lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

040307

Letteras amorosas d' Émile Verhaeren

Émile Verhaeren (1855-1916), poète belge, publie en 1883, son premier recueil, Les Flamandes, dédié à son pays natal.
Les trois poèmes ci-dessous sont tirés de recueils (Les Heures claires, Les Heures d'après-midi, Les Heures du soir) écrits pour son épouse, Marthe Massin.


arc_en_ciel_Art_aqu Photo et labo Lieucommun
Paysage du Vexin - samedi 3 mars 2007 - 8h47 - L'arc-en-ciel est authentique.

Vous m'avez dit

Vous m'avez dit, tel soir, des paroles si belles
Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
Soudain nous ont aimés et que l'une d'entre elles,
Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.

Vous me parliez des temps prochains où nos années,
Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ;
Comment éclaterait le glas des destinées,
Comment on s'aimerait, en se sentant vieillir.

Votre voix m'enlaçait comme une chère étreinte,
Et votre cœur brûlait si tranquillement beau
Qu'en ce moment, j'aurais pu voir s'ouvrir sans crainte
Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.

Émile Verhaeren 1855-1916 ("Les heures d'après-midi")
Ce texte sera rangé dans POÉSIES pour la CLASSE - LETTERA AMOROSA


Quand le ciel étoilé couvre notre demeure

Quand le ciel étoilé couvre notre demeure
Nous nous taisons durant des heures
Devant son feu intense et doux
Pour nous sentir, plus fervemment, émus de nous.

Les grands astres d'argent tracent là-haut leur route ;
Sous les flammes et les lueurs
La nuit étend ses profondeurs
Et le calme est si grand que l'océan l'écoute !

Mais qu'importe que se taise même la mer,
Si dans l'espace immense et clair
Plein d'invisible violence
Nos coeurs battent si fort qu'ils font tout le silence !

Émile Verhaeren ("Les heures du soir")
Ce texte sera rangé dans POÉSIES pour la CLASSE - LETTERA AMOROSA


Pour nous aimer des yeux

Pour nous aimer des yeux,
Lavons nos deux regards de ceux
Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie
Mauvaise et asservie.

L'aube est en fleur et en rosée
Et en lumière tamisée
Très douce ;
On croirait voir de molles plumes
D'argent et de soleil, à travers brumes,
Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses.
Nos bleus et merveilleux étangs
Tremblent et s'animent d'or miroitant ;

Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent ;
Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies,
Balaie
La cendre humide, où traîne encor le crépuscule.

Émile Verhaeren ("Les heures claires)
Ce texte sera rangé dans "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe"

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030307

Le printemps de Jacques Brel

Au printemps

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l'ombre d'un regard en riant

Toutes les filles
Vous donneront leurs baisers
Puis tous leurs espoirs
Vois tous ces cœurs
Comme des artichauts
Qui s'effeuillent en battant
Pour s'offrir aux badauds
Vois tous ces cœurs
Comme de gentils mégots
Qui s'enflamment en riant
Pour les filles du métro

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l'ombre d'un regard en riant

Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d'amoureux
Aux bergères peu sages
Vois tout Paris
Joue la fête au village
Pour bénir au soleil
Ces nouveaux mariages

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l'ombre d'un regard en riant

Toute la Terre
Se changera en baisers
Qui parleront d'espoir
Vois ce miracle
Car c'est bien le dernier
Qui s'offre encore à nous
Sans avoir à l'appeler
Vois ce miracle
Qui devait arriver
C'est la première chance
La seule de l'année

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps

Au printemps (bis)

Jacques Brel


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Le printemps de Jean Ferrat

Au printemps de quoi rêvais-tu ?

Au printemps de quoi rêvais-tu?
Vieux monde clos comme une orange,
Faites que quelque chose change,
Et l'on croisait des inconnus
Riant aux anges
Au printemps de quoi rêvais-tu?

Au printemps de quoi riais-tu?
Jeune homme bleu de l'innocence,
Tout a couleur de l'espérance,
Que l'on se batte dans la rue
Ou qu'on y danse,
Au printemps de quoi riais-tu?

