lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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Auteurs S 1 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Joël Sadeler - Gilbert Saint-Pré - Paul Savatier

- Joël Sadeler -

 Joël Sadeler (1938-2000), poète français, a obtenu en 1997 le "Prix de Poésie Jeunesse"  pour son recueil de poésies "L'enfant partagé".
Le Prix Joël Sadeler, récompensant un recueil pour la jeunesse, a été créé en 2001.

Fable

Le zébulus
Transportait
Noirs et Blancs
Indifféremment
Il croisa
Un crocomobile
Qui en faisait
Tout autant
et l’éléphanfare
Se mit à chanter
Que le monde
Était bien fait
Maintenant

Joël Sadeler ("Poèmes pour ma dent creuse" - Éditions À cœur joie, 1986)

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La fourmi et la cigale

La fourmi ayant engrangé
Pour manger,
Se trouva fort déprimée
Quand la saison fut abîmée:
«Voilà l'hiver qui s'avance
Je n'ai pas eu de vacances.»
Rencontra la cigale
un peu pâle
D'avoir chanté
Tout l'été.
Lui dit : "Remonte-moi le moral,
Joue donc un air estival.
Puise dans mes provisions.
Sans poésie
la vie
n'est que désolation."
Moralité : depuis lors
La fourmi est devenue sponsor.

Joël Sadeler

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Puce

Une puce
dans un bus
rata le contrôleur
qui la pria
d'acquitter
son ticket
D'accord
fit la puce
mais aujourd'hui
c'est moi qui poinçonne …

Joël Sadeler ("Ménagerimes" - illustrations de Jacqueline Duhême, Éditions Corps Puce, 1990)

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Pigeons

Pigeons
des Champs Elysées
Pigeons
en jupons noirs et gris
gavés de graines
du Japon
Pigeons
qui ne savez plus
où donner de la tête
Pigeons
qui ne savez plus
où donner du bec
Pigeons des squares
pigeons du soir
êtes-vous atteints
de la maladie de Parkinson
êtes-vous des mobiles de Calder
pigeons de Notre-dame de Paname
pigeons de Notre-dame de plein air

Joël Sadeler ("En chemin le poème" - Éditions Encres Vives, 1997)

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Allergie

Moi j'aime les routiers
I' sont sympas
Mais papa les aime pas
Parce qu'ils vous crachent dessus
Qu'ils toussent et éternuent
J'ai beau lui dire
Qu'ils ont le rhume des freins
Ça ne fait rien
I' les aime pas
Mais moi je sais pourquoi
Ils ont des gros biceps
Et papa n'a que deux bras


Joël Sadeler (dans "Éclats de lire" n°8, décembre 1985,  supplément à la revue "Jeunes Années")

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Au feu

Feu rouge
feu vert
un coup je vends
un coup je perds
vitres fermées
vitres baissées
mains au volant
ou mains s'offrant
selon les heures
et les humeurs

Feu rouge
feu vert
un coup je vends
un coup je perds
visages fermés
visages ouverts
Macadam rue
ou lampadaire
je fais partie du paysage
qu'on ne voit plus

Feu rouge
feu vert
un coup je vends
un coup je perds
mais au bout de la route
on se retrouvera
vous pas plus riches
que moi

feu rouge
feu vert
Tous en paradis
ou tous en enfer

Joël Sadeler ("En chemin le poème" - Éditions Encres Vives, 1997)



- Gilbert Saint-Pré -

 Gilbert Saint-Pré est un auteur contemporain discret, auteur de l'introuvable recueil de poèmes Badaboum, en 1977, et de La mésange.

Le hibou

Un jour, monsieur le hibou
Qui n'était qu'un vieux filou,
Ayant acheté des poux
N'avait donné aucun sou.
Hou ! Hou !

Gilbert Saint-Pré ("Badaboum", Éditions Saint-Germain-des-Prés, collection L'Enfant, La Poésie, 1977)



- Paul Savatier -

 Paul Savatier est un auteur contemporain d'albums pour les enfants.

La linotte

Je suis idiote
dit la linotte.
J'ai oublié mes bottes,
ma redingote,
et ma culotte.
J'ai froid à mes menottes
et je grelotte.
J'ai la tremblote
en sautant sur mes mottes.
Mais je ne suis pas sotte,
je chante sur six notes
et sur ma tête de linotte,
je porte une calotte
couleur carotte.

