lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

011109

Lorraine, Malineau - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Bernard Lorraine -

Bernard Lorraine (1933-2002) a publié 27 recueils de poésie  (Vitriol, Voilà, Provocation, Sentences, Burlesques ...) et 10 anthologies poétiques (Trésors des épigrammes satiriques ; Une Europe des poètes ; Le cœur à l'ouvrage : anthologie de la poésie du travail ; Un poème, un pays, un enfant ...) ainsi que des essais et des pièces de théâtre.

Au début ...

Il y avait un ciel
il y eut un nuage
Il y avait la boue
il y eut une plage

Il y avait une eau
il y eut un poisson
Il y avait un arbre
il y eut un oiseau

Il y avait la nuit
il y eut une femme
Il y avait le jour
et il y eut un homme

Il y avait l'amour
il y eut un silence
Mais il y eut un cri
et c'était un enfant

Et ce fut un poète
puisqu'il y eut un chant

Bernard Lorraine ("Florilège poétique", L'Amitié par le Livre, 1978)

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Le tapissier et le pâtissier

Un pâtissier faisait de la pâtisserie,
Son voisin tapissier de la tapisserie.
Lorsque le pâtissier fait sa pâtisserie
Sa pâtissière fait de la tapisserie,
Quand le tapissier vaque à sa tapisserie
Sa tapissière cuit de la pâtisserie.

Aussi retrouve-t-on des clous de tapissier
Dans la pâtisserie du voisin pâtissier,
Aussi retrouve-t-on les choux du pâtissier
Sur la tapisserie du voisin tapissier.
Et comme leurs moitiés sabotent leurs métiers,
Leur industrie et leur commerce en pâtissaient.

Moralité
Pâtissiers, pâtissez ! Tapissez, tapissiers !
À chacun son métier ! À chacun sa moitié.

Bernard Lorraine ("Jouer avec les poètes"  - Hachette, 1999)

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Comptine du trappeur

Toi, renard bleu,
je t’aime un peu.
Toi, castor blanc,
passablement.
Toi, caribou,
beaucoup, beaucoup.
Toi, noble élan,
passionnément.
Martre jolie,
à la folie.
Mais pas du tout
la peau du loup.

Bernard Lorraine ("Comptine du trappeur" - dans l'album de chansons d'animaux d'Hélène Bohy et Agnès Chaumie :
À tire d'aile)

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livre_Bernard_Lorraine_m_nagerieDeux poèmes, chacun sur deux rimes :

Le rhinocéros

Mieux vaut ne pas chercher de crosses
À Monsieur le rhinocéros.
Ce n'est pas qu'il soit très féroce,
Mais il pique une crise atroce
Et il devient fou dès que
Vous prenez les poils de sa queue
Pour en faire des balais-brosses.

Bernard Lorraine ("La ménagerie de Noé")

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Le dromadaire

"Si j'avais deux bosses au dos"
m'a confié un vieux dromadaire
aussi sobre que lapidaire,
"on me traiterait de chameau !"

Bernard Lorraine ("La ménagerie de Noé" - éditions Ouvrières/éditions de l'Atelier, collection L'Enfance heureuse, 1989)



- Jean-Hugues Malineau -

Jean-Hugues Malineau (né en 1945), est un poète d'aujourd'hui,  et l'un des acteurs essentiels pour la diffusion, la connaissance des auteurs et des textes en milieu scolaire, animateur d'ateliers de création poétique.
"Jean-Hugues Malineau propose des rencontres scolaires (de la maternelle à l'université) sur la poésie, ou des ateliers d'écriture durant lesquels il s'adresse à la sensibilité, à l'humour, à l'imagination, au sens rythmique, à la sensualité comme à la logique ou à la culture de l'enfant." Plus d'infos à son adresse Web (lien cliquable) :
http://jhmalineau.free.fr/

livre_Malineau_pas_si_b_tesLe ragondin

Un ragondin ragondait
Les gontes de milles et une gouttes
Aux grenouilles qui égoutaient
Gaptivées en gassant la groûte.

Jean-Hugues Malineau ("Pas si bêtes, les animaux" - Éditions de L'École des loisirs, 2003)

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Le perroquet

C'est très coquet
Un perroquet


Des plumes rouges
Bleues violettes
Ça vit ça bouge
Et ça répète


C'est très coquet
Un perroquet


Dans un baquet
Un perroquet
Ça fait trempette
Et ça répète


C'est très coquet
Un perroquet


C'est beau, c'est sec
Après toilette
Et ça répète
Du bout du bec


C'est très coquet
Un perroquet


Tais ton caquet
Vieux perroquet
Mais ça répète
Saperlipopette

C'est très coquet
Un perroquet

Jean-Hugues Malineau ("Prête-moi tes plumes" - Éditions de L'École des loisirs, 1978)



 

- Eddy Marnay -

Isabelle Boulay Ma filleEddy Marnay (1920-2003), pseudo d'Edmond Bacri (rien à voir avec Roland Bacri présenté précédemment), était un parolier, auteur d'une grande quantité de chanssons, et il était lui-même un interprète discret.

L'impressionnante liste de ses textes est ici :

http://www.eddymarnay.com/liste.php

Le titre qui suit, "Ma fille" est un succès actuel, après avoir été un succès passé, mais il n'est pas interdit d'aimer les deux interprétations :

Ma fille

Ma fille, mon enfant,
Je vois venir le temps
où tu vas me quitter
Pour changer de saison,
pour changer de maison
Pour changer d'habitudes
J'y pense chaque soir
en guettant du regard
Ton enfance qui joue
à rompre les amarres
Et me laisse le goût
d'un accord de guitare

Tu as tant voyagé
et moi de mon côté
j'étais souvent parti
Des Indes à l'Angleterre,
On a couru la Terre
et pas toujours ensemble
Mais à chaque retour
nos mains se rejoignaient
Sur le dos de velours
d'un chien qui nous aimait
C'était notre façon
d'être bons compagnons

Mon enfant, mon petit,
bonne route, bonne route

Tu prends le train pour la vie
et ton cœur va changer de pays

Reggiani Ma filleMa fille, tu as vingt ans,
et j'attends le moment
Du premier rendez-vous
Que tu me donneras chez toi
ou bien chez moi
ou sur une terrasse
Où nous évoquerons,
un rire au coin des yeux
Le chat ou le poisson
qui partageaient nos jeux
Où nous épellerons,
les années de ton nom

À vivre sous mon toit,
il me semble parfois
que je t'avais perdue
Je vais te retrouver,
Je vais me retrouver
dans chacun de tes gestes
On s'est quittés parents,
on se retrouve amis
Ce sera mieux qu'avant
je n'aurai pas vieilli
Je viendrai simplement,
partager tes vingt ans

Mon enfant, mon petit,
bonne route, bonne route
Tu prendras le train pour la vie
et ton cœur va changer de pays
Sur le chemin de la vie
nos deux cœurs vont changer de pays !

paroles d'Eddy Marnay

  • interprété et enregistré par Serge Reggiani (album "Rupture", 1971) - paroles d'Eddy Marnay et musique de Raymond Cohen - réédité régulièrement en compilation, anthologie. Lieucommun se permet de recommander l'album 3 titres "Les 50 Plus Belles Chansons : Serge Reggiani" (Coffret 3 CD), qui contient la chanson "Ma fille" sorti en 2009 chez Polydor (vendu environ 20 €).
  • et par Isabelle Boulay (interprète, CD "Au moment d'être à vous" - 2002 Disques Chic Musique)


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Marot - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Clément Marot -

Clément Marot (1496- 1544) à Turin est un poète français, proche du roi François Ier. Un temps en disgrâce, il a connu la prison et l'exil.

