lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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Michel DEVILLE - le féminin en poésie

Michel Deville est né en 1931. C'est un cinéaste connu : Un Monde presque paisible, La Maladie de Sachs, Benjamin ou les Mémoires d’un puceau, Péril en la demeure, le Dossier 51, La Lectrice
C'est aussi un poète, moins connu, auteur de huit recueils au Cherche-midi éditeur : Rien n'est sûr, Poézies, Mots en l'air, L'Air de rien ...

Un texte à la manière de Rudyard Kipling ("Tu seras un homme mon fils", voir plus bas ) , déjà présenté pour l'humour des poètes, et bien dans le thème 2010 du féminin ...

Lorsque et si ...

Lorsque l'on tremble encore à l'approche de l'autre,
Lorsque le doute encore est infiniment nôtre,
Lorsque les intuitions sont approximatives,
Lorsque devient l'humeur, pour un rien, agressive,
Lorsque la main est moite et le regard crétin,
Lorsque le tutoiement est encore incertain,
Lorsqu'on éclate en pleurs pour une peccadille,
C'est qu'on est amoureux, ma fille.

Si tu ne trembles plus, si tu n'as plus de doute,
Si ton humeur est droite ainsi qu'une autoroute,
Si galante est ta main
Et ton regard câlin,
Si tu en viens au tu sans tergiversation,
Si tu ne pleures plus avec obstination,
Si tu tires la langue à toute ta famille,
Tu seras un homme, ma fille.

Michel Deville ("Rien n'est sûr")

Voici le poème original, que Rudyard Kipling, a écrit "If ..." (Si ...), en 1910. C'est la version traduite de l'anglais par l'écrivain Pierre Maurois (en 1918), qui est généralement retenue :

Tu seras un Homme, mon Fils (autre titre : Si ...)

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard Kipling   (Bernard Lavilliers l'a mis en musique et interprété (1988).

Pour les amateurs, il existe d'autres traductions de la poésie de Kipling, la dernière de 2006 !

Voyez plutôt ici : http://www.crescenzo.nom.fr/kipling.html

fille_verte_cr_ation__PP10Mise au féminin : Utiliser le poème de Kipling et le décliner selon les qualités (ou les défauts !) qu'on souhaite pour qu'une fille devienne un homme, (humour indispensable) ou bien encore rechercher des textes très étiquetés "masculins" (animaux, personnes) et les féminiser en en modifiant descriptions et situations. 



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Charles DOBZYNSKI - le féminin en poésie

Charles Dobzynski est né en 1929. Il quitte sa Pologne natale pour la France avec sa famille, à l'âge d'un an.
Il côtoie Paul Éluard, Louis Aragon et Elsa Triolet, Pierre Gamarra, Tristan Tzara ... Il est le traducteur des textes du poète allemand Rainer Maria Rilke.

Un texte terrible, inconvenant presque ...

La mère

Je t'ai appris tout ce que j'avais. Tu as pris ma vie et tu n'as rien compris. Je t'ai nourri. Tu m'as tarie. Je t'ai guéri. Tu m'as meurtrie. Je t'ai habillé. Tu m'as dépouillée. Je t'ai nettoyé. Tu m'as noyée. Je t'ai lové. Tu m'as volée. Je t'ai adulé. Tu m'as annulée.
Je t'ai déployé, tu m'as repliée. Je t'ai blanchi. Tu m'as noircie. J'ai étét ton refuge, toi mon refus. Je t'ai inventé et vantéTu m'as évidée, évitée. Je t'ai changé et tu t'en es vengé. Je ne cesse de te chanter, toi qui me désenchantes.

Charles Dobzynski  ("Traduit en justice" - Le Verbe et l'empreinte (1980) - illustrations de Marc Pessin



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Paul ÉLUARD - le féminin en poésie

Paul Éluard (1895-1952) est l'un des plus importants poètes du Surréalisme. Il a aussi participé au mouvement Dada.