Au printemps de quoi rêvais-tu?
Poing levé des vieilles batailles,
Et qui sait pour quelles semailles,
Quand la grève épousant la rue
Bat la muraille,
Au printemps de quoi rêvais-tu?

Au printemps de quoi doutais-tu?
Mon amour que rien ne rassure
Il est victoire qui ne dure,
Que le temps d'un Ave, pas plus
Ou d'un parjure,
Au printemps de quoi doutais-tu?

Au printemps de quoi rêves-tu?
D'une autre fin à la romance,
Au bout du temps qui se balance,
Un chant à peine interrompu
D'autres s'élancent,
Au printemps de quoi rêves-tu?

D'un printemps ininterrompu

Jean Ferrat


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Le printemps de Léo Ferré

C'est le printemps

Y a la natur' qu'est tout en sueur
dans les hectar's y a du bonheur

c'est l'printemps

y a des lilas qu'ont mêm' plus l'temps
de s'fair' tout mauv's ou bien tout blancs

c'est l'printemps

y a du blé qui s'fait du mouron
les oiseaux eux ils dis'nt pas non

c'est l'printemps

y a nos chagrins qu'ont des couleurs
y a mêm' du printemps chez l'malheur

y a la mer qui s'prend pour Monet
ou pour Gauguin ou pour Manet

c'est l'printemps

y a des nuag's qui n'ont plus d'quoi
on dirait d'la barbe à papa

c'est l'printemps

y a l'vent du nord qu'a pris l'accent
avec Mistral il pass' son temps

c'est l'printemps

y a la pluie qu'est passée chez Dior
pour s'payer l'modèl' Soleil d'Or

y a la route qui s'fait nationale
et des fourmis qui s'font la malle

c'est l'printemps

y a d'la luzerne au fond des lits
et puis l'faucheur qui lui sourit

c'est l'printemps

y a des souris qui s'font les dents
sur les matous par conséquent

c'est l'printemps

y a des voix d'or dans un seul cri
c'est la Sixtin' qui sort la nuit...

y a la natur' qui s'tape un bol
à la santé du rossignol

c'est l'printemps

y a l'beaujolais qui la ramène
et Mimi qui s'prend pour Carmen

c'est l'printemps

y a l'îl' Saint-Louis qui rentre en Seine
et puis Paris qui s'y promène

c'est l'printemps

y a l'été qui s'point' dans la rue
et des ballots qui n'ont pas vu

Qu' c'était l'printemps ...

Léo Ferré


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Le printemps d' IAM

Revoir un printemps

Refrain :
Comme quoi la vie finalement nous a tous embarqués,
J'en place une pour les bouts de choux, fraîchement débarqués
A croire que jusqu'à présent, en hiver on vivait
Vu qu'c'est le printemps, à chaque fois que leurs sourires apparaissent
Je revois le mien en extase, premier jouet téléguidé
Déguisé en cosmonaute, souhait presque réalisé, instant sacralisé
Trésor de mon coeur jamais épuisé, pour mon âme apaisante, Alizée.

Akhenaton :
Revoir le rayon d'lumière, transpercer les nuages,
Après la pluie, la chaleur étouffante assécher la tuile
Revoir encore une fois, l'croissant lunaire embraser la nuit
Embrasser mes anges, quand l'soleil s'noie
Faire du sommeil une terre vierge, converser dehors sous les
Cierges, revoir son sourire au lever quand j'émerge, sur
Au-delà des turpitudes, des dures habitudes de l'hiver
Peut être mon enveloppe de môme, abrite un coeur d'Gulliver
Revoir les trésors naturels de l'univers, douce ballerine
L'hirondelle fonde son nid dans mes songes, sublime galerie
A ciel ouvert, les djouns rampent à couvert, nous à l'air libre
Mais les pierres horribles, cachent souvent des gemmes superbes
Sous le couvercle
Revoir la terre s'ouvrir, dévoiler la mer
Solitaire dans la chambre, sous la lumière qu'les volets lacèrent
Impatient de l'attendre, c'printemps en décembre, en laissant
Ces mots dans les cendres, de ces années amères

