lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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PP 2013 VOIX - traductions - auteurs en anglais

PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME TRADUCTIONS

AUTEURS de langue anglaise

- Grande-Bretagne (Angleterre, Écosse, Pays de Galles) -

Percy Bysshe Shelley (1792-1822) est un poète romantique anglais

La philosophie de l'amour

Les fontaines se mêlent aux rivières,
Les rivières à l'océan,
Les vents du Ciel s'unissent à jamais
Avec une douce émotion;
Rien dans le monde n'est solitaire
Toutes choses par loi divine
En un esprit se rencontrent, se mêlent.
Pourquoi pas le mien et le tien ?

Vois, les montagnes baisent le haut Ciel,
Les vagues l'une l'autre étreignent;
Nulle sœur-fleur ne serait pardonnée
Si elle dédaignait son frère;
Du soleil la lumière étreint la terre,
Les rais de lune baisent la mer :
Mais que vaut donc tout cet ouvrage tendre
Si toi tu ne m’embrasses pas ?

Percy Bisshe Shelley

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Rudyard Kipling (1865-1936), écrivain et poète britannique, est l'auteur de nombreux livres d'histoires pour les enfants (Le Livre de la jungle, en 1894 et Le Second Livre de la jungle en 1895), de romans  et de poèmes (Mandalay,  If ...)
En 1907, il reçoit le Prix Nobel de littérature.
C'est la version d'If ... , écrite par Kipling en 1895, éditée en 1910, traduite par Pierre Maurois, écrivain français (1843-1926) qu'on retient généralement :

Tu seras un Homme, mon Fils (autre titre : Si ...)

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard Kipling (Traduit par Pierre Maurois en 1918) (Bernard Lavilliers l'a mis en musique et interprété (1988).

If  ...

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:
If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools :

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: 'Hold on !'

If you can talk with crowds and keep your virtue,
' Or walk with Kings - nor lose the common touch,
if neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that's in it,
And - which is more - you'll be a Man, my son !

Rudyard Kipling ("Si : Tu seras un homme, mon fils")


- Irlande -
Samuel Beckett  (1906-1989), né à Dublin, est sans doute, avec James Joyce (voir plus bas), le plus connu des écrivains irlandais. C'est un romancier, dramaturge (En attendant Godot, 1952) et poète. Il quitte son pays à la veille de la Seconde Guerre mondiale et choisit de vivre en France, où il participe activement à la Résistance. Prix Nobel de la Paix en 1969, il a écrit en français une grande partie de son oeuvre et la plupart de ses poèmes.

Que ferais-je  (titre proposé)

* que ferais-je sans ce monde sans visage
sans questions
où être ne dure qu'un instant où chaque instant
verse dans le vide dans l'oubli d'avoir été
sans cette onde où à la fin
corps et ombre ensemble s'engloutissent
que ferais-je sans ce silence gouffre des murmures
haletant furieux vers le secours vers l'amour
sans ce ciel qui s'élève
sur la poussière de ses lests
que ferais-je je ferais comme hier comme aujourd'hui
regardant par mon hublot si je ne suis pas seul
à errer et à virer loin de toute vie
dans un espace pantin
sans voix parmi les voix
enfermées avec moi

* pas de ponctuation ni de majuscules
    
Samuel Beckett ("Poèmes suivi de Mirlitonnades" - éditions de Minuit, 1978, rééditions augmentées :1992, 1998)
On trouvera dans ce recueil tous les poèmes que Samuel Beckett a écrits en français depuis 1937.

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La mouche

 

entre la scène et moi
la vitre
vide sauf elle

 

ventre à terre
sanglée dans ses boyaux noirs
antennes affolées ailes liées
pattes crochues bouche suçant à vide
sabrant l'azur s'écrasant contre l'invisible
sous mon pouce impuissant elle fait chavirer
la mer et le ciel serein.

Samuel Beckett ("Poèmes suivi de Mirlitonnades" - éditions de Minuit, 1978, rééd augmentées 1992, 1998)

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William Butler Yeats (1865-1939) est né lui aussi à Dublin et a reçu le Prix Nobel, mais de littérature, en 1923 pour "sa poésie toujours inspirée, dont la forme hautement artistique exprime l'esprit d'une nation entière".
Il s'engage politiquement pour la reconnaissance de la nation irlandaise (il sera sénateur de l'État libre d'Irlande) et ses poèmes célèbrent le pays natal, avec son combat pour l'indépendance, et aussi l'humanisme et dans le sentiment amoureux, "la douleur d'aimer". Comme Beckett, il quitte l'Irlande  pour vivre en France, mais seulement les dernières années de sa vie, en 1930.

 

Pourquoi mon coeur bat-il ainsi ?

Pourquoi mon coeur bat-il ainsi ?
Etait-ce une ombre qui passait ?
Elle vient de passer ici.
Et qui donc sur l'herbe marchait ?
Quel vagabond erre en la nuit ?
Parfois le vertige des rêves,
Comme d'anciens auteurs l'ont dit,
Des os séchés des morts s'élève.
Et la nuit, il semble souvent
Que s'emplit toute la vallée
De ces rêves hallucinants.
Les collines sont submergées
Par une ombre qui se dilate,
Comme à ras bord le vin remplit
Une coupe en jade vert-gris,
Ou même une coupe d'agate.