Ce passage du très long poème "Églogue au roi sous les noms de Pan et Robin" est présenté en ancien français :

Sur le printemps de ma jeunesse folle

[...]

Sur le printemps de ma jeunesse folle,
Je ressemblais l'hirondelle qui vole,
Puis ça, puis là ; l'âge me conduisait
Sans peur ni soin où le coeur me disait.
En la forêt (sans la crainte des loups)
Je m'en allais souvent cueillir le houx,
Pour faire glu à prendre oiseaux ramages
Tous différents de chants et de plumages ;
Ou me soulois pour les prendre entremettre
A faire brics ou cages pour les mettre ;
Ou transnouais les rivières profondes,
Ou renforçais, sur le genou les frondes.
Puis d'en tirer droit et loin j'apprenais
Pour chasser loups ou abattre des noix.

Ô quantes fois aux arbres grimpé j'ai,
Pour dénicher ou la pie ou le geai,
Ou pour jeter des fruits jà mûrs et beaux
A mes compaings, qui tendaient leurs chapeaux.

[...]

Clément Marot (extrait de "Églogue au roi sous les noms de Pan et Robin", 1539)


- Édouard J. Maunick -

Édouard J. Maunick (Joseph Marc Davy Maunick) est né en 1931 sur l’île Maurice, qu'il quitte pour entamer un itinéraire de poète, écrivain, essayiste, homme de radio, conférencier, etc, en France métropolitaine. Il obtient le Grand Prix de la Francophonie de l'Académie Française (2003). Aujourd'hui il est retourné vivre sur son île natale.

"Je salue [...] l'homme qui, après avoir été proche de Léopold Sedar Senghor, a su gagner l'amitié de Nelson Mandela, haute figure de cette Afrique du Sud débarrassée de l'apartheid, où Édouard Maunick fut ambassadeur de son pays pendant plusieurs années. Maunick est un important et singulier poète qu'irrigue un « sang mêlé comme une langue de feu". (Jean Orizet, en préface au recueil de l'auteur "Elle & Île : Poèmes d'une même passion", Le cherche-midi, 2002) - source : http://jacbayle.perso.neuf.fr/livres/Nouveau/Maunick.html

Édouard Maunick célèbre ses 50 ans d'écriture poétique avec le recueil : "50 quatrains pour narguer la mort". Un choix parmi ces quatrains est proposé ici.

Présentation du recueil par l'éditeur : "Les 50 Quatrains pour narguer la mort" du poète mauricien Edouard J.
Maunick, et le court texte en prose intitulé "Contre-silence" qui leur fait suite, témoignent de la force de cette voix de l'océan Indien venue célébrer la splendeur du monde. Conçus sous la forme d'une série ininterrompue, ces 50 quatrains aux accents liturgiques sont peut-être la "seule vraie légende", le "mentir vrai" d'un poète qui appartient à la confrérie des griots et des chantres de l'oralité.

50 quatrains pour narguer la mort (extraits)

[…]

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3

aucune image est fausse
et la mer est partout
le destin seul choisit
tout le reste doit survivre

- - - - - - -

11

j'existe avec les arbres
moi-même inféodé
à chaque liane du banian
du lafouche mascareigne

- - - - - - -

37

kenn lavérité
pli gran ki testaman
cyklonn kapav suflé
vié léritaz tini

(aucune vérité
n’est plus grande que testament
le cyclone peut souffler
le vieil héritage tient)*

- - - - - - -

48

un autre enfant viendra
caresser je ne sais
quel autre rêve de partir
vers des îles parolières

- - - - - - -

[…]

Édouard J. Maunick  ("50 quatrains pour narguer la mort", Editions Bartholdi 2005-bilingue et Seghers 2006 - en langue française).* ce quatrain est le seul en créole (et il n'est pas traduit) dans le recueil des éditions Seghers



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Menanteau, Mendès, Monnereau - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Pierre Menanteau -

Pierre Menanteau (1895-1992), enseignant et poète, est l'auteur d'anthologies poétiques ("Florilèges"), dans lesquelles il s'attache à faire connaître les auteurs anciens et contemporains pour la jeunesse.
Ses Oeuvres poétiques complètes en plusieurs tomes sont parues  aux Éditions Soc et Foc.

Ah ! que la Terre est belle

Ah ! que la Terre est belle.
Crie une voix là-haut,
Ah ! que la Terre est belle.
Sous le beau soleil chaud !

Elle est encore plus belle,
Bougonne l’escargot
Elle est encore plus belle
Quand il tombe de l’eau.

Vue d’en bas, vue d’en haut,
La Terre est toujours belle
Et vive l’hirondelle
Et vive l’escargot.

Pierre Menanteau ("Bestiaire pour un enfant poète" - éditions Pierre Seghers, 1958)

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Au gui l'an neuf

Pour le meilleur et pour le pire

Le houx, le gui sont mariés.
La brume les a fiancés,
Noël conjugue leurs sourires.
Au gui, l'an neuf pour toutes peines,
Au gui, l'an neuf pour le bonheur
Des enfants qui chauffent leur coeur
Au vieux soleil des joies humaines !

Pierre Menanteau

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Le grillon

- Je suis grillé, dit le grillon

Le feu a pris dans ma maison.
- Il est grillé, dit la fourmi
Quel bon rôti pour mon dîner !
Mais les pompiers, la sauterelle et le criquet
Ont mis l'échelle pour arroser cette maison
Où le grillon allait griller.
Enfin sauvé ! Merci pompiers !
Tous les cris-cris vont s'accorder
Et dans le rond de l'amitié
Toute la nuit nous danserons.

Pierre Menanteau ("À l'école du buisson" - éditions Saint-Germain-des-Prés, 1971)



- Catulle Mendès -

Catulle Mendès 1841-1909) est un des fondateurs du mouvement littéraire Le Parnasse, avec des poètes comme  Leconte de Lisle (qui en est considéré comme le chef de file), François Coppée, José-Maria de Heredia et Théodore de Banville. Ces poètes prônent et pratiquent "l'art pour l'art", c'est-à-dire une poésie dégagée de toute expressio sentimentale ou sociale, tournée uniquement vers la beauté.

