lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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PP 2013 VOIX - traductions - auteurs en espagnol - autres pays

PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME TRADUCTIONS

AUTEURS de langue espagnole

- Chili -

Gabriela Mistral (1889-1957), est une poètesse chilienne, contemporaine de Pablo Neruda (voir la catégorie qui lui est consacrée ici : PRINT POÈTES 2013 : PABLO NERUDA ), qu’elle a côtoyé en Europe.

Ses premiers poèmes, dont "Junto al Mar" (Au bord de la mer) sont publiés en 1904 dans un journal chilien local.
Son pseudonyme, Mistral est emprunté au poète provençal français Frédéric Mistral.
Elle reçoit en 1945 le Prix Nobel de Littérature.

Un poème à dire :

¿ En dónde tejemos la ronda ?

¿ En dónde tejemos la ronda ?
¿ La haremos a orillas del mar ?
El mar danzará con mil olas,
haciendo una trenza de azahar.
¿ La haremos al pie de los montes ?
El monte nos va a contestar.
¡Será cual si todas quisiesen,
las piedras del mundo, cantar !
¿ La haremos, mejor, en el bosque ?
La voz y la voz va a trenzar,
y cantos de niños y de aves
se irán en el viento a besar.
¡Haremos la ronda infinita!
¡ La iremos al bosque a trenzar,
la haremos al pie de los montes
y en todas las playas del mar !

Gabriela Mistral

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(traduction proposée par le blog lieucommun)

Où ferons-nous la ronde ?

Où ferons-nous* la ronde ?
La ferons-nous au bord de la mer ?
La mer dansera de toutes ses vagues,
tressant des fleurs d’oranger.
La ferons-nous au pied de la montagne ?
La montagne nous répondra :
Ce sera comme si les pierres du monde entier
Se mettaient à chanter.
Mieux, la ferons-nous dans la forêt ?
Des chants d’enfants et d’oiseaux
tresseront des baisers dans le vent.
Nous ferons une ronde infinie :
Nous irons la danser dans la forêt,
nous la ferons au pied de la montagne,
et sur toutes les plages du monde.

Gabriela Mistral ("Désolation"  - 1922) -  * traduction littérale : "où tresserons-nous ..."

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Dans le texte suivant, l'auteur décrit "trois arbres" de Patagonie, cette région à l'extrème pointe de l'Amérique du Sud, à la frontière du Pôle sud. Terre de glace et "terre de feu" (les volcans), avec à l'ouest des forêts millénaires.
C'est en Patagonie que se trouve la ville d' Ushuaïa (l'émission de télévision sur la nature sauvage lui a emprunté son nom : Ushuaïa, "baie qui pénètre vers le couchant" dans la langue des indiens).

Trois arbres

Trois arbres tombés
sont restés au bord du sentier.
Oubliés du bûcheron, ils s'entretiennent*,
fraternellement serrés, comme trois aveugles.

Le soleil couchant verse
son sang vif dans les troncs éclatés,
les vents emportent le parfum
de leur flanc ouvert.

L'un, tout tordu, tend un bras immense,
frissonnant de feuillage, vers l'autre
et ses blessures sont pareilles
à des yeux pleins de prière.

Le bûcheron les a oubliés.
La nuit viendra. Je resterai avec eux.
Je recueillerai dans mon cœur
leurs douces résines, elles me tiendront lieu de feu.
Muets, pressés les uns contre les autres,
que le jour nous trouve monceau de douleur**.

Gabriela Mistral ("Paysages de Patagonie, dans le recueil "Désolation"  - 1922).

* dans le sens de converser     -   ** traduction de Mathilde Pomès : "deuil" - lieucommun a préféré traduire par "douleur".
Traduction de Mathilde Pomès, auteure de "
Gabriela Mistral" (collection Poètes d'aujourd'hui - éd Pierre Seghers - 1963)


Violeta Parra (1917-1967) est une artiste chilienne plasticienne et poète, et "auteure-compositrice-interprète".

Ce premier texte traduit* en français est suivi de sa version originale en espagnol :

la jardinière (extrait)

Pour t'oublier
je vais cultiver la terre,
j'espère trouver en elle
un remède à mes peines.

Ici je planterai le rosier
aux plus grosses épines,
J'aurai la couronne prête
quand tu mourras en moi.
(…)
Coeur de mélisse,
quand mes peines augmenteront
les fleurs de mon jardin
devront être infirmières ...

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La jardinera

Para olvidarme de tí
voy a cultivar la tierra,
en ella espero encontrar
remedio para mis penas.

Aquí plantar el rosal
de las espinas más gruesas,
tendré lista la corona
para cuando en mí te mueras.

(...) 

Cogollo de toronjil,
cuando me aumentan las penas
las flores de mi jardín
han de ser mis enfermeras ...

Violeta Parra (*texte français dans l'anthologie poétique "Voix", de Fanchita Gonzales Batlle - Petite collection Maspero, 1977)

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La plus connue et une des plus belles de ses chansons, avec la première strophe en espagnol pour donner la musique de la langue, suivie du texte intégral en français :

Gracias a la vida

Gracias a la vida que me ha dado tanto
me dio dos luceros que cuando los abro
perfecto distingo lo negro del blanco
y en el alto cielo su fondo estrellado
y en las multitudes el hombre que yo amo.

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(traduction proposée par le blog lieucommun)

Merci à la vie
 

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné deux yeux et quand je les ouvre
Je distingue parfaitement le noir du blanc
et
là-haut le fond du ciel étoilé
et parmi la foule l'homme que j'aime

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné une ouïe sensible
qui enregistre nuit et jour criquets et canaris
Marteaux, turbines, aboiements, averses
Et la voix si douce de mon bien-aimé

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné la parole et l'alphabet
et avec lui les mots que je pense et que je dis :
mère, ami, frère, et la lumière éclairant

la route pour celui que j'aime

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle a donné l'allure à mes pieds fatigués
Avec eux j'ai marché dans les villes et les flaques d'eau
les plages et les déserts, les montagnes et les plaines
et vers ta maison, ta rue et ta cour

Merci à la vie qui m'a tant donné

Elle m'a donné un coeur qui  accélère son rythme
Quand je regarde l'œuvre du cerveau humain
Quand je regarde le bien si loin du mal
Quand je regarde dans le fond de tes yeux clairs

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné les rires et m'a donné les pleurs
Ainsi je distingue la misère de la douleur
Les deux matériaux qui forment mon chant
et votre chant à vous qui est le même chant
et le chant de tous qui est mon propre chant

Merci à la vie ...

Violeta Parra



 - Mexique -

Quelques poèmes à dire, en langue náhuat et en espagnol avec traduction en français à retrouver ici sur le blog :

http://lieucommun.canalblog.com/archives/2007/04/29/7150091.html



 - Urugay -

Mario Benedetti, né en 1920, est un écrivain uruguayen, romancier, dramaturge et poète. Universitaire et membre du Movimiento de Liberación Nacional - Tupamaros, la dictature militaire dans son pays l'a contraint à l'exil entre 1973 et 1983. Il a vécu ensuite en Espagne jusqu'en 2006, et résidait à Montevideo, capitale de son pays natal, jusqu'à sa disparition en mai 2009.

Digamos

1.
Ayer fue "yesterday"
para buenos colonos
mas por fortuna nuestro
mañana no es "tomorrow"

2.
Tengo un mañana que es mio
y un mañana que es de todos
el mío acaba mañana
pero sobrevive el otro.

Mario Benedetti
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Disons

1.
Hier fut "yesterday"
pour les bons colons
mais par bonheur notre
demain n'est pas "tomorrow"

2.
J'ai un lendemain à moi
et un lendemain qui appartient à tous
le mien s'achève demain
mais l'autre lendemain survit.


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Défense de la joie
                                     à Trini

Défendre la joie comme une tranchée
la défendre du scandale et de la routine
de la misère et des misérables
des absences transitoires
et définitives

défendre la joie comme un principe
la défendre de la stupéfaction et des cauchemars
des neutres et des neutrons
des douces infamies
et des graves diagnostics

défendre la joie comme un drapeau
la défendre de la foudre et de la mélancolie
des naïfs et des canailles
de la rhétorique et des arrêts cardiaques
des endémies et des académies

défendre la joie comme un destin
la défendre du feu et des pompiers
des suicides et des homicides
des vacances et de l’accablement
de l’obligation d’être joyeux

défendre la joie comme une certitude
la défendre de l’oxyde et de la crasse
de la fameuse patine du temps
de la fraîcheur et de l’opportunisme
des proxénètes du rire

défendre la joie comme un droit
la défendre de dieu et de l’hiver
des majuscules et de la mort
des noms et des pitiés
du hasard
           et aussi de la joie.

Mario Benedetti
Dans "Botella al mar (1), Cotidianas", 1979 (Editorial Sudamericana, 2000) ; dans  "Antología poética" (Alianza Editorial, Madrid, 1999) ; et dans "Poèmes uruguayens" -  Mario Benedetti, (Temps des cerises, 2005, traduction de l'espagnol par Annie Morvan).
(1) "Botella al mar" : "une bouteille à la mer"

Texte original en espagnol :

Defensa de la alegría
                               a Trini

Defender la alegría como una trinchera
defenderla del escándalo y la rutina
de la miseria y los miserables
de las ausencias transitorias
y las definitivas

defender la alegría como un principio
defenderla del pasmo y las pesadillas
de los neutrales y de los neutrones
de las dulces infamias
y los graves diagnósticos

defenderla alegría como una bandera
defenderla del rayo y la melancolía
de los ingenuos y de los canallas
de la retórica y los paros cardiacos
de las endemias y las academias

defender la alegría como un destino
defenderla del fuego y de los bomberos
de los suicidas y los homicidas
de las vacaciones y del agobio
de la obligación de estar alegres

defender la alegría como una certeza
defenderla del óxido y la roña
de la famosa pátina del tiempo
del relente y del oportunismo
de los proxenetas de la risa

defender la alegría como un derecho
defenderla de dios y del invierno
de las mayúsculas y de la muerte
de los apellidos y las lástimas
del azar
           y también de la alegría.

Mario Benedetti

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Qu'arriverait-il ?

Qu'arriverait-il si nous nous réveillons un jour
en réalisant que nous sommes la majorité ?
Qu'arriverait-il si tout à coup une injustice,
une seule, est rejetée par tous,
tous autant que nous sommes, pas quelques-uns,
ni certains, mais tous ?
Qu'arriverait-il si au lieu de rester divisés
nous nous multiplions, nous nous additionnons,
affaiblissant l'ennemi qui veut arrêter notre marche en avant ?

Qu'arriverait-il si nous nous organisons
et si nous affrontons nos oppresseurs sans armes,
silencieux, nombreux,
avec nos millions de regards,
sans vivats, sans applaudissements,
sans sourires, sans tapes sur l'épaule,
sans hymnes partisans,
sans cantiques ?

Qu'arriverait-il si je le fais pour toi, qui es si loin,
et toi pour moi, qui suis si loin,
et nous deux pour les autres, qui sont très loin,
et les autres pour nous, qui sommes si loin ?
Qu'arriverait-il si les cris d'un continent
deviennent les cris de tous les continents ?
Qu'arriverait-il si nous nous prenons en main
au lieu de nous lamenter ?
Qu'arriverait-il si nous brisons les frontières
et que nous avançons et avançons,
et avançons, et avançons encore ?

Qu'arriverait-il si nous brûlons tous les drapeaux
pour n'en garder qu'un seul, le nôtre,
celui de tous, ou mieux,
parce que nous n'en avons nul besoin,
aucun drapeau ?
Qu'arriverait-il si nous cessons brusquement d'être des patriotes
pour devenir des humains ?
Je ne sais pas. Je me le demande.
Qu'arriverait-il ?

Mario Benedetti

Dans la traduction proposée par le blog pour le texte suivant, tous les imparfaits liés aux conditionnels sont passés au présent pour des questions de phonétique mais aussi pour renforcer les actes.
Dans le texte original en espagnol, les deux temps coexistent.
T
exte original ci-dessous :

¿ Qué pasaría ?

¿ Qué pasaría si un día despertamos
dándonos cuenta de que somos mayoría ?
¿Qué pasaría si de pronto una injusticia,
sólo una, es repudiada por todos,
todos que somos todos, no unos,
no algunos, sino todos ?
¿Qué pasaría si en vez de seguir divididos
nos multiplicamos, nos sumamos
restamos al enemigo que interrumpe nuestro paso,

Qué pasaría si nos organizáramos
y al mismo tiempo enfrentáramos sin armas,
en silencio, en multitudes,
en millones de miradas la cara de los opresores,
sin vivas, sin aplausos,
sin sonrisas, sin palmadas en ¡os hombros,
sin cánticos partidistas,
sin cánticos ?

¿ Qué pasaría si yo pidiese por vos que estás tan lejos
y vos por mí que estoy tan lejos,
y ambos por los otros que están muy lejos,
y los otros por nosotros aunque estemos lejos ?
¿ Qué pasaría si el grito de un continente
fuese el grito de todos los continentes ?
¿ Qué pasaría si pusiésemos el cuerpo en vez
de lamentarnos ?
¿ Qué pasaría si rompemos las fronteras
y avanzamos, y avanzamos,
y avanzamos, y avanzamos ?

¿ Quépasaría si quemamos todas las banderas
para tener sólo una, la nuestra,
la de todos, o mejor ninguna
porque no la necesitamos.
¿Qué pasaría si de pronto dejamos de ser patriotas
para ser humanos ?
No sé. Me pregunto yo,
¿ qué pasaría ?

Mario Benedetti

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poème traduit par lieucommun, traduction comme toujours améliorable :

Tactique et Stratégie
                                     à Trini

Ma tactique est
de te regarder
d'apprendre comme tu es
de t’aimer comme tu es

ma tactique est
de te parler
de t’écouter
de construire avec les mots
un pont indestructible

ma tactique est
de rester dans ton souvenir
je ne sais comment    et je ne sais
sous quel prétexte
mais de rester en toi

ma tactique est
d’être honnête
et de savoir que tu es honnête
et que nous ne nous payons pas
de simulacres
afin qu’entre nous
il n’y ait ni rideau
ni abîme

ma stratégie
en revanche est
plus profonde et plus
simple
ma stratégie est
qu’un beau jour
je ne sais comment     et je ne sais
sous quel prétexte
tu aies besoin          de moi.

Mario Benedetti
Dans "Botella al mar (1), Cotidianas", 1979 (Editorial Sudamericana, 2000) ; dans  "Antología poética" (Alianza Editorial, Madrid, 1999) ; et dans "Poèmes uruguayens" -  Mario Benedetti, (Temps des cerises, 2005, traduction de l'espagnol par Annie Morvan).
(1) "Botella al mar" : "une bouteille à la mer"

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Texte original en espagnol :

Táctica e estrategia

Mi táctica es
mirarte
aprender como sos
quererte como sos

mi tactica es
hablarte
y escucharte
construir con palabras
un puente indestructible

mi táctica es
quedarme en tu recuerdo
no sé cómo    ni sé
con qué pretexto
pero quedarme en vos

mi táctica es
ser franco
y saber que sos franca
y que no nos vendamos
simulacros
para que entre los dos
no hayan telón
ni abismos

mi estrategia es
en cambio
más profunda y más
simple
mi estrategia es
que un día cualquiera
non sé cómo       ni sé
con qué pretexto
por fin        me necesites.

Mario Benedetti

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Confidential

Fueron jóvenes los viejos

pero la vida se ha ido
desgranando en el espejo

y serán viejos los jóvenes
pero no lo divulguemos
que hasta las paredes oyen.

