lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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Poésie urbaine - Rap et Slam - Abd Al Malik

Abd_Al_Malik_t_l_Vous avez raté le concert d'Abd Al Malik sur France 4 (Jeudi 29 mars 2007 de 20h40 à 21h35 (55') ?
C'est vrai qu'on vous avait conseillé, malgré les mauvaises critiques, le téléfilm sur Célestin Freinet (voir messages).

Mais rien n'est perdu, Concerts sauvages : Abd Al Malik, est rediffusé ce mercredi 4 avril à 3 h 20 du mat (quand même), et mieux sans doute, à 14 h 15 le même jour. A vos cassettes !

L'album «Gibraltar» a obtenu le prix Constantin et le prix de l'Académie Charles Cros (un poète qu'on retrouve sur ce blog). Il est sorti en 2006. Les Victoires de la Musique lui décernent le titre de meilleur album de musiques urbaines de l'année, en février 2007.
Abd Al Malik n'est pas un slameur, pas vraiment un rappeur non plus. Il trouve aussi ses références dans la chanson française des années passées. Par exemple, Ces gens-là, de Jacques Brel, qu' il interprète à sa manière. La qualité des textes justifierait déjà qu'on en parle, mais il s'agit de chansons, et CD_Abd_al_Malikdonc aussi de musique. Pas pour la déco, non, la musique n'est pas ici une parure de spectacle, elle est avec et dans le texte. « Il m'a fallu déconstruire pour reconstruire" dit-il. On parle de rap, de hip hop. On le dit inclassable ... Pendant que les spécialistes collent et décollent des étiquettes, nous, on ouvre nos oreilles.

Le "concert sauvage" d' Abd Al Malik a été enregistré sur la place de la Sorbonne, le 14 décembre dernier. Entre-autres titres, «Gibraltar», «Rentrer chez moi», «Les Autres»,«12 septembre 2001», «Le Grand Frère» ...

Gibraltar

Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui pleure un rêve qui prendra vie, une fois passé Gibraltar.
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui se d'mande si l'histoire le retiendra comme celui qui portait le nom de cette montagne.
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui meurt sa vie bête de "gangsta rappeur" mais ...
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune homme qui va naître, qui va être celui qu'les tours empêchaient d'être.
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui boit, dans ce bar où les espoirs se bousculent, une simple canette de Fanta.
Il cherche comme un chien sans collier le foyer qu'il n'a en fait jamais eu, et se dit que p't-être, bientôt, il ne cherchera plus.
Et ça rit autour de lui, et ça pleure au fond de lui.
Faut rien dire et tout est dit, et soudain ... soudain il s' fait derviche tourneur,
Il danse sur le bar, il danse, il n'a plus peur, enfin il hurle comme un fakir, de la vie devient disciple.
Sur le détroit de Gibraltar y'a un jeune noir qui prend vie, qui chante, dit enfin « je t'aime » à cette vie.
Puis les autres le sentent, le suivent, ils veulent être or puisqu'ils sont cuivre.
Comme ce soleil qui danse, ils veulent se gorger d'étoiles, et déchirer à leur tour cette peur qui les voile.
Sur le détroit de Gibraltar, y'a un jeune noir qui n'est plus esclave, qui crie comme les braves, même la mort n'est plus entrave.
Il appelle au courage celles et ceux qui n'ont plus confiance, il dit : "ramons tous à la même cadence ! ".
Dans le bar, y a un pianiste et le piano est sur les genoux, le jeune noir tape des mains, hurle comme un fou.
Fallait qu'elle sorte cette haine sourde qui le tenait en laisse, qui le démontait pièce par pièce.
Sur le détroit de Gibraltar, y a un jeune noir qui enfin voit la lune le pointer du doigt et le soleil le prendre dans ses bras.
Maintenant il pleure de joie, souffle et se rasseoit.
Désormais l'Amour seul, sur lui a des droits.
Sur le détroit de Gibraltar, un jeune noir prend ses valises, sort du piano bar et change ses quelques devises,
Encore gros d' émotion il regarde derrière lui et embarque sur le bateau.
Il n'est pas réellement tard, le soleil est encore haut.
Du détroit de Gibraltar, un jeune noir vogue, vogue vers le Maroc tout proche.
Vogue vers ce Maroc qui fera de lui un homme ...
Sur le détroit de Gibraltar …  sur le détroit de Gibraltar …
Vogue, vogue vers le merveilleux royaume du Maroc,
Sur le détroit de Gibraltar, vogue, vogue vers le merveilleux royaume du Maroc …