L'enfant et l'étoile

Un astre luit au ciel et dans l’eau se reflète.

Un homme qui passait dit à l’enfant-poète :
"Toi qui rêves avec des roses dans les mains
Et qui chantes, docile au hasard des chemins,
Tes vains bonheurs et ta chimérique souffrance,
Dis, entre nous et toi, quelle est la différence ?

— Voici, répond l’enfant. Levez la tête un peu ;
Voyez-vous cette étoile, au lointain du soir bleu ?

— Sans doute !
— Fermez l’œil. La voyez-vous, l’étoile ?
— Non, certes."

Alors l’enfant pour qui tout se dévoile
Dit en baissant son front doucement soucieux :
"Moi, je la vois encore quand j’ai fermé les yeux."

Catulle Mendès ("Intermède", Ollendorff, 1885)



- Michel Monnereau -

Michel Monnereau est un écrivain et journaliste français, né en 1948.
Dernier roman : "On s'embrasse pas" (La Table Ronde, 2007) ; dernier recueil de poèmes : "27 poèmes pour la route" (L’épi de seigle,
collection Poésie jeunesse, 2008).

Un soir... (titre proposé)

Un soir les diligences roulaient sur le toit
les cochers avaient le sang à la tête
les chevaux usaient poil à poil leur crinière.
A l'auberge les palefreniers marchaient sur la tête.
les tables, les quatre fers en l'air,
supportaient ainsi les verres.
Les bougies fondaient en larmes.
les chats se déplaçaient par roulades.
les œufs tombaient des nids.
La lune était accrochée par une ficelle.
Une pendule hoquetait.
Le vin ne restait pas sur l'estomac...

- Enfin, me dit ma mère,
tu vois bien que tu tiens ton livre à l'envers.

Michel Monnereau ("L'arbre à poèmes" - Nouveaux Cahiers de Jeunesse, 1973



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Moreau - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Jean-Luc Moreau -

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Jean-Luc Moreau est né en 1937.

 

<< Les Poèmes de la souris verte (Le livre de Poche Jeunesse, Hachette - Fleurs d'encre, édition 2003 illustrée par Marie-Aude Waymel) - environ 190 pages, 5 € en librairie.

Poète et universitaire, il a publié des histoires et des poèmes pour les enfants et les adolescents, (L'arbre perché, Poèmes à saute-mouton, Devinettes, Les Poèmes de la souris verte, Dans ma famille* ), pour les plus grands (La Bride sur le cœur, Sous le masque des mots), ainsi que des anthologies et des traductions de poèmes. On trouve d'autres textes de cet auteur dans d'autres catégories du blog.

* dernier recueil pour les enfants paru : Dans ma famille (illustré par Eva Offredo, collection Gautier-Languereau, 2008) - environ 30 pages et 5 € en librairie.

Ce premier texte se trouve dans le recueil Les Poèmes de la souris verte, au chapitre "Le carré de l'hypoténuse"

Locataires

J'ai dans mon cartable
(C'est épouvantable !)
Un alligator
Qui s'appelle Hector.

J'ai dans ma valise
(Ça me terrorise !)
Un éléphant blanc
Du nom de Roland.

J'ai dans mon armoire
(Mon Dieu, quelle histoire !)
Un diplodocus
Nommé Spartacus.

Mais pour moi le pire,
C'est sous mon chapeau
D'avoir un vampire
Logé dans ma peau.

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

logo_cr_ation_po_tique Poèmes à la manière de "J'ai dans  mon cartable..."

En utilisant la structure et l'esprit de ce poème, un document présente la démarche pédagogique d'une séance ICI (à partir de la page 28). Voyez aussi un travail réalisé ICI par des élèves de CE1, dans un CM2 ICI, ou encore ICI dans un CP.

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La cour de mon école

La cour de mon école

Vaut bien, je crois,
La cour de Picrochole,
Le fameux roi :
Elle est pleine de charme,
Haute en couleur;
On y joue aux gendarmes
Et aux voleurs;
Loin des Gaulois, des Cimbres
Et des Teutons,
On échange des timbres,
À croupetons;
Des timbres des Antilles,
De Bornéo…
Et puis on joue aux billes
Sous le préau.
Qu'on ait pris la Bastille,
C'est merveilleux,
Mais que le soleil brille,
C'est encor mieux !
Orthographe et problèmes
Sont conjurés.
École, ah ! que je t'aime
À la récré !

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

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Le cerf-volant

Soulevé par les vents
Jusqu'aux plus haut des cieux,
Un cerf-volant plein de superbe
Vit, qui dansait au ras de l'herbe,
Un petit papillon, tout vif et tout joyeux.

- Holà ! minable animalcule,
cria du zénith l'orgueilleux,
Ne crains-tu pas le ridicule ?
Pour te voir, il faut de bons yeux
Tu rampes comme un ver...
Moi je grimpe je grimpe
Jusqu'à l'Olympe,
Séjour des dieux.

- C'est vrai, dit l'autre avec souplesse,
Mais moi, libre, à mon gré,
je peux voler partout,
Tandis que toi, pauvre toutou,
Un enfant te promène en laisse.

Jean-Luc Moreau  (dans "La poésie comme elle s' écrit" de Jacques Charpentreau - Collection Enfance heureuse - Éditions ouvrières, 1979)

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La télévision

Quand on branche la télé,
Mes amis, quel défilé !
Le négus, le roi d’Écosse,
De vieux gus et de grands gosses,
Cendrillon dans son carrosse,
La véloce Carabosse
Chevauchant son balai-brosse,
Des prélats, des porte-crosses,
De beaux blonds, des rousses rosses,
Des colosses,
Des molosses,
Des rhinocéros atroces...
Et quand c’est le plus joli :
« Les enfants ! C’est l’heure ! Au lit ! »

Jean-Luc Moreau  (dans "La poésie comme elle s' écrit" de Jacques Charpentreau - Collection Enfance heureuse - Éditions ouvrières, 1979)

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Chanson de l'heure qu'il est

- Monsieur, Monsieur , s'il vous plaît,
Dites-nous qu'elle heure il est !

- Il est ma petite fille 
L'heure où l'escargot s'habille ;
Il est, mon petit garçon
L'heure où sort le limaçon,

L'heure étrange et solennelle
Où chantent les coccinelles

Où la puce et ses enfants 
Vont dîner chez l'éléphant ;

Il est l'heure où la panthère
Épouse un coléoptère,

L'heure où tout peut arriver...
Où je dors... où vous rêvez...

Jean-Luc Moreau

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Trois petits pantins

Dans le clair matin,
Quand le lac est lisse,
Pétris de malice,
Trois petits pantins,
Trois gentils lutins
Quittent leur pelisse,
Trois lutins mutins
Mettent leurs patins.
Alors - ô délice,
O rire argentin !
Charmant tableautin,
Sur la glace glissent
Trois petits lutins
Malins comme Ulysse,
Trois beaux diablotins
Au rire enfantin
Dans le clair matin.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

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Si ...