Mario Benedetti

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traduction lieucommun :

En confidence

Ils ont été jeunes les vieux

mais la vie s'est défaite
peu à peu dans le miroir


et ils seront vieux les jeunes
mais ne le divigulgons pas
même les murs ont des oreilles.

Mario Benedetti

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Voici quelques commentaires postés à propos du premier texte :

autres textes de Mario Benedetti :

  • Bodas de perla

    Bonjour,
    J'aimerais offir une carte à mes beaux parents pour son anniversaire de mariage. Ils ne comprennet pas l'espagnol, alors j'aimerais savvoir si vous avez si le poème "Bodas de perla" a été traduit.

    Merci bcp

    Posté par Arena, 100809 à 11:11
  • Bonjour,
    Le poème de Mario Benedetti "Bodas de perlas" figure dans le recueil de l'auteur : "La casa y el ladrillo", paru en 1977, et qui ne semble pas avoir été traduit (on le trouve en espagnol). Le texte de ce très long poème est visible ici et téléchargeable en pdf (copier coller ce lien) :
    http://www.cybercanibal.com/index2.php?option=com_content&do_pdf=1&id=15

    Posté par antoine, 110809 à 08:50
  • Todavia

    Bonjour,
    Je suis à la recherche de la traduction francaise du poème de Benedetti: Todavia..
    Sauriez vous si elle a été réalisée et, le cas écheant oú je peux la trouver?
    d'avance merci
    Jaz

    Posté par jaz, 210712 à 21:13
  • je ne sais pas si vous faites référence au recueil "Existir Todavía", édité en espagnol en 2003 et disponible en Librairie, mais il ne semble pas non plus avoir été traduit en français. On trouve ici un passage traduit, avec d'autres textes de différents ouvrages de l'auteur :
    http://poemesdebenedetti.wordpress.com/



 

Posté par de passage à 23:10 - PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME TRADUCTIONS - Permalien [#]

PP 2013 VOIX - traductions - auteurs en anglais

PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME TRADUCTIONS

AUTEURS de langue anglaise

- Grande-Bretagne (Angleterre, Écosse, Pays de Galles) -

Percy Bysshe Shelley (1792-1822) est un poète romantique anglais

La philosophie de l'amour

Les fontaines se mêlent aux rivières,
Les rivières à l'océan,
Les vents du Ciel s'unissent à jamais
Avec une douce émotion;
Rien dans le monde n'est solitaire
Toutes choses par loi divine
En un esprit se rencontrent, se mêlent.
Pourquoi pas le mien et le tien ?

Vois, les montagnes baisent le haut Ciel,
Les vagues l'une l'autre étreignent;
Nulle sœur-fleur ne serait pardonnée
Si elle dédaignait son frère;
Du soleil la lumière étreint la terre,
Les rais de lune baisent la mer :
Mais que vaut donc tout cet ouvrage tendre
Si toi tu ne m’embrasses pas ?

Percy Bisshe Shelley

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Rudyard Kipling (1865-1936), écrivain et poète britannique, est l'auteur de nombreux livres d'histoires pour les enfants (Le Livre de la jungle, en 1894 et Le Second Livre de la jungle en 1895), de romans  et de poèmes (Mandalay,  If ...)
En 1907, il reçoit le Prix Nobel de littérature.
C'est la version d'If ... , écrite par Kipling en 1895, éditée en 1910, traduite par Pierre Maurois, écrivain français (1843-1926) qu'on retient généralement :

Tu seras un Homme, mon Fils (autre titre : Si ...)

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard Kipling (Traduit par Pierre Maurois en 1918) (Bernard Lavilliers l'a mis en musique et interprété (1988).

If  ...

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:
If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools :

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: 'Hold on !'

If you can talk with crowds and keep your virtue,
' Or walk with Kings - nor lose the common touch,
if neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that's in it,
And - which is more - you'll be a Man, my son !

Rudyard Kipling ("Si : Tu seras un homme, mon fils")


- Irlande -
Samuel Beckett  (1906-1989), né à Dublin, est sans doute, avec James Joyce (voir plus bas), le plus connu des écrivains irlandais. C'est un romancier, dramaturge (En attendant Godot, 1952) et poète. Il quitte son pays à la veille de la Seconde Guerre mondiale et choisit de vivre en France, où il participe activement à la Résistance. Prix Nobel de la Paix en 1969, il a écrit en français une grande partie de son oeuvre et la plupart de ses poèmes.

Que ferais-je  (titre proposé)

* que ferais-je sans ce monde sans visage
sans questions
où être ne dure qu'un instant où chaque instant
verse dans le vide dans l'oubli d'avoir été
sans cette onde où à la fin
corps et ombre ensemble s'engloutissent
que ferais-je sans ce silence gouffre des murmures
haletant furieux vers le secours vers l'amour
sans ce ciel qui s'élève
sur la poussière de ses lests
que ferais-je je ferais comme hier comme aujourd'hui
regardant par mon hublot si je ne suis pas seul
à errer et à virer loin de toute vie
dans un espace pantin
sans voix parmi les voix
enfermées avec moi

* pas de ponctuation ni de majuscules
    
Samuel Beckett ("Poèmes suivi de Mirlitonnades" - éditions de Minuit, 1978, rééditions augmentées :1992, 1998)
On trouvera dans ce recueil tous les poèmes que Samuel Beckett a écrits en français depuis 1937.

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La mouche

 

entre la scène et moi
la vitre
vide sauf elle

 

ventre à terre
sanglée dans ses boyaux noirs
antennes affolées ailes liées
pattes crochues bouche suçant à vide
sabrant l'azur s'écrasant contre l'invisible
sous mon pouce impuissant elle fait chavirer
la mer et le ciel serein.

Samuel Beckett ("Poèmes suivi de Mirlitonnades" - éditions de Minuit, 1978, rééd augmentées 1992, 1998)

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William Butler Yeats (1865-1939) est né lui aussi à Dublin et a reçu le Prix Nobel, mais de littérature, en 1923 pour "sa poésie toujours inspirée, dont la forme hautement artistique exprime l'esprit d'une nation entière".
Il s'engage politiquement pour la reconnaissance de la nation irlandaise (il sera sénateur de l'État libre d'Irlande) et ses poèmes célèbrent le pays natal, avec son combat pour l'indépendance, et aussi l'humanisme et dans le sentiment amoureux, "la douleur d'aimer". Comme Beckett, il quitte l'Irlande  pour vivre en France, mais seulement les dernières années de sa vie, en 1930.

 

Pourquoi mon coeur bat-il ainsi ?

Pourquoi mon coeur bat-il ainsi ?
Etait-ce une ombre qui passait ?
Elle vient de passer ici.
Et qui donc sur l'herbe marchait ?
Quel vagabond erre en la nuit ?
Parfois le vertige des rêves,
Comme d'anciens auteurs l'ont dit,
Des os séchés des morts s'élève.
Et la nuit, il semble souvent
Que s'emplit toute la vallée
De ces rêves hallucinants.
Les collines sont submergées
Par une ombre qui se dilate,
Comme à ras bord le vin remplit
Une coupe en jade vert-gris,
Ou même une coupe d'agate.

William Butler Yeats (tiré de l'anthologie "Une Europe des poètes" - Livre de Poche - Hachette, 1991) - Traduction de Jacques Charpentreau.

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Les textes de William Butler Yeats qui suivent sont parus dans  le recueil Choix de poèmes aux Editions Aubier, en édition bilingue :

Avant que le monde ne fût

Si j’assombris mes cils
Et illumine mes yeux
Et fais mes lèvres plus écarlates,
Ou demande si tout cela est juste
De miroir en miroir,
Sans montrer de vanité :
Je cherche le visage que j’avais
Avant que le monde ne fût.

 

Et si je regarde un homme
Comme on regarde son aimé,
Comme si mon sang un instant se glace
Dans mon coeur immobile ?
Pourquoi penserait-il que je suis cruel
Ou qu’il soit trahi ?
J'aurais aimé le voir aimer ce qui était
Avant que le monde ne fût.

William Butler Yeats

texte original :

Before the world was made

 

If I make the lashes dark
And the eyes more bright
And the lips more scarlet,
Or ask if all be right
From mirror after mirror,
No vanity’s displayed:
I’m looking for the face I had
Before the world was made.

 

What if I look upon a man
As though on my beloved,
And my blood be cold the while
And my heart unmoved ?
Why should he think me cruel
Or that he is betrayed ?
I’d have him love the thing that was
Before the world was made.

William Butler Yeats

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Quand tu seras vieille

 

Quand tu seras vieille et grise et pleine de sommeil,
Quand, ta tête inclinée près du feu, tu prendras ce livre,
Et lentement, liras et reverras le doux regard
De tes yeux d’autrefois, et de leurs ombres profondes.

 

Combien ont aimé tes moments de joie prodigue,
Et aimèrent ta beauté d’un amour sincère ou faux,
Mais un seul aima l’âme du pèlerin en toi,
Et aima les défaites de ton visage changeant ;

 

Et quand courbée sur la hampe incandescente,
Tu murmureras comment l’amour te quitta
Comment il s’envola au-dessus des montagnes
Et cacha son visage dans un amas d’étoiles.

William Butler Yeats

When you are old

 

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;

 

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

 

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

William Butler Yeats

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La douleur d'aimer

 

Une douleur au-delà des mots
Se cache dans le coeur d’amour :
Les peuples qui vendent et achètent
Les nuages de leurs voyages passés,
Les vents froids et humides qui toujours ont soufflé,
Et l’ombrageuse coudraie
Où s’écoulent les eaux opaques,
Ils menacent l’être que j’aime.

William Butler Yeats

The pity of love

 

A pity beyond all telling
Is hid in the heart of love:
The folk who are buying and selling,
The clouds on their journey above,
The cold wet winds ever blowing,
And the shadowy hazel grove
Where moves-grey waters are flowing,
Threaten the head that I love.

William Butler Yeats ("Choix de poèmes" - Editions Aubier, collection bilingue,1990)

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James Joyce (1882-1941), né à Dublin lui aussi, est un romancier et poète irlandais expatrié, considéré comme un des écrivains les plus influents du XXe siècle. Ses œuvres majeures sont un recueil de nouvelles Les Gens de Dublin (1914) et des romans Dedalus (1916), Ulysse (1922), et Finnegans Wake (1939). (inspiré de Wikipedia)

Ma colombe (titre proposé)

Ma colombe, ma belle,
Prend ton envol !

 

La rosée de la nuit repose
Sur mes lèvres et mes yeux.
Brodent les vents parfumés
Une musique de soupirs :

 

Prend ton envol,
Ma colombe, ma belle !

 

J’attends auprès du cèdre,
Ma sœur, mon amour.
Cœur blanc de la colombe,
Ma poitrine sera ton lit.

 

La rosée pale repose
Comme un voile sur ma tête.

 

Ma belle, ma jolie colombe,
Prend ton envol !

(traduction de  Gilles de Seze : http://gdeseze.free.fr/)

Texte original :

My dove, my beautiful one,            
Arise, arise!                                       

 

The night-dew lies                           
Upon my lips and eyes.                  
The odorous winds are weaving         
A music of sighs :                            

 

Arise, arise,                                       
My dove, my beautiful one!            

 

I wait by the cedar tree,                      
My  sister, my love.                           
White breast of the dove,                
My breast shall be your bed.         

 

The pale dew lies                           
Like a veil on my head.                                        

 

My fair one, my fair dove,                                    
Arise, arise !

James Joyce ("Chamber Music", 1907)

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Thomas Moore (1779-1852) est un poète irlandais, né également à Dublin.

"Au sud de Dublin, dans le comté de Wicklow, rivières, collines et sous-bois forment ce que l’on appelle le "Jardin d’Irlande".
La vallée d’Avoca est une région dont la nature abondante enchante les passionnées de randonnée et de silence.
C'est dans ce lieu que Thomas Moore écrit, pendant l'été 1807 (publié l'année suivante) "The meetings of the water" (La réunion des eaux).
(source : http://www.pluralworld.com/)

The meetings of the water

1. There is not in the wide world a valley so sweet
As that vale in whose bosom the bright waters meet; (*)
Oh! the last rays of feeling and life must depart,
Ere the bloom of that valley shall fade from my heart.

 

2. Yet it was not that nature had shed o'er the scene
Her purest of crystal and brightest of green;
'Twas not her soft magic of streamlet or hill,
Oh! no, -- it was something more exquisite still.

 

3. 'Twas that friends, the beloved of my bosom, were near,
Who made every dear scene of enchantment more dear,
And who felt how the best charms of nature improve,
When we see them reflected from looks that we love.

 

4. Sweet vale of Avoca! how calm could I rest
In thy bosom of shade, with the friends I love best,
Where the storms that we feel in this cold world should cease,
And our hearts, like thy waters, be mingled in peace.

(*)
Il s'agit des rivières Avon et Avoca
Thomas Moore ("The Meeting of the Waters",1808 - in "Irish Melodies", volume 1)

Traduction des strophes 1 et 4 :

La réunion des eaux

 

Il n'y a pas de vallée aussi douce dans le monde
Que cette vallée dont les eaux brillantes se rencontrent en son cœur
Oh ! Les dernières lueurs de sentiment et la vie doivent s’en aller,
Avant que la fleur de cette vallée ne s'efface de mon cœur.
[...]
Douce Vallée d'Avoca ! Comment pourrais-je me reposer
Au sein de l’ombre, avec mes amis chers,
Où les tempêtes que nous ressentons dans ce monde froid devraient cesser
Et nos cœurs, comme vos eaux, être en paix.

Thomas Moore

- - - - - - - - - - - - - - -

The last rose of summer

 

Tis the last rose of summer
Left blooming alone;
All her lovely companions
Are faded and gone;
No flower of her kindred,
No rosebud is nigh,
To reflect back her blushes,
To give sigh for sigh.

 

I'll not leave thee, thou lone one !
To pine on the stem;
Since the lovely are sleeping,
Go, sleep thou with them.
Thus kindly I scatter
Thy leaves o`er the bed,
Where thy mates of the garden
Lie scentless and dead.

 

So soon may I follow,
When friendships decay,
And from Love`s shining circle
The gems drop away.
When true hearts lie withered
And fond ones are flown,
Oh! who would inhabit
This bleak world alone ?

La dernière rose de l'été
(traduction de Karl Petit)

C'est la dernière rose de l'été
Abandonnée en fleur ;
Toutes ces belles compagnes,
Sans retour sont fanées ;
Plus de fleur de sa parenté
Plus de boutons de rose à l'article de la mort
Pour réfléchir ses rougeurs,
Et rendre soupir pour soupir.

 

Je te laisserai point chère solitaire,
Languir sur ta tige ;
Puisque sommeillent tes sœurs
Va donc les rejoindre.
Et par sympathie, je répandrai
Tes feuilles sur le sol
Où tes compagnes de jardin
Gisent mortes et sans parfum.

 

Puissé-je te suivre bientôt
Lorsque l'amitié s'émoussera
Et que du cercle magique de l'amour
Les gemmes se détacheront ;
Quand les cœurs fidèles ne palpiteront plus
Et que les êtres aimés auront disparu,
Oh ! qui donc voudrait habiter seul
En ce monde désert !

Thomas Moore  ("Mélodies irlandaises", 1807-1834)

Et enfin en voici une adaptation de G. Newton pour une chanson dont la musique est d'Eddy Marnay :

La dernière rose de l'été

Si jamais tu cueilles une rose

Dont le coeur a déjà fané
Dis-toi bien que cette rose
Est la dernière de l'été

 

Hier encore en voisinage
Le ruisseau, tous les jardins
Il me reste plus qu'un feuillage
Que l'hiver brûlera demain

 

En amour comme en toute chose
En amour comme en amitié
Si ton coeur trouve une rose
Cette rose il faut garder

 

Même si c'est la première
Que tu as jamais trouvé
C'est peut-être, c'est la dernière
Et la vie n'est qu'un seul été (bis)

d'après le poème de Thomas Moore


- Australie -

David Rowbotham, poète australien de langue anglaise, est né en 1924.livre_David_Rowbotham_Australie
Voici le début d'un de ses poèmes, publié dans le recueil The Penguin Book of Australian Verse, et traduit par Bernard Lorraine pour son anthologie "Un poème, un pays, un enfant" (Le cherche midi, 2002).

