lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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Poètes d'OUTRE-MER - La Réunion

Poètes d'Outre-mer

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La Réunion 

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L'île de La Réunion s'est d'abord appelée île Mascareigne, puis île Bourbon, quand elle devient en 1710 une colonie appartenant à la Compagnie française des Indes orientales. C'est en 1848, avec l'abolition de l'esclavage, qu"elle devient île de la Réunion, avant d'accéder en 1946 au statut de département d'Outre-Mer, portant le muméro 974. Elle appartient toujours géographiquement, à l'archipel des Mascareignes.

Leconte de Lisle, (1912-1978) a vécu quelques années à La Réunion, et écrit de nombreux poèmes sur les paysages de l'île : voir la catégorie PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français .

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Auguste Lacaussade (1815-1897) est né sur l'île de La Réunion (l'île Bourbon), d’un père blanc et d’une mère métisse (cf une biographie : "Auguste Lacaussade (1815-1897), le fils d’une affranchie et d’un noble de Guyenne", Prosper Ève, 2005). Pour cette seule raison (nous sommes en période coloniale), les études au collège lui sont interdites. Il quitte l'île pour la France et n'y revient, ses années de collège terminées, que pour deux années, en 1834. Nouveau départ pour Paris, en 1836, avec dans les bagages, ses premiers poèmes. Son livre "Poèmes et paysages" (1852) obtient un prix de poésie, décerné par l'Académie Française. Ce recueil est consacré à la nature de l'île de la Réunion (à l'époque appelée île Bourbon), son pays natal.

En préface à ce recueil, l'auteur écrit : "La nature, sous les tropiques, a été sentie et rendue supérieurement par Bernardin de Saint-Pierre, mais elle n’a pas été chantée encore. Ce que l’auteur de Paul et Virginie a fait dans la langue de la prose, il nous a semblé qu’on pouvait le tenter dans la langue des vers. De là ce volume de Poèmes et Paysages, où l’on a cherché à rendre, dans toute sa vérité, la riche nature de l’île Bourbon, l’une des plus belles îles des mers de l’Inde."

À l'île natale
      
      O terre des palmiers, pays d’Eléonore,
Qu’emplissent de leurs chants la mer et les oiseaux !
Île des bengalis, des brises, de l’aurore !
Lotus immaculé sortant du bleu des eaux !
Svelte et suave enfant de la forte nature,
Toi qui sur les contours de ta nudité pure,
Libre, laisses rouler au vent ta chevelure,
Vierge et belle aujourd’hui comme Ève à son réveil ;
Muse natale, muse au radieux sourire,
Toi qui dans tes beautés, jeune, m’appris à lire,
À toi mes chants ! à toi mes hymnes et ma lyre,
O terre où je naquis ! ô terre du soleil !

Auguste Lacaussade ("Poèmes et paysages" - éditions Ibis Rouge, 1997)

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Rosemay Nivard est née en mai 1961 au Tampon, une des plus importantes communes de l'île de La Réunion. Elle quitte l'île pour la métropole à l'adolescence, et exerce ensuite la profession de soignante en psychiatrie (On songe à son alter ego guadeloupéenne Gisèle Pineau, romancière de la même génération, et qui exerce la même profession depuis 1970 en Guadeloupe). Ses recueils parlent de son métier, de la vie en métropole, mais l'île de la Réunion, ses paysages et ses êtres n'ont jamais cessé de peupler sa poésie.
Ses derniers recueils témoignent de la double appartenance : "Voyages intérieurs, poèmes sous les feuilles" (Les Xérographes, 2008) est un "voyage introspectif entre la banlieue et l’île", et "Pommes d'hôpital, rêveries sur le pont" (Les Xérographes, 2008), un recueil tout aussi intérieur, analyse, observation lucide de son environnement professionnel.

(passage du recueil)   

Végétale sphère
A planter des fougères
dans l’ombre de la maison
Des fuschias et des cimetaires
J’ai couché l’amour blessé
au nord pour que le soleil l’épargne
Le soleil et la vérité
Le fuschia a d’étranges cloches
Qui semblent à leurs façons
Des chants d’étranges origines
Des bruits d’eau de vagues de larmes
Musique des vents agités
En soupirs
En portées
Clé de sol ma terre
Clé de fa mon coeur
Clés du bonheur enterré

Rosemay Nivard ("Pommes d'hôpital, rêveries sur le port" - Les Xérographes, 2010)

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Un quart de pomme
      
De ses doigts
Malhabiles
Entre l’index
Les yeux mi-clos
Faisant le tour du cercle
Et le pouce
Au contact rugueux
Plus habitué à lever la
casquette à carreaux
Vissée entre les oreilles
L’homme à la mémoire perdue
Coupait un quart de pomme

Rosemay Nivard ("Pommes d'hôpital, rêveries sur le port" - Les Xérographes, 2010)

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Sur le site de l'éditeur Le Vert-Galant (http://vertgalant.free.fr/nivard.html), ce court extrait ne donne-t-il pas envie d'en lire davantage ?

Prisons (extrait)
      
À deux pas de la mer mer du banc de corail mer la prison
Ont-ils du sel sur les lèvres les jours gris de pluie
au brouillard des barreaux derrières ces murs blancs et gros
 

Rosemay Nivard ("Poésie couleur insulaire" - Le Vert-Galant, 2004)

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Même éditeur, avec le recueil "Douleurs et poésie créole", un extrait :

Et l'eau coulait encore (extrait)
      
Ce long fracas ininterrompu de la rivière
Grosses pierres de son chemin posées sur sable noir
Pas d'arbre et très peu d'oiseaux comme dans le désert
Écume en chorégraphie fantasmagorique
Des restes de bois semés par le dernier cyclone
Échoues dans l'eau fraîche où nagent tous les enfants
Arrivés en camionnette en cris ensoleillés
gamelles de riz, marmites de rougail ou carry
Le vent va donner le départ s'invite au soir
soulevant le sable comme secouant un mouchoir

Rosemay Nivard ("Douleurs et poésie créole", Le Vert-Galant, 2004)

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Sur le site des éditions "Les Xérographes" (dont Rosemay Nivard est présidente), autre extrait d'un poème d'un autre recueil.
* On notera l'absence de majuscule sur "marne". Il s'agit bien pourtant de l'affluent de la Seine.

Sur le bord de la marne* (extrait)
      
Sur le bord de la marne j'ai posé mes valises
Pas trop loin des îles oui le cœur est fidèle
De cette eau qui n'est plus la mer créole
Où les poules d'eau remplacent les pailles-en-queue
Où les vagues se forment aux remous des péniches
Et les barrières non de corail mais de troncs échus

Vie de jours nouveaux promenades au fil de l'eau
Adieu Cilaos montagnes broderies et jours
Sur les bords de la marne autoroute du quotidien
Les guinguettes se reposent au soleil du lundi
Ni le rhum ni le vin blanc ne sont nos amis permis
Le vol des mouettes n'est pas alangui sur les voiles
Qui claquent au vent froid du petit port bien rangé

Sur les bords de la marne je pose mes soucis gris
Alors les promenades sont bras dessus bras dessous
Tout les enfants qui courent si gaiement sont à nous
Et les éclats de rire aussi forts que la vie

Rosemay Nivard ("À fleur de peau : poèmes bat'carré des bambous à la Marne", Les Xérographes, 2007)



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