lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

011109

CHANSONS, CHANSONNETTES - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- CHANSONNETTES -

Emmanuelle Parrenin, interprète elle aussi (album "Maison Rose"), a écrit le texte de cette chanson, reprise par Anne Sylvestre et Manick :

La chanson des 12 mois

C'est janvier le premier né,
sa couronne sur la tête,
il dévore une galette!

Février c'est le second,
qui s'enrhume et qui grelotte,
qui réclame une bouillotte.

Regardez le mois de mars,
il dessine sur les branches
des pétales de soie blanche.

Le suivant s'appelle avril
et c'est le mois qui réveille
les oiseaux et les abeilles.

Quand le mois de mai s'en vient,
il met tout le monde à l'aise
devant un panier de fraises.

Pour fêter le mois de juin,
il faut entrer dans la danse
du soleil et des vacances.

En juillet s'en va dormir
entre deux bottes de paille
la chevelure en bataille.

Le mois d'août n'est qu'un voyou,
il invente des orages
pour taquiner les nuages.

Et septembre tout doré
prend la route de l'école
sous les feuilles qui s'envolent.

C'est octobre le suivant
qui te fait une frimousse
parsemée de tâches rousses.

Et novembre tout en gris
se dépêche dans la brume
d'attraper son premier rhume.

C'est décembre le dernier
qui réclame à tous ses frères
des cadeaux d'anniversaire.

Emmanuelle Parrenin



 - CHANSONS -

  • Ci-dessous, des textes de Grand Corps Malade, Abd Al Malik, Marie Myriam, Pierre Perret, Jean Ferrat, Renaud, Gilles Vigneault, Bernard Lavilliers, Barbara, Guy Béart ...
  • D'autres textes de chansons sur le thème de l'enfance sont rangés au paragraphe de leur interprète : Jacques Brel, Léo Ferré, Jacques Higelin, Boby Lapointe, Claude Nougaro, Alain Souchon

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Grand Corps Malade

À l'école de la vie

J’y suis entré tout petit, sans le savoir, comme tout le monde
Derrière ses murs j’ai grandi et j’ai observé chaque seconde
J’y suis entré naturellement, personne m’a demandé mon avis
J’ai étudié son fonctionnement, ça s’appelle l’école de la vie
Faut savoir qu’ici tout s’apprend, les premières joies et les colères
Et on ne sort jamais vraiment de cet établissement solaire
À l’école de la vie, y a des matières obligatoires
Et certains cours sont en option pour te former à ton histoire

La vie démarre souvent avec le prof d’insouciance
Il est utile, il t’inspire et puis il te met en confiance
Mais juste après vient le cours des responsabilités
Tu découvres les maux de tête et les premiers contrôles ratés
Le cours de curiosité est un passage important
En le comprenant assez tôt, j’ai gagné pas mal de temps
Puis j’ai promis que je m’inscrirai dans le cours de promesses
Mais j’ai parfois été fort dans le cours de faiblesse

À l’école de la vie, tout s’apprend, tout s’enseigne
Tout s’entend, on s’entraîne, des matières par centaines
C’est l’école de la vie, j’ai erré dans ses couloirs
J’ai géré dans ses trous noirs, j’essaierai d’aller tout voir

En cours de grosse galère, j’ai eu quelques très bonnes notes
C’est ce genre de résultats qui te fait connaitre tes vrais potes
Ça m’a donné des points d’avance et une sacrée formation
Pour le cours de prise de recul et celui d’adaptation
Je me souviens du cours d’espoir, j’avais des facilités
À moins que je ne confonde avec le cours de naïveté
Puis y avait une filière mensonge et une filière vérité
J’ai suivi les deux cursus, chacun a son utilité

En cours de solitude, j’avais un bon potentiel
Se satisfaire de soi-même est un atout essentiel
Mais j’aime bien aussi l’ambiance qu’il y avait dans le cours de bordel
J’ai vite compris que l’existence se conjugue mieux au pluriel
C’est qu’en cours d’humanité j’ai eu deux très bons professeurs
On a eu des travaux pratiques tous les jours, moi et ma sœur
J’espère que petit à petit, j’ai bien retenu leurs leçons
Et qu’à l’école d’une autre vie, je transmettrai à ma façon

À l’école de la vie, tout s’apprend, tout s’enseigne
Tout s’entend, on s’entraîne, des matières par centaines
C’est l’école de la vie, j’ai erré dans ses couloirs
J’ai géré dans ses trous noirs, j’essaierai d’aller tout voir

En cours d’histoire d’amour, j’ai longtemps été au fond de la classe
Le cul contre le radiateur, j’ai bien cru trouver ma place
Mais en pleine récréation, alors que je n’attendais rien
J’ai reçu ma plus belle leçon et le prof m’a mis très bien
Au cours de liberté y avait beaucoup d’élèves en transe
Le cours d’égalité étaient payants, bravo la France !
Pour la fraternité, y avait aucun cours officiel
Y avait que les cours du soir, loin des voies institutionnelles