Paul Savatier ("Alphanimaux", illustrations de Paule Charlemagne et Florence Guiraud - Editions du Sorbier, 2001)

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Le kangourou

Le papa kangourou
N’est pas un loup-garou,
C’est un sauteur,
C’est un boxeur,
Et c’est un troubadour
Qui joue bien du tambour.
La maman kangourou
En faisant la nounou
Porte ses mioches
Dedans sa poche.
Pas besoin de poussette,
C’est beaucoup plus pratique,
Pas besoin de sucette,
C’est très économique …

Paul Savatier ("Alphanimaux" - Editions du Sorbier, 2001)



 

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Auteurs S 2 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Philippe Soupault - Lucie Spède

- Philippe Soupault -

 Philippe Soupault (1897-1990) est un poète et romancier surréaliste . Il a appartenu au mouvement Dada (voir André Breton). Il est l'auteur avec André Breton du premier grand texte surréaliste : Les Champs magnétiques, et tout comme Breton, il s'est éloigné du Mouvement surréaliste qu'il avait contribué à fonder.

livre_Soupault_po_sies_GrassetEn cadence

Tout est gâché

Tout est perdu
Tout est gagné
Tout est foutu
Tout est en tout
et tout et tout

Tout est à vous
Tout est à nous
Tout est à tous
Tout est à tout
Tout est en tout
et tout et tout

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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Ah bien c'est du joli

Je vous l'avais bien dit Ah
C'est bien de votre faute Ah
Bien la peine de faire le malin Ah
Vous l'avez bien cherché Ah
Ça vous fera une belle jambe Ah
Vous voilà dans de beaux draps Ah
Maintenant vous êtes bien avancé Ah
Je vous fais bien mes compliments Ah
Vous parlez d'une belle réussite Ah
En effet voilà du beau travail Ah
Vous êtes un joli monsieur Ah
Il y a bien de quoi se vanter Ah
Vous avez fait un joli coup Ah
Et tout est bien qui finit bien Ah

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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Du jour au lendemain

Un coq m'a dit
c'est l'aurore
Un mouton m'a dit
c'est enfin le matin
Un éléphant m'a dit
il est bientôt midi
Les pintades m'ont dit
il faut travailler travailler
Les hirondelles m'ont annoncé
c'est le soir puis la nuit
et mon enfant m'a dit
Bonsoir et bonne nuit
Il est temps de dormir
 

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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Pleine Lune

J’ai ouvert  ma fenêtre
et la lune m’a souri
J’ai fermé  ma fenêtre
et j’ai entendu un cri
J’ai ouvert ma fenêtre
pour voir tomber la pluie
Et comme c’était dimanche
je me suis rendormi

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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C'est vrai

Sept veaux
c'est peu
Sept œufs
c'est beaucoup
Mille huit cent quatre-vingt-douze
c'est sec
Mille huit cent quatre-vingt-dix-sept
c'est trop
Pomme poire et pendulette
c'est émouvant
Rien n'égale la satinette
c'est évident
N'essayez-pas de m'arrêter
c'est décidé
La lune l'orage et le poirier
c'est lune

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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C'est demain dimanche

Il faut apprendre à sourire
Même quand le temps est gris.
Pourquoi pleurer aujourd'hui
Quand le soleil brille ?
C'est demain la fête des amis
Des grenouilles et des oiseaux
Des champignons des escargots
N'oublions pas les insectes
Les mouches et les coccinelles.
Et tout à l'heure à midi
J'attendrai l'arc-en-ciel
Violet indigo bleu vert
Jaune orange et rouge
Et nous jouerons à la marelle

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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livre_disque_SoupaultPour Alice

Est-ce un oiseau qui aboie
une lampe qui fume
cet enfant qui verdoie

C'est un lapin qui chante
un homme qui rit
un prêté pour un rendu

Alice ma fille ma plume
jouons enfin au plus fin
au jugé à la tartelette

Il faut nous donner la main
les lunettes sur nos cheveux
et les cheveux sur nos lunettes

Philippe Soupault  ("Chansons" -  Éditions Eynard, 1949) L'image représente la pochette du 33 tours ("Suite pour un jeune poète n°1") interprété par Hélène Martin, dans lequel entre-autres poèmes de Philippe Soupault, on trouve "Chassé-croisé" et "Pour Alice".

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Mélancolie

Mélancolie Mélancolie
quel joli nom pour une jeune fille
Neurasthénie Neurasthénie
quel vilain nom pour une vieille fille

Je cherche un nom pour un garçon
un nom d'emprunt un nom de guerre
pour la prochaine et la dernière
pour la dernière des dernières

Esprit, peut-être Agénor
ou Singulier ou Dominique
un nom à coucher dehors
au temps des bombes atomiques

Mais je préfère Nuit
pour celle que j'aime et chéris
Nuit brune, nuit douce
Nuit claire comme eau de source

Philippe Soupault  (Philippe Soupault "Chansons" -  Éditions Eynard, 1949 et "Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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Chassé-croisé

Un certain monsieur
Loup, Pou ou Hibou
Une jolie demoiselle
Est-elle Cruelle ou Hirondelle
Un gentil petit garçon
Guy, Gontran ou Gaston
Un roquet nauséabond
Dick, Médor ou Azor
Un affreux gros matou
Pompon, Minet ou Minou
Un stupide canari
Serin, Coco ou Kiki
Tous ensemble
Devant la fenêtre
Quand s’épanouit
Le crépuscule.
Ne vous croyez pas
Plus malins
Que vous n’êtes.

