lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

010807

L'hiver de Gérard de Nerval

Gérard de Nerval, pseudonyme de Gérard Labrunie (1808-1855) est un poète "moderne", auteur des "Filles du Feu" (1854) ; Les Chimères (1854) ; Aurélia ou le rêve et la vie (1855). Il traduit le poète allemand Heinrich Heine .
En grande détresse matérielle et morale, il se pend dans une rue de Paris.

Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie:
Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie ...
Gérard de Nerval  dans le poème El Desdichado
("le malheureux", en espagnol) ("Les Chimères")

Gérard de Nerval a écrit un long poème pour les papillons absents de l'hiver. On peut en proposer aux élèves le dialogue initial et une ou deux strophes choisies, suivant le niveau de la classe.

Les papillons

De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu'aimez-vous mieux ? - Moi, les roses ;
- Moi, l'aspect d'un beau pré vert ;
- Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
- Moi, le rossignol qui chante ;
- Et moi, les beaux papillons !

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l'on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l'oiseau !...

Quand revient l'été superbe,
Je m'en vais au bois tout seul :
Je m'étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d'eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d'amour !
Voici le papillon faune,
Noir et jaune ;

Voici le mars azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D'un velours riche et moiré.
Voici le vulcain rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le soufré, dans l'espace,
Comme un éclair a relui...
Mais le joyeux nacré passe,
Et je ne vois plus que lui !

Comme un éventail de soie,
Il déploie
Son manteau semé d'argent ;
Et sa robe bigarrée
Est dorée
D'un or verdâtre et changeant.

Voici le machaon-zèbre,
De fauve et de noir rayé ;
Le deuil, en habit funèbre,
Et le miroir bleu strié ;
Voici l'argus, feuille-morte,
Le morio, le grand-bleu,
Et le paon-de-jour qui porte
Sur chaque aile un oeil de feu !

Mais le soir brunit nos plaines;
Les phalènes
Prennent leur essor bruyant,
Et les sphinx aux couleurs sombres,
Dans les ombres
Voltigent en tournoyant.

C'est le grand'paon à l'oeil rose
Dessiné sur un fond gris
Qui ne vole qu'à nuit close,
Comme les chauves-souris ;
Le bombice du troëne,
Rayé de jaune et de vert,
Et le papillon du chêne
Qui ne meurt pas en hiver !...

Voici le sphinx à la tête
De squelette,
Peinte en blanc sur un fond noir,
Que le villageois redoute,
Sur sa route,
De voir voltiger le soir.

Je hais aussi le phalènes,
Sombres hôtes de la nuit,
Qui voltigent dans nos plaines
De sept heures à minuit ;
Mais vous, papillons que j'aime,
Légers papillons de jour,
Tout en vous est un emblême
De poésie et d'amour !

Malheur, papillons que j'aime,
Doux emblème,
A vous pour votre beauté !...
Un doigt, de votre corsage,
Au passage,
Froisse, hélas ! le velouté !...

Une toute jeune fille
Au coeur tendre, au doux souris,
Perçant vos coeurs d'une aiguille,
Vous contemple, l'oeil surpris :
Et vos pattes sont coupées
Par l'ongle blanc qui les mord,
Et vos antennes crispées
Dans les douleurs de la mort!...

Gérard de Nerval ("Petits châteaux de Bohème" - 1853)


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L'hiver d'Anna de Noailles

Anna de Noailles (1876-1933), appelée  à juste titre :-) Comtesse de Noailles, est une écrivaine et une poétesse, au féminin total, romantique et passionnée. Voir d'autres poèmes dans la catégorie UNE SAISON en POÉSIE - automne

... "Je me suis appuyée à la beauté du Monde
Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains" ...

[extrait du poème L'offrande à la Nature, recueil "Le Cœur innombrable"].

L'hiver

C'est l'hiver sans parfums ni chants ...
Dans le pré, des brins de verdure
Percent de leurs jets fléchissants
La neige étincelante et dure ...

Quelques buissons gardent encor
Des feuilles dures et cassantes
Que le vent âpre et rude mord
Comme font les chèvres grimpantes.

Et les arbres silencieux
Que toute cette neige isole
Ont cessé de se faire entre eux
Leurs confidences bénévoles ...

Bois feuillus qui, pendant l'été,
Au chaud des feuilles cotonneuses,
Avez connu les voluptés
Et les cris des huppes chanteuses,

Vous qui, dans la douce saison,
Respiriez la senteur des gommes,
Vous frissonnez à l'horizon
Avec des gestes qu'ont les hommes.

