lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

150509

Georges-Emmanuel CLANCIER, Paul CLAUDEL - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

George-Emmanuel Clancier, né en 1914, est un écrivain romancier, poète, critique littéraire, journaliste (presse écrite et radio).
Son grand roman en plusieurs tomes, Le pain noir (éditions Robert Laffont, à partir de 1956), qui raconte l'histoire de sa famille maternelle (on parlerait aujourd'hui d'une saga familiale), est son œuvre la plus connue. Il a été porté à l'écran pour la télévision.
On trouve Le pain noir en livre de poche (éditions J'ai Lu).
Voici deux textes extraits de Terres de mémoire, recueil de 1965, réédité en 2003 :

 Les ajoncs, la pierraille ...

Les ajoncs, la pierraille au sursis de l'hiver,
Haute ruine aux lambeaux de songe,
Tous les siècles de l'obscur dans le vent,
La vallée, le grand pays familier et désert.
Le couple né de ces granits, de ces racines,
Et moi qui porte au fond des mots, au fond du sang
Je ne sais quel appel, je ne sais quel écho
De ce passage de serfs et de guerriers,
De vagabonds, de paysans et de rois,
D'enfances tenaces et terrifiées,
L'effrayante ou miraculeuse saveur
D'une lézarde entre deux nuits.

Georges-Emmanuel Clancier ("Terres de mémoire"- éditions Robert Laffont, 1965 et  "Terres de mémoire suivi de Vrai visage" - La Table Ronde, collection "la petite vermillon", 2003)

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Escales

Flûte lointaine à travers les défilés,
Flûte et battements de mains heureuses,
Chant du souvenir et des espaces,
Chant du Pérou sur l'autre rive,
Là-bas sur l'autre rive des nuits :
Los Indios, los Indios ,tristesse
À perdre haleine aux plateaux de Cuzco,
Lamas et guenilles, enfance noire
Sous les blocs,sous les ruines Incas.
Je vous le dis, tapis au fond du songe
Il existe des pays tendres et féroces.
Flûte lointaine et battements de mains heureuses,
Flûte lointaine à travers tant de défilés.

Georges-Emmanuel Clancier (idem : "Terres de mémoire" - 1965 et 2003)

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Autre texte :

Le guet

Sur le fin taillis des ramilles
À contre-jour du ciel d’hiver
Longtemps l’oiseau en silhouette
Noire surveillait l’horizon.

Te voyait-il à ta lucarne
Vieil homme incertain de lui-même
Entre lassitude et bonheur
D’un œil inquiet le contemplant ?

De l’oiseau corneille ou corbeau
Guetteur à la cime des branches,
Du rêveur perdu dans la neige
De l’âge et des pensées frileuse

Lequel des deux inventait l’autre
Lequel à la vie démentielle,
Somptueuse, éparse en l’univers,
Serait messager du futur ?

Georges-Emmanuel Clancier



Paul Claudel, (1868-1955) est connu pour ses pièces de théâtre ("Le soulier de satin") et son oeuvre poétique, marquée par sa foi catholique. Il a été aussi diplomate. C'est le frère de l'artiste sculptrice Camille Claudel.

C'est dans le presbytère de Villeneuve-sur-Fère, petit village de Picardie (dans l'Aisne, le Tardenois), qu'est né Paul Claudel. Il en dessine dans ces deux passages du même ouvrage*, le paysage fantastique :

"Le premier quartier de lune, brillant au milieu d’un immense halo, éclaire une butte toute couverte de bruyères et de sable blanc" ... Des pierres monstrueuses, des grès aux formes fantastiques s’en détachent. Ils ressemblent aux bêtes des âges fossiles, à des monuments inexplicables, à des idoles ayant mal poussé encore leurs membres et leurs têtes"...

Paul Claudel ("La Jeune Fille Violaine", Mercure de France, 1906) - * Il s'agit d'une pièce de théâtre, sous deux versions successives (1892 et 1899), qui, profondément remaniée une nouvelle fois par l'auteur, deviendra en 1911 son célèbre drame : "L'Annonce faite à Marie".

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"… La Providence, dès mon berceau, m'a assuré un poste sur un promontoire. Une vue sur la mer. Non point une mer liquide, mais un océan céréal prolongeant sa houle d'émeraude et de feu jusqu'aux extrémités de l'horizon. Une plaine d'or mûrissant sur laquelle l'été promène l'ombre des grands nuages empourprés. Dès mon enfance, je n'ai cessé de recevoir sur mon visage cette haleine de solennité et de tempête. Tout à l'infini était libre et ouvert devant moi. Elle était grande ouverte devant moi, et je la contemplais d'un œil avide, cette porte immense par laquelle il ne cesse d'arriver quelque chose ! ...
"Par derrière il y a la forêt, cette sombre forêt de Beuvardes et de la Tournelle sur le seuil de qui jaillit cette fontaine, accompagnée d'un lavoir désert, qu'on appelle la fontaine de la Sibylle.
"Quel beau pays ! quel rude et sévère pays à l'écart de tout ! quel vieux pays, un des plus vieux de notre Gaule immémoriale ! Un coin de ce Tardenois gallo-romain, dont le sol livre encore des fragments de poterie, des monnaies barbares et des lames d'épées. On voit près de Fère ce rocher isolé appelé le Grès-qui-va-boire parce qu'au coucher du soleil son ombre essaie d'atteindre l'Ourcq..."
(Paul Claudel, 1948 - source du passage qui précède : http://www.paul-claudel.net/node/28/)

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 Salut, pays* !

Salut, village ! Hier depuis la route
J'ai reconnu à la crête de la colline
Les maisons parmi les clos.
Et, se découpant sur les nuées telles qu'un
Pays blanc, plein de montagnes et de précipices,
La vieille église avec son clocher qui penche !
Salut, pays !

Paul Claudel ("La Jeune Fille Violaine", Mercure de France, 1906) - * "pays" est ici le synonyme affectueux de "village"

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Paysage français

La rivière sans se dépêcher
Arrive au fond de la vallée

Assez large pour qu’un pont
La traverse d’un seul bond

Le clocher par-dessus la ville
Annonce une heure tranquille

Le dîner sera bientôt prêt
Tout le monde l’attend, au frais,

On entend les gens qui causent
Les jardins sont pleins de roses

Le rose propage et propose
L’ombre rouge à l’ombre rose

La campagne fait le pain
La colline fait le vin

C’est une sainte besogne
Le vin, c’est le vin de Bourgogne!

Le citoyen fort et farouche
Porte son verre à sa bouche

Mais la poule pousse affairée
Sa poulaille au poulailler

Tout le monde a fait son devoir
En voilà jusqu’à ce soir.

