100608
PRINTEMPS DES POÈTES 2008 : Contribution à "l'Éloge de l'autre"
À quelques heures du solstice d'été, Antoine Bial fait
ses adieux au Printemps 2008.
Photo Lieucommun : "Entre-nous" - 2008
Entre nous
Nous entre nous reconnus familiers
eux tous pareils étranges étrangers
Nous entre nous à demi-mot compris
eux tous pareils charabia gribouillis
Nous entre nous ici et maintenant
eux tous pareils là-bas la nuit des temps
Nous entre nous dans notre monde à part
Nous entre nous prisonniers des miroirs.
Antoine Bial
200108
Une bal(l)ade pas si classique :
Au fil du temps
Sur le Nil bleu glisse la voile
Glisse l'ibis en voile blanc,
Le Nil dessine, voie royale,
Au fil de l'eau, le cours du temps.
D'ocre et de pourpre, les villages
Découpés sur le désert blanc,
Ouvrent d'anciens livres d'images,
Au fil de l'eau, glisse le temps.
Le Nil protège la lumière
Du dieu Amon dans son miroir,
Entre deux ciels, entre deux terres,
Au fil de l'eau, glisse l'Histoire.
Architecte au pays de sable
Dans la vallée des pharaons,
Le Nil invente, inépuisable,
Des paysages de limon.
Il marie les parfums d’orange,
De mimosa et de jasmin,
Que la brise légère échange
Aux deux rives de son jardin.
Quand la nuit referme, complice,
Les fleurs carmin de l'hibiscus,
Il enroule ses hiéroglyphes
Dans le secret des papyrus.
Sur le Nil bleu glisse la voile
La nuit, dans ses voiles d'argent,
Berce le Nil sous les étoiles,
Au fil de l'eau, glisse le temps.
Antoine Bial / Photos Lieucommun - clic > agrandir
- Un ancien livre d'images : le temple de Kom-Ombo, dédié à Sobek, le dieu crocodile.
- Une voile et un ibis en voile blanc, entre Kom-Ombo et Edfou.
- Village sur le désert, près de Médinet-Habou, Vallée des Reines.
- Le Dieu Amon dans son miroir, entre Kom-Ombo et Edfou.
- Des hibiscus, entre Assouan et Kom-Ombo. Il s'agit de l'hibiscus sabdariffa, à ne pas confondre avec l’hibiscus plante d'intérieur aux fleurs blanches ou de couleurs vives. Il en existe de différentes couleurs, et on fait en Égypte une infusion avec les fleurs : le karkadé.
- Le Nil la nuit, sous les étoiles.
171007
Liquidation
Soleil couchant dénaturé
coupé-collé d'un seul déclic
pris dans la boîte numérique
Soleil couchant prêt-à-poser
sur fond d'écran cristaux liquides
fenêtre ouverte sur le vide
Laissée pour compte à l'horizon
la nuit se fait une raison
Désolé pour les enfants
on a vendu la planète au plus offrant
Il faut faire place nette
profitez de l'occasion
on liquide les derniers rayons.
A. Bial (photomontage Lieucommun)
210807
Mauvaise herbe
(Photo Lieucommun : mauvaise herbe, 1er juillet 2007 - 11h 20 - Vexin)
Je me souviens
de vos racines arrachées
de vos branches cassées
de vos feuilles brûlées
au soleil rouge de l'Histoire
Je me souviens
de la mauvaise graine
emportée en terre inconnue
par le vent noir de l'exil
Mauvaise graine
mauvaise herbe
condamnée à se perdre
dans le Mystère de l'Identité Nationale.
Antoine Bial ("C'est comme ça")
200807
Cheval de retour, mis en pièce
P'tit jus de cheval pressé (Photo : lieucommun)
On a un faible pour ce texte, dérangé
certes, mais pas plus que le reste du monde. Alors on vous le
ressert, bien serré, avec mise en scène d'une pièce, en un seul acte cruel.
Le titre : Cheval pressé
Le décor : Un café PMU de quartier en fin de matinée. Garçon classique. Quelques parieurs au comptoir, brouhaha de conversation hippique. Dans la petite salle, deux ou trois tables, et la même ambiance.
Un cheval nu pénètre au grand galop dans le café, il s'accoude sans façons sur le zinc, entre deux clients. Les conversations s'arrêtent un instant, les parieurs de comptoir s'écartent, impressionnés, et puis le bruit de fond reprend, atténué.
Le cheval, ton précipité, haché, heurté :
S’il vous plaît,
vite fait,
au galop,
un p’tit jus,
bien serré,
vite bu,
au comptoir,
pas le temps
de m’asseoir,
j’ai rencard
à Longchamp.