Abd Al Malik


Les autres

Moi, moi quand j' étais petit, j' avais mal
c' était l'état de mon esprit, je suis né malade
sur l'echelle de Richter de la misère, malade ça vaut bien 6
quelques degrés en dessous de là où c'est gradué fou

J' étais voleur et avant d' aller voler, je priais
je demandais à Dieu de ne pas me faire attraper
je lui demandais que la pêche soit bonne
qu' à la fin de la journée, le liquide déborde de mes poches
bien souvent, j' ai failli me noyer, j' ai été à sec aussi, souvent ...
quand je croisais papa, le matin, aller travailler avec sa 102 bleue
en rentrant, le matin, de soirée, j' me disais "c'est un bonhomme mon vieux"
ensuite, j' me faufilais dans mes couvertures et j' dormais toute la journée
le style vampire dormir la journée et rôder une fois le soleil couché
le genre de prédateur à l'envers, le genre qui à la vue d'un poulet meurt de peur
je ne me suis jamais fait prendre, et si j' avais été pris, aux keufs, j'aurais dit....

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....

J'étais beau-parleur et je souriais aux filles en jean's avec de grosses ceintures
celles qui aiment bien l' odeur que degagent les gars
qui ont la réputation d'être des ordures
le genre à jurer sur la vie de sa mère dès qu'il ouvre la bouche
rêve de BMW pour asseoir à la place du mort celle qui couche
dans mon monde, un mec comme moi, c'est le top
j'aurais été une fille, on m'aurait traité de salope
quand je croisais ma soeur avec ses copines dans le quartier
moi, qui allait en soirée, j' lui disais "rentre à la baraque ! va faire à bouffer !"
ensuite, j'allais rejoindre mes copines, celles qui me faisaient bien délirer
celles qui, comme moi, avaient un pére, une mère
peut-être bien des frères et soeurs qui sait ...
mais moi, du genre beau parleur à l'endroit, sans foi ni loi
mais c'était pas moi le chien, mais ...

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....

Et puis du jour au lendemain, j'ai viré prêcheur
promettant des flammes aux pêcheurs et des femmes aux bons adorateurs
comme si Dieu avait besoin de ça pour mériter qu'on l'aime
mais moi, moi pour que les autres m'aiment, moi
moi, j'en ai dit des choses pas belles et j'en ai accepté aussi
on m'a dit "t' es noir, tu veux te marier avec elle, mais t' es noir...."
les autres y disaient comme ça, qu'elle était trop bien pour moi *
donc moi, moi j'faisais de la peine à voir
moi, j'continuais ma parodie, mon escroquerie spirituelle
sauf que, j'me carottais moi-même, j'étais devenu un mensonge sur pattes
qui saoule grave et qui sait même pas ce qu'il dit
qui voit même pas que c'est un malade et qui dit comme ça
tout le temps y dit comme ça....

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....

Et je vous dis monsieur, je vous dis monsieur *,
quand je pense à tout ça, je pleure

Abd Al Malik                 * références à la chanson de Brel : "Les bonbons"


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Poésie urbaine - Rap et Slam - Grand Corps Malade

Un premier message pour une nouvelle catégorie : POÉSIE URBAINE - Rap et Slam arbre_avant_printemps_ombre_fa_ade
C'est quoi la Poésie urbaine, et le Slam ? et le Rap ? Et pourquoi tu mets des majuscules ?
J'ai pas toutes les réponses ...