Si la sardine avait des ailes,
Si Gaston s'appelait Gisèle,
Si l'on pleurait lorsque l'on rit,
Si le Pape habitait Paris,
Si l'on mourait avant de naître,
Si la porte était la fenêtre,
Si l'agneau dévorait le loup,
Si les Normands parlaient zoulou,
Si la Mer Noire était la Manche,
Et la Mer Rouge la Mer Blanche,
Si le monde était à l'envers,
Je marcherais les pieds en l'air,
Le jour je garderais la chambre,
J'irais à la plage en décembre,
Deux et un ne feraient plus trois...
Quel ennui ce monde à l'endroit!

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

logo_cr_ation_po_tiquePoèmes à la manière de "Si ..."

 À partir de ce texte, des élèves de classe unique ont imaginé... ICI

Voir aussi le texte Avec des si ... de Claude Roy

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L'oncle Octave

J'ai bourlingué, dit l'oncle Octave,
De Vancouver à Tamatave,
De ShangaÏ au Cap et jusqu'à
San José de Costa Rica.
Souventes fois je rêve encore
DeTimor et de Travancore,
Mais sachez-le, par-dessus tout
J'aime le Perche et le Poitou.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

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Une comptine pour les petits :

Quand le chat…

Quand
le chat
met ses
chaussettes,
c’est
la fête
aux sou-
ricettes.

Quand
le chat
joue au
cerceau,
c’est
la fête
aux sou-
riceaux.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

logo_cr_ation_po_tique Comptine à la manière de "Quand le chat..."

Cette petite comptine permet la création poétique de construction simple avec des noms d'animaux, prédateurs et proies potentielles, en utilisant rimes ou assonances  :

Quand le lion joue à la marelle / c'est la fête à la gazelle
Quand le lion joue à la belote / c'est la fête à l'antilope

[exemple proposé par le blog]

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Voici deux fables ou contrefables, allez savoir, qu'on trouve parmi d'autres dans le chapitre "Le Bidule et le Machinchose (Fables et contrefables)" du recueil "Les Poèmes de la souris verte" :

L'éléphant rose et la souris blanche

L'éléphant rose, un jour bouscula la souris
(pour un éléphant rose ,il était un peu gris !) ;
la souris quoique blanche, en eut une peur bleue,
(surtout que le balourd lui marcha sur la queue !)
"madame, excusez-moi, vraiment je suis navré..."
(il était si confus qu'il en aurait pleuré!)
Un éléphant qui pleure, est-il pire infortune ?
La souris toute émue, oublia sa rancune :
"Ce n'est rien, lui dit-elle en le réconfortant,
J'aurais pu vous en faire autant."
On tirera de cette histoire
une double moralité :
d'abord qu'un éléphant ne doit jamais trop boire
(et cela ne pas hésiter à le dire, à le répéter !)
mais surtout que ma souris blanche
est un fort bon exemple à donner aux enfants :
pour peu qu'elle eut pris sa revanche,
qu'eussions-nous fait de l'éléphant ?

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

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L'hippopotame

Par la Seine un hippopotame
S’en vint un jour jusqu’à Paname.
Il descendit dans le métro,
Changea même à Trocadéro
Mais quand il fut à la Concorde,
Il s’écria: «Miséricorde !»
Et par la Porte des Lilas
S’en alla.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

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Le renard et le corbeau
ou si l'on préfère
la (fausse) poire et le (vrai) fromage
 

Or donc, Maître Corbeau,
Sur son arbre perché, se disait: « Quel dommage
Qu'un fromage aussi beau,
Qu'un aussi beau fromage
Soit plein de vers et sente si mauvais.

Tiens ! voilà le renard : je vais,
Lui qui me prend pour une poire,
Lui jouer, le cher ange, un tour de ma façon.
Ça lui servira de leçon ! »
Passons sur les détails, vous connaissez l'histoire
Le discours que le renard tient,
Le corbeau qui ne répond rien
(Tant il rigole !),
Bref, le fromage dégringole...
Depuis, le renard n'est pas bien ;
Il est malade comme un chien.

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)



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Nerval - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Gérard de Nerval -

Gérard de Nerval, (1808-1855) est le pseudonyme qu'a emprunté Gérard Labrunie, poète "moderne". Il est l'auteur des Filles du Feu (1854) ; Les Chimères (1854) ; Aurélia ou le rêve et la vie (1855) et a traduit le poète allemand Heinrich Heine.
En grande détresse matérielle et morale, il finit par se pendre.

L'enfance

Qu'ils étaient doux ces jours de mon enfance
Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin,
je coulai ma douce existence,
Sans songer au lendemain.
Que me servait que tant de connaissances
A mon esprit vinssent donner l'essor,
On n'a pas besoin des sciences,
Lorsque l'on vit dans l'âge d'or !
Mon coeur encore tendre et novice,
Ne connaissait pas la noirceur,
De la vie en cueillant les fleurs,
Je n'en sentais pas les épines,
Et mes caresses enfantines
Étaient pures et sans aigreurs.
Croyais-je, exempt de toute peine
Que, dans notre vaste univers,
Tous les maux sortis des enfers,
Avaient établi leur domaine ?

Nous sommes loin de l'heureux temps
Règne de Saturne et de Rhée,
Où les vertus, les fléaux des méchants,
Sur la terre étaient adorées,
Car dans ces heureuses contrées
Les hommes étaient des enfants.


Gérard de Nerval ("Poésies de jeunesse" - Labor Éditions, collection Espace Nord, 2002)



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Norac, Norge - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Carl Norac -

Carl Norac, né en 1960 est un poète et romancier belge, auteur de recueils de poésie et d'albums pour la jeunesse. C'est le fils de Pierre Coran (son nom d'auteur est un anagramme).

Ci-après, un poème-acrostiche - voir le paragraphe JEUX de la page 1 de cette catégorie (par retour au sommaire) pour d'autres acrostiches et des idées de création livre_Carl_Norac_lettres_du_g_ant

Étoile ou étincelle

Pour qu'elle soit plus belle*,
Osons déshabiller nos phrases
Et nos pensées.
Surprise, elle devient
Imaginairement
Etoile ou étincelle
.

* au singulier, puisque la phrase se réfère à la poésie, sous-entendue, à lire en acrostiche.
Carl Norac (dans "Lettres du  géant à l’enfant qui passe suivi du ..." - Labor Éditions, collection Espace Nord, 2002)

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Poème du cartable rêveur

Pendant que tu étais
Sur la plage, cet été,
Ou bien dans la forêt,
As-tu imaginé
Que ton cartable rêvait ?
Il rêvait d’avaler
Des crayons, des cahiers,
Puis d’aller, comme on vole,
Sur le chemin de l’école.

Carl Norac



- Géo Norge -

Géo Norge (1898-1990), qui signe la plupart du temps "Norge" tout court, est un poète belge.