Le soleil dit:
Il est midi.

Paul Claudel ("Poésies diverses", Mercure de France, 1935 - réédité avec 14 autres poèmes illustrés dans "Dodoitzu et l'escargot alpiniste", Gallimard Jeunesse, 2005)



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Pierre CORAN - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Pierre Coran, auteur belge de langue française, est né en 1934. Instituteur, poète et romancier pour la jeunesse, la liste de ses écrits est  longue.

Quelques titres :
Comptines en Mots d'Ici et d'Ailleurs (éditions Casterman, collection Direlire, à paraître). Autour de 6 € le livre.
Comptines pour ne pas zozoter, avec Gabriel Lefebvre (éditions Casterman, collection Direlire, 1993).
Pierre Coran a publié de nombreux recueils de comptines et de jeux de langage aux éditions Casterman dans la même collection Direlire : Comptines pour jongler avec les rimes (2007), Comptines pour délier les langues à noeuds (2007), Comptines pour garder la cadence (1993), Comptines pour ne pas bredouiller (1993), Comptines pour nasiller comme un canard (1993),etc.
À parcourir aussi : Jaffabules ( Hachette Jeunesse, 1983) et Comptines et poèmes pour jouer avec la langue >> (avec Irène Coran, et Anne Letuffe, illustratrice - éditions Casterman, Les Grands livres, 2005). Ce beau livre est vendu 16 €.

Orage

La pluie me mouille,
La pluie me cingle.
Sa pattemouille
Sort ses épingles.

Il pleut du vent
Et des éclairs.
Un zèbre blanc
Strie la lumière.

La pluie se rouille
Et se déglingue.
Sa pattemouille
Perd ses épingles.

Sous le ciel veuf
D'un soleil mort,
Je me sens neuf
Comme une aurore.

Pierre Coran


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Charles CROS, Lise DEHARME - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Charles Cros (1842–1888) est un poète français ("Le Collier de griffes", "Le Coffret de santal") méconnu de ses contemporains et quelque peu oublié aujourd'hui. Il reste quand même son hareng saur, sec, sec, sec, qui se balance aux murs des écoles. Charles Cros est aussi un inventeur dépossédé : qui sait ce qu'il a apporté à la photographie ? Et le phonographe, qu'il avait théorisé, a été réalisé par Thomas Edison.

On observera que les paysages qu'aime Charles Cros sont, à l'image du personnage et de son oeuvre, surprenants :

Songe d'été

À d’autres les ciels bleus ou les ciels tourmentés,
La neige des hivers, le parfum des étés,
Les monts où vous grimpez, fiertés aventurières
Des Anglaises. Mes yeux aiment mieux les clairières
Où la charcuterie a laissé ses papiers,
Les sentiers où l’on sent encor l’odeur des pieds
Des soldats avec leurs payses, la presqu’île
De Gennevilliers, où croît l’asperge tranquille
Sous l’irrigation puante des égouts...
On ne dispute pas des couleurs ni des goûts.

Charles Cros ("Le Coffret de santal", 1873 - Gallimard poésie 1972)



Lise Deharme (1907-1981), est une romancière et poétesse française, proche d'André Breton et des Surréalistes. On trouvera ses d'autres textes de cette auteure sur le blog ici : l'humour de Lise Deharme et ici : des femmes poètes

Le pêcheur endormi

La ligne d'or
danse sur l'eau :
de chaque rayon
sort un oiseau.

Pêcheur qui dort
abasourdi
croit que le lac
est plein de nids.

Lise Deharme ("Cahiers de curieuse personne" - éditions des Cahiers libres, 1933)

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Un paysage-visage *. De quoi donner des idées de création plastique autrement qu'à la Arcimboldo, non ? ...

Curieuse

Tes cheveux sont des araignées noires et griffues
ton front un désert de sable blond
ton nez une vague de son
tes dents ont faim
ta bouche est fine
ton menton
une colline aiguë
mais tes yeux sont deux cratères
de lave et de gouffres ouverts
semés d'étincelles et de feu
Tes yeux sont deux mondes perdus.

Lise Deharme ("Le coeur de Pic" -  photographies de Claude Cahun - éditions Corti, 1937 et Éditions MeMo, 2004)

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* Ce poème me renvoie à une chanson qu'interprétait Claude Vinci, à contre-courant, dans les années 60, et dont l'auteur, qui l'a chantée lui aussi, est sans doute Max Rongier.* On y trouve le mot "censure", qui n'est pas une coquetterie de langage, mais une réalité de ce temps là ... * ce texte sera rangé dans un paragraphe "Max Rongier", s'il se confirme qu'il en est bien l'auteur... on compte sur vous ?

Ci-dessous, la pochette du 33 tours "Chansons pour vivre", qui contient "Ta chanson", jamais réédité (aucun des deux CD de Claude Vinci ne reprend ce titre), c'est bien dommage. Le nom de l'auteur doit se trouver sur ce disque, mais là on ne peut proposer qu'une image, trouvée sur un site marchand d'occasion ...

Claude_Vinci_Chansons_pour_vivre

Ta chanson *

Tes joues de près ce sont des plages
Tes yeux des lacs, tout bêtement,
Et ta bouche frileusement
C'est une fabrique à nuages

Ton front c'est déjà la forêt
Il y a peut-être des panthères
Tes cheveux quel raz-de-marée
Tout ruisselants de vrai mystère

Bref ton visage déluré
C'est un monde
Et je ne dis rien
De ta poitrine censurée
Dont je pense beaucoup de bien

Ce grain de beauté sur ton cou
C'est un soleil en pleine éclipse
Je n'ose le dire à mon goût
Il brûle mes doigts et je glisse

Voici tes bras comme les branches
De l'arbre de la tentation
Tes mains vaudraient une passion
Quand elles effleurent tes hanches

N'insistons pas et restons sages
Nous chanterons à l'unisson
Les secrets de tes paysages
Ailleurs que dans une chanson.

Max Rongier (sous réserves, pour les paroles) - * pas de confusion, ce titre est aussi celui d'une chanson de Jean Ferrat. Ferrat, Max Rongier et Claude Vinci se connaissaient bien, ayant beaucoup d'idées "communes". Vinci a chanté Ferrat, mais les deux chansons n'ont en commun que leur titre.



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Robert DESNOS, Lucienne DESNOUES - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Robert Desnos (1900-1945) a fait partie avec Benjamin Péret et André Breton du mouvement Dada et du surréalisme. Il rompra plus tard avec eux, comme bien d'autres. Auteur de nombreux textes poétiques, ses poèmes pour les enfants sont très connus (" Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, 1995).
Engagé dans la Résistance, il est incarcéré à Compiègne, puis déporté. Il meurt au camp de concentration de Térézin (Theresienstadt, en Tchécoslovaquie).

