lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

170509

PRINT POÈTES 2011 - Michel Butor, René Depestre, André Velter et Kenneth White

sens_interdit_sourire_et_tristeLes textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation.
  Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait.

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paysage_palette_3"d'infinis paysages"

"Exprimer les liens profonds qui unissent l'homme à la nature, les célébrer ou les interroger est un des traits les plus constants de la poésie universelle. Mers et montagnes, îles et rivages, forêts et rivières, ciels, vents, soleils, déserts et collines, la plupart des poèmes porte comme un arrière-pays la mémoire des paysages vécus et traversés.
Se reconnaître ainsi tributaire des infinis visages du monde, c'est sans doute, comme le voulait Hölderlin, habiter en poète sur la terre".

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes

fl_che_fine_rouge_bas Dans cette page et les suivantes, des textes de
Michel Butor, René Depestre, André Velter, et Kenneth White,
"coureurs d'horizon"...

  Quelques pistes pour la création poétique accompagnent les textes
Beaucoup d'autres sont rangées dans les catégories précédentes
du Printemps des Poètes, et en particulier
>> PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes

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Textes (dérouler cette unique page, tous les textes y sont)

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fl_che_fine_rouge_basMichel Butor

Dé - Jour de cafard - Lectures transatlantiques - Outre-Harrar - Terres africaines - Regards regards - Sous les yeux des blockhaus désaffectés - La fontaine de jouvence - Le bourgeonnement du désert - Drapés de laques - Arborescences

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René Depestrefl_che_fine_rouge_basfl_che_fine_rouge_bas

Rage de vivre - Non-assistance à poètes en danger - Hasta la vista ... - Le temps des loups - Le temps des flamboyants - Minerai noir - Hommage à la terre natale - Nostalgie - Intempéries 99 - Libre éloge de la langue française - L'éclipse du 11 août 1999 - La rivière - Retour à un jardin de l'enfance - Identité

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fl_che_fine_rouge_basfl_che_fine_rouge_basfl_che_fine_rouge_basAndré Velter

Vers Samyé - (altitude) - Ce qui murmure de loin - Tombeau de Chantal Mauduit : Élégie ; Où que tu sois, je t'aime ; Quand je ne pense pas à toi ...  ; Je n'accepte pas ... - La vie en dansant : La poésie ne peut être coupée ni du sacré ni du réel ... ; Tout est départ ... - L'autre - Je vais plus loin que la route - Une fresque peinte sur le vide - (Ladakh)

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Kenneth Whitefl_che_fine_rouge_basfl_che_fine_rouge_basfl_che_fine_rouge_basfl_che_fine_rouge_bas

Sciure de neige - Vers l'hiver - Scènes d'un monde flottant - Les cygnes sauvages (extrait) - La lande de Rannoch - dans le train, un matin d'hiver - Au-dessus des herbes ... - Lumière du matin - Retrouvailles avec la rivière - Deux lettres de Bretagne - Le grand rivage - Finisterra - Marée basse à Landrellec - Wakan - Lumière de Scalpay - Sept vues de Virgin Gorda - Fin décembre au détroit de Jura - Le grand rivage - La vallée blanche



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Michel BUTOR - PRINT POÈTES 11 : Butor Depestre Velter White

Michel Butor, homme d'expériences

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livres_Butor_modification

quelques-unes des différentes "Modifications" apportées au roman de Michel Butor

"... Butor sait manier le langage comme un peintre sa palette ou un musicien son instrument, il veut tout signifier, tout suggérer, tout recréer, qu’il s’agisse d’un tableau, d’une mélodie ou d’un périple en eaux profondes..." (André Velter)

Michel Butor, né en 1926, a connu le succès littéraire et obtenu le prix Renaudot en 1957 avec son troisième roman, "La Modification" (éditions de Minuit), ouvrage qui implique le lecteur (voir le lien interview ci-dessous) et fait entrer son auteur dans la catégorie des écrivains du "nouveau roman" (en compagnie d'Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Claude Simon ...) Mais les étiquettes glissent sur Michel Butor, perpétuel aventurier de la littérature, ouvert à toutes les expériences, et "Degrés", roman publié en 1960, est sa dernière contribution à l'écriture linéaire.

Il s'évade, si on peut dire, de la forme romanesque avec des collages (Mobiles, 1962), des livres-objets poétiques, manuscrits, en collaboration avec d'autres artistes, plasticiens, peintres, photographes, renouvelant ainsi en toute liberté la symbiose écriture-graphisme expérimentée par les Surréalistes (Paul Éluard, Max Ernst). Il écrit aussi, toujours en collaboration avec des artistes, sur la peinture et les peintres (Alechinsky, Rembrandt, Giacometti, Paul Delvaux ...).
Son œuvre poétique se caractérise par l'inventivité du langage et l'évolution vers d'autres univers artistiques dans lesquels elle s'inscrit. Michel Butor n'écrit pas des poèmes à illustrer, mais on pourrait pratiquement dire qu'il illustre  de ses textes les créations artistiques ("Travaux d'approche", Poésie/Gallimard, 1972) ; "Lectures transatlantiques" (avec toile peinte de Pierre Leloup,1991). L'humour, et l'auto-dérision  sont prégnants dans l'observation des comportements sociaux. On est bien embarrassé pour classer les œuvres manuscrites de Michel Butor (ah, cette manie des étiquettes !) dans la catégorie "poésie" ou "art plastique" ou toute autre (peut-être "tout-autre" ?). 

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Voici comment Michel Butor termine sa propre biographie, pour Le Dictionnaire de littérature française contemporaine, en 1988 actualisée pour la réédition (Éditions Mille et une nuits, 2004) :
"Tout en continuant à courir le monde, il s’efforce de mettre un peu d’ordre dans ses papiers et dans sa tête".

livre_ZOO_Butor

"Zoo", de Michel Butor, pour les enfants, illustrations d'Olivier Tallec (Rue du Monde, 2001)

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Petite bibliographie poétique

  • Anthologie nomade (Poésie/Gallimard, 2004) ;  L’horticulteur itinérant (Éditions Léo Scheer, 2004) ; Collation (édité par "L'Instant perpétuel", 1991, avec 15 encres de Michel Sicard, et réédité plus simplement par Seghers en 2003), Travaux d'approche (Poésie/Gallimard, 1972) ; À la frontière, (éditions de La Différence 1996) ...
  • D'autres ouvrages mêlant textes poétiques, peintures, collages... ont été édités par "L'Instant perpétuel", ainsi en 2008, Sous les yeux des blockhaus désaffectés, dont on trouvera plus loin un passage.
  • Une auto-biographie augmentée de textes : Michel Butor par Michel Butor, présentation et anthologie - Poètes d'aujourd'hui, Seghers, 2003). Le livre Michel Butor par François Aubral (dans la même collection Poètes d'aujourd'hui, Seghers, 1973) n'est plus disponible, mais on peut le trouver encore en occasion.
  • Après plusieurs ouvrages, les éditions de La Différence entreprennent en 2004 la publication des Œuvres complètes de Michel Butor. Douze volumes sont prévus, au rythme de deux par an. Le XIIe tome, le dernier selon le projet (mais Michel Butor se porte bien, il en faudra davantage !) vient de paraître, en octobre 2010 (Œuvres complètes de Michel Butor, sous la direction de Mireille Calle-Gruber, Poésie 3, éditions de La Différence, 2010 -1120 pages, 49 €). Il regroupe des textes poétiques de l'auteur de 2004 à 2009. Voici le résumé de présentation de l'éditeur : Ce volume XII des oeuvres complètes est un recueil de livres eux-mêmes recueils de textes différents, où Butor voyage selon plusieurs moyens de locomotion : tantôt avec l’alphabet, tantôt avec les images des peintres et celles des paysages, tantôt encore avec les légendes et les monuments archéologiques. Il invente ainsi une façon poétique de « cultiver son jardin » et d’acclimater tout ce qui fleurit sur la terre et dans la rhétorique des langues. Des textes poétiques étaient déjà parus dans les Oeuvres Complètes : le volume IV (Poésie - Tome 1, 1948-1983) et le volume IX (Poésie - Tome 2, 1984-2003).

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Une interview de Michel Butor par Pierre Dumayet, en 1957, à propos de La modification est visible sur le site de l'INA (copier-coller le lien) : http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I00013072/michel-butor-a-propos-de-la-modification.fr.html

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Quelques-uns des poèmes qui suivent sont empruntés au site fabuleux qu'Henri Desoubeaux a dédié à Michel Butor, et où il a rassemblé, avec le "dictionnaire Butor", bien d'autres textes (copier-coller le lien) : http://henri.desoubeaux.pagesperso-orange.fr

Mais les deux premiers textes ("Dé" et "Jour de cafard") ont été empruntés sur le site que Michel Butor gère lui-même, et où il poste des poésies "au jour le jour".
On peut y prendre, avec modération, de bonnes nouvelles de l'auteur ;-) - copier-coller le lien pour une visite : http://michel.butor.pagesperso-orange.fr/Poesie_au_jour_le_jour_1.html

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                  pour Julius B.

Un Toi
Deux Nous
Trois Ciel
Quatre Couleurs
Cinq Main
Six Dé Jouez

Michel Butor (Livre Baltazar*)
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Jour de cafard

pour Henri Maccheroni

D'abord on n'a pas entendu le réveil et se levant en toute hâte
on se meurtrit le gros orteil contre un outil oublié

En se rattrapant au mur on fait tomber une gravure précieuse
dont la vitre vole en éclats les plombs sautent

Dès qu'ils sont enfin réparés le facteur sonne
apportant un avis recommandé du contrôleur des contributions

Alors on voit qu'un bouton manque au col de la chemise qu'on vient d'enfiler
c'est le moment que choisit la dent creuse pour vous rappeler
qu'il est urgent de la faire soigner
 
Michel Butor (Livre Maccheroni*) *les mentions mises ici entre parenthèses suivent le texte

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Lectures transatlantiques

                                 pour Pierre Leloup (1)

Ramper avec le serpent
se glisser parmi les lignes
rugir avec la panthère
interpréter moindre signe
se prélasser dans les sables
se conjuguer dans les herbes
fleurir de toute sa peau
Plonger avec le dauphin
naviguer de phrase en phrase
goûter le sel dans les voiles
aspirer dans le grand vent
la guérison des malaises
interroger l'horizon
sur la piste d'Atlantides

Se sentir pousser des ailes
adapter masques et rôles
planer avec le condor
se faufiler dans les ruines
caresser des chevelures
brûler dans tous les héros
s'éveiller s'émerveiller