William Butler Yeats (tiré de l'anthologie "Une Europe des poètes" - Livre de Poche - Hachette, 1991) - Traduction de Jacques Charpentreau.

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Les textes de William Butler Yeats qui suivent sont parus dans  le recueil Choix de poèmes aux Editions Aubier, en édition bilingue :

Avant que le monde ne fût

Si j’assombris mes cils
Et illumine mes yeux
Et fais mes lèvres plus écarlates,
Ou demande si tout cela est juste
De miroir en miroir,
Sans montrer de vanité :
Je cherche le visage que j’avais
Avant que le monde ne fût.

 

Et si je regarde un homme
Comme on regarde son aimé,
Comme si mon sang un instant se glace
Dans mon coeur immobile ?
Pourquoi penserait-il que je suis cruel
Ou qu’il soit trahi ?
J'aurais aimé le voir aimer ce qui était
Avant que le monde ne fût.

William Butler Yeats

texte original :

Before the world was made

 

If I make the lashes dark
And the eyes more bright
And the lips more scarlet,
Or ask if all be right
From mirror after mirror,
No vanity’s displayed:
I’m looking for the face I had
Before the world was made.

 

What if I look upon a man
As though on my beloved,
And my blood be cold the while
And my heart unmoved ?
Why should he think me cruel
Or that he is betrayed ?
I’d have him love the thing that was
Before the world was made.

William Butler Yeats

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Quand tu seras vieille

 

Quand tu seras vieille et grise et pleine de sommeil,
Quand, ta tête inclinée près du feu, tu prendras ce livre,
Et lentement, liras et reverras le doux regard
De tes yeux d’autrefois, et de leurs ombres profondes.

 

Combien ont aimé tes moments de joie prodigue,
Et aimèrent ta beauté d’un amour sincère ou faux,
Mais un seul aima l’âme du pèlerin en toi,
Et aima les défaites de ton visage changeant ;

 

Et quand courbée sur la hampe incandescente,
Tu murmureras comment l’amour te quitta
Comment il s’envola au-dessus des montagnes
Et cacha son visage dans un amas d’étoiles.

William Butler Yeats

When you are old

 

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;

 

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

 

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

William Butler Yeats

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La douleur d'aimer

 

Une douleur au-delà des mots
Se cache dans le coeur d’amour :
Les peuples qui vendent et achètent
Les nuages de leurs voyages passés,
Les vents froids et humides qui toujours ont soufflé,
Et l’ombrageuse coudraie
Où s’écoulent les eaux opaques,
Ils menacent l’être que j’aime.

William Butler Yeats

The pity of love

 

A pity beyond all telling
Is hid in the heart of love:
The folk who are buying and selling,
The clouds on their journey above,
The cold wet winds ever blowing,
And the shadowy hazel grove
Where moves-grey waters are flowing,
Threaten the head that I love.

William Butler Yeats ("Choix de poèmes" - Editions Aubier, collection bilingue,1990)

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James Joyce (1882-1941), né à Dublin lui aussi, est un romancier et poète irlandais expatrié, considéré comme un des écrivains les plus influents du XXe siècle. Ses œuvres majeures sont un recueil de nouvelles Les Gens de Dublin (1914) et des romans Dedalus (1916), Ulysse (1922), et Finnegans Wake (1939). (inspiré de Wikipedia)

Ma colombe (titre proposé)

Ma colombe, ma belle,
Prend ton envol !

 

La rosée de la nuit repose
Sur mes lèvres et mes yeux.
Brodent les vents parfumés
Une musique de soupirs :

 

Prend ton envol,
Ma colombe, ma belle !

 

J’attends auprès du cèdre,
Ma sœur, mon amour.
Cœur blanc de la colombe,
Ma poitrine sera ton lit.

 

La rosée pale repose
Comme un voile sur ma tête.

 

Ma belle, ma jolie colombe,
Prend ton envol !

(traduction de  Gilles de Seze : http://gdeseze.free.fr/)

Texte original :

My dove, my beautiful one,            
Arise, arise!                                       

 

The night-dew lies                           
Upon my lips and eyes.                  
The odorous winds are weaving         
A music of sighs :                            

 

Arise, arise,                                       
My dove, my beautiful one!            

 

I wait by the cedar tree,                      
My  sister, my love.                           
White breast of the dove,                
My breast shall be your bed.         

 

The pale dew lies                           
Like a veil on my head.                                        

 

My fair one, my fair dove,                                    
Arise, arise !

James Joyce ("Chamber Music", 1907)

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Thomas Moore (1779-1852) est un poète irlandais, né également à Dublin.