(Refrain)

Freeman :
La patience est un arbre, dont la racine est amère et l'fruit doux
J'aimerais revoir mes premiers pas, mes premiers rendez vous
Quand j'pensais, qu'la vie, pouvait rien nous offrir, à part des sous
Maintenant j'sais qu'ça s'résume pas à ça, et qu'c'est un tout,
L'tout est d'savoir, voir, penser, avancer, foncer
On sait qu'le temps, dans c'monde n'est pas notre allié
J'aimerais revoir, l'instant unique, qu'a fait d'moi un père
Un homme, un mari, on m'aurait dit ça avant, j'aurais pas t'nu l'pari
Normal dans mon coeur, y avait la tempête, les pression et l'orage
Et pas beaucoup d'monde qui pouvait supporter cette rage
J'aimerais revoir, ces pages, où on apprenait la vie, sans dérapage
L'partage d'l'évolution, à qui j'rends hommage, loin des typhons
J'aimerais revoir, l'premier sourire, d'mon fiston, mon coeur
D'puis c'jour là, j'me sens fier, c'beau gosse, c'est ma grandeur
Un printemps éternel, une source intarissable, plein d'couleurs
C'est l'jardin d'Eden, qui m'protège d'mes douleurs,

Shurik'n :
Revoir l'époque où y avait qu'des pelés sur le goudron s'arrachant
Autant de printemps répondant à l'appel d'un air innocent
Moins pressé d'aller à l'école pour les cours que pour les potes
S'y trouvant revoir les parties de bille sous le préau se faisant avec acharnement
Tendre moment jalousement gardé comme tous
Avènement d'une jeune pousse que l'on couvre d'amour…..
Pour que rien ne salisse mille fleurs jaillissent
Dès que son sourire m'éclabousse ça m'électrise cette
Racine va devenir chêne massif sève de métisse
Annonçant le renouveau le retour de mes printemps
A travers les siens et construire les siens pour que un jour
Il puisse les revivre à son tour
Comme volant à mon secours ces graines fleurissent
Dans ma tête quand la grisaille
Persiste mur d'images refoulant mes tempêtes
Voir un printemps superbe à nouveau fleurir

(Refrain)
source de ce dernier texte : http://www.paroles.net/
IAM  (2003)


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Le printemps de Félix Leclerc

L'hymne au printemps

Les blés sont mûrs et la terre est mouillée
Les grands labours dorment sous la gelée
L'oiseau si beau, hier, s'est envolé
La porte est close sur le jardin fané...

Comme un vieux râteau oublié
Sous la neige je vais hiverner
Photos d'enfants qui courent dans les champs
Seront mes seules joies pour passer le temps

Mes cabanes d'oiseaux sont vidées
Le vent pleure dans ma cheminée
Mais dans mon cœur je m'en vais composer
L'hymne au printemps pour celle qui m'a quitté

Quand mon amie viendra par la rivière
Au mois de mai, après le dur hiver
Je sortirai, bras nus, dans la lumière
Et lui dirai le salut de la terre...

Vois, les fleurs ont recommencé
Dans l'étable crient les nouveau-nés
Viens voir la vieille barrière rouillée
Endimanchée de toiles d'araignée

Les bourgeons sortent de la mort
Papillons ont des manteaux d'or
Près du ruisseau sont alignées les fées
Et les crapauds chantent la liberté
Et les crapauds chantent la liberté ...

Félix Leclerc


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Luce Guilbaud

chats_dans_le_soleil Photo DR et labo Lieucommun

Luce Guilbaud est née en 1941.