Vous êtes las, vous êtes nus,
Plus rien dans l'air ne vous protège,
Et vos cœurs, tendres ou chenus,
Se désespèrent sous la neige.

Et près de vous, frère orgueilleux,
Le sapin où le soleil brille
Balance les fruits écailleux
Qui luisent entre ses aiguilles ...

Anna de Noailles ("Le Cœur innombrable" - 1901)


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L'hiver de Jean Orizet

Jean Orizet est né en 1937. Il est l'auteur de nombreux recueils et d'anthologies de poésie, et l'un des fondateurs de la revue Poésie 1, devenue Poésie1/Vagabondages (éditions le cherche midi), première revue distribuée en kiosques.

Parmi les derniers livres parus de Jean Orizet : Une anthologie de la poésie amoureuse en France (Bartillat, janvier 2008) ; Anthologie de la Poésie Française (Larousse, 2007) ; L'attrapeur de rêves, roman poétique (Melis, 2006) ; et pour les enfants de 7 à 12 ans : Les plus beaux poèmes pour les enfants (le cherche midi, 1997, paru aussi en Livre de Poche, 2004)

L'or sous le givre

Grise et blanche
une froide alchimie nocturne
brise l'instant

Au matin
c'est le couperet du soleil
qui tranche

Une pie cherche de l'or
sous le givre
de la branche

Jean Orizet ("Miroir oblique" - Librairie de Saint-Germain des Prés, 1969)


Haute ponctuation du silence  (début du poème)

Sur la neige émiettée de rouges-gorges
les sapins, haute ponctuation du silence,
supportent presque tout le poids de l'hiver.

Leurs branches savent retenir le soleil
ou tisser une trame de bise
pour quelque vêtement solennel
...

Jean Orizet (dans "Nouveau trésor de la poésie pour enfants", anthologie de Georges  -  le cherche midi, 2003)


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L'hiver de Charles d'Orléans

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain ...

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain,
Eté est plaisant et gentil,
En témoin de Mai et d'Avril
Qui l'accompagnent soir et matin.

Eté revêt champs, bois et fleurs
De sa livrée de verdure,
Et de maintes autres couleurs,
Par l'ordonnance de Nature.

Mais vous, hiver, vous êtes plein
De neige, vent, pluie et grésil :
On doit vous bannir en exil.
Sans vous flatter je parle plein,

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain !

Charles d'Orléans (1394-1465)

version originale :

Yver, vous n'estes qu'un villain

Yver, vous n'estes qu'un villain,
Esté est plaisant et gentil,
En tesmoing de May et d'Avril
Qui l'acompaignent soir et matin.

Esté revest champs, bois et fleurs
De sa livree de verdure,
Et de maintes autres couleurs,
Par l'ordonnance de Nature.

Mais, vous, Yver, trop estes plain
De nege, vent, pluye et grezil :
On vous deust bannir en essil.
Sans point flater, je parle plain,

Yver, vous n'estes qu'un villain !

Charles d'Orléans


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L'hiver de Louisa Paulin

Louisa Paulin (1888-1944), institutrice et poétesse occitane a écrit des poésies en français et en occitan.
Voyez sur le blog d'autres textes de Louisa Paulin (Loïsa Paulin) dans ces deux langues :
PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde)
et
POÉSIES PAR THÈME : le calendrier, Noël, le nouvel an ...

Chant de neige

L’ange de la géométrie, mon cœur   
Ce matin d’hiver veut nous prendre au piège.

L’ange étincelant nous ouvre, mon cœur,
Le blanc paradis des cristaux de neige.

Et nous sommes là, fascinés, mon cœur,
Par sa merveilleuse et pure science.

Et nous sommes là, prisonniers, mon cœur,
De son ineffable et cruel silence.

Louisa Paulin ("Poèmes" - Éditions de la Revue du Tarn, 1969)


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L'hiver d'Alexandre Pouchkine

Alexandre Pouchkine (Alexandre Sergueïevitch Pouchkine - en russe :  Александр Сергеевич Пушкин) est né à Moscou en 1799. Il est mort en 1837.
C'est un des plus importants écrivains russe, romancier (La Dame de pique, nouvelle - 1833 ...), dramaturge  et poète (Eugène Onéguine - roman en vers, 1823 à 1831 ; Les Tsiganes - 1824 ...).
Sous le règne d'Alexandre Ier, il est exilé dans le Caucase ("Le Prisonnier du Caucase" - poésies, en 1821), puis le tsar Nicolas Ier, qui lui succède, le prend sous sa protection.
Il est tué au cours d'un duel .
Poète lui-même, Mickaïl Lermontov (1) a écrit "La Mort du poète" en hommage à Pouchkine.