... "Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne

Je pense à toi Desnos et je revois tes yeux
Qu’explique seulement l’avenir qu’ils reflètent
Sans cela d’où pourrait leur venir ô poète
Ce bleu qu’ils ont en eux et qui dément les cieux" ...

Louis Aragon ("Complainte de Robert le Diable" dans "Il ne m'est Paris que d'Elsa" - Seghers 1975).

Des textes de Robert Desnos sont déjà présents sur le blog dans les catégories C2 et C3 pour la classe (La fourmi - Le pélican - L'escargot - La grenouille aux  souliers percés - Les hiboux - Le zèbre - L'oiseau du Colorado - Il était une feuille).

Paysage maritime vivant, mouvant et coloré, un poème pour la classe à plusieurs niveaux, si on en propose des passages :

Les rivières claires
(titre proposé, extrait du poème "Le Satyre")

[...]

Ce chemin me conduira aux rivières claires où l'on
se baigne entre deux rives de gazon.
Rivières ombragées par les arbres,
Effleurées par l'aile des oiseaux,
Eau pure, eau pure, vous me lavez.
Je m'abandonnerai à ton courant dans lequel naviguent
les feuilles encore vertes que le vent fit tomber.
Eau pure qui lave sans arrêt les images reflétées.
Eau pure qui frissonne sous le vent,
Je me baignerai et je laisserai le reflet de moi-même
en toi-même, eau pure !
Tu le laveras, ce reflet où je ne veux me reconnaître,
Ou bien emporte-le, loin,
Jusqu'aux océans qui le dissoudront comme du sel.

[...]

Robert Desnos ("Le Satyre" dans "Fortunes" - éditions Gallimard, 1969 - publication posthume)

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Voici d'autres poèmes, qui tournent rond autour du thème, étranges paysages mathématiques qui entrent dans nos paysages communs :

Le carré pointu

Le carré a quatre côtés
Mais il est quatre fois pointu
Comme le Monde.
On dit pourtant que la terre est ronde
Comme ma tête
Ronde et monde et mappemonde :
Un anticyclone se dirigeant vers le nord-ouest...
Le monde est rond, la terre est ronde
Mais elle est, mais il est
Quatre fois pointu
Est Nord Sud Ouest
Le monde est pointu
La terre est pointue
L'espace est carré.

Robert Desnos ("Destinée arbitraire" - éditions Poésie/Gallimard, 1975 - publication posthume)

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Par un point situé sur un plan...

Par un point situé sur un plan
On ne peut faire passer qu'une perpendiculaire
à ce plan.
On dit ça...
Mais par tous les points de mon plan à moi
On peut faire passer tous les hommes, tous les animaux de la terre
Alors votre perpendiculaire me fait rire.
Et pas seulement les hommes et les bêtes
Mais encore beaucoup de choses
Des cailloux
Des fleurs
Des nuages
Mon père et ma mère
Un bateau à voiles
Un tuyau de poêle
Et si cela me plaît
Quatre cents millions de perpendiculaires.

Robert Desnos ("Destinée arbitraire" - éditions Poésie/Gallimard, 1975 - publication posthume)

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L'infini paysage de la vie, infiniment semblable et différent :

L'anneau de Moebius

Le chemin sur lequel je cours
Ne sera pas le même quand je ferai demi-tour
J'ai beau le suivre tout droit
Il me ramène à un autre endroit
Je tourne en rond mais le ciel change
Hier j'étais un enfant
Je suis un homme maintenant
Le monde est une drôle de chose
Et la rose parmi les roses
Ne ressemble pas à une autre rose.

Robert Desnos ("La géométrie de Daniel" 1939, publié dans "Destinée arbitraire" - Poésie/Gallimard, 1975)

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Paysage maritime vivant, mouvant et coloré, un poème pour la classe à plusieurs niveaux, si on en propose des passages :

Ma sirène

Ma sirène est bleue comme les veines où elle nage
Pour l'instant elle dort sur la nacre
Et sur l'océan que je crée pour elle
Elle peut visiter les grottes magiques des îles saugrenues
Là des oiseaux très bêtes
conversent avec des crocodiles qui n'en finissent plus
Et les oiseaux très bêtes volent au-dessus de la sirène bleue
Les crocodiles retournent à leur boire
Et l'île n'en revient pas ne revient pas d'où elle se trouve
où ma sirène et moi nous l'avons oubliée
Ma sirène a des étoiles très belles dans son ciel
Des étoiles blondes aux yeux noirs
Des étoiles rousses aux dents étincelantes
et des étoiles brunes aux beaux seins
Chaque nuit trois par trois
alternant la couleur de leurs cheveux
Ces étoiles visitent ma sirène
Cela fait beaucoup d'allées et venues dans le ciel
Mais le ciel de ma sirène n'est pas un ciel ordinaire ...
Ma sirène a des savons de toutes formes et de toutes couleurs
C'est pour laver sa jolie peau
Ma sirène a beaucoup de savons
L'un pour les mains
L'autre pour les pieds
Un pour hier
Un pour demain
Un pour chacun des yeux
Et celui-là pour sa queue d'écailles
Et cet autre pour les cheveux
Et encore un pour son ventre
Et encore un pour ses reins.
Ma sirène ne chante que pour moi
J'ai beau dire à mes amis de l'écouter
Personne ne l'entendit jamais
Excepté un, un seul
Mais bien qu'il ait l'air sincère
Je me méfie car il peut être menteur.

Robert Desnos ("Les nuits blanches" dans "Destinée arbitraire" - éditions Poésie/Gallimard, 1975 - publication posthume)



Lucienne Desnoues (1921-2004) poète, a également écrit des contes pour les enfants.

On appréciera le côté marché de Provence de cette "Marche en Provence", dégustation de paysage :

Marche en Provence

Ici mon pas se régale
mieux que sur le sable frais
Ou le terreau des forêts
Si fondant sous la sandale.
Oliviers, cyprès, yeuses,
Je prends part à vos repas
Quand je croque d'un bon pas
La pierraille radieuse.

Écraser les thyms, les branches,
C'est du pain chaud sous l'orteil,
Du craquelin de soleil,
Mon plaisir et ma provende.
Marcher sur l'ocre et l'albâtre
C'est mâcher du vin blanc sec,
C'est casser la croûte avec
Les dieux, les vents et les pâtres.

Kilomètres éternels
Je vous marche, je vous mâche,
Je savoure sans relâche
Tous vos sucres, tous vos sels,
Kilomètres, kilogrammes
Broyés au mortier du temps,
Mes toniques éclatants,
Les phosphates de mon âme.
 