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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Chanson du rémouleur

Donnez-moi je vous prie
Vos ciseaux
Vos couteaux
Vos sabots
Vos bateaux
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie.   

Donnez-moi je vous prie
Vos cisailles
Vos tenailles
Vos ferrailles
Vos canailles
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie.   

Donnez-moi je vous prie
Vos fusils
Vos habits
Vos tapis
Vos ennuis
Je rémoule et je fuis.

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

logo_cr_ation_po_tique Poèmes à la manière de "Donnez-moi je vous prie ..." 

Des exemples de création à partir de ce texte en classe de CM1 à cette adresse :
http://pagesperso-orange.fr/pluneret/poetes_parmi_nous.htm
et en collège à celle-ci :
http://lemonteil.free.fr/ressources/francais/poemes6eme/explicationpoemes.html
(à copier-coller dans votre navigateur).
 


 - Lucie Spède -

 Lucie Spède, née en 1936, est une poétesse belge de langue française.
Quelques recueils : Volte-face, 1973 ; Inventaire, 1974 ; Comme on plonge en la mer, 1984 -  ; Chansons de l'oiseau, 1993 ; J'ados, 2002

" Tu penses que la vie est grise,
Mais ce sont tes lunettes qui sont sales ". 

Lucie Spède

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Définition

 L'humour ?
C'est l'humeur
qui devient jaune soleil
les yeux
qui se font champagne
le visage
qui se fend d'un sourire
les poumons
qui ouvrent leurs pétales
la voix
qui cascade son rire.
C'est un regard
un mot
un dessin
une musique
en tenues de fête
une façon
de porter en toutes saisons
ses lunettes solaires
pour regarder
la vie
.

Lucie Spède 

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Le mille-pattes

 Un mille-pattes à un mariage invité
n'y est jamais arrivé
car il n'a pas pu achever
de lacer tous ses souliers.

Lucie Spède

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Oh dodo

L'édredon
et ron et ron
est le bidon
dodu et rebondi
du lit.

Lucie Spède

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Le monde à l'envers

Un jour où je dormais les yeux ouverts,
J'ai rêvé qu’après un grand tremblement de mer,
Le monde entier fonctionnait à l'envers,
Les Esquimaux se retrouvèrent en paréos et
Les Hawaïens dans des igloos,
Les libellules rampaient comme des limaces,
Les tortues fendaient l'air de leur carapace,
Les escargots filaient à toutes pattes et
Les zèbres pesants laissaient passer les mille-pattes,
Les poissons perchaient dans les bois,
Les oiseaux nageant chantaient sous l'eau à pleine voix,
Les crabes marchaient droit,
Les arbres plantaient leurs racines dans l'espace,
Les nuages se roulaient dans la mer et
Les vagues bruissaient dans le ciel,
Et moi, je marchais à travers tout cela,
La tête en bas, et tout émerveillée,
Je souriais de tous mes orteils.

Lucie Spède 



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Auteurs T - PP 2013 EN FRANÇAIS - Jean Tardieu - Tristan Tzara


- Jean Tardieu -

Autour du thème de l'humour, intitulé "En rires", Le Printemps des Poètes 2009 a rendu hommage à Jean Tardieu (1903-1995), écrivain français né dans le Jura, poète, auteur de théâtre et romancier.

Pour ce Printemps des Poètes sur le thème de la voix, les textes de Jean Tardieu sont une mine d'or.
Comme une catégorie entière lui a été consacrée, vous trouverez tous les textes de jean Tardieu, nombreux, ici :

http://lieucommun.canalblog.com/archives/_print_poetes_2009___jean_tardieu/index.html

<< Jean Tardieu à 20 ans (Photo Nadar fils).

Jean_Tardieu_portrait_NB"L'humour permet d'exprimer une drôlerie alliée à l'étrangeté, même terrifiante.
C'est ce qu' [André] Breton a fait : le surréalisme réunit les deux."

 J. Tardieu

voir aussi la catégorie PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes

En 1933, Jean Tardieu publie une plaquette de poèmes lyriques intitulés "Le fleuve caché".