(1) Le peintre Pierre Leloup a illustré cet ouvrage dans l'édition de 1991.
Michel Butor, 1991 ("Lectures transatlantiques" dans "À la frontière" - éditions de La Différence 1996)

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Outre-Harrar (1)

                  encore in memoriam A. R.  (2)

Frère au très loin je tourne
depuis des années sournoisement
autour de ton ombre gardée
farouchement par des spécialistes
dont tu aurais détesté la plupart
Ce qui m'a mené en maint continent
déserts ou forêts villes ou sargasses
nullement à la recherche de tes traces
mais d'un lieu pluriel d'écoute et vision
d'où poursuivre ta tentative

Stoppée par le sort après tant d'avatars
malgré tous les soins et préparations
communique-moi ta force d'écart
et ce silence à l'intérieur de tous les mots
dont la mort ne pourra qu'augmenter le pouvoir

(1) Harrar est le lieu où le poète (2) Arthur Rimbaud a vécu en  Éthiopie, à la fin de sa vie. 
Michel Butor ("Lectures transatlantiques" dans "À la frontière" - éditions de La Différence 1996)

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Terres africaines

L'épaisse peau du ventre tendu vibrant comme un arc
l'épaisse pluie sur les ténèbres de la case
l'épaisse nuit marbrée d'éclairs et de grondements
l'épaisse chaleur dégoulinant de sueur et de sève
d'épaisses larmes de lait de sang d'urine et de sperme
l'épaisse foule de solitudes croisant leurs jambes dans la danse
l'épaisse rumeur de l'épaisse forêt dans un infime coin de l'espace désert


Michel Butor ("Lectures transatlantiques" dans "À la frontière" - éditions de La Différence 1996)

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Regards regards

Ouvrez les yeux
    tournez autour
des yeux d’autrui
    des feux de joie
d’amour ou de mélancolie
    des jeux d’autrui
des feux de bois
    des yeux des roses
des iris au bord des étangs
    de rage ou de divination
des yeux des choses
    du bois d’autrui
des feux d’iris
    des yeux des murs
des jeux des rois
    ouvrez les bois
tournez autour
    des feux d’autrui
de leurs étangs
    de rage ou de mélancolie
plongez au fond
    des yeux des roses
iris d’autrui
    feux des étangs
ouvrez les murs
    autour des yeux
d’amour ou de divination
    réchauffez-vous
éclairez-vous
    enivrez-vous
aux rois des jeux
    aux feux des choses

Michel Butor ("L’horticulteur itinérant", Éditions Léo Scheer, 2004)

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Les textes de Michel Butor ci-dessous sont, parmi d'autres, proposés par le site du Printemps des Poètes à l'adresse: http://www.printempsdespoetes.com (copier-coller le lien)
On peut en lire beaucoup d'autres sur le site que l'auteur gère lui-même, et où il poste ces "poésies au jour le jour" : http://michel.butor.pagesperso-orange.fr/Poesie_au_jour_le_jour_1.html (copier-coller le lien)

La fontaine de jouvence

pour Claude Viallat

1
Ruissellement
Nuages dans le ciel
vagues sur la mer
torses dans les plis
oiseaux dans les bois
Ce sont des gouttes
Nuages sur la mer
torses dans les bois
promesses des livres
caravelles sous le vent
Ce sont des sables
qui glissent
Nuages sur les bois
promesses du vent
sargasses dans la tourmente
vitraux sur la ville
Ce sont des gouttes
et des sables
qui glissent entre mes lèvres
Nuages dans le vent
sargasses de flammes
îles sur le fleuve
poissons dans la nuit
Ruissellement de sable

Michel Butor (extrait de "poésie au jour le jour 2", site de l'auteur)

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Le bourgeonnement du désert

pour Mona Saudi

1
Dans la nuit des temps
il y eut l'errance
avec les pierres dans l'attente
Dans le lointain
il y eut les premiers feux
avec la patience des pierres
Dans la distance
il y eut les peuples qu'on ne sait pas nommer
avec la taille des pierres
Dans l'oubli
il y eut les cavernes
avec l'érosion des pierres

2
Dans le silence et dans la nuit
il y eut les premières tombes
avec l'éclatement des pierres
Dans la hantise et le lointain
il y eut les premiers outils
avec le façonnement des pierres
Dans la transparence et la distance
il y eut les premiers villages
avec la solitude des pierres
Dans la mémoire et l'oubli
il y eut les premiers tissages
avec la permanence des pierres

Michel Butor (extrait de "poésie au jour le jour 5", site de l'auteur)

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Drapés de laques

pour Béatrice Mazzuri

C'est l'enveloppement d'un ciel du soir
autour des épaules de l'horizon
puis l'ombre se cristallise en braises
d'où germe un rosier de flammes
qui lèchent et carbonisent la forêt
C'est une agitation de bannières
devant les sillons qui se tordent
sous la fumée des feuilles mortes
roulement de vagues mouillées
dans le chuchotement de l'automne
C'est une rafale de neige
douce comme une caresse
au long des jambes du paysage
qui se blottit au creux du lac
entre les portes des glaciers
C'est une étole de cristaux
taillés en écailles si fines
qu'elles ruissellent sur les yeux
au moindre pas le long des falaises
dans le vertige des embruns


Michel Butor ("poésie au jour le jour 3", site de l'auteur)

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Textes manuscrits et collages composent l'ouvrage "Géographie parallèle", édité à peu d'exemplaires en 1998. Cette œuvre comprend 50 textes. Elle est l'objet d'expositions, et de textes d'accompagnements supplémentaires, tous lisibles sur le site de Michel Butor. Parmi ces textes, celui-ci a été retenu par le Printemps des Poètes : 

Arborescences

pour Joël Leick

Les poussières
de l'Afrique
se sont fourrées
sous nos ongles
entre nos orteils
nos paupières
nos cheveux
et nos dents
à l'intérieur
de nos oreilles
de nos narines
où elles germent
en minuscules
radicelles
qui s'allongent
au long de nos veines
et de nos nerfs

Ainsi la brousse

et la savane
ont envahi
notre poitrine
une rauque fêlure
transforme notre voix
des baobabs
encore nains
décorent nos paumes
métamorphosant
nos lignes de vie
et de chance
il suffit maintenant
de les appliquer
à nos tempes
et nous entendons
le feulement des hyènes

Tout notre corps
est tatoué de lianes
creusées çà et là
de bassins boueux
où viennent boire
gnous et koudous
soucis et hantises
courant sur nos ventres
pour se faufiler
entre les branches
de nos genoux
notre Zambèze intérieur
quand il déborde
transfigure les vallées
qui nous entourent
en l'arbre interdit
de notre royaume perdu

Michel Butor ("Géographie parallèle", Coaraze, Amourier, collection "Carnets", 1998)


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René DEPESTRE - PRINT POÈTES 11 : Butor Depestre Velter White

René Depestre, l'éternel dissident

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"... j'avance les pieds nus
dans l'herbe de ma négritude" ...

 (René Depestre, extrait du poème "Prélude" dans le recueil "Un arc-en-ciel pour l'Occident chrétien", 1967)

  Depestre_livre_rage_de_vivre

René Depestre - Rage de vivre (Œuvres poétiques complètes, Seghers, 2006) - Cet ouvrage rassemble ses écrits poétiques, en vers et en prose, jusqu'en 2006 . Le titre "Rage de vivre", inscrit comme une devise sur le front de l'auteur, résume plutôt bien son parcours de poète et d'homme libre.

"Rage de vivre", expression qui revient souvent dans les écrits de René Depestre, est aussi le titre d'un poème :

Rage de vivre

Seuls les oiseaux confiants de l’enfance peuvent
aider un homme en exil à voyager jusqu’aux
premières années de sa vie. Ce matin d'août
le sûr radar d'un colibri guide mon sang
dans l'espace le plus secret d'un amandier
où je découvre enfin la rage et l'art de vivre
tout près de l'ordre esthétique des grands arbres
.

René Depestre ("En état de poésie" - Éditeurs Français Réunis, 1980)
 

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René Depestre est né en Haïti en 1926 (la même année que Michel Butor). Son premier recueil de poésie, Étincelles, paraît en 1945 et le fait connaître bien au-delà des rivages de son île. Avec d'autres auteurs haïtiens, il fonde l'hebdomadaire La Ruche, à la fois revue poétique et journal contestataire, qui appelle à résister au gouvernement dictatorial d'Elie Lescot. Cette prise de position a pour conséquence l'interdiction de la revue et vaut à René Depestre un séjour en prison, mais le dictateur est renversé peu de temps après par la révolte des Haïtiens.
René Depestre participe à la création du Parti marxiste haïtien et publie un second recueil, Gerbe de sang (1946), avant d'être expulsé du pays par un nouveau régime militaire.
Il séjourne en France jusqu'en 1950, et côtoie d'autres artistes, notamment poètes et proches de ses idées : Louis Aragon, Tristan Tzara, Guillevic, Pierre Seghers, Paul Éluard, Blaise Cendrars, Édouard Glissant, Claude Roy ...
Expulsé de France pour ses prises de position contre la colonisation (fondation de la revue Présence africaine), il trouve refuge dans divers pays de l'Est, dont il critique les régimes staliniens.
Le Cuba du dictateur Battista l'attire, sans doute pour sa grande proximité avec Haïti, son île natale, mais là encore, il est banni du territoire. Après un périple qui le conduit dans divers territoires d'Amérique du Sud, où il recontre Pablo Neruda (au Chili), puis à nouveau en France, il poursuit son oeuvre poétique, plus que jamais engagée, politiquement et socialement. "Minerai noir" paraît en 1956, avec pour thème l'esclavage. C'est aussi cette année-là qu'il rompt définitivement avec le stalinisme.
Son retour à Haïti en 1957 n'est évidemment pas un heureux événement, puisque le pays vit alors sous la dictature de François Duvalier, (appelé "Papa Doc", d'où la "papadocratie", que maintiennent les tristement célèbres "Tontons Macoutes"). En 1959, séduit par l'aventure révolutionnaire cubaine, et  à l'invitation du poète Nicolas Guillèn, René Depestre rejoint Fidel Castro et Che Guevara à Cuba.
Mais cet éternel dissident finira par rompre avec le régime castriste. René Depestre vit aujourd'hui dans le sud-ouest de la France ("... très loin du désert cubain qui pipait les dés du fond de mon âme"...  "7 poèmes d'adieu à la révolution cubaine", 1992). 

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"... Moi, je n'ai jamais connu cette sorte de malaise existentiel dû à l'exil, parce que j'emporte avec moi partout où je vais Haïti, mon chez-soi haïtien; mon chez-soi insulaire m'a toujours accompagné, mon natif natal fait parti de mon nomadisme si je peux dire" ... (René Depestre, dans un entretien avec Frantz Leconte, en 1995 - voir plus bas dans cette page).

