lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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LE FÉMININ EN POÉSIE pages 1 à 5

 sens_interdit_sourire_et_tristeLes textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation.
  Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 

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Dans cette catégorie, uniquement des textes de poètes masculins sur le thème du féminin : personnes, animaux ou objets plus ou moins personnifiés ... Les poètes femmes signalées en rouge se retrouvent dans la catégorie PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES

  D'autre part, on trouvera l'ensemble des idées proposées par le blog pour la création poétique ICI :
>> PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes

Les AUTEURS (si tous leurs textes semblent abordables) ou les textes qui nous semblent les plus abordables à l'école maternelle ou élémentaire sont SOULIGNÉS dans le sommaire ci-dessous - Idées de création indiquées :  [+ CRÉATION]

- SOMMAIRE - 

PAGE 1 (vous y êtes) :

  • COMPTINES, PETITS POÈMES, CHANSONS et HAÏKUS au féminin sur les personnes, les animaux et les choses... 
  • Alphonse ALLAIS : Complainte amoureuse / La fille du vieux Peau-Rouge
  • Guillaume APOLLINAIRE : Bestiaire : Les sirènes, La mouche, La méduse / La colombe poignardée  / Les femmes
  • Louis ARAGON : Zadjal de l'avenir / La femme est l'avenir de l'homme (Jean FERRAT) / Isabelle / Les approches de l'amour et du baiser / Elsa / Elsa au miroir
  • Théodore de BANVILLE : Lorsque ma sœur et moi ... 
  • Charles BAUDELAIRE : La chevelure / Un hémisphère dans une chevelure / À une passante
  • André BERRY : D'une vieille à son miroir 
  • Alain BOSQUET : La mer

PAGE 2 (cliquez ici pour un accès direct) :

  • Georges BRASSENS : Bonhomme / Jeanne / Bécassine / La cane de Jeanne / Dans l'eau de la claire fontaine / Pénélope / Les sabots d'Hélène
  • André BRETON : Union libre (Ma femme)
  • Aristide BRUANT  (chanson)  : Rue Saint-Vincent
  • René-Guy CADOU : L'enfant précoce / Sainte-Reine-de-Bretagne / Parmi toutes mes roses / Ravensbrück / Je t'atteindrai Hélène  
  • Maurice CARÊME : Fantaisie / Belle de jour / L'écolière / Berceuse pour une rose / Tu es belle, ma mère / Pour ma mère / Ronde / La dînette
  • Philippe CHABANEIX : Les deux gitanes  
  • René CHAR : Léonides  
  • François-René de CHATEAUBRIAND : Souvenir du pays de France / À Lydie /   
  • Anne-Marie CHAPOUTON : Tortue / Quand on est tortue /ces textes sont ici : PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES 
  • Jacques CHARPENTREAU : La réunion de famille  [+ CRÉATION] / La soupe de la sorcière / Prénom  [+ CRÉATION] / La recherche / La fuyante / Le ciel de mon cœur
  • André CHÉNIER : La jeune captive

PAGE 3 (cliquez ici pour un accès direct) :

  • CHRESTIEN DE TROYES : Complainte des tisseuses de soie
  • Georges-Emmanuel CLANCIER : Juliette 
  • Jean COCTEAU : Odile
  • Pierre CORAN : La grenouille / Les souris et le chalutier/ Le O et la dactylo / Maman
  • Pierre CORNEILLE : Stances à Marquise
  • Charles CROS : Malgré tout / À la plus belle / Conseil / Déserteuses
  • Yvan DAUTIN : La méduse
  • Luc DECAUNES : Silence / Sur le livre d'or d'une petite fille / Les nouvelles prières
  • Lise DEHARME : La poule noire /ce texte est ici : PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES
  • Lucie DELARUE-MARDRUS : Petites souris / Les vaches /ces textes sont ici : PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES
  • Marceline DESBORDES_VALMORE : L'oreiller d'une petite fille /ces textes sont ici : PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES 
  • ROBERT DESNOS : Le canapé de Paméla [+ CRÉATION] / Ma sirène / La fourmi [+ CRÉATION]/ La dame pavot nouvelle épousée / Le dernier poème / J'ai tant rêvé de toi / À la mystérieuse / La furtive / La marjolaine et la verveine / Le narcisse et la jonquille / La lavande / La pervenche et la primevère / La pivoine
  • Michel DEVILLE : Lorsque et si [+ CRÉATION]

PAGE 4 (cliquez ici pour un accès direct) :

  • Charles DOBZINSKI : La mère 
  •  Paul ÉLUARD : L'amoureuse / La courbe de tes yeux / Portrait / Air vif / Premièrement
  • Maurice FOMBEURE : Air de ronde / Ma femme /Chanson de la belle / Chanson du loup et de la bergère / C'est le joli printemps 
  • Xavier FORNERET : Elle
  • Paul FORT : La ronde autour du monde
  • Théophile GAUTIER : Carmen / Séguidille  
  • Pierre GAMARRA : Bonne fête ma mère 
  • Fernand GREGH : La plus jeune fée 
  • GUILLEVIC : La pomme  / La forêt / L'alouette / Élégie 
  • Victor HUGO : Les femmes sont sur la terre ... / À une femme / Mes deux filles / Chanson de grand-père / À une jeune fille / Ma Jeanne, dont je suis doucement insensé ... / Jeune fille, l'amour, c'est d'abord un miroir / Jolies femmes / Elle était pâle, et pourtant rose / Je t'aime, avec ton oeil candide / Le doigt de la femme 
     