Lucienne Desnoues ("La fraîche" - éditions Gallimard, 1958)

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Le paysage, à qui on demande de faire discrètement le deuil de sa représentation :

La mort du peintre

La palette à peine avertie
Sera déjà sèche à midi
Et demain les pinceaux roidis
*
Iront finir dans les orties.
Chantez moins haut, belles collines,
Chantez moins clair et moins certain.
Par le monde il est ce matin
Mille aquarelles orphelines.
Vous qui en fûtes les modèles
Avec vos galops d'amandiers
J'aimerais que vous retardiez
L'instant fatal d'être infidèles,
L'instant d'oublier, vieilles mousses,
Les fins sabots du chevalet
Et cet œil cligné qui voulait
Saisir vos allusions douces.

Lucienne Desnoues ("Les Ors", éditions Seghers, 1966)  - * "roidis" : On préfèrera  peut-être "raidis" pour la classe



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Joachim DU BELLAY - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Joachim du Bellay (1522-1560) est avec son contemporain Pierre de Ronsard, le plus important des poètes de la Renaissance. De son long séjour à Rome en 1553, il rapporte "Les Regrets", titre explicite du recueil publié quelques années plus tard, et dont "Heureux qui, comme Ulysse" est peut-être le poème le plus célèbre de cette époque (en concurrence avec "Mignonne, allons voir si la rose ...", de Ronsard).

"Loire fameux, qui, ta petite source,
Enfles de maints gros fleuves et ruisseaux,
Et qui de loin coules tes claires eaux
En l'Océan d'une assez vive course" ...
("du Bellay, "L'olive")

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Heureux qui, comme Ulysse ...

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là* qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,

Que des palais romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le Mont Palatin,

Et plus que l'air marin la douceur angevine.

* Suggestion : remplacer, pour les élèves, par "celui-là"

Joachim du Bellay ("Les Regrets", écrit à Rome de 1553 à 1557 et édité en 1558 - éditions récentes chez "Lgf/Le Livre De Poche" en 2002 - et en Poésie/Gallimard : "Les Regrets - précédé de "Les Antiquités de Rome, et suivi de "La Défense et illustration de la langue française", 2005) - On trouvera ici une analyse du poème : http://www.lettres.ac-versailles.fr/spip.php?article676

  • On l'aura peut-être écouté (ou du moins entendu) : le chanteur Ridan (Album révélation de l’année 2005 aux Victoires de la Musique), a posé une mélodie sur ce texte, avec quelques suppléments répétitifs. Une hérésie pour les classiques, une curiosité, peut-être intéressante avec les élèves ...

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D'un vanneur de blé aux vents

À vous, troupe légère,
Qui d'aile passagère
Par le monde volez,
Et d'un sifflant murmure
L'ombrageuse verdure
Doucement ébranlez,

J'offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses,
Tout fraîchement écloses,
Et ces œillets aussi.

De votre douce haleine
Éventez cette plaine,
Éventez ce séjour,
Cependant que j'ahanne
À mon blé que je vanne
À la chaleur du jour
.

Joachim du Bellay ("Divers Jeux rustiques", 1558 - édité en Poésie/Gallimard, 1996)


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Chantal DUPUY-DUNIER, Marie-Jeanne DURRY - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Chantal Dupuy-Dunier est née en 1949.

Le poème qui suit se réfère au monastère franciscain de Saorge, dans l’arrière-pays niçois, qui a été aménagé en résidence d’écrivains et où l'auteur a séjourné :

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Saorge

Saorge germinative,
perlée, dépouillée,
humble sous la lombarde
qui manie le fouet
avec sa poigne de vent.

Saorge panifère et abreuvante.

Dehors,
sur une terrasse du jardin,
un laurier amoureux,
dont deux branches enserrent
le tronc entre leurs bras,
fait rougir de désir les orangers voisins.
Déjà, quelques abeilles inventorient
les promesses des mélèzes.

Midi :

Sous les ardoises lisses de la cuisine,
une femme, brune et belle,
fait frire des panisses,
semées de parmesan.
( Nice et l’Italie pacifiées.)

Le miel chante dans la cuillère.

Chantal Dupuy-Dunier ("Saorge, dans la cellule du poème" - Éditions Voix d’encre, 2009 - Illustrations de Michèle Dadolle.)



Marie-Jeanne Durry (1901-1980) est une poète, essayiste et universitaire, auteure de recueils de poésie et d'ouvrages sur des écrivains (Chateaubriand, Flaubert ...)

Chanson

J'ai volé un petit nuage
Pour me promener

Je flotte sur les villages
D'un monde abandonné

Vous pouvez vous mettre en chasse
Vous ne m'attraperez pas

Mais d'en haut je tends mes nasses
Viens partager mon repas

De gouttes et d'étincelles
Viens partager mon repas

Je plonge et je te soulève
Jusqu'à mon nid dans le ciel

Le soleil est sur nos lèvres
Un gâteau de miel

Écoute comme je chante
Vois naître dans l'air

Les agiles couleurs changeantes
Qui frémissent sur la mer.

Marie-Jeanne Durry ("Lignes de vie", éditions Saint-Germain-des-Prés, 1973)



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Paul ÉLUARD - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Paul Éluard (1895-1952) est présenté (biographie détaillée et quelques poèmes) sur le blog, ici :
Des POÈTES et de la POÉSIE

... "La Terre est bleue comme une orange"
(texte du poème plus bas)

Les paysages de Paul Éluard sont d'abord des paysages humains :

Monde ébloui,
Monde étourdi
(passage) 

[...]

X

Je rêve de toutes les belles
Qui se promènent dans la nuit,
Très calmes,
Avec la lune qui voyage.

XI

Toute la fleur des fruits éclaire mon jardin,
Les arbres de beauté et les arbres fruitiers.
Et je travaille et je suis seul dans mon jardin.
Et le soleil brûle en feu sombre sur mes mains.

Paul Éluard ("Poèmes pour la Paix" 1918)

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Je te l'ai dit (titre proposé) 

Je te l'ai dit pour les nuages
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague, pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’œil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l'ai dit pour tes pensées, pour tes paroles
Toute caresse, toute confiance se survivent

(pas de ponctuation) 
Paul Éluard ("L'amour la poésie" éditions Gallimard, 1929)

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La terre est bleue

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s'entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d'alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d'indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

Paul Éluard ("L'amour la poésie" éditions Gallimard, 1929)



Pierre Emmanuel (1916-1984) est un poète d'inspiration catholique. Il s'est engagé dans la Résistance : Jour de colère (1942), Combats avec tes défenseurs (1942), La liberté guide nos pas (1945). C'est l'un des plus importants poètes du XXe siècle.