Zoziaux

Amez bin li tortorelle,
Ce sont di zoziaux
Qui rocoulent por l’orelle
Di ronrons si biaux.

Tout zoulis de la purnelle,
Ce sont di zoziaux
Amoreux du bec, de l’aile,
Du flanc, du mousiau.

Rouketou, rouketoukou
Tourtourou torelle
Amez bin li roucoulou
De la tortorelle.

On dirou quand on l’ascoute
Au soleil d’aoûte
Que le bonhor, que l’amor
Vont dorer tozor.

Géo Norge ("La Langue verte", Œuvres poétiques - Seghers, 1978)

crayon lieucommunLe langage enfantin

Il est naturellement celui de l'enfant débutant dans la vocalise, dont le lexique et la structuration s'enrichit, devançant l'articulation correcte.
Il est aussi celui des poètes qui ont, comme Norge, imité et brodé à partir de phrases d'enfant.
On s'exercera à cet exercice, à l'exemple de Norge,
Jehan Rictus ou Jean Tardieu (voir les paragraphes de ces auteurs).

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Monsieur
      
Je vous dis de m’aider,
Monsieur est lourd.
Je vous dis de crier,
Monsieur est sourd.
Je vous dis d’expliquer,
Monsieur est bête.
Je vous dis d’embarquer,
Monsieur regrette.
Je vous dis de l’aimer,
Monsieur est vieux.
Je vous dis de prier,
Monsieur est Dieu.
Éteignez la lumière,
Monsieur s’endort.
Je vous dis de vous taire,
Monsieur est mort.

Géo Norge ("Famines", Œuvres poétiques - Seghers, 1978)

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Oubli

Il y pensa beaucoup.
Puis il y pensa moins
Il y pensa très peu.
Puis il n'y pensa plus.

Il trouva même très drôle
d'y avoir tant pensé.
Puis ne pensa plus même
qu'il y pensa jamais.

Géo Norge ("Eux les anges" - éditions Flammarion, 1978)

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Avertissement : "Totaux" est présenté ici en version intégrale.  En version scolaire, les deux vers en italique couleur sont absents :

Totaux

Ton temps têtu te tatoue
T’as-ti tout tu de tes doutes ?
T’as-ti tout dû de tes dettes ?
T’as-ti tout dit de tes dates ?
T’a-t-on tant ôté ta teinte ?
T’a-t-on donc dompté ton ton ?
T’as-ti tâté tout téton ?
T’as-ti tenté tout tutu ?

T’es-ti tant ? T’es-ti titan ?
T’es-ti toi dans tes totaux ?
Tatata,tu tus ton tout.

Géo Norge ("La Langue Verte" - éditions Gallimard, 1954)
Irrésistible ! Ecoutez ici trois interprétations de ce texte, qu'a diffusées la RTBF (Radio belge) :
http://www.vousprendrezbienunvers.be/actions/radio.html

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La Faune

    Et toi, que manges-tu, grouillant ?
— Je mange le velu qui digère
le pulpeux qui ronge le rampant.

Et toi, rampant, que manges-tu ?
— Je dévore le trottinant qui bâfre
l’ailé qui croque le flottant.

Et toi, flottant, que manges-tu ?
— J’engloutis le vulveux qui suce le ventru
qui mâche le sautillant.

Et toi sautillant que manges-tu ?
— Je happe le gazouillant qui gobe
le bigarré qui égorge le galopant.

Est-il bon, chers mangeurs, est-il
bon, le goût du sang ?
— Doux, doux ! tu ne sauras jamais
comme il est doux, herbivore !

Géo Norge ("Famines" - éditions Stols, 1950)

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On peut se tromper

— Tiens… c'est une girafe
Et j'ai cru si longtemps que c'était un pommier.
— Alors ces pommes que j'aimais tant ?
— C'était de la crotte, Aristide.
— De la crotte ! Alors j'aimais de la crotte ?
— Mais oui, Aristide, on peut se tromper…
Et le principal c'est d'aimer.

Géo Norge ("Cerveaux brûlés" - éditions Flammarion, 1969)

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Chant du merle

La roue en avait assez
De trimballer la charrette.
Le poivre en avait assez
D'assaisonner la blanquette.
Assez que l'eau chaude avait
De cuire à point les navets,
Le feu d'exciter l'eau chaude,
Le four d'enfler la farine
Et le poète ses odes.
La rose était écœurée
De caresser les narines.
Un dormant raz de marée
Couvrit toute la machine.
Assez ! assez, plus qu'assez
Geignaient mille pots cassés.
Le cœur lui-même était las,
Oh ! las de voler si bas.
Tout dormait, dorma, dormut
Dans les vieux pays fourbus.
Et tout dormirait encore,
Tout dormirait à jamais,
Si, tout à coup dans l'aurore
D'un joli mai qui germait,
Perlant, fusant à la ronde,
Le chant d'un merle jeunet
N'avait réveillé le monde.

Géo Norge ("La Belle Saison" - éditions Flammarion, 1993)

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SI...Si

    Avec des si, on verrait picorer les vaches, on verrait brouter les poules. Les cochons butineraient
et l'on ferait du boudin d'abeille. D'ailleurs la gauche serait la droite et personne n'en saurait rien.
Le monde est toujourts naturel.

Géo Norge ("Mirlitons"- éditions de L'École des loisirs, 1978)



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Nougaro - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Claude Nougaro -

Claude Nougaro (1929-2004) est un auteur-compositeur-interprète français. Ses paroles et ses musiques très rythmées, s'inspirent du jazz américain (hommage à "Amstrong") dont il interprète plusieurs titres originaux.

Cécile, ma fille

Elle voulait un enfant
Moi je n’en voulais pas
Mais il lui fut pourtant facile
Avec ses arguments
De te faire un papa
Cécile, ma fille

Quand son ventre fut rond
En riant aux éclats
Elle me dit : "Allons, jubile
Ce sera un garçon"
Et te voilà
Cécile, ma fille

Et te voilà et me voici, moi
Moi, j’ai trente ans, toi, six mois
On est nez à nez, les yeux dans les yeux
Quel est le plus étonné des deux ?

Bien avant que je t’aie
De fill’s j’en avais eues
Jouant mon cœur à face ou pile
De la brune gagnée
A la blonde perdue
Cécile, ma fille

Et je sais que bientôt
Toi aussi tu auras
Des idées et puis des idylles
Des mots doux sur tes hauts
Et des mains sur tes bas
Cécile, ma fille

Moi, je t’attendrai toute la nuit
T’entendrai rentrer sans bruit
Mais au matin c’est moi qui rougirai
Devant tes yeux plus clairs que jamais

Que toujours on te touche
Comme moi maintenant
Comme mon souffle sur tes cils
Mon baiser sur ta bouche
Dans ton sommeil d’enfant
Cécile, ma fille
Cécile ...