Je t'offre un soleil

Je t'offre un soleil
dans mes mains nues
quelques touches de brume
un dé de pluie
et la ligne bleue des collines

sans guirlandes
sans papier cadeau
je t'offre un monde
avec mon coeur

Luce Guilbaud - (La petite fille aux yeux bleus - 1998) 
poésie déjà rangée dans POÉSIES pour la CLASSE - LETTERA AMOROSA


Je jouais

Je jouais à grimper à l'arc-en-ciel
comme à l'échelle
Sur le jaune
j'ai cueilli des boutons d'or
Sur l'orange
j'ai des clémentines
Sur le rouge
des framboises et des cerises
Plus haut, j'ai respiré les violettes
Dans le bleu
j'ai coupé une fenêtre de ciel
pour voir l'indigo
Et je suis tombé par la fenêtre
sur l'herbe verte.

Luce Guilbaud 
Poésie sera rangée dans POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3


Dans ma boîte

J’aurai une grande boîte
pleine de soleil
pour les jours de pluie
pleine de sourires
pour les jours de grogne
pleine de courage
pour les jours de flemme.

Et dans ma boîte j’aurai aussi
plein de coquillages
pour écouter la mer.

Luce Guilbaud    Cette poésie sera rangée dans POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3


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020307

Le temps des cerises - grande Histoire et histoire d'une lettera amorosa

tag_1_blogPhoto Lieucommun fév 2007

On ne connaît souvent de Jean-Baptiste Clément (1836-1903) que Le temps des cerises.
Il est l'auteur d'autres poésies et chansons, plus engagées, pour La Commune de Paris (l'insurrection révolutionnaire de 1871), dont il a été un défensur actif. Il sera d'ailleurs condamné à mort et contraint de s'exiler à Londres, jusqu'à l'amnistie de 1880.


Jean-Baptiste Clément est un poète révolté. Réfugié une première fois en Belgique pour des écrits contre le régime impérial français, il y écrit en 1866 le poème Le temps des cerises, publié l'année suivante.
Antoine Renard le mettra en musique en 1868, et ce texte devenu chanson rencontre déjà le succès.
En 1885, bien après La Commune, Jean-Baptiste Clément dédie Le temps des cerises "à Louise, ambulancière sur la dernière barricade du 28 mai", comme un dernier hommage à l'insurrection populaire, réprimée dans le sang (voir plus bas).
On peut le voir aussi, comme une lettera amorosa.


Le temps des cerises (poème avant d'être chanson)
à la vaillante citoyenne Louise, l'ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871

Quand nous en serons au temps des cerises*,
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur.
Quand nous en serons au temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court le temps des cerises,
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreille,
Cerises d’amour aux robes pareilles
Tombant sur la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant.

Quand nous en serons au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d’amour
Evitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrais pas sans souffrir un jour.
Quand nous en serons au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d’amour.

J’aimerai toujours le temps des cerises :
C’est de ce temps là que je garde au coeur
Une plaies ouverte,
Et dame Fortune, en m’étant offerte,
Ne pourra jamais fermer ma douleur.
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeur.

Jean-Baptiste Clément (1866)
*Modification du premier vers lors de la mise en musique : "Quand nous chanterons le temps des cerises".
Ponctuation du poème original respectée.
Source : "Les poètes de La Commune" - Maurice Choury - Seghers - édition 1970, Centenaire de La Commune (Photo Lieucommun ci-dessous) 


livre_po_tes_CommuneJean-Baptiste Clément explique sa dédicace :