L'amoureuse

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Paul Éluard ("Capitale de la douleur" - Gallimard, 1926 - en Poésie/Gallimard depuis 1966) 

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La courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d’une couvée d’aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l’innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Paul Éluard ("Nouveaux poèmes" "Capitale de la douleur" - Poésie/Gallimard, depuis 1966)

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Portrait

Bouclier d’écume la joue
Air pur le nez marée le front
Filet de chaleur de la bouche
Balance du bruit le menton
Pour finir par un vol d’oiseaux

Voici que naissent les lumières
Des paroles sur les collines
De ses yeux verts

Et le beau temps
A la forme de sa tête.

Paul Éluard ("Une longue réflexion amoureuse" - Seghers, 1978 - repris dans "derniers poèmes d'amour" - Seghers Poésie d'abord, 2002)

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Air vif

J'ai regardé devant moi
Dans la foule je t'ai vue
Parmi les blés je t'ai vue
Sous un arbre je t'ai vue

Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l'eau et du feu

L'été l'hiver je t'ai vue
Dans ma maison je t'ai vue
Entre mes bras je t'ai vue
Dans mes rêves je t'ai vue

Je ne te quitterai plus.

Paul Éluard ("Derniers poèmes d'amour")

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Les deux courts poèmes numérotés qui suivent sont prélevés dans le chapitre "Premièrement"  de "L'amour, la poésie", repris dans le recueil Poésie/Gallimard cité, "Capitale de la douleur". "L'amour, la poésie" est entièrement dédié à Gala, sa première épouse, qui sera plus tard la compagne et l'égérie de Salvador Dalí.

Premièrement (très courts extraits)

poème XXIII

 
De mes mains à tes yeux

Et dans tes cheveux
Où des filles d’osier
S’adossent au soleil
Remuent les lèvres
Et laissent l’ombre à quatre feuilles
Gagner leur coeur chaud de sommeil.
...
 
 poème XXIX
 
Il fallait bien qu'un visage
Réponde à tous les noms du monde.

Paul Éluard ("Capitale de la douleur" - Poésie/Gallimard depuis 1966) 



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Maurice FOMBEURE - le féminin en poésie

Maurice Fombeure (1906-1981) est un romancier et poète français.
Son recueil de poèmes le plus connu est "À dos d'oiseau", édité en 1942 aux éditions Gallimard et disponible en Poésie-Gallimard.

Air de ronde

On dansa la ronde,
Mais le roi pleura.
Il pleurait sur une
Qui n’était pas là.

On chanta la messe,
Mais le roi pleura.
Il pleurait pour une
Qui n’était pas là

Au clair de la lune,
Le roi se tua,
Se tua pour une
Qui n’était pas là.

Oui, sous les fougères
J’ai vu tout cela,
Avec ma bergère
Qui n’était pas là.

Maurice Fombeure

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Les deux textes qui suivent ont été empruntés ici, où on en trouve d'autres sur des thèmes différents : http://www.amicalien.com/membres/LeForum/f801-t3988809-s1-maurice-fombeure-le-siauguain-1906-1981-.htm

On pourra proposer des passages de ce texte intime :  

Ma femme

Celle qui partage mon pain
Mon lit et mes joies et mes peines
Éloigne de mon front les haines
D’une caresse de sa main
Que je retrouve dans chaque aube
Et plus belle d’avoir vécu,
J’écoute au fond d’un jour vaincu
Le doux bruissement de sa robe.
Contre les pièges dont dispose
Le malheur, paré désormais
Elle apprête les vins, les mets
Et dans les vases bleus, les roses.
"Ma femme." Le beau possessif
Surtout si la compagne est belle
Blanche, élancée comme un if
Et qui chaque an se renouvelle.
Pour le pire et pour le meilleur

C’est, inlassable volontaire,
Pour l’ici-bas et pour l’ailleurs
Le plus beau don de cette terre
Que cet être aux mains de douceur
Épouse, amante, femme et sœur.

Maurice Fombeure ("C'était hier et c'est demain" - Seghers, 2004)

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Chanson de la belle

Sous un pêcher en fleur
La belle s'est assise,
La belle qui est triste
Qui n'a pas d'amoureux,

Qui n'a pas d'amoureux
Pour lacer sa chemise.

