lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

020408

L'HUMOUR des POÈTES - AUTRES LANGUES (sauf anglais-espagnol)

 sens_interdit_sourire_et_tristeLes textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation.
  Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 

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- Textes d'humour traduits d'autres langues -
Des poèmes traduits de l'anglais et de l'espagnol sont ici :
L'HUMOUR des POÈTES - ANGLAIS et ESPAGNOL
et des comptines traduites de l'anglais et de l'espagnol ici :
L'HUMOUR des COMPTINES - ANGLAIS et ESPAGNOL

Ces textes sont choisis parmi ceux déjà placés sur ce blog l'année dernière. On peut en retrouver l'intégralité, tous thèmes confondus, dans la catégorie PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde)

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Maroc

Tahar Ben Jelloun est né à Fès, au Maroc, en 1944. Écrivain et poète, il est l'auteur de deux recueils de poésie, dont Les Amandiers sont morts de leurs blessures, et de romans : La Nuit sacrée a obtenu le Prix Goncourt 1987.

Les textes qui suivent sont tous extraits du recueil "Les Amandiers sont morts de leurs blessures" édité en 1976 par la Librairie François Maspero, dans PCM (Petite Collection Maspero).

Ils ne portent pas de titre, ne sont pas consécutifs dans le recueil, mais l'ordre de présentation est respecté.

Tous les matins
le soleil entre chez Si Lmokhtar
pille la mémoire du miroir
monte sur l'échelle
et s'en va en riant

Tahar Ben Jelloun (dans "Asilah, saison d'écume")

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Indiens d'Amérique contemporains

Steve Crow est né en 1949 en Alabama. Il est Cherokee/Irlandais. Docteur en anglais, il donne des cours de littérature amérindienne contemporaine à l'Université du Nouveau Mexique.

Renaissance

La neige est une pensée
qui tombe, un souffle continuel
d'ascensions, de boucles,de spirales
de plongeons dans la terre
comme de blanches lucioles
désirant se poser, prises
dans la bourrasque
entre les maisons
plongées comme des mites
dans leur propre lumière
comme un qui s'étonne
que la neige soit une longue mémoire
d'aile qui traverse l'hiver.

Steve Crow (Indien Cherokee)

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Jo Bruchac est né en 1942. Il est Abenaki. Poète, conteur, éditeur, romancier, diffuseur de la littérature amérindienne, il a publié 24 recueils de poésie, contes, récits. Il est également militant écologiste et profondément engagé dans la lutte pour les Droits des Amérindiens.

Lynx

Le dos arqué comme un point d'interrogation,
il me dévisage fixement,
le lynx sort à reculons des broussailles
à pas lents et silencieux sur les épines.

Mon grand-père Indien disait
ne te faufile pas
trop vite vers un lynx
mais si on le fait
c'est une cible facile.
C'est beaucoup
plus glorieux
que de se retourner et de courir.

Je me souviens de cela
quand les yeux du lynx
se détournèrent
regardant ceux dont les noms
surent comment se cacher
se fondant à nouveau
dans l'ombre, les cèdres et les pins.

Jo Bruchac - 1953

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Près des montagnes

Près des montagnes
les pas sur le sol
sonnent creux

comme pour nous rappeler
que cette terre est un tambour

Nous devons bien surveiller nos pas
pour jouer dans le bon ton.

Jo Bruchac

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Lance Henson est né en 1944 en Oklahoma. Il est Cheyenne, ancien Marines, membre de la Cheyenne Dog Soldier Warrior Society  et de la Native American Church. Ses poèmes (plus de dix recueils) ont été publiés dans toutes les plus importantes anthologies amérindiennes.

Lance Henson n'utilise ni les majuscules ni la ponctuation, qui n'existent pas en cheyenne écrit. Il écrit ses textes dans les deux langues (cheyenne et anglais)
Les passages ci-dessous sont extraits de son recueil
Strong earth song (textes en cheyenne et en anglais, avec traduction en français pour la plupart).