Alors on saigne, on cicatrise, on se renseigne, on réalise
Les bons coups et les bêtises ; on s’allie, on se divise
Moi, pour comprendre l’existence un peu plus vite ou un peu mieux
J’ai choisi le cours d’enfance en ville, et j’ai même pris l’option banlieue
Reste qu’en cours de bonheur, le prof était souvent malade
On s’est démerdés tout seuls, on a déchiffré ses charades
Autodidacte en sentiments, y aura pas d’envie sans piment
Dans mes cahiers en ciment, moi, j’apprends la vie en rimant

À l’école de la vie, tout s’apprend, tout s’enseigne
Tout s’entend, on s’entraîne, des matières par centaines
C’est l’école de la vie, j’ai erré dans ses couloirs
J’ai géré dans ses trous noirs, j’essaierai d’aller tout voir.

Grand Corps Malade

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Enfant de la ville

J’avoue que c’est bon de se barrer à la mer ou à la campagne
Quand tu ressens ce besoin, quand ton envie de verdure t’accompagne
Nouvelles couleurs, nouvelles odeurs, ça rend les sens euphoriques
Respirer un air meilleur ça change de mon bout de périphérique
Est-ce que t’as déjà bien écouté le bruit du vent dans la forêt
Est-ce que t’as déjà marché pieds nus dans l’herbe haute, je voudrais
Surtout pas représenter l’écolo relou à 4 centimes
Mais la nature nourrit l’homme et rien que pour ça faut qu’on l’estime
Donc la nature je la respecte, c’est peut-être pour ça que j’écris en vers
Mais c’est tout sauf mon ambiance, j’appartiens à un autre univers
Si la campagne est côté face, je suis un produit du côté pile
Là où les apparts s’empilent, je suis enfant de la ville
Je sens le cœur de la ville qui cogne dans ma poitrine
J’entends les sirènes qui résonnent mais est-ce vraiment un crime
D’aimer le murmure de la rue et l’odeur de l’essence
J’ai besoin de cette atmosphère pour développer mes sens

Je suis un enfant de la ville, je suis un enfant du bruit
J’aime la foule quand ça grouille, j’aime les rires et les cris
J’écris mon envie de croiser du mouvement et des visages
Je veux que ça claque et que ça sonne, je ne veux pas que des vies sages


Je trempe ma plume dans l’asphalte, il est peut-être pas trop tard
Pour voir un brin de poésie même sur nos bouts de trottoirs
Le bitume est un shaker où tous les passants se mélangent
Je ressens ça à chaque heure et jusqu’au bout de mes phalanges
Je dis pas que le béton c’est beau, je dis que le béton c’est brut
Ca sent le vrai, l’authentique, peut-être que c’est ça le truc
Quand on le regarde dans les yeux, on voit bien que s’y reflètent nos vies
Et on comprend que slam et hip-hop ne pouvaient naître qu’ici
Difficile de traduire ce caractère d’urgence
Qui se dégage et qu’on vit comme une accoutumance
Besoin de cette agitation qui nous est bien familière
Je t’offre une invitation pour cette grande fourmilière
J’suis allé à New York, je me suis senti dans mon bain
Ce carrefour des cultures est un dictionnaire urbain
J’ai l’amour de ce désordre et je ris quand les gens se ruent
Comme à l’angle de Broadway et de la 42ème rue

Je suis un enfant de la ville, je suis un enfant du bruit
J’aime la foule quand ça grouille, j’aime les rires et les cris
J’écris mon envie de croiser du mouvement et des visages
Je veux que ça claque et que ça sonne, je ne veux pas que des vies sages

Je me sens chez moi à Saint-Denis, quand y’a plein de monde sur les quais
Je me sens chez moi à Belleville ou dans le métro New-yorkais
Pourtant j’ai bien conscience qu’il faut être sacrément taré
Pour aimer dormir coincé dans 35 mètres carrés
Mais j’ai des explications, y’a tout mon passé dans ce bordel
Et face à cette folie, j’embarque mon futur à bord d’elle
A bord de cette pagaille qui m’égaye depuis toujours
C’est beau une ville la nuit, c’est chaud une ville le jour
Moi dans toute cette cohue je promène ma nonchalance
Je me ballade au ralenti et je souris à la chance
D’être ce que je suis, d’être serein, d’éviter les coups de surin
D’être sur un ou deux bons coups pour que demain sente pas le purin
Je suis un enfant de la ville donc un fruit de mon époque
Je vois des styles qui défilent, enfants du melting-pot
Je suis un enfant tranquille avec les poches pleines d’espoir
Je suis un enfant de la ville, ce n’est que le début de l’histoire

Grand Corps Malade

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Éducation Nationale

J’ m’appelle Moussa et j’ai dix ans, j’ suis en CM2 à Épinay
Ville du quatre-vingt-treize où j’ai grandi et où j’ suis né
Mon école, elle est mignonne, même si les murs sont pas tout neufs
Dans chaque salle y a plein de bruit. Moi, dans ma classe, on est vingt-neuf

