lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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La courbe de ta joue


La courbe de ta joue
c’est le chemin de ronde
où j’avance pieds nus

c’est ma ligne de vie
pour affronter le monde
cette terre inconnue

La courbe de ta joue
c’est l’équation secrète
sur l’infini ouvert

la singularité
initiale peut-être
de mon seul univers

La courbe de ta joue
dessine dans l’espace
une autre dimension

c’est chaque instant passé
qui s’y brûle et s’y glace
à perdre la raison

La courbe de ta joue
je l’ai un jour perdue  
au jeu du tout ou rien

lorsque j’ai abordé
dans le temps suspendu
un horizon plus loin

La courbe de ta joue
c’est la bulle où se cache
l’homme que j’ai été

et qui cherche aujourd’hui
dans le gris des nuages
cet ovale parfait


adapté de J.Čatišeský


Apprendre à laisser

J’abandonnerai au désert toutes mes absences
pour l’étendue de la solitude

Je laisserai aux nuages mes hésitations et mes erreurs
pour les quatre vents de la mémoire

je confierai à la mer quelques gouttes de bonheur
pour les profondeurs inconnues que j’ai effleurées

Mais je garde encore au ciel de ma ville
dans son champ d’étoiles éteintes
la petite lueur nécessaire
pour vivre ici

le temps
d’apprendre à laisser.


 

Écran total


À peine moi le dos tourné
Vous disparaître,
Et moi comment raison garder
Vous raison d’être.

Vous pas comprendre la question
Moi pas si bête
En moi trouvé la solution
Vous dans la tête.

Vous avoir beau vous effacer
Me mettre en garde
Moi en mémoire  protégée
Vous sauvegarde.

Vous continuez votre chemin
De ville en ville
De vous moi je n’ai plus besoin
C’est inutile.

Dans mon cinéma permanent
Comme un poète
Sur le réel exactement
Je vous projette.


 


Le dernier mot
 

Autoniver et printété
C'est le bicycle des saisons
Oubliant toute gravité
La Terre ne tourne plus rond.

Les mots se percutent, s'encastrent
Au sens propre défigurés
Incommunicable désastre
Du langage dénaturé.

On économme l'écriture
On réductionne le dico
On taille, on jette aux dépodures
Les lettres usagées des vieux mots

Et nous passagers sages sages
Passifs dans nos canapéros
Irrésistants à l'élangage
Fini de se payer de mots

Ouvrons les yeux fermons la porte
Aux colporteurs du baragouin 
Qu’il reste à jamais lettre morte
Donnons pas notre langue aux chiens

S'il faut l’écrire en toutes lettres 
et appeler un mot un mot 
Prenons les au pied de la lettre
Ils n'auront pas le dernier mot.

Antoine Bial - mars 2017


Le dernier poème *

(à ma muse, qui ne le lira pas)


Ma muse ne s’amuse pas des jeux de mots,
pour prendre un vers, elle tourne pas autour du pot

les calembours alambiqués la déconcertent,

et je trafique le lexique en pure perte.

Elle se méfie des vers à pied, beaucoup trop fins

qu’on croit tenir mais qui souvent tombent des mains,

elle n’aime pas compter pour rien, et ça l’agace

de vérifier que chaque pied est à sa place.

Monde à l’envers, parfois ma muse me taquine,

quand je suis fatigué, que j’ai mauvaise mine

je dois lui tendre malgré tout un bout de texte

"C’est un peu court, tu peux faire mieux »… et ça me vexe.

Pour la garder j'ai dû renoncer à la rime,

adieu métrique si faiblarde, adieu la frime,

cachez vos belles hémistiches *, alexandrins,

ce coup classique ne prend plus dans mes quatrains.

J’ai entrepris de lui servir quelques vers libres

mal inspirés, tous en parfait déséquilibre,

ils sont tombés à plat, que faut-il faire si

l’art poétique est le cadet de ses soucis.

Je mets un point final à ce dernier poème,

Il faut savoir se séparer de ce qu’on aime,

déjà ma plume entame une métamorphose,

je garde espoir de lui faire voir la vie en prose.

* je sais bien, mais ces hémistiches- là sont celles du féminin

 

Posté par de passage à 10:31 - Permalien [#]