(1) Voir Pouchkine  et Mickaïl Lermontov dans la catégorie PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) (textes à venir)

Soir d'hiver

Ciel de brume ; la tempête
Tourbillonne en flocons blancs,
Vient hurler comme une bête,
Ou gémit comme un enfant,
Et soufflant soudain pénètre
Dans le vieux chaume avec bruit,
Elle frappe à la fenêtre,
Voyageur pris par la nuit.

La chaumière est triste et sombre,
Chère vieille, qu'as-tu donc
A rester dans la pénombre,
Sans plus dire ta chanson ?
C'est la bise qui résonne
Et, hurlant, t'abasourdit ?
Ou la ronde monotone
Du fuseau qui t'assoupit ?

Mais buvons, compagne chère
D'une enfance de malheur !
Noyons tout chagrin ! qu'un verre
Mette de la joie au cœur !
Chante comme l'hirondelle,
Doucement vivait au loin ;
Chante-moi comme la belle
Puisait l'eau chaque matin.

Ciel de brume ; la tempête
Tourbillonne en flocons blancs,
Vient hurler comme une bête
Ou gémit comme un enfant.
Mais buvons, compagne chère
D'une enfance de malheur !
Noyons tout chagrin ! qu'un verre
Mette de la joie au cœur !

Alexandre Pouchkine ("Poésie" - Alexandre Pouchkine - traduction de Claude Frioux - Librairie du Globe, 1999) 
Il existe d'autres traductions de ce poème.

Texte original du poème en russe :

ЗИМНИЙ ВЕЧЕР

Буря мглою небо кроеть,
Вихри снежные крутя ;
То, как зверь она завоет,
То заплачет как дитя,
То по кровле обвешалой
Вдруг соломой зашумит,
То, как путник запоздалый,
К нам в окошко постучит.
Наша ветхая лачужка
И печальна и темна.
Что же ты, моя старушка,
Приумолкла у окна ?
Или бури завыванием
Ты мой друг утомлена,
Или дремлешь под жужанием
Своего веретена ?
Выпьем, добрая подружка
Бедной юности моей,
Выпьем с горя ; где же кружка ?
Сердцу будет веселей.
Спой мне песню, как синица
Тихо за морем жила ;
Спой мне песню, как девица
За водой поутру шла.
Буря мглою небо кроеть,
Вихри снежные крутя ;
То, как зверь она завоет,
То заплачет как дитя.
Выпьем, добрая подружка
Бедной юности моей,
Выпьем с горя ; где же кружка ?
Сердцу будет веселей.


Пушкин


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L'hiver de Gisèle Prassinos

Gisèle Prassinos, née en 1920, est écrivaine, poétesse et artiste peintre, tout ça au féminin très singulier, marqué de surréalisme.
Son dernier livre est un recueil de nouvelles : La Mort de Socrate et autres nouvelles, en 2006 (où Socrate est un chat).

Neige

Il paraît que le ciel et la terre
vont se marier.
Avant l’aube le fiancé
sur sa fille
a jeté son voile de mousse
lentement et sans bruit
pour ne pas l’éveiller.

Elle sommeille encore il est tôt
mais déjà exaltés
impatients d’aller à la noce
les arbres ont mis leur gants
par milliers
et les maisons leurs chapeaux blancs.

Gisèle Prassinos ("Le ciel et la terre se marient" - Éditions ouvrières, 1979)


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L'hiver de Jacques Prévert

Chanson pour les enfants l'hiver

Dans la nuit de l'hiver
Galope un grand homme blanc
C'est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois,
Un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village.
Voyant de la lumière
Le voilà rassuré.
Dans une petite maison
Il entre sans frapper ;
Et pour se réchauffer,
S'assoit sur le poêle rouge,
Et d'un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d'une flaque d'eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau.