Chant du pic

je fais ce bruit au-dessus de la terre

la feuille enroulée emplie d'eau
recèle un miroir du ciel

dans un lieu paisible

je fais ce petit bruit

en langue cheyenne :

go go noh/ni meod

hi do nah/na ma nist/sti doh /hist tah nov
mo mi gun/vip eht/eho eh dowing/mahp
eh doin/im bohmp dists/voheh
digh ho eh/eh hi/goht

na ma nist/dist/diski/iiiss

Lance Henson

Lance Henson "cheyenne '92" Traduction de l'américain au français par Manuel Van Thienen.
Strong earth song ("poèmes expatriés" bilingue, avec certains textes en français - éditions Poésie-rencontres 1994)

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Navarre Scott Momaday, né en 1934 est un romancier, poète et universitaire états-unien d'origine amérindienne (Indien Algonquin).

Le chant de jubilation de Tsoai-Talee

Je suis une plume dans le ciel lumineux
Je suis le cheval bleu qui galope dans la plaine
Je suis le poisson qui virevolte et miroite dans l'eau
Je suis l'ombre qui suit l'enfant
Je suis la luminosité de l'après-midi, l'éclat des prairies
Je suis l'aigle qui joue avec le vent
Je suis un bouquet de perles étincelantes
Je suis la plus lointaine étoile
Je suis le grondement de la pluie
Je suis le scintillement sur la neige croûtée
Je suis la large traînée de la lune sur le lac
Je suis une flamme de quatre couleurs
Je suis un cerf qui s'éloigne au crépuscule
Je suis un champ de sumac et la pomme blanche
Je suis un vol d'oies dans le ciel d'hiver
Je suis la faim d'un jeune loup
Je suis totalement le rêve de ces choses.

Voyez-vous, je suis vivant, je suis vivant

Je suis en bons termes avec la terre
Je suis en bons termes avec les dieux
Je suis en bons termes avec tout ce qui est beau
Je suis en bons termes avec la fille de Tsen-Tainte

Voyez-vous, je suis vivant, je suis vivant.

Navarre Scott Momaday

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Maurice Kenny est né en 1929 de père Mohawk et de mère d'origine Seneca.

Vieux coyotte dans les Adirondacks

Il se tenait
sur le bas-côté
de la vieille route campagnarde
il attendait
que nous passions
pour pouvoir
pénétrer
la nuit
et chanter
sur les rondeurs de sa colline.

Crowfoot (1830-1890) est le principal chef de tribu Pieds-Noirs (Blackfeet). C'est à ce titre qu'il a négocié et signé le Traité qui assure la survie des Indiens au prix de la confiscation de la presque totalité de leur territoire.

Qu'est-ce que la vie ?

C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit.
C'est le souffle d'un bison en hiver.
C'est la petite ombre qui court dans l'herbe
et se perd au coucher du soleil.

Crowfoot, chef Blackfeet, en 1880

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Arctique - Inuits

Les Inuits vivent dans les régions arctiques de la Sibérie, de l'Amérique du Nord (l'Alaska, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Québec, le Labrador) ainsi que du Groenland ('île la plus étendue de la planète après l'Australie, c'est un territoire autonome rattaché au Danemark).

livre_po_mes_eskimo_PEVLes Eskimo (ou "esquimaux") préfèrent qu'on les nomme "Inuit" (pluriel du mot "Inuk", qui signifie "l'homme par excellence").

Le corbeau

Je suis montée sur le rocher
Sur le rocher de Krartoudouk*.
Comme un corbeau est ce rocher
Comme un corbeau posé sur le terre.
Derrière ce rocher j'ai vu les glaces
J'ai vu les glaces jusqu'au loin
Et je me suis assise sur ce rocher
Qui a l'air d'un corbeau.

poème anonyme (Krartoudouk* = corbeau)

Chant d'Anudadak

Je marchais au bord d'un lac
il y avait un renard qui grapillait des baies
il est venu vers moi, je lui ai pris la queue
et il m'a tiré jusqu'au sommet d'une montagne
ça soufflait un peu de l'intérieur
il y avait un petit vent.