    PAGE 5 (cliquez ici pour un accès direct) :

  • Max JACOB : Madame la Dauphine / La dame aveugle 
  • Jean de LA FONTAINE : La Cigale et la Fourmi / Le Renard et la Cigogne / La Colombe et la Fourmi / Le Lièvre et la Tortue / La Laitière et le Pot au lait / Le Chat, la Belette et le petit Lapin / La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf
  • Alphonse de LAMARTINE : À Elvire / Chant d'amour III  
  • Jean L'ANSELME : La femme qui a un gros ventre / C'est le grand amour / La mort de la machine à laver  
  • Boby LAPOINTE (chansons) : La maman des poissons / Ta Katie t'a quitté
  • Jean de LA VILLE DE MIRMONT : La mer / Amie aux gestes éphémères 
  • Maurice MAETERLINCK : Et s'il revenait un jour / L fille aux yeux bandés / Les sept filles d'Orlamonde ... 
  • Jean-Hugues MALINEAU : La chenille / Virelangue [+ CRÉATION]  
  • Stéphane MALLARMÉ : La marchande d'habits / La marchande d'herbes aromatiques / Apparition  
  • Pierre MENANTEAU : A l'école du buisson / Les sept filles du ciel / Le premier vol de l'hirondelle

Posté par de passage à 23:55 - PRINT POÈTES 2010 : LE FÉMININ EN POÉSIE - Permalien [#]

LE FÉMININ EN POÉSIE pages 6 à 9

PAGE 6 (cliquez ici pour un accès direct) :

  • Jean-Luc MOREAU : Devinette 
  • Jean de MEUNG : Les femmes sont nées libres 
  • Alfred de MUSSET : Chanson de Barberine / A Ninon / Le rideau de ma voisine / L'Andalouse / Cantate de Bettine / La nuit d'octobre  
  • Gérard de NERVAL : Une allée du Luxembourg / La Grand-mère 
  • NORGE : Petite pomme / Au petit bonheur / Zoziaux / Une chanson / Paysage
  • René de OBALDIA : Dimanche / Chez moi / Grand'mère
  • Charles d'ORLÉANS :  
  • Jean ORIZET : À tes yeux 
  • Charles PÉGUY : Jeanne d'Arc 
  • Benjamin PÉRET : Allô 
  • Pierre PERRET : Lily

PAGE 7 (cliquez ici pour un accès direct) :

  • Antoine POL : Les passantes
  • Christian POSLANIEC : Douze ans 
  • Jacques PRÉVERT : Frontières / Barbara / Le bouquet / Je suis comme je suis / La belle saison / Riviera / L'orgeue de Barbarie / Voyages / Ta main / Enfants de la haute ville / En passant ... / Chanson des sardinières / On / Portraits de Betty / Où je vais d'où je viens / Intempéries 
  • Raymond QUENEAU : Si tu t'imagines 
  • Charles-Ferdinand RAMUZ : La bergère / La vieille
  • Pierre REVERDY : La repasseuse 
  • Pierre DE RONSARD : Bonjour mon coeur ... / Comme on voit sur la branche ... / Te regardant assise
  • Edmond ROSTAND : Coccinelle - voir COMPTINES en haut de cette page
  • Maurice ROLLINAT : La biche / La rieuse / La veuve / La mendiante / La baigneuse / L'aveugle / La meunière / La petite soeur 
  • Jacques ROUBAUD : Rue Madame et Monsieur 
  • Jean ROUSSELOT : La vie dure 
  • Claude ROY : L'excès des petits noms d'amitié / Les corridors où dort Anne qu'on adore / Dormante 

PAGE 8 (cliquez ici pour un accès direct) :

  • Albert SAMAIN : La dame de printemps 
  • Léopold SÉDAR SENGHOR : Femme noire
  • Pierre SEGHERS : Le temps des merveilles 
  • Jean SÉNAC : Miroir de l'églantier 
  • Georges SHÉHADÉ : Le rêve de Marguerite 
  • Philippe SOUPAULT : Pour Alice / Mélancolie 
  • SULLY PRUDHOMME : La folle / Les Danaïdes / Réalisme 
  • Jules SUPERVIELLE : Elle lève les yeux / Madame / À une enfant 
  • Jean TARDIEU : Les erreurs / La môme néant / Conseils donnés par une sorcière / La nièce attentionnée

PAGE 9 (cliquez ici pour un accès direct) :