Y a pas beaucoup d’élèves modèles et puis on est un peu dissipés
J’ crois qu’ nous sommes ce qu’on appelle "des élèves en difficulté"
Moi, en maths, j’suis pas terrible mais c’est pas pire qu’en dictée
Ce que je préfère c’est seize heures, j’ retrouve les grands dans mon quartier

Pourtant, ma maîtresse, j’ l’aime bien. Elle peut être dure mais elle est patiente
Et si jamais je comprends rien, elle me réexplique, elle est pas chiante
Elle a toujours plein d’idées et plein de projets pour les sorties
Mais on n’a que deux cars par an qui sont prêtés par la mairie

J’ crois que mon école, elle est pauvre, on n’a pas de salle informatique
On n’a que la cour et le préau pour faire de la gymnastique
À la télé, j’ai vu que des classes faisaient du golf en EPS
Nous, on n’a que des tapis, des cerceaux et la détresse de nos maîtresses

Alors, si tout s’ joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS
Ne laissons pas s’ creuser le fossé d’un enseignement à deux vitesses
Au milieu des tours, y a trop de pions dans le jeu d’échec scolaire
Laissons pas nos rois devenir fous dans des défaites spectaculaires

L’enseignement en France va mal. Personne peut nier la vérité
Les zones d’éducation prioritaires ne sont pas des priorités
Les classes sont surchargées, pas comme la paye des profs, minés
Et on supprime des effectifs dans des écoles déjà en apnée

Au contraire, faut rajouter des profs et d’autres métiers qui prennent la relève
Dans des quartiers les plus en galère, créer des classes de quinze élèves
Ajouter des postes d’assistants ou d’auxiliaires qui aident aux devoirs
Qui connaissent les parents et accompagnent les enfants les plus en retard

L’enseignement en France va mal. L’état ne met pas assez d’argent
Quelques réformes à deux balles pour ne pas voir le plus urgent
Un établissement scolaire sans vrais moyens est impuissant
Comment peut-on faire des économies sur l’avenir de nos enfants ?

L’enseignement en France va mal car il rend pas les gens égaux
Les plus fragiles tirent l’alarme mais on étouffe leur écho
L’école publique va mal car elle a la tête sous l’eau
Y a pas d’éducation nationale, y a que des moyens de survie locaux

Alors continuons de dire aux p’tits frères que l’école est la solution
Mais donnons-leur les bons outils pour leur avenir car, attention !
La réussite scolaire dans certaines zones pourrait rester un mystère
Et l’égalité des chances un concept de ministère

Alors, si tout s’ joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS
Ne laissons pas s’ creuser le fossé d’un enseignement à deux vitesses
Au milieu des tours, y a trop de pions dans le jeu d’échec scolaire
Laissons pas nos rois devenir fous dans des défaites spectaculaires

J’ m’appelle Moussa et j’ai dix ans, j’ suis en CM2 à Épinay
Ville du quatre-vingt-treize où j’ai grandi et où j’ suis né
C’est pas d’ ma faute à moi si j’ai moins de chances d’avoir le bac
C’est simplement parce que j’ vis là que mon avenir est un cul-de-sac

Grand Corps Malade

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Abd Al Malik

Soldat de plomb

Soldat de plomb
Soldat de plomb

Tout maigre dans ma grosse veste qui me servait d’armure,
J’avais du shit dans mes chaussettes et j’fesais dans mon pantalon,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
J’avais juste 12 ans les poches remplies d’argent,
J’avais déjà vu trop de sang,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
J’étais adolescent quand j’ai vu le destin prendre un calibre et me descendre un par un,
Mort par overdose, par arme à feu, par arme blanche, ou par pendaison,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
Bien sûr qu’un sourire nous aurait fait plaisir, juste un peu d’attention, et peut être ça aurait été autrement,
Nous aurions été des enfants normaux et pas des enfants soldats,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
Ça ne pouvait finir qu’en drame quand nous étions dans cette cave et que tout notre escadron s’est mis à sniffer de la came,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
Des copines que j’avais connu belles s’étaient changées en loques humaines à cause de l’héroïne qu’elles s’étaient injectées dans les veines,
Soldatesses fatiguées,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
Certains de mes proches, de mes frères, décidèrent de faire sauter la banque à coups de revolver,
5, 10, 15 ans fermes et on ne parle plus que par lettres,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
Sous le volant les câbles pendent, il roulait vite pour pas se faire prendre, l’explosion sonna, Boum ! Et il se fit prendre,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
Sans oublier les histoires bêtes, un contrôle d’identité on finit une balle dans la tête,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
Alors ça finit en émeute, en guerre rangée, CRS casqués contre jeunes en meutes enragées,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
Alors aujourd’hui quand j’entends des journalistes me dire que parler de paix et d’amour ça ne sert a rien si ce n’est divertir, j’pense à ces mecs et ces meufs dont l’ultime demeure est sous une croix ou tournés vers la Mecque,
Ces petits mecs et ces petites meufs qu’on considérera jamais comme des héros ou même comme de simple victimes de guerre, pour moi je n’vous oublie pas et en votre mémoire éternelle, je ferai tout pour faire la paix avec moi-même, et avec les autres aussi,
Pour un monde meilleur, vive la France arc-en-ciel, unie et débarrassée de toutes ses peurs,
Soldat de plomb, soldat de plomb,
Donne moi la main, donne moi la main, donne moi la main, donne moi la main ...

