Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
lieu commun
Publicité
1 août 2007

L'hiver de Raymond Radiguet

Raymond Radiguet (1903-1923) aura vécu "l'espace d'un matin".
Il est l'auteur de deux romans : Le diable au corps et Le bal du Comte d'Orgel.
On lui doit aussi un recueil de poèmes : Les Joues en feu.

Vitres

Voici la mauvaise saison
Le froid qui est un assassin
S'amuse à faire des dessins
Sur les vitres de sa prison.

Raymond Radiguet ("Les joues en feu" - 1920)


Publicité
1 août 2007

L'hiver de Pierre Reverdy

Pierre Reverdy (1889-1910) n'est pas à ranger dans les poètes surréalistes. Était-il, pour avoir fréquenté Picasso, un "poète cubiste", comme on l'a dit ? Il a en tous cas inspiré des peintres, Henri Matisse et donc Pablo Picasso, et des écrivains et poètes tels que Louis Aragon, André Breton et Paul Éluard.
Natif de Narbonne, en Roussillon, c'est la Montagne Noire qui peuple ses textes de neige.

Philippe Jaccottet, poète d'aujourd'hui, a écrit de Pierre Reverdy :

"L’univers de Reverdy a pour modèles la limpidité hivernale, les merveilles du givre, l’éblouissement des cascades, ou, par moindre bonheur, les voiles de la pluie, la fuite des nuées, les lueurs des vitres."
Philippe Jaccottet dans "Une claire goutte de temps", 1968.


Un poème en prose :

Souffle

Il neige sur mon toit et sur les arbres. Le mur et le jardin sont blancs, le sentier noir, et la maison s'est écroulée sans bruit. Il neige.

Pierre Reverdy


Calme intérieur

Tout est calme
Pendant l'hiver
Au soir quand la lampe s'allume
À travers la fenêtre où on la voit courir
Sur le tapis des mains qui dansent
Une ombre au plafond se balance
On parle plus bas pour finir
Au jardin les arbres sont morts
Le feu brille
Et quelqu'un s'endort
Des lumières contre le mur
Sur la terre une feuille glisse
La nuit c'est le nouveau décor
Des drames sans témoin qui se passent dehors.

Pierre Reverdy ("Plupart du temps" - Gallimard, 1969 - poèmes écrits de 1915 à 1922)


Son de cloche

Tout s'est éteint
Le vent passe en chantant
Et les arbres frissonnent
Les animaux sont morts
Il n'y a plus personne
Regarde
Les étoiles ont cessé de briller
La terre ne tourne plus
Une tête s'est inclinée
Les cheveux balayant la nuit
Le dernier clocher resté debout
Sonne minuit.

Pierre Reverdy ("Plupart du temps" - Gallimard, 1969 - poèmes écrits de 1915 à 1922)


La neige tombe 

La neige tombe
Et le ciel gris
Sur ma tête où le toit est pris
La nuit
Où ira l'ombre qui me suit
À qui est-elle
Une étoile ou une hirondelle
Au coin de la fenêtre
La lune
Et une femme brune
C'est là
Quelqu'un passe et ne me voit pas
Je regarde tourner la grille
Et le feu presque éteint qui brille
Pour moi seul
Mais là où je m'en vais il fait un froid mortel.

Pierre Reverdy ("Sources du vent" - 1929)


Temps couvert

Je suis au milieu d’un nuage
de neige
ou de fumée
L’éclat du jour fait son tapage
la fenêtre en battant
ouvre le mur du coin
la paupière assoupie
et l’œil déjà baissé
Plus loin
sur le détour où aurait dû tomber
le grand vent qui passait
en roulant l’atmosphère
la neige et la fumée
Quelques grains de soleil
et le poids de la terre
à peine soulevée

Pierre Reverdy ("Cravates de chanvre" - 1922)


1 août 2007

L'hiver de Jean Richepin

Jean Richepin (1849-1926) a écrit des poèmes, des pièces de théâtre et des romans.

Voici quelques extraits de La Chanson des gueux, long poème sur la grande misère de son époque, dont la publication en 1876 lui vaudra un mois de prison et une forte amende.
La neige tombe, belle et triste ...
On trouve Jean Richepin avec d'autres textes (Les oiseaux de passage) sur ce blog.
(Taper dans un moteur de recherche Richepin + lieucommun).

"Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens"
Jean Richepin ("Première gelée")

La neige tombe

Toute blanche dans la nuit brune
La neige tombe en voletant,
Ô pâquerettes! une à une
Toutes blanches dans la nuit brune !
Qui donc là-haut plume la lune ?
Ô frais duvet ! flocons flottants !
Toute blanche dans la nuit brune
La neige tombe en voletant.

La neige tombe, monotone,
Monotonement*, par les cieux ;
Dans le silence qui chantonne,
La neige tombe monotone,
Elle file, tisse, ourle et festonne
Un suaire silencieux.
La neige tombe, monotone,
Monotonement par les cieux.

* Monotonement : adverbe oublié
Jean Richepin ("La chanson des gueux" - Maurice Dreyfous éditeur)


Première gelée

Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

Ainsi qu'un dur baron précédé de sergents,
Il fait, pour l'annoncer, courir le long des rues
La gelée aux doigts blancs et les bises bourrues.
On entend haleter le souffle des gamins
Qui se sauvent, collant leurs lèvres à leurs mains,
Et tapent fortement du pied la terre sèche.
Le chien, sans rien flairer, file ainsi qu'une flèche.
Les messieurs en chapeau, raides et boutonnés,
Font le dos rond, et dans leur col plongent leur nez.
Les femmes, comme des coureurs dans la carrière,
Ont la gorge en avant, les coudes en arrière,
Les reins cambrés. Leur pas, d'un mouvement coquin,
Fait onduler sur leur croupe leur troussequin.

Oh ! comme c'est joli, la première gelée !
La vitre, par le froid du dehors flagellée,
Étincelle, au dedans, de cristaux délicats,
Et papillotte sous la nacre des micas
Dont le dessin fleurit en volutes d'acanthe.
Les arbres sont vêtus d'une faille craquante.
Le ciel a la pâleur fine des vieux argents.

Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

Voici venir l'Hiver dans son manteau de glace.
Place au Roi qui s'avance en grondant, place, place !
Et la bise, à grands coups de fouet sur les mollets,
Fait courir le gamin. Le vent dans les collets
Des messieurs boutonnés fourre des cents d'épingles.
Les chiens au bout du dos semblent traîner des tringles.
Et les femmes, sentant des petits doigts fripons
Grimper sournoisement sous leurs derniers jupons,
Se cognent les genoux pour mieux serrer les cuisses.
Les maisons dans le ciel fument comme des Suisses.
Près des chenets joyeux les messieurs en chapeau
Vont s'asseoir ; la chaleur leur détendra la peau.
Les femmes, relevant leurs jupes à mi-jambe,
Pour garantir leur teint de la bûche qui flambe
Étendront leurs deux mains longues aux doigts rosés,
Qu'un tendre amant fera mollir sous les baisers.
Heureux ceux-là qu'attend la bonne chambre chaude !
Mais le gamin qui court, mais le vieux chien qui rôde,
Mais les gueux, les petits, le tas des indigents ...

Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

 


La neige est belle

La neige est belle. Ô pâle, ô froide, ô calme vierge,
Salut ! Ton char de glace est traîné par des ours,
Et les cieux assombris tendent sur son parcours
Un dais de satin jaune et gris couleur de cierge.

Salut ! dans ton manteau doublé de blanche serge,
Dans ton jupon flottant de ouate et de velours
Qui s'étale à grands plis immaculés et lourds,
Le monde a disparu. Rien de vivant n'émerge.

Contours enveloppés, tapages assoupis,
Tout s'efface et se tait sous cet épais tapis.
Il neige, c'est la neige endormeuse, la neige

Silencieuse, c'est la neige dans la nuit.
Tombe, couvre la vie atroce et sacrilège,
Ô lis mystérieux qui t'effeuilles sans bruit !

Jean Richepin ("La chanson des gueux" - Maurice Dreyfous éditeur)


La neige est triste

La neige est triste. Sous la cruelle avalanche
Les gueux, les va-nu-pieds, s'en vont tout grelottants.
Oh ! le sinistre temps, oh ! l'implacable temps
Pour qui n'a point de feu, ni de pain sur la planche !

Les carreaux sont cassés, la ports se déclenche,
La neige par des trous entre avec les autans...
Des enfants, mal langés dans de pauvres tartans,
Voient au bout d'un sein bleu geler la goutte blanche.