Une image extraite du recueil "Le poète fou" :

Par delà les vergers ... (extrait)

Par delà les vergers en fleurs s'en vont les plaines
Porteuses doucement de villes vers la mer.

[...]

Pierre Emmanuel ("Le poète fou" éditions du Rocher, Monaco, 1944)

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Dédicace d'Orphée

Me voici revenu de la rive incertaine
où lamente la lyre abandonnée d'Orphée :
le vent d'en-bas m'emplit de vertige les veines
et mon double brumeux ne s'est point dissipé.
Après avoir usé ma ressemblance humaine
les lunes mauves de l'Enfer m'ont patiné.
Mes yeux ? deux diamants d'hiver ou deux fontaines
Qui fixent un soleil immuable et glacé.
Tel l'arbre aux pas profonds, aveugle de murmures
secoue dans le sommeil ses nocturnes verdures
où les soleils défunts mûrissent oubliés :
Le même arbre de jour, que la lumière outrage
Sans feuilles, sans oiseaux, flagellant les nuages
Maudit de ses grands bras anathèmes l'été.

Pierre Emmanuel ("Sodome" éditions du Seuil, 1953)



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Jean FERRAT - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Jean Ferrat (1930-2010) est un auteur compositeur interprète, peut-être le dernier de l'époque et de la mouvance Brel, Brassens, Ferré, Nougaro, ces chanteurs à texte qui étaient poètes sans le revendiquer.

http://blog.nostalgie.fr/media/blogs/lesnews/jean-Ferrat-coffret-3cd.jpg

"Le monde ouvert à ma fenêtre
Et que je brise ou non la glace
S'il continue à m'apparaître
Que voulez-vous donc que j'y fasse"
...
("Je ne chante pas pour passer le temps")

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Voici comment il décrivait sa montagne ardéchoise où il vivait depuis 1964, date à laquelle il a écrit cette chanson. On observera comment l'Homme ici est indissociable du paysage, qu'il va quitter pourtant :

La montagne

Ils quittent un à un le pays
Pour s'en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n'était pas original
Quand ils s'essuyaient machinal
D'un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu'au sommet de la colline
Qu'importent les jours les années
Ils avaient tous l'âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C'était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S'il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l'autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n'y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s'en faire
Que l'heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l'on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Jean Ferrat (paroles et musique), album 45 tours - Barclay, 1964 - chanson reprise en 2009 dans un album CD 3 volumes, "Best-of" (sortie octobre 2009 - image ci-dessus). Pour ceux qui ne savent pas encore quoi offrir à Noël ...

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"Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches" ...

Ma France (les deux premiers couplets)

De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

[...]

Jean Ferrat (paroles et musique), album 45 tours "1967 - 1969 : Ma France - À Santiago" - Barclay - également dans l'album CD 3 volumes, "Best-of" (2009)

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Raconte-moi la mer

Raconte-moi la mer
Dis-moi le goût des algues
Et le bleu et le vert
Qui dansent sur les vagues
 
La mer c'est l'impossible
C'est le rivage heureux
C'est le matin paisible
Quand on ouvre les yeux
C'est la porte du large
Ouverte à deux battants
C'est la tête en voyage
Vers d'autres continents
 
C'est voler comme Icare
Au devant du soleil
En fermant sa mémoire
A ce monde cruel
La mer c'est le désir
De ce pays d'amour
Qu'il faudra découvrir
Avant la fin du jour
 
Raconte-moi la mer
Dis-moi ses aubes pâles
Et le bleu et le vert
Où tombent des étoiles
 
La mer c'est l'innocence
Du paradis perdu
Le jardin de l'enfance
Où rien ne chante plus
C'est l'écume et le sable
Toujours recommencés
Et la vie est semblable
Au rythme des marées
 
C'est l'infinie détresse
Des choses qui s'en vont
C'est tout ce qui nous laisse
A la morte saison
La mer c'est le regret
De ce pays d'amour
Que l'on cherche toujours
Et qu'on n'atteint jamais
 
Raconte-moi la mer
Dis-moi le goût des algues
Et le bleu et le vert
Qui dansent sur les vagues

Jean Ferrat (paroles et musique), album 45 tours "1965 - 1966 : Potemkine - Maria" - Barclay  - Cette chanson n'est pas dans l'album "Best-of"

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Jean Ferrat est l'auteur d'une grande partie des chansons qu'il a mises en musique et interprétées si bien, comme "La montagne" et "Ma France". Cela suffira sans doute à le ranger parmi les poètes. Mais la plupart des textes de ses chansons, il les a empruntés aux paroliers ou aux poètes, célèbres (on pense évidemment à Louis Aragon) ou restés dans l'ombre, comme Henri Gougaud ("Un jour futur", "La matinée" "J'imagine"...), Pierre Frachet ("Ma môme", "Regarde-toi Paname"), Claude Delécluse, Michelle Senlis, Roland Valade, Georges Coulonges, à bien d'autres encore... Il faudrait ne pas oublier de les citer, ici et là sur la Toile, quand on propose leurs œuvres ... [Ce paragraphe sera développé ailleurs]

Quelques morceaux de paysages dans les textes de Jean Ferrat (ou d'auteurs qu'il a mis en musique) :

Morceaux de paysages

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À l'ombre bleue du figuier
Passent passent les étés
A l'ombre bleue du figuier
Passent passent ils sont passés

[...]

 ("À l'ombre bleue du figuier" - musique de Ferrat sur des paroles de Michelle Senlis)

-------------

Le vent du midi s'abat en rafales
Sur la vallée noire où les arbres ploient
Leurs bras désolés fument des gitanes
J'ai froid

[...]

 ("J'ai froid" - paroles et musique de Jean Ferrat )

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Le vent dans tes cheveux blonds
Le soleil à l'horizon
Quelques mots d'une chanson
Que c'est beau, c'est beau la vie

Un oiseau qui fait la roue
Sur un arbre déjà roux
Et son cri par dessus tout
Que c'est beau, c'est beau la vie.

[...]

 ("C'est beau la vie" - musique de Ferrat sur des paroles de Claude Delécluse, et Michelle Senlis)

-------------

Le jour ouvre un œil froid un arbre échevelé
Émerge de la brume en ébrouant ses branches
Les trottoirs de Paris rechaussent leurs souliers
On rêve encore un peu d'une aube toute blanche
Les gares grises s'ouvrent aux regards exilés
 
Dis-moi l'adresse du bonheur

[...]