Sous un pêcher en fleur
La belle entend la neige
La belle entend la neige
Qui tombe dans son cœur.

Ne pleurez pas la belle
L'amour rend malheureux.

J'aimerais mieux souffrir
À cause des amours,
J'aimerais mieux souffrir
Que d'être là seulette

À voir tomber la neige
Dans un pêcher en fleur.
 

Maurice Fombeure

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Chanson du loup et de la bergère

(introduction - le texte du poème suit)

 Les guitares, les cithares
Les tambours et le printemps,
Les vielles, les violes...
Mais la reine d'un sourire
Brise ces vergers chantants :


« Та chèvre est dans le trèfle, Maria,
Та chèvre est dans le trèfle
Dans le trèfle du roi, Maria,
Dans le trèfle du roi. »

"Va la chercher, ma chèvre,
Mon beau chien de berger.
Tu auras du pain d'orge
Et des os à ronger."

Quand il fut à la chèvre
Les loups l'avaient mangée.
Ma bergère, bergeronnette,
Ma bergère en a pleuré.

Ma, bergère bergeronnette,
Ma bergère en a pleuré.
 

Maurice Fombeure ("À dos d'oiseau" - éditions Gallimard, 1942, disponible en Poésie/Gallimard, 1971)

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 C'est le joli printemps

C'est le joli printemps
Qui fait sortir les filles,
C'est le joli printemps
Qui fait briller le temps.

J'y vais à la fontaine,
C'est le joli printemps,
Trouver celle qui m'aime,
Celle que j'aime tant.

C'est dans le mois d'avril
Qu'on promet pour longtemps,
C'est le joli printemps,
Qui fait sortir les filles,

La fille et le galant,
Pour danser le quadrille.
C'est le joli printemps
Qui fait briller le temps.

Aussi, profitez-en,
Jeunes gens, jeunes filles;
C'est le joli printemps
Qui fait briller le temps.

Car le joli printemps,
C'est le temps d'une aiguille.
Car le joli printemps
Ne dure pas longtemps.

Maurice Fombeure ("À dos d'oiseau" - éditions Gallimard, 1942, disponible en Poésie/Gallimard, 1971)



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Xavier FORNERET - le féminin en poésie

Xavier Forneret (1809-1884), contemporain de Victor Hugo, est un romancier ("Le diamant de l'herbe") et un poète non conformiste, adepte de l'humour noir. Son texte le plus connu "un peuvre honteux" est ici sur le blog : PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes/page 5

Elle

Vous ne savez son nom ? Celle pour qui je chante
La vie d'amour de feu, puis après est mourante :
C'est un arbre en verdeur, un soleil en éclats,
C'est une nuit de rose ou languissants ébats.
C'est un torrent jeté par un trou de nuage ;
C'est le roi des lions dégarni de sa cage :
C'est l'enfant qui se roule et qui est tout en pleurs,
C'est la misère en cris, c'est la richesse en fleurs.
C'est la terre qui tremble et la foudre qui tonne,
Puis le calme du soir, au doux bruit qui résonne ;
C'est un choc qui renverse en tuant de frayeur,
Puis un pauvre qui donne, ou le soupir qui meurt.
C'est un maître qui gronde, un amant qui caresse ;
C'est la mort, désespoir, deuil, bonheur, allégresse.
C'est la brebis qui bêle en léchant son agneau,
Puis la brise aux parfums, ou le vent dans l'ormeau.
Bien sûr elle a deux coeurs : l'un qui vit et palpite ;
L'autre, frappé, battu, qui dans un coin habite.

On pense que son pied ne la soutiendra pas,
Tant il se perd au sol, ne marquant point de pas.
Ses cheveux sont si beaux qu'on désire se pendre
Avec eux, si épais qu'on ne peut pas les prendre.
Si petite est la place où l'entoure un corset
Qu'on ne sait vraiment pas comment elle le met.
Quelque chose en sa voix arrête, étreint, essouffle.
Des âmes en douceur s'épurent dans son souffle.
Et quand au fond du coeur elle s'en va cherchant,
Ses baisers sont des yeux, sa bouche est leur voyant.