"I live with death, as with a star."
Je vis avec la mort, comme avec une étoile

Message du premier homme perdu dans l'espace (extrait)

Aimez la Terre ! Il faut
prendre soin davantage
de ce cadeau,
votre héritage.

Ma fusée ? quelle idée
la dirige, et jusqu'où ?
Qui l'a guidée
si loin de vous ?

J'ai dépassé l'abîme
hors de portée des yeux,
et l'origine
même des dieux.
...
David Rowbotham ("The Penguin Book of Australian Verse" - Harry Eseltine édit, 1972)


 

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PP 2013 VOIX - traductions - auteurs en italien

PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME TRADUCTIONS

AUTEURS de langue italienne

- Italie -

- Pier Paolo Pasolini -

Pier Paolo Pasolini (1922-1975), plus connu comme réalisateur de cinéma que comme écrivain, est un des plus importants poètes italiens. Sa vie amoureuse passionnée et tourmentée s'achève tragiquement, il est mort assassiné.


Où sont les armes ? Les jours passés
Ne reviendront plus, je le sais, le rouge avril
De la jeunesse est révolu pour toujours.
Seul un rêve, un rêve de joie peut ouvrir
Une saison de douleur armée.

Victoire (Poésie en forme de rose, 1964)
 
Alla bandiera rossa (Au drapeau rouge)
 
Per chi conosce solo il tuo colore,
bandiera rossa,
tu devi realmente esistere, perché lui
esista:
chi era coperto di croste è coperto di
piaghe,
il bracciante diventa mendicante,
il napoletano calabrese, il calabrese
africano,
l'analfabeta una bufala o un cane.
Chi conosceva appena il tuo colore,
bandiera rossa,
sta per non conoscerti più, neanche coi
sensi:
tu che già vanti tante glorie borghesi e
operaie,
ridiventa straccio, e il più povero ti
sventoli.

Pasolini ("Nuovi epigrammi", 1958)

 Supplica a mia madre
 
E' difficile dire con parole di figlio
ciò a cui nel cuore ben poco assomiglio.
 
Tu sei la sola al mondo che sa, del mio cuore,
ciò che è stato sempre, prima d'ogni altro amore.
 
Per questo devo dirti ciò ch'è orrendo conoscere:
è dentro la tua grazia che nasce la mia angoscia.
 
Sei insostituibile. Per questo è dannata
alla solitudine la vita che mi hai data.
 
E non voglio esser solo. Ho un'infinita fame
d'amore, dell'amore di corpi senza anima.
 
Perché l'anima è in te, sei tu, ma tu
sei mia madre e il tuo amore è la mia schiavitù:
 
ho passato l'infanzia schiavo di questo senso
alto, irrimediabile, di un impegno immenso.
 
Era l'unico modo per sentire la vita,
l'unica tinta, l'unica forma: ora è finita.
 
Sopravviviamo: ed è la confusione
di una vita rinata fuori dalla ragione.
 
Ti supplico, ah, ti supplico: non voler morire.
Sono qui, solo, con te, in un futuro aprile …

Pasolini ("Poesie incivile", 1960 dans "La religione del mio tempo")

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Supplique à ma mère

Il m'est difficile de dire avec les mots d'un fils
que du fond de mon coeur je ressemble bien peu à ça.

De mon propre coeur, tu es la seule au monde qui sache,
ce qui toujours, avant chaque autre amour, a été en lui.

Aussi pour cela dois-je te dire ce qu'il est horrible de connaître :
c'est au dedans de ta grâce même que naît mon angoisse.

Tu es irremplaçable. Pour cela la vie que tu m'as donnée
est vouée à la solitude.

Et je ne veux pas être seul. J'ai une faim infinie
d'amour, de cet amour des corps sans âme.

Parce que l'âme est en toi, toi tu es, mais toi
tu es ma mère et ton amour est ma servitude :

l'enfance je l'ai passée esclave de ce haut sens,
irrémédiable, d'un engagement immense.

C'était l'unique manière pour sentir la vie,
l'unique couleur, l'unique forme : maintenant c'est fini.

Nous survivons : et c'est la confusion
d'une vie ressuscitée hors de la raison.

Je t'en supplie, ah, je te supplie de ne pas vouloir mourir.
Je suis ici, seul, avec toi, en un futur avril ...

 

Pier Paolo Pasolini
- - - - - - - - - - - - - - -


 - Gianni Rodari -

Gianni Rodari (1920-1980), était journaliste, poète, et auteur de contes pour enfants.

Les traductions de l'italien au français sont adaptées par le blog, de manière à préserver le sens, et quand c'est possible les tournures des vers.

Rivoluzione

Ho visto una formica,
in un giorno freddo e triste,
donare alla cicala
metà delle sue provviste.

Tutto cambia: le nuvole,
le favole, le persone ...
la formica si fa generosa...
è una rivoluzione!

Gianni Rodari

J'ai vu une fourmi
par un jour froid et triste
donner à la cigale
la moitié de ses provisions

Tout change : les nuages
les fables, les personnes ...
la fourmi devient généreuse ...
c'est une révolution !

Gianni Rodari.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Chi mi fa ridere ?

Datemi una zanzara in bicicletta,
un dromedario con in testa una bombetta,
un canguro che suona una cornetta,
un coniglio che mangia la sua erbetta
con coltello e forchetta,
un ragno con gli occhiali a stanghetta,
una lumaca che fuma la sigaretta”.
- - - - - - - - -
Qu'est-ce qui me fait rire ?

Donnez-moi un moustique à bicyclette,
Un dromadaire avec un gibus sur la tête,
Un kangourou qui joue de la trompette,
Un lapin qui mange son herbette
Avec couteau et fourchette,
Une araignée qui porte des lunettes,
Un escargot fumant la cigarette.

Gianni Rodari ("La tête pour penser")

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Stelle senza nome

I nomi delle stelle sono belli:
Sirio, Andromeda, l’Orsa, i due Gemelli.
Chi mai potrebbe dirli tutti in fila ?
Son più di cento volte centomila.
E in fondo al cielo, non so dove e come,
c’è un milione di stelle senza nom :
stelle comuni, nessuno le cura,
ma grazie a loro la notte è meno scura.
- - - - - - - - -

Étoiles sans nom

Les noms des étoiles sont très beaux :
Sirius, Andromède, La Grande Ourse, Les Gémeaux.
Qui pourra jamais en dire toute la liste ?
Il y en a plus de cent fois cent mille.
Et au fond du ciel, dans d'autres constellations,
Il y a un million d'étoiles sans nom :
nul ne se soucie des simples étoiles,
pourtant elles nous font la nuit moins obscure.

Giani Rodari

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

La testa del chiodo

La palma della mano
i datteri non fa,
sulla pianta del piede
chi si arrampicherà ?

Non porta scarpe il tavolo,
su quattro piedi sta :
il treno non scodinzola
ma la coda ce l'ha


Anche il chiodo ha una testa,
però non ci ragiona:
la stessa cosa capita
a più d'una persona.

Gianni Rodari
- - - - - - - - -

La tête du clou

La pomme d’Adam
n'est pas le fruit du pommier,
la plante des pieds
n’a pas besoin d’être arrosée.

La table n’a pas de souliers
mais elle repose sur quatre pieds ;
le train ne remue pas la queue
et pourtant il en a une.

Le clou aussi a une tête,
mais il ne raisonne pas
c'est souvent le cas
de plus d'une personne.

Gianni Rodari


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LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS - sommaire

PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS

La plupart des textes publiés n'ayant pas fait l'objet d'une demande d' autorisation, les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 

  • Les textes mis en ligne sont antidatés pour le rangement, ne pas en tenir compte !
  • Les textes sont présentés dans leur orthographe originale.
    Lieucommun n'appliquera pas davantage dans la présentation et les commentaires, les nouvelles révisions orthographiques sensées simplifier l'écriture, mais qui ne sont pas encore généralisées dans les écoles.
    Les puristes corrigeront aussi les erreurs et les fautes de frappe ! (n'hésitez pas à nous les signaler en commentaire)


"
De ma vie je n'ai jamais vu
Plus beau visage que sa voix (…)"
(Angèle Vannier, Poèmes choisis 1947-1978, Rougerie, 1990)


- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

bandeau PP13

"Les voix du poème"

15e Printemps des Poètes : "Les voix du poème"
DU SAMEDI 9 AU DIMANCHE 24 MARS 2013
"Dès sa naissance, au début des temps humains, la poésie est une parole levée. Qu'il soit murmure, cri ou chant, le poème garde toujours quelque chose de son oralité native. Il est donc peu ou prou une affaire de voix, la voix intérieure du poète répondant aux voix du monde".
la suite ici :  http://www.printempsdespoetes.com"  - Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes

 

  • pour illustrer le thème LES VOIX DU POÈME, lieucommun propose un éventail de textes
    sur le thème de la communication à haute voix, parfois sous forme de dialogues, de conversations
  • adaptés aux niveaux des classes de l'école primaire, et d'autres textes peut-être plus difficiles d'accès.

Quelques propositions de production d'écrit accompagnent les textes.



PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS
- - - - SOMMAIRE - - - -

(choisir le texte et cliquer sur le n° de page)

crayon lieucommun<< ce logo signale des propositions de création poétique liées aux textes d'auteurs

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 

-  page 1 (vous y êtes, déroulez la page)

  • COMPTINES, HAÏKUS, CHANSONNETTES

    comptines
    - avec les notes de la gamme, avec les jours de la semaine, avec les saisons , avec les mois, numériques, alphabétiques, sur les personnes et les choses, diverses, comptines d'auteurs
  • haïkus
  • chansonnettes, chansons de divers auteurs

poèmes d'auteurs
poésies et chansons

des auteurs et interprètes de chansons sur le thème de l'enfance (PP 2012)
sont rangés ici
(cliquer sur le nom) :


page 1

A B C D

  • Corinne Albaut - Pierre Albert-Birot - Alphonse Allais
  • Charles Baudelaire - Pierre Béarn - Guy Béart (ci-dessus) - Michel Besnier - Christian Bobin - Alain Bosquet - Alain Boudet - Jacques Brel
  • Hélène Cadou - Maurice Carême - Anne-Marie Chapouton
  • Jacques Charpentreau - Malcolm de Chazal - Andrée Chedid - Paul Claudel
  • Robert Clausard - Pierre Coran
  • Charles Cros
  • Yvan Dautin - Luc Decaunes - Lise Deharme - Lucie Delarue-Mardrus - Marc Delouze
  • Henri Dès - Robert Desnos - Jean-Pierre Develle

page 2 (accès par clic)

E F G H I J K L

  • Michel Deville, Maurice Donnay
  • Paul Éluard
  • Pierre Ferran - Maurice Fombeure - Xavier Forneret
  • Georges Fourest - André Frédérique
  • Pierre Gamarra - Robert Gélis
  • Claire Goll - Luce Guilbaud - Guillevic
  • Jacqueline et Claude Held - Henri Heurtebise
  • Max Jacob, Georges Jean
  • Jean L'Anselme - Boby Lapointe - Michel-François Lavaur
  • Madeleine Le Floch - Madeleine Ley

page 3 (accès par clic)

L M O P Q R

  • Jean Lescure - Bernard Lorraine
  • Gabriel Macé - Jean-Hugues Malineau - Pierre Menanteau
  • Henri Michaux - Michel Monnereau - Jean-Luc Moreau
  • Carl Norac - Géo Norge
  • René de Obaldia
  • Louisa Paulin - Georges Perec - Benjamin Péret
  • Francis Ponge - Christian Poslaniec - Jacques Prévert
  • Raymond Queneau
  • Jules Renard - Yak Rivais - Ghislaine Roman
  • Jacques Roubaud - Jean Rousselot - Claude Roy

page 4 (accès par clic)

S T U V

  • Joël Sadeler - Gilbert Saint-Pré - Paul Savatier
  • Philippe Soupault - Lucie Spède
  • Jean Tardieu - Tristan Tzara
  • Paul-Vaillant Couturier, Boris Vian
  • Louise de Vilmorin - Paul Vincensini

- le sommaire est susceptible d'évoluer -


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PP 2013 - comptines chansonnettes

PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS

COMPTINES à dire ou à chanter

Quelques comptines ou petits poèmes à murmurer ou à dire à haute voix, en conversation, en chanson, ou juste pour jouer à s'écouter avec les assonances ...

certains textes se trouvent déjà dans les catégories du printemps des Poètes des précédentes éditions, et les titres sont pour la plupart suggérés.

Le cheval de bois

Dame, belle dame, au pas grave et lent,
Une, deux,
De ton fier cheval, de ton cheval blanc,
Sans me regarder, tu vas fièrement,
Une, deux.

Si je le voulais, j'irais comme toi
Une, deux,
Sur un vrai cheval, mais le mien, à moi,
M'obéit bien mieux, car il est en bois.
Une, deux.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Une souris verte

Une souris verte,
Qui courait dans l'herbe,
Je l'attrape par la queue,
Je la montre à ces messieurs.

Ces messieurs me disent :
" Trempez-la dans l'huile,
trempez-la dans l'eau,
ça fera un escargot tout chaud !

Traditionnel

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

C’est qui ?

C’est la poule grise,
Qui pond dans l’église,
C’est la poule noire,
Qui pond dans l’armoire,
C’est la poule brune,
Qui pond dans la lune,
C’est la poule blanche,
Qui pond sur la planche.

Comptine traditionnelle du Périgord

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Comptine "C'est ... qui..."

 

Répétition de la même structure, jeu avec les rimes et les assonances.
exemple : Drôles d'oiseaux
C'est le moineau / Qui fait son nid dans un tonneau

C'est l'alouette / Qui fait son nid dans la brouette
C'est ...

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Deux comptines qui jouent sur les sonorités :

Amstramgram*

plouf plouf
amstramgram*
pique et pique et colégram
bourre et bourre et ratatam
amstramgram

*variante :

Am, stram, gram

Am, stram, gram
Pic et pic et colégram
Bour et bour et ratatam
Am, stram, gram

Comptine traditionnelle

- -  - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Timélou lamélou

Timélou lamélou
Panpan timéla
Padi lamélou
Coucoudou
La baya
ah!

 

Comptine traditionnelle (datée de La Belle époque)

 

- -  - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

Un petit bonhomme

 

Un petit bonhomme
Assis sur pomme,
La pomme dégringole,
Le petit bonhomme s’envole
Sur le toit de l’école.

 

Traditionnel

 

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

Les mensonges

 

Ah ! j'ai vu, j'ai vu.
Compèr' qu'as-tu vu ?
J'ai vu une vache,
Qui dansait sur la glace,
À la Saint Jean d'été.
Compèr' vous mentez.

 

Ah ! j'ai vu, j'ai vu.
Compèr' qu'as-tu vu ?
J'ai vu une grenouille,
Qui faisait la patrouillle,
Le sabre au côté.
Compèr' vous mentez.

 

Ah, j'ai vu j'ai vu
Compèr' qu'as-tu vu ?
J'ai vu un loup,
Qui vendait des choux,
Sur la place Labourée*. *
variante : "du marché"
Compèr' vous mentez.

 

Oh, j'ai vu j'ai vu
Compèr' qu'as-tu vu ?
J'ai vu une anguille,
Qui coiffait sa fille,
Pour s'aller marier.
Compèr' vous mentez.