 

En 1968 est paru dans la collection Poésie-Gallimard, Le fleuve caché (Poésies 1938-1961), qui comprend les recueils : Accents (1939 et 1966) ; Le Témoin invisible (1943) ; Jours pétrifiés (1947) ; Monsieur monsieur* (1951) ; Une Voix sans personne (1954) ;  Histoires obscures (1961). Bizarrement, le livre ne reprend pas la plaquette de 1933.
livre_Tardieu_le_fleuve_cach_* Sur la couverture de l''ouvrage original, pas de majuscules, les références bibliographiques en mettent une au premier "Monsieur", et dans ses textes, Jean Tardieu écrit les deux "Monsieur" avec une majuscule. Quoi de plus simple ?...

 

Un autre volume a été édité dans la même collection de poche Poésie-Gallimard en 1986 sous le titre "L'accent grave et l'accent aigu". Il rassemble les recueils originaux Formeries (1976), Comme ceci comme cela (1979) et Les tours de Trébizonde (1983).
Les ouvrages de la collection Poésie-Gallimard sont vendus neufs à environ 8 €.

 

 La plupart des textes proposés ci-dessous sont extraits de "Monsieur monsieur" paru initialement en 1951 chez Gallimard. Pour des questions de droits d'auteur, le choix est limité. On se reportera aux anthologies et aux recueils de Jean Tardieu.

 

Jean Tardieu est aussi l'auteur de petites comédies (La Comédie du langage, La Comédie de la comédie, La Comédie du drame, Poèmes à jouer ...)



- Tristan Tzara et le mouvement Dada -

 Tristan Tzara (1896-1963) est l'un des fondateurs du mouvement Dada.
Le mouvement Dada dépasse le cadre de l'humour, et pour tout dire celui de la poésie. Il échappe aux critères, aux règles et aux contraintes.
Voici des passages du Manifeste Dada rédigé en 1918 par Tristan Tzara :

"[...] J'écris ce manifeste pour montrer qu'on peut faire les actions opposées ensemble, dans une seule fraîche respiration; je suis contre l'action; pour la continuelle contradiction, pour l'affirmation aussi, je ne suis ni pour ni contre et je n'explique pas car je hais le bon sens. [...]
Une œuvre d'art n'est jamais belle, par décret, objectivement, pour tous. La critique est donc inutile, elle n'existe que subjectivement, pour chacun, et sans le moindre caractère de généralité. [...]
[Littérature] : Chaque page doit exploser, soit par le sérieux profond et lourd, le tourbillon, le vertige, le nouveau, l'éternel, par la blague écrasante, par l'enthousiasme des principes ou par la façon d'être imprimée. Voilà un monde chancelant qui fuit, fiancé aux grelots de la gamme infernale, voilà de l'autre côté : des hommes nouveaux. Rudes, bondissants, chevaucheurs de hoquets."

Chanson dada

La chanson d'un dadaïste
Qui avait dada au coeur
Fatiguait trop son moteur
Qui avait dada au coeur

L'ascenseur portait un roi
Lourd fragile autonome
Il coupa son grand bras droit
Il'envoya au pape à rome

C'est pourquoi
L'ascenseur
N'avait plus dada au coeur

Mangez du chocolat
Lavez votre cerveau
Dada
Dada
Buvez de l'eau

II

La chanson d'un dadaïste
Qui n'était ni gai ni triste
Et aimait une bicycliste
Qui n'était ni gaie ni triste

Mais l'époux le jour de l'an
Savait tout et dans une crise
Envoya au vatican
Leurs deux corps en trois valises

Ni amant
Ni cycliste
N'étaient plus ni gais ni tristes

Mangez de bons cerveaux
Lavez votre soldat
Dada
Dada
Buvez de l'eau

III

La chanson d'un bicycliste
Qui était dada de coeur
Qui était donc dadaïste
Comme tous les dadas de coeur

Un serpent portait des gants
Il ferma vite la soupape
Mit des gants en peau d'serpent
Et vient embrasser le pape

C'est touchant
Ventre en fleur
N'avait plus dada au coeur

Buvez du lait d'oiseaux
Lavez vos chocolats
Dada
Dada
Mangez du veau

Tristan Tzara ( 1923)



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Auteurs V - PP 2013 EN FRANÇAIS - Paul-Vaillant Couturier - Boris Vian

Paul Vaillant-Couturier (1892-1937) était journaliste, écrivain, et poète mais l'Histoire a surtout retenu son engagement pacifiste et sa carrière politique. Il contribue à la diffusion de la « chanson de Craonne » pensant la guerre de 14-18. Journaliste au "Canard Enchaîné", en 1917, il crée en 1919 la revue pacifiste et artistique Clarté, avec Henri Barbusse.
Après le Congrès de Tours (1920), il participe à la fondation du Parti communiste français .

recueils de poésie : La Visite du berger (1913) et  Trains rouges (1922).