  • Tristan TZARA  : quelle est la belle au coeur d'eau ... /je me suis imprégné ... 
  • Charles VAN LERBERGHE - Si tu veux les voir, m'a dit une fée - Je l'ai prise dans mes bras
  • Paul VERLAINE : Impression fausse / Ô triste triste était mon âme / Les ingénus / La chanson des ingénues / Mon rêve familier / À une femme
  • Gabriel VICAIRE : Matin de neige / Une fée 
  • François VILLON : Ballade des dames du temps jadis /Ballade des femmes de Paris

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Posté par de passage à 23:50 - PRINT POÈTES 2010 : LE FÉMININ EN POÉSIE - Permalien [#]

COMPTINES, HAÏKUS ... - le féminin en poésie

COMPTINES, HAÏKUS et petits poèmes sur le thème du féminin : personnes, animaux, jeux de mots ....

COMPTINES au féminin

Plusieurs de ces comptines ont été empruntées ici : http://www.crdp-strasbourg.fr/cddp68/maternelle

Comptines numériques, avec l'alphabet ou avec les notes de la gamme :

Do, ré, mi, la perdrix

Do, ré, mi la perdrix
Mi, fa, sol, elle s'envole
Fa, mi, ré, dans un pré
Mi, ré, do, tombe dans l'eau
 

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La poule

1, 2, 3
4, 5, 6
7, 8, 9
Moi je compte jusqu'à neuf
Avant de pondre mon œuf.
1, 2, 3
4, 5, 6
Si je compte jusqu'à six,
Mon œuf est en pain d’épice
1, 2, 3
Si je compte jusqu'à trois,
Mon œuf est en chocolat.

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1, 2, j'ai pondu deux oeufs

1, 2, j'ai pondu deux oeufs dit la poule bleue
1, 2, 3, j'en ai pondu trois répond l'oie
5, 6, 7, j'en ai pondu sept s'écrie la poulette
8 et 9 qu'il est beau mon oeuf !

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Ma petite vache a mal aux pattes

1, 2, 3, 4
Ma petite vache a mal aux pattes
Tirons-la par la queue
Elle ira bien mieux.

Comptine du Canada

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Reines

Une reine,
deux reines,
trois reines,
quatre reines,
cinq reines,
six reines*

*sirènes

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Hirondelles

Cinq hirondelles,
Dix hirondelles,
Quinze hirondelles...
Qu'attendent-elles?
D'autres hirondelles!
Combien seront-elles?
Des dizaines
Et des dizaines d'hirondelles !

Marie Tenaille
 

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Comptines sur les animaux :

Une souris verte

Une souris verte,
Qui courait dans l'herbe,
Je l'attrape par la queue,
Je la montre à ces messieurs.

Ces messieurs me disent :
" Trempez-la dans l'huile,
trempez-la dans l'eau,
ça fera un escargot tout chaud !

Traditionnel

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La même "souris verte" en version longue ! 

Une souris verte

Une souris verte qui courait dans l'herbe
Je l'attrape par la queue
Je la montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent :
trempez la dans l'huile,
trempez la dans l'eau
Ca fera un escargot tout chaud
Je la mets dans mon chapeau
Elle me dit qu'il fait trop chaud
Je la mets dans mon tiroir
Elle me dit qu'il fait trop noir
Je la mets dans ma culotte
Elle me fait trois petites crottes
Je la mets là dans ma main
Elle me dit qu'elle est très bien

Traditionnel

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Deux amis

Une petite chouette
A perdu ses lunettes.
Elle bute partout
Et n'y voit rien du tout !
Un tout petit lapin
Lui montre le chemin
Et, la main dans la main,
Ils vont prendre le train.

Claude Clément ("Petites comptines pour tous les jours" - Nathan)

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Grosse dame hippopotame

Grosse dame hippopotame
marche sur le macadam
quel ramdam messieurs, mesdames
c'est madame hippopotame

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La grenouille

Une grenouille
sur un tabouret
mangeait des nouilles
avec des navets.
J'ai faim, dit-elle
ne touchez pas
à mon repas,
à mon repas !

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Une mite ou deux

Une mite ou deux
ça mange, ça mange
une mite ou deux
ca mange à qui mieux mieux :
les fourrures et les visons
les vestons, les pantalons
les manteaux et les jupons
les chaussettes et les chaussons
les bonnets, les édredons
tout en laine ou en coton...
Une mite ou deux
ça mange, ça mange
une mite ou deux
ça mange à qui mieux mieux !

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La grenouille

Une grenouille
sur un tabouret
mangeait des nouilles
avec des navets.
J'ai faim, dit-elle
ne touchez pas
à mon repas,
à mon repas !

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On attribue ce petit poème au savant biologiste Jean Rostand (1894-1977), fils d'Edmond Rostand (auteur de "Cyrano de Bergerac" entre-autres pièces de théâtre) et de Rosemonde Gérard, poète présente sur le blog dans la catégorie PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES:

Coccinelle

Coccinelle, demoiselle
Où t’en vas-tu donc ?
Je m’en vais dans le soleil
Car c’est là qu’est ma maison.
Bonjour, bonjour, dit le soleil,
Il fait chaud et il fait bon.
Le monde est plein de merveilles
Il fait bon se lever tôt.