"Haïti, il y a des centaines d'années que j'écris ce nom sur le sable, et la mer toujours l'efface."
René Depestre ("Étincelles", 1945)

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petite bibliographie

  • Poésie : Étincelles, (Port-au-Prince,Haïti, Imprimerie de l'État, 1945) ; Gerbe de sang (1946) ; Végétations de clarté (1951) ; Traduit du grand large (1952) ; Minerai noir (dans la revue Présence africaine, 1956) ; Journal d'un animal marin (1964, réédité sous le même titre en 1990, augmenté d'autres recueils) ; Un arc-en-ciel pour l'Occident chrétien (1967) ; Cantate d'octobre (1968) ; Un poète à Cuba (1976) ; En état de poésie (1980) ; Au matin de la négritude (1990) ; Anthologie personnelle (1993, Prix Apollinaire) ; Un été indien de la parole (2001) ; Non-assistance à poètes en danger (2005) ; Rage de vivre (sous titré "Œuvres poétiques complètes", Seghers, 2006).
  • Romans : Le Mât de cocagne, 1979 ; Hadriana dans tous mes rêves (Gallimard, 1988, Prix Théophraste Renaudot) ; L'oeillet ensorcelé, 2006.
  • Essais : Pour la révolution pour la poésie, 1974 ; Bonjour et adieu à la négritude (1989) ; Le Métier à métisser, 1998 ; Ainsi parle le fleuve noir, 1998.

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Non-assistance à poètes en danger

La tendresse des poètes voyage
en baleine bleue autour du monde :
aidez-nous à sauver cette espèce
en voie de disparition
.

René Depestre (dans le chapitre "Mythes en perdition du recueil "Non-assistance à poètes en danger" - Seghers, 2005)

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C'est pour avoir contribué, comme René Depestre, au soulèvement de 1946 contre la dictature de Lescot que le déjà poète, peintre, écrivain et futur reporter-photographe engagé Gérald Bloncourt est expulsé d'Haïti, à l'âge de vingt ans. C'est en France qu'il développera ses talents  :

"J’ai vécu une bonne partie de ma vie en France, j’y ai vécu des aventures, j’y ai vécu l’amour... mais Haïti, je l’ai toujours gardée dans les entrailles". (Gérald Bloncourt)

Hasta la vista ...

à mon camarade Gérald Bloncourt

Bourreaux rendez-moi mon ami
bourreaux rendez-moi la colère de ses yeux
entre mille trahisons
vous avez choisi un lourd matin d'exil !
Mais là-bas aussi il luttera contre vous.

Que savez-vous des lèvres qui s'entendent
que savez-vous de lui, que savez-vous de la Révolution
pour vous le monde a des limites
pour vous la vie est un petit cercle
mais les buts sont pareils sur la terre de France !

Vous n'avez pas détruit nos foyers
vous n'avez pas coupé notre entente
bien haut par-dessus vos têtes d'assassins
bien haut par-dessus tant de crimes
nos mains sont soudées par l'unique espérance.

Qu'importe la distance qu'importent les vagues
qu'importe ce départ qu'importe l'au revoir
le même soleil nous éclaire
la même colère nous soulève
la Révolution est toute notre vie !

Il y eut des hommes à Guernica
il y a des hommes dans mon pays
il y a des hommes sur la terre de France
le même sang, le même espoir, le même amour.

Que ce soit ici que ce soit Paris
que ce soit Rio que ce soit Boston
le seul soir qui compte,
est celui de la Révolution !

Bourreaux rendez-moi mon ami !
Vous ne l'avez pas tué
vous ne l'avez pas brisé
Bourreaux rendez-moi son âge
que vous avez trahi !

Mais déjà il y a des feux sur les rivages
de France
mille visages attendent mille espoirs renaissent
debout, soldats de la Révolution
Voici venir Gérald BLONCOURT.

René Depestre (dans la revue hebdomadaire qu'il a fondée, "La Ruche", février 1946) 

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Le temps des loups

(…)
Nous vivons un temps mal défendu contre la strangulation
demain quand je serai Roi de mes créations
quand je serai roi de chaque goutte de ma sueur
j'inventerai une morale pour les hommes
une vertu pour les femmes
une conduite pour les gosses
quand on sera tous ensemble sur la terre
comme des dents d'une même bouche.
O quel temps de chacals !

René Depestre  ("Gerbe de sang" - Imprimerie de l'État, Port-au-Prince, Haïti, 1946)

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Le temps des flamboyants

Le poète a enfin choisi sa route
par ce matin où
il y a des flamboyants dans tous les yeux
il a pris sa revanche contre la tête hideuse du monde
De toute sa colère empruntée au vent d’août
il a fracassé la boîte osseuse de ce siècle fou

Ô délices du poète devant ce rouge réveil des hommes
toutes les rumeurs ensemble qui se lèvent
et font penser au petit matin de la prison
le chant du coq et la voix enrouée d’une gaillarde
le frottement d’un balai et des amours qui se meurent
d’autres métamorphoses Ô la chance de vivre
et de tenir son pouls là comme une bille qui bouge
et ces monstres qui reviennent Filles de mes dégoûts
et toi infernale Enfant Notre-Dame de la diablesse
de rude écorce et si souvent câline

moi je ne sors ni d’un hôtel ni d’un château
bas-fonds-des-villes abris-sans-lumière
je lance mon pus dans le jeu et le chaos
comme le seul espoir que mes mains tiennent avec amour
Voici que je reviens plus féroce de tous mes éreintements
je reviens avec comme ressources vingt ans de sorcellerie
je reviens avec dans mes veines la foudre noire de l’innocence
je reviens et j’ai choisi d’être tigre quand tous les hommes sont loups

ce matin il y a des flamboyants autour de mes pensées
il y a des flamboyants partout où l’on peut aimer
et je redis encore pour ceux dont les oreilles sont dures

Voici le temps maudit où le poète a choisi de vivre.

René Depestre ("Gerbe de sang" - Imprimerie de l'État, Port-au-Prince, Haïti, 1946)

"Minerai noir marque un tournant dans ma poésie qui est devenue beaucoup plus diversifiée et qui ouvre, finalement, l'œuvre d'un poète de la négritude". (René Depestre, dans un entretien avec Frantz Leconte, en 1995) - Vous pourrez lire et écouter entièrement cet entretien de 85 minutes ici, après avoir copié-collé ce lien dans votre navigateur : http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/depestre_entretien.html

 

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Minerai noir

Quand la sueur de l'Indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien
De sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l'inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l'épaisseur du minerai noir
Et tout juste si des chimistes ne pensèrent
Au moyen d'obtenir quelque alliage précieux
Avec le métal noir tout juste si des dames ne
Rêvèrent d'une batterie de cuisine
En nègre du Sénégal d'un service à thé
En massif négrillon des Antilles
Tout juste si quelque curé
Ne promit à sa paroisse
Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
Ou encore si un brave Père Noël ne songea
Pour sa visite annuelle
À des petits soldats de plomb noir
Ou si quelque vaillant capitaine
Ne tailla son épée dans l'ébène minéral
Toute la terre retentit de la secousse des foreuses
Dans les entrailles de ma race
Dans le gisement musculaire de l'homme noir
Voilà de nombreux siècles que dure l'extraction
Des merveilles de cette race
Ô couches métalliques de mon peuple
Minerai inépuisable de rosée humaine
Combien de pirates ont exploré de leurs armes
Les profondeurs obscures de ta chair
Combien de flibustiers se sont frayés leur chemin
À travers la riche végétation des clartés de ton corps
Jonchant tes années de tiges mortes
Et de flaques de larmes
Peuple dévalisé peuple de fond en comble retourné
Comme une terre en labours
Peuple défriché pour l'enrichissement
Des grandes foires du monde
Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle
Nul n'osera plus couler des canons et des pièces d'or
Dans le noir métal de ta colère en crue

René Depestre ("Minerai noir" - dans la revue Présence africaine, 1956)

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Hommage à la terre natale

Me voici
citoyen des Antilles
l’âme vibrante
je vole à la conquête des bastilles nouvelles.
Je glane dans les champs ensoleillés
des moissons d’humanité
j’interroge le passé
je mutile le présent
j’enguirlande l’avenir
tout mon être aspire au soleil!

Me voici
fils de l’Afrique lointaine
partisan des folles équipées.
Je cherche la lumière
je cherche la vérité
je suis amoureux de l’âme de ma patrie.

Me voici
nègre aux vastes espoirs
pour lancer ma vie
dans l’aventure cosmique du poème
j’ai mobilisé tous les volcans
que couvait la terre neuve de ma conscience
et j’ai renversé
par un pompeux coup d’État
toutes les disciplines nuageuses de mon enfance.

Me voici
prolétaire
je sens gronder en moi la respiration des foules
je sens vibrer en moi la rage des exploités
le sang de toute l’humanité noire
fait éclater mes veines bleues
j’ai fondu toutes les races
dans mon cœur ardent.

Me voici
poète
adolescent
poursuivant un rêve immense d’amour et de liberté.

René Depestre  ("Étincelles" - Imprimerie de l'État, Port-au-Prince, Haïti, 1945)

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Nostalgie

Ce n’est pas encore l’aube dans la maison
La nostalgie est couchée à mes côtés.
Elle dort, elle reprend des forces,
Ça fatigue beaucoup la compagnie
D’un nègre rebelle et romantique.
Elle a quinze ans, ou mille ans,
Ou elle vient seulement de naître
Et c’est son premier sommeil
Sous le même toit que mon cœur.

Depuis quinze ans ou depuis des siècles
Je me lève sans pouvoir parler
La langue de mon peuple,
Sans le bonjour de ses dieux païens
Sans le goût de son pain de manioc
Sans l’odeur de son café du petit matin.
Je me réveille loin de mes racines,
Loin de mon enfance,
Loin de ma propre vie.

Depuis quinze ans ou depuis que mon sang
Traversa en pleurant la mer
La première vie que je salue à mon réveil
C’est cette inconnue au front très pur
Qui deviendra un jour aveugle
À force d’user ses yeux verts
À compter les trésors que j’ai perdus.

René Depestre ("Journal d'un animal marin", Seghers, 1964 - réédition Gallimard, 1990)

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Un mois avant la tempête du 31 décembre 1999 qui a mutilé les forêts françaises, d'importantes inondations dévastent plusieurs départements du sud-ouest, l'Aude en particulier. Lézignan-Corbières, où vit aujpurd'hui René Depestre, est une des communes les plus touchées. Pierre Tournier, décédé en juillet 1999 en était le Maire :

Intempéries 99

à Pierre Tournier

Au-delà des vignes naufragées
au-delà des maisons éventrées
et des rêves partis en fumée,
au-delà des yeux qui ont tout perdu,
au-delà des vies que la pluie a humiliées,
dans la blessure la plus vive de l'esprit
la cicatrice fait son oeuvre de tendresse :
des oiseaux innocents réapprennent
à chanter dans le silence des gens.