Xavier Forneret ("Aigremorts" - 1947)



 

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Paul FORT - le féminin en poésie

Les Ballades françaises de Paul Fort (1872-1960) sont éditées à partir de 1894, et jusqu'en 1958. Particularités : c'est sous ce seul titre qu'il continue à publier ensuite ses poèmes, aux vers disposés comme de la prose, et dont les textes occupent  40 tomes !
Le thème du poème suivant a inspiré une chanson (intitulée "Si tous les gars du monde"). D'autres poèmes de Paul Fort, souvent très connus, se promènent sur le blog (Le petit cheval, Le bonheur est dans le pré, La mer, La marine ...)

Georges Brassens a mis en musique (catégorie BRASSENS chante les poètes) Le petit cheval (titré La complainte du petit cheval blanc) et La marine.

La ronde autour du monde

Si toutes les filles du monde voulaient s'donner la main,
Tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde.

Si tous les gars du monde voulaient bien êtr' marins,
Ils f'raient avec leurs barques un joli pont sur l'onde.

Alors on pourrait faire une ronde autour du monde,
Si tous les gens du monde voulaient s'donner la main.

Paul Fort (Ballades françaises T1 - 1897 - Flammarion)



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Théophile GAUTIER - le féminin en poésie

Théophile Gautier (1811-1872), écrivain et poète français, est également un critique d'art reconnu.
Plus peut-être que ses poèmes, on connaît ses romans classiques pour la jeunesse, régulièrement réédités et parfois adaptés au cinéma : Le Capitaine Fracasse, Le Roman de la momie.

Deux figures emblématiques de l'Espagne éternelle, aux traits accentués :

Carmen

Carmen est maigre, un trait de bistre
Cerne son oeil de gitana ;
Ses cheveux sont d'un noir sinistre ;
Sa peau, le diable la tanna.

Les femmes disent qu'elle est laide,
Mais tous les hommes en sont fous ;
Et l'archevêque de Tolède
Chante la messe à ses genoux ;

Car sur sa nuque d'ambre fauve
Se tord un énorme chignon
Qui, dénoué, fait dans l'alcôve
Une mante à son corps mignon,

Et, parmi sa pâleur, éclate
Une bouche aux rires vainqueurs,
Piment rouge, fleur écarlate,
Qui prend sa pourpre au sang des coeurs.

Ainsi faite, la moricaude
Bat les plus altières beautés,
Et de ses yeux la lueur chaude
Rend la flamme aux satiétés.

Elle a dans sa laideur piquante
Un grain de sel de cette mer
D'où jaillit nue et provocante,
L'âcre Vénus du gouffre amer.

Théophile Gautier ("Émaux et Camées")

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Séguidille

Un jupon serré sur les hanches,
Un peigne énorme à son chignon,
Jambe nerveuse et pied mignon,
Oeil de feu, teint pâle et dents blanches ;
Alza ! olà !
Voilà
La véritable manola.

Gestes hardis, libre parole,
Sel et piment à pleine main,
Oubli parfait du lendemain,
Amour fantasque et grâce folle ;
Alza ! olà !
Voilà
La véritable manola.

Chanter, danser aux castagnettes,
Et, dans les courses de taureaux,
Juger les coups des toreros,
Tout en fumant des cigarettes ;
Alza ! olà !
Voilà
La véritable manola.

Théophile Gautier ("España")



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Fernand GREGH - le féminin en poésie

Fernand Gregh (1873-1960) était, comme il se définissait lui-même pour se démarquer des symbolistes, un poète "humaniste".
Il est aussi l'auteur d'essais et de nombreuses critiques littéraires.