Claude Nougaro auteur-interprète, musique de Jacques Datin (45 trs en 1962 puis album "Cécile Ma Fille", Philips, 1963, repris dans d'autres 33 trs - réédité en CD "best of" en 2008)

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Entre-autres interprètes, Claude Nougaro chante cette berceuse rythmée, dont les paroles originales en anglais sont de Maurice Sigler et Al Hoffman ("Little man, You've had a busy day"). L'adaptation du texte en français est de Louis Hennevé et Louis Palex. La musique originale de Mabel Wayne n'a pas été modifiée.

Petit homme, c’est l’heure de faire dodo

Déjà le jour baisse
La nuit va tomber
Le marchand d’sable est passé
Comme un enfant sage il faut, sans protester
Bien gentiment, bien vite se coucher

Petit homme tu pleures
J’connais ton chagrin
Quelqu’un t’a cassé ta belle auto
Va, faut pas t’en faire
Petit homme c’est l’heure de faire dodo

Ton ami Jean-Pierre
T’a gagné tes billes
Papa t’en rachètera bientôt
Non, faut pas t’en faire
Petit homme c’est l’heure de faire dodo.

T’as joué aux soldats
T’as gagné la bataille
L’ennemi est décimé
Assez de mitraille :
Range ton canon
Ce soir la guerre est terminée

La journée s’achève
Plus de stratégie
C’est l’heure où l’on couche les héros
L’heure des beaux rêves
Petit homme c’est l’heure de faire dodo

Quand tu s’ras un homme
Un homme pour de bon
Tu feras c’que tu voudras
Mais tu n’es en somme, qu’un tout petit garçon
Que le sommeil va prendre dans ses bras

Claude Nougaro interprète - paroles de Louis Hennevé et Louis Palex, musique de Mabel Wayne (album "Sœur âme", 1971 - , repris dans d'autres 33 trs, comme "Locomotive d'or" en 1984, et par la suite à l'occasion de plusieurs rééditions en CD)



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Obaldia, Paulin - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- René de Obaldia -

René de Obaldia est né en 1918. Auteur de théâtre (Le Satyre de la Villette, Le Banquet des méduses, Du vent dans les branches de sassafras ...) et de romans (Tamerlan des coeurs, Le centenaire), il est membre de l'Académie française depuis 1999.

Déjà présentes dans d'autres catégories du blog, revoici pour l'humour du Printemps des Poètes 2009, quelques textes choisis de René de Obaldia.

livre_innocentines"Innocentines" (1969 - collection "Les cahiers rouges" - Grasset) est un de ses quatre recueils de poésies. Du bonheur pour 8 euros, vraiment un livre de poésie à se procurer. (Photo : Lieucommun)

Le sous-titre annonce : "Poèmes pour les enfants et quelques adultes".
René de Obaldia y prend avec le langage et les situations, toutes les libertés, privant ainsi (pour notre plaisir quand même), les élèves de l'accès à la plupart des textes.

On retrouvera certains poèmes dans d'autres catégories pour la classe.

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Dimanche

Charlotte
fait de la compote

Bertrand
suce des harengs

Cunégonde
se teint en blonde

Épaminondas
cire ses godasses

Thérèse
souffle sur la braise

Léon
peint des potirons

Brigitte
s'agite, s'agite

Adhémar
dit qu'il en a marre

La pendule
fabrique des virgules

Et moi dans tout cha ?
Et moi dans tout cha ?
Moi, ze ne bouze pas
Sur ma langue z'ai un chat

René de Obaldia

logo_cr_ation_po_tique Poèmes à la manière de "Dimanche" 

Document autour de ce texte, avec commentaires et exploitation ici à cette adresse :
http://www.gommeetgribouillages.fr/CP/Dimanche.pdf
(copier-coller dans votre navigateur, le lien s'ouvrira avec Acrobat Reader - fichier protégé en copie).
 

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Moi j'irai dans la lune

Moi, j'irai dans la lune
Avec des petits pois,
Quelques mots de fortune
Et Blanquette, mon oie.

Nous dormirons là-haut
Un p'tit peu de guingois
Au grand pays du froid
Où l'on voit des bateaux
Retenus par le dos.

Bateaux de brise-bise
Dont les ailes sont prises
Dans de vastes banquises
Et des messieurs sans os
Remontent des phonos.

Blanquette sur mon coeur
M'avertira de l'heure :
Elle mange des pois
Tous les premiers du mois.

Elle claque du bec
Tous les minuits moins sept.
...
Pas besoin de fusée
Ni de toute une armée,
Je monte sur Blanquette
Hop ! on est arrivé.

René de Obaldia

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J’ai trempé mon doigt dans la confiture  

J’ai trempé mon doigt dans la confiture
turelure
Ça sentait les abeilles
Ça sentait les groseilles
Ça sentait le soleil
J’ai trempé mon doigt dans la confiture
Puis je l’ai sucé
Comme on suce les joues de bonne grand-maman
Qui n’a plus mal aux dents
Et qui parle de fées...
Puis je l’ai sucé
Sucé
Mais tellement sucé
Que je l’ai avalé

René de Obaldia

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Le texte suivant (en version réduite) est aussi pour la classe :

Chez moi (extrait)

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son oeil brille
Quand Papa le peint en blanc.

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or,
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un empereur chinois.
Il dort sur le paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille.
Tu veux te moquer de moi.
Si je trouve mon aiguille,
Je vais te piquer le doigt !

René de Obaldia (Innocentines")

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En voici la version intégrale, pour les grands enfants que certains d'entre-nous sont restés :

Chez moi

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.

Chez moi, dit la petite fille
Ma grand-mère a cent mille ans.
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.

Chez moi, dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
Pleine pleine de pinsons
Qui empeste la rhubarbe.

Chez moi, dit la petite fille
Il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois côtés.

Chez moi, dit le petit garçon
Passe un train tous les minuits.
Au réveil mon caleçon
Est tout barbouillé de suie.

Chez moi, dit la petite fille
Le pape vient se confesser.
Il boit de la camomille
Une fois qu’on l’a fessé.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un Empereur chinois.
Il dort sur un paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille
Tu veux te moquer de moi !
Si je trouve mon aiguille
Je vais te piquer le doigt !

Ce que c’est d’être une fille !
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.

C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long !