Lézignan-Corbières, novembre 1999

René Depestre ("Non-assistance à poètes en danger", Seghers, 2005)

 

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Libre éloge de la langue française

à Olivier Germain-Thomas

De temps à autre il est bon et juste
de conduire à la rivière
la langue française
et de lui frotter le corps
avec les herbes parfumées
qui poussent bien en amont
de nos vertiges d’ancien nègre marron.

Ce beau travail me fait avancer à cheval
sur la grammaire à notre Maurice Grevisse :
la poésie y reprend du poil de la bête
mes mots de vieux nomade ne regrettent rien
ils galopent de cicatrice en cicatrice
jusqu’au bout de leur devoir de tendresse.

Debout sur les cendres de mes croyances
mes mots ont la vigueur d’un épi de maïs,
mes mots à l’aube ont le chant pur de l’oiseau
qui ne vend pas ses ailes à la raison d’État.
Mes mots sont seulement des matins de labours
éblouis de sève qui forcent avec amour
les portes du désert cubain qu’on leur a fait.

Ce sont les mots frais et nus d’un Français
qui vient de tomber du ventre de sa mère :
on y trouve un lit, un toit, un gîte
et un feu pour voyager librement
à la voile des mots de la real-utopie!
laissez-moi apporter les petites lampes
de la créolité qui brûle en aval
des fêtes et des jeux vaudous de mon enfance :
les mots créoles qui savent coudre les blessures
au ventre de la langue française,
les mots qui ont la logique du rossignol
et qui font des bonds de dauphin
au plus haut de mon raz-de-marée;
les mots sans machisme aucun qui savent grimper
toutefois à la saison bien lunée des femmes
mes mots de joie et d’ensemencement profond
au plus dru et au plus chaud du corps féminin,
tous les mots en moi qui se battent
pour un avenir heureux
oui je chante la langue française
qui défait joyeusement sa jupe
ses cheveux et son aventure
sous mes mains amoureuses de potier
.

René Depestre ("Anthologie personnelle", Actes Sud, 1993)

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Ci-dessous, des textes, parmi ceux proposés pour ce thème 2011 du paysage, par le site du Printemps des Poètes à l'adresse (à copier-coller) : http://www.printempsdespoetes.com :

L'éclipse du 11 août 1999

La galaxie compte un nombre infini
de sphères au gaz incandescent.
L'étoile qui protège ma rage de vivre
est une inconnue entre des milliards d'autres :
aussi banale que la pluie d'août mon amie rouge
concède à ma vie trois minutes de douceur
lors d'un éphémère soir de tendresse.

René Depestre ("Non-assistance à poètes en danger", Seghers, 2005)  

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La rivière

Voilà, c'est fait, je suis devenu une rivière.
Ce sera une grande aventure jusqu'à la mer.
Quel nom me donnera-t-on sur les cartes ?
D'où vient ce cours d'eau inconnu ?
Quel ciel reflète-t-il dans ses flots ?
Quelle paix, quelle faim, quelle douleur ?
Pardonnez-moi messieurs les géographes
Je ne l'ai pas fait exprès
J'aimais voir couler l'eau
Sur toutes les soifs
Il y a tant d'assoiffés dans le monde
Pour eux me voici changé en rivière !
Je n'aimais pas voir couler les larmes
Étant rivière je pourrai qui sait
Couler à leur place.
Je n'aimais pas voir verser le sang
Étant rivière je pourrai
Être versé partout à sa place.
Mon destin est peut-être d'emporter
À la mer toutes les peines !

René Depestre ("Journal d'un animal marin", Seghers, 1964 - réédition Gallimard, 1990)

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Une belle opportunité de visiter la flore et la faune d'Haïti, et peut-être de créer son propre jardin d'enfance avec des végétaux et des animaux réels ou imaginaires ...

Retour à un jardin de l'enfance

En ce temps-là mon foyer était un jardin
je suivais le seul feu de mes voisins-arbres
le goyavier imitait pour moi l'éléphant
je voyageais sur son dos aussi loin
que le permettait le manguier
qui se méfiait des animaux trop amicaux
l'oranger partageait avec moi les pastèques
le tamarinier était un oncle
qui racontait des histoires de cyclones fabuleux
le quenêpier pour me plaire
mettait un singe à chacune de ses branches
tandis que le bananier changeait son régime en volée de perroquets
l'acajou-enfant me révéla un matin :
- lorsque je serai grand je confierai mon bois
aux mains d'une fée qui fabrique des pianos.

René Depestre ("En état de poésie, Les Éditeurs Français Réunis, 1980)

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Cette simple identification parallèle à un élément du paysage ouvre aussi d'intéressantes pistes de création poétique...

Identité

à François Hébert

Un homme tendre du Québec
un jour d'été dans une forêt natale,
murmura : je suis un sapin.
Moi, loin de Jacmel, un soir d'hiver,
j'ai susurré* : je suis un cocotier.
Le monde entier en nous deux
a reconnu des fils jumeaux de sa beauté.

René Depestre ("En état de poésie, Les Éditeurs Français Réunis, 1980) - * susurrer prend bien deux "r" (attention à la faute de frappe sur le document du "Printemps" des Poètes")


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150509

PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français - SOMMAIRE

sens_interdit_sourire_et_triste Les textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation.
  Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 


paysage_palette_3"d'infinis paysages"

"Exprimer les liens profonds qui unissent l'homme à la nature, les célébrer ou les interroger est un des traits les plus constants de la poésie universelle. Mers et montagnes, îles et rivages, forêts et rivières, ciels, vents, soleils, déserts et collines, la plupart des poèmes porte comme un arrière-pays la mémoire des paysages vécus et traversés.
Se reconnaître ainsi tributaire des infinis visages du monde, c'est sans doute, comme le voulait Hölderlin, habiter en poète sur la terre".

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes

  Quelques pistes pour la création poétique accompagnent les textes
Beaucoup d'autres sont rangées dans les catégories précédentes
du Printemps des Poètes, et en particulier
>> PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes

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sommaire  (cliquer sur le n° de page ou sur les textes souhaités)

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-  page 1 (vous y êtes) : comptines, chansons... et A B -

comptines, chansons, haïkus

COMPTINES et CHANSONS
HAÏKUS

auteurs de langue française

page 1 (vous y êtes) : Adrover à Besse 

Claudia ADROVER  - La Loire au plus près
Corinne ALBAUT - Les gratte-ciel
Pierre ALBERT-BIROT
  - Admiration ; Le jardin suspendu ; L'oreille fine ; Poème-pancarte
Guillaume APOLLINAIRE   - Automne ; Automne malade ; Saltimbanques
Marc ALYN   - Un printemps tout neuf ; Bulletin de santé 
Paul ARÈNE  - Paysage ; Chronique d'automne 
Théodore de BANVILLE - À la Forêt de Fontainebleau ; L'hiver
Charles BAUDELAIRE   - L'étranger : L'Homme et la mer ; Invitation au voyage ; Harmonie du soir ; Le coucher de soleil romantique ; Le soleil ; Paysage
Pierre BÉARN   - Usine de campagne
Luc BÉRIMONT - La nuit d'aube ; Comme des eaux qui se dénouent ; Je t'attends aux grilles des routes
Michel BESNIER   - Mes résidences
Robert BESSE   - L'arc-en-ciel ; Le lézard 

page 2 (cliquez sur l'auteur recherché) : Bonnefoy à Chesneau 


Yves BONNEFOY / Que ce monde demeure ; Rouler plus vite ; La maison natale ; Le soir ; La seule rose ; La charrue ; Les flambeaux ; Une voix ; La tâche d'espérance ; De grands blocs rouges ; Le nuage rouge
Alain BOSQUET / Un enfant m'a dit ; Arbre ; J'écrirai ; Mer
Alain BOUDET / Elle souffle sur la lune ... ; L'éclair joint le feu à la source ...
Nicolas BOUVIER
/ Les Indes galantes ; Les feuilles des noyers ; Novembre ; Printemps kurde ; Morte saison
Jacques BREL / Le plat pays ; Les Marquises
Michel BUTOR / voir la catégorie dédiée (en haut de page)
Hélène CADOU
/ Plus d'avenir ; Le temps réconcilié ; L'arbre ; Encore un dimanche à rêver ... ; Il faut laver ce que tu dis ...
Maurice CARÊME / Entre Margny et Breux ; Le ciel ; L'automne ; Le nuage ; La grille est toute blanche ; Le brouillard ; Automne en ville ; L'homme et l'enfant ; Il a neigé ; Le sentier se perdait ; Que la mer est belle ! ; Je sais ... ; La mer ; Sur la plage ; Gare isolée ; Étranges fleurs ; L'écureuil  
André CASTAGNOU / Le fleuve
Blaise CENDRARS / Prose du Transsibérien ; Mississipi ; Paysage ; Îles ; Coucher de soleil ; Couchers de soleil ; A tribord Bahia ; Bleus ; Trouées ; Dans le train
Gilbert CESBRON / Les nuages blancs
Anne-Marie CHAPOUTON / Rêve 4
René CHAR / La Sorgue
Jacques CHARPENTREAU / Les fils de la vierge ... ; La clé des champs ; La mer s'est retirée
Andrée CHEDID / Les routes
Marc CHESNEAU / Paysage

page 3 (cliquez sur l'auteur recherché) : Clancier à Gamarra 

Georges-Emmanuel CLANCIER / Les ajoncs, la pierraille ... ; Escales ; Le guet
Paul CLAUDEL / Salut, pays ! Paysage français
Pierre CORAN / Orage
Charles CROS / Songe d'été
Lise DEHARME / Le pêcheur endormi ; Curieuse ( avec texte de Max Rongier)
Robert DESNOS / Les rivières claires ; Le carré pointu ; Par un point situé sur un plan ... ; L'anneau de Moebius ; Ma sirène
Robert DESNOUES / Marche en Provence ; La mort du peintre
Joachim DU BELLAY / Heureux qui, comme Ulysse ... ; D'un vanneur de blé aux vents
Chantal DUPUY-DUNIER
/ Saorge
Marie-Jeanne DURRY / Chanson
Paul ÉLUARD / Monde ébloui, Monde étourdi ; Je te l'ai dit ; La terre est bleue
Pierre EMMANUEL / Par delà les vergers ... ; Dédicace d'Orphée
Jean FERRAT / La montagne ; Ma France ; Raconte-moi la mer ; autres passages de chansons
Maurice FOMBEURE / Images du village ; "Terre-Terre" ; Le coquillage ; Présence des automnes
Paul FORT / La mer ; La ronde autour du monde ; Autour de l'océan ; La Méditerranée ; Montagne ; La pluie
André FRÉNAUD / Pays retrouvé ; Où est mon pays ?
Pierre GAMARRA / Barcarolle dans la ville ; Paysage ; Secrets ; La pluie