L'alphabet (première version)

Le A majuscule monte dans le ciel comme une Tour Eiffel.
Le B est un monsieur à gros ventre.
Le C fait la révérence.
Le D est le dernier quartier de lune.
Le E a faim de toutes ses dents.
Le F est une grue dressée sur un chantier.
Le G ouvre sa bouche pour vous avaler.
Le H dresse ses deux poteaux sur le terrain de rugby.
Le I est un monsieur très maigre qui se tient droit.
Le J a le profil d'une louche à soupe.
Le K est un képi très haut.
Le L me servira d'équerre.
Le M est deux ponts dans la plaine.
Le N nous avertit d'un virage dangereux.
Le O est une belle pomme.
Le P pourrait servir de parapluie.
Le Q a le profil d'une raquette.
Le R est une pieuvre sur ses gardes.
Le S se tortille comme un serpent.
Le T est perché comme une antenne sur le toit.
Le U est un trapèze.
Le V est comme un oiseau dans le ciel.
Le W est comme les racines d'une molaire.
Le X présente deux épées qui se croisent.
Le Y est une baguette de sourcier.
Le Z est le signe de Zorro.

Paul-Vaillant Couturier

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L' alphabet (deuxième version)

"Paul se plaisait à imaginer les lettres un peu comme se les imaginaient les enlumineurs de manuscrit...
II y avait l'A, gendarme campé sur ses bottes,
le B, gros monsieur sans fesses roulant sur son ventre,
le C qui fait la révérence,
le D qui est assis derrière son comptoir,
le E qui a faim de toutes ses dents,
le F qui indique la sortie,
le G, menuisier des lettres avec son étau,
le H avec ses duellistes qui s'enferrent
le I monsieur maigre qui salue,
le J qui saute
et le K petit bossu,
le L qui envoie son coup de pied,
le M, la plus assise des lettres,
le N, montagne russe pour aller au ciel,
le O à qui on n'a qu'à dessiner une figure comme à la lune,
le P, initiale de Paul, ce qui suffit,
le Q dont on fait un rat en lui mettant deux oreilles,
le R mousquetaire, la plus noble et la plus majestueuse des lettres,
l'anguille du S,
la balance du T,
l'U tête sans crâne,
le V de vipère et le mystère de son identification
avec l'U sur les affiches,
le W qui n'est nulle part que sur les cabinets
et les parents lointains des lettres qui offrent avec le W une évocation d'exotisme et de voyage : X, Y, Z."

Paul Vaillant-Couturier ("Enfance" - Editions  Messidor, 1987)

logo_cr_ation_po_tiqueLa forme des lettres, évocation poétique

L'observation des lettres de l'alphabet permet l'évocation poétique. On imaginera d'autres correspondances (cf aussi "Voyelles", le poème d'Arthur Rimbaud, en formes et couleurs :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes ...

Autres matériaux : les chiffres : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9, les signes d'écriture  : , ; . ! ? ... ( " ¨^@ + - X

Dans la nouvelle "L'alphabet de Mondo", ci-dessous, Le Clézio, auteur contemporain, livre d'autres visions de l'alphabet : [...]

L'homme avait pris dans son sac de plage un vieux canif à manche rouge et il avait commencé à graver les signes des lettres sur des galets bien plats. En même temps, il parlait à Mondo de tout ce qu'il y a dans les lettres, de tout ce qu'on peut y voir quand on les regarde et quand on les écoute.

Il parlait de A qui est comme une grande mouche avec ses ailes repliées en arrière ;  de B qui est drôle, avec ses deux ventres, de C et D qui sont comme la lune, en croissant et à moitié pleine, et O qui est la lune tout entière dans le ciel noir. Le H est haut, c'est une échelle pour monter aux arbres et sur le toit des maisons ; E et F, qui ressemblent à un râteau et à une pelle, et G, un gros homme assis dans un fauteuil ; I danse sur la pointe de ses pieds, avec sa petite tête qui se détache à chaque bond, pendant que J se balance ; mais K est cassé comme un vieillard, R marche à grandes enjambées comme un soldat, et Y est debout, les bras en l'air et crie : au secours ! L est un arbre au bord de la rivière, M est une montagne ; N est pour les noms et les gens saluent de la main, P dort sur une patte et Q est assis sur sa queue ; S, c'est toujours un serpent, Z toujours un éclair ; T est beau, c'est comme le mât d'un bateau, U est comme un vase. V,W, ce sont des oiseaux, des vols d'oiseaux ; X est une croix pour se souvenir.
Avec la pointe de son canif, le vieil homme traçait les signes sur les galets et les disposait devant Mondo.


Jean-Marie Gustave Le Clézio ("Mondo et autres histoires" - éditions Gallimard, 1978).



