lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

290407

Asie - Japon - Haïkus classiques : printemps, été, automne

Les haïkus sont rangés sur ce blog ici (colonne de gauche) : HAÏKUS - poésies des saisons

"Le haïku (prononcez : “haïkou”) est un court poème japonais classique, comportant trois versets de 5, 7 et 5 pieds et visant à traduire une forte émotion face à la nature et à une saison.
Mais, même au Japon, le haïku a beaucoup évolué : on trouve maintenant des haïkus “libres” (qui ne respectent pas la métrique) et des haïkus politiques, érotiques, gastronomiques."
(Georges Friedenkraft, dans la revue Marco Polo n° 10, d'octobre 2005).

Voici quelques haïkus classiques. Ils sont extraits de "Haïkus anthologie" (collection Points Poésie aux Éditions Fayard) :

Haïkus de printemps

Rien d'autre aujourd'hui
que d'aller dans le printemps
rien de plus

Buson Yosa (1716-1784)

De Kobayashi Issa (1763-1828)

La fumée
dessine à présent
le premier ciel de l'année

Kobayashi Issa

Ces fleurs de cerisier
qui tant me ravissaient
ont disparu de la terre

Kobayashi Issa

Le saule
ondule en souriant
à la porte

Kobayashi Issa

Comme si rien n'avait eu lieu
la corneille
et le saule

Kobayashi Issa

Le papillon bat des ailes
comme s'il désespérait
de ce monde

Kobayashi Issa

Tremblant dans les herbes
des champs
le printemps s'en va

Kobayashi Issa


De Buson Yosa (1716-1784)

Par-dessus la mer
le soleil couchant
dans le filet de la brume

Buson Yosa

Rien d'autre aujourd'hui
que d'aller dans le printemps
rien de plus

Buson Yosa

Au clair de lune
le prunier blanc redevient
un arbre d'hiver

Buson Yosa

Le halo de la lune
n'est-ce pas le parfum des fleurs de prunier
monté là-haut ?

Buson Yosa

Le soleil couchant
s'attarde sur la queue
du faisan doré

Buson Yosa

Dans les fleurs tardives du cerisier
le printemps qui s'en va
hésite

Buson Yosa


Haïkus d'été

Cheminant par la vaste lande
les hauts nuages
pèsent sur moi
 

Buson Yosa (1716-1784)

De Uejima Onitsura (1660-1738) :

Montagnes au loin
où la chaleur du jour
s'en est allée

Uejima Onitsura

La brise fraîche
emplit le vide ciel
de la rumeur du pin

Uejima Onitsura


De Buson Yosa (1716-1784) :

Cheminant par la vaste lande
les hauts nuages
pèsent sur moi

Buson Yosa

Sous les pluies d'été
le sentier
a disparu

Buson Yosa


Haïkus d'automne

Appuyé contre l'arbre nu
aux rares feuilles
une nuit d'étoiles 

Shiki (1866-1902)

De Buson Yosa (1716-1784)

Il reste éveillé
Et dit qu'il a dormi.
Froide nuit automnale

Buson Yosa

Claire lune automnale
Les lapins traversent
Le lac Suwa

Buson Yosa

On voit dans ses yeux
Une apparence d'automne
Vêtements de chanvre

Buson Yosa

Il est transi
de pauvreté
ce matin d'automne

Buson Yosa

Foulant les feuilles dorées du ginkgo
Le gamin tranquillement
Descend la montagne

Buson Yosa


De Matsuo Bashô (1644-1694)

Les herbes se couvrent
d'automne
Je m'assieds

Matsuo Bashô 

Sur une branche morte
Repose un corbeau :
Soir d'automne !

Matsuo Bashô

Une rafale de vent
puis les feuilles
se reposent

Matsuo Bashô

Ce chemin
personne ne le prend
que le couchant d'automne

Matsuo Bashô


De Kobayashi Issa (1763-1828)

Feuille morte au vent
de temps en temps
le chat la retient de sa patte

Kobayashi Issa

Sur la feuille de lotus
la rosée de ce monde
se distord

Kobayashi Issa


De Shiki (1866-1902)

Appuyé contre l'arbre nu
aux rares feuilles
une nuit d'étoiles

Shiki

On grille des châtaignes
Tranquilles bavardages
Crépuscule du soir

Shiki

Un oiseau chanta -
tomba au sol
une baie rouge

Shiki

Vent d'automne
Voyageur dans ce monde flottant
J'ignore où tu vas

Shiki

On grille des châtaignes -
tranquilles bavardages
crépuscule du soir

Shiki

 


Haïkus d'hiver : plus tard


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Asie- Japon - autres poèmes

Yamabe no Akahito poète japonais du VIIIe siècle, utilise une autre forme de poème : Le tanka, constitué de deux parties qui se répondent.

Original (en syllabique) :

Waka no ura ni
shio michi-kureba
kata won ami
Ashibe wo sashite
nazu naki-wataru.

Yamabe no Akahito (Man’yôshû).

Traduction de G. Bonneau :

Quand dans la baie de Waka
la marée montante
recouvre le sable
Alors, gagnant les roseaux,
les grues traversent à grands cris.

Un autre tanka du même auteur, sous les deux formes d'écriture japonaise, suivies de la traduction en français

Nous avons emprunté ce poème sous ses trois écritures ici : http://leonicat.club.fr/ohi/ohi.html
Ce joli site vous présente un grand nombre de tankas. Merci de le faire connaître.

Le texte ci-dessous peut -être collé et agrandi dans un traitement de texte (Word par exemple) pour le présenter aux élèves, si vous possédez la police de caractère adaptée. Sinon installez-la (la mienne, sur Mac, s'appelle : ヒラギノ明朝 Pro W3)

山辺赤人 (Yamabe no Akahito)

田子の浦に
打ち出でてみれば
白妙の

富士の高嶺に
雪はふりつつ

Tago no Ura ni
Uchi idete mireba
Shirotae no

Fuji no takane ni
Yuki wa furi tsutsu

Yamabe no Akahito

Marchant sur la plage
Depuis la baie de Tago
Je vois la blancheur

Du sommet du mont Fuji
Où la neige s’accumule.

Yamabe no Akahito


Un deuxième texte, toujours sous ses deux formes japonaises et ensuite la traduction en français, et emprunté  toujours à cette adresse : http://leonicat.club.fr/ohi/ohi.html

Texte de 天智天皇 (Tenchi Tenno)

秋の田の
かりほの庵の
苫をあらみ

わが衣手は
露にぬれつつ

Aki no ta no
Kariho no io no
Toma o arami

Waga koromode wa
Tsuyu ni nure tsutsu

Tenchi Tenno

Sous le toit de nattes
De la cabane à moisson
Dans le champ de riz

La pluie d’automne y pénètre
Coulant jusque dans mes manches

Tenchi Tenno, ou Naka no Oe (Empereur Tenchi) (626 – 672)


Deux autres textes :

Telle une feuille
Qui, là, de l’arbre tombe
Chantant le vide
Que sont les certitudes
A l’orée de l’automne ?