 

Chanson-comptine traditionnelle du XVIIIe siècle

 

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

Jamais on n'a vu...

 

Jamais on n'a vu
jamais on n'verra
la queue d'une souris
dans l'oreille d'un chat, chat, chat.

 

Comptine traditionnelle

 

Il y a de nombreuses variantes, en voici une, chantée,
avec répétition des finales, dont il existe
de nombreuses variantes:

 

Jamais on n'a vu vu vu
Jamais on n'verra ra ra
Un petit chien chien
Porter des lunettes

Jamais on n'a vu vu vu
Jamais on n'verra ra ra
Le nez d'une souris ri ri (ou un' petit' souris, ou la queue)
dans l'oreille d'un chat cha cha.

 

logo_cr_ation_po_tique Comptines sur les modèles "Ah j'ai vu, j'ai vu..." et "Jamais on n'a vu ..."

 

"Ah j'ai vu, j'ai vu..."
Le premier modèle compose un dialogue, dont on peut garder le personnage ou lui donner un nom (Compère est un vieux mot), remplacé par X dans l'exemple qui suit. Les deux premiers vers riment (loup/chou ; vache/glace - assonance) et le dernier vers du mensonge devra rimer si possible en "é" avec "mentez". On acceptera, puisqu'elle est dans la version originale, l'apparente contradiction entre le tutoiement et le vouvoiement.
Une autre option consiste à ne pas utiliser la forme dialogue à chaque strophe, mais une suite de "mensonges" qui réunit toutes les productions retenues. On peut alors introduire la comptine par Compèr qu'as-tu vu ? , énoncer la suite de mensonges, et terminer par Compèr' vous mentez.

 

Ex : Ah ! j'ai vu, j'ai vu... / X qu'as-tu vu ? /
J'ai vu une poule /qui jouait aux boules /avec un oeuf carré /
X vous mentez

 

"Jamais on n'a vu ..."
La rime ici est un son voyelle commun à deux finales de vers. Sur cette structure question-réponse : Jamais on n'a vu, vu, vu, jamais on n'verra, ra, ra... on pourra proposer un jeu phonologique oral avec des sons voyelles (a, i, o, u , ou...). Les mots seront regroupés par rime commune. On cherchera à construire des situations impossibles et amusantes, comme dans la comptine. 

 

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2. Comptines d'auteurs divers :

 

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Les trois classes

 

Dans la classe
de Monsieur Leblond,
On cultive des potirons.

 

Dans la classe
de Madame Levert

(...)

 

  • La suite plus bas au paragraphe Corinne Albaut , avec des idées pour la création poétique.

 

Corinne Albaut ("Comptines pour la rentrée des classes" - collection "Les Petits Bonheurs", Actes Sud Junior, 1997)

De "Corinne Albaut", aussi, la comptine "Sept jours sur sept" avec d'autres idées pour la création poétique" :

 

Sept jours sur sept 

 

Sept jours, dans la semaine,
    Pour porter tout ce que j'aime.
Lundi, mon tee-shirt canari,
    Mardi, mon pull gris souris,
(...)

 

  • La suite plus bas au paragraphe Corinne Albaut , avec des idées pour la création poétique.

 

Corinne Albaut ("Comptines pour compter" - collection "Les Petits Bonheurs", Actes Sud Junior, 1997)
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On trouvera le texte intégral de cette comptine au paragraphe Robert Gélis :

Alphabet

A B C D
Je ne veux pas céder !
E F G H
Il faut que je me fâche !
I J K L
Cette sacrée demoiselle

... pour la suite voir Robert Gélis

Robert Gélis ("En faisant des galipoètes" - Anthologie de Poche - Éditions Magnard, 1983)

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Comptine du trappeur (début du texte)

 

Toi, renard bleu,
je t’aime un peu.
Toi, castor blanc,
passablement.
...


Bernard Lorraine - voir le paragraphe de l'auteur pour la suite

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Les petits lapins

 

Deux petits lapins,
quatre pommes de pin
ont déjeuné à Moscou,
ont soupé à Tombouctou,
sont rentrés coucher
chez
               nous.

Guy-Charles Cros

 

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Le clown Coquelicot

Un clown rigolo
Qui s'appelait Coquelicot
Je lui donne une claque
Ca le rend patraque
Je lui donne un baiser
Il tombe de côté
Il tombe sur un os
Ca lui fait une bosse
Il tombe dans le feu
Ca lui fait des bleus
Ouie ! Aïe ! Ca me fait mal !
J'ai le nez qui mouille
Comme une grenouille

 

Roland Topor (dans "60 poèmes et 60 comptines" - éditions Le Centurion)

 

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Cache-cache

 

Dans la maison
Broute un bison.
Dans le buffet
Rit un orvet.
Dans le tiroir
S’éveille un loir.
Dans le placard
Guette un guépard.
Dans le fauteuil
Niche un bouvreuil.

 

Jean-Claude Renard

 

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La linotte

 

Je suis idiote
dit la linotte.
J'ai oublié mes bottes,
ma redingotte,
et ma culotte.

[…]

 

 

Le dromadaire

 

Un jour au Caire
un dromadaire
entra chez un libraire
et prit une grammaire.
C'est pas vrai, ça fait rien,
ça sera vrai demain

[…]

 

Le kangourou

Le papa kangourou
N’est pas un loup-garou,
C’est un sauteur,

[…]

lire la suite de ces trois comptines au paragraphe de l'auteur :
Paul Savatier

 

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Dans le panier

 

Qu’y a-t-il dans le panier ?
- De la paille.
Qu’y a-t-il dans la paille ?
- Une poule.
Qu’y a-t-il sous la poule ?
- Un oeuf.
Qu’y a-t-il dans l’oeuf ?
- Le blanc.
Qu’y a-t-il dans le blanc ?
- Le jaune.
Qu’y a-t-il dans le jaune ?
- Une aiguille.
Qu’y a-t-il dans l’aiguille ?
- Un trou.
Qu’y a-t-il dans le trou ?
- Une grosse bête qui court après toi.

 

Georges Jan ("Il était une fois, la poésie" - Éditions Messidor La Farandole, 1974)

 

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Le petit pou

 

Assis sur le genou
d'un hibou
le petit pou
cherchant son joujou
...

Robert Clausard - voir le paragraphe de l'auteur pour la suite

 

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Comptine du pacha

 

Le pacha
Des émirats
A plus de chats
Que de rats

Les souris
Se le sont dit
Et sont parties
Pour Paris

Le pacha
Ébaudi
Et ses chats
Ébahis
Restent là
Aujourd'hui
Et c'est toi
Qui es sorti.


Bernard Clavel ("Rouge pomme" - Éditions L'École des Loisirs, 1982)

 

 

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Rossignol
 
Rossignol joli
Do si do ré mi
Joli rossignol
Mi fa mi fa sol
Rossignol cendré
Fa sol fa mi ré
Fais chanter l'écho
Fa sol mi ré do

Pierre Roy

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La gamme

Qui chante en do ?
L'escargot !
Qui chante en ré ?
L'araignée !
Qui chante en mi ?
La fourmi !
Qui chante en fa ?
Le lama !
Qui chante en sol ?
La boussole !
Qui chante en la ?
Le cobra !
Qui chante en do ?
Le chameau !
Mais moi je chante de bas en haut :
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do !

Jacques Charpentreau

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Les comptines sont en général très rythmées. Les enfants utilisent celle-ci dans un jeu d'"élimination". Ils forment un cercle, et le meneur de jeu désigne successivement chacun des participants en scandant la comptine syllabe par syllabe. Celui sur qui "tombe" le "hors" de "dehors" est éliminé. D'autres comptines, c'est leur rôle initial, serviront au contraire à désigner quelqu'un.

 

Quelle heure est-il ?

 

Bonjour Madame.
Quelle heure est-il ?
Il est midi.

 

Qui est-ce qui l'a dit ?
La petite souris.

 

Où est-elle ?
Dans la chapelle.

 

Qu'y fait-elle ?
De la dentelle.

 

Pour qui ?
Pour les dames de Paris
Qui portent des souliers gris.

 

Pin pon d'or
La plus belle, la plus belle,

 

Pin pon d'or
La plus belle est en dehors.

 

Traditionnel

 

logo_cr_ation_po_tique Comptines questions-réponses

 

Les comptines qui précèdent s'apparentent à un jeu question-réponse. Sur ce modèle, on peut imaginer un dialogue autour d'un thème.

 

  • La première comptine est construite en "poupées russes" (comme le poème de Charpentreau Dans notre ville il y a ...). On apportera de la fantaisie avec des contradictions, des impossibilités, et peut-être une surprise finale.
  • La seconde comptine, fait penser au dialogue "loup y-es tu ?" (en moins inquiétant). De la même manière, on pourra s'amuser à décaler les réponses aux questions avec des rimes ou des assonances.

 

exemple (proposé par le blog) :

 

Bonjour madame la souris
Qu'avez-vous mangé à midi ?
-  Un très gros chat
-  Je ne vous crois pas
-  Alors c'était une vache à lait
-  Je le crois, vous vous êtes tâchée.

 

  • En gardant la structure dialogue mais avec  des éléments de phrase indépendants, dissociés, l'exercice se rapproche du  jeu du Cadavre exquis (cf André Breton).

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    La famille Hurluberlu

Dans la famille Hurluberlu
Il y a dix chiens et dix tortues
Où sont les chiens ?
on n'en sait rien !
Et les tortues ?
On ne sait plus !

anonyme
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Bonjour

Bonjour, mon p'tit amour.
S'il te plaît, mon p'tit bébé.
Merci, mon p'tit chéri.
Pardon, mon p'tit mignon.
Coucou, mon  p'tit loup.
A tout à l'heure, mon p'tit cœur.
A bientôt, mon p'tit oiseau.
Au revoir, Mon p'tit canard.
Bonne nuit, mon p'tit ami.
A demain, mon p'tit lapin.
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anonyme

Bonjour madame

Bonjour madame, comment ça va ?
Ça va pas mal et votre mari ?
Il est malade à la salade
Il est guéri au céleri

anonyme ("Petites comptines pour tous les jours" - Nathan)

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Une comptine express (texte adapté par le blog) :

Bonjour lundi !
Comment va mardi ?
- Très bien, mercredi.
Je viendrai jeudi
pour dire à vendredi
qu'il se prépare samedi
à danser dimanche.

logo_cr_ation_po_tiqueComptine des jours de la semaine

Cette comptine peut aider à mémoriser les jours de la semaine, dans l'ordre chronologique (oui, c'est déjà ça). Elle ne se prête pas facilement à la construction d'une histoire séquentielle, ni à une mise en rimes autre qu'en "i".
On peut cependant tourner la difficulté en situant ailleurs rimes ou asonances, et créer avec les noms des jours une comptine en forme d'emploi du temps plutôt inhabituel (cf le poème de Luc Bérimont Emploi du temps, qu'on trouvera plus haut dans cette page).

Exemple :

Le lundi  je pilote un avion
Le mardi  je joue d' l'accordéon
Le mercredi je reste au lit (pour structurer l'emploi du temps un  minimum !)
Le jeudi  je danse le tango
Le vendredi  je fais le zigoto
Le samedi  je pèle des oranges
et le dimanche je les mange.

(texte proposé par le blog)

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Une autre comptine, qui rime en "i" cette fois :

Le lundi tout petit
le mardi tout gentil
le mercredi à l'abri
le jeudi étourdi
le vendredi dégourdi
le samedi endormi
et le dimanche tout recommence


anonyme

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avec les saisons

En automne, tout m'étonne.
En hiver, j'espère.
Au printemps, j'apprends.
L'été : j'aurai tout oublié !

anonyme

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avec les mois de l'année

Cette chanson est interprétée par Anne Sylvestre et Manick (paroles d'Emmanuelle Parrenin) :

La chanson des 12 mois

C'est janvier le premier né,
sa couronne sur la tête,
il dévore une galette!

Février c'est le second,
qui s'enrhume et qui grelotte,
qui réclame une bouillotte.

Regardez le mois de mars,
il dessine sur les branches
des pétales de soie blanche.

Le suivant s'appelle avril
et c'est le mois qui réveille
les oiseaux et les abeilles.

Quand le mois de mai s'en vient,
il met tout le monde à l'aise
devant un panier de fraises.

Pour fêter le mois de juin,
il faut entrer dans la danse
du soleil et des vacances.

En juillet s'en va dormir
entre deux bottes de paille
la chevelure en bataille.

Le mois d'août n'est qu'un voyou,
il invente des orages
pour taquiner les nuages.

Et septembre tout doré
prend la route de l'école
sous les feuilles qui s'envolent.

C'est octobre le suivant
qui te fait une frimousse
parsemée de tâches rousses.

Et novembre tout en gris
se dépêche dans la brume
d'attraper son premier rhume.

C'est décembre le dernier
qui réclame à tous ses frères
des cadeaux d'anniversaire.

Emmanuelle Parrenin

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Pour construire une comptine à la manière de, il y a aussi ce beau poème d'Alain Bosquet (1919-1998). Ne pas oublier de "s'amuser" en l'imitant :

Les mois de l’année

Janvier pour dire à l’année "bonjour !"
Février pour dire à la neige "il faut fondre"
Mars pour dire à l’oiseau migrateur "reviens"
Avril pour dire à la fleur "ouvre-toi"
Mai pour dire "ouvriers nos amis"
Juin pour dire à la mer "emporte-nous très loin"
Juillet pour dire au soleil "c’est la saison"
Août pour dire "l’homme est heureux d’être homme"
Septembre pour dire au blé "change-toi en or"
Octobre pour dire "camarades la liberté"
Novembre pour dire aux arbres "déshabillez-vous"
Décembre pour dire à l’année " adieu, bonne chance"
Et douze mois de plus par an,
Mon fils,
Pour te dire que je t’aime.

Alain Bosquet

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logo_cr_ation_po_tiqueComptine des mois de l'année

Exemples de structures imitées de ce poème :

Janvier pour dire, pour dire à ... / Janvier pour ... + verbe d'action / Janvier parce que... / etc.

1, 2, 3 nous irons au bois

 

Un deux trois
nous irons au bois
quatre cinq six
cueillir des cerises
sept huit neuf
dans un panier neuf
dix onze douze
elles seront toutes rouges.

logo_cr_ation_po_tiqueComptines numériques

  • On observera dans les comptines présentées ici, qui ne sont pas toujours amusantes, différentes formes d'organisation. On se procure des rimes et des assonances en regroupant les suites de nombres, ce qui réduit la difficulté de recherche et permet de raccourcir le texte.
  • Un, deux, trois (ci-dessus) rime avec le son oi, et on arrive à douze (on n'y est pas obligé!) en seulement quatre étapes.
  • Plus loin, on trouve des suites de deux nombres : "un, deux, vl'à les oeufs / trois quatre, faut les battre "... et il faut six étapes pour atteindre dix, etc.
  • Choisir donc d'abord le modèle à construire, repérer les rimes et assonances nécessaires, rechercher, lister les mots qui conviendront. Laisser l'imagination déborder, thème de l'humour oblige.

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    Cette nuit, j’ai vu…

    Cette nuit, j’ai vu…

    une libellule
    éteindre la lune.

    Deux oies
    casser des noix.

    Trois limaçons
    jouer du violon.

    Quatre canards
    courir sur la mare.

    Cinq chevaux
    cueillir des poireaux

    Six souris
    manger des radis

    Sept poulettes
    danser en chaussettes

    Huit lapins
    faire du patin

    Neuf hirondelles
    démonter la Tour Eiffel

    Et dix fourmis
    en chemise de nuit
    qui m’ont crié :
    réveille-toi !
    assez dormi !

