux, les rochers, les collines,
Par dessus lacs et plaines,
Partout où il rêve que, sous monts ou rivières,
L'esprit qu'il aime demeure;
Et moi tout ce temps, je me baigne dans le sourire bleu du firmament,
Tandis qu'il se fond en pluie.

Le soleil levant écarlate, aux yeux de météore,
Aux plumes de flammes largements ouvertes,
Bondit sur mes vapeurs flottantes,
A l'heure où s'amortit l'éclat de l'étoile du matin;
Comme à la pointe d'un roc escarpé
Qu'un tremblement de terre ébranle et fait osciller,
Un aigle perché se repose un moment
Dans la lumière de ses ailes d'or.
Et quand le soleil couchant exhale, de la mer qu'il illumine
Ses feux où s'endort l'amour,
Et que le linceul rutilant du soir
Tombe des hauteurs du ciel,
Les ailes repliées, je repose sur mon nid aérien,
Aussi tranquille qu'une tourterelle qui couve.

Cette sphère vierge, rayonnante de flammes blanches,
Que les mortels appellent Lune
Glisse et luit sur ma toison
Éparpillée par les brises de minuit ;
Et toutes les fois que ses invisibles pas
Entendus par les anges seulement,
Rompent la trame de ma mince tente,
Les étoiles regardent derrière elle à la dérobée ;
Et je ris de les voir se mouvoir en cercle et fuir,
Comme un essaim d'abeilles dorées,
Quand j'élargis l'ouverture de ma tente, dressée par le vent ;
Jusqu'à ce que les calmes rivières, les lacs et les mers,
Comme des rubans de ciel tombés de là-haut à travers moi,
Tous, miroitent sous la lune et sous les astres.

J'entoure le trône du Soleil d'une ceinture brûlante,
Et celui de la Lune d'une cordelière de perles ;
Les volcans sont obscurs, les étoiles chancellent et tournoient
Quand les tourbillons déploient ma bannière.
D'un cap à l'autre, semblable à un pont,
Par dessus une mer torrentueuse,
Insensible aux rayons du soleil, je suspends ma voûte,
Dont les montagnes sont les colonnes.
L'arche triomphale à travers laquelle je m'avance
Avec la tempête, l'ouragan, le feu et la neige,
Quand les Puissances de l'air sont enchaînées à mon trône,
Est l'arc-en-ciel aux millions de couleurs;
Cette sphère de feu là-haut tissa ses changeantes teintes,
Tandis que la Terre humide riait au-dessous.

Je suis l'enfant de la Terre et de l'eau,
Et le nourrisson du Ciel ;
Je passe à travers les mailles de l'océan et du rivage ;
Je change, mais ne puis mourir.
Car, après la pluie, quand sans la moindre tache,
Le pavillon du ciel est dégagé,
Et que le vent, avec les rayons du soleil, de leurs reflets convexes,
Bâtissent le dôme bleu de l'air,
Je ris en silence de mon propre cénotaphe ;
Et, des cavernes de la pluie,
Comme un enfant du sein maternel, comme un fantôme de la tombe,
Je me lève, et le détruis à nouveau.

Percy Bysshe Shelley (traduction du titre du recueil : "Pour une alouette", 1820)

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The Cloud

I bring fresh showers for the thirsting flowers,   
From the seas and the streams ;   
I bear light shade for the leaves when laid   
In their noonday dreams.   
From my wings are shaken the dews that waken
The sweet buds every one,   
When rocked to rest on their mother’s breast,   
As she dances about the sun.   
I wield the flail of the lashing hail,   
And whiten the green plains under,
And then again I dissolve it in rain,   
And laugh as I pass in thunder.   