Paroles d'un chant de la chamane Kaga  (collectées par Paul-Émile Victor - expédition à Ammassalik, 1935)

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La noisette

Elle a parfois
Avec l’écureuil
Des tête-à-tête
Qui ne portent pas leurs fruits.

poème anonyme

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Comment l’eau a commencé à jouer

L’eau voulait vivre,
elle alla voir le soleil
et revint en pleurant.

L’eau voulait vivre
Elle alla voir les arbres,
ils brûlèrent, ils pourrirent,
elle revint en pleurant.

L’eau voulait vivre
Elle alla vers les fleurs elles fanèrent,
elle revint en pleurant.

Jusqu’à n’avoir plus de larmes,
gisant au profond de toutes les choses
entièrement épuisée entièrement claire.

poème anonyme

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Festins

L'oiseau a mangé le ver
Le renard a mangé l'oiseau
Le loup a mangé le renard
L'ours a mangé le loup
L'homme a mangé l'ours

Et le ver mangera l'homme
et tout va recommencer

Le jour mangera la nuit
La nuit mangera le jour.

anonyme

(réf "Anthologie de poèmes sur la nature, l'homme et son environnement" - Jean-Marie Henry - éditions Rue du monde)

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Inde

Toukârâm (1598-1650) est un poète indien.

Psaume

La coque du coco est dure :
la chair, un délice.

Pourquoi scruter le dehors
quand le pur est au-dedans ?

La peau du jaque* est rugueuse :
Quelle saveur au-dedans !

L'écorce de la canne est noire :
Quel suc exquis au-dedans !

Le goût d'un mets, c'est le sel au-dedans :
Il n'y a pas à chercher ailleurs.

La saveur fait le prix.
Qu'importe l'apparence ?

Toukârâm (Traduit par G. A. Deleury)  * Le jaque est le fruit comestible du jaquier.

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Belgique

Julos Beaucarne, né en 1936 en Belgique, est un chanteur-poète, humaniste, écologiste ... créateur du FLAF, le Front de Libération des Arbres Fruitiers et ensuite du FLO, le Front de Libération de l’Oreille, une revue, en 1989, toujours actuelle.
Quant à Marina Missier, on voyage ICI dans son site.

Ton voisin est étranger

Ton Christ est juif
Tes chiffres sont arabes
Ton écriture est latine
Ta pizza est italienne
Ta démocratie est grecque
Ta voiture est japonaise
L'anis de ton pastis est égyptien
Ton essence est moyen-orientale
Ta télé est coréenne
Tes fringues sont chinoises
Ton hamburger est allemand
Ton whisky est écossais
Ton thé est indien
Ton café est brésilien
Ta choucroute est chinoise
Ton shit est marocain
Tes capotes sont anglaises
Ton chocolat est suisse
Ton coca est américain
Tes frites sont belges
Tes vacances sont espagnoles
Ton sucre est martiniquais

Et tu reproches à ton voisin d'être un étranger !

Julos Beaucarne et Marina Missier

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Bretagne

Anjela Duval (1905-1981) n'a pas un nom à consonance celte, certes, mais ...
"Anjela Duval est cette femme qui pendant le jour cultive la terre de sa petite ferme, Traoñ an Dour, et qui le soir sort ses cahiers et écrit des poèmes, devenus parmi les plus aimés de la langue bretonne. Le breton est sa langue de tous les jours, et elle a appris la langue littéraire, qu'elle enrichit de ses mots, de sa sensibilité. Ses poèmes révèlent son amour lucide de la nature, sa rage contre le déclin organisé du breton, ses angoisses, son humour..."
source : http://www.breizh.net/anjela/barzhonegou.php ou on trouvera ses poèmes en breton et certains traduits en français.