 ("L'adresse du bonheur" - musique de Ferrat sur des paroles d'Henri Gougaud)

-------------

La mer sans arrêt
Roulait ses galets
Les cheveux défaits
Ils se regardaient
Dans l'odeur des pins
Du sable et du thym
Qui baignait la plage

[...]

 ("Deux enfants au soleil" - musique de Ferrat, texte de Claude Delécluse, parolière)

-------------

Je vais dire la légende
De celui qui s'est enfui
Et fait les oiseaux des Andes
Se taire au cœur de la nuit

Le ciel était de velours
Incompréhensiblement
Le soir tombe et les beaux jours
Meurent on ne sait comment

[...]

Sous le fouet de la famine
Terre terre des volcans
Le gendarme te domine
Mon vieux pays araucan

Pays double où peuvent vivre
Des lièvres et des pumas
Triste et beau comme le cuivre
Au désert d'Atacama

[...]

Avec tes forêts de hêtres
Tes myrtes méridionaux
O mon pays de salpêtre
D'arsenic et de guano

[...]

 ("Complainte de Pablo Neruda" - poème de Louis Aragon mis en musique par Ferrat)

-------------

Quand l'hiver a pris sa besace
Que tout s'endort et tout se glace
Dans mon jardin abandonné
Quand les jours soudain rapetissent
Que les fantômes envahissent
La solitude des allées
Quand la burle secoue les portes
En balayant les feuilles mortes
Aux quatre coins de la vallée

Un grillon un grillon
Un grillon dans ma cheminée
Un grillon un grillon
Un grillon se met à chanter

[...]

 ("Le grillon" - paroles et musique de Jean Ferrat ))

-------------

Il perd un jardin par semaine
Mon p'tit coin là-bas près d'la Seine
Il perd chaque mois une friture
Il y gagne quoi la blessure
D'une maison de vingt étages
Où l'on mettra les hommes en cage

Avant c'était pas la même chose
Avant j'y découvrais des choses
J'y emmenais Lulu et Rose
Dans mon p'tit coin de paradis
C'était ma Corse mon midi
Mes lauriers roses en Italie

Il perd ses lilas par centaines
Mon p'tit coin là-bas près d'la Seine
Il perd ses chinois ses arabes
Et tous ses vieux toits et ses arbres
Le soir on dirait l'Amérique
Avec ses buildings fantastiques

[...]

 ("Le p'tit jardin" - musique de Ferrat sur des paroles de Michelle Senlis) 

-------------

Le vent se repose
Aux bords bleus du temps
Les hérons gris-rose
Marchent sur l'étang
Il me semble entendre
Un train loin d'ici
Dans les osiers tendres
Le jour est assis

[...]

 ("Odeur des myrtils" - poème de Louis Aragon mis en musique par Ferrat)


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Posté par de passage à 22:13 - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français - Permalien [#]

Maurice FOMBEURE, Paul FORT - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

Fombeure_Sehers

Maurice Fombeure (1906-1981) est un romancier et poète français (ci-dessus, "Maurice Fombeure" dans la collection "Poètes d'Aujourd'hui", aux éditions Pierre Seghers). Il avait rédigé lui-même son épitaphe, gravée sur sa tombe, à Bonneuil-Matours, village de la Vienne, où se trouve aussi un musée consacré au poète :

"Il portait sur sa lourde épaule
Sa destinée comme un oiseau
Maintenant il dort sous les saules
En écoutant le bruit des eaux".

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Images du village 

 La fontaine près de l'église
Où les aveugles vont mendier

La cour où rament les oies grises
Et que fleurit un amandier

Le vieux four à pain où s'enlacent
Les ronces, où se tord un figuier

Les coqs le matin à la vitre
Secouent leur crête de rosée

Et la journée retentissante
S'envole à tête reposée
.

Maurice Fombeure

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Dans le chapitre "Fontaines du temps perdu" du recueil "À dos d'oiseau", ce poème d'identification à la Nature :

"Terre – Terre" *

                                      À Roland Biaujou

Sur cette floraison de routes innombrables
Où les pas font sonner les heures du désert,
Où s'efface le vent et ses cris et ses rides,
Emporté par soi-même et toujours recouvert,

Sur ces arbres scellés au ciel, à la lumière,
Sur ces fontaines de sommeil,
Sur ces oiseaux tombant au fond des puits d'azur
Roulant de l'aile sur le silence essentiel,

Je promène mes mains, mes lèvres, ma tendresse.
Je promène mes pas, ma tristesse et mon cœur.
Ô ma terre, c'est toi, toi seule qui m'oppresses,
Et je me sens jailli droit de tes profondeurs.

Je suis les quatre vents, je suis le champ des Cygnes
Et, des bords d'Orion aux feux de la Grande Ourse,
Je suis l'âme semée qui s'éprend d'elle-même,
Je suis le cœur gorgé de pur.

Terre je suis tes bras, tes ombres, tes blasphèmes,
Le ciel ouvert aux flots et la mer qui murmure.

Maurice Fombeure ("À dos d'oiseau" - éditions Gallimard, 1942, disponible en Poésie/Gallimard, 1971) - * les guillemets sont dans le titre

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Le coquillage 

 Ronfle coquillage
Où l'on entend tout le bruit de la mer
Vague par vague
Où l'on entend marcher les petits crabes
Où l'on entend mugir le vent amer.

Ronfle coquillage
Ah! je revois tous les bateaux de bois,
Les voiles blanches
Claires comme un matin de beau dimanche
Ailes de la joie.

Ronfle coquillage,
En toi je retrouve les beaux jours vivants,
Où les mouettes claquaient au vent
Dans un grand ciel bleu gonflé de nuages,
De nuages blancs signe du beau temps.

Ronfle coquillage.

Maurice Fombeure

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En quelques images légères et fortes au vocabulaire terrien, où sa poésie forge parfois sur mesure les mots, Maurice Fombeure nous plonge dans la splendide tristesse d'un paysage de fin d'automne :

Présence des automnes
       

                                      À Gérard Souzay

Le brouillard noie les cathédrales
Saint-Sulpice vogue loin de nous,
Mâtée comme un vaisseau fantôme.
Je songe aux brumes septembrales
Dessus les vignes de chez nous.

Dans le ciel fumeux et léger
Crient les migrateurs isocèles.
Houppelandé de gris berger,
La cornemuse sous l'aisselle,
Le gardien suit leur tire-d'ailes.

le troupeau cesse de manger,
Cependant que de vigne en rive
Percute le cri de la grive.
Rôdeur blaireau couleur de roi,
Déjà montent les bruits du froid.

L'orée frileuse des forêts
A flambé d'une biche d'ambre.
Voici que volent mes regrets
Avec ces oiseaux en triangle
Sur le gris triste des guérets.