René de Obaldia (Innocentines")

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Celui-ci, plus difficile, est très représentatif du recueil "Les Innocentines" :

Le plus beau vers de la langue française

« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »
Voici, mes zinfints
Sans en avoir l’air
Le plus beau vers
De la langue française.
Ai, eu, ai, in
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin…
Le poite aurait pu dire
Tout à son aise :
« Le geai volumineux picorait des pois fins »
Eh bien ! non, mes infints
Le poite qui a du génie
Jusque dans son délire
D’une main moite
A écrit :
« C’était l’heure divine où, sous le ciel gamin,
LE GEAI GÉLATINEUX GEIGNAIT DANS LE JASMIN. »

Gé, gé, gé, les gé expirent dans le ji.
Là, le geai est agi
Par le génie du poite
Du poite qui s’identifie
À l’oiseau sorti de son nid
Sorti de sa ouate.
Quel galop !
Quel train dans le soupir !
Quel élan souterrain!
Quand vous serez grinds
Mes zinfints
Et que vous aurez une petite amie anglaise
Vous pourrez murmurer
À son oreille dénaturée
Ce vers, le plus beau de la langue française
Et qui vient tout droit du gallo-romain:
« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. »
Admirez comme
Voyelles et consonnes sont étroitement liées
Les zunes zappuyant les zuns de leurs zailes.
Admirez aussi, mes zinfints,
Ces gé à vif,
Ces gé sans fin

René de Obaldia ("Innocentines")

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Celui-ci, plutôt direct, également :

Manège

Les chevaux de bois sont pas tous en bois
Les petits cochons vont pas tous en rond.

La dernière fois
Le cheval de bois
Que j'avais monté
Voulait m'renverser.
J'ai pris son oreille
Je lui ai mordu
Le sang de l'oreille
Je lui ai tout bu.
Alors il m'a dit :
"Pourquoi tu m'fais mal ?
Je n'suis qu'un cheval
Tu n'es pas gentil."
Et il m'a promis
Que quand je voudrais
Il m'emporterait
Jusqu'au Paradis !

Le petit cochon
Aux yeux de mouton
Que j'avais monté
Un beau jour d'été
Voulait s'échapper
Des autres cochons.
Il courait si vite
Qu'il faillit me tuer,
Ça sentait les frites
De tous les côtés !
Mais j'tirai si fort
Sur sa queue en or
Qu'elle me resta
Entre les dix doigts.
Je l'ai rapportée
L'soir à la maison,
Ça sert aux dîners
Comme tir'bouchon.

Les chevaux de bois sont pas tous en bois
Les petits cochons vont pas tous en rond.

René de Obaldia ("Innocentines")

Quelques autres titres de textes, pour vous donner envie  :
"Une dame très très morte", "Yous pique angliche", "Le col du fémur", "Berceuse de l'enfant qui ne veut pas grandir", "Ouiquenne", "Julot-Mandibule", "Antoinette et moi" ... il y a en tout soixante-dix textes, ça fait quoi ... à peine 10 centimes d'euro le poème, et on a quoi sinon, pour 10 centimes d'euro ?



- Louisa Paulin -

Louisa Paulin (1888-1944) a vécu dans le Tarn, où elle a été institutrice. Elle écrit ses poèmes d'abord uniquement en français, puis en français et en occitan.
“Je me suis mise à la langue d'Oc par repentir d'avoir si longtemps ignoré mon pays et peut-être de l'avoir un peu méprisé”.

Chat

Chat, chat, d'où viens-tu ?
- Je viens du fond de la nuit,
je viens de jouer sans bruit
avec le vent et la lune.

Chat, chat, d'où viens-tu ?
- Je viens d'aiguiser mes dents
à l'or du soleil levant
je l'ai cardé de mes griffes.

Chat, chat, d'où viens-tu ?
- Je viens de lustrer mon corps
sous la pluie des gouttes d'or
et ma fourrure étincelle.

Chat, chat, d'où viens-tu ?
- D'un pays silencieux
qui dort au fond de mes yeux
à l'abri de mes paupières.

Chat, chat, d'où viens-tu ?
- D'un pays où je suis roi
moi, j'en viens, vous n'irez pas,
vous n'irez pas, demoiselle !

Louisa Paulin ("Poèmes")

 

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La nouvelle année

Nouvelle année, année nouvelle,
Dis-nous, qu’as-tu sous ton bonnet ?
J’ai quatre demoiselles
Toutes grandes et belles.
La plus jeune est en dentelles.
La seconde en épis.
La cadette est en fruits,
Et la dernière en neige.
Voyez le beau cortège !
Nous chantons, nous dansons
La ronde des saisons.

Louisa Paulin

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Cette "Chanson de mariage" a été mise en musique par Henri Rys. On la trouve souvent sans les troisième et quatrième couplets

Chanson de mariage

La pie veut se marier,
C'est pour rire, c'est pour rire,
La pie veut se marier,
C'est pour rire et pour pleurer.

Elle épousera le geai,
C'est pour rire, c'est pour rire,
Elle épousera le geai,
C'est pour rire et s'amuser.

C'est un fort joli garçon,
C'est pour rire, c'est pour rire,
C'est un fort joli garçon,
C'est pour rire sans façon.

Il a un bel habit bleu,
C'est pour rire, c'est pour rire,
Il a un bel habit bleu,
C'est pour rire quand on peut.

La pie est folle du geai,
C'est pour rire, c'est pour rire,
La pie est folle du geai,
C'est pour rire et pour chanter.

Quand ils se sont fiancés,
C'est pour rire, c'est pour rire,
Quand ils se sont fiancés,
On a ri, chanté, dansé.

Le jour ils se sont griffés,
C'est pour rire, c'est pour rire,
Le jour ils se sont griffés,
Ce n'est que pour commencer.

Demain ils s'épouseront,
C'est pour rire, c'est pour rire,
Demain ils s'épouseront,
Et le soir ils se battront.

La pie veut se marier,
C'est pour rire, c'est pour rire,
La pie veut se marier,
C'est pour rire et pour pleurer.


Louisa Paulin (dans l'anthologie d'Armand Got "Pin Pon d'or" - éditions Colin-Bourrelier, 1972)

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L'Escalier de verre

Pour arriver dans cette terre
Passez par l'Escalier de verre.

Alors quittez vos lourds sabots,
Le verre est fin, les pieds sont gros.

Je suis allée dans un pays
Où l'on attelait les fourmis.

Je suis entrée dans les maisons
Où l'on y sucrait les jambons.

Je suis allée à l'écurie
On y déployait un tapis ;

La lune brillait tout le jour,
Le soleil était dans le four.

Le pain cuisait à la fontaine
Et les hommes filaient la laine.

Le feu pleurait des larmes d'eau,
La fermière plumait un veau.

Le vin coulait à l'abreuvoir
Et l'eau ruisselait du pressoir.

Les vaches paissaient les nuages
Et tous les enfants étaient sages.

Les loups berçaient les nourrissons
Et leur murmuraient des chansons.

Les renards allaient à confesse
Et le lutin chantait la messe.

L'église dansait la polka
Et les maisons la mazurka
 
Alors pour quitter cette terre
J’ai repris l'Escalier de verre
J'ai dit à tous ceux que j'ai vu
Et personne, alors, ne m'a cru.

Mais si vous voulez tout savoir
Fermez les yeux, allez-y voir.

Je prends la clé et je la serre
Au bas de l'Escalier de verre.

Celui qui la retrouvera
Mon petit conte achèvera.

Personne n'a trouvé la clé.
Cric ! Crac ! Mon conte est achevé.