Liam

Et celui-ci :

Une fourmi meurt de faim au sommet
De la tour :
Le lune est si haute.

Yokomitsu Riichi (1898-1947)


Traduit du japonais par Jacques Roubaud, ce texte traditionnel :

yo no naka ni
nani ni tatoyemu ?
asa borake
kogi yuku fune no
ato no shira nami

à quoi comparer
ce monde
à la vague blanche derrière
un bateau parti à la rame
dans l'aube

Jacques Roubaud ("Mono no Aware, le Sentiment des choses, cent quarante-trois poèmes empruntés au japonais" - Gallimard, 1970)


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Asie - Tibet - Jetsün Milarepa

Jetsün Milarepa (1040-1123 - dates approximatives) est un moine yogi bouddhiste, le poète tibétain le plus connu.

Le rêve de Milarepa (extraits)

Dans les vastes régions du continent nord,
Je rêvai qu'il y avait là une immense montagne,
Dont le sommet atteignait le ciel.
Autour de cette cime, se mouvait le soleil et la lune,
Leurs rayons illuminaient les cieux au-dessus.
La base de la montagne couvrait la terre ;
De quatre côtés coulaient quatre fleuves intarissables,
Calmant la soif de tous les êtres.
Leurs eaux s'écoulaient dans un profond océan,
Et sur les rives s'épanouissaient des fleurs.
...

A l'est de cette glorieuse montagne,
Se dressait un haut pilier,
Sur le sommet de la colonne, un lion rampait ;
Sa crinière était luxuriante,
Ses quatre pattes, griffes étalées, labouraient le flanc de la [montagne,
Ses yeux levés regardaient les cieux.
Le lion errait libre à travers les monts.
...
Au sud de la montagne s'élevait un haut pilier
Sur le sommet rugissait une puissante tigresse
Les raies de la tigresse étaient superbes,
celles du milieu étaient triples et bien marquées,
Ses quatre pattes marquaient profondément la jungle
Ses yeux levés regardaient les cieux.
La tigresse errait libre à travers Ia jungle
Et passait à travers forêts et plaines.
...
Jetsün Milarepa


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Asie - Viêt-Nam - Cù Huy Cân

Cù Huy Cân (1919-2005), auteur francophone bilingue, est un poète du Vietnam moderne ("Messages stellaires et terrestres" ; "Le temps des passages " ; "Écrits des Forges"). Engagé dans la lutte pour l'indépendance, il est en 1945, l’un des signataires de la Déclaration d’indépendance du Viêt-Nam, sous la présidence d' Hô-Chi-Minh. Il occupera différentes fonctions au sein du gouvernement de la République Démocratique du Viêt-Nam, dont celle de ministre de la Culture.

Sur la poésie (extrait)

J’habite cette terre, je vis cette vie.
La terre crée le vent pour le vol de l’oiseau.
L’oiseau crée le vent pour agrandir les cieux.
Et l’homme, connaissant la voie des ailes, ouvre
largement ses bras.

Le ciel et la terre sont immenses.
On ne peut habiter partout.
Le talent est un lieu de joie partagée.
Ô vous tous, créateurs de beauté,
Rassemblez-vous comme bûches ardentes dans un
foyer pour ce feu de commune destinée.

Cù Huy Cân ("Messages stellaires et terrestres")


La rue Dông Ba de mon enfance

Dans la rue Dông Ba de mon enfance,
Le respectable Ca Soan était champion de jeux d'échecs
Parfois de toute une matinée il ne déplace que quelques pions
Et laisse ses partenaires se casser la tête.

Pas aussi aisé que le respectable Ca Soan,
Oncle Kinh le coiffeur joue aussi de la musique,
Sa guitare au manche court rend des notes syncopées
Et l'on dirait l'oncle Kinh rentrant son cou de tortue.

Frère Chan, borgne, joue de la cithare à seize cordes,
Des fois pour le culte, des fois pour les fêtards sur la Rivière des Parfums.
Son âme est une lune dans la nuit avancée,
Moitié profondes ténèbres, moitié lueur de rêve.

Voilà la rue Dông Ba, pauvre, de mon enfance.
Le plaisir de l'art y est remous de joie et de tristesse.

Cù Huy Cân (dans "Tour de terre en poésie" - Anthologie multilingue, textes recueillis par J.M. Henry - Rue du Monde, 1998)


Je renais à toi chaque matin

Je renais à toi chaque matin
Et je regarde, émerveillé, la vie avec ton regard.
Je marche sur les bords de ta mer profonde
Et je rentre au plus profond de moi-même
En suivant ton sillage.
Nos deux destinées jumelles
Auront été deux vagues mêlées
Sur la grande Mer.
Nous écroulerons-nous en touchant les rivages ?
Je m’adosse aux bords de ton soir
Pour t’aimer dans tes racines
Pour avoir ta rose et tes épines.
Je renais à toi chaque matin.
Tu es mon aube et mon aurore,
Mon horizon fuyant et ma fixe horloge
Qui sonne gravement les heures de mon destin.
Saveur du jour, saveur de la nuit.
Tu es, mon amour, saveur de sève et de fruit
Que je hume et qui assouvit ma gourmandise.

Cù Huy Cân  ("Le Temps des Passages")


La barque s’en va

La lune monte dans le ciel du soir. Le vent
Se lève cependant qu’accourt le flot montant.
La barque s’en va ; lune et fleuve sont en peine.
La voile au reflet pourpre a cinglé vers la mer.

Lorsque tombe la nuit, la barque est déjà loin.
L’estuaire t’envoie son souffle froid, amer.
Il se fait tard le long des dunes solitaires.
Sur la crête des flots, le clair de lune étale.

Ta barque s’en alla un soir de pleine lune.
Ma tristesse suit l’onde et le fleuve aux eaux lentes.
Et l’adieu de ce jour s’éternise en l’attente,
Et nos regards d’alors sont poignant souvenir.

Cù Huy Cân  ("Le Temps des Passages")
"Le Temps des Passages" réunit 24 poèmes illustrés par des peintures de Chantal Legendre, dont le site est ici)


 

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Europe - Albanie - Ismail Kadaré

Ismaïl Kadaré, né en 1936, est un grand écrivain ("Le Général de l'armée morte") et poète albanais.
Il a obtenu l’asile politique en France en 1990.

"Les nuages nagent comme des enveloppes géantes,
comme des lettres que s'enverraient les saisons."

[ "Poème d'automne" ]

Ismaïl Kadaré

Un poème en albanais, la langue officielle du pays :

Peisazh (Paysage)

Ç'janë ato plaka me të zeza që flasin një gjuhë të vdekur
Sillen në fushën e ngrirë
Shkelin mbi ngricë gjithkund.
Korbat mbi kokat e tyre
Enden kërcënueshëm.
Krokama
E tyre tregon se në kodin
E lashtë diçka nuk punon.

Ç'janë ato plaka me të zeza që flasin një gjuhë të vdekur:
Korba mbi fushën e ngrirë.
Krokama të shkreta plot hutim.