page 4 (cliquez sur l'auteur recherché) : Gautier à Leconte de l'Isle   

Théophile GAUTIER / Décembre ; Le pin des Landes ; Le sentier ; Soleil couchant ; Premier sourire du printemps ; Promenade nocturne ; La fleur qui fait le printemps ; Paysage ; Pensées d'automne ; En allant à la Cahrtreuse de Miraflorès
Rosemonde GÉRARD / L'année ; Paysage ; Le jardin vivant ; Les peupliers
Marie GEVERS / Octobre ; Chanson pour apprendre aux cinq sens à aimer la pluie ; Repas du matin
Marc-Adolphe GUÉGAN / Poèmes courts (6 textes)
Yvan GOLL et Claire GOLL / Renouveau ; Faal ; Le semeur d'hexagones ; Transmutations ; d'Yvan à Claire
Julien GRACQ / Aubrac ; L'Èvre ; Qu'est-ce qui nous parle dans un paysage ?
Luce GUILBAUD / Arbre au bord de la route ... ; Le nuage ; Une petite maison ; Le vent ; J'étais perdue ; Je jouais
Louis GUILLAUME / Noir comme la mer ; Soir ; Maison de vent
GUILLEVIC / La plaine, les vallons plus loin ... ; Recette ; Image ; Le vent ; La pomme ; Le soleil ; Arbre l'hiver ; LA forêt ; Inclus ; L'arbre ; La saison ; La vague ; L'arbre (deuxième texte) ; Requis ; Habitations ; Un mur ; Cerisier ; Hirondelle ; Regarder ; Carnac ; Azur ; Transparences ; Rivière
Anne HÉBERT / La neige ; La nuit ; Leçons de ténèbres
Franz HELLENS / Manège d'hiver
Émile HENRIOT / Le village ; Paysages ; Aquarelles
José María de HEREDIA / Les conquérants ; Le récif de corail ; Bretagne
Victor HUGO / Le semeur ; Printemps ; Le feu du ciel ; Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir ; La source ; L'expiation ; Stella ; Le poète s'en va dans les champs ; Va-t-en, me dit la bise ; Bièvre ; Promenade dans les rochers ; Spectacle rassurant ; Pluie d'été ; Joie des choses ; Le matin - En dormant ; Le Vésuve
Philippe JACCOTTET / Les eaux et les forêts ; Nouvelles notes pour la semaison ; Je marche dans un jardin ... : Fruits ; L'aurais-je donc inventé ? ... ; Jour à peine plus jaune ... ; Chemin de montagne
Francis JAMMES / Un jour bleu de l'été ... ; Le vieux village ; Le pays natal ; Ô Jammes (poème de Charles Guérin)
Georges JEAN / Ville inconnue ; Dans un bistrot
Vénus KHOURY-GHATA / À Yasmine ; La forêt a peur ; La surface d'un automne ; La voie lactée ... ; À quoi sert l'école ? ;  À quoi sert un nuage ?
Jules LAFORGUE / Chanson d'automne ; Couchant d'hiver ; Crépuscule de dimanche d'été
Alphonse de LAMARTINE / Milly ou la terre natale (I) ; Milly ou la terre natale (II) ; Le vallon
Luce LAURAND / Le chemin
Guy LAVAUD / Nocturne ; Un pin ; Combats
Philéas LEBESGUE / Petit village ; Le village ; Terre d'amour ; Le plus beau pays du monde
Charles-Marie LECONTE DE L'ISLE /
Les éléphants ; La panthère noire ; Le rêve du jaguar ; La forêt vierge ; Paysage polaire ; Midi

page 5 (cliquez sur l'auteur recherché) : Lebrau à Nerval   

 
Jean LEBRAU / Dans les Corbières ; Octobre ; La fleur rose ; Fin d'octobre ; Le vent
Madeleine LE FLOCH / Vers exclusif
Madeleine LEY / La fin des vacances ; Dans les bois noirs
Bernard LORRAINE / Au début ... 
Olivier de MAGNY / À sa demeure des champs
Jeanne MARVIG / Le ruisseau ; La voiture roulait ; L'Arbre
Stéphane MALLARMÉ / Renouveau ; Peindre un paysage
Guy de MAUPASSANT / Nuit de neige ; Le moulin
Pierre MENANTEAU / Qu'elle est belle la Terre ; Ah ! que la Terre est belle !
Henri MICHAUX / Arbres des tropiques ; Contre ! ; Dans ce pays, il n'y a pas de feuilles ... ; Equateur ; La forêt ; La Cordillera de los Andes ; Arbres
Jean MORÉAS / La feuille des forêts ; Dans l'âtre brûlent les tisons ... ; Memento ; La lune d'argent ; Eau printanière, pluie harmonieuse ... ; Ô mer immense ...Quand je viendrai m'asseoir dans le vent ...
Jean-Luc MOREAU / L'oncle Octave
Georges MOUSTAKI / Mon Île de France
Alfred de MUSSET / À mon frère, revenant d'Italie 
Gérard de NERVAL / Avril ; Le coucher du soleil

page 6 (cliquez sur l'auteur recherché) : Noailles à Serres 

Anna de NOAILLES / Chaleur ; Le jardin et la maison (Crépuscule) ; Il fera longtemps clair ce soir ... ; Matin de printemps ; Matin d'été ; Les bords de la Marne
Marie NOËL / Chant de rouge-gorge ; L'île ; Chant de nourrice ; Si j'étais plante
Germain NOUVEAU / En forêt
Jean ORIZET / Sur la prunelle des saisons ; L'or sous le givre ; Haute ponctuation du silence
Louisa PAULIN / voir la catégorie PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES - traductions
Charles PÉGUY / Présentation de la Beauce à Notre-Dame-de-Chartres
Benjamin PÉRET / Les temps révolus
Cécile PÉRIN / Aube ; Danse ; Arc-en-ciel ; Oasis ; Chant à voix basse
Louis PIZE / Montagne
Gisèle PRASSINOS / Dans tes yeux il y a la mer ; La neige
Jacques PRÉVERT /
Soyez polis ; Chanson pour chanter à tue-tête et à cloche-pied ; Le paysage changeur ; Immense et rouge ; Un vent fou ; Le ruisseau ; La plage des sables blancs ; Exilé des vacances ; Les palmes et les branches ; La couleur locale ; Tournesol ; Sables mouvants ; Nuages ; Le vrai jardinier ... ; La pluie ...
Raymond QUENEAU / Pins, pins et sapins ; Port ; Vesper
Jeanne RAMEL-CALS / Robes de printemps
Charles-Ferdinand RAMUZ / Le pays ; Le saule ; Chaleur
Henri de RÉGNIER / Le jardin mouillé ; Paysage ; Les pins ; le bois de pins ; Soir d'automne ; La lune jaune ; Promenade ; En forêt
Pierre REVERDY /  Calme intérieur ; De la pierre à l'eau ; Horizon ; Heure ; Son de cloche ; La neige tombe ; Temps couvert ; En face ; Les ardoises du toit
Jean RICHEPIN / Le chemin creux ; La neige est belle
Madeleine RIFFAUD / Nuit
Ann ROCARD / Bien au chaud
Pierre de RONSARD /  Ode à la Fontaine Bellerie ; Contre les bûcherons de la forêt de Gastine ; Ciel, air et vents, plains et monts découverts
Jacques ROUBAUD / Un matin ; Rondeau étrange des visages et paysages ; mettons ; square de Louvois ; rue de Bretagne ; Les mouettes
Jean ROUSSELOT / On n'est pas n'importe qui ; Pas de vacances
Claude ROY / Météorologie ; L'enfant qui battait la campagne ; La clef des champs ; Étourdis étourneaux ; Les quatre éléments
Marc-Antoine de SAINT-AMANT / L'automne des Canaries
Annie SALAGER / Oyats ; Traces ; Aimez-vous la mer ? ; Tu cours superbe, ô Rhosne, flourissant  ; La mer
Albert SAMAIN / Mélancolie ; Chanson d'été ; J’aime l’aube aux pieds nus qui se coiffe de thym
SAMIVEL / La Vanoise, L'automne, Les galets
Cécile SAUVAGE / Le jour ; La lune blanche ; Fumées
Anne SCHWARTZ-HENRICH / L'autre monde
Léopold Sédar SENGHOR / Nuit de Siné ; je suis seul
Victor SEGALEN / Conseils au bon voyageur ; Terre jaune ; Les lacs
Pierre SEGHERS / Décourage en toi le chagrin ; Automne
Alain SERRES / Toi-même

page 7 (cliquez sur l'auteur recherché) : Sodenkamp à Voisard 


Andrée SODENKAMP
/ Le printemps ; Les loups ; La fenêtre est un livre d'images ; Terre
Philippe SOUPAULT / Pleine lune
Jules SUPERVIELLE / Je caresse la mappemonde ; Elle lève les yeux ; Oiseau des Îles 
Henri THOMAS / Hiver, Novembre, Message du bonhomme de neige
Hamid TIBOUCHI / La rouille
Paul-Jean TOULET / En Arles ; L'été ; "Les Contrerimes" , Dimanche
Paul VALÉRY / Le cimetière marin
Charles VAN LERBERGHE / Image
Angèle VANNIER / Forêt sans muguet
Émile VERHAEREN / Le chant de l'eau ; Le port ; À la gloire du vent ; La plaine
Paul VERLAINE / Dans l'interminable ennui de la plaine ; La lune blanche ; Le ciel est par-dessus le toit ; Soleils couchants ; Clair de lune ; L'heure du berger ; L'ombre des arbres dans la rivière embrumée ; Promenade sentimentale
Anne VERNON / La plage ... ; certains jours ... ; Parfois ... ; Mes questions frangent le silence ...
Gabriel VICAIRE / Matins de neige ; Paysages ; La mer ; Clairs de lune
Gilles VIGNEAULT / Mon pays
Charles VILDRAC / La petite maison
Paul VINCENSINI / Le champ de blé ; Le vent ; L'ombre est bleue ; Le chemin ; L'arbre ; Moisson ; Petite nuit ; Le vent (autre texte) ; Plein ciel ; Moi au printemps j'ai tout ; Hiver
Renée VIVIEN / TRoses du soir ; Chanson ; Les arbres ; À la bien-aimée
Alexandre VOISARD / Écrit sur un mur ; Le muguet perdu ; L'artiste à l'œuvre ; Légende des ingénieurs ; Le pasteur égaré ; Un goûter à l'orée ; Au rendez-vous des alluvions ; La longue nuit soupçonneuse ; L’arbre que terrasse la tempête ; Solitaire au bout du rameau 

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COMPTINES et PETITS POÈMES - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

COMPTINES

1, 2, 3, j'irai dans les bois

1, 2, 3, j'irai dans les bois
4, 5, 6, cueillir des cerises
7, 8, 9, dans un panier neuf
10, 11, 12, elles seront toutes rouges

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1,2,3, dans les bois

1, 2, 3,
le lapin
est dans les bois,

4, 5, 6,
il va faire
de l’exercice,

7, 8, 9,
il court plus vite
que le bœuf,

10, 11, 12,
c’est la poule
qui est jalouse !