Abd Al Malik

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Marie Myriam

L'oiseau et L'enfant

Comme un enfant aux yeux de lumière
Qui voit passer au loin les oiseaux
Comme l'oiseau bleu survolant la terre
Vois comme le monde, le monde est beau

Beau le bateau, dansant sur les vagues
Ivre de vie, d'amour et de vent
Belle la chanson naissante des vagues
Abandonnée au sable blanc

Blanc l'innocent, le sang du poète
Qui en chantant, invente l'amour
Pour que la vie s'habille de fête
Et que la nuit se change en jour

Jour d'une vie où l'aube se lève
Pour réveiller la ville aux yeux lourds
Où les matins effeuillent les rêves
Pour nous donner un monde d'amour

L'amour c'est toi, l'amour c'est moi
L'oiseau c'est toi, l'enfant c'est moi

Moi je ne suis qu'une fille de l'ombre
Qui voit briller l'étoile du soir
Toi mon étoile qui tisse ma ronde
Viens allumer mon soleil noir

Noire la misère, les hommes et la guerre
Qui croient tenir les rênes du temps
Pays d'amour n'a pas de frontière
Pour ceux qui ont un cœur d'enfant

Comme un enfant aux yeux de lumière
Qui voit passer au loin les oiseaux
Comme l'oiseau bleu survolant la terre
Nous trouverons ce monde d'amour
L'amour c'est toi,l'amour c'est moi
L'oiseau c'est toi, l'enfant c'est moi
L'oiseau c'est toi, l'enfant c'est moi

Marie Myriam

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Pierre Perret

Ouvrez la cage aux oiseaux

Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux
Regardez-les s’envoler c’est beau
Les enfants si vous voyez
Des p’tits oiseaux prisonniers
Ouvrez-leur la porte vers la liberté

Un p’tit dé à coudre
Et trois goutt’ d’eau dedans
Au d’ssus du perchoir
Un os de seiche tout blanc
Et un petit piaf triste de vivre en prison
Ça met du soleil dans la maison
C’est c’ que vous diront
Quelques rentiers vicelards
Des vieux schnocks
Qui n’ont qu’ des trous d’air
Dans l’ cigare
Une fois dans vot’ vie,
Vous qui êtes pas comme eux
Faites un truc qui vous rendra heureux

Si vot’ concierge fait cui-cui sur son balcon
Avec ses perruches importées du Japon
Ses canaris jaunes et ses bengalis
A vot’ tour faites leur guili-guili
Sournoisement exclamez vous
" Dieu! quel plumage! "
Mais chère Madame
On vous demande au 3ème étage
Et dès que la bignole aura l’ dos tourné
Même si on doit pas vous l’ pardonner

Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux
Regardez les s’envoler, c’est beau
les enfants si vous voyez
Des petits oiseaux prisonniers
Ouvrez-leur la porte vers la liberté

Pierre Perret

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Jean Ferrat 

Berceuse

Dors petit homme
Dors petit frère

La nuit
A Bahia de tous les Saints
Bruisse de papier d'étain
D'ombres dures et familières
La nuit
Tu t'endors le long des quais
Près des fûts abandonnés
Poings fermés dans la poussière

Dors petit homme
Dors petit frère

La faim
Met sa robe d'apparat
C'est l'heure où l'on voit les rats
Regagner les grands navires
C'est l'heure
Où des financiers au bras
Les putains ouvrent leurs draps
En forme de tirelire

Dors petit homme
Dors petit frère

Parfois
Tu écoutes les indiens
Parler de mal et de bien
Sur leurs siècles de misère
Tu vois
Le diable n'est qu'un pantin
Qui s'évanouit au matin
Quand tu lèves la paupière

Dors petit homme
Dors petit frère

Hier
Sur les toits jaune orangé
L'oiseau qui te fait rêver
A survolé la frontière.

