lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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"L'autre" - Marcel Béalu

Marcel Béalu (1908-1993) est écrivain et poète (Poèmes sur un même thème" -1932 ; L'Araignée d'eau ; Le Bruit du moulin ; L'Expérience de la nuit).

L'anneau

Pour les fiançailles d'amour
Des peuples redevenus frères
Les hommes construiront un jour
Par dessus continents et mers
Par dessus rives et rivières
Un pont sans arches ni piliers
Un pont qui tiendra dans les airs
Sans aide aucune à rien lié
Comme un grand arc-en-ciel de pierre
Qui fera le tour de la terre

Marcel Béalu


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290407

"L'autre" - Alain Bosquet

Anatole Bisk (1919-1998) a pris Alain Bosquet comme nom d'auteur. C'est un écrivain et poète français d'origine russe.
D'Alain Bosquet, on trouvera le texte "Le cheval chante" dans la catégorie poésies Cycle 2.

Passage d'un poète

Le poète est passé : un remous dans l'argile
se dresse en monument,
avec soudain le bras qui se profile,
la lèvre et l'oeil aimants.

Le poète est passé : le ruisseau qui hésite,
devient fleuve royal ;
il n'a plus de repos ni de limites :
il ressemble au cheval.

Le poète est passé ; au milieu du silence
s'organise un concert,
comme un lilas ; une pensée se pense,
le monde s'est ouvert.

Le poète est passé ; un océan consume
ses bateaux endormis.
La plage est d'or et tous les ors s'allument
pour s'offrir aux amis.

Le poète est passé : il n'est plus de délire
qui ne soit œuvre d'art.
Le vieux corbeau devient un oiseau-lyre.
Il n'est jamais trop tard

pour vivre quinze fois : si le poète hirsute
repasse avant l'été,
consultez-le car de chaque minute
il fait l'éternité.

Alain Bosquet ("Un jour après la vie" - éditions Gallimard, 1984)


Un enfant m’a dit

Un enfant m’a dit :
"La pierre est une grenouille endormie."
Un autre enfant m’a dit :
"Le ciel, c’est de la soie fragile."
Un troisième enfant m’a dit :
"L’océan, quand on lui fait peur, il crie."
Je ne dis rien, je souris.
Le rêve de l’enfant, c’est une loi.
Et puis, je sais que la pierre,
Vraiment, est une grenouille,
Mais au lieu de dormir
Elle me regarde.

Alain Bosquet ("Le cheval applaudit" - Enfance heureuse, éditions Ouvrières, 1977)


La trompe de l'éléphant

La trompe de l'éléphant,
c'est pour ramasser les pistaches :
pas besoin de se baisser.

Le cou de la girafe,
c'est pour brouter les astres :
pas besoin de voler.

La peau du caméléon,
verte, bleue, mauve, blanche,
selon sa volonté,
c'est pour se cacher des animaux voraces :
pas besoin de fuir.

La carapace de la tortue,
c'est pour dormir à l'intérieur,
même l'hiver :
pas besoin de maison.

Le poème du poète,
c'est pour dire tout cela
et mille et mille et mille autres choses :
pas besoin de comprendre.

Alain Bosquet ("Le cheval applaudit" - Enfance heureuse, éditions Ouvrières, 1977)



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"L'autre" - Alain Boudet

Alain Boudet est né en 1950. Il exerce le matier de documentaliste et a publié une vingtaine de recueils de poésie, des textes de chansons pour des auteurs compositeurs-interprètes, etc (voir son site).

Pas de titre pour ces deux textes :

Elle souffle sur la lune
et fait tomber le ciel
dans la buée du soir.

Et quand la lune éclate
on voit soudain filer le rire des étoiles.

Alain Boudet ("Poèmes pour sourigoler" - Blanc Silex, 1999)


J'ai crabouillé mes pieds
J'ai cramoné mes mains
J'ai crapulé mes yeux
J'ai craboté mon nez
J'ai crapoussé mes joues
J'ai cralouché ma bouche.
J'ai cradoqué mes dents

Mon petit crapounet
je suis crafatigué !