Ismaïl Kadaré

et sa traduction en français :

Paysage (Peisazh)

Qui sont ces vieilles tout en noir parlant une langue morte?
Elles errent parmi les labours
durcis par le gel,
foulant la glace qui craque sous leurs pas.
Au-dessus d'elles,
menaçants, les corbeaux tournoient.
Leurs croassements semblent indiquer
qu'il y a quelque chose de détraqué dans le Code de l'espèce.

Qui sont ces vieilles tout en noir parlant une langue morte?
Quelques corneilles foulant le gel des labours.
De pauvres croassements égarés.
                                                                      
Ismaïl Kadaré ("Poèmes" - Éditions Fayard 1997) version française établie par Claude Durand et l’auteur
avec la collaboration de Mira Mexi, Edmond Tupja et Jusuf Vrioni


Absence  

Quelques gouttes de pluie ont frappé à la vitre
et j'ai soudain senti combien tu me manquais;
Nous habitons pourtant la même ville
Sans pour ainsi dire nous voir jamais.

Ce matin j'ai l'impression que l'automne
débute avec de drôles d'idées :
pas de cigognes dans le ciel morne,
pas d'arcs-en-ciel après l'ondée.

Une phrase d'Héraclite, il me semble,
m'est revenue je ne sais trop comment :
«Les gens éveillés vivent ensemble ;
ceux qui dorment, séparément.»

En quel mauvais rêve avons-nous été engloutis
pour ne plus pouvoir nous réveiller ?
À la vitre ont frappé quelques gouttes de pluie
et j'ai soudain senti combien tu me manquais.

Ismaïl Kadaré ("Poèmes" - Éditions Fayard 1997) 


Même quand mon souvenir...  

Même quand mon souvenir affaibli,
pareil aux trams d'après minuit,
ne s'arrêtera plus qu'aux principaux arrêts,
jamais je ne t'oublierai.

Je garderai en mémoire
le crépuscule immense et silencieux de ton regard,
et ce gémissement étouffé contre mon épaule
comme les flocons d'une neige un peu folle.

C'est l'heure de se séparer.
Je vais m'en aller loin de toi.
Rien là qui puisse étonner.

Pourtant, une autre nuit, les doigts
d'un autre dans tes cheveux viendront
s'entrelacer aux miens, mes doigts
de milliers de kilomètres de long.

Ismaïl Kadaré ("Poèmes" - Éditions Fayard 1997)   


Le Vol en V des oies sauvages

Elles ont tracé la seule et unique
lettre qu'elles savent écrire,
V magnifique
dans le ciel de leur exil.

Elles laissent quelque chose après elles,
elles emportent quelque chose
par-delà les nuages;

pour cette beauté essentielle,
grâces vous soient rendues, oies sauvages.
Car il a suffi d’une seule et unique lettre
dans le ciel démesurément gris
pour que, mieux qu’une bibliothèque,
vous donniez corps à notre nostalgie.

Ismaïl Kadaré ("Poèmes" - Éditions Fayard 1997) traduction de Claude Durand


La plaine est sombre

La plaine est sombre, elle se dilue dans la nuit.
Noirs, les arbres dressent à l’affût leurs silhouettes de bandits.

Un éclair lacère les ténèbres dans le lointain.
Il pleut à verse. Je suis seul au bord du chemin.

Noirs, les arbres guettent. On dirait des bandits
Décidés à te garder prisonnière de la nuit.

Ismaïl Kadaré ("Poèmes" - Éditions Fayard 1997)


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Europe - Angleterre - Emily Brontë

Emily Brontë (1818-1848) est  connue pour être l'auteur du roman "Les Hauts de Hurlevent".
Elle a publié un recueil de poèmes.

The blue bell is the sweetest flower
That waves in summer air
Its blossoms have the mightiest power
To soothe my spirit's care

There is a spell in purple heath
Too wildly, sadly dear
The violet has a fragrant breath
But fragrance will not cheer"

Emily Brontë ("The Poems of Emily Brontë" - Barbara Lloyd-Evans)

Traduction de Claire Malroux :

La campanule (titre proposé)

La campanule est la fleur la plus suave
Ondoyant dans l'air de l'été
Ses clochettes ont le suprême pouvoir
D'apaiser le souci de mon âme
   
Il y a dans la pourpre bruyère un charme
Trop violemment, tristement cher
La violette a une haleine parfumée
Mais le parfum ne peut égayer

Emily Brontë (livre en français : "Poèmes 1836-1846")


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Europe - Angleterre - Rudyard Kipling

Rudyard Kipling, écrivain et poète britannique (1865-1936) est l'auteur de nombreux livres d'histoires pour les enfants (Le Livre de la jungle, en 1894 et Le Second Livre de la jungle en 1895), de romans  et de poèmes (Mandalay,  If ...)
En 1907, il reçoit le Prix Nobel de littérature.
C'est la version d'If ... , écrite par Kipling en 1895, éditée en 1910, traduite par Pierre Maurois, écrivain français (1843-1926) qu'on retient généralement :

Tu seras un Homme, mon Fils (autre titre : Si ...)

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard Kipling (Traduit par Pierre Maurois en 1918) (Bernard Lavilliers l'a mis en musique et interprété (1988).

If  ...

IF you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:
If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: 'Hold on!'

If you can talk with crowds and keep your virtue,
' Or walk with Kings - nor lose the common touch,
if neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that's in it,
And - which is more - you'll be a Man, my son!

Rudyard Kipling ("Si : Tu seras un homme, mon fils")


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Europe - Angleterre - Percy Bysshe Shelley

Percy Bysshe Shelley (1792-1822) est poète romantique britannique des plus célèbres.

La philosophie de l'amour

Les fontaines se mêlent aux rivières,
Les rivières à l'océan,
Les vents du Ciel s'unissent à jamais
Avec une douce émotion;
Rien dans le monde n'est solitaire
Toutes choses par loi divine
En un esprit se rencontrent, se mêlent.
Pourquoi pas le mien et le tien ?

Vois, les montagnes baisent le haut Ciel,
Les vagues l'une l'autre étreignent;
Nulle sœur-fleur ne serait pardonnée
Si elle dédaignait son frère;
Du soleil la lumière étreint la terre,
Les rais de lune baisent la mer :
Mais que vaut donc tout cet ouvrage tendre
Si toi tu ne m’embrasses pas ?

Percy Bisshe Shelley

texte original :

Love's philosophy

The fountains mingle with the river
And the rivers with the ocean,
The winds of Heaven mix for ever
With a sweet emotion ;
Nothing in the world is single;
All things by a law divine·
ln one spirit meet and mingle.
Why not I with thine ? -

See the mountains kiss high Heaven
And the waves clasp one another;
No sister-flower would be forgiven
If it disdained its brother;
And the sunlight clasps the earth
And the moonbeams kiss the sea:
What is all this sweet work worth
If thou kiss not me ?


