lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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La courbe de ta joue


La courbe de ta joue
c’est le chemin de ronde
où j’avance pieds nus

c’est ma ligne de vie
pour affronter le monde
cette terre inconnue

La courbe de ta joue
c’est l’équation secrète
sur l’infini ouvert

la singularité
initiale peut-être
de mon seul univers

La courbe de ta joue
dessine dans l’espace
une autre dimension

c’est chaque instant passé
qui s’y brûle et s’y glace
à perdre la raison

La courbe de ta joue
je l’ai un jour perdue  
au jeu du tout ou rien

lorsque j’ai abordé
dans le temps suspendu
un horizon plus loin

La courbe de ta joue
c’est la bulle où se cache
l’homme que j’ai été

et qui cherche aujourd’hui
dans le gris des nuages
cet ovale parfait


adapté de J.Čatišeský



Le dernier mot
 

Autoniver et printété
C'est le bicycle des saisons
Oubliant toute gravité
La Terre ne tourne plus rond.

Les mots se percutent, s'encastrent
Au sens propre défigurés
Incommunicable désastre
Du langage dénaturé.

On économme l'écriture
On réductionne le dico
On taille, on jette aux dépodures
Les lettres usagées des vieux mots

Et nous passagers sages sages
Passifs dans nos canapéros
Irrésistants à l'élangage
Fini de se payer de mots

Ouvrons les yeux fermons la porte
Aux colporteurs du baragouin 
Qu’il reste à jamais lettre morte
Donnons pas notre langue aux chiens

S'il faut l’écrire en toutes lettres 
et appeler un mot un mot 
Prenons les au pied de la lettre
Ils n'auront pas le dernier mot.

Antoine Bial - mars 2017


Le dernier poème
à ma muse, qui ne le lira (peut-être) pas

Ma muse ne s’amuse pas des jeux de mots,
Pour prendre un vers, ell’ tourne pas autour du pot,
Les calembours alambiqués la déconcertent,
Et je trafique le lexique en pure perte.

Elle se méfie des vers à pied, beaucoup trop fins

Qu’on croit tenir mais qui souvent tombent des mains,

Elle n’aime pas compter pour rien, et ça l’agace

De vérifier que chaque pied est à sa place.

Monde à l’envers, parfois ma muse me taquine,

Quand je suis fatigué, que j’ai mauvaise mine

Je dois lui tendre malgré tout un bout de texte

« C’est un peu court, tu peux faire mieux »… et ça me vexe.

Pour la garder j'ai dû renoncer à la rime,

Adieu métrique, si faiblarde, pour la frime,

Cachez vos doubles hémistiches, alexandrins,

Ce coup classique ne prend plus dans mes quatrains.

J’ai entrepris de lui servir quelques vers libres

Mal inspirés, tous en parfait déséquilibre,

Un geste bienveillant, taxé d’hypocrisie,

L’art poétique est le cadet de ses soucis.

Je suis formel, ceci est mon dernier poème,

Il faut savoir abandonner tout ce qu’on aime,

Déjà ma plume entame une métamorphose,

Je garde espoir de lui fair’ voir

la vie en prose.


Antoine Bial

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