Jacques Prévert ("Chanson pour les enfants l’hiver, suivi de Les Prodiges de liberté" - Jacqueline Duhême. Gallimard, 1995)


Noël des ramasseurs de neige

Nos cheminées sont vides
nos poches retournées
ohé ohé ohé
nos cheminées sont vides
nos souliers sont percés
ohé ohé ohé
et nos enfants livides
dansent devant nos buffets
ohé ohé ohé

Et pourtant c'est Noël
Noël qu'il faut fêter
Fêtons fêtons Noël
ça se fait chaque année
Ohé la vie est belle
Ohé joyeux Noël

Mais v'là la neige qui tombe
qui tombe de tout en haut
Elle va se faire mal
en tombant de si haut
ohé ohé ého

Pauvre neige nouvelle
courons courons vers elle
courons avec nos pelles
courons la ramasser
puisque c'est notre métier
ohé ohé ohé

Jolie neige nouvelle
toi qu'arrives du ciel
dis-nous dis-nous la belle
ohé ohé ohé
Quand est-ce qu'à Noël
tomberont de là-haut
des dindes de Noël
avec leurs dindonneaux
ohé ohé ého !

Jacques Prévert


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L'hiver de Raymond Radiguet

Raymond Radiguet (1903-1923) aura vécu "l'espace d'un matin".
Il est l'auteur de deux romans : Le diable au corps et Le bal du Comte d'Orgel.
On lui doit aussi un recueil de poèmes : Les Joues en feu.

Vitres

Voici la mauvaise saison
Le froid qui est un assassin
S'amuse à faire des dessins
Sur les vitres de sa prison.

Raymond Radiguet ("Les joues en feu" - 1920)


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L'hiver de Pierre Reverdy

Pierre Reverdy (1889-1910) n'est pas à ranger dans les poètes surréalistes. Était-il, pour avoir fréquenté Picasso, un "poète cubiste", comme on l'a dit ? Il a en tous cas inspiré des peintres, Henri Matisse et donc Pablo Picasso, et des écrivains et poètes tels que Louis Aragon, André Breton et Paul Éluard.
Natif de Narbonne, en Roussillon, c'est la Montagne Noire qui peuple ses textes de neige.

Philippe Jaccottet, poète d'aujourd'hui, a écrit de Pierre Reverdy :

"L’univers de Reverdy a pour modèles la limpidité hivernale, les merveilles du givre, l’éblouissement des cascades, ou, par moindre bonheur, les voiles de la pluie, la fuite des nuées, les lueurs des vitres."
Philippe Jaccottet dans "Une claire goutte de temps", 1968.


Un poème en prose :

Souffle

Il neige sur mon toit et sur les arbres. Le mur et le jardin sont blancs, le sentier noir, et la maison s'est écroulée sans bruit. Il neige.

Pierre Reverdy


Calme intérieur

Tout est calme
Pendant l'hiver
Au soir quand la lampe s'allume
À travers la fenêtre où on la voit courir
Sur le tapis des mains qui dansent
Une ombre au plafond se balance
On parle plus bas pour finir
Au jardin les arbres sont morts
Le feu brille
Et quelqu'un s'endort
Des lumières contre le mur
Sur la terre une feuille glisse
La nuit c'est le nouveau décor
Des drames sans témoin qui se passent dehors.

Pierre Reverdy ("Plupart du temps" - Gallimard, 1969 - poèmes écrits de 1915 à 1922)


Son de cloche

Tout s'est éteint
Le vent passe en chantant
Et les arbres frissonnent
Les animaux sont morts
Il n'y a plus personne
Regarde
Les étoiles ont cessé de briller
La terre ne tourne plus
Une tête s'est inclinée
Les cheveux balayant la nuit
Le dernier clocher resté debout
Sonne minuit.

Pierre Reverdy ("Plupart du temps" - Gallimard, 1969 - poèmes écrits de 1915 à 1922)


La neige tombe 

La neige tombe
Et le ciel gris
Sur ma tête où le toit est pris
La nuit
Où ira l'ombre qui me suit
À qui est-elle
Une étoile ou une hirondelle
Au coin de la fenêtre
La lune
Et une femme brune
C'est là
Quelqu'un passe et ne me voit pas
Je regarde tourner la grille
Et le feu presque éteint qui brille
Pour moi seul
Mais là où je m'en vais il fait un froid mortel.

Pierre Reverdy ("Sources du vent" - 1929)


Temps couvert

Je suis au milieu d’un nuage
de neige
ou de fumée
L’éclat du jour fait son tapage
la fenêtre en battant
ouvre le mur du coin
la paupière assoupie
et l’œil déjà baissé
Plus loin
sur le détour où aurait dû tomber
le grand vent qui passait
en roulant l’atmosphère
la neige et la fumée
Quelques grains de soleil
et le poids de la terre
à peine soulevée

Pierre Reverdy ("Cravates de chanvre" - 1922)


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