Ode au vent d'Ouest (Ode to the Westwind)

I

Sauvage Vent d'Ouest, haleine de l'Automne,
Toi, de la présence invisible duquel les feuilles mortes
S'enfuient comme des spectres chassés par un enchanteur,

Jaunes, noires, blêmes et d'un rouge de fièvre,
Multitude frappée de pestilence: 0 toi,
Qui emportes à leur sombre couche d'hiver

Les semences ailées qui gisent refroidies,
Chacune pareille à un cadavre dans sa tombe, jusqu'à ce que
Ta sœur d'azur, déesse du Printemps fasse retentir

Sa trompe sur la terre qui rêve, et emplisse
(Chassant aux prés de l'air les bourgeons, son troupeau,)
De teintes et de senteur vivantes la plaine et les monts:

Sauvage Esprit, dont l'élan emplit l'espace;
Destructeur et sauveur, oh, écoute moi!

II

Toi, dont le courant dans les hauteurs du ciel bouleversé
Entraîne les nuages dispersés comme les feuilles mourantes de la terre,
Détachés des rameaux emmêlés des Cieux et de l'Océan,

Apportant sur leurs ailes la pluie et les éclairs;
On voit s'épandre à la surface bleue de ta houle aérienne,
Telle, emportée par le vent, la chevelure dorée

De quelque Ménade déchaînée, du bord obscur
De l'horizon jusqu'à la hauteur du zénith,
Les boucles échevelées de l'orage approche.
Toi, chant funèbre

De l'an qui meurt, pour qui cette nuit qui tombe
Sera le dôme d'un immense sépulcre,
Au-dessus duquel la cohorte de toutes tes puissances assemblées

Étendra une voûte de nuées, dont l'épaisse atmosphère
Fera jaillir la noire pluie, le feu, la grêle: oh, écoute-moi!

III

Toi qui as éveillé de ses rêves d'été
La bleue Méditerranée en sa couche,
Bercée par les remous de ses ondes de cristal

Près d'une île de ponce, au golfe de Baïes,
Voyant dans son sommeil palais et tours antiques
Trembler au sein du jour plus lumineux des vagues,

Tout tapissés de mousses glauques et de fleurs
Si suaves, que nous défaillons y songeant;
Toi, devant qui les flots unis du puissant Atlantique

Se creusent en abîmes, alors qu'aux profondeurs
Les fleurs de mer et les rameaux limoneux qui portent
Le feuillage sans sève de l'océan, reconnaissent

Ta voix soudain, et blêmissent de frayeur,
Et tremblent et se dépouillent: oh, écoute-moi!

IV

Si j 'étais feuille morte que tu pusses emporter;
Si j'étais nuage rapide et fuyais avec toi;
Vague, pour palpiter sous ta puissance,

Et partager l'impulsion de ta vigueur,
Moins libre que toi seul, indomptable!
Si même Ainsi qu'en mon enfance, je pouvais être

Le compagnon de ton vagabondage au ciel,
Comme en ce temps où dépasser ton vol céleste
Semblait à peine une vision, je n'aurais point avec toi

Ainsi lutté, te suppliant dans ma détresse.
Oh, emporte-moi, comme une vague, une feuille,un nuage!
Sur les épines de la vie, je tombe et saigne!

Le lourd fardeau des heures a enchaîné et courbé
Un être trop pareil à toi: indompté, vif et fier.

V

Fais de moi ta lyre, comme l'est la forêt:
Qu'importe si mes feuilles tombent, comme les siennes!
Le tumulte de tes puissantes harmonies

Tirera de tous deux un son profond d'automne,
Doux, malgré sa tristesse. Sois, âme farouche,
Mon âme! Sois moi-même, vent impétueux!

Chasse mes pensées mortes par-dessus l'univers,
Feuillage desséché d'où renaisse la vie!
Et par l'incantation de ces vers,

Disperse, comme d'un foyer inextinguible
Cendres et étincelles, mes paroles parmi l'humanité!
Sois par mes lèvres, pour la terre assoupie encore,

La trompette d'une prophétie! 0, Vent,
Si vient l'hiver, le printemps peut-il être loin?

Percy Bisshe Shelley, 1819

texte original :

Ode to the Westwind

I

O wild West Wind, thou breath of Autumn’s being,
Thou, from whose unseen presence the leaves dead
Are driven, like ghosts from an enchanter fleeing,

Yellow, and black, and pale, and hectic red,
Pestilence-stricken multitudes: O thou,
Who chariotest to their dark wintry bed

The winged seeds, where they lie cold and low,
Each like a corpse within its grave, until
Thine azure sister of the Spring shall blow

Her clarion o’er the dreaming earth, and fill
(Driving sweet buds like flocks to feed in air)
With living hues and odours plain and hill:

Wild Spirit, which art moving everywhere;
Destroyer and preserver; hear, oh, hear!

II   

Thou on whose stream, mid the steep sky’s commotion,
Loose clouds like earth’s decaying leaves are shed,
Shook from the tangled boughs of Heaven and Ocean,

Angels of rain and lightning: there are spread
On the blue surface of thine aëry surge,
Like the bright hair uplifted from the head

Of some fierce Maenad, even from the dim verge
Of the horizon to the zenith’s height,
The locks of the approaching storm. Thou dirge

Of the dying year, to which this closing night
Will be the dome of a vast sepulchre,
Vaulted with all thy congregated might

Of vapours, from whose solid atmosphere
Black rain, and fire, and hail will burst: oh, hear!

III

Thou who didst waken from his summer dreams
The blue Mediterranean, where he lay,
Lulled by the coil of his crystàlline streams,

Beside a pumice isle in Baiae’s bay,
And saw in sleep old palaces and towers
Quivering within the wave’s intenser day,

All overgrown with azure moss and flowers
So sweet, the sense faints picturing them! Thou
For whose path the Atlantic’s level powers

Cleave themselves into chasms, while far below
The sea-blooms and the oozy woods which wear
The sapless foliage of the ocean, know

Thy voice, and suddenly grow gray with fear,
And tremble and despoil themselves: oh, hear!

IV

If I were a dead leaf thou mightest bear;
If I were a swift cloud to fly with thee;
A wave to pant beneath thy power, and share

The impulse of thy strength, only less free
Than thou, O uncontrollable! If even
I were as in my boyhood, and could be

The comrade of thy wanderings over Heaven,
As then, when to outstrip thy skiey speed
Scarce seemed a vision; I would ne’er have striven

As thus with thee in prayer in my sore need.
Oh, lift me as a wave, a leaf, a cloud!
I fall upon the thorns of life! I bleed!

A heavy weight of hours has chained and bowed
One too like thee: tameless, and swift, and proud.

V

Make me thy lyre, even as the forest is:
What if my leaves are falling like its own!
The tumult of thy mighty harmonies

Will take from both a deep, autumnal tone,
Sweet though in sadness. Be thou, Spirit fierce,
My spirit! Be thou me, impetuous one!

Drive my dead thoughts over the universe
Like withered leaves to quicken a new birth!
And, by the incantation of this verse,

Scatter, as from an unextinguished hearth
Ashes and sparks, my words among mankind!
Be through my lips to unawakened earth

The trumpet of a prophecy! O, Wind,
If Winter comes, can Spring be far behind ?

Percy Bisshe Shelley, 1819


La concision, la sobriété ne sont pas des qualificatifs qui s'appliquent à la poésie de Shelley. Donné ici dans son intégralité, on pourra proposer des passages de ce long éloge de l'alouette.