Voici un poème dans les deux langues, traduit par Paol Keineg (lien ci-dessus) :

Balafenn ha Gwenanenn

— Ma vez hinon
Eme ar valafenn hedro
Ma vez hinon
Emberr me ’z ay da vale bro

— Ha me, eme ar wenanenn
D’ar valafenn skañvbenn
Me ’gaso va labour en-dro
Ma vez hinon

Anjela Duval (Miz Mezheven 1967)

traduction :

Papillon et Abeille

— S’il fait beau
Dit le papillon volage
S’il fait beau
Je battrai bientôt la campagne.

— Et moi, dit l’abeille
Au papillon écervelé
Je me mettrai au travail
S’il fait beau.

Anjela Duval (Juin 1967)

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Provence et Languedoc

Frédéric Mistral (1830-1914) est un écrivain et poète provençal, prix Nobel de littérature en 1904.Il fonde en 1854 avec d'autres poètes provençaux, le Félibrige, pour défendre les cultures régionales traditionnelles et la langue occitane.

Voici une petite fable :

Lou gripo-roussignòutexte_Mistral_le_rossignol_orig

Au mes de mai, sus uno busco.
Lou roussignòu, plegant lis iue,
S'èro endourmi dedins la niue ;
Mai lou rejit d'uno lambrusco
Dins sa vediho l'arrapè
E lou vaqui pres pèr li ped.
... (suite du texte en cliquant sur l'image ci-contre >)

Frédéric Mistral ("Lis òulivado")

Le grippe-rossignoltexte_Mistral_le_rossignol

Au mois de mai, sur une branche,
Le rossignol, clignant des yeux,
S'était endormi dans la nuit ;
Mais le jet d'une vigne folle
Le saisit dans sa vrille,
Et le voilà pris par les pieds.
...
(suite de la traduction en cliquant sur l'image ci-contre >)

Frédéric Mistral ("Les Olivades") en français par l'auteur.

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Max Rouquette (1908-2005) a vécu dans la région de Montpellier.

Lo sabaud

Perque sus uolhs s'enclausisson de luna
clara dins lo ceu escur
un sabaud de l'estiu, doçament nada
dins l'aiga plana, miralh pur.

Mai naut que la mai nauta branca
ela, que landa eternament
davala e dins l'aiga, un moment
dansa per el en rauba blanca.

Max Rouquette ("Los saumes de la nuoch" - éd Obsidiane -bilingue, 1984)

Le crapaud *

Parce que ses yeux s'enchantent de la lune
claire dans le ciel obscur
un crapaud de l'été doucement nage
dans l'eau plane, pur miroir.

Plus haut que la plus haute branche
elle, qui glisse éternellement,
descend, et dans l'eau un moment
danse pour lui en robe blanche.

Max Rouquette ("Les psaumes de la nuit" - éd Obsidiane -bilingue, 1984) - * traduction de l'auteur

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Kurdistan

Le Kurdistan n'est pas (encore ?) une nation. C'est une région à cheval sur plusieurs pays : la Turquie, l'Irak, l'Iran, la Syrie. Lieu de conflits, revendiquée et revendiquant son indépendance, d'où de nombreux kurdes se sont exilés.

Kamuran Aali Bedir Khan (émir) est un poète kurde contemporain, défenseur de l'identité politique, économique et culturelle du Kurdistan.

Ris

Ris !
Douceur du printemps, parfum des vergers,
Ris !
Que les fleurs s'épanouissent,
Que les astres brillent
Ris !
Que ta belle voix sonore
Chante
Dans l'infinie de ce monde,
Que les souffrances s'éloignent
Que les tristesses s'évanouissent
Et que ce monde devienne
Un bouquet de roses
Ris ! ... Ris !  ... Ris ...!
Le jour et la nuit,
Dans la passion des minuits.
Que ta belle voix sonore
Chante
Dans l'infini de ce monde

Kamuran Aali Bedir Khan ("La Lyre kurde" - Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1973)

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Portugal

Fernando Pessoa (1888-1935) est le poète et écrivain portugais le plus connu et le plus traduit.