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1, 2, 3, vous trouverez là

1, 2, 3, vous trouverez là
3, 2, 1, près d’un vieux sapin
1, 2, 3, une maison en bois
3, 2, 1, cachée dans le thym.

----------------------------------------

1, 2, 3 tout au fond des bois

1, 2, 3, tout au fond des bois
3, 2, 1, un petit chemin
1, 2, 3, vous mène tout droit
3, 2, 1, chez le roi des nains
1, 2, 3, vous trouverez là
3, 2, 1, près d’un vieux sapin
1, 2, 3, maisonnettes en bois
3, 2, 1, cachées dans le thym.

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Les poules

Quand trois poules
Vont aux champs
La première va devant
La deuxième suit la première
La troisième va derrière
Quand trois poules
Vont aux champs
La première va devant.
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Y a une pie dans le poirier

Y a une pie dans le poirier,
J'entends la mère qui chante
Y a une pie dans le poirier,
J'entends la mère chanter.
J'entends, j'entends, j'entends la mère qui chante
J'entends, j'entends, j'entends la mère chanter

Y a deux pies dans le poirier…

Y a trois pies dans le poirier, etc.

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Six pommes

Six pommes,
rouges bien mûres,
s’ennuient sur le pommier.
1,2,3,4,5,6.
Six pommes
voudraient s’en aller.
1,2,3,4,5,6.
Moineau
ou jardinier,
venez les chercher !
1,2,3,4,5,6.
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Tous les sept

Un coquelicot et un souci
Se sont pris par la main
Avec un pissenlit,
Puis une pomme verte
Et un bleuet
Et encore une prune
Un iris violet.

Et sur la prairie,
Tous les sept, en ribambelle,
Ont joué à l’arc-en-ciel.
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Six pommes

Six pommes,
rouges bien mûres,
s’ennuient sur le pommier.
1,2,3,4,5,6.
Six pommes
voudraient s’en aller.
1,2,3,4,5,6.
Moineau
ou jardinier,
venez les chercher !
1,2,3,4,5,6.

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Un ciel bleu

Un ciel bleu
Deux grands yeux
Trois nuages
Quatre images
Cinq longs doigts
Et voilà !

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Les nuages

Trois petits nuages
S’en venaient de Paris,
Mais oui, mais oui.
Mon Dieu, qu’ils étaient jolis !
Derrière eux le vent riait.
Allez, allez !
Et claque, claque son fouet.
Le premier nuage
Etait léger comme un duvet.
Le second petit nuage
Avait de beaux cheveux frisés.
Passant trop près du soleil,
Le pauvre petit dernier
S’y était brûlé le nez.
Tant pis, tant pis
Ils ne pouvaient pas s’arrêter
Pensez !
Trois petits nuages
S’en allaient au Paradis !
----------------------------------------

Il pleut, il mouille

Il pleut, il mouille
C'est la fête à la grenouille
Il mouille, il pleut
C'est la fête au poisson bleu
Il pleut, il fait beau temps
C'est la fête au paysan.

----------------------------------------

Un têtard dans la mare

Un têtard dans la mare
Deux fourmis sur le tapis
Trois gros rats sous le hangar
Quatre lézards au bord du trottoir
Cinq lapins
Cachés dans le foin
Autant de petits enfants
Courant dans les champs !

----------------------------------------

De 1 à 10

Et de 1,
je cours au soleil


Et de 2,
sa lumière me rend heureux !

Au bord du bois,
Je trouve un trèfle,
un trèfle à 3 feuilles,
ça se voit parfois ;


mais un trèfle
à 4 feuilles,
alors, ça ! ça m’épate !


Autour de moi,
5 papillons font un tourbillon,


6 jolies coccinelles
s’en mêlent.
quelle fête !


Une colonne de criquets
font la causette.
je les compte,
ils sont 7 !


Dans le champ
8 poules font
un bruit assourdissant.


Ce matin, dans mon chapeau,
j’ai trouvé un œuf.
ce soir, ils sont 9
tout ronds et tout chauds.


10, m’a dit un myosotis,
c’est le printemps aujourd’hui.
qu’est-ce que tu en dis ?

----------------------------------------

Cette nuit, j’ai vu…

Cette nuit, j’ai vu…

une libellule
éteindre la lune.

Deux oies
casser des noix.

Trois limaçons
jouer du violon.

Quatre canards
courir sur la mare.

Cinq chevaux
cueillir des poireaux

Six souris
manger des radis

Sept poulettes
danser en chaussettes

Huit lapins
faire du patin

Neuf hirondelles
démonter la Tour Eiffel

Et dix fourmis
en chemise de nuit
qui m’ont crié :
réveille-toi !
assez dormi !

----------------------------------------


Bonjour monsieur Soleil

Bonjour monsieur Soleil que faites-vous donc là ?
je fais mûrir des bananes pour tous ces enfants là !
Bonsoir madame la Lune, que faites-vous là ?
je fais mûrir des prunes, pour tous ces enfants-là
Bonjour monsieur le Soleil, que faites-vous là ?
je fais mûrir des groseilles pour tous ces enfants-là.
Bonjour monsieur soleil que faites-vous donc là ?
je fais mûrir des bananes pour tous ces enfants là !

etc.

----------------------------------------

Dans le ciel bleu

Dans le ciel bleu
les nuages passent
le bleu s'efface
Puis les remplace
le beau ciel bleu.

----------------------------------------

Do ré mi, la perdrix

Do ré mi, la perdrix
mi fa sol, elle s'envole
fa mi ré, dans le pré
mi ré do, tombe à l'eau.

----------------------------------------

Les feuilles

En automne,
plein de feuilles
En hiver,
plus de feuilles
Au printemps,
petites feuilles
En été,
grandes feuilles.

----------------------------------------

Pomme de reinette et pomme d'api

Pomme de reinette et pomme d'api
tapis tapis rouge
Pomme de reinette et pomme d'api
tapis tapis gris

----------------------------------------

Sapin

Sapin vert
t
out l'hiver,
Sapin blanc

p
ar moments,
Sapin bleu

m
erveilleux,
Sapin mort

j
ette dehors.

----------------------------------------

La comptine du muguet

Il était, dans la mousse, un tout petit muguet.
Il avait l'âme douce, embaumant la forêt.
Soudain, une fillette passe par le chemin
et voyant la fleurette, la coupe avec la main.
Pourquoi m'as-tu coupée ? dit la fleur de muguet,
tu m'as toute blessée pour parer ton bonnet.
Non, répond la fillette, oh muguet, mes amours,
je ne suis pas coquette, je veux t'aimer toujours.

 

---------------------------------

Les deux comptines qui suivent ont été trouvées ici : http://www.momes.net/comptines


    Paysage d'Afrique
 
Le crocodile
Croque Odile.
Le féroce rhinocéros
S’est fait des bosses.
L’hippopotame
Joue du tam-tam.
À une branche,
Le serpent se pend.
Le léopard repart.
Et mademoiselle la gazelle
Se trouve très belle
Dans son miroir.

---------------------------------

Brousse
 
 Brousse, brousse
J'aime ma brousse
J'aime ma brousse
Et ma jolie savane (2 fois)
 
Y'a des tigres, y'a des lions
Y'a des léopards
J'aime ma brousse
Et ma jolie savane (2 fois)
 
 (On recommence en accélérant)

--------------------------------------------------------------------------------

CHANSONS

Monsieur le vent

Soufflez monsieur le vent,
faites danser les nuages
et les cheveux des enfants sages.

Soufflez monsieur le vent,
Emportez les papiers
et le chapeau du jardinier

Fernande Huc - lien pour la partition musicale, d'autres comptines chantées, et des pistes pédagogiques détaillées : http://www.crdp-strasbourg.fr/cddp68/maternelle/aria/aria.htm#monsieur

----------------------------------------

Derrière chez moi

Derrière chez moi devinez ce qu'il y a* ? (bis)

Y a un arbre, le plus bel arbre, arbre du bois
petit bois derrière chez moi

Et la lon là lon lère et la lon là lon là
Et la lon là lon lère et la lon là lon là


Et sur cet arbre devinez ce qu'il y a (bis)
Y a une branche, la plus belle branche, branche sur l'arbre, arbre du bois,
Petit bois derrière chez moi
Et la lon là lon lère et ...

Et sur cette branche devinez ce qu'il y a (bis)
Y a une feuille, la plus belle feuille, feuille sur la branche,

branche sur l'arbre, arbre du bois
Petit bois derrière chez moi


Et sur cette feuille devinez ce qu'il y a (bis)
Y a un nid, le plus beau des nids, nid sur la feuille,

feuille sur la branche, branche sur l'arbre, l'arbre du bois
Petit bois derrière chez moi


Et dans ce nid, devinez ce qu'il y a (bis)
Y a une aile...


Et sur cette aile, devinez ce qu'il y a (bis)
Y a une plume...


Et sur cette plume, devinez ce qu'il y a (bis)
Y a un poil..


Et dans ce poêle, devinez ce qu'il y a (bis)
Y a un feu...


Et dans ce feu devinez ce qu'il y a (bis)
Y a un arbre, le plus bel arbre, arbre du bois
Petit bois derrière chez moi

 

* variante, pour détourner un peu le langage : "devinez quoi qui n'y a..."