A une Alouette

Salut à toi, Esprit joyeux !
Car oiseau jamais tu ne fus
Qui dans le ciel, et presqu'aux Cieux
Epanche en longs accents profus
Un coeur empli de sons qu'aucun art n'a conçus.


De la terre où tu prends essor,
Nuage de feu jaillissant,
Tu t'élèves plus haut encore
Loin au-dessus de l'océan
Ne cessant l'ascension, ta chanson ne cessant.


Dans le soleil crépusculaire
Et l'or de son évanescence
Où les nuées se font plus claires
Tu sembles flotter, puis t'élances
Comme une joie sans corps dont la course commence.


Même pâleur et cramoisi
S'effacent quand tu les pourfends ;
Comme une étoile en plein midi,
Nul ne te voit au firmament,
Pourtant j'entends le cri de ton enchantement ;


Ardent comme là-haut la sphère
Aux si vives flèches d'argent,
Mais dont s'estompe la lumière
Dans la clarté du matin blanc
Jusqu'à n'être vue guère, que l'on sent là pourtant.


Partout sur terre et dans les airs
Ta puissante voix retentit
Comme quand la lune à travers
Le seul nuage de la nuit
Inonde tout le ciel de lumineuse pluie.


Ce que tu es nous ignorons;
Qu'est-ce qui le mieux te décrit ?
Car les gouttes d'arc-en-ciel n'ont
Des nues jamais resplendi
Comme tombe l'averse de ta mélodie.


Ainsi le poète oublié
Dans sa lumière intérieure,
Chantant, sans en être prié,
L'hymne à ses espoirs et ses peurs
Aux hommes ébahis d'y découvrir les leurs ;


Ainsi la noble damoiselle
Au palais, dans sa haute tour,
Qui des musiques les plus belles
Berce son coeur épris d'amour
Sans savoir qu'elle charme aussi toute la cour ;


Ainsi le ver luisant doré
Dont la couleur seule est perçue
Au fond d'un vallon de rosée,
Parsemant ce halo diffus
Parmi l'herbe et les fleurs où lui est hors de vue ;


Ainsi le rosier habillé
Du feuillage vert de ses fleurs
Que le vent brûlant vient piller
Mais dont l'odorante douceur
Fera s'évanouir l'aérien détrousseur.


L'averse vernale et son bruit
Sur les herbes qui étincellent,
Les fleurs éveillées par la pluie,
Joies pures et vives, certes, mais elles
Ne surpassent jamais ta musique éternelle.


Apprends-nous donc, sylphe ou oiseau,
Les doux pensers qui sont les tiens;
Je n'ai jamais entendu mots
D'éloge à l'amour ou au vin
Déclamés en un flot de bonheur si divin.


Chants de triomphe et choeurs nuptiaux,
Si à ta voix on les compare,
Nous paraissent creux, sonnent faux
Et ne sont que vaines fanfares
Auxquelles font défaut les choses les plus rares.


Quelle est la source, quel est l'objet
De cette chantante fontaine ?
Des bois ? Des vagues ? De hauts sommets ?
Des formes de ciel ou de plaine ?
L'amour de ton espèce ? Le mépris de la peine ?


Car dans ton pur ravissement
La langueur ne trouve point place ;
Et l'ombre du désagrément
Jamais même ne te menace ;
Tu aimes, mais de l'amour ignores ce qui lasse.


En éveil, ou lorsque tu dors,
N'est-ce pas qu'en toi s'illumine
Plus de vérité sur la mort
Que les mortels n'en imaginent,
Pour que coulent de toi notes si cristallines ?


Nous voulons demain et hier,
Après eux soupirons sans cesse ;
Dans nos rires les plus sincères ,
Il est toujours quelque détresse ;
Et nos chants sont plus beaux qui parlent de tristesse.


Pourtant si nous avions pouvoir
D'oublier peur, orgueil et haine,
Si nous étions nés pour avoir
De la vie ni larmes ni peine,
Comme ta joie dès lors nous paraîtrait lointaine.


Ton art, mieux que tous les ténors
Qui touchent l'âme profonde,
Ton art, mieux que tous les trésors
Dont tant de grands livres abondent,
Servirait le poète, ô oublieux du monde !


Apprends-moi un peu du plaisir
Connu d'un coeur toujours content,
Pareil harmonieux délire
Coulerait alors dans mon chant ;
Le monde m'entendrait, comme moi je t'entends !

Percy Bisshe Shelley, 1820

texte original :

To a skylark

Hail to thee, blithe Spirit!
Bird thou never wert,
That from Heaven, or near it,
Pourest thy full heart
In profuse strains of unpremeditated art.

Higher still and higher
From the earth thou springest
Like a cloud of fire;
The blue deep thou wingest,
And singing still dost soar, and soaring ever singest.

In the golden lightning
Of the sunken sun
O'er which clouds are bright'ning,
Thou dost float and run,
Like an unbodied joy whose race is just begun.

The pale purple even
Melts around thy flight;
Like a star of Heaven
In the broad daylight
Thou art unseen, but yet I hear thy shrill delight:

Keen as are the arrows
Of that silver sphere,
Whose intense lamp narrows
In the white dawn clear
Until we hardly see -- we feel that it is there.

All the earth and air
With thy voice is loud.
As, when night is bare,
From one lonely cloud
The moon rains out her beams, and heaven is overflowed.

What thou art we know not;
What is most like thee?
From rainbow clouds there flow not
Drops so bright to see
As from thy presence showers a rain of melody.

Like a poet hidden
In the light of thought,
Singing hymns unbidden,
Till the world is wrought
To sympathy with hopes and fears it heeded not:

Like a high-born maiden
In a palace tower,
Soothing her love-laden
Soul in secret hour
With music sweet as love, which overflows her bower:

Like a glow-worm golden
In a dell of dew,
Scattering unbeholden
Its aerial hue
Among the flowers and grass, which screen it from the view:

Like a rose embowered
In its own green leaves,
By warm winds deflowered,
Till the scent it gives
Makes faint with too much sweet these heavy-winged thieves.

Sound of vernal showers
On the twinkling grass,
Rain-awakened flowers,
All that ever was
Joyous, and clear, and fresh, thy music doth surpass.

Teach us, sprite or bird,
What sweet thoughts are thine:
I have never heard
Praise of love or wine
That panted forth a flood of rapture so divine.

Chorus hymeneal
Or triumphal chaunt
Matched with thine, would be all
But an empty vaunt --
A thing wherein we feel there is some hidden want.

What objects are the fountains
Of thy happy strain?
What fields, or waves, or mountains?
What shapes of sky or plain?
What love of thine own kind? what ignorance of pain?

With thy clear keen joyance
Languor cannot be:
Shadow of annoyance
Never came near thee:
Thou lovest, but ne'er knew love's sad satiety.

Waking or asleep,
Thou of death must deem
Things more true and deep
Than we mortals dream,
Or how could thy notes flow in such a crystal stream?