Maurice Fombeure ("À dos d'oiseau" - éditions Gallimard, 1942, disponible en Poésie/Gallimard, 1971) 



Les Ballades françaises de Paul Fort (1872-1960) sont éditées à partir de 1894, et jusqu'en 1958. Particularités : c'est sous ce seul titre qu'il continue à publier ensuite ses poèmes, aux vers disposés comme de la prose, et dont les textes occupent  40 tomes !
Le thème du poème suivant a inspiré une chanson (intitulée "Si tous les gars du monde"). D'autres poèmes de Paul Fort, souvent très connus, se promènent sur le blog (Le petit cheval, Le bonheur est dans le pré, La mer, La marine ...)

Georges Brassens a mis en musique (catégorie BRASSENS chante les poètes) Le petit cheval (titré La complainte du petit cheval blanc) et La marine.

Les paysages maritimes :

La mer

La mer brille
Comme une coquille;
On a envie de la pêcher.
La mer est verte,
la mer est grise
elle est d'azur,
elle est d'argent et de dentelle.

Paul Fort (Ballades françaises T1 - 1897 - Flammarion)

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La ronde autour du monde

Si toutes les filles du monde voulaient s'donner la main,
Tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde.

Si tous les gars du monde voulaient bien êtr' marins,
Ils f'raient avec leurs barques un joli pont sur l'onde.

Alors on pourrait faire une ronde autour du monde,
Si tous les gens du monde voulaient s'donner la main.

Paul Fort 

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Autour de l'océan

Est-ce la terre, est-ce la mer qu'on cherche avec de la lumière?
Ils sont là cent avec des torches, sur les plages noires, sur les
plages d'or.
Ils sont là cent, ils sont là mille, qui font le tour de l'Océan.
On les voit de la pleine mer, on les voit du fin fond des terres.
Ils sont là mille ou des millions avec des torches sur leur front...
Et ce n'est qu'un collier, un collier d'amulettes, les phares, autour
de l'Océan,
Tous coiffés d'un rubis, comme des allumettes, sur les plages de
l'Océan.

Paul Fort 

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La Méditerranée

La plus belle fleur du monde, c'est la fleur à corolle bleue.
La plus belle fleur à la ronde, c'est aussi la fleur des cieux.
La plus belle fleur odorante, c'est l'immense mer odorante.
O Méditerrannée, est-ce à fleur de tes ondes que les dieux respirent
le mieux ?

Paul Fort 

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La montagne :

Montagne (passage)

Du coteau qu'illumine l'or tremblant des genêts, j'ai vu jusqu'au lointain le bercement du monde, j'ai vu ce peu de terre infiniment rythmée me donner le vertige des distances profondes.

L'azur moulait les monts. Leurs pentes alanguies s'animaient sous le vent du lent frisson des mers. J'ai vu mêlant leurs lignes, les vallons rebondis trembler jusqu'au lointain de la fièvre de l'air.

Là, le bondissement au penchant du coteau des terres labourées où les sillons se tendent, courbes comme des arcs où pointent des moissons avant de s'élancer vers le ciel dans l'air tendre,

Là se creuse un vallon sous des prés en damier, que blesse en un repli la flèche d'un clocher ; ici des roches rouges aux arêtes brillantes se gonflent d'argent par où croule une eau fumante.

Plus loin s'étage encore une contrée plus belle, où luisent des pommiers près de leur ombre ronde. Là, dans un creux huileux de calme, le soleil, où vit une prairie fait battre une émeraude...

Paul Fort

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Un autre paysage :

La pluie

La pluie tombe infinie. Les horizons s’enfuient. Où vont-ils ces coteaux, ces coteaux sous la pluie, qui portent sur leur dos ces forêts qui s’ennuient ?

Où donc est Andely, Andely-le-Petit ? Son coteau ? son château ? Je les voyais tantôt. Les horizons s’enfuient. La pluie tombe infinie.

Du côté des forêts qui donc réapparaît ? Ce géant, est-ce lui ? Est-ce toi, vieux château qui va courbant ton dos sous neuf siècles d’ennui ?

La pluie tombe infinie.

Paul Fort ("Ballades Françaises" - Anthologie des Ballades Françaises, Flammarion, 1941)



Posté par de passage à 22:10 - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français - Permalien [#]

André FRÉNAUD, Pierre GAMARRA - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

André Frénaud (1907-1993), est l'un des poètes français les plus significatifs de la génération qui, dans la seconde moitié du xxe siècle, succède au mouvement surréaliste . Il signe ses premiers poèmes du pseudonyme "Benjamin Phelisse", dans les publications clandestines de la Résistance dirigées par Paul Éluard, notamment L'Honneur des poètes. Il reçoit en 1973 le Grand Prix de poésie de l'Académie française et en 1985 le Grand Prix national de Poésie. (d'après source Wikipédia)

" Je dénonce ma vie et j'y reste
par désarroi ou par malice,
par vaillance et par sot plaisir."

André Frénaud

" Où est mon pays ? C’est dans le poème,
Il n’est pas d’autre endroit où je veux reposer".

épitaphe d'André Frénaud (voir le second poème ci-dessous)

Le poème présenté ici est conforme à l'édition originale dans son texte et son absence de ponctuation (suggérée malgré tout en début de phrase par une majuscule intérieure au vers) - On le trouve aussi ponctué (pour les élèves sans doute ?) dans certaines versions, et même parfois avec des variantes apocryphes qui en édulcorent la force émotionnelle :

Pays retrouvé

Mon cœur moins désaccordé de tout ce qu'li aimait
je ne fais plus obstacle à ce pays bien-aimé
J’ai dépassé ma fureur j’ai découvert
le passé accueillant Aujourd’hui je peux j’ose.

Je me fie au chemin, j’épèle ici sans crainte
la montée, les détours Un songe vrai s’étale.
Je m’y retrouve dans le murmure qui ne cesse pas
Le vent, rien que le vent me mène où je désire.

Des paroles inconnues me parviennent familières.
Des regards bienveillants me suivent dans les arbres.
Je me reconnais ici j’avoue mon pays cette terre-ci
et toute contrée où des hameaux apparaissent
où des coqs flambent près de la tour,
avec la verveine dans le potager les massifs entre les murs.

Les rangées des vignes se tiennent sur les versants
et les nuages se promènent lentement dans l’azur
creusant d'ombre la plaine où les céréales jaunissent

Tout est beau qui s’entrouvre aujourd’hui où je passe
O je me souviendrai de ce vrai pain des hommes
Je veux goûter de ces raisins qui sèchent
pendus sous la galerie.