"Au sud de Dublin, dans le comté de Wicklow, rivières, collines et sous-bois forment ce que l’on appelle le "Jardin d’Irlande".
La vallée d’Avoca est une région dont la nature abondante enchante les passionnées de randonnée et de silence.
C'est dans ce lieu que Thomas Moore écrit, pendant l'été 1807 (publié l'année suivante) "The meetings of the water" (La réunion des eaux).
(source : http://www.pluralworld.com/)

The meetings of the water

1. There is not in the wide world a valley so sweet
As that vale in whose bosom the bright waters meet; (*)
Oh! the last rays of feeling and life must depart,
Ere the bloom of that valley shall fade from my heart.

 

2. Yet it was not that nature had shed o'er the scene
Her purest of crystal and brightest of green;
'Twas not her soft magic of streamlet or hill,
Oh! no, -- it was something more exquisite still.

 

3. 'Twas that friends, the beloved of my bosom, were near,
Who made every dear scene of enchantment more dear,
And who felt how the best charms of nature improve,
When we see them reflected from looks that we love.

 

4. Sweet vale of Avoca! how calm could I rest
In thy bosom of shade, with the friends I love best,
Where the storms that we feel in this cold world should cease,
And our hearts, like thy waters, be mingled in peace.

(*)
Il s'agit des rivières Avon et Avoca
Thomas Moore ("The Meeting of the Waters",1808 - in "Irish Melodies", volume 1)

Traduction des strophes 1 et 4 :

La réunion des eaux

 

Il n'y a pas de vallée aussi douce dans le monde
Que cette vallée dont les eaux brillantes se rencontrent en son cœur
Oh ! Les dernières lueurs de sentiment et la vie doivent s’en aller,
Avant que la fleur de cette vallée ne s'efface de mon cœur.
[...]
Douce Vallée d'Avoca ! Comment pourrais-je me reposer
Au sein de l’ombre, avec mes amis chers,
Où les tempêtes que nous ressentons dans ce monde froid devraient cesser
Et nos cœurs, comme vos eaux, être en paix.

Thomas Moore

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The last rose of summer

 

Tis the last rose of summer
Left blooming alone;
All her lovely companions
Are faded and gone;
No flower of her kindred,
No rosebud is nigh,
To reflect back her blushes,
To give sigh for sigh.

 

I'll not leave thee, thou lone one !
To pine on the stem;
Since the lovely are sleeping,
Go, sleep thou with them.
Thus kindly I scatter
Thy leaves o`er the bed,
Where thy mates of the garden
Lie scentless and dead.

 

So soon may I follow,
When friendships decay,
And from Love`s shining circle
The gems drop away.
When true hearts lie withered
And fond ones are flown,
Oh! who would inhabit
This bleak world alone ?

La dernière rose de l'été
(traduction de Karl Petit)

C'est la dernière rose de l'été
Abandonnée en fleur ;
Toutes ces belles compagnes,
Sans retour sont fanées ;
Plus de fleur de sa parenté
Plus de boutons de rose à l'article de la mort
Pour réfléchir ses rougeurs,
Et rendre soupir pour soupir.

 

Je te laisserai point chère solitaire,
Languir sur ta tige ;
Puisque sommeillent tes sœurs
Va donc les rejoindre.
Et par sympathie, je répandrai
Tes feuilles sur le sol
Où tes compagnes de jardin
Gisent mortes et sans parfum.

 

Puissé-je te suivre bientôt
Lorsque l'amitié s'émoussera
Et que du cercle magique de l'amour
Les gemmes se détacheront ;
Quand les cœurs fidèles ne palpiteront plus
Et que les êtres aimés auront disparu,
Oh ! qui donc voudrait habiter seul
En ce monde désert !

Thomas Moore  ("Mélodies irlandaises", 1807-1834)

Et enfin en voici une adaptation de G. Newton pour une chanson dont la musique est d'Eddy Marnay :

La dernière rose de l'été

Si jamais tu cueilles une rose

Dont le coeur a déjà fané
Dis-toi bien que cette rose
Est la dernière de l'été

 

Hier encore en voisinage
Le ruisseau, tous les jardins
Il me reste plus qu'un feuillage
Que l'hiver brûlera demain

 

En amour comme en toute chose
En amour comme en amitié
Si ton coeur trouve une rose
Cette rose il faut garder

 

Même si c'est la première
Que tu as jamais trouvé
C'est peut-être, c'est la dernière
Et la vie n'est qu'un seul été (bis)

d'après le poème de Thomas Moore


- Australie -

David Rowbotham, poète australien de langue anglaise, est né en 1924.livre_David_Rowbotham_Australie
Voici le début d'un de ses poèmes, publié dans le recueil The Penguin Book of Australian Verse, et traduit par Bernard Lorraine pour son anthologie "Un poème, un pays, un enfant" (Le cherche midi, 2002).

"I live with death, as with a star."
Je vis avec la mort, comme avec une étoile

Message du premier homme perdu dans l'espace (extrait)

Aimez la Terre ! Il faut
prendre soin davantage
de ce cadeau,
votre héritage.

Ma fusée ? quelle idée
la dirige, et jusqu'où ?
Qui l'a guidée
si loin de vous ?

J'ai dépassé l'abîme
hors de portée des yeux,
et l'origine
même des dieux.
...
David Rowbotham ("The Penguin Book of Australian Verse" - Harry Eseltine édit, 1972)


 

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