lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

010207

"LETTERA AMOROSA" HORS CLASSE

Voici des poésies d'accès moins facile (il me semble) sur le thème du Printemps des Poètes 2007

Lettera amorosa "hors classe"


Liste "LETTERA AMOROSA" HORS CLASSE

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Une réorganisation par ordre alphabétique d'auteur est prévue, après  création de l'INDEX (voir colonne de gauche en haut).

page 1 (vous y êtes)

    Textes (2e partie) - Christian Bobin   
    Adieu - Guillaume Apollinaire
    Amour - Germain Nouveau
    Hésitation - Jules Verne
    A une femme - Victor Hugo
    Aveu - Paul Géraldy
    Je te l'ai dit... - Paul Eluard
    J'ai tant rêvé de toi - Robert Desnos
    Pendant que - Gilles Vigneault
    L'amoureuse - Paul Eluard

page 2

page 3

page 4


"La certitude d'avoir été, un jour, aimé, c'est l'envol définitif du cœur dans la lumière".

livre_paroles_bonheur_blogcitation de Christian Bobin dans "Paroles de bonheur" - Albin Michel.
Voir pour d'autres passages 
POÉSIES pour la CLASSE - LETTERA AMOROSA


Christian Bobin est né en 1951.
Il écrit des textes courts, petites histoires poétiques, images de la vie et de l'amour, de l'amour de la vie.
Le dernier ouvrage paru est Une bibliothèque de nuages, en septembre 2006.


J'ai tout misé sur un amour qui ne peut pas entrer dans ce monde même s'il en éclaire chaque détail.

Christian Bobin


La part manquante (extrait)

Ce qu'on apprend dans les livres, c'est-à-dire "je vous aime".

Il faut d'abord dire "je". C'est difficile, c'est comme se perdre dans la forêt, loin des chemins, c'est comme sortir de la maladie, de la maladie des vies impersonnelles, des vies tuées.

Ensuite il faut dire "vous". La souffrance peut aider - la souffrance d'un bonheur, la jalousie, le froid, la candeur d'une saison sur la vitre du sang. Tout peut aider en un sens à dire "vous", tout ce qui manque et qui est là, sous les yeux, dans l'absence abondante.

Enfin il faut dire "aime". C'est vers la fin des temps déjà, cela ne peut être dit qu'à condition de ne pas l'être. La dernière lettre est muette, elle s'efface dans le souffle, elle s'en va comme l'air bleu sur la page, dans la gorge.

"Je vous aime." Sujet, verbe, complément.
Ce qu'on apprend dans les livres c'est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s'atteindre.

La part manquante (autre extrait)

Aucun homme ne s'aventure dans ces terres désolées de l'amour. Aucun homme ne sait répondre à la parole silencieuse. Les hommes retiennent toujours quelque chose auprès d'eux. Jusque dans les ruines, ils maintiennent une certitude - comme l'enfant garde une bille dans sa poche. Quand ils attendent, c'est quelque chose de précis qu'ils attendent. Quand ils perdent, c'est une seule chose qu'ils perdent. Les femmes espèrent tout, et puisque tout n'est pas possible, elles le perdent en une seule fois - comme une manière de jouir de l'amour dans son manque. Elles continuent d'attendre ce qu'elles ne croient plus. C'est plus fort qu'elles. C'est bien plus fort que toute pensée.

Christian Bobin ("La part manquante »)  Livre "Paroles de bonheur" - Photo : Lieucommun


Adieu - Guillaume Apollinaire

L'amour est libre il n'est jamais soumis au sort
O Lou le mien est plus fort encore que la mort
Un coeur le mien te suit dans ton voyage au Nord

Lettres Envoie aussi des lettres ma chérie
On aime en recevoir dans notre artillerie
Une par jour au moins une au moins je t'en prie

Lentement la nuit noire est tombée à présent
On va rentrer après avoir acquis du zan
Une deux trois À toi ma vie À toi mon sang

La nuit mon coeur la nuit est très douce et très blonde
O Lou le ciel est pur aujourd'hui comme une onde
Un coeur le mien te suit jusques au bout du monde

L'heure est venue Adieu l'heure de ton départ
On va rentrer Il est neuf heures moins le quart
Une deux trois Adieu de Nîmes dans le Gard

Guillaume Apollinaire  ("Poèmes à Lou")

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300107

Amour - Germain Nouveau

Amour

Je ne crains pas les coups du sort,
Je ne crains rien, ni les supplices,
Ni la dent du serpent qui mord,
Ni le poison dans les calices,
Ni les voleurs qui fuient le jour,
Ni les sbires ni leurs complices,
Si je suis avec mon Amour.

Je me ris du bras le plus fort,
Je me moque bien des malices,
De la haine en fleur qui se tord,
Plus caressante que les lices ;
Je pourrais faire mes délices
De la guerre au bruit du tambour,
De l'épée aux froids artifices,
Si je suis avec mon Amour.

Haine qui guette et chat qui dort
N'ont point pour moi de maléfices ;
Je regarde en face la mort,
Les malheurs, les maux, les sévices ;
Je braverais, étant sans vices,
Les rois, au milieu de leur cour,
Les chefs, au front de leurs milices,
Si je suis avec mon Amour.

envoi

Blanche Amie aux noirs cheveux lisses,
Nul Dieu n'est assez puissant pour
Me dire : " Il faut que tu pâlisses ",
Si je suis avec mon Amour.