    ----------------------------------------

    Bonjour monsieur Soleil

    Bonjour monsieur Soleil que faites-vous donc là ?
    je fais mûrir des bananes pour tous ces enfants là !
    Bonsoir madame la Lune, que faites-vous là ?
    je fais mûrir des prunes, pour tous ces enfants-là
    Bonjour monsieur le Soleil, que faites-vous là ?
    je fais mûrir des groseilles pour tous ces enfants-là.
    Bonjour monsieur soleil que faites-vous donc là ?
    je fais mûrir des bananes pour tous ces enfants là !

    etc.

    ----------------------------------------

    Do ré mi, la perdrix

    Do ré mi, la perdrix
    mi fa sol, elle s'envole
    fa mi ré, dans le pré
    mi ré do, tombe à l'eau.

    ----------------------------------------

    Pomme de reinette et pomme d'api

    Pomme de reinette et pomme d'api
    tapis tapis rouge
    Pomme de reinette et pomme d'api
    tapis tapis gris

    ----------------------------------------

    Les deux comptines qui suivent ont été trouvées ici : http://www.momes.net/comptines


        Paysage d'Afrique
     
    Le crocodile
    Croque Odile.
    Le féroce rhinocéros
    S’est fait des bosses.
    L’hippopotame
    Joue du tam-tam.
    À une branche,
    Le serpent se pend.
    Le léopard repart.
    Et mademoiselle la gazelle
    Se trouve très belle
    Dans son miroir.

    ---------------------------------

    Brousse
     
     Brousse, brousse
    J'aime ma brousse
    J'aime ma brousse
    Et ma jolie savane (2 fois)
     
    Y'a des tigres, y'a des lions
    Y'a des léopards
    J'aime ma brousse
    Et ma jolie savane (2 fois)
     
     (On recommence en accélérant)

    --------------------------------------------------------------------------------

    CHANSONS

    Monsieur le vent

    Soufflez monsieur le vent,
    faites danser les nuages
    et les cheveux des enfants sages.

    Soufflez monsieur le vent,
    Emportez les papiers
    et le chapeau du jardinier

    Fernande Huc - lien pour la partition musicale, d'autres comptines chantées, et des pistes pédagogiques détaillées : http://www.crdp-strasbourg.fr/cddp68/maternelle/aria/aria.htm#monsieur

    ----------------------------------------

    Derrière chez moi

    Derrière chez moi devinez ce qu'il y a* ? (bis)

    Y a un arbre, le plus bel arbre, arbre du bois
    petit bois derrière chez moi

    Et la lon là lon lère et la lon là lon là
    Et la lon là lon lère et la lon là lon là


    Et sur cet arbre devinez ce qu'il y a (bis)
    Y a une branche, la plus belle branche, branche sur l'arbre, arbre du bois,
    Petit bois derrière chez moi
    Et la lon là lon lère et ...

    Et sur cette branche devinez ce qu'il y a (bis)
    Y a une feuille, la plus belle feuille, feuille sur la branche,

    branche sur l'arbre, arbre du bois
    Petit bois derrière chez moi


    Et sur cette feuille devinez ce qu'il y a (bis)
    Y a un nid, le plus beau des nids, nid sur la feuille,

    feuille sur la branche, branche sur l'arbre, l'arbre du bois
    Petit bois derrière chez moi


    Et dans ce nid, devinez ce qu'il y a (bis)
    Y a une aile...


    Et sur cette aile, devinez ce qu'il y a (bis)
    Y a une plume...


    Et sur cette plume, devinez ce qu'il y a (bis)
    Y a un poil..


    Et dans ce poêle, devinez ce qu'il y a (bis)
    Y a un feu...


    Et dans ce feu devinez ce qu'il y a (bis)
    Y a un arbre, le plus bel arbre, arbre du bois
    Petit bois derrière chez moi

    * variante traditionnelle, pour détourner un peu le langage : "devinez quoi qui n'y a..."


Posté par de passage à 23:45 - PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS - Permalien [#]

Auteurs A - PRINT POÈTES 2013 EN FRANÇAIS - Corinne Albaut - Pierre Albert-Birot

PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS

AUTEURS lettre A

- Corinne Albaut -

livre_comptines_rentr_eCorinne Albaut écrit, publie, interprète des comptines pour les petits.
Elle dirige aussi la collection "Les Romans Bleus" (Gulf Stream éditeur - 2006), pour les ados de 11 à 14 ans, dans laquelle elle a écrit Chicago Blues. D'autres romans sont parus chez Acte Sud junior.
Dans la jolie collection
"Les Petits Bonheurs", toujours chez Acte Sud junior, on trouvera plusieurs petits recueils intitulés "Comptines pour ...", à commander et à recommander aussi aux parents (6,50 € chacun en librairie).

 

Les trois classes

Dans la classe
de Monsieur Leblond,
On cultive des potirons.

Dans la classe
de Madame Levert,
On cultive des primevères.

Dans la classe
de Mademoiselle Legris,
On cultive des radis.

Dans son bureau
La directrice, elle
fait pousser des myosotis.

Corinne Albaut ("Comptines pour la rentrée des classes" - collection "Les Petits Bonheurs", Actes Sud Junior, 1997)

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Une autre comptine, trouvée dans le recueil "Comptines pour compter" :
 

Sept jours sur sept 

Sept jours, dans la semaine,
    Pour porter tout ce que j'aime.
Lundi, mon tee-shirt canari,
    Mardi, mon pull gris souris,
    Mercredi, mon short kaki,
    Jeudi, mon bermuda fleuri,
    Vendredi, ma chemise bleu nuit,
    Samedi, mon polo cramoisi,
    Dimanche, ma casquette blanche.

Chic, des pieds à la tête,
    Sept jours sur sept.

Corinne Albaut ("Comptines pour compter" - collection "Les Petits Bonheurs", Actes Sud Junior, 1997)

logo_cr_ation_po_tique À la manière de Corinne Albaut : " Dans la classe de ... "

On trouve dans le recueil cité deux autres variantes de cette comptine. Leur structure peut être reprise et adaptée au cours d'une séance de création poétique orale en maternelle. L'occasion de jouer avec les sons, les rimes. Voyez ICI un exemple de ce travail dans une classe de CP.

À la manière de " Sept jours sur sept ... " 

Exemple proposé par le blog lieucommun, avec des rimes  ou assonances diverses :

Une semaine de vacances

Sept jours, dans la semaine,
Pour faire tout ce que j'aime.
Lundi, gagner à la loterie
Mardi, acheter un hélicoptère
Mercredi, faire le tour de la Terre

Jeudi, acheter un paquebot
Vendredi, voyager jusqu'à Rio
Samedi, la semaine s'achève,
Dimanche, me reposer de mes rêves.

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Pour le thème de la voix, une comptine très expressive :

Cadeaux par ci, jouets par là

Qu' y a-t-il dans ce paquet-ci ?
Qu' ya-t-il dans ce paquet-là ?
Oh, le beau jouet que voici !
Oh, le beau jouet que voilà !
Moi, je préfère celui-ci.
Moi, je préfère celui-là.
Celui-ci est à moi, mais si !
Mais celui-là, je n'en veux pas.

Tu le gardes pour aujourd'hui
Et demain, on échangera.
Encore un paquet par ici !
Oh, encore un paquet par là !

Corinne Albaut

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La comptine qui suit est présente avec d'autres sur le site de l'auteure, à visiter ici :
http://www.corinne-albaut.fr

Les sauterelles


Deux sauterelles au bord de l’eau,
jouent à qui saute le plus haut.
- Hop ! c’est qui ?
- Hop ! c’est moi !
Hop, par-ci,
Hop par-là !
A force de sauter,
Elles tombent dans l’eau glacée.
- Hou ! c’est froid !
Sortez-nous de là !

 

Corinne Albaut


- Pierre Albert-Birot -

livre_albert_birot_amusements_naturelsPierre Albert-Birot (1876-1967), est un écrivain, poète, metteur en scène et dramaturge de théâtre. Sculpteur aussi avec "La veuve", oeuvre monumentale commandée par l'état.
Il a côtoyé, dans la revue SIC (Sons, Idées, Couleurs et Formes) dont il est le fondateur, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Max Jacob, Pierre Reverdy, Philippe Soupault, Tristan Tzara ...

Proche des surréalistes, sans vraiment appartenir à ce mouvement, il joue avec les mots, les sons et les graphies.

"Que vas-tu peindre, ami ?
- L'invisible.
- Que vas-tu dire, ami ?

- L'indicible, Monsieur,
car mes yeux sont dans ma tête".


N'ayez pas peur, c'est un poète.

Pierre Albert-Birot

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Le thème de la voix trouve ici une interprétation originale, avec ce Poème à crier et à danser, qui est aussi une oeuvre graphique, un poème à voir :

Poème à crier et à danser

êêêê    èèè     éé
a   ouou        a   ouou        êê
(1) Bing - - - - - - - - - bing - - - - - - - -
(1) brrrrrrr  - - - - brrrrrrrr         tzinnn
(1) ô - - - - ô - - - - ôôô
a  iii     a  iii     a  iii        i   i   i
âo     âo     âo     âo     âo     âo      tzinnn
âo     âo     âo     âo     âo     âo      tzinnn
rrrrrrrrr          rrrrrrrrr
rrrrrrrr
(2) ououououououououououou
(3) uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu
i

notes de l'auteur : (1) prolonger le son - (2) mettre la main en soupape sur la bouche - (3) mettre la main en porte-voix
Pierre Albert-Birot ("Poème à crier et à danser" - chant 3 - ces poèmes sont parus en 1917 dans la revue SIC).

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D'autres poèmes à dire :

 

Cœur cœur cœur 

Cœur cœur cœur
Ton cœur bat trop fort
Toctoctoc toctoctoc
Quel printemps dans ton cœur
Il bat double
Il bat triple
Toctoctoc toctoctoc
Il bat les ans froids
Il bat les ans chauds
Il bat les ans fluides
Ton cœur bat trop fort
Le cœur de ton corps
Le cœur de ton âme
Ton cœur est en flammes
Etends-toi toujours
Cette onde courte qui t’emporte
Eh quoi déjà si loin déjà si loin
Déjà si près déjà si près
Déjà si loin déjà si loin

Pierre Albert-Birot

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Admiration

J'ai été devant les maisons de la ville
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant les roues et les machines
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les monts immobiles
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant les mers bleues les mers vertes
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant les arbres des forêts
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les grosses bêtes
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les petites bêtes
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les femmes
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les hommes
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant l'ombre

Et j'ai dit C'est admirable
Et devant la lumière
Et j'ai dit C'est admirable

Parce que j'ai regardé

Pierre Albert-Birot ("Grabinoulor - réédité aux éditions jean-michel place, 2007) - absence de ponctuation respectée

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L'oreille fine (titre proposé)

L'herbe dites-vous
Ne fait aucun bruit pour pousser
L'enfant pour grandir
Le temps pour passer
Vous n'avez vraiment pas l'oreille fine.

Pierre Albert-Birot (Poème 88 à lire dans "Cent dix gouttes de poésie" - éditions Seghers, 1952)

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Le silence (titre proposé)

Ni ombre ni lumière
Pas un mot
On tend la main pour cueillir le silence
C’est le silence
Qui prend la main.

Pierre Albert-Birot

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Chatterie

Chat chat chatte
Noir et blanc
Jour couchant
Prends ma patte
Dans ta main
Trop humain
Trop humain
Trop félin
Trop félin
Ton nez rose
Me repose
Des maisons
Des raisons
Mes prisons
Tu t'en fiches
Tu te niches
Sur mon cou
Ton miaou
Me câline
Dodeline
Ton ronron
Me fait rond
Le coeur blond
Amoureuse
Et frileuse
Tu me dis
Mon ami
L'heure sonne
Mais personne
Que nous deux
Poil soyeux
Qui se joue
Sur ma joue
L'allumeur
Le bruit meurt
Chatte et homme
Font un somme
Plus un bruit
C'est la nuit

Pierre Albert-Birot ("Les amusements naturels" - éditions Rougerie, 1985)

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Ça (titre proposé)

Ça dans ma main c’est moi
ça sous mes pieds c’est moi
ça devant moi c’est moi
mais l’autre pareil
prend ce que je prends
marche sur ma marche
voit ce que je vois
et me dit que c’est lui
mais je dis tout est moi
tout et toi
lui dit je
je dis JE et je me serre la main
avec MA main.

Pierre Albert-Birot


- Alphonse Allais -

chat_noir_cabaretAlphonse Allais  (1854-1905) est un poète, nouvelliste, journaliste, humoriste français, plus connu par ses nouvelles et ses facéties de journaliste (entre autres un pseudo-courrier des lecteurs et des compte-rendus de soi-disants faits divers loufoques), que par ses poésies.
C'est au cabaret du Chat noir, avec d'autres humoristes, écrivains et poètes, qu'Alphonse Allais a pratiqué divers jeux de poésie.
Alphonse Allais était né au Havre (Calvados), et bien que disparu, La Bibliothèque de Lisieux nous donne à cette adresse de bonnes nouvelles de l'écrivain :
http://www.bmlisieux.com/litterature/allais/allais.htm

"Le caoutchouc serait un matériau très précieux, n'était son élasticité
qui le rend impropre à de nombreux usages."

Alphonse Allais

Déjà publié dans PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes voici une excellente occasion de "révisionner" votre subjonctif. On trouve ce texte souvent raccourci. Il est ici intégral et conforme à l'original.

Ce poème est à dire en insistant sur les subjonctifs tordus que l'auteur a  revisités et parfois assassinés
  :

Complainte amoureuse

Oui dès l'instant où je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l'amour qu'en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis ?
De quelle cruauté vous fûtes ?
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis,
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis ;
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid, voir ce que je mis.
Ah ! Fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu'ingénument je vous le dise,
Qu'avec orgueil vous vous tussiez ;
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu'en vain je m'opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez !

Alphonse Allais (texte publié dans "Le Journal")
C'est aussi une chanson, que Juliette Gréco a interprétée, sur une musique de Jean Spanos.

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autre texte à dire en détachant la moralité saugrenue :

La fille du vieux Peau Rouge

La brune Shemulpa, fille du vieux Peau Rouge,
Apprenait à danser avec que sa maman.
Or, sa maman lui dit : " Eh là, ma pauvre enfant,
Tu sautes bien fort.
C'est le ventre qui bouge,
Non tout le corps.
Danse avec moi et fais le pas très sagement."

Moralité : Le pas sage de la mère rouge


Alphonse Allais (dans "Le Journal" en novembre 1899)


Posté par de passage à 23:30 - PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS - Permalien [#]

Auteurs B - PP 2013 EN FR - Baudelaire - Pierre Béarn - Michel Besnier - Christian Bobin - Alain Bosquet - Alain Boudet - J Brel

PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS

AUTEURS lettre B

- Charles Baudelaire -

La poésie de Charles Baudelaire (1821-1867) s'écarte du modèle classique respecté jusqu'ici. La forme des "Fleurs du mal" n'est pas totalement nouvelle, mais c'est sur le fond qu'il libère la poésie des barrières éthiques et morales de son temps, n'hésitant pas à inviter la laideur et le vice dans les rimes de ce recueil, ce qui lui vaudra quelques ennuis pour "offense à la morale religieuse" et "outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs". Une amende et surtout l'obligation de retirer les textes les plus dérangeants. Ce jugement ne sera "cassé" qu'un siècle plus tard, en 1949 ... On citera un deuxième ouvrage remarquable par sa liberté d'écriture : "Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris ", qui ne sera hélas publié qu'à titre posthume. En voici le poème le plus connu :

L'étranger

- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou bien ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

Charles Baudelaire ("Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris " publication posthume en 1869)

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L'invitation au voyage

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillants à travers leurs larmes.