Jean Ferrat

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Petit

Petit mon dangereux pirate
Les pieds nus dans le caniveau
Mon matelot qui carapate
Après tes voiliers tes vaisseaux
Mon amateur de confitures
Je pourrais ronchonner bientôt
Réglementer tes aventures
Mettre du lest à tes bateaux

Petit mon voyou mon apache
Mon amoureux du fil de l'eau
Je pourrais friser ma moustache
Et t'inviter dans mon bureau

Petit qui sur les bancs d'l'école
A toujours l'air d'un étranger
Qui comprends pas le protocole
La bête noire du surgé
Le blâmé du conseil de classe
Celui qui saura pas nager
Dans la société des rapaces
Et des gangsters autorisés

Petit mon malheureux potache
Mon amoureux du fil de l'eau
Je pourrais friser ma moustache
Et te reprocher tes zéros

Petit mon dangereux gauchiste
Mon enragé mon anarcho
Qui me trouve trop légaliste
Et pour tout dire un peu coco
Qui trouve nos combats fadasses
Qui voudrait détruire illico
Les injustices dégueulasses
En embauchant le sirocco

Petit mon voyou mon apache
Mon amoureux du fil de l'eau
Je pourrais friser ma moustache
Je pourrais freiner ton galop

Oui mais quand j'pense à tes Socrate
A tes cornacs à tes mentors
Y a de quoi me couper les pattes
Y a pas d'quoi jouer les cadors
C'est vrai qu'elle a triste figure
Cette planete où nous vivons
Ça pue la haine et la torture
La guerre et la bombe à neutrons

Ah vivre un monde un peu moins vache
Un peu plus libre un peu plus beau
Petit mon voyou mon apache
Mon amoureux du fil de l'eau.

Jean Ferrat

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Renaud

Morgane de toi

Y'a un mariolle, il a au moins quatre ans
Y veut t' piquer ta pelle et ton seau
Ta couche culotte avec tes bonbecs dedans
Lolita, défend-toi, fous-y un coup d' râteau dans l' dos
Attend un peu avant de t' faire emmerder
Par ces p'tits machos qui pensent qu'à une chose
Jouer au docteur non conventionné
J'y ai joué aussi, je sais de quoi j' cause
J' les connais bien les play-boys des bacs à sable
J' draguais leurs mères avant d' connaître la tienne
Si tu les écoutes y t' feront porter leurs cartables
'Reusement qu' j' suis là, que j' te regarde et que j' t'aime

Lola
J' suis qu'un fantôme quand tu vas où j' suis pas
Tu sais ma môme
Que j' suis morgane de toi

Comme j'en ai marre de m' faire tatouer des machins
Qui m' font comme une bande dessinée sur la peau
J'ai écrit ton nom avec des clous dorés
Un par un, plantés dans le cuir de mon blouson dans l' dos
T'es la seule gonzesse que j' peux tenir dans mes bras
Sans m' démettre une épaule, sans plier sous ton poids
Tu pèses moins lourd qu'un moineau qui mange pas
Déploie jamais tes ailes, Lolita t'envole pas
Avec tes miches de rat qu'on dirait des noisettes
Et ta peau plus sucrée qu'un pain au chocolat
Tu risques de donner faim a un tas de p'tits mecs
Quand t'iras à l'école, si jamais t'y vas

Lola
J' suis qu'un fantôme quand tu vas où j' suis pas
Tu sais ma môme
Que j' suis morgane de toi


Qu'est-ce qu' tu m' racontes tu veux un p'tit frangin
Tu veux qu' j' t'achète un ami Pierrot
Eh les bébés ça s' trouve pas dans les magasins
Puis j' crois pas que ta mère voudra qu' j' lui fasse un p'tit dans l' dos
Ben quoi Lola on est pas bien ensemble
Tu crois pas qu'on est déjà bien assez nombreux
T'entends pas c' bruit, c'est le monde qui tremble
Sous les cris des enfants qui sont malheureux
Allez viens avec moi, j' t'embarque dans ma galère
Dans mon arche y'a d' la place pour tous les marmots
Avant qu' ce monde devienne un grand cimetière
Faut profiter un peu du vent qu'on a dans l' dos.

Renaud

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Mistral gagnant

Ah m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder les gens tant qu'y en a
Te parler du bon temps qu'est mort ou qui r'viendra
En serrant dans ma main tes p'tits doigts
Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d' pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures
Te raconter un peu comment j'étais mino
Les bonbecs fabuleux qu'on piquait chez l' marchand
Car-en-sac et Minto, caramel à un franc
Et les mistrals gagnants

Ah r'marcher sous la pluie cinq minutes avec toi
Et regarder la vie tant qu'y en a
Te raconter la Terre en te bouffant des yeux
Te parler de ta mère un p'tit peu
Et sauter dans les flaques pour la faire râler
Bousiller nos godasses et s' marrer
Et entendre ton rire comme on entend la mer
S'arrêter, r'partir en arrière
Te raconter surtout les carambars d'antan et les cocos bohères
Et les vrais roudoudous qui nous coupaient les lèvres
Et nous niquaient les dents
Et les mistrals gagnants

Ah m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder le soleil qui s'en va
Te parler du bon temps qu'est mort et je m'en fou
Te dire que les méchants c'est pas nous
Que si moi je suis barge, ce n'est que de tes yeux
Car ils ont l'avantage d'être deux
Et entendre ton rire s'envoler aussi haut
Que s'envolent les cris des oiseaux
Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie
Et l'aimer même si le temps est assassin
Et emporte avec lui les rires des enfants
Et les mistrals gagnants
Et les mistrals gagnants