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HAÏKUS - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

HAÏKUS

Le poème court appelé haïku obéït à certaines règles de construction, voir HAÏKUS - poésies des saisons.
Quelques recueils :

  • Jean-Hugues Malineau : "Petits Haïkus des saisons" (L'école des Loisirs, 1996) et "Trente Haïkus rouges et bleus" (Éditions Pluie d'étoiles, 2000)
  • "Le parfum de la lune" poèmes de Buson Yosa (Éditions Moundarren)
  • "Le mangeur de kakis qui aime les haïkus" poèmes de Shiki (Éditions Moundarren)
  • "Cent-onze Haïku", Matsuo Bashô (Éditions Verdier, 1998, bilingue, traduit du japonais par Joan Titus-Carmel)
  • "Haïkus : Anthologie", Moritake, Onitsura, préfaces de Yves Bonnefoy et Roger Munier
  • "Anthologie du poème court japonais", Corinne Atlan et Zéno Bianu (Poésie/Gallimard, 2002) et également "Haiku du XXe siècle : Le poème court japonais d'aujourd'hui", Corinne Atlan et Zéno Bianu(Poésie/Gallimard, 2007)
  • "Fourmis sans ombres, le livre du haïku",  Maurice Coyaud (Phébus,1999)
  • "Mille poètes, mille poèmes brefs", Michel-François Lavaur (L'arbre à paroles, 1997)
  • Jean-Hugues Malineau et Françoise Naudin, plusieurs titres, dont : "Onze Haïku et un poème, à propos des pivoines" (éditions "Commune Mesure", 1995)

Auteurs québécois :

  • "Chevaucher la lune, anthologie du haïku contemporain en français", 600 haïkus d'auteurs francophones de tous pays, réunis par par André Duhaime, illustrations de Gernot Nebel (couverture) et de Joscelyn Vaillancourt (Éditions David - Canada, 2001).
  • "Les couleurs du vent, haÏkus", Micheline Beaudry (Éditions David - Canada, 2004)
  • "Soleil rouge", "Arbres lumière", Michel Pleau (Éditions David - Canada, 2004 et 2005)
  • "Le sourire de l'épouvantail", "Les saisons de l'épouvantail", Jessica Tremblay (Éditions David - Canada, 2003 et 2004)

Quelques-uns des haïkus qui suivent ont été empruntés ici : http://pages.infinit.net/haiku

Haïkus et poèmes courts modernes
auteurs contemporains de langue française

La rivière
change
de
déshabillé
avec
chaque
tournant

 

----------------------

La pluie
barbouillée
de vent
alla
se laver
les yeux
dans l’étang

----------------------
La lumière
mit la main
dans le sac du soir
et en tira
une étoile.

Malcolm de Chazal (extraits de "Sens magique")

----------------------

Le jeu du soleil
sur le tronc du chêne
le temps d'un bonheur

Guillevic ("Du Domaine")

 

----------------------

Au ciel la lune brille laiteuse
comme une perle
au doigt d’une brune

Jacques Charpentreau

----------------------

brouillard matinal
sur la montagne
un seul arbre

Jessica Tremblay (Québec)

----------------------

Les moutons dans la neige
broutent la vie sauvage
à même le brouillard

Michel-François Lavaur

----------------------

des arbres
les couleurs tombées
s'enfoncent sous la terre

Micheline Beaudry (Québec)

----------------------

Une perle
au doigt du peuplier
pleine lune

Jean-Hugues Malineau

----------------------

À travers les pins
le bleu du ciel
tiré à quatre épingles

Françoise Naudin

----------------------

Dans l'immense plaine
un bouquet d'arbres en fleurs
comme un île au loin

Jean-Claude Touzeil

----------------------

silence
la lune est prise
dans les branche
s

Michel Pleau (Québec)

-----------------------------------------------------

Haïkus traditionnels japonais

paysages

Les montagnes lointaines
se reflètent dans les prunelles
de la libellule

----------------------
Splendide la voie lactée
à travers les déchirures
du mur

Kobayashi Issa  (1763-1828)

----------------------

Jour de bonheur tranquille
le Mont Fuji voilé
dans la pluie brumeuse

Matsuo Bashô (1644-1694)

----------------------

Midi haut perché
À tue-tête
Une alouette et un nuage

Shiki Masaoka (1867-1902)

-----------------------------------------------------

printemps

La fumée
dessine à présent
le premier ciel de l'année

----------------------
Ces fleurs de cerisier
qui tant me ravissaient
ont disparu de la terre

----------------------
Tremblant dans les herbes
des champs
le printemps s'en va

Kobayashi Issa  (1763-1828)

------------------------------------------

Par-dessus la mer
le soleil couchant
dans le filet de la brume

----------------------
Au clair de lune
le prunier blanc redevient
un arbre d'hiver

----------------------
Le halo de la lune
n'est-ce pas le parfum des fleurs de prunier
monté là-haut ?

----------------------
Dans les fleurs tardives du cerisier
le printemps qui s'en va
hésite

Buson Yosa (1716-1784)

-----------------------------------------------------

 

été

Montagnes au loin
où la chaleur du jour
s'en est allée

----------------------

La brise fraîche
emplit le vide ciel
de la rumeur du pin

Uejima Onitsura (1660-1738)

--------------------- 

Cheminant par la vaste lande
les hauts nuages
pèsent sur moi

----------------------

Sous les pluies d'été
le sentier
a disparu

Buson Yosa (1716-1784)

-----------------------------------------------------

 

 automne

Claire lune automnale
les lapins traversent
le lac Suwa

Buson Yosa (1716-1783)

--------------------------------------------

Les herbes se couvrent
d'automne
Je m'assieds

----------------------

Sur une branche morte
repose un corbeau :
soir d'automne !

----------------------

Une rafale de vent
puis les feuilles
se reposent

---------------------- 

Ce chemin
personne ne le prend
que le couchant d'automne

Matsuo Bashô (1644-1694)

--------------------------------------------

Sur la feuille de lotus
la rosée de ce monde
se distord

Kobayashi Issa (1763-1827)

--------------------------------------------

Appuyé contre l'arbre nu
aux rares feuilles
une nuit d'étoiles
----------------------

Comme des chapeaux alignés
des chaînes de montagne
vent d’automne
 

Shiki Masaoka (1867-1902)

-----------------------------------------------------

 hiver

La bruine d'hiver
paisiblement imbibe
les racines du camphrier

----------------------

Dans le clair de lune glacé
de petites pierres
crissent sous les pas

Buson Yosa (1716-1783)

--------------------------------------------

Ces mêmes montagnes
mon père les eut devant les yeux
dans l'isolement de l'hiver

----------------------

Solitude hivernale
ce soir écoutant
la pluie dans la montagne

----------------------
Dans la gelée blanche du sentier
épanoui oublié
un pissenlit

Kobayashi Issa (1763-1827)

--------------------------------------------

Un oiseau s'envole
le vieux cheval tressaille
sur la lande désséchée

----------------------

Une baie rouge
a roulé
sur la gelée blanche du jardin

Shiki Masaoka (1867-1902)

--------------------------------------------

Une nuit, au clair de la lune
l'énorme silhouette du mont Fuji apparaît
Quel froid !

Dakotsu Iida (1885-1962)

-----------------------------------------------------

Haïkus contemporains japonais

paysages

Les autoroutes de Tokyo
ressemblent à des intestins
sous la pleine lune

Sei Imai (né en 1950)

--------------------------------------------

Plage d'Ichiburi
les crêtes des vagues

se cramponnent à la neige.

Mutsuo Takahashi (né en 1937)

--------------------------------------------

Le soleil fait briller le grand lac
de tout son éclat
jusqu'à ce qu'il le renverse

----------------------

Funérailles du printemps
des arbres s'arrêtent
dans la colline

Goro Wada (né en 1923)


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Posté par de passage à 23:48 - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français - Permalien [#]

Corinne ALBAUT - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Corinne Albaut , poète contemporaine, est très présente sur ce blog. Ici par exemple.
Elle écrit, publie, interprète des comptines pour les petits (Collection "Petits bonheurs" chez Actes Sud junior), et anime des ateliers dans les écoles autour de ses textes, ainsi que des débats universitaires. Elle est ausssi, toujours pour la jeunesse, auteure de romans et de pièces de théâtre.

Voir son blog à cette adresse : http://corinnealbaut.free.fr/

Les gratte-ciel

À New York City,
Sam se sent tout petit,
Quand il regarde en l'air,
pour voir un peu de bleu,
il se cogne les yeux
contre le béton et le verre
des gratte-ciel, plantés, serrés
comme des arbres dans la forêt.

Corinne Albaut



Posté par de passage à 23:47 - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français - Permalien [#]

Pierre ALBERT-BIROT, Claudia ADROVER - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Pierre Albert-Birot (1876-1967), est un écrivain, metteur en scène et dramaturge de théâtre, et poète. Sculpteur aussi avec "La veuve", oeuvre monumentale commandée par l'état.
livre_GrabinoulorIl a côtoyé, dans la revue SIC (Sons, Idées, Couleurs et Formes) dont il est le fondateur, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Max Jacob, Pierre Reverdy, Philippe Soupault, Tristan Tzara ... Proche des surréalistes, sans vraiment appartenir à ce mouvement, il joue avec les mots, les sons et les graphies.
Il écrit le premier livre Grabinoulor, son œuvre majeure, en 1921, et en poursuivra  la construction jusqu'à sa disparition en 1967. Les Six Livres de Grabinoulor, paru aux éditions jean-michel place en 1991, constituent une épopée inclassable : Grabinoulor, héros imaginatif et utopiste, traverse époques, espaces et situations sans jamais vieillir. Ce roman-poésie fleuve d'un millier de pages (ci-dessous un passage) est écrit sans aucune ponctuation, car, dit l'auteur :
"Un bon coeur bat de la naissance à la mort, un coeur qui a des points est un coeur malade".

"Que vas-tu peindre, ami ?
- L'invisible.
- Que vas-tu dire, ami ?

- L'indicible, Monsieur,
car mes yeux sont dans ma tête".


N'ayez pas peur, c'est un poète.

Pierre Albert-Birot

Admiration

J'ai été devant les maisons de la ville
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant les roues et les machines
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les monts immobiles
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant les mers bleues les mers vertes
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant les arbres des forêts
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les grosses bêtes
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les petites bêtes
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les femmes
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les hommes
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant l'ombre

Et j'ai dit C'est admirable
Et devant la lumière
Et j'ai dit C'est admirable

Parce que j'ai regardé

Pierre Albert-Birot ("Grabinoulor - réédité aux éditions jean-michel place, 2007) - absence de ponctuation respectée

livre_albert_birot_amusements_naturels 

Proche des surréalistes, sans vraiment appartenir à ce mouvement, il joue avec les mots, les sons et les graphies.