Jean Rostand 

 

 

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Coccinelle

Coccinelle, demoiselle
Bête à Bon Dieu
Coccinelle, demoiselle
vole vers les cieux
Petit point rouge

elle bouge
petit point blanc

elle attend
petit point noir

coccinelle, au revoir.

Chanson traditionnelle 

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Une araignée sur le plancher

Une araignée sur le plancher
Une araignée sur le plancher
se tricotait des bottes
Dans un flacon un limaçon
enfilait sa culotte
J'ai vu dans le ciel une mouche à miel
Pincer sa guitare
Un rat tout confus sonner l'angélus
Au son d'la fanfare

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C’est qui ?

C’est la poule grise,
Qui pond dans l’église,
C’est la poule noire,
Qui pond dans l’armoire,
C’est la poule brune,
Qui pond dans la lune,
C’est la poule blanche,
Qui pond sur la planche.

Comptine traditionnelle du Périgord

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Une poule sur un mur

Une poule sur un mur
qui picore du pain dur
Picoti picota
lève la queue et puis s'en va

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Paul Savatier est un auteur contemporain d'albums pour les enfants :

La linotte

Je suis idiote
dit la linotte.
J'ai oublié mes bottes,
ma redingote,
et ma culotte.
J'ai froid à mes menottes
et je grelotte.
J'ai la tremblote
en sautant sur mes mottes.
Mais je ne suis pas sotte,
je chante sur six notes
et sur ma tête de linotte,
je porte une calotte
couleur carotte.

Paul Savatier ("Alphanimaux", illustrations de Paule Charlemagne et Florence Guiraud - Editions du Sorbier, 2001)

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Comptines sur les personnes et les choses :

Les comptines sont en général très rythmées. Les enfants utilisent celle-ci dans un jeu d'"élimination". Ils forment un cercle, et le meneur de jeu désigne successivement chacun des participants en scandant la comptine syllabe par syllabe. Celui sur qui "tombe" le "hors" de "dehors" est éliminé. D'autres comptines (c'était leur rôle initial) permettront au contraire de désigner celui qui sera choisi.

Quelle heure est-il ?

Bonjour Madame.
Quelle heure est-il ?
Il est midi.

Qui est-ce qui l'a dit ?
La petite souris.

Où est-elle ?
Dans la chapelle.

Qu'y fait-elle ?
De la dentelle.

Pour qui ?
Pour les dames de Paris
Qui portent des souliers gris.

Pin pon d'or
La plus belle, la plus belle,

Pin pon d'or
La plus belle est en dehors.

Traditionnel

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autres comptines :

Bonjour madame

Bonjour madame, comment ça va ?
Ça va pas mal et votre mari ?
Il est malade à la salade
Il est guéri au céleri

anonyme ("Petites comptines pour tous les jours" - Nathan)

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Mère-grand

Mère-grand
Tricote en chantant ;
Avec la laine verte
Elle fait des chaussettes,
Avec la laine grise
Elle fait une chemise,
Avec la laine rouge
Elle fait un grand pull,
Avec toutes ses laines
Elle fait des mitaines.

anonyme ("Petites comptines pour tous les jours" - Nathan)

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On pardonnera à Anne Froisssard pour l'humour de sa poésie sa sévérité pour le grand âge (mais les autres époques féminines ne sont-elles pas également caricaturées ?) :

La bavarde

Ell'gigote
Ell'zozote
Babille babillant
Elle a trois ans.
Ell'papote
Ell'parlote
Jacasse jacassant
Elle a treize ans.
Ell'jabote
Ell'marmotte
Bavarde bavardant
Elle a trente ans.
Ell'radote
Ell'tricote
Bredouille bredouillant
Elle a cent ans.

Anne Froissard

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Maman

J'ai cueilli trois fleurs des champs,
Mais la plus jolie que j'aime tant,
Mais la plus jolie, c'est pour maman.
J'ai trouvé trois cailloux blancs,
Mais le plus joli que j'aime tant,
Mais le plus joli c'est pour maman.
J'ai aussi trois beaux rubans
Mais le plus joli c'est pour maman.


HAÏKUS

Auteurs traditionnels japonais :

Sur la cane qui la frappe
se pose
la libellule

Kôhyô (1866-1903)

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Sous l’imperméable
détrempé par la mousson
une silhouette de femme

Akimoto Fujio (1901- 1977*)*merci pour la date

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Sous la moustiquaire
elle sommeille
au milieu des lucioles

Masaoka Shiki (1866-1902)

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Le paradis ?
une femme
un lotus rouge

Masaoka Shiki

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Auteur japonais contemporain :

Dans les yeux des fées
descendues sur la ville
le vide
Kimura Toshio
 (né en 1956)

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Auteurs modernes occidentaux :

Voies désaffectées
plus de trains à regarder
des vaches ruminent

Patrick Druart (France ,contemporain)

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La petite fille
A enjambé la chenille
D'un pas de géante

Françoise Naudin (France,contemporaine, auteure de recueils de Haïkus avec Jean-Hughes Malineau)

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Une poule dans la rue
le coq fait une drôle de tête
derrière le grillage

Luc Bordes (France, contemporain, dans "L’esprit du promeneur", éditions Publibook, 2003)


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Alphonse ALLAIS - le féminin en poésie

Alphonse Allais (1854-1905) est un poète, nouvelliste, journaliste, humoriste français, plus connu par ses nouvelles et ses facéties de journaliste (entre autres un pseudo-courrier des lecteurs et des compte-rendus de soi-disants faits divers loufoques), que par ses poésies.