" Puisque cette chanson a couru les rues, j’ai tenu à la dédier, à titre de souvenir et de sympathie, à une vaillante fille qui, elle aussi, a couru les rues à une époque où il fallait un grand dévouement et un fier courage !
Le fait suivant est de ceux qu’on n’oublie jamais :
Le dimanche 28 mai 1871, alors que tout Paris était au pouvoir de la réaction victorieuse, quelques hommes luttaient encore dans la rue Fontaine-au-Roi.
Il y avait là, mal retranchés derrière une barricade, une vingtaine de combattants, parmi lesquels (…) des jeunes gens de dix-huit à vingt ans et des barbes grises qui avaient échappé aux fusillades de 48 et aux massacres du coup d’État.
Entre onze heures et midi, nous vîmes venir à nous une jeune fille de vingt à vingt-deux ans qui tenait un panier à la main. Nous lui demandâmes d’où elle venait, ce qu’elle venait faire, et pourquoi elle s’exposait ainsi.
Elle nous répondit avec la plus grande simplicité qu’elle était ambulancière et que la barricade de la rue Saint-Maur étant prise, elle venait voir si nous n’avions pas besoin de ses services.
(…)  Malgré notre refus motivé de la garder avec nous, elle insista et ne voulut pas nous quitter. Du reste, cinq minutes plus tard, elle nous était utile.
Deux de nos camarades tombaient frappés, l’un d’une balle à l’épaule, l’autre au milieu du front. (…)
Quand nous décidâmes de nous retirer, s’il en était temps encore, il fallut supplier la vaillante fille pour qu’elle consentît à quitter la place.
Nous sûmes seulement qu’elle s’appelait Louise et qu’elle était ouvrière.
(…) Qu’est-elle devenue ?
A-t-elle été, avec tant d’autres, fusillée par les Versaillais ?
N’était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais dédier la chanson la plus populaire de toutes celles que contient ce volume ? "
Jean-Baptiste Clément (« Chansons » - Paris 1885)
Source : "Les poètes de La Commune" - Maurice Choury - Seghers


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010307

poésies de Jean Richepin

Photo : Lieucommun         p_querettte_pav_

Jean Richepin (1849-1926) a écrit des pièces de théâtre et des romans, mais il est connu pour ses poésies.  La Chanson des gueux (1876), un long poème sur la misère de son époque, lui vaut d'être emprisonné un mois.

Les oiseaux de passage (ici), poème extrait de "La Chanson des gueux", et Les Philistins, (titre original : Chanson des cloches de baptême), ont été mis en musique par Georges Brassens (à venir dans la catégorie : Brassens chante les poètes)


Une lettera amorosa, pour la classe (à ranger) : POÉSIES pour la CLASSE - LETTERA AMOROSA

Le jour où je vous vis pour la première fois (titre proposé)
      
Le jour où je vous vis pour la première fois,
Vous aviez un air triste et gai : dans votre voix
Pleuraient des rossignols captifs, sifflaient des merles ;
Votre bouche rieuse, où fleurissaient des perles,
Gardait à ses deux coins d’imperceptibles plis ;
Vos grands yeux bleus semblaient des calices remplis
Par l’orage, et séchant les larmes de la pluie
À la brise d’avril qui chante et les essuie ;
Et des ombres passaient sur votre front vermeil,
Comme un noir papillon dans un rais de soleil.

Jean Richepin ("Les caresses")


Une poésie d'avant-printemps pour la classe : POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3

Trois petits oiseaux dans les blés

Au matin se sont rassemblés
Trois petits oiseaux dans les blés.
Ils avaient tant à se dire
Qu'ils parlaient tous à la fois,
Et chacun forçait sa voix.
Ça faisait un tire lire,
Tire lire la ou la.
Un vieux pommier planté là
A trouvé si gai cela
Qu'il s'en est tordu de rire,
Tire lire tire lire,
Qu'il s'en est tordu de rire,
Tire lire la ou la.

Jean Richepin


Une poésie plus difficile, "amorosa" si on veut, mais n'en abusez pas, c'est de la bière !
 

Pâle et blonde
      
Pâle et blonde, très pâle et très blonde, ô mon cœur,
C’est ainsi que tu l’aimes,
Lorsque sur toi l’ennui comme un condor vainqueur
Étend ses ailes blêmes,

Lorsque tu sens en toi monter le goût amer
Des voluptés passées,
Lorsque tu voudrais bien boire toute la mer
Pour noyer les pensées,

Lorsqu’un désir te prend, frénétique et moqueur,
De t’en aller du monde,
Pâle et blonde, très pâle et très blonde, ô mon cœur,
Tu l’aimes pâle et blonde,

Pâle et blonde comme est la fille d’un vieillard,
Née au mois de décembre.
Aussi pâle qu’un clair de lune en un brouillard,
Aussi blonde que l’ambre,

Pâle et blonde, et laissant autour d’elle neiger,
Plus blancs que de la laine,
Ses cheveux d’argent fin, clair, mousseux et léger,
Que dissipe une haleine.