Le serveur, calme, professionnel :
- Oui monsieur le Cheval,
je vous sers sans retard …
Le cheval avale le "p'tit jus" et, ton précipité, haché, heurté :
Bu d’un trait ...
goût de sang
votre jus …
Robusta
tropical,
je parie ?
Le serveur, ton haché, précipité, comme s'il se moquait du cheval :
- Non monsieur
le Cheval,
pas du tout,
du pur sang
d’étalon,
car ici,
voyez-vous
c’est un Bar-
PMU – Boucherie.
puis lugubre :
Le matin, on prend les paris,
et le soir on liquide les chevaux perdus ...
et puis amical, en chantonnant :
Vous avez des courses à faire ?
repassez dans la soirée,
je vous offrirai un verre ...
temps d'arrêt, clin d'oeil :
... si vous n’êtes pas pressé.
Rideau.
Cette courte pièce dure 1 min 10" pour 24 m2 de plateau. On cherche un garçon de café au chômage qui n'aurait plus rien à perdre ni à gagner, et un acteur sur le retour aussi, of course, pour le rôle du cheval. Qualité requise :
beau débit.
Si ça intéresse un producteur, il est possible de doubler la durée du spectacle en laissant retomber le rideau plus lentement. L'auteur ne répond pas des accidents.
A.Bial ("Reprises")
210607
Été - AB

Photo Lieucommun mai 2007 : 1e personne du Présent des poètes
Été
Perdu la saison
ce matin
il paraît
pour trois lettres.
Lettres mortes
hors sujet
participe passé
du verbe être.
Gardons le thème
et la raison
conjuguons
les "je t'aime"
hors saison
au Présent des poètes.
A Bial
050507
choses vues ou presque
On peut changer l'horizon (Photo Lieucommun : (clic>agrandir)
Chanson pour changer l'horizon*
aux choses qu'on ne voit pas, ou presque
Sur le pont de l' A20
on voit passer le train
entre ciel et bidons
Ils ont tiré un trait
de béton et d’acier
la ligne d’horizon
Sous le pont de l' A20
le printemps a repeint
en couleur nos bidons
Le soleil est monté
sur les tôles rouillées
avec tous ses rayons
Il nous fait miroiter
un éternel été
une belle saison
Un jour il faudra bien
sous le pont de l 'A20
se faire une raison
Nous tirerons un trait
sur nos vies enfermées
entre ciel et bidons
Et nous prendrons le train
sur le pont de l' A20
pour changer l'horizon.
Antoine Bial ("choses vues ou presque")
*On a essayé de lui faire comprendre qu'il faut dire "changer d'horizon", mais AB tient à "changer l'horizon" ... Têtu, hein !
100307
Contribution au printemps
Écriture essentielle
Il écrit
sur toutes ses feuilles
des mots
que seuls comprennent
les oiseaux.
Il sait la vanité des saisons,
alors de temps en temps
il efface tout
et recommence.
Jamais les mêmes oiseaux,
jamais le même printemps.
Un jour peut-être
nous apprendrons à lire
dans les arbres.
A. Bial ("choses vues ou presque")
Photo Lieucommun
210207
Cheval pressé
Boisson de cheval pressé (Photo : lieucommun)
Cheval pressé
S’il vous plaît,
vite fait,
au galop,
un p’tit jus,
bien serré,
vite bu,
au comptoir,
pas le temps
de m’asseoir,
j’ai rencard
à Longchamp.
- Oui monsieur le Cheval,
je vous sers sans retard …
Bu d’un trait ...
goût de sang
votre jus …
Robusta
tropical,
je parie ?
- Non monsieur
le Cheval,
pas du tout,
du pur-sang
d’étalon,
car ici,
voyez-vous
c’est un Bar-
PMU – Boucherie.
Le matin, on prend les paris,
et le soir on liquide les chevaux perdus.
Vous avez des courses à faire ?
repassez dans la soirée,
je vous offrirai un verre ...
... si vous n’êtes pas pressé.
A.B. ("choses vues ou presque")
230107
De bouche à oreille
De bouche à oreille
De bouche à oreille,
goutte à goutte,
versez-y
quelques mots de poésie,
deux pour le jour trois pour la nuit;
quelques gouttes
en passant,
quelques mots
qu'on écoute,
qu'on attend,
pour la pluie et le beau temps;
et puis
laissez faire le jour,
laissez faire la nuit,
Regardez, maintenant :
de chaque saison de la vie,
la poésie
fait le printemps.
Antoine Bial ("choses vues ou presque")