Louisa Paulin ("L'escalier de verre")

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Chanson pour rire

Le Rat, la Rate sont partis
Quel beau voyage !
Le Rat, la Rate sont partis
Pour voir Paris.

Ils sont partis en avion
Quel beau voyage !
Ils sont partis en avion
avec Raton.

En arrivant se sont assis
Quel beau voyage !
En arrivant se sont assis
Pour voir Paris.

Sur Notre-Dame de Paris
Quel beau voyage !
Sur Notre-Dame de Paris
Quel beau pays !

Ils ont mangé la Tour Eiffel
Quel beau voyage !
Ils ont mangé la Tour Eiffel
Au caramel.

Ils reviendront tous par sans-fil
Quel beau voyage !
Ils reviendront tous par sans-fil
Ainsi soit-il !

* "par sansfil", référence non pas au Wifi actuel mais plus probablement aux ondes radio

Louisa Paulin (dans l'anthologie d'Armand Got "Pin Pon d'or" - éditions Colin-Bourrelier, 1972)

fille_verte_cr_ation__PP10Une chansonnette à la manière de Louisa Paulin

Des classes se sont amusées à créer des comptines chantées à la manière de ces deux chansons de Louisa Paulin. A vous de voir si...
En maternelle : http://www.perigord.com/asso/asco/pages/ecoles.htm
En Cycle 3 (CM) : http://www.ac-nancy-metz.fr/ia88/Lubine/chansons_pour_rire.htm



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Perec - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Georges Perec -

Georges Perec (1936-1982), écrivain, poète, a placé la majeure partie de son oeuvre sous les contraintes de l'Oulipo. Voir le paragraphe consacré à ce Mouvement littéraire et à Raymond Queneau, ainsi que Jean Lescure. Perec est l'auteur de La Vie Mode d’emploi (éditions Hachette/POL 1978) et de La disparition (éditions Denoël, 1969), roman de 300 pages sans la lettre E (voir ci-dessous).

Les contraintes de l'OULIPO, en dehors du plaisir que peut prendre l'auteur au jeu de construction lui-même, produisent parfois d'étonnants effets. On cherchera ici la meilleure diction, pour cette accumulation d'infinitifs.

Déménager

Quitter un appartement. Vider les lieux.
Décamper. Faire place nette. Débarrasser le plancher.
Inventorier, ranger, classer, trier.
Éliminer, jeter, fourguer.
Casser.
Brûler.
Descendre, desceller, déclouer, décoller, dévisser, décrocher.
Débrancher, détacher, couper, tirer, démonter, plier, couper.
Rouler.
Empaqueter, emballer, sangler, nouer, empiler, rassembler, entasser, ficeler, envelopper, protéger, recouvrir, entourer, serrer.
Enlever, porter, soulever.
Balayer.
Fermer.
Partir.

Georges Perec ("Espèces d'espaces" - éditions Galilée, 1974)

logo_cr_ation_po_tique L'infinitif à l'infini

Ce procédé a été tenté par des élèves de collège (5e) ici :
http://paroles2.free.fr/demenager.html

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Georges Perec, dans son roman "La Disparition", s'est interdit d'utiliser la lettre "E", la plus fréquente en français. C'est ce qu'on appelle un lipogramme. Ci-dessous, extrait de cet ouvrage, "Vocalisations" est la réécriture sans "E" du poème "Voyelles", d'Arthur Rimbaud (l'original est à la suite). Évidemment, il fallait s'attendre à quelques difficultés, pour l'auteur ... et pour le lecteur.

Vocalisations

A noir, (Un blanc), I roux, U safran, O azur:
Nous saurons au jour dit ta vocalisation :
A, noir carcan poilu d'un scintillant morpion
Qui bombinait autour d'un nidoral impur,

Caps obscurs; qui, cristal du brouillard ou du Khan,
Harpons du fjord hautain, Rois Blancs, frissons d'anis ?
I, carmins, sang vomi, riant ainsi qu'un lis
Dans un courroux ou dans un alcool mortifiant;

U, scintillations, rond divins du flot marin,
Paix du pâtis tissu d'animaux, paix du fin
Sillon qu'un fol savoir aux grands fronts imprima;

O, finitif clairon aux accords d'aiguisoir,
Soupirs ahurissant Nadir ou Nirvâna :
O l'omicron, rayon violin dans son Voir !

Georges Perec ("Espèces d'espaces" - éditions Galilée, 1974)

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Le poème de Rimbaud :

Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Arthur Rimbaud (écrit en 1871, édité en 1883 dans "Lutèce")



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Poslaniec - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Christian Poslaniec -

Christian Poslaniec, enseignant, pédagogue, romancier et poète pour la jeunesse, est né en 1944.
Quelques titres :
Fleurs de Carmagnole (éditions Saint-Germain-des-Prés, 1978
) ; Concerto pour palette et rimes (éditions de L'école des loisirs, 1993) ; Poèmes en clé de scie pour les enfants en cage (éditions d'Utovie, 1976) ; Le chat de mon école marque toujours midi (éditions Lo Païs d’Enfance, 2002) ; Comme une pivoine (Éditions du Jasmin, 2008).

Mon arbre à moi

Lorsque je le caresse
Mon arbre apprivoisé
Se dresse
Sur la pointe des feuilles
dans le vent.

Alors moi je lui cueille
Un bouquet d'oiseaux blancs
et il remue la tête,
heureux
en souriant
d'un grand rire d'écorce
pour me faire la fête.

Christian Poslaniec ("Fleurs de Carmagnole" - éditions Saint-Germain-des-Prés, 1978)

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Cheval d'avril

Lorsque j'étais cheval
il y a deux mille ans
je galopais sans fin
je galopais longtemps

et c'est en galopant
que je suis devenu
galopin

depuis je cours tout le temps
les cheveux dans le vent
et le ventre tout nu.

Christian Poslaniec ("Poèmes en clé de scie pour les enfants en cage" - éditions d'Utovie, 1976)

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Douze ans

Trompée par les reflets de ses douze bougies
qu'elle avait prises pour des étoiles,
Francine s'engloutit dans la nuit blanche et ronde
du gâteau meringué nappé de chantilly
et dansa douze fois, légère,
au bout du monde.

Et quand elle revint
deux paillettes de neige
brillaient dans ses yeux.

Christian Poslaniec

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Pêchette surprise

Le pêcheur a attrapé une perche
qui aussitôt s'est perchée sur ses genoux.
Il faut s'attendre à tout quand on va à la pêche !
Puis elle a dit d'un air très doux :
poisson chat c'est toi qui le seras !

Christian Poslaniec

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Une autre prise poétique de ce pêcheur de jeux de mots à la ligne :

La tanche
 
Si t'attrapes une tanche
Et que la tanche fuit
C'est qu'ell' n'est pas étanche.

Est-ce dire
Que pour la pêcher
Mieux vaut lui coller une rustine
Qu'un hameçon au bout du nez ?

Christian Poslaniec



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