Pâle et blonde, très pâle et très blonde, elle est là,
Qui sanglote à ta porte.
Laisse-la donc entrer chez toi, va, laisse-la,
Laisse, qu’elle t’emporte !

C’est elle, la bonne ale. Allons, tends-lui ton cou,
Ouvre ta bouche entière,
Et mets la bière en toi ! Tu mets du même coup
Ton ennui dans la bière.

Jean Richepin ("Les caresses") Ce texte sera rangé dans  "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe"


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270207

Louis Aragon - Le fou d'Elsa

Louis Aragon (1897-1982) appartient au surréalisme, dont il est un des fondateurs, avec André Breton et Philippe Soupault.
Il adhère au Parti communiste et s'engage dans la Résistance contre le nazisme pendant la Seconde guerre mondiale.
Son amour pour Elsa Triolet, romancière (1896-1970), traverse et illumine son oeuvre poétique. Un des recueils d'Aragon s'intitule Le Fou d'Elsa (1963). On peut citer d'autres recueils : Cantique à Elsa (1942) - Les Yeux d'Elsa (1942) -  Elsa (1959) - Il ne m'est Paris que d'Elsa (1964)...
Aragon est aussi écrivain romancier (Le Paysan de Paris - Les beaux quartiers - Les Communistes, Les Voyageurs de l'Impériale ...)
On trouvera des poèmes d'Aragon dans d'autres catégories : chanson - lettera amorosa.


arbre_en_feu_paysage

Photo et photomontage : Lieucommun (voir autre photo plus bas)

Elsa

Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse,
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse.

Eau forte et douce comme un vin,
Pareille au soleil des fenêtres,
Tu me rends la caresse d'être,
Tu me rends la soif et la faim
de vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu'à la fin.

C'est miracle que d'être ensemble,
Que la lumière sur ta joue,
Qu'autour de toi le vent se joue,
Toujours si je te vois, je tremble,
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble.

M'habituer m'habituer,
Si je ne le puis qu'on me blâme,
Peut-on s'habituer aux flammes
Elles vous ont avant tué,
Ah crevez les yeux de l'âme
S'ils s'habituaient aux nuées

Pour la première fois ta bouche,
Pour la première fois ta voix,
D'une aile à la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche,
C'est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche.

Prends ce fruit lourd et palpitant,
Jettes-en la moitié véreuse,
Tu peux mordre la part heureuse,
Trente ans perdus et puis trente ans,
Au moins que ta morsure creuse
C'est ma vie et je te la rends.

Ma vie en vérité commence
Le jour où je t'ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'a montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au coeur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j'ai flambé comme un genièvre
À la Noël entre tes doigts.
Je suis né vraiment de ta lèvre,
Ma vie est à partir de toi.

Louis Aragon ("Le roman inachevé") - Ce poème a été mis en musique et chanté par Léo Ferré, Marc Ogeret... Les passages en italique ont été retirés pour la chanson. Poème déjà rangé dans  "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe"  p 3.


Il n'y a pas d'amour heureux

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux

Lyon, Janvier 1943
Louis Aragon ("La Diane française")

La syntaxe particulière du texte original est ici respectée : pas de ponctuation et des majuscules qui découpent certains vers.
Ce poème a été mis en musique par Georges Brassens (voir la catégorie Brassens chante les poètes).
Il sera aussi rangé dans  "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe"


On trouvera à cette adresse le contexte historique du poème qui suit : http://perso.orange.fr/d-d.natanson/resistance_juive.htm

L'affiche rouge

Vous n'aviez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants.
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement 
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses,
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient La France en s'abattant

Louis Aragon ("Le Roman Inachevé" - Gallimard, 1955)


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