lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

020207

J'ai pour toi un lac - Gilles Vigneault

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J'ai rangé ce texte dans poésie chantée, et aussi dans lettera amorosa.
Il faudrait l'écouter, chanté par son auteur-compositeur, Gilles Vigneault, avec cette voix  et la mélodie qui magnifient les textes.
Autres poèmes de Gilles Vigneault :
"Pendant que" dans lettera amorosa, "Mon pays" dans poésie chantée, et "Ma maison" (qui n'a pas été mis en musique à ma connaissance), dans Poésies plus difficiles.

J'ai pour toi un lac

J'ai pour toi un lac quelque part au monde
Un beau lac tout bleu
Comme un œil ouvert sur la nuit profonde
Un cristal frileux
Qui tremble à ton nom comme tremble feuille
À brise d'automne et chanson d'hiver
S'y mire le temps, s'y meurent et s'y cueillent
Mes jours à l'endroit, mes nuits à l'envers.

J'ai pour toi, très loin
Une promenade sur un sable doux
Des milliers de pas sans bruits, sans parade
Vers on ne sait où
Et les doigts du vent des saisons entières
Y ont dessiné comme sur nos fronts
Les vagues du jour fendues des croisières
Des beaux naufragés que nous y ferons.

J'ai pour toi défait
Mais refait sans cesse les mille châteaux
D'un nuage ami qui pour ma princesse
Se ferait bateau
Se ferait pommier, se ferait couronne
Se ferait panier plein de fruits vermeils
Et moi je serai celui qui te donne
La Terre et la Lune avec le soleil.

J'ai pour toi l'amour quelque part au monde
Ne le laisse pas se perdre à la ronde.

Gilles Vigneault

Posté par de passage à 19:39 - POÉSIE chantée - Permalien [#]

230107

Merde à Vauban (Pierre Seghers - Léo Ferré)

Merde à Vauban            

           
Bagnard, au bagne de Vauban
Dans l'île de Ré
Je mange' du pain noir et des murs blancs
Dans l'île de Ré
A la ville m'attend ma mignonne
Mais dans vingt ans
Pour elle je ne serai plus personne
Merde à Vauban

Bagnard, je suis, chaîne et boulet
Tout ça pour rien,
Ils m'ont serré dans l'île de Ré
C'est pour mon bien
On y voit passer les nuages
Qui vont crevant
Moi je vois se faner la fleur de l'âge
Merde à Vauban

Bagnard, ici les demoiselles
Dans l'île de Ré
S'approchent pour voir rogner nos ailes
Dans l'île de Ré
Ah ! Que jamais ne vienne celle
Que j'aimais tant
Pour elle j'ai manqué la belle
Merde à Vauban

Bagnard, la belle elle est là-haut
Dans le ciel gris
Elle s'en va derrière les barreaux
Jusqu'à Paris
Moi je suis au mitard avec elle
Tout en rêvant
A mon amour qu'est la plus belle
Merde à Vauban

Bagnard, le temps qui tant s'allonge
Dans l'île de Ré
Avec ses poux le temps te ronge
Dans l'île de Ré
Où sont ses yeux où est sa bouche
Avec le vent
On dirait parfois que je les touche
Merde à Vauban

C'est un p'tit corbillard tout noir
Etroit et vieux
Qui me sortira d'ici un soir
Et ce sera mieux
Je reverrai la route blanche
Les pieds devant
Mais je chanterai d'en dessous mes planches
Merde à Vauban

Texte de Pierre Seghers - musique de Léo Ferré

Posté par de passage à 20:48 - POÉSIE chantée - Permalien [#]

Mon pays - Gilles Vigneault

Mon pays

Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver
Mon jardin ce n'est pas un jardin, c'est la plaine
Mon chemin ce n'est pas un chemin, c'est la neige
Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver

Dans la blanche cérémonie
Où la neige au vent se marie
Dans ce pays de poudrerie
Mon père a fait bâtir maison
Et je m'en vais être fidèle
A sa manière, à son modèle
La chambre d'amis sera telle
Qu'on viendra des autres saisons
Pour se bâtir à côté d'elle

Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver
Mon refrain ce n'est pas un refrain, c'est rafale
Ma maison ce n'est pas ma maison, c'est froidure
Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver

De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
A tous les hommes de la terre
Ma maison c'est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
A préparer le feu, la place
Pour les humains de l'horizon
Et les humains sont de ma race

Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver
Mon jardin ce n'est pas un jardin, c'est la plaine
Mon chemin ce n'est pas un chemin, c'est la neige
Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver

Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'envers
D'un pays qui n'était ni pays ni patrie
Ma chanson ce n'est pas une chanson, c'est ma vie
C'est pour toi que je veux posséder mes hivers

Gilles Vigneault 

Posté par de passage à 19:47 - POÉSIE chantée - Permalien [#]

Elsa (Louis Aragon-Léo Ferré)

Léo Ferré a titré sobrement sa chanson "Elsa".
Extraits des textes de présentation signés Aragon et Ferré (sur le 33 T uniquement) : " La rencontre du musicien et du poète est fortuite... Derrière la porte des paroles d'Aragon il y avait une musique que j'ai

trouvée immédiatement " (Ferré)
"La mise en chanson d'un poème est à mes yeux une forme supérieure de la critique poétique " (Aragon)

Sont reproduits ici uniquement les passages de la chanson (le poème original s'intitule : L'amour qui n'est pas un mot et comporte 9 strophes)

Elsa

Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

O* forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d'être

Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu'à la fin

C'est miracle que d'être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu'autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D'une aile à la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche
C'est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche

Ma vie en vérité commence
Le jour que** je t'ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au coeur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j'ai flambé comme un genièvre
À la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi

* on trouve parfois "eau" au lieu de "O" (ça se comprend aussi !... mais le texte original fait autorité - ** même observation pour ceux qui seraient tentés par le "où".

Louis Aragon ("Le roman inachevé" - Gallimard 1956 et Poésie/Gallimard ) - Léo Ferré ("Les chansons d'Aragon chantées par Léo Ferré" disque Barclay 33 tours n° 80138, paru en 1961 - et les mêmes enregistrements dans le CD "Léo Ferré chante Aragon" Barclay, volume XI de l'intégrale)




Posté par de passage à 07:34 - POÉSIE chantée - Permalien [#]

210107

Je chante pour passer le temps - Louis Aragon

Je chante pour passer le temps,
Petit qu'il me reste de vivre,
Comme on dessine sur le givre,
Comme on se fait le coeur content.
A lancer cailloux sur l'étang
Je chante pour passer le temps

J'ai vécu le jour des merveilles,
Vous et moi souvenez-vous en,
Et j'ai franchi le mur des ans
Des miracles plein les oreilles.
Notre univers n'est plus pareil
J'ai vécu le jour des merveilles

Allons que ces doigts se dénouent,
Comme le front d'avec la gloire,
Nos yeux furent premiers à voir,
Les nuages plus bas que nous,
Et l'alouette à nos genoux.
Allons que ces doigts se dénouent

Nous avons fait des clairs de lune
Pour nos palais et nos statues,
Qu'importe à présent qu'on nous tue,
Les nuits tomberont une à une.
La Chine s'est mise en Commune,
Nous avons fait des clairs de lune

Et j'en dirais et j'en dirais
Tant fut cette vie aventure
Où l'homme a pris grandeur nature,
Sa voix par-dessus les forêts.
Les monts les mers et les secrets
Et j'en dirais et j'en dirais.

Oui pour passer le temps je chante,
Au violon s'use l'archet,
La pierre au jeu des ricochets,
Et que mon amour est touchante,
Près de moi dans l'ombre penchante,
Oui pour passer le temps je chante.

Je passe le temps en chantant,
Je chante pour passer le temps.

Aragon (Le roman inachevé, 1956; musique de Léo Ferré) passages en italique supprimés pour la chanson

Posté par de passage à 13:13 - POÉSIE chantée - Permalien [#]