André Frénaud ("Il n’y a pas de paradis" Gallimard, 1962 et Poésie/Gallimard, 1967)

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Où est mon pays ? (passages)

Où est mon pays ? Pas où je suis né,
dans le charbon qui manque jusqu’aux façades ;
alentour les prairies trop vertes et vertes,
le naïf contentement des coteaux mamelonnés.

Où est mon pays ?
[...]

C’est dans les lointains aux confins d ‘ici.
C’est hier perdu sans avoir su luire.
Ce n’est pas ailleurs, ce doit être ici.
Je cherche et je trouve presque et je perds.

C’était un voyage avec la calèche
quand on s’arrêtait chez le maréchal.
Ouverte aux liserons Saint Martin de Laives
sur la colline immensifiée par l’enfance.

… Ou parmi les pierres géantes sous la lune
quand le scorpion sort de la cabane de pierre.
… À l’instant où la tour s’abîma dans le ravin
lorsque la pluie fouettait le paysage rond.

Dans le regard d’un fleuve qui m’a fasciné,
dans l’arbre ténébreux sur la maison ancienne,
dans la violence du faubourg, dans sa blancheur de plâtre,
lorsque la nuit un peu plus s’obscurcit.
[...]

Dans Arles quand le doux lait de la lune
transformait à la minuit le champ des pierres
en un saccage de taureaux blancs.
[...]


Où est mon pays ? C’est dans le poème,
Il n’est pas d’autre endroit où je veux reposer.
Tombeau vivifié par le flux des sèves,
ma vie morte y chante à voix toujours fraiche.
[...]

Où est mon pays ? C’est autour du chemin.
Les contrées se creusent, le temps parfois s’entrouvre.
J’ai mené combat avec la terre, j’accrois mes forces.
La rage cède à l’effort, la fureur signifie.
S’il ne m’accable pas, le malheur doit briller.

Je poursuis, je fais confiance, je vois clair.
Je connais mes blessures et j’attends d’autres peines.
J’attends d’autres joies et je salue la vie.
Tout est ma patrie, que je saurai porter.

André Frénaud ("Il n’y a pas de paradis" Gallimard, 1962 et Poésie/Gallimard, 1967)


Pierre Gamarra est né en 1919. D'autres textes de l'auteur ici :

POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3 et ici : POÉSIES PAR THÈME : l'école.

Un paysage très urbain, comme il les aime :

Barcarolle dans la ville

Écoute, écoute la nuit claire
glisse derrière les rideaux,
du côté du périphérique
ronflent des autos de velours.
Autour de la poissonnerie,
des chats parlent de colin frais.
Personne n'entre au Prisunic,
un caddy dort, seul, sous la lune.
Personne à l'arrêt du bus car
c'est la très fine et tiède nuit
de caramel, de violette
autour des lampadaires d'or.
Le boucher s'en va vers les halles.
La carotte du bar-tabac
est éteinte. Ô ma belle nuit
de violon, de caravane.
Du boulevard Victor Hugo
arrive une odeur de pain cuit.
Devant la porte du pressing
un chevalier dort sur sa lance.
Les HLM se balancent
dans le brouillard léger, léger.
Toutes les fenêtres sont noires
jusqu'au bout des plus hautes tours.
Nuit caramelle, nuit violette,
nuit violon, nuit caravane,
les chalands dorment sur la Seine.
toutes les fenêtres sont noires.
Sauf une. Regarde là-haut
au coin du vingtième étage,
une lampe orange qui nage
et qui songe au cœur de la nuit.

Pierre Gamarra (dans l'anthologie "Poèmes tout frais pour les enfants de la dernière pluie" - Christian Poslaniec -  éditions La Farandole, 1993)

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et ce paysage onirique :

Paysage

Il y avait un merle blanc,
un merle noir,
Il y avait des fées parmi les pâquerettes.

Il y avait une abeille blonde,
une source bleue,
une rose thé,
une tulipe chocolat.

Il y avait une femme
qui descendait la colline,
une femme habillée de feu, de laine et d'amour.

Une mère aux yeux d'iris,
une mère aux mains de soie,
une mère coiffée de rêves.

Et je chantais avec ses lèvres.
Et je vibrais avec son coeur.

Il y avait une maison de sucre et de blé.
Il y avait un abricot mûr sur une fenêtre.
Il y avait un grand soleil de cuivre roux
et des iris aux langues d'or.

Il y avait une femme qui s'approchait de la maison
et qui caressait l'abricot,
et qui regardait le soleil.

Une mère aux yeux de violette,
Une mère aux mains de velours.
Une mère habillée de brouillard et de larmes,
De lumière et d'amour.

Pierre Gamarra

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Sur le thème 2011 du paysage, et sur le site officiel du Printemps des Poètes : http://www.printempsdespoetes.com (adresse à copier-coller), on trouve ce texte :  

Des paysage secrets, mais promis à la découverte :

Secrets

Je te dirai les merises secrètes,
Les framboises de la sierra,
Je te dirai le miel et la gazelle
dans le désert inconsolé.
Je te dirai les paroles des pistes
et les astres ensevelis,
je te dirai les flambeaux d'améthyste
que gardent mes yeux et mes mains.
Je te dirai la route simple
qui va de la neige à la vie
tandis qu'au-dessus d'Aneto
plane le dernier cri d'un aigle,
la cathédrale dans les hêtres
et les schistes mouillés de larmes
quand Minerve dans la montagne
pleurait sur la raison perdue.
Je te dirai les durs colchiques
qui saignaient aux flancs espagnols
et les mulets aux yeux pensifs
chargés de pains et de poignards.
Je te dirai la vigne seule,
l'aramon de toutes ses gorges
où la chanson n'a pas péri.
Ainsi, le pas de Don Quichotte.
Cherche le secret sur la table
où l'on brise le pain sacré,
va dans la brume et me regarde
parmi mes roses inflétries.

Pierre Gamarra ("Le sorbier aux oiseaux - Éditeurs français réunis, "La petite sirène", 1976)

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La pluie

Les cent mille doigts de la pluie
tambourinent sur mon toit gris,
la pluie, la pluie, la pluie, la pluie,
berce ma grise songerie.

Elle est petite, elle est tranquille,
la pluie qui caresse la ville,
elle s’étire, elle s’effile,
chantant des romances faciles.

J’écoute ses légers ruisseaux
et je vois ses patients fuseaux
tisser les plus subtils réseaux
de dentelles d’argent et d’eau.

Pluie menue, ô pluie passagère,
tendre pluie, onde potagère,
tu t’enfuis sans plus de manières
et tu vas rêver sous la terre…

Là-bas, dans la nuit et le vent,
les vagues s’en vont déferlant
avec de sombres hurlements
et ton dos se gonfle, Océan !

Pierre Gamarra



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