Et par ce temps de mort, le père est au travail,
Dehors. Le givre perle aux poils de son poitrail.
Ses poumons boivent l'air glacé qui les poignarde.

Il sent son corps raidir, il râle, il tombe, las,
Cependant que le ciel ironique lui carde,
Comme pour l'inviter au somme, un matelas.

Jean Richepin ("La chanson des gueux" - Maurice Dreyfous éditeur)


La petite qui tousse

Les aiguilles des vents froids
Prennent les nez et les doigts
Pour pelote.
Quel est sur le trottoir blanc
Cet être noir et tremblant
Qui sanglote ?

La pauvre enfant ! Regardez.
La toux, par coups saccadés,
La secoue,
Et la bise qui la mord
Met les roses de la mort
Sur sa joue.

Les violettes sont moins
Violettes que les coins
De sa lèvre,
Que le dessous de ses yeux
Meurtri par les baisers bleus
De la fièvre.

Tousse ! tousse ! Encor ! Tantôt
On croit ouïr le marteau
D' une forge ;
Tantôt le râle plus clair
Comme un clairon sonne un air
Dans sa gorge.

Tousse ! tousse ! tousse ! Encor !
Oh ! le rauque et dur accord
Qui ricane !
Ce clairon large et profond
Sonne pour ceux qui s'en vont
La diane.

Tousse ! C'est le cri perçant
Du noyé lourd qui descend
Sous l'écume,
Tousse ! C'est lointain, lointain,
Ainsi qu'un glas qui s'éteint
Dans la brume.

Tousse ! tousse ! un dernier coup !
Elle laisse sur son cou
Choir sa tête,
Tel sous la bise un flambeau ;
Et pour la paix du tombeau
Elle est prête.

Elle épousera ce soir,
Sans bouquet, sans encensoir,
Sans musiques,
Plus tôt qu'on n'aurait pensé,
L'hiver, ce vieux fiancé
Des phtisiques*.

* La phtisie est une tuberculose pulmonaire, maladie mortelle du XIXe et du début du XXe siècle, touchant en particulier les pauvres.
Jean Richepin ("La chanson des gueux" - Maurice Dreyfous éditeur)


1 août 2007

L'hiver d'Arthur Rimbaud

D'Arthur Rimbaud (1854-1891), éléments de biographie à venir, ce poème pour voir d'un autre oeil les oiseaux noirs :

Les corbeaux

Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand, dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus ...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calcaires,
Sur les fossés et, sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,.
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.

Arthur Rimbaud ("Poésies" - 1871)

Il existe ici un commentaire de ce texte.


1 août 2007

L'hiver de Paul-Alexis Robic

Paul-Alexis Robic (1907-1973) est un poète breton de langue française, auteur de quelques remarquables recueils, dont le dernier s'intitule Perdues les clés du jour (éditions Guy Chambelland, 1967)

Voici un poème pour un hiver fantastique

Les douze lutins

Ils sont douze lutins
Dans ce joli village
De songe et de cristal
Derrière les montagnes

Trois qui frappent l'enclume
Et remplissent d'étoiles
La forge du grand gel

Trois qui font à l'enseigne
Du Rire de l'Hiver
De frais gâteaux de neige.

Trois qui tirent l'alêne
En secret dans la basse
Échoppe du sommeil

Trois autres qui allument
Leurs petites lanternes
Et n'attendent qu'un signe
Pour s'en aller sonner
Les cloches de Noël

Paul-Alexis Robic ("La Part du vent" , 1952 - publié aux éditions Janus en 1957 avec d'autres textes de l'auteur)


Publicité
1 août 2007

L'hiver de Georges Rodenbach

Georges Rodenbach (1855-1898) est un poète symboliste belge de langue française, contemporain et ami de Stéphane Mallarmé et d'Émile Verhaeren.

Ô neige, toi la douce endormeuse des bruits

Ô neige, toi la douce endormeuse des bruits
Si douce, toi la sœur pensive du silence,
Ô toi l'immaculée en manteau d'indolence
Qui gardes ta pâleur même à travers les nuits,

Douce ! Tu les éteins et tu les atténues
Les tumultes épars, les contours, les rumeurs ;
Ô neige vacillante, on dirait que tu meurs
Loin, tout au loin, dans le vague des avenues !