Déjà publié dans
PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes voici une excellente occasion de "révisionner" votre subjonctif. On trouve ce texte souvent raccourci. Il est ici intégral et conforme à l'original :

Complainte amoureuse

 

Oui dès l'instant où je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l'amour qu'en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis ?
De quelle cruauté vous fûtes ?
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis,
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis ;
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid, voir ce que je mis.
Ah ! Fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu'ingénument je vous le dise,
Qu'avec orgueil vous vous tussiez ;
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu'en vain je m'opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez !

Alphonse Allais (texte publié dans "Le Journal")
C'est aussi une chanson, que Juliette Gréco a interprétée, sur une musique de Jean Spanos.

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et puisqu'il est question de féminin :

La fille du vieux Peau Rouge

La brune Shemulpa, fille du vieux Peau Rouge,
Apprenait à danser avec que sa maman.
Or, sa maman lui dit : " Eh là, ma pauvre enfant,
Tu sautes bien fort.
C'est le ventre qui bouge,
Non tout le corps.
Danse avec moi et fais le pas très sagement."
Moralité : Le pas sage de la mère rouge


Alphonse Allais (dans "Le Journal" en novembre 1899)



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Guillaume APOLLINAIRE - le féminin en poésie

Guillaume Apollinaire (1880-1918), poète français ami de Picasso et de Max Jacob écrit ses premiers poèmes à l'âge de 17 ans.

... "Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d'esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes"


Guillaume Apollinaire ("La Chanson du Mal Aimé")

Voici quelques textes tirés du Bestiaire, pour Les Sirènes et deux animaux au féminin (il y en a d'autres dans le recueil) :

 Les Sirènes
Sachè-je d’où provient, Sirènes, votre ennui
Quand vous vous lamentez, au large, dans la nuit ?
Mer, je suis comme toi, plein de voix machinées
Et mes vaisseaux chantants se nomment les années.

La Mouche
Nos mouches savent des chansons
Que leur apprirent en Norvège
Les mouches ganiques qui sont
Les divinités de la neige.

La Méduse
Méduses, malheureuses têtes
Aux chevelures violettes
Vous vous plaisez dans les tempêtes,
Et je m’y plais comme vous faites.

Guillaume Apollinaire ("Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée" - éditions de la Sirène, 1919)

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Ce calligramme se compose initialement de deux parties superposées et s'intitule "la colombe poignardée et le jet d'eau" . Apollinaire l'a écrit, dessiné, dans les tranchées de la guerre de 1914-1918. La colombe est l'oiseau symbole de paix, que la guerre a "poignardé", réduisant à néant les amours du poète, poignardées elles aussi, représentées par les prénoms de jeunes filles :

La colombe poignardée [et le jet d'eau non reproduit ]

Apollinaire_calligramme_colombe

Douces figures poignardées chères lèvres fleuries
Mya Mareye
Yette et Lorie
Annie et toi Marie
Où êtes-vous ô jeunes filles
Mais près d'un jet d'eau qui pleure et qui prie
Cette colombe s'extasie

Guillaume Apollinaire ("Calligrammes - éditions Gallimard, 1918)

fille_verte_cr_ation__PP10Calligramme

Un calligramme est le tracé par l'écriture seule ou accompagnée d'éléments dessinés, de "l'objet" décrit dans le poème. On fera varier la forme des lettres, leur taille et leur couleur. Une adresse (lien à copier-coller) où vous trouverez de nombreuses productions d'élèves, tous thèmes confondus :
http://www.csdm.qc.ca/SJdelaLande/lesclasses/5web/Projets%202003-2004/Calligramme/calligrammes.htm

Sur ce blog, d'autres calligrammes d'Apollinaire sont rangés dans PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes. Voir aussi Madeleine Le Floch dans PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES.