We look before and after,
And pine for what is not:
Our sincerest laughter
With some pain is fraught;
Our sweetest songs are those that tell of saddest thought.

Yet if we could scorn
Hate, and pride, and fear;
If we were things born
Not to shed a tear,
I know not how thy joy we ever should come near.

Better than all measures
Of delightful sound,
Better than all treasures
That in books are found,
Thy skill to poet were, thou scorner of the ground !

Teach me half the gladness
That thy brain must know,
Such harmonious madness
From my lips would flow
The world should listen then, as I am listening now !

Percy Bisshe Shelley, 1820


Le nuage

J'apporte de fraîches averses pour les fleurs assoiffées,
Venues des mers et des fleuves;
Je répands une ombre légère sur les feuilles qui reposent
Dans leurs rêves de midi.
De mes ailes, je secoue la rosée qui éveille
Tous les charmants bourgeons,
Bercés et assoupis sur le sein de leur mère,
Quant elle danse devant le soleil.
Je brandis le fléau de la grêle,
Fouettant et blanchissant les vertes plaines plus bas,
Puis, à nouveau, je la dissous en pluie,
Et je ris quand je passe, apportant le tonnerre.

Je tamise la neige sur les monts au dessous,
Et leurs pins géants gémissent de terreur ;
Et toute la nuit, c'est là mon blanc oreiller,
Tandis que je dors, dans les bras de la tempête.
Souverain, sur les tours de mes demeures aériennes
Se tient l'éclair, mon pilote ;
Dans un antre inférieur est enchaîné le tonnerre;
Il se débat et rugit par accès ;
Au-dessus de la terre et de l'océan, d'un mouvement doux
Ce pilote me guide,
Attiré par l'amour des génies qui hantent
Les profondeurs de la mer empourprée;
Par dessus les ruisseaux, les rochers, les collines,
Par dessus lacs et plaines,
Partout où il rêve que, sous monts ou rivières,
L'esprit qu'il aime demeure;
Et moi tout ce temps, je me baigne dans le sourire bleu du firmament,
Tandis qu'il se fond en pluie.

Le soleil levant écarlate, aux yeux de météore,
Aux plumes de flammes largements ouvertes,
Bondit sur mes vapeurs flottantes,
A l'heure où s'amortit l'éclat de l'étoile du matin;
Comme à la pointe d'un roc escarpé
Qu'un tremblement de terre ébranle et fait osciller,
Un aigle perché se repose un moment
Dans la lumière de ses ailes d'or.
Et quand le soleil couchant exhale, de la mer qu'il illumine
Ses feux où s'endort l'amour,
Et que le linceul rutilant du soir
Tombe des hauteurs du ciel,
Les ailes repliées, je repose sur mon nid aérien,
Aussi tranquille qu'une tourterelle qui couve.

Cette sphère vierge, rayonnante de flammes blanches,
Que les mortels appellent Lune
Glisse et luit sur ma toison
Éparpillée par les brises de minuit ;
Et toutes les fois que ses invisibles pas
Entendus par les anges seulement,
Rompent la trame de ma mince tente,
Les étoiles regardent derrière elle à la dérobée ;
Et je ris de les voir se mouvoir en cercle et fuir,
Comme un essaim d'abeilles dorées,
Quand j'élargis l'ouverture de ma tente, dressée par le vent ;
Jusqu'à ce que les calmes rivières, les lacs et les mers,
Comme des rubans de ciel tombés de là-haut à travers moi,
Tous, miroitent sous la lune et sous les astres.

J'entoure le trône du Soleil d'une ceinture brûlante,
Et celui de la Lune d'une cordelière de perles ;
Les volcans sont obscurs, les étoiles chancellent et tournoient
Quand les tourbillons déploient ma bannière.
D'un cap à l'autre, semblable à un pont,
Par dessus une mer torrentueuse,
Insensible aux rayons du soleil, je suspends ma voûte,
Dont les montagnes sont les colonnes.
L'arche triomphale à travers laquelle je m'avance
Avec la tempête, l'ouragan, le feu et la neige,
Quand les Puissances de l'air sont enchaînées à mon trône,
Est l'arc-en-ciel aux millions de couleurs;
Cette sphère de feu là-haut tissa ses changeantes teintes,
Tandis que la Terre humide riait au-dessous.

Je suis l'enfant de la Terre et de l'eau,
Et le nourrisson du Ciel ;
Je passe à travers les mailles de l'océan et du rivage ;
Je change, mais ne puis mourir.
Car, après la pluie, quand sans la moindre tache,
Le pavillon du ciel est dégagé,
Et que le vent, avec les rayons du soleil, de leurs reflets convexes,
Bâtissent le dôme bleu de l'air,
Je ris en silence de mon propre cénotaphe ;
Et, des cavernes de la pluie,
Comme un enfant du sein maternel, comme un fantôme de la tombe,
Je me lève, et le détruis à nouveau.

Percy Bisshe Shelley, 1820

traduction :

The Cloud

I bring fresh showers for the thirsting flowers,   
From the seas and the streams ;   
I bear light shade for the leaves when laid   
In their noonday dreams.   
From my wings are shaken the dews that waken
The sweet buds every one,   
When rocked to rest on their mother’s breast,   
As she dances about the sun.   
I wield the flail of the lashing hail,   
And whiten the green plains under,
And then again I dissolve it in rain,   
And laugh as I pass in thunder.   

I sift the snow on the mountains below,   
And their great pines groan aghast;   
And all the night ’tis my pillow white,    
While I sleep in the arms of the blast.   
Sublime on the towers of my skiey bowers,   
Lightning my pilot sits,   
In a cavern under is fretted the thunder,   
It struggles and howls at fits;      
Over earth and ocean, with gentle motion,   
This pilot is guiding me,   
Lured by the love of the genii that move   
In the depths of the purple sea;   
Over the rills, and the crags, and the hills,    
Over the lakes and the plains,   
Wherever he dream, under mountain or stream   
The Spirit he loves remains;   
And I all the while bask in heaven’s blue smile,   
Whilst he is dissolving in rains.

The sanguine sunrise, with his meteor eyes,   
And his burning plumes outspread,   
Leaps on the back of my sailing rack,   
When the morning star shines dead,   
As on the jag of a mountain crag,   
Which an earthquake rocks and swings,   
An eagle alit one moment may sit   
In the light of its golden wings.   
And when sunset may breathe from the lit sea beneath,   
Its ardours of rest and of love,   
And the crimson pall of eve may fall   
From the depth of heaven above,   
With wings folded I rest, on mine airy nest,   
As still as a brooding dove.   

That orbèd maiden with white fire laden,      
Whom mortals call the moon,   
Glides glimmering o’er my fleece-like floor,   
By the midnight breezes strewn;   
And wherever the beat of her unseen feet,   
Which only the angels hear,
May have broken the woof of my tent’s thin roof,   
The stars peep behind her and peer ;   
And I laugh to see them whirl and flee,   
Like a swarm of golden bees,   
When I widen the rent in my wind-built tent,      
Till the calm rivers, lakes, and seas,   
Like strips of the sky fallen through me on high,   
Are each paved with the moon and these.   