- Boris Vian -

Boris Vian (1920-1959) est un "touche-à-tout de génie".
Diplômé de l'École centrale, il entre comme ingénieur à l'Afnor (Association française de normalisation !) où il sévira quand même quatre années, avant de devenir trompettiste, car il est passionné de musique et de "culture jazz" (il signe des critiques pour des revues spécialisées).
Il écrit parallèlement(1) des poésies et des textes de chansons, qu'il interprètera plus tard, des nouvelles et des romans.

Lire la suite dans la catégorie du blog qui lui est consacrée, à gauche...

livre_Boris_Vian_poisson_d_avril

Un poisson d'avril

Un poisson d'avril
Est venu me raconter
Qu'on lui avait pris
Sa jolie corde à sauter

C'était un cheval
Qui l'emportait sur son cœur
Le long du canal
Où valsaient les remorqueurs

Et alors un serpent
S'est offert comme remplaçant
Le poisson très content
Est parti à travers champs

Il saute si haut
Qu'il s'est envolé dans l'air
Il saute si haut
Qu'il est retombé dans l'eau

Boris Vian ("Un poisson d'avril" - Rue du Monde, collection Petits Géants, 2001)

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Si les poètes étaient moins bêtes 

Si les poètes étaient moins bêtes
Et s'ils étaient moins paresseux
Ils rendraient tout le monde heureux
Pour pouvoir s'occuper en paix
De leurs souffrances littéraires
Ils construiraient des maisons jaunes
Avec des grands jardins devant
Et des arbres pleins de zoizeaux
De mirliflûtes et de lizeaux
Des mésongres et des feuvertes
Des plumuches, des picassiettes
Et des petits corbeaux tout rouges
Qui diraient la bonne aventure
Il y aurait de grands jets d'eau
Avec des lumières dedans
Il y aurait deux cents poissons
Depuis le croûsque au ramusson
De la libelle au pépamule
De l'orphie au rara curule
Et de l'avoile au canisson
Il y aurait de l'air tout neuf
Parfumé de l'odeur des feuilles
On mangerait quand on voudrait
Et l'on travaillerait sans hâte
A construire des escaliers
De formes encor jamais vues
Avec des bois veinés de mauve
Lisses comme elle sous les doigts

Mais les poètes sont très bêtes
Ils écrivent pour commencer
Au lieu de s'mettre à travailler
Et ça leur donne des remords
Qu'ils conservent jusqu'à la mort
Ravis d'avoir tellement souffert
On leur donne des grands discours
Et on les oublie en un jour
Mais s'ils étaient moins paresseux
On ne les oublierait qu'en deux.

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

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Voir Guillevic, Henri Michaux et Boby Lapointe.

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Les autres textes de Boris Vian qui suivent ne sont pas moins inventifs :

Je veux une vie en forme d'arête

Je veux une vie en forme d'arête
Sur une assiette bleue
Je veux une vie en forme de chose
Au fond d'un machin tout seul
Je veux une vie en forme de sable dans des mains
En forme de pain vert ou de cruche
En forme de savate molle
En forme de faridondaine
De ramoneur ou de lilas
De terre pleine de cailloux
De coiffeur sauvage ou d'édredon fou
Je veux une vie en forme de toi
Et je l'ai, mais ça ne me suffit pas encore
Je ne suis jamais content

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

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Y en a qui ont des trompinettes

Y en a qui ont des trompinettes
Et des bugles
Et des serpents
Y en a qui ont des clarinettes
Et des ophicléides géants
Y en a qu'ont des gros tambours
Bourre Bourre Bourre
Et ran plan plan
Mais moi j'ai qu'un mirliton
Et je mirlitonne
Du soir au matin
Moi je n'ai qu'un mirliton
Mais ça m'est égal si j'en joue bien.

Oui mais voilà, est-ce que j'en joue bien ?

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

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Une chanson pour terminer, à dire ou à chanter :

La complainte du progrès

Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur
Maintenant c'est plus pareil
Ça change ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille

Ah Gudule, viens m'embrasser, et je te donnerai...

Un frigidaire, un joli scooter, un atomixer
Et du Dunlopillo
Une cuisinière, avec un four en verre
Des tas de couverts et des pelles à gâteau!
Une tourniquette pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux...
Et nous serons heureux!

Autrefois s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle
Maintenant que voulez-vous
La vie est si chère
On dit: "rentre chez ta mère"
Et on se garde tout

Ah Gudule, excuse-toi, ou je reprends tout ça...

Mon frigidaire, mon armoire à cuillers
Mon évier en fer, et mon poêle à mazout
Mon cire-godasses, mon repasse-limaces
Mon tabouret-à-glace et mon chasse-filous !
La tourniquette, à faire la vinaigrette
Le ratatine-ordures et le coupe-friture

Et si la belle se montre encore rebelle
On la ficelle dehors, pour confier son sort...