Como nuvens pelo céu

Como nuvens pelo céu
Passam os sonhos por mim.
Nenhum dos sonhos é meu
Embora eu os sonhe assim.

Comme des nuages dans le ciel

Comme des nuages dans le ciel
je  sens mes rêves passer.
Aucun d'eux ne m'appartient
Et je les ai pourtant rêvés.

Fernando Pessoa 1932

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Roumanie : poètes roumains et Tsiganes

Jenuz Duka, est un poète tsigane d'aujourd'hui. Ce poème est chanté en rromani (deux "r"), la langue des Rroms (Roms). Les Roms sont autrement appelés les Tsiganes, qu'il ne faut pas confondre avec les Roumains, même si  c'est sur le territoire de la Roumanie qu'ils sont les plus nombreux : Roumains et Roms ont des origines, des langues et des cultures différentes.

Le toit de notre maison (chanson)

Le toit de notre maison,
C’est le grand ciel tout nu.
Notre maison est solide.
Personne ne peut la renverser.

Les fondations de notre maison
C’est un coin de terre sans rien.
Notre maison est solide
Personne ne peut la ruiner.

Les murs de notre maison
C’est le froid et ce sont les vents.
Notre maison est solide
Personne ne peut l’atteindre.

A notre maison, il y a une fenêtre
A la fenêtre, tes yeux.
Notre maison est solide
C’est le cœur tsigane.

Jenuz Duka (sur une musique d' Astrit Qerimi)

Texte original :

Amare kheresqo ćhatlo / Le toit de notre maison (chanson)

Amare kheresqo ćhatlo
si o baro devel o nango.
Amaro kher si zoralo
khonik naśti peravel les.

Amare kheresqo temèli
si o nango than e phuvǎqo.
Amaro kher si zoralo
khonik naśti thabarel les.

Amare kheresqe barranga
si o śil ta e balvala.
Amaro kher si zoralo
khonik naśti xarravel les.

Amare kheresθe jekh penʒèra
k-i penʒèra tire jakha.
Amaro kher si zoralo
Ov si o rromano ilo.

Jenuz Duka

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Russie

Mikhaïl Lermontov (1814-1841) est un poète russe, de la Russie des tsars, bien avant la Révolution et l'URSS.
Il a publié un seul recueil de poèmes, en 1840.

ПАРУС (Le voilier)

Белеет парус одинокий
В тумане моря голубом!..
Что ищет он в стране далекой?
Что кинул он в краю родном?..

Играют волны - ветер свищет,
И мачта гнется и скрипит...
Увы, - он счастия не ищет
И не от счастия бежит!

Под ним струя светлей лазури,
Над ним луч солнца золотой...
А он, мятежный, просит бури,
Как будто в бурях есть покой!

Le voilier

Ce voilier tout blanc, solitaire,
Qui dans le brouillard bleu s'enfuit
Qu' a-t-il besoin d'une autre terre?
Qu'abandonna-t-il après lui?

Son mât sur l'onde vagabonde
S'incline et grince dans le vent
Hélas! point de bonheur au monde
Ni derrière lui ni devant

Pour le porter la mer est belle
Le soleil brille au firmament...
Mais lui réclame, le rebelle,
L'orage, cet apaisement.


Mikhaïl Yourievitch Lermontov, 1832

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Sacha Tchiorny ou Alexandre Noir (pseudonymes du poète Alexandre Glikberg) est né en Russie en 1880. Emigré en France en 1917 après la Révolution russe, il y est mort en 1932. Il a écrit de nombreux poèmes pour les enfants.

La fête de la forêt

Que plantons-nous
En plantant
Des forêts ?
Le mât, l'espar (1),
Pour tenir les agrès ;
Le pont, la coque
Et l' abri du sextant
Pour naviguer
Par mer calme ou gros temps.