Le jardin suspendu (calligramme)

calligramme_Albert_Birot_jardin

Pierre Albert-Birot ("Les amusements naturels" - éditions Rougerie, 1985)
 

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L'oreille fine (titre proposé)

L'herbe dites-vous
Ne fait aucun bruit pour pousser
L'enfant pour grandir
Le temps pour passer
Vous n'avez vraiment pas l'oreille fine.

Pierre Albert-Birot (Poème 88 à lire dans "Cent dix gouttes de poésie" - éditions Seghers, 1952)

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Poème-pancarte

albert_Birot_po_me_ralentissez_paysages

Pierre Albert-Birot (poèmes-pancarte dans "La Lune ou le Livre des poèmes" - éditions Burdy, 1924) Ce recueil a été réédité aux éditions Rougerie, 1992 dans la trilogie intitulée "La Triloterie", volume 2 : "Poésie II, 1916-1924)



Claudia Adrover (qui publie aussi sous le nom de Claudia Adrover-Sendra), est née en 1950. Elle a écrit de nombreux ouvrages, dont des recueils de poésie, et en particulier celui dont nous présentons des fragments, mais qu'il faudrait lire et dire entièrement. Il est tout entier consacré à la Loire : "La Loire au plus près", aux éditions "Donner à Voir", en 1999. Ce recueil de 29 pages est vendu à un prix modique, autour de 6 €, comme la plupart des ouvrages de cette collection, mais il est peut-être maintenant épuisé.

On pourra certainement en proposer des passages à la classe :

La Loire au plus près (fragments)

La Loire est une aïeule
qui se souvient
de son éternité liquide

Elle est l'eau millénaire
où l'arbre couche son ombre

et tu bois ton rêve
à ses rives vertes
pour préserver l'imaginaire.

----------------------------------------
L'eau immobile
nous raconte des fonds imaginaires
où les racines feuillues
atteignent au centre de la terre. Miroir magique
qui enfante des arbres bicéphales
douce folie du printemps
née d'un ciel voilé
percé de mille boutons du jeune soleil.

----------------------------------------

Loire reflet
tu témoignes du ciel
dans la liberté
d'une onde froissée, brisée
par un vent nomade.

----------------------------------------
Le ciel de Loire
est descendu vers nous
mais quel limon
a volé sa lumière
au désarroi de l'eau ?

Claudia Adrover ("La Loire au plus près" - éditions Donner à Voir, 1999)



Posté par de passage à 23:30 - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français - Permalien [#]

Guillaume APOLLINAIRE - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Guillaume Apollinaire (1880-1918), poète français ami de Picasso et de Max Jacob écrit ses premiers poèmes à l'âge de 17 ans.

Automne

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux
Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise
Oh !* l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises.

*pas d'autre ponctuation
Guillaume Apollinaire ("Alcools" - Mercure de France 1913 - réédité en poche Poésie/Gallimard)

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Ce poème difficile est tout aussi triste (on n'en propose souvent aux élèves que la dernière strophe, "Et que j'aime...") :

Automne malade

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes* aux cheveux verts et naines
Qui n'ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule

Guillaume Apollinaire ("Alcools", 1913)
Pas de ponctuation. *Dans la mythologie germanique et scandinave les nixes sont des nymphes aquatiques qu'affectionne l'auteur (cf la Lorelei, qu'il évoque dans un autre poème). Apollinaire les qualifie de "nicettes", de l'ancien français "nice" : niais, mignon. 

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Le poème d'Apollinaire le plus connu des écoliers, paysage d'actualité :

Saltimbanques*

Dans la plaine les baladins
S'éloignent au long des jardins
Devant l'huis des auberges grises
Par les villages sans églises

Et les enfants s'en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L'ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage

Guillaume Apollinaire ("Alcools", 1913) - * aucune ponctuation


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Posté par de passage à 23:26 - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français - Permalien [#]

Marc ALYN, Paul ARÈNE Théodore de BANVILLE - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Marc Alyn est né en 1937. Il est romancier (Le Déplacement, 1964) et poète (une vingtaine de recueils, dont Le Temps des autres, prix Max Jacob 1957 ; Les Alphabets de Feu, Grand Prix de Poésie de l'Académie Française, 1994).
Il est aussi critique d'art, essayiste (Le Piéton de Venise, "roman contemporain", prix Henri-de-Régnier 2005 de l'Académie française) et auteur d'un "opéra-verbe" (Le Grand Labyrinthe, 1971).

"Je crois en l'homme simplement
pour sa résistance à la nuit ..."

 
(Marc Alyn)
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Un printemps tout neuf

Un arbre sourit de toutes ses fleurs.
Des ramiers s'en vont, à deux, vers le fleuve.
Le coucou vivant au bois donne l'heure :
Voici le printemps dans sa robe neuve !

Quel joli printemps aux yeux de pervenche,
Aux lèvres de rose, aux doigts de lilas !
La vie sur l'hiver a pris sa revanche
Et danse en chantant un alléluia.

Marc Alyn

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Bulletin de santé (extrait)

[...]
Ma tour d’ivoire c’est la rue
où se pressent des inconnus
guidés chacun par leur misère
chacun la sienne pas de jaloux !

Je ne suis pas un alchimiste
Je ne transforme rien en rien
simplement je suis mon chemin
semant des graines dans les ruines

Toutes ces pierres sous mes pas
me sont précieuses et nécessaires
je suis riche de cette terre
qu’un jour de pluie on me donna

Je n'ai pas besoin des nuages
pour alimenter ma chanson !
Mon cœur est plein de ciel
mon regard de chants d'oiseaux

Je crois en l'homme simplement
pour sa résistance à la nuit
...

Marc Alyn ("Liberté de voir" - éditions Terre de Feu - et dans 'Poèmes à dire" choisis par Daniel Gélin - Seghers, 1974)



Paul Arène, ou Paul-Auguste Arène, (1843-1896) est un poète de langue provençale et française, contemporain et proche d'Alphonse Daudet (il aurait participé à l'écriture des Lettres de mon moulin) et de François Coppée (poète présent sur le blog dans la catégorie "Hiver"). Il préside le Félibrige de Paris en 1879 (mouvement littéraire créé par Frédéric Mistral en 1854 pour favoriser et organiser la sauvegarde et la promotion de la langue d’oc).

Si le poème qui suit célèbre la fin de l'automne et l'hiver à Chaville, en région parisienne, c'est la Provence de Sisteron qu'il décrit préférentiellement dans ses nouvelles, poèmes et romans.

Le texte présenté ici, et celui qui suit, sont tirés de l'édition originale du livre, édition posthume de ses Œuvres complètes :

Paysage

L'automne à Chaville est superbe ;
Le bois par place est resté vert ;
Ailleurs, tournant au vent d'hiver
Les feuilles s'abattent sur l'herbe ;
Mais les grands chênes fiers encor,
Gardent leur parure tenace,
Et, sentant que le froid menace
S'habillent de cinabre et d'or.
Qu'importe si le ciel est sombre,
Quand on a la claire forêt,
Son feuillage ardent qui paraît
Plus radieux au sein de l'ombre
Nous garde en ses rameaux vermeils,
Dans ses feuilles d'or pur baignées,
Et de longs rayons imprégnées,
Le souvenir des vieux soleils.

Deux pages plus loin dans ce même recueil, un autre poème est une déclinaison de celui-ci, sous un autre titre et sans doute dans les mêmes lieux. Paul Arène nous donne ainsi le choix :

Chronique d'automne (début du texte)

Il fait bleu ! le temps est superbe ;
 
Pour se promener en rêvant.
 
Averse pourpre dans le vent,
 
Les feuilles s'abattent sur l'herbe ;
 
Mais les grands chênes fiers encor,
 
Gardent leur parure tenace,
 
Et, sentant que le froid menace
 
S'habillent de cinabre et d'or.
 

 
Qu'importe si le ciel est sombre,
 
Quand on a les bois familiers ?
 
Le couvert rouillé des halliers,
 
Plus radieux au sein de l'ombre,
 
Garde avec des tons de velours,
 
Dans ses branches d'or pur baignées,
 
Et de longs rayons imprégnées,
Un vague reflet des beaux jours.

Or, j'allais, songeant à ces choses,
Loin de la grand'ville et cherchant,
Sur quelque pente, au coin d'un champ,
Fatigué des apothéoses,
L'apothéose du couchant.

[...]

* "Le souvenir des vieux hivers" : cette variante qu'on peut rencontrer, n'est pas semble-t-il de la main de Paul Arène.

Paul Arène, écrit en 1883 -  ("Poésies de Paul Arène", chapitre "Tableaux parisiens et paysages", préface d'Armand Silvestre, éditions Lemerre, 1900 et "Œuvres Complètes", aux Éditions Culture Provençale et Méridionale)



Théodore de Banville (1823-1891) est un poète parnassien.

À la Forêt de Fontainebleau (passage)

[...]

N'est-ce pas, n'est-ce pas que vous étiez vivant,
Noir feuillage, immobile et triste sous le vent,
Comme une mer qu'un dieu rend docile à ses chaînes ?
Et vous, colosses fiers, arbres noueux, grands chênes,
Rien n'agitait vos fronts, par le temps centuplés !
Pourtant vos bras tordus et vos muscles gonflés,
Ces poses de lutteurs affamés de carnage
Que vous conserviez, même à cette heure où tout nage
Dans la vive lumière et l'atmosphère en feu,
Laissaient voir qu'autrefois, sous ce ciel vaste et bleu,
Vous aviez dû combattre, ô géants centenaires !
Au milieu des Titans vaincus par les tonnerres.

Et vous, rochers sans fin, suspendus et croulants,
Sur qui l'oiseau sautille, et qui, depuis mille ans,
Gardez, sans être las, vos effroyables poses,
La mousse et le lichen et les bruyères roses
Ont beau vivre sur vous comme un jardin en fleur,
Ne devine-t-on pas dans quelle âpre douleur
Un volcan souterrain, contre le jour qu'il brave,
Jadis vous a vomis avec un flot de lave !

[...]

 

Théodore de Banville (recueil "Le sang de la coupe", publié dans "Le Sang de la coupe. Trente-six Ballades joyeuses. Le Baiser", éditions Lemerre, 1890)

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L'Hiver

Au bois de Boulogne, l'Hiver,
La terre a son manteau de neige.
Mille Iris, qui tendent leur piège,
Y passent comme un vif éclair.

Toutes, sous le ciel gris et clair,
Nous chantent le même solfège ;
Au bois de Boulogne, l'Hiver,
La terre a son manteau de neige.

Toutes les blancheurs de la chair
Y passent, radieux cortège ;
Les Antiopes de Corrège
S'habillent de martre et de vair
Au bois de Boulogne, l'Hiver.

Théodore de Banville (recueil "Les Cariatides", éditions Lemerre, 1877)



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