Là tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’il viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe calme et volupté.

Charles Baudelaire ("Les Fleurs du Mal" - 1857)



- Pierre Béarn -

Homme, / qui que tu sois / tu n’emporteras rien / avec toi. (Pierre Béarn)

Pierre Béarn
(1902-2004), poète et romancier français, a traversé entièrement le XXe siècle.
Il est connu des écoliers pour ses recueils de fables,
avec ici, un langage direct qu'on devra autoriser les enfants à utiliser, voyez la chute !
Le second texte joue davantage sur les sonorités, avec là encore, c'est une caractéristique des fable, une chute inattendue.

Un raton-laveur
 
Un raton-laveur scrupuleux
cherchait à justifier son nom
en fréquentant le bord des mares.
 
Un matin d’orage au repos
il rencontra sous la feuillée
un escargot la mine en pleurs.
 
–  Un cochon m’a éclaboussé
en se roulant dans son fumier,
dit le pauvret fort mal à l’aise
et me voilà défiguré !
 
–  Ne suis-je pas raton-laveur ?
répondit le rat scrupuleux
je vais lessiver ta coquille.
 
Mais le raton qui voulait plaire
n’avait de laveur que le nom
il escrabouilla l’escargot
Car il n’était qu’un salaud !
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Poisson-scie et sa cousine
 
Un poisson-scie s’encolérait
d’avoir perdu chez les sardines
une cousine qu’il aimait.

Rendez-la-moi! sales gamines !
leur criait-il d’un air mauvais,
ou je vous ferai orphelines !
Foutriquet ! dit une bambine,
ne vois-tu pas que ta cousine
est dans ce filet prisonnière
comme tout le peuple des sardines ?

L’énervé dut scier les rets
d’où s’échappèrent les sardines
mais lui resta dans le filet.
Il s’était trompé de cousine.

Pierre Béarn ("Fables" - éditions Nathan et EDITINTER)


- Michel Besnier -

Michel Besnier (né en 1945) , enseignant, romancier et poète, écrit pour la jeunesse.

Mes résidences
 
Je n’habite pas du côté de l’océan
mais du côté de la goutte d’eau
 
Je n’habite pas du côté de la forêt
mais du côté du brin d’herbe
 
Je n’habite pas du côté de l’ouragan
mais du côté du courant d’air
 
Je n’habite pas du côté de l’aigle
mais du côté du pingouin
 
Dites-moi où vous habitez
si vous habitez mon quartier
 
Je viendrai un de ces jours
vous dire un petit bonjour

Michel Besnier ("Le Verlan des oiseaux et autres jeux de plumes" illustré par Henri Galeron, éditions Motus, Collection Pommes Pirates Papillons, 1995)


- Christian Bobin -

"La certitude d'avoir été, un jour, aimé, c'est l'envol définitif du cœur dans la lumière".

citation de Christian Bobin dans "Paroles de bonheur" (Albin Michel).

Nous n'habitons pas des régions.

Nous n'habitons même pas la Terre.
Le coeur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure.

Qui n'a pas connu l'absence ne sait rien de l'amour

Christian Bobin
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Tu sais ce que c'est la mélancolie ? Tu as déjà vu une éclipse ?
Et bien c'est ça : la lune qui se glisse devant le coeur, et le coeur qui ne donne plus sa lumière.
La nuit en plein jour.
La mélancolie c'est doux et noir.

Christian Bobin ("La folle allure")

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On ne peut pas penser quand on est amoureux.
On est trop occupé à brûler sa maison.

On ne garde aucune pensée pour soi.
On les envoie toutes vers l'être aimé.
Comme des colombes, comme des étoiles, comme des rivières.

Quand on est amoureux on est ivre.
Comme cet homme hier dans la rue.

Il avançait, étourdi de boisson.
La voix forte, le geste ample.
Il s'entretenait avec lui-même.

Il a soudain fouillé dans son manteau, en a sorti de l'argent
Qu'il a jeté par poignées sur la route.

Puis s'en est allé.
Dédaigneux de sa fortune. Délié de soi.
Déprit de tout royaume.

Oui l'on est un peu comme ça lorsqu'on est amoureux.
On vide ses poches, on perd son nom.

On découvre avec ravissement la certitude de n'être rien.

Christian Bobin
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J'ai trouvé

J'ai trouvé, mon amour, le nom le plus secret et le plus clair pour dire ce qu'est ta vie dedans ma vie : l'air.

Tu es l'air qui ne me fait jamais défaut, cet air si nécessaire à la pensée et au rire,
cet air qui rafraîchit mon coeur et fait de ma solitude une place battue par tous les vents.

Christian Bobin ("L'éloignement du monde")


- Alain Bosquet -

Alain Bosquet
est le nom d'auteur d'Anatole Bisk (1919-1998). C'est un écrivain français d'origine russe, auteur de théâtre, de nouvelles, de romans, de récits, et de poésies très adaptées aux enfants d'élémentaire, et aux grands enfants que nous sommes restés, parfois.

Ici un texte qui pourrait être interprété à plusieurs voix :

Un enfant m’a dit

Un enfant m’a dit :
"La pierre est une grenouille endormie."
Un autre enfant m’a dit :
"Le ciel, c’est de la soie fragile."
Un troisième enfant m’a dit :
"L’océan, quand on lui fait peur, il crie."
Je ne dis rien, je souris.
Le rêve de l’enfant, c’est une loi.
Et puis, je sais que la pierre,
Vraiment, est une grenouille,
Mais au lieu de dormir
Elle me regarde.

Alain Bosquet ("Le cheval applaudit" - Enfance heureuse, éditions Ouvrières, 1977)

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J'écrirai

J’écrirai ce poème,
     pour qu'il me donne
     un fleuve doux
     comme les ailes du toucan

J’écrirai ce poème
     pour qu'il t'offre une aurore
     quand Il fait nuit
     entre ta gorge et ton aisselle

J'écrirai ce poème
     pour que dix mille marronniers
     prolongent leurs vacances
     pour que sur chaque toit
     vienne s'asseoir une comète

J'écrirai ce poème
     pour que le doute ce vieux loup
     parte en exil
     pour que tous les objets reprennent
     leurs leçons de musique

J'écrirai ce poème
     pour aimer comme on aime par surprise
     pour respecter comme on respecte en oubliant
     pour être digne
     de l'inconnu de l'impalpable

J'écrirai ce poème
     mammifère ou de bois
     il ne me coûte rien

il m'est si cher
Il vaut plus que ma vie.

Alain Bosquet ("Le cheval applaudit" - Enfance heureuse, éditions Ouvrières, 1977)


- Alain Boudet -

Alain Boudet
est né en 1950. Il exerce le métier de documentaliste et a publié une vingtaine de recueils de poésie, des textes de chansons pour des auteurs compositeurs-interprètes, etc (voir son site).

Pas de titre pour ce texte :

Elle souffle sur la lune
et fait tomber le ciel
dans la buée du soir.

Et quand la lune éclate
on voit soudain filer le rire des étoiles.

Alain Boudet ("Poèmes pour sourigoler" - Blanc Silex, 1999)



- Jacques Brel -

Jacques Brel
(1929-1978), poète, auteur-compositeur et chanteur belge, cinéaste et acteur, a chanté comme personne son "plat pays", et les îles Marquises, où il choisit de finir ses jours.

Le plat pays

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague
Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues
Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le cœur à marée basse
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent de l'est écoutez-le tenir
Le plat pays qui est le mien

Avec des cathédrales pour uniques montagnes
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne
Où des diables en pierre décrochent les nuages
Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent d'ouest écoutez-le vouloir
Le plat pays qui est le mien

Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu
Avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité
Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu
Avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s'écarteler
Avec le vent du nord écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien

Avec de l'Italie qui descendrait l'Escaut
Avec Frida la Blonde quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet
Quand le vent est au rire, quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud, écoutez-le chanter
Le plat pays qui est le mien.

Jacques Brel (éditions Musicales Barclay, 1962)

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Les Marquises

Ils parlent de la mort
comme tu parles d'un fruit
ils regardent la mer
comme tu regardes un puits
les femmes sont lascives
au soleil redouté
et s'il n'y a pas d'hiver
cela n'est pas l'été
la pluie est traversière
elle bat de grain en grain
quelques vieux chevaux blancs
qui fredonnent Gauguin*
et par manque de brise
le temps s'immobilise
aux Marquises

Du soir montent des feux
et des pointes de silence
qui vont s'élargissant
et la lune s'avance
et la mer se déchire
infiniment brisée
par des rochers qui prirent
des prénoms affolés
et puis plus loin des chiens
des chants de repentance
des quelques pas de deux
et quelques pas de danse
et la nuit est soumise
et l'alizé se brise
aux Marquises

Le rire est dans le coeur
le mot dans le regard
le coeur est voyageur
l'avenir est un hasard
et passent des cocotiers
qui écrivent des chants d'amour
que les soeurs** d'alentour
ignorent d'ignorer
les pirogues s'en vont
les pirogues s'en viennent
et mes souvenirs deviennent
ce que les vieux en font
veux tu que je dise
gémir n'est pas de mise
aux Marquises

** les soeurs : les religieuses
Jacques Brel (éditions Musicales Barclay, 1977) - * Paul Gauguin est enterré aux Marquises, comme Jacques Brel :
"Vous regardez ensemble / Se lever le soleil / Au-dessus des lagunes / Où galopent des chevaux blancs" (extrait de la lettre-poème de Barbara à Jacques Brel, après la disparition du chanteur) 

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Et puisqu'il est question de "voix" en ce printemps 2013, voici une chanson qui s'en moque  :

La parlote

C'est elle qui remplit d'espoir
Les promenades les salons de thé
C'est elle qui raconte l'histoire
Quand elle ne l'a pas inventée
C'est la parlote, la parlote

C'est elle qui sort toutes les nuits
Et ne s'apaise qu'au petit jour
Pour s'éveiller après l'amour
Entre deux amants éblouis
La parlote la parlote

C'est là qu'on dit qu'on a dit oui
C'est là qu'on dit qu'on a dit non
C'est le support de l'assurance
Et le premier apéritif de France
La parlote la parlote
La parlote la parlote

Marchant sur la pointe des lèvres
Moitié fakir et moitié vandale
D'un faussaire elle fait un orfèvre
D'un fifrelin elle fait un scandale
La parlote la parlote

C'est elle qui attire la candeur
Dans les filets d'une promenade
Mais c'est par elle que l'amour en fleurs
Souvent se meurt dans les salades
La parlote la parlote

Par elle j'ai changé le monde
J'ai même fait battre tambour
Pour charger une Pompadour
Pas même belle pas même blonde
La parlote la parlote
La parlote la parlote

C'est au bistrot qu'elle rend ses sentences
Et nous rassure en nous assurant
Que ceux qu'on aime n'ont pas eu de chance
Que ceux qu'on n'aime pas en ont tellement
La parlote la parlote
La parlote la parlote

Si c'est elle qui sèche les yeux
Si c'est elle qui sèche les pleurs
C'est elle qui déssèche les vieux
C'est elle qui déssèche les coeurs
Gna gna gna gna gna gna
Gna gna gna gna gna gna

C'est elle qui vraiment s'installe
Quand on n'a plus rien à se dire
C'est l'épitaphe c'est la pierre tombale
Des amours qu'on a laissé mourir
La parlote la parlote
La parlote la parlote

Jacques Brel
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Une chanson à chanter ou à dire  :

Regarde bien petit

Regarde bien petit, regarde bien
Sur la plaine là-bas
A hauteur des roseaux
Entre ciel et moulin
Y a un homme qui vient
Que je ne connais pas
Regarde bien petit, regarde bien

Est-ce un lointain voisin
Un voyageur perdu
Un revenant de guerre
Un montreur de dentelles
Est-ce un abbé porteur
De ces fausses nouvelles
Qui aident à vieillir
Est-ce mon frère qui vient
Me dire qu'il est temps
D'un peu moins nous haïr
Ou n'est-ce que le vent
Qui gonfle un peu le sable
Et forme des mirages
Pour nous passer le temps

Regarde bien petit, regarde bien
Sur la plaine là-bas
A hauteur des roseaux
Entre ciel et moulin
Y a un homme qui vient
Que je ne connais pas
Regarde bien petit, regarde bien

Ce n'est pas un voisin
Son cheval est trop fier
Pour être de ce coin
Ou revenir de guerre
Ce n'est pas un abbé
Son cheval est trop pauvre
Pour être paroissien
Ce n'est pas un marchand
Son cheval est trop clair
Son habit est trop blanc
Et aucun voyageur
N'a plus passé le pont
Depuis la mort du père
Ni ne sait nos prénoms

Regarde bien petit, regarde bien
Sur la plaine là-bas
A hauteur des roseaux
Entre ciel et moulin
Y a un homme qui vient
Que je ne connais pas
Regarde bien petit, regarde bien

Non ce n'est pas mon frère
Son cheval aurait bu
Non ce n'est pas mon frère
Il ne l'oserait plus
Il n'est plus rien ici
Qui puisse le servir
Non ce n'est pas mon frère
Mon frère a pu mourir
Cette ombre de midi
Aurait plus de tourment
S'il s'agissait de lui
Allons c'est bien le vent
Qui gonfle un peu le sable
Pour nous passer le temps

Regarde bien petit, regarde bien
Sur la plaine là-bas
A hauteur des roseaux
Entre ciel et moulin
Y a un homme qui part
Que nous ne saurons pas
Regarde bien petit, regarde bien
Il faut sécher tes larmes
Y a un homme qui part
Que nous ne saurons pas
Tu peux ranger les armes.


Jacques Brel


 

 


 

Posté par de passage à 23:20 - PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS - Permalien [#]

Auteurs C 1 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Hélène Cadou - Maurice Carême - Anne-Marie Chapouton

AUTEURS lettre C

- Hélène Cadou -


Hélène Cadou
 est née en 1922. Son mari, le poète René Guy Cadou, avait écrit, comme une prémonition : "Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre". À partir de 1943, Hélène Cadou, poète comme lui, l'accompagne pour ce court séjour. C'est pour elle qu'il écrit "Hélène ou le règne végétal", publié en février 1951. Il meurt de maladie en mars de la même année, à l'âge de 31 ans. Hélène Cadou a écrit et continue à écrire de nombreux recueils de poésie ("Le Prince des Lisières" - Rougerie, 2007), et à faire vivre la poésie et la mémoire de Guy Cadou. voir les catégories PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES et  PRINT POÈTES 2010 : LE FÉMININ EN POÉSIE. et les autres éditions (2011 en particulier)

 

Plus d’avenir

Et le dos au mur
que sauveras tu ?

Un seul arbre
pour le regard
avec des volées d’oiseaux.

Un nuage aussi
pour croire au soleil
et son reflet contre la vitre

la mer encore
pour le voyage
j’entends son souffle à mes pieds

le monde enfin
avec des femmes et ses hommes
toute la vie contre sa joue

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Encore un dimanche à rêver ...

Encore
Un dimanche à rêver
Sur les collines

Encore
Au jardin
L'ombre du frêne

Et la longue lecture
Des riches heures
De l'été

Quand le monde à notre porte
Nous verse en milliers d'éclats

Sa beauté.

 

Hélène Cadou ("Si nous allions vers les plages" - éditions Rougerie, 2003)

 

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

Il faut laver ce que tu dis ...

Il faut laver
Ce que tu dis

les galets blancs
Les planètes

Il faudrait laver
Le ciel et la pluie

Pour que l'amour
rutile sous l'averse

Il faut laver ton regard
Laver le jour à grande eau

Laver ton coeur
De tes larmes

Si tu veux lire enfin
Le monde en clair
dans la fenêtre.