Alain Boudet ("Poèmes pour sourigoler" - Blanc Silex, réédition 2001)


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"L'autre" - Michel Bühler

Michel Bühler est auteur-compositeur-interprète, alors bien sûr, que c'est une chanson, mais lisez quand même ce texte, dont vous ignorez peut-être la mélodie, et dites-moi ce qu'il lui manque pour s'appeler poème ...
Il était déjà présent sur le blog.

Étranger

Si la pluie en torrents
Tombe sur les genêts,
Si le brouillard descend
A l'orée des forêts,
Si ta route se perd,
Si tu es fatigué,
Si le vent de l'hiver
Souffle dans la vallée,

Étranger, étranger,
Viens frapper à notre porte,
Nous ne demanderons pas
Qui tu es, ni où tu vas,
Nous ne demanderons rien,
Viens.

Si tu n'as pas trouvé
De ruisseau en chemin,
Si l'eau n'a pas coulé
Dans le creux de tes mains,
Si la faim te poursuit
Comme une louve avide,
Dans le froid et la nuit,
Si ta besace est vide,

Étranger, étranger,
Viens t'asseoir à notre table,
Nous ne demanderons pas
Qui tu es, ni où tu vas,
Nous ne demanderons rien,
Viens.

Si tu veux raconter
La douceur de chez toi,
Si ton coeur veut chanter
Des refrains de là-bas,
Ou si, plus simplement,
Tu ne veux que te taire,
Et regarder longtemps
Le feu et sa lumière,

Étranger, étranger,
Reste encore pour la veillée,
Nous ne demanderons pas
Qui tu es, ni où tu vas,
Nous ne demanderons rien,
Mais viens.

Nous ne demanderons pas
Qui tu es, ni où tu vas,
Nous ne demanderons rien,
Viens.

Michel Bühler (Paroles et musique) en 1971


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"L'autre" - Michel Butor

Michel Butor, né en 1926, universitaire, est un écrivain (plus de 200 ouvrages, davantage si on considère toutes les collaborations) qui a expérimenté différentes formes de littérature (collages avec Mobiles en 1962),  Degrés en 1960. Son roman La Modification en 1957 lui a ouvert un large public.
Il est également auteur de textes sur la peinture et les peintres (Alechinsky, Rembrandt, Giacometti, Paul Delvaux ...), en collaboration avec des artistes.
C'est aussi un poète ("Travaux d'approche" Poésie - Gallimard poésie 1972) ; "Lectures transatlantiques" (avec toile peinte de Pierre Leloup,1991).
À consulter : Michel Butor par Michel Butor (Seghers, « Poètes d’aujourd’hui », 2003).

Voici comment Michel Butor termine sa propre biographie, pour Le Dictionnaire de littérature française contemporaine, en 1988 actualisée en 2003 pour la réédition (Éditions Mille et une nuits, 2004) :
"Tout en continuant à courir le monde, il s’efforce de mettre un peu d’ordre dans ses papiers et dans sa tête".

Lectures transatlantiques

                                 pour Pierre Leloup (1)

Ramper avec le serpent
se glisser parmi les lignes
rugir avec la panthère
interpréter moindre signe
se prélasser dans les sables
se conjuguer dans les herbes
fleurir de toute sa peau
Plonger avec le dauphin
naviguer de phrase en phrase
goûter le sel dans les voiles
aspirer dans le grand vent
la guérison des malaises
interroger l'horizon
sur la piste d'Atlantides

Se sentir pousser des ailes
adapter masques et rôles
planer avec le condor
se faufiler dans les ruines
caresser des chevelures
brûler dans tous les héros
s'éveiller s'émerveiller

(1) Le peintre Pierre Leloup a illustré cet ouvrage dans l'édition de 1991.
Michel Butor, 1991 ("Lectures transatlantiques" dans "À la frontière" - La Différence 1996)


Outre-Harrar  (1)

                  encore in memoriam A. R.  (2)

Frère au très loin je tourne
depuis des années sournoisement
autour de ton ombre gardée
farouchement par des spécialistes
dont tu aurais détesté la plupart
Ce qui m'a mené en maint continent
déserts ou forêts villes ou sargasses
nullement à la recherche de tes traces
mais d'un lieu pluriel d'écoute et vision
d'où poursuivre ta tentative