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Les femmes

Dans la maison du vigneron les femmes cousent
Lenchen remplis le poêle et mets l'eau du café
Dessus — Le chat s'étire après s'être chauffé
— Gertrude et son voisin Martin enfin s'épousent

Le rossignol aveugle essaya de chanter
Mais l'effraie ululant il trembla dans sa cage
Ce cyprès là-bas a l'air du pape en voyage
Sous la neige — le facteur vient de s'arrêter

Pour causer avec le nouveau maître d'école
— Cet hiver est très froid le vin sera très bon
— Le sacristain sourd et boiteux est moribond
— La fille du vieux bourgmestre brode une étole

Pour la fête du curé La forêt là-bas
Grâce au vent chantait à voix grave de grand orgue
Le songe Herr Traum survint avec sa sœur Frau Sorge
Kaethi tu n'as pas bien raccommodé ces bas

— Apporte le café le beurre et les tartines
La marmelade le saindoux un pot de lait
— Encore un peu de café Lenchen s'il te plaît
— On dirait que le vent dit des phrases latines

— Encore un peu de café Lenchen s'il te plaît
— Lotte es-tu triste O petit cœur — Je crois qu'elle aime
— Dieu garde — Pour ma part je n'aime que moi-même
— Chut A présent grand-mère dit son chapelet

— Il me faut du sucre Candi Leni je tousse
— Pierre mène son furet chasser les lapins
Le vent faisait danser en rond tous les sapins
Lotte l'amour rend triste — Ilse la vie est douce

La nuit tombait Les vignobles aux ceps tordus
Devenaient dans l'obscurité des ossuaires
En neige et repliés gisaient là des suaires
Et des chiens aboyaient aux passants morfondus

Il est mort écoutez La cloche de l'église
Sonnait tout doucement la mort du sacristain
Lise il faut attiser le poêle qui s'éteint
Les femmes se signaient dans la nuit indécise

Septembre 1901–mai 1902 (Guillaume Apollinaire ("Alcools" - Gallimard 1920)



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Louis ARAGON - JEAN FERRAT - Le féminin en poésie

Louis ARAGON (1897-1982) appartient au mouvement surréaliste, dont il est un des fondateurs, avec André Breton et Philippe Soupault.
Il adhère au Parti communiste et s'engage dans la Résistance contre le nazisme pendant la Seconde guerre mondiale.
Son amour pour Elsa Triolet, romancière (1896-1970), traverse et illumine son oeuvre poétique. Un des recueils d'Aragon s'intitule Le Fou d'Elsa (1963). On peut citer d'autres recueils : Cantique à Elsa (1942) - Les Yeux d'Elsa (1942) -  Elsa (1959) - Il ne m'est Paris que d'Elsa (1964) ...
Aragon est aussi écrivain romancier (Le Paysan de Paris - Les beaux quartiers - Les Communistes, Les Voyageurs de l'Impériale ...)

" [...] L'avenir de l'homme est la femme.
Elle est la couleur de son âme [...] "
Louis Aragon ("Le fou d’Elsa - éditions NRF Gallimard, 1963)

Cette citation se situe au chapitre IV intitulé Débat de l'Avenir, dans un passage en vers qui porte le titre : Zadjal de l'avenir.

[...] Alors Ibn-Amir a chanté

Zadjal de l'avenir

Comme à l'homme est propre le rêve
Il sait mourir pour que s'achève
Son rêve à lui par d'autres mains
Son cantique sur d'autres lèvres
Sa course sur d'autres chemins
Dans d'autres bras son amour même
Que d'autres cueillent ce qu'il sème
Seul il vit pour le lendemain

S'oublier est son savoir-faire
L'homme est celui qui se préfère
Un autre pour boire son vin
L'homme est l'âme toujours offerte
Celui qui soi-même se vainc
Qui donne le sang de ses veines
Sans rien demander pour sa peine
Et s'en va nu comme il s'en vint

Il est celui qui se dépense
Et se dépasse comme il pense
Impatient du ciel atteint
Se brûlant au feu qu'il enfante
Comme la nuit pour le matin
Insensible même à sa perte
Joyeux pour une porte ouverte
Sur l'abîme de son destin

Dans la mine ou dans la nature
L'homme ne rêve qu'au futur
Joueur d'échecs dont la partie
Perdus ses chevaux et ses tours
Et tout espoir anéanti
Pour d'autres rois sur d'autres cases
Pour d'autres pions sur d'autres bases
Va se poursuivre lui parti

L'homme excepté rien qui respire
Ne s'est inventé l'avenir
Rien même Dieu pour qui le temps
N'est point mesure à l'éternel
Et ne peut devenir étant
L'immuabilité divine
L'homme est un arbre qui domine
Son ombre et qui voit en avant

L'avenir est une campagne
Contre la mort Ce que je gagne
Sur le malheur C'est le terrain*
Que la pensée humaine rogne
Pied à pied comme un flot marin
Toujours qui revient où naguère
Son écume a poussé sa guerre
Et la force du dernier grain

L'avenir c'est ce qui dépasse
La main tendue et c'est l'espace
Au-delà du chemin battu
C'est l'homme vainqueur par l'espèce
Abattant sa propre statue
Debout sur ce qu'il imagine
Comme un chasseur de sauvagines
Dénombrant les oiseaux qu'il tue

À lui j'emprunte mon ivresse
Il est ma coupe et ma maîtresse
Il est mon inverse Chaldée
Le mystère que je détrousse
Comme une lèvre défardée
Il est l'oeil ouvert dans la tête
Mes entrailles et ma conquête
Le genou sur Dieu de l'idée