I sift the snow on the mountains below,   
And their great pines groan aghast;   
And all the night ’tis my pillow white,    
While I sleep in the arms of the blast.   
Sublime on the towers of my skiey bowers,   
Lightning my pilot sits,   
In a cavern under is fretted the thunder,   
It struggles and howls at fits;      
Over earth and ocean, with gentle motion,   
This pilot is guiding me,   
Lured by the love of the genii that move   
In the depths of the purple sea;   
Over the rills, and the crags, and the hills,    
Over the lakes and the plains,   
Wherever he dream, under mountain or stream   
The Spirit he loves remains;   
And I all the while bask in heaven’s blue smile,   
Whilst he is dissolving in rains.

The sanguine sunrise, with his meteor eyes,   
And his burning plumes outspread,   
Leaps on the back of my sailing rack,   
When the morning star shines dead,   
As on the jag of a mountain crag,   
Which an earthquake rocks and swings,   
An eagle alit one moment may sit   
In the light of its golden wings.   
And when sunset may breathe from the lit sea beneath,   
Its ardours of rest and of love,   
And the crimson pall of eve may fall   
From the depth of heaven above,   
With wings folded I rest, on mine airy nest,   
As still as a brooding dove.   

That orbèd maiden with white fire laden,      
Whom mortals call the moon,   
Glides glimmering o’er my fleece-like floor,   
By the midnight breezes strewn;   
And wherever the beat of her unseen feet,   
Which only the angels hear,
May have broken the woof of my tent’s thin roof,   
The stars peep behind her and peer ;   
And I laugh to see them whirl and flee,   
Like a swarm of golden bees,   
When I widen the rent in my wind-built tent,      
Till the calm rivers, lakes, and seas,   
Like strips of the sky fallen through me on high,   
Are each paved with the moon and these.   

I bind the sun’s throne with a burning zone,   
And the moon’s with a girdle of pearl ;   
The volcanoes are dim, and the stars reel and swim,   
When the whirlwinds my banner unfurl.   
From cape to cape, with a bridge-like shape,   
Over a torrent sea,   
Sunbeam-proof, I hang like a roof,   
The mountains its columns be.   
The triumphal arch through which I march   
With hurricane, fire, and snow,   
When the powers of the air are chained to my chair,   
Is the million-coloured bow ;      
The sphere-fire above its soft colours wove,   
While the moist earth was laughing below.   

I am the daughter of earth and water,   
And the nursling of the sky ;   
I pass through the pores of the ocean and shores ;
I change, but I cannot die.   
For after the rain when with never a stain,   
The pavilion of heaven is bare,   
And the winds and sunbeams with their convex gleams,   
Build up the blue dome of air,
I silently laugh at my own cenotaph,   
And out of the caverns of rain,   
Like a child from the womb, like a ghost from the tomb,   
I arise and unbuild it again.

Percy Bysshe Shelley ("To a Skylark",1820)


Paysages d'Europe

langue anglaise

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Pays de Galles

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Dylan Thomas (1914-1953), est un écrivain et poète gallois.

Voici la mer

Voici la mer, verte et claire,
Et dans ses flancs, mille poissons
Ondulant leurs écailles en silence
Dans un monde d’herbes vertes et claires.
Voici mille cailloux, ce sont mille yeux
Tous plus vifs que le soleil.
Voici les vagues, ce sont des danseurs,
Sur un parquet d’émeraude
Qui font des pointes
Pour danser sur la mer,
Légers comme pour une pantomime.

Dylan Thomas, 1930

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Bright Green Sea

Here is the bright green sea,
And underneath a thousand fishes
Moving their scaly bodies soundlessly
Among a bright green world of weeds
These thousand pebbles are a thousand eyes
Each sharper than the sun
These waves are dancers,
Upon a thousand pointed toes
They step the sea,
Lightly, as in a pantomime.
 

Dylan Thomas, 1930

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Mon oiseau d'or

Mon oiseau d’or, le soleil
A ouvert ses ailes, s’est envolé
De sa cage, le ciel,
O balancement !
Et, comme son ombre épuisée
Blanche d’amour,
La lune, mon oiseau d’argent
S’envole à nouveau
Vers son perchoir d’étoiles.

Dylan Thomas, 1930


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