Stoppée par le sort après tant d'avatars
malgré tous les soins et préparations
communique-moi ta force d'écart
et ce silence à l'intérieur de tous les mots
dont la mort ne pourra qu'augmenter le pouvoir

(1) Harrar est le lieu où le poète (2) Arthur Rimbaud a vécu en  Éthiopie, à la fin de sa vie.  
Michel Butor, 1991 ("Lectures transatlantiques" dans "À la frontière" - La Différence 1996)


Terres africaines

L'épaisse peau du ventre tendu vibrant comme un arc
l'épaisse pluie sur les ténèbres de la case
l'épaisse nuit marbrée d'éclairs et de grondements
l'épaisse chaleur dégoulinant de sueur et de sève
d'épaisses larmes de lait de sang d'urine et de sperme
l'épaisse foule de solitudes croisant leurs jambes dans la danse
l'épaisse rumeur de l'épaisse forêt dans un infime coin de l'espace désert

Michel Butor, 1991 ("Lectures transatlantiques" dans "À la frontière" - La Différence 1996)



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"L'autre" - René-Guy Cadou

René Guy Cadou (1920-1951) avait écrit, comme une prémonition : "Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre". À partir de 1943, Hélène, épousée en 1946, l'accompagne pour ce temps si court qu'il lui reste à vivre. Hélène Cadou, poète comme lui, pour qui il a écrit "Hélène ou le règne végétal", publié en février 1951 (Le poète est mort de maladie en mars de la même année, à 31 ans).

Je t'atteindrai Hélène
À travers les prairies
À travers les matins de gel et de lumière...
René Guy Cadou


Son œuvre poétique complète, "
Poésie, la vie entière", est parue en 1976 chez l'éditeur Pierre Seghers (poète également).

Voir d'autres textes de l'auteur sur le blog ici : POÉSIES PAR THÈME : l'école

Le poème qui suit fait référence à l'exécution des otages de Chateaubriant (dont Guy Môquet), le 22 octobre 1941.

Les fusillés de Chateaubriant

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d'étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d'amour
Ils n'ont pas de recommandations à se faire
Parce qu'ils ne se quitteront jamais plus
L'un d'eux pense à un petit village
Où il allait à l'école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n'entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu'ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.

René-Guy Cadou ("Pleine Poitrine" - 1946 ; texte emprunté à "Poèmes d'aujourd'hui pour les enfants de maintenant" - Jacques Charpentreau - éd Ouvrières)


Un homme

Un homme
Un seul un homme
Et rien que lui
Sans pipe sans rien
Un homme
Dans la nuit un homme sans rien
Quelque chose comme une âme sans son chien
La pluie
La pluie et l’homme
La nuit un homme qui va
Et pas un chien
Pas une carriole
Une flaque
Une flaque de nuit
Un homme.

René-Guy Cadou ("Le diable et son train" - 1949)
Le recueil "Le diable et son train" a été écrit et dessiné à la main par Yves Trévédy, Guy Bigo (peintres-illustrateurs) et René Guy Cadou, en  21 exemplaires.



Posté par de passage à 17:45 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France) - Permalien [#]

"L'autre" - Maurice Carême

Maurice Carême, instituteur belge (1899-1978) est présent dans chaque cahier de poésie des élèves de France et de Navarre (et de Belgique bien sûr). voir dans POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3 et dans POÉSIES PAR THÈME : l'école

Il porte un oiseau dans son cœur

Il porte un oiseau dans son cœur,
L'enfant qui joue des heures, seul,
Avec des couronnes de fleurs
Sous l'ombre étoilée du tilleul.
Il semble toujours étranger
À ce qu'on fait, à ce qu'on dit
Et n'aime vraiment regarder
Que le vent calme du verger.
Autour de lui, riant d'échos,
Le monde est rond comme un cerceau.

Maurice Carême


Belle de jour ...

Belle de jour, belle de nuit
Joue de velours, fleur de Paris,
A glisser, patins étincellent ;
Coeur, à roucouler s'enhardit
Et devient un jour tourterelle.
Est toujours belle qui sourit ...
Et douce glisse la souris.

Maurice Carême ("L'oiseleur")


Bonté

Il faut plus d'une pomme
Pour emplir un panier.
Il faut plus d'un pommier
Pour que chante un verger.
Mais il ne faut qu'un homme
Pour qu'un peu de bonté
Luise comme une pomme
Que l'on va partager.