Tombez ô lois aux pauvres faites
Voici des fruits pour d'autres fêtes
Où je me sois mon propre feu
Voici des chiffres et des fèves
Nous changeons la règle du jeu
Pour demain fou que meure hier
Le calcul prime la prière
Et gagne l'homme ce qu'il veut

L'avenir de l'homme est la femme
Elle est la couleur de son âme
Elle est sa rumeur et son bruit
Et sans elle il n'est qu'un blasphème
Il n'est qu'un noyau sans le fruit
Sa bouche souffle un vent sauvage
Sa vie appartient aux ravages
Et sa propre main le détruit

Je vous dis que l'homme est né pour
la femme et né pour l'amour
Tout du monde ancien va changer
D'abord la vie et puis la mort
Et toutes choses partagées
Le pain blanc les baisers qui saignent
On verra le couple et son règne
Neiger comme les orangers.

* majuscules en milieu de vers
Louis Aragon ("Le Fou d'Elsa", poème, NRF Gallimard, 1963 - au chapitre IV, pages 164 et 165)

Le texte qui suit est celui de la chanson de Jean Ferrat qui reprend et développe ce passage du poème d'Aragon, et qui est évidemment bien plus connu (attribué parfois à Aragon) que l'original.

http://blog.nostalgie.fr/media/blogs/lesnews/jean-Ferrat-coffret-3cd.jpg

La femme est l'avenir de l'homme

Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l'horizon
Et le futur est son royaume
Face à notre génération
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Entre l'ancien et le nouveau
Votre lutte à tous les niveaux
De la nôtre est indivisible
Dans les hommes qui font les lois
Si les uns chantent par ma voix
D'autres décrètent par la bible

Le poète a toujours raison
Qui détruit l'ancienne oraison
L'image d'Eve et de la pomme
Face aux vieilles malédictions
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Pour accoucher sans la souffrance
Pour le contrôle des naissances
Il a fallu des millénaires
Si nous sortons du moyen âge
Vos siècles d'infini servage
Pèsent encor lourd sur la terre

Le poète a toujours raison
Qui annonce la floraison
D'autres amours en son royaume
Remet à l'endroit la chanson
Et déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Il faudra réapprendre à vivre
Ensemble écrire un nouveau livre
Redécouvrir tous les possibles
Chaque chose enfin partagée
Tout dans le couple va changer
D'une manière irréversible

Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l'horizon
Et le futur est son royaume
Face aux autres générations
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Jean Ferrat (paroles et musique), disque 33 tours "La femme est l'avenir de l'homme" - Barclay, 1975 - chanson reprise en 2009 dans un album CD 3 volumes, "Best-of" (sortie octobre 2009 - image ci-dessus). Pour ceux qui ne savent pas encore quoi offrir à Noël ...

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Autres textes "couleur femme" de Louis Aragon :

                                   à Madame I. R.

Isabelle
 
 J'aime une herbe blanche ou plutôt
Une hermine aux pieds de silence
C'est le soleil qui se balance
Et c'est Isabelle au manteau
couleur de lait et d'insolence

Louis Aragon ("Le Mouvement perpétuel", NRF Gallimard, 1925 - et en "Poésie-Gallimard", 1970, prédédé de "Feu de joie")

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Les approches de l'amour et du baiser

Elle s'arrête au bord des ruisseaux Elle chante
Elle court Elle pousse un long cri vers le ciel
Sa robe est ouverte sur le paradis
Elle est tout à fait charmante
Elle agite un feuillard au dessus des vaguelettes
Elle passe avec lenteur sa main blanche sur son front pur
Entre ses pieds fuient les belettes
Dans son chapeau s'assied l'azur

Louis Aragon ("Le Mouvement perpétuel", idem)

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Il faudrait, mais c'est impossible, présenter tous les poèmes qu'Aragon a écrit pour Elsa Triolet, sa muse. Autant dire l'essentiel de son oeuvre poétique. On en trouve dans la catégorie "Lettera amorosa" (Printemps des poètes 2007) et d'autres dans la catégorie Aragon. Ailleurs peut-être sur ce blog.
le premier est celui que Léo Ferré a titré sobrement "Elsa" et pour lequel il a composé une musique.
Extraits des textes de présentation signés Aragon et Ferré (sur le 33 T uniquement) : " La rencontre du musicien et du poète est fortuite... Derrière la porte des paroles d'Aragon il y avait une musique que j'ai trouvée immédiatement " (Ferré)
"La mise en chanson d'un poème est à mes yeux une forme supérieure de la critique poétique " (Aragon)

Sont reproduits ici uniquement les passages de la chanson (le poème original s'intitule : L'amour qui n'est pas un mot et comporte 9 strophes)

Elsa

Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

O* forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d'être

Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu'à la fin

C'est miracle que d'être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu'autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D'une aile à la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche
C'est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche

Ma vie en vérité commence
Le jour que** je t'ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au coeur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j'ai flambé comme un genièvre
À la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi

* on trouve parfois "eau" au lieu de "O" (ça se comprend aussi !... mais le texte original fait autorité - ** même observation pour ceux qui seraient tentés par le "où".