I bind the sun’s throne with a burning zone,   
And the moon’s with a girdle of pearl ;   
The volcanoes are dim, and the stars reel and swim,   
When the whirlwinds my banner unfurl.   
From cape to cape, with a bridge-like shape,   
Over a torrent sea,   
Sunbeam-proof, I hang like a roof,   
The mountains its columns be.   
The triumphal arch through which I march   
With hurricane, fire, and snow,   
When the powers of the air are chained to my chair,   
Is the million-coloured bow ;      
The sphere-fire above its soft colours wove,   
While the moist earth was laughing below.   

I am the daughter of earth and water,   
And the nursling of the sky ;   
I pass through the pores of the ocean and shores ;
I change, but I cannot die.   
For after the rain when with never a stain,   
The pavilion of heaven is bare,   
And the winds and sunbeams with their convex gleams,   
Build up the blue dome of air,
I silently laugh at my own cenotaph,   
And out of the caverns of rain,   
Like a child from the womb, like a ghost from the tomb,   
I arise and unbuild it again.

Percy Bisshe Shelley, 1820 ("English Poetry II" - From Collins to Fitzgerald - The Harvard Classics,1909–14)


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Europe - Belgique - Julos Beaucarne et Marina Missier

Julos Beaucarne, né en 1936 en Belgique, est un chanteur-poète, humaniste, écologiste ... créateur du FLAF, le Front de Libération des Arbres Fruitiers et ensuite du FLO, le Front de Libération de l’Oreille, une revue, en 1989, toujours actuelle.
Quant à Marina Missier, on voyage ICI dans son site.

Ton voisin est étranger

Ton Christ est juif
Tes chiffres sont arabes
Ton écriture est latine
Ta pizza est italienne
Ta démocratie est grecque
Ta voiture est japonaise
L'anis de ton pastis est égyptien
Ton essence est moyen-orientale
Ta télé est coréenne
Tes fringues sont chinoises
Ton hamburger est allemand
Ton whisky est écossais
Ton thé est indien
Ton café est brésilien
Ta choucroute est chinoise
Ton shit est marocain
Tes capotes sont anglaises
Ton chocolat est suisse
Ton coca est américain
Tes frites sont belges
Tes vacances sont espagnoles
Ton sucre est martiniquais

Et tu reproches à ton voisin d'être un étranger !

Julos Beaucarne et Marina Missier


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Europe - Espagne - Federico García Lorca

Federico García Lorca (1898- 1936) est un poète et auteur de pièces de théâtre espagnol. Il a été l'ami de Luis Buñuel (cinéaste) et de Salvador Dalí.
Il est mort fusillé au début de la Guerre civile par les troupes du Général Franco.

" Toutes les choses ont leur mystère, la poésie c'est le mystère de toutes les choses".

Le Romancero Gitano (1928) est son recueil de poèmes le plus connu.

Verde que te quiero verde. Vert, que je t’aime vert.


Petits poèmes de Federico García Lorca qu'on retrouvera dans les comptines et chansons en espagnol (page 1) avec leur traduction en français 

Los niños

Salen los niños.
Salen los niños alegres de la escuela,
poniendo en el aire tibio
de abril, canciones nuevas.
¡Qué alegría tiene
el hondo silencio de la calleja!

Federico García Lorca


Naranja y limón

Naranja y limón
¡Ay de la niña
del mal amor!
Limón y naranja
¡Ay de la niña
de la niña blanca!
Limón
(Cómo brillaba el sol).
Naranja
(En las chinas del agua).

Federico García Lorca


Agua, ¿dónde vas ?

Agua, ¿dónde vas ?
Riendo voy por el río
a las orillas del mar.
Mar, ¿a dónde vas ?
Río arriba voy buscando
fuente donde descansar.
Chopo, y tú ¿qué harás ?
No quiero decirte nada
yo… ¡temblar!
¿Qué deseo, qué no deseo,
por el río, por el mar ?
¡Cuatro pájaros sin rumbo
en el alto chopo están!

Federico García Lorca


Divers poèmes de Federico García Lorca

Août

Contrastes de pêche et de sucre,
et le soleil dans l'après-midi
comme le noyau dans un fruit.
L'épi de maïs garde intact
son rire jaune et dur.
Août.
Les enfants mangent
le pain brun et la délicieuse lune.

Federico García Lorca
(Traduction proposée par Lieucommun)

Agosto

Contraponientes de melocotón y azucar,
y el sol dentro de la tarde,
come el hueso en una fruta.
La panocha guarda intacta
su risa amarilla y dura.
Agosto.
Los niños comen
pan moreno y rica luna.

Federico García Lorca


Paysage

Le champ d’oliviers
s’ouvre et se ferme
comme un éventail.

Sur l’olivier,
un ciel écroulé
et une pluie obscure
d’étoiles froides.

Au bord de la rivière
tremblent jonc et pénombre.
L’air gris se froisse.
Les oliviers sont lourds de cris :

une troupe
d’oiseaux captifs,
qui remuent leurs très longues
queues dans l’obscurité.

Federico García Lorca (Poème de la séguidille gitane dans "Poèmes du Cante Jondo" - Gallimard 1966)
(Traduction proposée par Lieucommun)

Paisaje

El campo de olivos
se abre y se cierra
como un abanico.

Sobre el olivar
hay un cielo hundido
y una lluvia oscura
de luceros fríos.

Tiembla junco y penumbra
a la orilla del río.
Se riza el aire gris.

Los olivos
están cargados
de gritos.

Una bandada
de pájaros cautivos,
que mueven sus larguísimas
colas en lo sombrío.

Federico García Lorca (Poema de la seguidilla gitana en "Poemas del Cante Jondo"  1966)


Papillon du ciel

Papillon du ciel
comme tu es beau,
papillon du ciel
couleur or et vert.
Lumière des lampes,
papillon du ciel,
reste là, reste là !
Tu ne t'arrêtes pas,
Tu ne veux pas t'arrêter.

Papillon du ciel
couleur or et vert.
Lumière des lampes,
papillon du ciel,
reste là, reste là !
reste là !
Papillon, tu es là ?

Federico García Lorca
(Traduction et adaptation proposées par Lieucommun)


Mariposa

Mariposa del aire,
qué hermosa eres,
mariposa del aire
dorada y verde.
Luz del candil,
mariposa del aire,
¡quédate ahí, ahí, ahí!
No te quieres parar,
pararte no quieres.

Mariposa del aire
dorada y verde.
Luz de candil,
mariposa del aire,
¡quédate ahí, ahí, ahí !
¡Quédate ahí!
Mariposa, ¿estás ahí?

Federico García Lorca (Extrait de la pièce de théâtre "la savetière prodigieuse"  ["La zapatera prodigiosa"] )


La Guitare

Commencent les lamentations
de la guitare.
les coupes de l'aube se brisent.
Commencent les lamentations
de la guitare.
Il est inutile
de la faire taire.
Il est impossible
de la faire taire.
C'est une plainte monotone,
comme la plainte de l'eau,
comme la plainte du vent
sur la neige.
Il est impossible
de la faire taire.
Elle pleure sur des choses
lointaines.
Sable du Sud brûlant
qui veut des camélias blancs.
Elle pleure la flèche sans but,
le soir sans lendemain,
et le premier oiseau mort
sur la branche.
Oh guitare !
Coeur blessé à mort
par cinq épées.