Au frigidaire, à l'efface-poussière
A la cuisinière, au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates, au canon à patates
A l'éventre-tomate, à l'écorche-poulet !

...
Boris Vian ( sur une musique d'Alain Goraguer, éditions Tutti, 1955)


 

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Auteurs V 2 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Louise de Vilmorin - Boris Vian

- Louise de Vilmorin -

 Louise de Vilmorin (1902-1969) est une romancière et poétesse française.
Son oeuvre est empreinte d'humour et de fantaisie, avec des regards vers l'Oulipo (cf Raymond Queneau).
Quelques recueils :  Le Sable du Sablier, l'Alphabet des aveux.

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Récitez-moi votre leçon

Récitez-moi votre leçon
"L'oiseau se prend à l'hameçon
Le poisson s'apprivoise et chante
Le papillon est une plante
L'été ramène les grands froids."
Je vous l'ai redit mille fois.

Louise de Vilmorin ("L'alphabet des aveux")

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Vers olorimes*

Étonnamment monotone et lasse,
Est ton âme en mon automne, hélas !

Louise de Vilmorin ("L'alphabet des aveux")
* Les vers holorimes (voir Alphonse Allais) sont identiques à l'oreille. L'auteure orthographie ce mot : "olorimes".

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Palindromes*

Lune de ma dame d’été
Été de ma dame de nul.

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L’âme sûre ruse mal.

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Suce ses écus

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Eh! Ça va la vache?
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Ta bête te bat
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À l’étape épate-la

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Rue : Verte fenêtre
Verte nef
Et rêveur
   

Louise de Vilmorin ("L'alphabet des aveux")
* Un palindrome est un écrit qu'on peut lire dans les deux sens avec le même résultat.

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Ce poème phonétique n'est-il pas précurseur du SMS ?

Poème phonétique (titre suggéré)

Abbaye, abbaye                                                        ABI  ABI
J’ai assez cédé, aimé, obéi,                                      G  AC  CD  ME  OBI
Et double vécu et rêvé et fui                                     E  WQ   REV  FUI

Ogive et émaux et miel et mer                                  OJVMO   MIL  MR
Abbaye, abbaye                                                        ABI  ABI
Hélène aima et fit grec et la chair et l’été.               LN  MA  FY  LHR  LET

Louise de Vilmorin (dans "L'alphabet des aveux", 1954, illustrations de Jean Hugo - rééédition Le Promeneur, 2004)

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L’île

L’île a des lis
Et des lilas
Pour les délices il y a des lits là.
Pas de soucis,
Cent liserons
Viens tes soucis vite s’enliseront.
Un cycle amène
Cycle centaure,
Sous les lilas où j’oublie tes cent torts,
Un cyclamen
Des centaurées
Et des pensées pour le temps dépensé.
L’île à délices
A des lilas,
Avec des lis j’ai porté ton lit là.

Louise de Vilmorin ("Fiançailles pour rire" - Gallimard, 1939)

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Fado*

L’ami docile a mis là
Fade au sol ciré la sole
Ah ! si facile à dorer.

Récit d’eau
Récit las
Fado
L’âme, île amie
S’y mire effarée.

L’art est docile à l’ami.
La sole adorée dort et
L’ami l’a cirée, dorée.

Récit d’eau
Récit las
Fado
L’âme, île amie
S’y mire effarée.

Sire et fade au sol ciré,
L’adoré, do raide aussi,
L’ami dort hélas ici.

Récit d’eau
Récit las
Fado
L’âme, île amie
S’y mire effarée.

Louise de Vilmorin ("Fiançailles pour rire" - Gallimard, 1939)
* Le fado est une musique du Brésil et du Portugal.



- Paul Vincensini -

 Paul Vincensini, qui se disait archiviste du vent, est né en 1930. Il a disparu en 1985, mais vous le trouverez encore à cette adresse .

livre_Vincensini_je_dors_parfois_couv"Quand je dis " archiviste du vent", je parle non de titre honirifique mais de fonction.
Il me faut préciser cependant qu'étant déjà - et de longue date - affecté à la Poussière, les multiples tâches que cela implique font que je ne suis mis à la disposition du vent qu'à titre de vacataire
 [...].  Je m'y suis formé à l'École des Mouches. [...] "

Paul Vincensini

Ses recueils sont pour la plupart aujourd'hui épuisés. On trouve malgré tout une grande partie de ses textes dans l'ouvrage qui reprend le titre de l'un de ses recueils : "Archiviste du vent", au cherche midi éditeur (première parution en 1986). L'humour de Paul Vincensini est souvent noir, voire désespéré, et grinçant, mais toujours très imagé. Les quelques textes choisis ici nous semblent parmi les plus adaptés au thème et aux élèves. "Archiviste du vent" est à se procurer (autour de 10 € en librairie), pour dénicher d'autres textes selon vos projets et mesurer la diversité de l'humour de son auteur.