Que plantons-nous
En plantant
Des forêts ?
L'aile qui nous soulève au ciel d'un trait ;
Le banc, la table
Où nous nous asseyons,
La feuille blanche
Et même le crayon.

Que plantons-nous
En plantant
Des forêts ?
Une maison
Pour renards et furets,
Pour l'écureuil,
Sa femme
Et ses petits,
Pour le pivert
Et ses pizzicati (2).

Que plantons-nous
En plantant
Des forêts ?
De l'eau
De l'ombre
Et des feuillages frais ;
Le houx l' hiver,
Au printemps les chatons ...
C' est tout cela
Qu' aujourd' hui
Nous plantons.

(1) l'espar est une longue pièce de bois utilisée pour "tenir les agrès" du bateau.
(2)
pizzicati (pluriel de pizzicato) : musique produite par les pincements des cordes du violon, à quoi on compare ici le bruit que font les coups de bec du pivert sur l'écorce de l'arbre. (Notes du blog Lieucommun)

Sacha Tchiorny (dans "Poèmes de Russie", choisis, traduits et présentés par Jean-Luc Moreau - Éditions ouvrières, 1985)

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Daniil Kharms ou Daniil Harms, (1905-1942), a écrit des poèmes, des saynettes et des textes satiriques qui lui ont valu la prison, des années d'exil, et pour finir, la mort en détention psychiatrique, en URSS. Son nom s'écrit en russe : Даниил Хармс (mais son vrai nom est Daniil Ivanovitch Iouvatchev : Даниил Иванович Ювачев), et en plus il a usé de nombreux autres pseudonymes.

Il est  considéré comme un des précurseurs de l'art absurde en poésie, mais son apport n'a été reconnu dans son propre pays que bien après sa disparition. "Jeu", recueil de textes pour enfants est publié en 1962.

Un tigre dans la rue

Dans ma rue il y a un tigre.
Bigre !
D'où peut-il bien sortir ?
D'où peut-il bien venir ?
Longuement j'ai réfléchi,
J'ai réfléchi et pensé,
J'ai pensé et réfléchi :
D'où ce tigre est-il venu ?
D'où ce tigre est-il sorti ?
Mais le vent a soufflé,
Emportant mes pensées,
Et plus jamais je ne saurai
D'où il peut bien sortir,
D'où il peut bien venir
Dans ma rue ce gros tigre …
Bigre !

Le poème original en russe (si votre ordinateur possède la police de caractères adéquate) :

ТИГР НА УЛИЦЕ

Я долго  думал,  откуда
на улице  взялся тигр.
Думал, думал,
Думал, думал,

Oткуда на улице
Bзялся этот  тигр ?
Думал, думал,
Думал, думал.
В это  время ветер дунул,
И я забыл, о чем  я  думал.
Так я и не узнаю,
Откуда
На улице взялся тигр.

Daniil Harms ou Kharms ("Oeuvres en prose et en vers", traduit du russe par Yvan Mignot, Verdier, 2005 ; et ce poème est cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000)

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Un dernier texte, en russe et en français, que Daniil Harms a écrit en 1937 :

ИЗ ДОМА ВЫШЕЛ ЧЕЛОВЕК        (Un homme s'en alla)

Из дома вышел человек
 Un jour un homme s'en alla
С дубинкой и мешком
 Avec son baluchon
И в дальний путь
 Et il marcha,
И в дальний путь
 Et il marcha
Отправился пешком.
 Toujours vers l'horizon.

Он шел все прямо и вперед
 Et il avançait ce bonhomme
И все вперед глядел
 Sans jamais s'arrêter.
Не спал, не пил,
 Sans faire un somme,
Не пил, не спал,
 Sans faire un somme (les termes sont inversés)
Не спал, не пил, не ел.
 Sans boire ni manger.