Louis Aragon ("Le roman inachevé" - Gallimard 1956 et Poésie/Gallimard ) - Léo Ferré ("Les chansons d'Aragon chantées par Léo Ferré" disque Barclay 33 tours n° 80138, paru en 1961 - et les mêmes enregistrements dans le CD "Léo Ferré chante Aragon" Barclay, volume XI de l'intégrale)

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Elsa au miroir

C'était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or Je* croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C'était au beau milieu de notre tragédie

Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
C'était au beau milieu de notre tragédie
Qu'elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise a son miroir

Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
Qu'elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
À ranimer les fleurs sans fin de l'incendie
Sans dire ce qu'une autre à sa place aurait dit

Elle martyrisait à plaisir sa mémoire
C'était au bon milieu de notre tragédie
Le monde ressemblait à ce miroir maudit
Le peigne partageait les feux de cette moire
Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire

C'était au beau milieu de notre tragédie
Comme dans la semaine est assis le jeudi

Et pendant un long jour assise à sa mémoire
Elle voyait au loin mourir dans son miroir

Un à un les acteurs de notre tragédie
Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit

Et vous savez leurs noms sans que je les aie dit
Et ce que signifient les flammes des longs soirs

Et ses cheveux dorés quand elle vient s'asseoir
Et peigner sans rien dire un reflet d'incendie

* majuscules, disposition et orthographe du texte conformes à l'original   - Louis Aragon ("La Diane Française", Seghers, 1946)

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Celui-ci a été mis en musique et chanté par Jean Ferrat. On remarquera le dernier vers, alexandrin hors normes.

Les yeux d'Elsa

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

 Louis Aragon ("Les yeux d'Elsa" - recueil publié initialement aux éditions "Cahiers du Rhône", Neufchâtel, 1942, puis chez Gallimard éditions)



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Charles BAUDELAIRE - le féminin en poésie

Charles Baudelaire (1821-1867) peut-il être qualifié de poète maudit ? Certainement, lui  à qui Les Fleurs du Mal ont valu un procès pour outrage à la morale publique et à la morale religieuse. Aujourd'hui, Les Fleurs du Mal sont le recueil de poésies qui se vend et s'est le plus vendu en France.

Deux poèmes sur le thème de la chevelure féminine :

La Chevelure

Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

Charles Baudelaire ("Les Fleurs du Mal" - 1857)

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Un hémisphère dans une chevelure

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j'entends dans tes cheveux! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.
Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.
Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

 

Charles Baudelaire ("Le Spleen de Paris ou Petits poèmes en prose" - recueil posthume)

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À une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,      
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, à toi qui le savais !

Charles Baudelaire ("Les Fleurs du mal" - 1857)



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Théodore de BANVILLE - le féminin en poésie

Théodore de Banville (1823-1891) est un poète parnassien.

Lorsque ma soeur et moi ...

Lorsque ma soeur et moi, dans les forêts profondes,
Nous avions déchiré nos pieds sur les cailloux,
En nous baisant au front tu nous appelais fous,
Après avoir maudit nos courses vagabondes.
Puis, comme un vent d'été confond les fraîches ondes
De deux petits ruisseaux sur un lit calme et doux,
Lorsque tu nous tenais tous deux sur tes genoux,
Tu mêlais en riant nos chevelures blondes.

Et pendant bien longtemps nous restions là blottis,
Heureux, et tu disais parfois : Ô chers petits.
Un jour vous serez grands, et moi je serai vieille !

Les jours se sont enfuis, d'un vol mystérieux,
Mais toujours la jeunesse éclatante et vermeille
Fleurit dans ton sourire et brille dans tes yeux
.


Théodore de Banville ("Roses de Noël" , 1878)



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André BERRY - le féminin en poésie

André Berry (1902-1986) est un poète français, auteur d'une Anthologie De La Poésie Occitane (1961).


D'une vieille à son miroir

Dans sa glace l'ancienne belle
Mirait son visage cassé.
"Las! ce ne sont plus, dit-elle,
Les miroirs du temps passé".


André Berry



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Alain BOSQUET- le féminin en poésie

Alain Bosquet  (1919-1998) est un écrivain et poète français d'origine russe. 

 Poète comme lui, mais au féminin peut-être, voici la mer, telle qu'il la comprend :

La mer

La mer écrit un poisson bleu,
efface un poisson gris.
La mer écrit un croiseur qui prend feu,
efface un croiseur mal écrit.
Poète plus que les poètes,
musicienne plus que les musiciennes,
elle est mon interprète,
la mer ancienne,
la mer future,
porteuse de pétales,
porteuse de fourrure.
Elle s'installe
au fond de moi :
la mer écrit un soleil vert,
efface un soleil mauve.
La mer écrit un soleil entrouvert
      sur mille requins qui se sauvent.


Alain Bosquet ("Deuxième testament" - éditions Gallimard, 1959)



 

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