L'ouvrage dont la couverture est reproduite ci-dessus est paru en 2007. Vincensini en aurait aimé les illustrations (Galeron).

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Moi j'ai toujours peur du vent

Me voici
Mes poches
Bourrées de cailloux
Pour rester avec vous
Ne pas m'envoler dans les arbres

Paul Vincensini (recueil "Toujours et jamais" - édition Culture et pédagogie - 1982)

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Le petit grillon

Le petit grillon qui garde la montagne
A bien du mérite croyez-moi
Quand de partout
Coucous et hiboux font ou
Coucou coucou
ou ouh ouh ouh ouh
A d'autres coucous
ou d'autres hiboux
qui font à tout coup
ou coucou coucou
ou ouh ouh ouh ouh
Toute toute toute la nuit
Le petit grillon vaillant
a bien du mérite
Et qu'est-ce qui le retient
Dites-le moi
Messieurs
De se croiser les bras
et de dormir longtemps
Sa tête
Entre ses deux yeux.

Paul Vincensini (recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? " - éditions Saint-Germain-des-Prés - 1975)

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Le parapluie

Un parapluie
Prit le train pour Paris
En compagnie d'une mamanrapluie.

Il pleuvait beaucoup ce soir-là
Mais dans le train
Il n'y avait personne

Elle pleura un peu
Puis ils se plurent beaucoup

Au retour tout le ciel était bleu

Paul Vincensini (recueil "Toujours et jamais" - édition Culture et pédagogie - 1982)

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Le poème qui suit, le plus connu de l'auteur, avait été initialement publié en 1975 dans le recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? ". Il est rangé pour "Archiviste du vent" (1986) avec les textes d'un recueil postérieur auquel Paul Vincensini avait donné ce même titre : "Toujours et Jamais" (1982). Simple, non ?

Toujours et Jamais

Toujours et Jamais étaient toujours ensemble
Ne se quittaient jamais
On les rencontrait dans toutes les foires
On les voyait le soir traverser le village
Sur un tandem
Toujours guidait
Jamais pédalait
C'est du moins ce qu'on supposait...
Ils avaient tous les deux une jolie casquette
L'une était noire à carreaux blancs
L'autre blanche à carreaux noirs
A cela on aurait pu les reconnaître
Mais ils passaient toujours le soir
Et avec la vitesse...
Certains d'ailleurs les soupçonnaient
Non sans raison peut-être
D'échanger certains soirs leur casquette
Une autre particularité
Aurait dû les distinguer
L'un disait toujours bonjour
L'autre toujours bonsoir
Mais on ne sut jamais
Si c'était Toujours qui disait bonjour
Ou Jamais qui disait bonsoir
Car entre eux ils s'appelaient toujours
Monsieur Albert Monsieur Octave.

Paul Vincensini (recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? " - éditions Saint-Germain-des-Prés - 1975)

logo_cr_ation_po_tique Création poétique : Voir  Monsieur, Monsieur de Jean Tardieu, pour des situations similaires.

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Moi dans l'arbre

T'es fou !
Tire pas !

C'est pas des corbeaux,
C'est mes souliers !

Je dors parfois dans les arbres.

Paul Vincensini (recueil "Le point mort" - éditions Chambelland - 1969)

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Les papillons

Les papillons
sont renseignés
sur toutes les fleurs.

Ils portent leur courrier
sans jamais se tromper.

C'est pas qu'ils y voient clair
Mais ils ont du nez.

Paul Vincensini (recueil "De bleu et d'ombre" - éditions Roche Sauve - 1977)

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Un texte pour la mauvaise saison, où l'humour noir et la familiarité ne parviennent pas à cacher la tendresse de l'auteur :

Moi l'hiver je pense

Moi l'hiver je pense
Aux petits oiseaux
Qui couvent des œufs glacés
Dans les arbres

Moi l'hiver je pense
Aux petits poissons
Qui se gèlent les bonbons
La nuit
Dans les rivières.

Paul Vincensini (recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? " - éditions Saint-Germain-des-Prés - 1975)

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Qu'est-ce qu'ils bouffent

Les noiseaux mangent des noisettes
Les crapauds des pâquerettes
Les chats des chalumettes
Quand il fait frais
Des chalumeaux
Quand il fait chaud.

Paul Vincensini (publié initialement dans la revue Poésie 1 n° 28-29,  "L'enfant et la poésie" (1973) , dans "Archiviste du vent" et dans le recueil "Je dors parfois dans les arbres" - éditions Motus 2007, posthume)



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