120407
HAÏKUS : poésie des saisons
Nouvelle catégorie : HAÏKUS - poésies des saisons
Rien d'autre aujourd'hui
que d'aller dans le printemps
rien de plus
Buson Yosa (1716-1784).
"Le haïku (prononcez : “haïkou”) est un court poème japonais classique, comportant trois versets de 5, 7 et 5 pieds et visant
à traduire une forte émotion face à la nature et à une saison.
Mais, même au Japon, le haïku a beaucoup évolué : on trouve maintenant des haïkus “libres” (qui ne respectent pas la métrique) et des haïkus politiques, érotiques, gastronomiques." (Georges Friedenkraft, dans la revue Marco Polo n° 10, d'octobre 2005).
Voici quelques haïkus classiques de deux auteurs japonais, sur la saison printemps. Ils sont extraits de "Haïkus anthologie" (collection Points Poésie aux Éditions Fayard).
Roger Munier, qui en a interprété les textes en français, écrit en présentation : "[...]de quoi s'agit-il en fait dans le haïku, sinon de susciter par le truchement des mots un mouvement de l'esprit vers la chose comme elle est, dans l'instant de sa révélation soudaine et là ? [...] d'atteindre à cette nécessité incontournable qui la fait justement ce qu'elle est, sans question, sans pourquoi, [...]"
Il existe une Association Française de Haïku, dont on peut visiter le site ICI.
HAÏKUS DE PRINTEMPS
Kobayashi Issa (1763-1828)
La fumée
dessine à présent
le premier ciel de l'année
Ces fleurs de cerisier
qui tant me ravissaient
ont disparu de la terre
Le papillon bat des ailes
comme s'il désespérait
de ce monde
Tremblant dans les herbes
des champs
le printemps s'en va.
Buson Yosa (1716-1784)
Par-dessus la mer
le soleil couchant
dans le filet de la brume
Rien d'autre aujourd'hui
que d'aller dans le printemps
rien de plus
Au clair de lune
le prunier blanc redevient
un arbre d'hiver
Le halo de la lune
n'est-ce pas le parfum des fleurs de prunier
monté là-haut ?
Dans les fleurs tardives du cerisier
le printemps qui s'en va
hésite
HAÏKUS D'ÉTÉ
Cheminant par la vaste lande
les hauts nuages
pèsent sur moi
Buson Yosa (1716-1784).
Toujours extraits de "Haïkus anthologie" (collection Points Poésie aux Éditions Fayard) :
Uejima Onitsura (1660-1738)
Montagnes au loin
où la chaleur du jour
s'en est allée
La brise fraîche
emplit le vide ciel
de la rumeur du pin
Buson Yosa (1716-1784)
Cheminant par la vaste lande
les hauts nuages
pèsent sur moi
Sous les pluies d'été
le sentier
a disparu
D'autres poésies sur le thème de l'été dans UNE SAISON en POÉSIE - été
HAÏKUS D'AUTOMNE
Voir la présentation en tête de catégorie
Il reste éveillé
Et dit qu'il a dormi.
Froide nuit automnale
Buson Yosa (1716-1783)
Claire lune automnale
Les lapins traversent
Le lac Suwa
Buson
On voit dans ses yeux
Une apparence d'automne
Vêtements de chanvre
Buson
Il est transi
de pauvreté
ce matin d'automne
Buson
Foulant les feuilles dorées du ginkgo
Le gamin tranquillement
Descend la montagne
Buson
Les herbes se couvrent
d'automne
Je m'assieds
Matsuo Bashô (1644-1694)
Sur une branche morte
Repose un corbeau :
Soir d'automne !
Basho
Une rafale de vent
puis les feuilles
se reposent
Basho
Ce chemin
personne ne le prend
que le couchant d'automne
Bashô
Feuille morte au vent
de temps en temps
le chat la retient de sa patte
Kobayashi Issa (1763-1827)
Sur la feuille de lotus
la rosée de ce monde
se distord
Issa
Appuyé contre l'arbre nu
aux rares feuilles
une nuit d'étoiles
Shiki (1866-1902)
On grille des châtaignes
Tranquilles bavardages
Crépuscule du soir
Shiki
Un oiseau chanta -
tomba au sol
une baie rouge
Shiki
Vent d'automne
Voyageur dans ce monde flottant
J'ignore où tu vas
Shiki
On grille des châtaignes -
tranquilles bavardages
crépuscule du soir
Shiki
HAÏKUS D'HIVER
Voir la présentation en tête de catégorie
La bruine d'hiver
paisiblement imbibe
les racines du camphrier.
Buson Yosa (1716-1783)
Dans le clair de lune glacé
de petites pierres
crissent sous les pas.
La pluie d'hiver
tombe sur l'étable
un coq chante
Matsuo Bashô (1644-1694)
Ces mêmes montagnes
mon père les eut devant les yeux
dans l'isolement de l'hiver.
Kobayashi Issa (1763-1827)
Solitude hivernale
ce soir écoutant
la pluie dans la montagne.
Issa
Un oiseau s'envole
le vieux cheval tressaille
sur la lande désséchée.
Shiki (1866-1902)
Une baie rouge
a roulé
sur la gelée blanche du jardin.