"Après l'école de la beauté pour la beauté, après l'école de la beauté pour le rêve, il est temps de constituer l'école de la beauté pour la vie." F. Gregh

La plus jeune fée

C'est la plus jeune fée.
Blonde et blanche, de lis ou de lilas coillée,
Elle passe dans l'air
Où, sur les romarins et sur les renoncules,
Le sillage argenté de son char minuscule
Laisse deux tourbillons d'éclairs...
Elle visite le grillon
Qui chante aux pieds de Cendrillon,
Cache au fond d'un hallier les bijoux de Peau d'Ane,
Berce la Belle au Bois Dormant
Et guide le Prince Charmant,
Grimpe à la tour avec Soeur Anne,
Vole les clefs de Barbe-Bleue,
Chausse au Petit Poucet les bottes de sept lieues,
Brûle à l'ogre sa soupe,
Frise à Riquet sa houppe...
Elle prend aussi soin des moindres fleurs,
Calme le vent qui siffle,
Rit à la source en pleurs,
Jase avec tous les sylphes...
Blonde et blanche, de lis ou de lilas coiffée,
C'est la plus jeune fée.

Fernand Gregh ("Les clartés humaines")



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Pierre GAMARRA - le féminin en poésie

Pierre Gamarra (1919-2009) était écrivain et poète.
Il nous a quittés en mai dernier, au Printemps des Poètes 2009, laissant un nombre considérable d'ouvrages pour la jeunesse, de romans, d'essais et de poésies.

 Bonne fête ma mère

Bonne fête, ma mère tendre,
ma mère d'or, ma mère fine,
bonne fête, ma mère d'ambre,
de porcelaine et de praline.

Bonne fête, mère légère,
mère d'eau vive et de fougère,
mère d'argent et de vermeil,
mère de lune et de soleil.

Bonne fête, ma mère grave,
ma mère joyeuse, ma mère,
bonne fête, ma mère sage,
ma mère jour, ma mère image.

Bonne fête, ma mère lente,
ma mère qui voit et qui rêve,
ma mère qui court et qui vole,
ma mère ciel, ma mère abeille.

Bonne fête, ma mère pain,
ma mère lis, cristal, guitare,
ma mère tôt, ma mère tard,
ma mère toujours en chemin.

Bonne fête, ma mère grive,
bonne fête ma mère vive.

Pierre Gamarra ("Des mots pour une maman" - 1984)



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GUILLEVIC - le féminin en poésie

On trouvera une biographie et de nombreux textes d' Eugène* Guillevic (1907-1997) dans la catégorie du blog qui lui est consacrée ici : PRINT des POÈTES 2008 : GUILLEVIC  *[Guillevic ne voulait pas qu'on mentionne son prénom]

"La terre
est mon bonheur"
Guillevic

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La pomme (titre proposé)

Dans l'arbre privé de fruits et de feuilles
Qui déjà se lasse

Des rameaux jouant pour ne pas trop voir
Le soleil couchant

Une pomme est restée
Au milieu des branches.

Et rouge à crier
Crie au bord du temps.

Guillevic ("Carnac" - éditions Gallimard, 1961)

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La forêt (passages)

Je ne suis pas
Une addition d’arbres.

Le chat-huant le sait,
Le répète,

Lui qui est ma voix,
Le meilleur de mes voix.

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Je suis silence.
Je suis une amphore de silence.

Je suis silence
Qui impose du silence.

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Je suis comme j’étais
Il y a des millénaires.

...

Guillevic

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L'alouette

À quoi je sers
Se chante l'alouette ?

J'ai beau monter,
Grisoller, tourner, descendre
Et remonter et regrisoller,

Alors qui fait mieux ?
Qui ne se plaint pas
De ne rien changer à rien ?

Mais je suis, je suis.
Je fais vibrer avec moi
Ce qui m'entoure.

Guillevic

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Élégie  (un autre texte, dans la catégorie "Guillevic", porte ce titre)

Je t’ai cherchée 

 Dans tous les regards,

 Et dans l’absence des regards,
Dans toutes les robes, dans le vent,

 Dans toutes les eaux qui se sont gardées,
Dans le frôlement des mains,

Dans les couleurs des couchants,

Dans les mêmes violettes,

Dans les ombres sous les hêtres,
Dans mes moments qui ne servaient à rien,

Dans le temps possédé,

Dans l’horreur d’être là,
Dans l’espoir toujours

Que rien n’est sans toi,
Dans la terre qui monte

Pour le baiser définitif,
Dans un tremblement

Où ce n’est pas vrai que tu n’y es pas.

Guillevic ("Sphère" - éditions Gallimard, 1963)



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