И вот однажды на заре
 Dans une forêt à l'aurore
Вошел он в темный лес
.       Un jour il est entré,
И с той поры,
 Et depuis lors,
И с той поры,
 Et depuis lors
И с той поры исчез. Nul ne l'a rencontré.

Но если как-нибудь его
 S'il vous arrivait par la suite
Случится встретить вам,
 De le voir quelque part,
Тогда скорей,
 Venez bien vite,
Тогда скорей,
 Venez bien vite,
Скорей скажите нам.
 Nous le faire savoir.

Даниил Хармс  Daniil Harms - (cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000)

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Samuel Marchak (1887-1964) est lui, un poète russe contemporain, qui a connu la Russie impériale et la Russie République de l'URSS. Il est auteur pour enfants de poésies et de pièces de théâtre.

Voici un drôle de voyage :

Les bagages

Une dame avait pour bagages :
Un coffre, une cage, trois paniers, cinq malles, un faitout,
Plus un gentil petit toutou.

Au guichet d’enregistrement,
L’enregistreur évidemment
Enregistra tous ses bagages :
Un coffre, une cage, trois paniers, cinq malles, un faitout,
Un tout petit toutou.

Puis, dans le tout dernier wagon,
Le wagon dénommé fourgon,
On empila tous ses bagages :
On y mit tout, jusqu’au toutou.

Or, avant même qu’on roulât,
Le cher toutou se défila ...

Ce ne fut qu’à l’arrêt suivant
À l’arrêt suivant, pas avant !
Qu’on recompta les bagages :
Nom d’un bonhomme ! et le toutou ?

Au même instant qu’est-ce qu’on voit ?
Un dogue, à côté du convoi ...
On l’attrape, et hop ! aux bagages ! ...
Le mâtin rejoint coffre, cage, paniers, valises, malles et faitout :
Le dit dogue devient toutou.

Bref, on arrive à Jitomir.
Un porteur nommé Vladimir, ou Kantémir ou Clodomir ...
Un porteur porte les bagages :
Sur ses talons trotte un toutou ...

Le toutou pousse un aboiement ! ...
La dame alors : - Hein ? Quoi ? Comment ? Bandits ! Voyous ! Vauriens !
Ce chien ... ce chien n’est pas le mien !
Que m’importent tous ces bagages !
Gardez valises et coffre et cages, malles et faitout ...
Rendez- moi mon petit toutou !

Madame ! à quoi bon tout casser ?
Si j’en crois le récépissé, vous ne déposâtes aux bagages
Alors, qu’un tout petit toutou ...
À voyager, votre toutou
A pu changer du tout au tout !

Ci-dessous, un autre long et drôle de voyage qu'on peut raccourcir. Par exemple, le passage avec les jeux de mots amuse beaucoup les enfants.

L'hurluberlu

Connaissez-vous l'hurluberlu
De la rue Lanturlu ?

Il se lève un dimanche,
Enfile ses deux manches

De chemise… Allons bon,
C'est son vieux pantalon !

Ah ! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu !

Il met des caoutchoucs :
C'est pas les siens du tout!

Et puis un pardessus :
C'est pas le sien non plus !

Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu !

Au lieu de son chapeau
Il s'est coiffé d'un pot,

Et il met ses pantoufles
À la place des moufles.

Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu !

Il a pris l'autobus
Pour aller à la gare;

S'embrouillant tant et plus,
Le voici qui déclare
Au chauffeur-conducteur :

"Très cher et honoré
Chaubus de l'autoffeur,
Cher auto chauforé,
Honobus du cherfeur !
Laissez-moi démonter,
Je vais être en retard;
Pouvez-vous arrêter
Votre gus à la bare  ?"

Le chauffeur stupéfait
Freine vite à l'arrêt.
Et notre hurluberlu
De la rue Lanturlu
Court alors au buffet
Acheter un billet,
Puis il file chercher
Un sandwich au guichet.

Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu!