Federico García Lorca

La Guitarra

Empieza el llanto
de la guitarra.
Se rompen las copas
de la madrugada.
Empieza el llanto
de la guitarra.
Es inútil callarla.
Es imposible
callarla.
Llora monótona
como llora el agua,
como llora el viento
sobre la nevada
Es imposible
callarla,
Llora por cosas
lejanas.
Arena del Sur caliente
que pide camelias blancas.
Llora flecha sin blanco,
la tarde sin mañana,
y el primer pájaro muerto
sobre la rama
¡ Oh guitarra !
Corazón malherido
por cinco espadas.

Federico García Lorca  (Poema del cante jondo - 1921).
Traduction proposée par Lieucommun


Chanson bête

Maman,
Je voudrais être en argent.

Mon fils,
Tu auras bien froid.

Maman,
Je voudrais être de l'eau.

Mon fils,
Tu auras bien froid.

Maman,
Brode-moi sur ton oreiller.

Ah, ça oui  !
tout de suite !

 Federico García Lorca
(Traduction proposée par Lieucommun)

Canción tonta
          
Mamá.
Yo quiero ser de plata.

Hijo,
tendrás mucho frío.

Mamá.
Yo quiero ser de agua.

Hijo,
tendrás mucho frío.

Mamá.
Bórdame en tu almohada.

¡Eso sí!
¡Ahora mismo!

Federico García Lorca (" Canciones" - 1928)


Romance de la lune lune

La lune vient à la forge
avec ses volants de nards.
l'enfant, les yeux grand ouverts,
la regarde, la regarde.

Dans la brise qui s'émeut
la lune bouge les bras,
dévoilant, lascive et pure,
ses seins blancs de dur métal.

Va-t-en lune, lune, lune.
Si les gitans arrivaient,
ils feraient avec ton cœur
bagues et colliers blancs.

Petit, laisse-moi danser.
Quand viendront les cavaliers,
ils te verront sur l'enclume
tu auras les yeux fermés.

Va-t'en lune, lune, lune.
j'entends déjà leurs chevaux.

Laisse-moi, petit, tu froisses
ma blancheur amidonnée.

Battant le tambour des plaines
approchait le cavalier.
Dans la forge silencieuse
gît l'enfant, les yeux fermés.

Par l'olivette venaient,
bronze et rêve, les gitans,
chevauchant la tête haute
et le regard somnolent.

Comme chante la zumaya*,
Ay, comme elle chante dans son arbre !
Dans le ciel marche la lune
tenant l'enfant par la main.

Autour de l'enclume pleurent
les gitans désespérés.
la brise veille, veille,
la brise fait la veillée.

Federico García Lorca
(Traduction proposée par Lieucommun)

Romance de la luna luna 

La luna vino a la fragua
con su polisón de nardos.
El niño la mira, mira.
El niño la está mirando.

En el aire conmovido
mueve la luna sus brazos
y enseña, lúbrica y pura,
sus senos de duro estaño.

Huye luna, luna, luna.
Si vinieran los gitanos,
harían con tu corazón
collares y anillos blancos.

Niño, déjame que baile.
Cuando vengan los gitanos,
te encontrarán sobre el yunque
con los ojillos cerrados.

Huye luna, luna, luna,
que ya siento sus caballos.

Niño, déjame, no pises
mi blancor almidonado.

El jinete se acercaba
tocando el tambor del llano.
Dentro de la fragua el niño,
tiene los ojos cerrados.

Por el olivar venían,
bronce y sueño, los gitanos.
Las cabezas levantadas
y los ojos entornados.

Cómo canta la zumaya,
¡ay, cómo canta en el árbol!
Por el cielo va la luna
con un niño de la mano.

Dentro de la fragua lloran,
dando gritos, los gitanos.
El aire la vela, vela.
El aire la está velando.

Federico García Lorca ("Romancero Gitano" - 1928)
*chat-huant


Romance somnambule (deux premières strophes)

Vert, que je t’aime vert.
Le vent vert. Les vertes branches.
Le bateau sur la mer
et le cheval dans la montagne.
Avec l’ombre à la ceinture,
elle rêve à son balcon
verte chair, cheveux verts,
les yeux d’argent glacé.
Vert que je t’aime vert.
Sous la lune gitane
les choses la regardent
et elle, elle ne peut pas les regarder.

Vert que je t’aime vert.
De grandes étoiles de givre,
viennent avec le poisson d’ombre
qui ouvre le chemin de l’aube.
Le figuier frotte son vent
avec la lime de ses branches,
et la colline, chat sauvage
hérisse ses dures agaves .
Mais qui viendra ? Et d’où … ?
Elle est toujours à son balcon
verte chair, chevelure verte,
rêvant de la mer amère.

Federico García Lorca
(Traduction proposée par Lieucommun)

Romance sonámbulo 

Verde que te quiero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar
y el caballo en la montaña.
Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda,
verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Verde que te quiero verde.
Bajo la luna gitana,
las cosas la están mirando
y ella no puede mirarlas.

Verde que te quiero verde.
Grandes estrellas de escarcha
vienen con el pez de sombra
que abre el camino del alba.
La higuera frota su viento
con la lija de sus ramas,
y el monte, gato garduño,
eriza sus pitas agrias.
¿Pero quién vendra? ¿Y por dónde...?
Ella sigue en su baranda,
Verde came, pelo verde,
soñando en la mar amarga.

Federico García Lorca ("Romancero Gitano" - 1928)


Cancíon de jinete

Córdoba.
Lejana y sola.

Jaca negra, luna grande,
y aceitunas en mi alforja.
Aunque sepa los caminos
yo nunca llegaré a Córdoba.

Por el llano, por el viento,
jaca negra, luna roja.
La muerte me está mirando
desde las torres de Córdoba.

¡Ay qué camino tan largo!
¡Ay mi jaca valerosa!
¡Ay que la muerte me espera,
antes de llegar a Córdoba!

Córdoba.
Lejana y sola.

Chanson de cavalier

Cordoue
Lointaine et seule.

Jument noire, lune grande,
Olives dans ma besace.
Bien que je sache la route
Je n’atteindrai pas Cordoue.

Par la plaine, par le vent,
Jument noire, lune rouge.
La mort approche, me guette,
Depuis les tours de Cordoue.

Ah, que le chemin est long !
Ah, que ma jument a du courage !
Ah, que la mort m’attend
Avant d’atteindre Cordoue !

Cordoue.
Lointaine et seule.

Federico García Lorca (texte traduit par Catherine Réault-Crosnier*)

*on trouvera des textes de Catherine Réault-Crosnier et d'autres poèmes présentés sur le "mur de poésie" de Tours, auquel nous avons emprunté celui-ci [source : http://www.crcrosnier.fr/]



Posté par de passage à 13:00 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]