Et tu meurs d'une mort comme nous l'invoquons,
Une mort blanche et lente et pieuse et sereine,
Une mort pardonnée et dont le calme égrène
Un chapelet de ouate, un rosaire en flocons.

Et c'est la fin : le ciel sous de funèbres toiles
Est trépassé ; voici qu'il croule en flocons lents,
Le ciel croule ; mon cœur se remplit d'astres blancs
Et mon cœur est un grand cimetière d'étoiles !

Georges Rodenbach ("Le règne du silence" - Bibliothèque Charpentier, Paris, 1891 et  éditions Le Cri, Bruxelles, 1994)


1 août 2007

L'hiver de Jean Rousselot

Jean Rousselot (1913-2004) a publié, à partir de 1934 de très nombreux recueils de poésie et des anthologies pour la collection "Poètes d'Aujourd'hui" de Pierre Seghers. Il est également l'auteur d'un Dictionnaire de la Poésie Française contemporaine (en 1962) et d'une Histoire de la poésie française en 1976.

La neige

Dans la neige
On veut faire soi-même
Son chemin

De grandes plaines
Sont au bout
Et peut-être la mer !

Ô, neige, neige,
Neige étoilée par mille oiseaux,
Ton nom fond dans la bouche
Comme un fruit d'eau.

Jean Rousselot


1 août 2007

L'hiver de Jules Supervielle

Jules Supervielle, poète franco-uruguayen de langue française, est né en 1884 à Montevideo, et il est mort à Paris en 1960.
Il a partagé son existence entre deux pays, deux continents, d'où vient peut-être cette approche du monde.
D'autres textes de Supervielle se trouvent sur ce blog (entre-autres en catégorie "éloge de l'autre")

..." Vous aviez fait un jour jaillir, sans y songer,
Un grand pommier en fleurs au milieu de l'hiver ..."

Le pommier

A force de mourir et de n'en dire rien
Vous aviez fait un jour jaillir, sans y songer,
Un grand pommier en fleurs au milieu de l'hiver
Et des oiseaux gardaient de leurs becs inconnus
L'arbre non saisonnier, comme en plein mois de mai,
Et des enfants joyeux de soleil et de brume
Faisaient la ronde autour, à vivre résolus.
Ils étaient les témoins de sa vitalité.
Et l'arbre de donner ses fruits sans en souffrir
Comme un arbre ordinaire, et, sous un ciel de neige,
De passer vos espoirs de toute sa hauteur.
Et son humilité se voyait de tout près.
Oui, craintive, souvent, vous vous en approchiez.

Jules Supervielle ("Le forçat innocent", 1930 ; suivi de "Les Amis inconnus", 1934 - éditions Gallimard - collection Poésie Gallimard, 1970)


1 août 2007

L'hiver de Frédéric-Jacques Temple

Frédéric-Jacques Temple est un romancier, traducteur et poète français, grand voyageur (auteur de récits), né en 1921 à Montpellier.

La blanche migration (titre proposé, extrait)

Un vol d’oiseaux sur les plaines d’Europe
Telle est la blanche migration d’hiver.
J’allume un feu doux à mes doigts
Comme autrefois dans les cabanes
Sous la mince lune des bois.

Frédéric-Jacques Temple ("Les œufs de sel" - illustré par Mario Prassinos - Editions Chambelland, 1969)


1 août 2007

L'hiver d'André Theuriet

André Theuriet (1833-1907, est un écrivain, auteur de romans et de pièces de théâtre, et poète français.

Voici un court extrait (les 4 premières strophes) sur le thème de l'hiver d'un texte qui mène aux beaux jours. Nous en proposerons d'autres passages de saison, au printemps.

La ferme

Dans la plaine onduleuse et nue,
Sous les brumes d'un soir d'hiver,
La ferme isolée est perdue
Ainsi qu'un îlot dans la mer.

À peine un fil bleu de fumée
Au piéton la montre de loin,
Quand, dans sa course accoutumée
Du bois noir il tourne le coin ;

Et, le soir, la rougeur de l'âtre,
À travers la vitre qui luit,
À peine la désigne au pâtre
Poussant son troupeau dans la nuit.

Parmi la bruine et le givre
Elle dort d'un profond sommeil :
Mais en mars on la voit revivre
Aux tiédeurs du premier soleil.

...

André Theuriet ("Le Chemin des bois, poèmes et poésies"  - édit Alphonse Lemerre, 1867)


Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 > >>