Maurice Carême



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"L'autre" - René Char

René Char (1907-1988) est né à L'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse.
Poète français marqué par le surréalisme, il fut aussi un héros de la Résistance et un humaniste, engagé dans la vie sociale.
Voir ici une biographie et une bibliographie de René Char.

L'éloge de l'oiseau, symbolique du coeur ...

Le martinet

Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le coeur.
Il dessèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein. S'il touche au sol, il se déchire.
Sa repartie* est l'hirondelle. Il déteste la familière. Que vaut dentelle de la tour ?
Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n'est plus à l'étroit que lui.
L'été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit.
Il n'est pas d' yeux pour le tenir. Il crie, c'est toute sa présence. Un mince fusil va l'abattre. Tel est le coeur.

Non, pas d'accent sur "repartie". Cette troisième strophe est difficile, et pas seulement pour les élèves ...
René Char (recueil "La fontaine narrative", publié en 1947  et dans "Fureur et mystère" - Gallimard, 1962)


... et celui de la rivière :

La Sorgue

Chanson pour Yvonne

 

Rivière trop tôt partie, d'une traite, sans compagnon,
Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion.

Rivière où l'éclair finit et où commence ma maison,
Qui roule aux marches d'oubli la rocaille de ma maison.

Rivière, en toi terre est frisson, soleil anxiété.
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.

Rivière souvent punie, rivière à l'abandon.

Rivière des apprentis à la calleuse condition,
Il n'est vent qui ne fléchisse à la crête de tes sillons.

Rivière de l'âme vide, de la guenille et du soupçon,
Du vieux malheur qui se dévide, de l'ormeau, de la compassion.

Rivière des farfelus, des fiévreux, des équarrisseurs.
Du soleil lâchant sa charrue pour s'acoquiner au menteur.

Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos,
De la lampe qui désaltère l'angoisse autour de son chapeau.

Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu'elles refusent à la mer.

Rivière des pouvoirs transmis et du cri embouquant les eaux,
De l'ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au cœur jamais détruit dans ce monde fou de prison
Garde-nous violent et ami des abeilles de l'horizon.

René Char  ("Fureur et mystère" - Gallimard, 1948)



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"L'autre" - Jacques Charpentreau

Jacques Charpentreau est un auteur prolifique. Quelques-uns de ses poèmes sont présents sur le blog, plutôt pour le cycle 2 : L'arbre  - L'école - La mer s'est retirée - Les beaux métiers - L'île des rêves ou plutôt pour le Cycle 3 : En voyage - Balançoire - L'air en conserve - La clé des champs - La chevauchée - La lessive - La fuyante.

Les deux textes qui suivent, un peu en marge du thème (il ne fait pas vraiment l'éloge de l'autre !) , font partie de la liste. 

Les beaux métiers

Certains veulent être marins,
D'autres ramasseurs de bruyère,
Explorateurs de souterrains,
Perceurs de trous dans le gruyère,

Cosmonautes, ou, pourquoi pas,
Goûteurs de tartes à la crème,
De chocolat et de babas :
Les beaux métiers sont ceux qu'on aime.

L'un veut nourrir un petit faon,
Apprendre aux singes l'orthographe,
Un autre bercer l'éléphant...
Moi, je veux peigner la girafe !

Jacques Charpentreau


La chevauchée    

Certains, quand ils sont en colère,
Crient, trépignent, cassent des verres...
Moi, je n'ai pas tous ces défauts :
Je monte sur mes grands chevaux.

Et je galope, et je voltige,
Bride abattue, jusqu'au vertige
Des étincelles sous leurs fers,
Mes chevaux vont un train d'enfer.

Je parcours ainsi l'univers,
Monts, forêts, campagnes, déserts...
Quand mes chevaux sont fatigués,
Je rentre à l'écurie calmé.

Jacques Charpentreau


Et demain ?