Sans trop faire  attention,
Il va vers un wagon
Qui était en garage,
Y monte ses bagages,
S'installe et tôt s'endort

Après tous ces efforts,
De bon matin, il dit :

" Quel est donc cet arrêt ? "

" Mais c'est Paris, pardi ! "
Lui répond-on du quai.

Après un petit somme
Il se penche au-dehors,
Voit une gare énorme
Et une fois encore
Demande, un peu surpris :
" Mais quel est cet arrêt ?
Trifouillis ou Tremblay ? "
" Non, pardi, c'est Paris ! "
Lui répond-on du quai.

Il refait un bon somme,
Puis se penche au-dehors,
Voit une gare énorme
Et demande bien fort,
De plus en plus surpris:
" Mais quel est cet arrêt ?
Bécon ou Bilboquet ? "
" Non, pardi, c'est Paris ! "
Lui répond-on du quai.

" Quelle blague ! " il s'écrie,
"J 'ai bien roulé deux jours,
Et voilà qu'à Paris
Je serais de retour ! "

Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu... 

Samuel Marchak (cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000)

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Autre poète russe du XXe siècle : Guenrikh Sapguir

Le capricorne

Dans la rue des Mirages
ce matin
j'ai croisé un bonhomme
qui avait d'aussi longues moustaches
que celles d'un
capricorne.
Mais peut-être était-ce bien
un insecte dit capricorne
qui voulait, gros malin,
se faire passer pour un homme ?

Guenrikh Sapguir (cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000).

Les mots de couleur

L’herbe a des mots tout verts
qui chuchotent dans l’air.

Le vent a des mots bleus
qui sont parfois houleux.

Le soleil à l’aurore
a des mots rouge et or.

Et les mots se répondent
en repeignant le monde.

Guenrikh Sapguir (cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000).

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Turquie

Nazim Hikmet (1901-1963) est le poète turc le plus traduit. Emprisonné  17 ans pour ses prises de position politiques, il s'est exilé de Turquie. Le prix international de la paix lui a été décerné en 1955.

Le globe

Offrons le globe aux enfants, au moins pour une journée.
Donnons-leur afin qu’ils en jouent comme d’un ballon multicolore
Pour qu’ils jouent en chantant parmi les étoiles.
Offrons le globe aux enfants,
Donnons-leur comme une pomme énorme
Comme une boule de pain toute chaude,
Qu’une journée au moins ils puissent manger à leur faim.
Offrons le globe aux enfants,
Qu’une journée au moins le globe apprenne la camaraderie,
Les enfants prendront de nos mains le globe
Ils y planteront des arbres immortels.

Nazim Hikmet (traduction de Charles Dobzynski)

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J'ai un arbre en moi (titre proposé)

J'ai un arbre en moi
Dont j'ai rapporté le plan du soleil
Poissons de feu ses feuilles se balancent
Ses fruits tels des oiseaux gazouillent
Les voyageurs depuis longtemps sont
Descendus de leur fusée
Sur l'étoile qui est en moi
Ils parlent ce langage entendu dans mes rêves
Ni ordres, ni vantardises, ni prières.
J'ai une route blanche en moi
Y passent les fourmis avec les grains de blé
Les camions pleins de cris de fête
Mais cette route est interdite aux corbillards.

Nazim Hikmet

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Nouvelle-Calédonie

L'île de Tiga (Toka Nod) est réputée en Nouvelle-Calédonie pour la qualité de ses chants et de ses danses traditionnels :

Berceuse de la chenille (comptine chantée)

Chenille, chenille,
Si tu vas à la mer,
Si tu reviens encore,
Ferme, ferme de tes doigts
Les deux yeux de bébé.

Le sommeil te mange les yeux.
Dors, petit.

Anonyme - Toka Nod (île de Tiga, Nouvelle-Calédonie)

Texte original :

Wa’eni wa’eni
Thahue ricele
Thahue lo yawe
Cani cani lu ore rue
Vaegogo ni wamoro

Mere Kweremeu
Nikwêrê miaro.


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