Germain Nouveau 1851-1920 ("Valentines")

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Hésitation - Jules Verne

Hésitation

A une jeune personne à la noble tournure, aux yeux grands et noirs.

Celle que j'aime a de grands yeux
Sous de brunes prunelles ;
Celle que j'aime sous les cieux
Est la belle des belles.
Elle dore, embellit mes jours,
Oh ! si j'étais à même,
Mon Dieu, je voudrais voir toujours
Celle que j'aime.

Celle que j'aime est douce à voir,
Il est doux de l'entendre ;
Sa vue au coeur fixe l'espoir
Que sa voix fait comprendre.
Son amour sera-t-il pour moi,
Pour moi seul, pour moi-même ?
Si j'aime, c'est que je la vois
Celle que j'aime.

Auprès d'elle, hélas ! je ressens
Une émotion douce ;
Absente, vers elle en mes sens
Quelque chose me pousse.
Pour moi dans le fond de son coeur
S'il en était de même ?
Aurait-elle un regard trompeur,
Celle que j'aime ?

Celle que j'aime, hélas ! hélas !
A son tour m'aime-t-elle ?
Je ne sais ; je ne lui dis pas
Que son oeil étincelle.
Est-ce pour moi qu'il brille ainsi ?
Félicité suprême !...
Ailleurs l'enflamme-t-elle aussi,
Celle que j'aime ?

Si trompant ma naïveté
Par son hypocrisie,
Elle se sert de sa beauté
Pour me briser ma vie !
Son coeur peut-il être si noir ?
Oh ! non ; c'est un blasphème !
Un blasphème !... il ne faut que voir
Celle que j'aime.

Non, non, amour, amour à nous
Car en te faisant femme,
Dieu, je lui rends grâce à genoux,
Te donna de mon âme.
Accours ! je m'attache à tes pas
Dans mon ardeur extrême...
Peut-être, elle ne m'aime pas,
Celle que j'aime.

Jules Verne 1828-1905

Posté par de passage à 14:30 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]

A une femme - Victor Hugo

A une femme

Enfant ! si j'étais roi, je donnerais l'empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux,
Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L'éternité, l'espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

Victor Hugo

Posté par de passage à 12:45 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]

Aveu - Paul Géraldy

Aveu

Je sais bien qu'irritable, exigeant et morose
insatisfait, jaloux, malheureux pour un mot
je te cherche souvent des querelles sans cause...
Si je t'aime si mal, c'est que je t'aime trop.

Je te poursuis. Je te tourmente. Je te gronde....
Tu serais plus heureuse, et mieux aimée aussi,
si tu n'étais pour moi tout ce qui compte au monde
et si ce pauvre amour n'était mon seul souci.

Paul Géraldy ("Toi et moi", 1913)


Posté par de passage à 10:46 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]

270107

Je te l'ai dit... - Paul Eluard

Je te l'ai dit...

Je te l'ai dit pour les nuages
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l'oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l'ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.

Paul Éluard

Posté par de passage à 12:51 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]

260107

J'ai tant rêvé de toi - Robert Desnos

J'ai tant rêvé de toi

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos ("Corps et biens")

Posté par de passage à 18:39 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]

240107

Pendant que - Gilles Vigneault

Pendant que

Pendant que les bateaux
Font l'amour et la guerre
Avec l'eau qui les broie
Pendant que les ruisseaux
Dans les secrets des bois
Deviennent des rivières

Moi, moi, je t'aime
Moi, moi, je t'aime

Pendant que le soleil
Plus haut que les nuages
Fait ses nuits et ses jours
Pendant que ses pareils
Continuent des voyages
Chargés de leurs amours

Moi, moi, je t'aime
Moi, moi, je t'aime

Pendant que les grands vents
Imaginent des ailes
Aux coins secrets de l'air
Pendant qu'un soleil blanc
Aux sables des déserts
Dessine des margelles

Moi, moi, je t'aime
Moi, moi, je t'aime

Pendant que les châteaux
En toutes nos Espagnes
Se font et ne sont plus
Pendant que les chevaux
Aux cavaliers perdus
Traversent des montagnes

Moi, moi, je t'aime
Moi, moi, je t'aime

Pendant qu'un peu de temps
Habite un peu d'espace
En forme de deux cœurs
Pendant que sous l'étang
La mémoire des fleurs
Dort sous son toit de glace

Moi, moi, je t'aime
Moi, moi, je t'aime

Gilles Vigneault

Posté par de passage à 19:50 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]

L'amoureuse - Paul Eluard

L'amoureuse

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Paul Éluard

Posté par de passage à 18:50 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]

220107

Le jardin - Jacques Prévert

Le jardin

Des milliers et des milliers d'années 
Ne sauraient suffire 
Pour dire 
La petite seconde d'éternité 
Où tu m'as embrassé 
Où je t'ai embrassèe 
Un matin dans la lumière de l'hiver 
Au parc Montsouris à Paris 
A Paris 
Sur la terre 
La terre qui est un astre. 

Jacques Prévert

Posté par de passage à 19:44 - "LETTERA AMOROSA" : POÉSIES "hors classe" - Permalien [#]