 

Hélène Cadou ("La mémoire de l'eau" - éditions Rougerie, 1993)


- Maurice Carême -

Maurice Carême
,
instituteur et poète belge (1899-1978)
est présent dans chaque cahier de poésie des élèves de France et de Navarre (et de Belgique bien sûr), et ses textes se baladent un peu partout sur le blog. Explorez les catégories !

Avez-vous vu ?

Avez-vous vu le dromadaire
Dont les pieds ne touchent pas terre ?

Avez-vous vu le léopard
Qui aime loger dans les gares ?

Avez-vous vu le vieux lion
Qui joue si bien du violon ?

Avez-vous vu le kangourou
Qui chante et n'a jamais le sou ?

Avez-vous vu l'hippopotame
Qui minaude comme une femme ?

Avez-vous vu le perroquet
Lançant très haut son bilboquet ?

Avez-vous vu la poule au pot
Voler en rassemblant ses os?

Mais moi, m'avez-vous bien vu, moi,
Que personne jamais ne croit ?

Maurice Carême

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Fantaisie

L'homme habitait un quart de pomme ;
La femme, un huitième de poire.
Leur vieille cousine Opportune
Vaquait dans une demi-prune.
Il y avait monsieur Léon
Qui débordait d'un gros citron
Et sa soeur, madame Émérence,
Qui emplissait toute une orange.
Quant à moi, chétive fillette,
Je tenais dans une noisette
Et, comme je n'étais pas grosse,
Il arrivait, les jours de fête,
Que je m'y déplace en carrosse.

Maurice Carême

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Mon petit chat

J’ai un petit chat,
Petit comme ça.
Je l’appelle Orange.

Je ne sais pourquoi
Jamais il ne mange
Ni souris ni rat.

C’est un chat étrange
Aimant le nougat
Et le chocolat.

Mais c’est pour cela,
Dit tante Solange,
Qu’il ne grandit pas !

Maurice Carême ("La lanterne magique" - éditions Ouvrières, 1947)

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L’ogre

J’ai mangé un œuf
Deux langues de bœuf
Trois rôtis de mouton
Quatre gros jambons
Cinq rognons de veau
Six couples d’oiseaux
Sept immenses tartes
Huit filets de carpe
Neuf kilos de pain
Et j’ai encore faim
Peut-être ce soir
Vais-je encore devoir
Manger mes deux mains
Pour avoir enfin
Le ventre bien plein.

Maurice Carême ("L'Arlequin" -  éditions Fernand Nathan, 1970)

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Trois escargots

J'ai rencontré trois escargots
Qui s'en allaient cartable au dos
Et dans le pré trois limaçons
Qui disaient par cœur leur leçon.
Puis dans un champ, quatre lézards
Qui écrivaient un long devoir.
Où peut se trouver leur école ?
Au milieu des avoines folles ?
Et leur maître est-il ce corbeau
Que je vois dessiner là-haut
De belles lettres au tableau ?

Maurice Carême

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Un poème pour mémoriser une règle d'orthographe en s'amusant :

Le hibou

Caillou, genou, chou, pou, joujou, bijou,
Répetait sans fin le petit hibou .

Joujou, bijou, pou, chou, caillou, genou
Non, se disait-il, non, ce n' est pas tout.

Il y en a sept pourtant, sept en tout :
Bijou, caillou, pou, genou, chou, joujou.

Ce n' est ni bambou, ni clou, ni filou
Quel est donc le septième ? Et le hibou,

La patte appuyée au creux de sa joue,
Se cachait de honte à l'ombre du houx.

Et il se désolait, si fatigué
Par tous ses
devoirs de jeune écolier

Qu' il oubliait, en regardant le ciel
Entre les branches épaisses du houx

Que son nom, oui, son propre nom, hibou,
Prenait, lui aussi, un X au pluriel.

Maurice Carême

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Ce qui est comique

Savez-vous ce qui est comique ?
Une oie qui joue de la musique,
Un pou qui parle du Mexique,
Un bœuf retournant l'as de pique,
Un clown qui n'est pas dans un cirque,
Un âne chantant
un cantique,
Un loir champion olympique.
Mais ce qui est le plus comique,
C'est d'entendre un petit moustique
Répéter son arithmétique.

Maurice Carême

logo_cr_ation_po_tique "Savez-vous ce qui est comique...?"

Imaginer encore (les rimes en ique sont nombreuses), ce qui peut être comique.

Construire d'autres poèmes avec ce qui est amusant (rimes simples encore plus nombreuses) ; ce qui est drôle, et puis toujours avec humour, ce qui est agaçant, énervant, insupportable, étonnant, possible ou impossible, incroyable, inadmissible, etc.

Ici encore on pourrait imaginer un genre de Cadavre exquis (voir André Breton plus haut) en deux étapes pour les vers du poème (dans l'exemple, la séparation est indiquée par / ), en respectant la  rime dans la seconde partie du vers  (avec les élèves plus grands on peut même décider du nombre de syllabes de chaque partie). On gardera le maximum de productions correctes en réorganisant peut-être le poème et on imaginera collectivement la chute, si chute il y a ("Mais ce qui est le plus agaçant... c'est ...")

ex : Ici, avec "Ce qui est agaçant", on a essayé d'imaginer, sans savoir quel serait le sujet, des situations en rapport avec le thème. Dans la consigne, si on ne décide pas du singulier ou du pluriel (ça laisse plus de champ), on accordera grammaticalement lors de la mise au point, dans chaque doublette de Cadavre exquis ou en grand groupe  :

Un kangourou / qui vous fait perdre votre temps
Une tortue  / qui ne se lave pas les dents
Une fleur fanée  / qui prend son bain en chantant ...

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Deux petits éléphants

C’était deux éléphants
Deux petits éléphants tout blancs.

Lorsqu’ils mangeaient de la tomate
Ils devenaient tout écarlates.

Dégustaient-ils un peu d’oseille,
On les retrouvait vert bouteille.

Suçaient-ils une mirabelle,
Ils passaient au jaune de miel.

On leur donnait alors du lait,
Ils redevenaient d’un blanc frais
.

Mais on les gava, près d’Angkor,
Pour le mariage d’un raja,

D’un grand sachet de poudre d’or.
Et ils brillèrent, ce jour-là,

D’un tel éclat que plus jamais,
Même en buvant des seaux de lait,

Ils ne redevinrent tout blancs,
Ces jolis petits éléphants.

Maurice Carême ("Pomme de reinette" - Fondation Maurice Carême, 1962)

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L'heure du crime

Minuit. Voici l'heure du crime.
Sortant d'une chambre voisine,
Un homme surgit dans le noir.

Il ôte ses souliers,
S'approche de l'armoire
Sur la pointe des pieds
Et saisit un couteau
Dont l'acier luit, bien aiguisé.

Puis, masquant ses yeux de fouine
Avec un pan de son manteau,
Il pénètre dans la cuisine
Et, d'un seul coup, comme un bourreau
Avant que ne crie la victime,
Ouvre le cœur d'un artichaut.

Maurice Carême ("Au clair de la lune" - éditions Hachette, Le Livre de Poche jeunesse, 2003)


- Anne-Marie Chapouton -

Anne-Marie Chapouton (1939-2000) est une auteure de poésies, de contes, d'ouvrages pédagogiques et de romans pour les enfants et la jeunesse ("Poèmes petits", "1, 2, 3, comptines à compter", "La vache Amélie", " Méthode de lecture CP-CE1", etc).

Deux poèmes dans deux recueils différents d'Anne-marie Chapouton, pour le même animal, la tortue :

Tortue  (sans titre, ce titre est proposé par le blog) 

Tortue, je t'observe.
Tu restes tapie
sous ta carapace,
puis, timidement,
tu sors ta tête.
Et tu attends
que les fruits mûrs
tombent tranquillement
sous l'arbre fruitier.
Tu es gourmande !
Le sais-tu, tortue ?

Anne-Marie Chapouton (Mon ABC en comptines - Père Castor - Flammarion, 1999)

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Quand on est tortue

Quand on est tortue,
On peut rentrer la tête
Sous sa carapace
Quand vient la pluie.

Alors on peut rêver
À l'abri,
Et repartir
À petits pas
Jusqu'à l'herbe prochaine
Qu'on atteindra
Ce soir...
Demain...
Ou même un peu plus tard...

Pas de problème
De retard !
Quand on est tortue,
On a toujours le temps
De vivre lentement !

Anne-Marie Chapouton ("Comptines pour les enfants bavards" - Père Castor, Flammarion)


 

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Auteurs C 2 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Jacques Charpentreau - Malcolm De Chazal - Andrée Chedid - Paul Claudel

- Jacques Charpentreau -

Jacques Charpentreau (né en 1928), est un poète français. Il est l'auteur d'anthologies, aux éditions Ouvrières, qui ont fait connaître beaucoup de poètes pour la jeunesse, et il a publié de nombreux recueils. Quelques-unes de ses poésies sont présentes sur le blog. 
Voir en particulier dans la catégorie PP 09 : l'humour de JACQUES CHARPENTREAU

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La réunion de famille

Ma tante Agathe
Vient des Carpates
À quatre pattes

Mon oncle André
Vient de Niamey
À cloche-pied

Mon frère Tchou
Vient de Moscou
Sur les genoux

Ma sœur Loulou
Vient de Padoue
À pas de loup

Grand-mère Ursule
Vient d’Ashtabule
Sur les rotules
Grand-père Armand
Vient de Ceylan
En sautillant

Ma nièce Ada
Vient de Java
À petits pas

Mon neveu Jean
Vient d’Abidjan
Clopin-clopant

Oncle Firmin
Vient de Pékin
Sur les deux mains

Mais tante Henriette
Vient à la fête
En bicyclette

Jacques Charpentreau (dans son anthologie "La nouvelle Guirlande de Julie"- éditions Ouvrières,1976)

logo_cr_ation_po_tique Avec les prénoms:

En s'inspirant du poème ci-dessus, associer les prénoms de la classe à des noms de lieux (villes, pays) connus des élèves, à diverses activités ou occupations, ou encore comme dans l'exemple 3, imaginer un texte sur un thème (cadeaux, collections ...) 

Exemple 1 :

Mes projets de voyage 

Je partirai au Sahara sur mon chameau* avec Emma
Je visiterai l'Australie en kangourou avec Lucie,
etc.
* D'accord,  il n'y a pas de chameaux mais des dromadaires au Sahara, mais bon, pour une fois ...

Exemple 2 :

Le métier de mes amis

Dimitri découpe les confettis
Mariam tricote des bananes
etc.

Exemple 3 :

Le Père Noël bizarre
(bien entendu, c'est lui qui raconte)

J'ai cueilli des radis pour Annie
des rideaux et des radeaux pour Anna

J'ai trouvé un pantin persan pour Marie
un tapis percé pour Myriam.

J'ai acheté un lapin de Noël pour Ali
un sapin de soleil pour Célia

J'ai cherché les étoiles pour des prunes
mais j'ai décroché la lune
pour toi ...

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Le batteur-mixeur

Mixe mixe rage
pour faire du fromage

Mixe mixe à l'aise
pour la mayonnaise

Mixe mixe au net
pour la vinaigrette

Mixe mixe reine
pour faire de la crème

Mixe mixe tout
pour la pâte à choux

Mais pour faire une omelette
je la bats à la fourchette.

Jacques Charpentreau ("La ville enchantée" - éditions de l'École, 1976) - Ce texte, récité, existe aussi en livret-CD ("Poèmes de la ville enchantée Vol 1" - Benjamins Media, 2000) avec d'autres poèmes de l'auteur.

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Une poésie-comptine avec les notes de la gamme (voir aussi plus haut les COMPTINES)

Au bois de Panama

Chaque jour à midi,
do, ré, mi,
Au bois de Panama
ré, mi, fa,
En sortant de l'école,
mi, fa, sol,
Sur un grand acacia,
fa, sol, la,
Sans cesse et sans souci,
sol, la, si,
Chante un petit oiseau,
do, ré, mi, fa, sol, la, si, do !

Jacques Charpentreau ("Poésie en jeu" - éditions Ouvrières, 1981)

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La mer s'est retirée

La mer s’est retirée,
Qui la ramènera ?
La mer s’est démontée,
Qui l’a remontera ?
La mer s’est emportée,
Qui la rapportera ?
La mer est déchaînée,
Qui la rattachera ?
Un enfant qui joue sur la plage
Avec un collier de coquillages.

Jacques Charpentreau (encore une anthologie : "Poèmes d'aujourd'hui pour les enfants de maintenant" - éditions Ouvrières, 1958)

logo_cr_ation_po_tique À la manière de "La mer s'est retirée, qui..." :
Des productions d'élèves ici à partir de ce poème et d'autres poèmes (copier-coller l'adresse):

http://www.ac-nancy-metz.fr/petitspoetes/HTML/SALLESDEJEUX/JEUALAMA.html

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Suppositions

Si la Tour Eiffel montait
Moins haut le bout de son nez,
Si l'Arc de Triomphe était
Un peu moins lourd à porter,
Si l'Opéra se pliait,
Si la Seine se roulait,
Si les ponts se dégonflaient,
Si tous les gens se tassaient
Un peu plus dans le métro,
Si l'on retirait des rues
Les guéridons des bistrots,
Les obèses, les ventrus,
Les porteurs de grands chapeaux,
Si l'on ôtait les autos,
Si l'on rasait les barbus,
Si l'on comptait les kilos
À deux cents grammes pas plus,
Si Montmartre se tassait,
Si les trop gros maigrissaient,
Si les tours rapetissaient,
Si le Louvre s'envolait,
Si l'on rentrait les oreilles,
Avec des SI on mettrait
Paris dans une bouteille.

Jacques Charpentreau ("Mots et merveilles" - Éditions SGPP, 1981)

logo_cr_ation_po_tique À la manière de "Si la Tour Eiffel..." :
Beaucoup d'autres poèmes sont construits sur ce modèle, voir le sommaire. Des exemples de création poétique à partir de ce texte ici, dans une classe de 5e (fichier pdf, copier-coller l'adresse) :

http://www.ac-nice.fr/college-dufy/file/DOC_FORMULAIRES/Printemps_poetes_08.pdf

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- Acrostiche - 

Prénom

Je viens de perdre mon prénom
Au bord d'une page nouvelle,
Ce plaisantin, ce vagabond
Qui se sauve quand je l'appelle.
Un lecteur peut-il le chercher
Et me dire où il s'est caché ?
Saurez-vous me le retrouver ?

Jacques Charpentreau ("Poésie en jeu" - éditions Ouvrières, 1981)

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- Jeux de mots -

Le blé

Au plus fort de l'été,
Dans la chaleur de midi,
J'épie,
Disait le blé.

Le fermier
L'estima
Coupable.

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L'épouvantail

L'épouvantail
Se levant tôt
Met son chandail
Dans les champs d'aulx*.

* Un ail > des aulx

Jacques Charpentreau ("Poésie en jeu" - éditions Ouvrières, 1981)


 

- Malcolm de Chazal -

Malcolm de Chazal (1902-1981), écrivain, essayiste, poète surréaliste et peintre, a vécu sur l'Île Maurice où il est né.
Les poèmes en forme d'aphorismes du recueil "Sens magique", sont de courts textes imagés et surréalistes,
petits textes à dire :


La vitre (titre proposé)

La vitre
Ne sait
Par
Quel côté
Se regarder
Pour se reconnaître.

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 L'eau (titre proposé)

L'eau dit à la vague :
"Tu me bois.
-Comment le pourrais-je ?
Reprit la vague,
Je suis ta bouche."

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L'auto (titre proposé)

L'auto
N'atteindra
Jamais
La vitesse
de la route.