Renaud

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Gilles Vigneault

Le grand cerf-volant

Un jour je ferai mon grand cerf-volant
Un côté rouge, un côté blanc
Un jour je ferai mon grand cerf-volant
Un côté rouge, un côté blanc, un côté tendre
Un jour je ferai mon grand cerf-volant
J’y ferai monter vos cent mille enfants, ils vont m’entendre
Je les vois venir du soleil levant

Puis j’attellerai les chevaux du vent
Un cheval rouge, un cheval blanc
Puis j’attellerai les chevaux du vent
Un cheval rouge, un cheval blanc, un cheval pie
Puis j’attellerai les chevaux du vent
Et nous irons voir tous les océans s’ils sont en vie
Si les océans sont toujours vivants

Par-dessus les bois, par-dessus les champs
Un oiseau rouge, un oiseau blanc
Par-dessus les bois, par-dessus les champs
Un oiseau rouge, un oiseau blanc, un oiseau-lyre
Par-dessus les bois, par-dessus les champs
Qui nous mènera chez le mal méchant pour le détruire
Bombe de silence et couteau d’argent

Nous mettrons le mal à feu et à sang
Un soleil rouge, un soleil blanc
Nous mettrons le mal à feu et à sang
Un soleil rouge, un soleil blanc, un soleil sombre
Nous mettrons le mal à feu et à sang
Un nuage monte, un autre descend, un jour sans ombre
Puis nous raserons la ville en passant

Quand nous reviendrons le cœur triomphant
Un côté rouge, un côté blanc
Quand nous reviendrons le cœur triomphant
Un côté rouge, un côté blanc, un côté homme
Quand nous reviendrons le cœur triomphant
Alors vous direz : "Ce sont nos enfants, quel est cet homme
Qui les a menés loin de leurs parents?"

Je remonterai sur mon cerf-volant
Un matin rouge, un matin blanc
Je remonterai sur mon cerf-volant
Un matin rouge, un matin blanc, un matin blême
Je remonterai sur mon cerf-volant
Et vous laisserez vos cent mille enfants chargés d’eux-mêmes
Pour jeter les dés dans la main du temps

Pour jeter les dés dans la main du temps

Gilles Vigneault

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Berceuse pour Marion

Pour Marion qui sommeille
Le faiseur de rêves est prêt
Un grand navire appareille
Pour des rivages secrets
Moussaillon Marion
Va faire un joli voyage
Marion moussaillon
Fend le rêve, nous veillons

Mais quand Marion s’éveille
Le lait du soleil est chaud
Raconte-nous les merveilles
Des îles de ton dodo
Sourions Marion
Maman et papa t’écoutent
Sourions Marion
Nous t’écoutons, les yeux ronds

Gilles Vigneault

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Bernard Lavilliers

Petit

Un enfant, avec un fusil trop grand
Un enfant, marche lentement, à pas hésitants
Au milieu du sang et du silence, et du silence

Un enfant, mais apparemment c’est plus un enfant
Depuis très longtemps, trop longtemps, trop longtemps

Bientôt dix ans, t’as jamais joué au voleur
Au gendarme qui a peur, à l’insouciance
Petit, tu devrais regarder les filles
Et voir dans leurs yeux qui brillent des valses lentes
Tu vois dans leurs yeux des éclairs de feux
Béton déchiré par les barbelés
Et de temps en temps du cristal de sang
Quand vas-tu mourir ?

Un enfant, avec un fusil trop grand
Un enfant, mais apparemment c’est plus un enfant
Peut tuer comme un grand, comme à la guerre évidemment

Bientôt dix ans, il y a des pays tranquilles
Et des jardins dans les villes, et de l’argent
Petit, tu sais pas jouer aux billes
Tu revends des balles en cuivre, pour le moment
Tu vis au milieu des éclairs de feux
Béton déchirés par le barbelés
Et de temps en temps du cristal de sang
Quand vas-tu mourir ?

Un enfant, un enfant trop vieux, un enfant trop dur
Un enfant bien évidemment peut tuer comme un grand
Et comme c’est la guerre, fait sa ronde, fait sa ronde

Et dans dix ans, si jamais y a plus l’enfer
Si jamais y a plus le fer, le feu, le sang
Petit, tu raccrocheras ton fusil
Comme un cauchemar qu’on oublie, apparemment
Petit, tu joueras peut-être au voleur
Et les gendarmes auront peur de l’insolence
Petit, tu feras danser les filles
Pour voir dans leurs yeux qui brillent des valses lentes
Mais au fond des yeux, des éclairs de feux
Béton déchiré par les barbelés
Et de temps en temps du cristal de sang
Que vas-tu devenir ?

Bernard Lavilliers

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Barbara

Cet enfant-là

Cet enfant-là,
Cet enfant-là
Te ressemble, te ressemble.
Il a de toi
Je ne sais quoi :
Le sourire
Ou peut-être,
Quand il marche,
Ta démarche.
Il hésite et s’avance.
Cet enfant-là
Te ressemble
Et j’en tremble.

