lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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Guillaume APOLLINAIRE - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Guillaume Apollinaire (1880-1918), poète français ami de Picasso et de Max Jacob écrit ses premiers poèmes à l'âge de 17 ans.

Automne

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux
Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise
Oh !* l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises.

*pas d'autre ponctuation
Guillaume Apollinaire ("Alcools" - Mercure de France 1913 - réédité en poche Poésie/Gallimard)

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Ce poème difficile est tout aussi triste (on n'en propose souvent aux élèves que la dernière strophe, "Et que j'aime...") :

Automne malade

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes* aux cheveux verts et naines
Qui n'ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule

Guillaume Apollinaire ("Alcools", 1913)
Pas de ponctuation. *Dans la mythologie germanique et scandinave les nixes sont des nymphes aquatiques qu'affectionne l'auteur (cf la Lorelei, qu'il évoque dans un autre poème). Apollinaire les qualifie de "nicettes", de l'ancien français "nice" : niais, mignon. 

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Le poème d'Apollinaire le plus connu des écoliers, paysage d'actualité :

Saltimbanques*

Dans la plaine les baladins
S'éloignent au long des jardins
Devant l'huis des auberges grises
Par les villages sans églises

Et les enfants s'en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L'ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage

Guillaume Apollinaire ("Alcools", 1913) - * aucune ponctuation


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