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Les animaux (titre proposé)

Tous les animaux

Sourient
Quand
Ils boivent.

Malcolm de Chazal ("Sens magique" 1957 - dans Oeuvres, tome 14, éditions Léo Scheer, 2004)


livre_Chedid_f_tes_et_lubies

- Andrée Chedid -

 

Andrée Chedid ( pas d'accent sur le "e"")  est une poétesse française aux racines multiples. 
Née en 1920 en Égypte (Le Caire) de parents libanais, elle vit au Liban de 1942 à 1946 puis vient s'installer en France (où elle avait séjourné enfant) et adopte la nationalité française.  Elle nous a quitté en février 2011.
Auteure de nombreux romans, récits, pièces de théâtre, recueils de poésies, ainsi que des contes et comptines pour les enfants, elle écrit aussi des textes de chansons pour son petit-fils Matthieu Chedid ("M"), le fils de Louis Chedid.

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Pour le Pinntemps 2013, un poème à dire, véritable exercice d'élocution

L'onomatopée

Lolo, nono,
Mama, topée !
C'est pas possible
A prononcer !

Glou-glou, tic-tac
Do-do, pé-pé,
Tout ça
C''est de l'O
NOMATOPÉE !

Lolo, nono
Mama, topée !
Un mot
A vous rendre toqué !

Cui-cui, chut-chut
Boum-Boum, yé-yé
Voilà des O
NOMATOPÉE ! *

Lolo, nono
Mama, topée!
Pourquoi vouloir
Tout compliquer !

Andrée Chedid    [* écrit sans S]

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L’anniversaire

J’ai neuf ans
Salut les vétérans !
J’aime l’élan
Mais pas les caïmans

J’ai neuf ans
Salut les descendants ! 
J’aime Laurent
Un peu plus que maman

Andrée Chedid

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Le caillou

Le caillou
Passe-partout
Sans froufrou
Sans bagout
Est jaloux, très jaloux
De Nicéphore, le Pou
Ce casse-cou
Vent-debout
Qui court le guilledou !

Andrée Chedid ("Le Cœur et le temps" - éditions de l'École des Loisirs, 1976)

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La cervelle de papa

La sardine a des arêtes,
Papa n'en a pas !

Papa, lui, a un squelette,
Que la sardine n'a pas !

La machine a des ailes,
Papa n'en a pas !

Papa, lui, a de la cervelle,
Il dit que la machine, pas !

Andrée Chedid ("Fêtes et lubies" - éditions Guy Levis et l'École des Loisirs, chanterimes, 1979)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -  

La fringale

Holà ! Holà !
Tous, garez-vous !
Les durs les doux
Les secs les mous
Holà ! Holà !
Je donne le signal :
Voilà que Dame Noix
A sa FRINGALE !

Les petits gâteaux
Font le gros dos
Les Cochonailles
De peur, défaillent
Les Confitures
Se claquemurent
Tous les Anchois
Sont aux abois

Mais rien rien Rien
Ne résistera
À la FRINGALE
De Dame Noix !

Andrée Chedid ("Le Cœur et le temps" - éditions de l'École des Loisirs, 1976)

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La fourmi et la cigale

"Fini, fini !"
Dit la fourmi.
"Au diable la parcimonie ! Dès aujourd’hui
Je convie
Toutes cigales affranchies
A me chanter leurs mélodies,
Et nous fêterons, en compagnie,
La vie qui bouge,
La vie qui fuit !"

"Holà, holà !"
Fit la cigale
Poussant un cri très vertical.
"Pour moi, adieu le carnaval !
L’hiver, l’hiver m’a tant appris,
Et le souci tant rétrécie,
Que j’ai rangé toutes mes rêveries
Pour m’établir
En Bourgeoisie !"

Andrée Chedid

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L'éponge

Une éponge
Songe
Songe
Songe aux songes
D'une éponge
Qui songe

Andrée Chedid ("Fêtes et lubies" - éditions Guy Levis et l'École des Loisirs, chanterimes, 1979)

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La chèvre magique

La chèvre magique
A des tiques
Dans l'oreille gauche
Dans l'oreille droite
Et tic et tac
Et gratte et gratte
La chèvre magique
Se détraque

Andrée Chedid



- Paul Claudel -

Paul Claudel (1868-1955) est connu pour ses pièces de théâtre ("Le soulier de satin") et son oeuvre poétique, marquée par sa foi catholique. Il a été aussi diplomate.
On trouvera ci-dessous quelques textes moins attendus.

Paul Claudel a été en poste d'ambassadeur au Japon de 1921 à 1927. Les  courts poèmes qui suivent s'apparentent à des haïkus ou des tankas japonais. Certains se retrouvent dans le recueil Dodoitzu et l’escargot alpiniste (Gallimard, 1945), réédité en 2005 sous ce même titre dans la collection Enfance en Poésie (Gallimard).
Ceux-ci ont été empruntés à l'adresse (fichier PDF) :
http://dspace.wul.waseda.ac.jp/dspace/bitstream/2065/493/11/Honbun-3749-09.pdf

Obscurité

Votre voix, je l’entends bien ; mais
Votre silhouette, je ne la vois :
Vous êtes comme dans un trou
Le grillon !

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Coucou

On vous entend bien
Vous voir pas moyen
Ainsi dans son trou
Le grillon
Coucou !

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Ma figure dans le puits

Pas moyen que je me l’ôte
Ma figure dans le puits
Pas moyen que je me l’ôte
Et que j’en mette une autre
Et si l’on me trouve jolie
Tant pis ! c’est pas ma faute !

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livre_Claudel_escargotTénacité

Escargot,
Tout doux, tout doux, va, monte
Le Fuji !

L’escargot alpiniste

L’escargot à l’escalade
Sac au dos s’est mis en campagne
L’escargot à l’escalade
Va digérer la montagne !

Paul Claudel ("Dodoitzu et l’escargot alpiniste", 1945 et Enfance en Poésie  - Gallimard, 2005)

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Cent phrases pour éventails

"Qui m'aurait permis de résister à la tentation, là-bas partout ambiante, de la calligraphie ?"

La dernière version originale en 1927 de cette oeuvre de Paul Claudel (avant la réédition en 1942 et celle de 1996 en Poésie-Gallimard) est composée de "trois accordéons de papier, qu'on feuillette de droite à gauche, réunis dans un emboîtage. Elle reproduit cent soixante-douze phrases manuscrites, et des idéogrammes calligraphiés par Ikuma Arishima, et porte pour la première fois le titre de "Cent phrases pour éventails". Deux poèmes (sans titre), haïkus au sens large (voir la catégorie du blog consacrée aux haîkus), choisis pour l'image :

Accroupi
près
du
bocal
Monsieur le Chat
les yeux à demi fermés
dit :
Je n’aime pas
le poisson

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Dans
la lune
morte
Il y a
un lapin
vivant !

Paul Claudel ("Cent phrases pour éventails", Gallimard 1942 et Poésie- Gallimard, 1996)

 

logo_cr_ation_po_tiquePoème court

 

Voir la catégorie haïkus


 

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Auteurs C 3 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Robert Clausard - Pierre Coran

- Robert Clausard -

Robert Clausard est un poète contemporain.

R
ecueils : Poèmes de la marguerite et du bouton d'or (Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1973) ;  Lisière de nuages (Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1978) ; Les Berceuses de la marmotte (Éditions de l'OCDL,1979).

Poèmes à dire pour le Printemps 2013, avec celui-ci, qui peut être joué en dialogue :

La puce

Une puce prit le chien

pour aller de la ville

au hameau voisin.

À la station du marronnier

elle descendit

"Vos papiers !" dit l'âne

coiffé d'un képi.
"Je n'en ai pas
.
- Alors que faites-vous ici ?

- Je suis infirmière

et je fais des piqûres

à domicile."

Robert Clausard

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Le petit pou (Comptine)

Assis
sur le genou
d’un hibou
le petit pou
cherchant son joujou
jette le bijou
comme un caillou
dans le chou.

Robert Clausard

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Les petits lapins

Quatre petits lapins couraient
Trois petits lapins sautaient
Deux petits lapins dansaient
Un petit lapin chantait:
Quatre carottes pour mon grand-père
Trois carottes pour ma grand-mère
Deux carottes pour mon grand frère
Une carotte pour Roudoudou
Je la croque d'un seul coup

Robert Clausard ("Poèmes de la marguerite et du bouton d'or" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1973)


livre_Pierre_Coran_comptines_zozoter- Pierre Coran -

 Pierre Coran, auteur belge de langue française, est né en 1934. Instituteur, poète et romancier pour la jeunesse, la liste de ses écrits est  longue.
Quelques titres :
Comptines en Mots d'Ici et d'Ailleurs (éditions Casterman, collection Direlire, à paraître). Autour de 6 € le livre.
<< Comptines pour ne pas zozoter, avec Gabriel Lefebvre (éditions Casterman, collection Direlire, 1993).
Pierre Coran a publié de nombreux recueils de comptines et de jeux de langage aux éditions Casterman dans la même collection Direlire : Comptines pour jongler avec les rimes (2007), Comptines pour délier les langues à noeuds (2007), Comptines pour garder la cadence (1993), Comptines pour ne pas bredouiller (1993), Comptines pour nasiller comme un canard (1993),etc.
livre_Pierre_Coran_jouer_langueÀ parcourir aussi : Jaffabules ( Hachette Jeunesse, 1983) et Comptines et poèmes pour jouer avec la langue >> (avec Irène Coran, et Anne Letuffe, illustratrice - éditions Casterman, Les Grands livres, 2005). Ce beau livre est vendu 16 €.

Des textes sont présents sur ce blog : Paris blanc, Le chameau  (poésies cycle 2),  Le poisson rouge (poésies par thème : l'école, p 3)

Le poème qui suit est à rapprocher de ceux de Claude Roy (Avec des si...) et de Jean-Luc Moreau (Si).

Si

Si les mille-pattes
Chaussaient des savates,

Si les girouettes
Portaient des lunettes,

Si les gelinottes
Mettaient des culottes,

Si les escargots
Se grattaient le dos,

Si les écrevisses
Avaient la jaunisse

Si tante Héloïse
Perdait sa chemise,

Si d’une patate
Sortait un zébu,

Toi que rien n’épate,
T’épaterais-tu ?

Pierre Coran ("Jaffabules" - Collection Hachette Jeunesse, 1983)

logo_cr_ation_po_tiqueEn imitation de ce texte

voyez des productions d'élèves en CP-CE1 (copier-coller les liens) : http://educ73.ac-grenoble.fr/nectar/nectar_enseignant/docs_pedas/bcu82_textes_enfants/index.php
et ici en collège : http://209.85.135.104/search?q=cache:nfpmcYQnCzIJ:www.seneffe.be/theme_commune/enseignement/e-com-petit-roeulx/archives-du-journal/2004-2005/correspondance-et-poesie/

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Anagrammes

Par le jeu des anagrammes,
Sans une lettre de trop,
Tu découvres le sésame
Des mots qui font d‘autres mots.

Me croiras-tu si je m‘écrie
Que toute neige a du génie ?
Vas-tu prétendre que je triche
Si je change ton chien en niche ?
Me traiteras-tu de vantard
Si une harpe devient phare ?

Tout est permis en poésie.
Grâce aux mots, l‘image est magie.

Pierre Coran ("L‘écharpe d‘Iris" - titre en recherche de références)

logo_cr_ation_po_tique Anagrammes

 La recherche d'anagrammes permet de collecter une grande quantité de couples de mots. La difficulté  principale, pour les élèves est de construire une phrase, amusante pour le thème, avec ces associations.
niche > chien semble par exemple un couple  trop  familier, mais ...
Pour finalement, créer un texte imité du poème de  Pierre Coran, on peut imaginer une histoire commune à quelques-uns des anagrammes formés.

  • En cas de panne dans la recherche, vous trouverez ici un générateur d'anagrammes (copier-coller le lien) :

Un "petit dico" : http://www.barbery.net/anagram/index.htm  ou un  "gros dico" pour davantage de résultats : http://www.barbery.net/anagram/index2.htm

  • A cette adresse, une démarche possible de travail (expérimentée ici en CM1) pour une création poétique à partir du poème de Pierre Coran et du livre "Les mots décollent" de Gildas Feré. La fiche de préparation présente les séquences,  des exemples, des conseils et des productions d'élèves (NB : le texte s'ouvre dans un pdf protégé en copie) :

http://www.ecole-marianne-chauconin.ac-creteil.fr/ressources/prepspoesie/anagramprep_CM1.pdf

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La grenouille

Une grenouille
Qui fait surface,
Ça crie, ça grouille
Et ça agace.

Ça se barbouille,
Ça se prélasse,
Ça tripatouille
Dans la mélasse.

Puis ça rêvasse
Et ça coasse
Comme une contrebasse
Qui a la corde lasse.

Mais pour un héron à échasses,
Une grenouille grêle ou grasse
Qui se brochette ou se picore,
Ce n'est qu'un sandwich à ressorts.

Pierre Coran ("Jaffabules", Livre de poche Jeunesse - Hachette)

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pour le jeu des sonorités pour ces petits poèmes à dire :

Le dindon

Le dindon dîne,
Le dindon dort.

Le dindon dort,
Le dindon dîne.

Mais quand il ne dort pas,
Le dindon,
Quand il ne dîne pas,
Le dindon,

Que fait-il donc ? Devine !
Le dindon se dandine.

Pierre Coran ("Comptines pour jongler avec les rimes"- Casterman, collection Direlire, 2007)

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Six escargots gris

Couci
Couça
Couci
Six gros escargots gris
Ho hisse
Et hisse
et hue
Grimpaient sur une grue
Arrivés tout en haut,
Ho hisse
Et hisse
Et ho
Les gros escargots las
Cahin
Cahin
Caha
Revinrent tout en bas
Couci
Couci
Couça.

Pierre Coran et Gabriel Lefebvre ("Comptines pour ne pas zozoter" - Casterman, collection Direlire, 1993)

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Encore avec des si...

Si six cents couteaux-scies

Si six cents couteaux-scies,

Si six cents couteaux-scies,
Scient, en six,

Si six cents couteaux-scies,
Scient, en six,
Six cents saucisses,

Si six cents couteaux-scies,
Scient, en six,
Six cents saucisses,

Qu’obtient-on au total ?
Une cuisine sale.

Pierre Coran et Gabriel Lefebvre ("Comptines pour ne pas zozoter" - Casterman, collection Direlire, 1993)

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Là, c'est vraiment un exercice oral :

Tic tac

Tic tac
Clic clac
Cric crac
Flic flac.

Tic clac
Clic tac
Cric flac
Flic crac.

Tic crac
Clic flac
Cric tac
Flic clac.

Tic tac
Clic clac
Flic flac
Cric crac.
Boum !

Pondu poème sans queue ni tête.
Réciter contre bonne récompense.

Pierre Coran ("La tête en fleurs" - Éditions Le Cyclope, 1979)

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 et ça, alors ?

Voici un poème en allitérations (voir le même procédé avec Boby Lapointe plus loin : "Ta Katie t'a quitté").

K.K.O.

Un kangourou
En kimono kaki
Faisait du karaté
Sur un kiosque de kermesse
Avec un koala
Et un kakatoès.
Les kilos du kangourou,
Les kilos du koala,
Le bec du kakatoès
Ont fini par faire un trou
Dans le kiosque de la kermesse.
Et quand le kiosque craqua,
Kakatoès, koala,
Kangourou en kimono
Furent tous trois mis K.O.

 

Pierre  Coran ("Bédérimes" - poésie et BD pour les enfants - Casterman, 1985)

 

logo_cr_ation_po_tique Allitérations 

Voir Boby Lapointe, plus loin.


 

Posté par de passage à 09:50 - PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS - Permalien [#]