Cet enfant-là,
Tu t’en souviens,
Tu le voulais.
Tu m’en parlais
Et, merveille des merveilles,
Je riais de t’entendre.
Tu me disais :
"Comme je voudrais,
Qu’il te ressemble,
Te ressemble.
Moi je voulais
Que cet enfant
Te ressemble."

Tu voulais qu’un jour, il soit avocat ou bien médecin.
Nous nous disputions déjà l’avenir
D’un enfant qui n’était pas encore là.
Moi, je voulais qu’il soit berger, jardinier
Ou bien musicien.
Je l’imaginais déjà, tout petit,
Un immense piano au bout de ses doigts.
Il aura des poissons d’or, des jardins de sable
Et de grands voiliers blancs,
Des oiseaux de feu, des îles enchantées,
Des étoiles filantes au fond de ses yeux.
Il ne connaitra que l’ogre gentil
Qui jamais n’a dévoré les enfants.
Mon enfant dieu, mon enfant prince, mon enfant roi,
Mon enfant merveilleux, mon enfant rien qu’à moi,
Nous lui tournions des manèges sous la neige,
Nous lui bâtissions des châteaux en Norvège, en Norvège

Mais cet enfant-là,
Cet enfant-là
Lui ressemble.
Il a d’elle
Je ne sais quoi :
Le sourire
Ou peut-être,
Quand elle marche,
Sa démarche
Et sa grâce,
Ma disgrâce.
Cet enfant-là
N’a rien de moi
Mais vous ressemble.

Cet enfant-là,
Cet enfant-là
Te regarde,
Me regarde.
Il s’étonne,
Il s’inquiète
Et, timide, il s’avance.
Cet enfant-là
Me tend les bras
Et je l’aime.
Cet enfant-là
N’a rien de moi, mais te ressemble,
Ressemble, ressemble ...

Barbara

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Mon enfance

J’ai eu tort, je suis revenue
dans cette ville loin perdue
où j’avais passé mon enfance.
J’ai eu tort, j’ai voulu revoir
le coteau ou glissaient le soir
bleus et gris ombres de silence.
Et je retrouvais comme avant,
longtemps après,
le coteau, l’arbre se dressant,
comme au passé.
J’ai marché les tempes brûlantes,
croyant étouffer sous mes pas.
Les voies du passé qui nous hantent
et reviennent sonner le glas.
Et je me suis couchée sous l’arbre
et c’étaient les mêmes odeurs.
Et j’ai laissé couler mes pleurs,
mes pleurs.
J’ai mis mon dos nu à l’écorce,
l’arbre m’a redonné des forces
tout comme au temps de mon enfance.
Et longtemps j’ai fermé les yeux,
je crois que j’ai prié un peu,
je retrouvais mon innocence.
Avant que le soir ne se pose
j’ai voulu voir
les maisons fleuries sous les roses,
j’ai voulu voir
le jardin ou nos cris d’enfants
jaillissaient comme source claire.
Jean-Claude, Régine, et puis Jean
tout redevenait comme hier
le parfum lourd des sauges rouges,
les dahlias fauves dans l’allée,
le puits, tout, j’ai tout retrouvé.
Hélas
La guerre nous avait jeté là,
d’autres furent moins heureux, je crois,
au temps joli de leur enfance.
La guerre nous avait jetés là,
nous vivions comme hors la loi.
Et j’aimais celà. Quand j’y pense
où mes printemps,  mes soleils,
 mes folles années perdues,
 mes quinze ans, ou mes merveilles
que j’ai mal d’être revenue
où les noix fraiches de septembre
et l’odeur des mûres écrasées,
c’est fou, tout, j’ai tout retrouvé.
Hélas
Il ne faut jamais revenir
aux temps cachés des souvenirs
du temps béni de son enfance.
Car parmi tous les souvenirs
ceux de l’enfance sont les pires,
ceux de l’enfance nous déchirent.
Oh ma très chérie, oh ma mère,
où êtes-vous donc aujourd’hui ?
Vous dormez au chaud de la terre.
Et moi je suis venue ici
pour y retrouver votre rire,
vos colères et votre jeunesse.
Et je suis seule avec ma détresse.
Hélas
Pourquoi suis-je donc revenue
et seule au detour de ces rues ?
J’ai froid, j’ai peur, le soir se penche.
Pourquoi suis-je venue ici,
où mon passe me crucifie ?
Elle dort à jamais mon enfance.

Barbara

Perlimpinpin

Pour qui, comment quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C'en est assez de vos violences.
D'où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence.


Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S'il faut absolument qu'on soit
Contre quelqu'un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes.
Je suis pour les forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu'il soit de n'importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.


Que c'est abominable d'avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c'est abominable d'avoir pour ennemis
Les rires de l'enfance !


Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l'eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !


Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c'est bien !
Et pour une rose entr'ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d'abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne !


Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N'avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d'une cour au murs gris
Où l'aube n'a jamais sa chance.


Contre qui, comment, contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l'eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.


Contre personne et contre rien,
Contre personne et contre rien,
Mais pour toutes les fleurs ouvertes,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d'abandon
Et pour ce jardin qui frissonne !


Et vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu'avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N'avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d'une cour aux murs gris
Où l'aube aurait enfin sa chance,


Vivre,
Vivre
Avec tendresse,
Vivre
Et donner
Avec ivresse !

Barbara

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Guy Béart

L'eau vive

Ma petite est comme l’eau
Elle est comme l’eau vive
Elle court comme un ruisseau
Que les enfants poursuivent

Courez, courez
Vite si vous le pouvez
Jamais, jamais
Vous ne la rattraperez

Lorsque chantent les pipeaux
Lorsque danse l’eau vive
Elle mène mes troupeaux
Au pays des olives

Venez, venez,
Mes chevreaux, mes agnelets
Dans le laurier,
Le thym et le serpolet

Un jour que sous les roseaux
Sommeillait mon eau vive
Vinrent les gars du hameau
Pour l’emmener captive

Fermez, fermez
Votre cage à double-clé
Entre vos doigts
L’eau vive s’envolera

Comme les petits bateaux
Emportés par l’eau vive
Dans ses yeux les jouvenceaux
Voguent à la dérive

Voguez, voguez,
Demain vous accosterez
L’eau vive n’est
Pas encore à marier

Pourtant un matin nouveau
À l’aube mon eau vive
Viendra battre son trousseau
Aux cailloux de la rive

Pleurez, pleurez
Si je demeure esseulé
Le ruisselet
Au large s’en est allé.

Guy Béart

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Les enfants sur la lune

Sur la lune il y a des enfants
qui regardent la terre en rêvant.
- Croyez-vous qu’aussi loin
il y ait des humains ?
- Je n’en sais rien du tout,
embrassons-nous.

Sur la lune il y a des enfants,
sur la lune ou sur Aldébaran,
qui se disent "Sommes-nous
dans ce monde les seuls fous ?"
et regardent la terre
en grand mystère.

Sont-ils bleus ou verts ou de toutes les couleurs,
tous ces enfants d’ailleurs ?
Sont-ils en triangle, en spirale, en carré ?
Un jour, je le dirai.

Sur la lune il y a des enfants
qui regardent la terre en rêvant.
- Croyez-vous, lui dit-il,
qu’il y ait en exil
sur ce bout de croissant
un peu de sang ?
L’univers, est-il plein de vivants,
fait d’atomes, de rayons ou de vent ?

Je vois miraculeux
des sapins aux yeux bleus
qui vont branche contre branche
tous les dimanches.
En soucoupe, en tasse, en fusée, en cigare,
ils dansent dans le noir.
La queue des comètes chante et fait ronron
aux oiseaux d’Electron.

Sur la lune il y a des enfants
qui s’appellent à travers le néant,
qui s’adressent dans le noir
des musiques d’espoir,
par sans fil, par couleur,
par visiteur.

Sur la lune il y a des enfants
qui regardent la terre en pleurant.
- Savez-vous qu’autrefois
y avait des gens là-bas ?
Mais depuis l’grand éclair il n’y en a pas;
y avait des gens là-bas ?
Mais depuis l’grand éclair il n’y en a pas !

Guy Béart

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Les enfants de bourgeois

Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à,
les enfants de bourgeois jouent à la misère.
Ils marchent déguisés en mendiants distingués :
ça coûte cher les jeans rapiécés.

Ils ont pris nos vêtements, nos bleus et nos slogans.
Leur beau linge les attend chez leurs parents.
Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à,
les enfants de bourgeois jouent à la vie dure.
Leurs dents ont trop souffert à cause du raison vert
que leurs parents ont mangé hier.

Ils viennent, ces chéris, sur nos tables pourries
poser leurs hauts talons de leurs théories.
Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à,
les enfants de bourgeois jouent à l’herbe verte.

Ils vont planter leur fraise en Ardèche, en Corrèze.
Leur sœur, elle fait du tricot à l’anglaise.
Ils vont, le cœur vaillant, à la ferme dans les champs.
La terre est dure, mais ça ne dure pas longtemps.

Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à,
les enfants de bourgeois jouent à la commune.
Ils font quelques enfants libres et nus soi-disant
qu’ils abandonnent chez le premier passant.
Ils abritent des chiens, des oiseaux, des copains,
des chats qui meurent écrasés un par un.

Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à,
les enfants de bourgeois jouent à l’aventure.
Ils traversent les mers, les idées, les déserts.
Quand ça va mal, ils n’ont qu’à changer d’air.

Quand ils crient au secours, voici qu’ils trouvent toujours
au fond de leur poche leur ticket de retour.
A force de jouer où est, où est,
à force de jouer, où est l’espérance ?

Guy Béart



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