Hier, je fus cheval
Avant-hier oiseau
Encore avant poisson

J’ai galopé dans la prairie
J’ai volé dans le ciel
J’ai nagé dans la mer

Aujourd’hui, je marche sur la terre
Je regarde le monde
Et je reconnais
L’herbe de la prairie
Les nuages du ciel
Les vagues de la mer

Je rêve et je me souviens
De ce que je suis

Jacques Charpentreau


La réunion de famille

Ma tante Agathe
Vient des Carpathes
À quatre pattes

Mon oncle André
Vient de Niamey
À cloche-pied

Mon frèreTchou
Vient de Moscou
Sur les genoux

Ma sœur Loulou
Vient de Padoue
À pas de loup

Grand-mère Ursule
Vient d'Ashtabule
Sur les rotules

Grand-père Armand
Vient de Ceylan
En sautillant

Ma nièce Ada
Vient de Java
À petits pas

Mon neveu Jean
Vient d'Abidjan
Clopin-clopant

Oncle Firmin
Vient de Pékin
Sur les deux mains

Mais tante Henriette
Vient à la fête
En bicyclette

Jacques Charpentreau ("La nouvelle guirlande de Julie" - éditions Ouvrières)



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"L'autre" - Andrée Chedid

Andrée Chedid ( pas d'accent sur le "e"")  est une poétesse française aux racines multiples : 
Née en 1920 en Égypte (Le Caire) de parents libanais, elle vit au Liban de 1942 à 1946 puis vient s'installer en France (où elle avait séjourné enfant) et adopte la nationalité française.  
Auteure de nombreux romans, récits, pièces de théâtre, recueils de poésies, ainsi que des contes et comptines pour les enfants, elle écrit aussi des textes de chansons pour son petit-fils Matthieu Chedid ("M"), le fils de Louis Chedid.

Entre-autres titres, celui-ci, qui tourne autour du thème : Je dis Aime

J'ai les méninges nomades
J'ai le miroir maussade
Tantôt mobile
Tantôt tranquille
Je moissonne sans bousculade
Refrain : Je dis Aime
Et je le sème
Sur ma planète
Je dis M
Comme un emblème
La haine je la jette
Je dis AIME, AIME, AIME ...

 C'est un regard ouvert sur l'Autre, les autres, qui dirige sa poésie, sa vie :

" Avec mon sang aux mille oiseaux
J'ai marché tout au long de la terre

J'ai renié le temps

J'ai su parler à l'étranger "

Andrée Chedid

Ce texte difficile ouvre le Printemps des Poètes 2008 :

Toi-Moi

Par l'univers-planète
un univers à toute bride
Par l'univers-bourdon
dans chaque cellule du corps

Par les mots qui s'engendrent
Par cette parole étranglée
Par l'avant-scène du présent
Par vents d'éternité

Par cette naissance qui nous décerne le monde
Par cette mort qui l'escamote
Par cette vie
Plus bruissante que tout l'imaginé

TOI
Qui que tu sois
Je te suis bien plus proche qu'étranger.

Andrée Chedid ("Contre Chant" - Éditions Flammarion - 1968 et 1971)


Cet instant

Avec mon sang aux mille oiseaux
J'ai marché tout au long de la terre
J'ai ri de l'argile
J'ai renié le temps
J'ai su parler à l'étranger

Avec mon sang couleur de jour
J'ai dit oui à la mort et à son innocence
J'ai refusé la nuit.

Andrée Chedid ("Textes pour un poème" - Éditions G. L. M.- Paris, 1950 et Éditions Flammarion 1987)


Et le texte suivant, destiné plutôt au collège et au lycée, a été commandé à l'auteur par Le Printemps des Poètes  :

L'Autre
               "Je est un autre"  Arthur R.

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre

J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits

Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie

Retombée sur ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.

Andrée Chedid (Poème inédit pour Le Printemps des Poètes - Éloge de l'autre - 2007)


La majuscule s'impose pour le Secret :

Le Secret 

D'où viennent-ils ?
Où vont-ils
Tous ces humains que cherchent-ils ?

Il court, il court, le Secret !
Et les hommes lui courent après !

Il est passé par ici
Il repassera par là.

C'est comment, c'est quoi le vie ?
Bien malin qui le dira !

Elle est passée par ici,
Elle repassera par là.

Il court, il court, le Secret !
Et les hommes lui courent après !

Andrée Chedid ("Fêtes et lubies" - éditions Flammarion - 1973)



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