Photo Lieucommun : Poésie naturellement urbaine.

le Slam, c'est un genre poétique, des textes souvent courts, mais pas toujours, sans accompagnement musical (une différence essentielle avec le rap), mais un phrasé ...
- la poésie "habituelle" n'en a-t-elle pas un aussi ?
Si, mais le slam (laissons de côté cette histoire de majuscules), est une poésie destinée à être dite en public. Donc, de la poésie, des textes, souvent personnels, engagés dans une vision contestataire de la société, des rapports humains. Les textes sont présentés par les slameurs sur des scènes improvisées ou pas (cafés, MJC, et en règle générale partout où on peut réunir des spectateurs). Poésie des villes, des quartiers, de la rue, poésie urbaine. C'est une compétition conviviale, sous forme de tournoi, qui rassemble plusieurs interprètes successifs, selon un règlement compliqué. Il existe même une Fédération Française de Slam, ICI.
Après, il y a différents genres de slam ...
Commençons par Grand Corps Malade qui annonce la couleur sur son site ICI :Grand_C_Malade
"Il y a évidemment autant de définitions du slam qu’il y a de slameurs et de spectateurs des scènes slam."  
Le texte qui suit a plus de force d'évocation quand on l'écoute, mais peut-être que la musique et le rythme des mots vous donneront un avant-goût de poésie urbaine, et l'envie d'aller plus loin : ci-contre, le CD en vente.

Enfant de la Ville

J’avoue que c’est bon de se barrer à la mer ou à la campagne
Quand tu ressens ce besoin, quand ton envie de verdure t’accompagne
Nouvelles couleurs, nouvelles odeurs, ça rend les sens euphoriques
Respirer un air meilleur ça change de mon bout de périphérique
Est-ce que t’as déjà bien écouté le bruit du vent dans la forêt
Est-ce que t’as déjà marché pieds nus dans l’herbe haute, je voudrais
Surtout pas représenter l’écolo relou à 4 centimes
Mais la nature nourrit l’homme et rien que pour ça faut qu’on l’estime
Donc la nature je la respecte, c’est peut-être pour ça que j’écris en vers
Mais c’est tout sauf mon ambiance, j’appartiens à un autre univers
Si la campagne est côté face, je suis un produit du côté pile
Là où les apparts s’empilent, je suis enfant de la ville
Je sens le cœur de la ville qui cogne dans ma poitrine
J’entends les sirènes qui résonnent mais est-ce vraiment un crime
D’aimer le murmure de la rue et l’odeur de l’essence
J’ai besoin de cette atmosphère pour développer mes sens

Je suis un enfant de la ville, je suis un enfant du bruit
J’aime la foule quand ça grouille, j’aime les rires et les cris
J’écris mon envie de croiser du mouvement et des visages
Je veux que ça claque et que ça sonne, je ne veux pas que des vies sages

Je trempe ma plume dans l’asphalte, il est peut-être pas trop tard
Pour voir un brin de poésie même sur nos bouts de trottoirs
Le bitume est un shaker où tous les passants se mélangent
Je ressens ça à chaque heure et jusqu’au bout de mes phalanges
Je dis pas que le béton c’est beau, je dis que le béton c’est brut
Ca sent le vrai, l’authentique, peut-être que c’est ça le truc
Quand on le regarde dans les yeux, on voit bien que s’y reflètent nos vies
Et on comprend que slam et hip-hop ne pouvaient naître qu’ici
Difficile de traduire ce caractère d’urgence
Qui se dégage et qu’on vit comme une accoutumance
Besoin de cette agitation qui nous est bien familière
Je t’offre une invitation pour cette grande fourmilière
J’suis allé à New York, je me suis senti dans mon bain
Ce carrefour des cultures est un dictionnaire urbain
J’ai l’amour de ce désordre et je ris quand les gens se ruent
Comme à l’angle de Broadway et de la 42ème rue

Je suis un enfant de la ville, je suis un enfant du bruit
J’aime la foule quand ça grouille, j’aime les rires et les cris
J’écris mon envie de croiser du mouvement et des visages
Je veux que ça claque et que ça sonne, je ne veux pas que des vies sages

Je me sens chez moi à Saint-Denis, quand y’a plein de monde sur les quais
Je me sens chez moi à Belleville ou dans le métro New-yorkais
Pourtant j’ai bien conscience qu’il faut être sacrément taré
Pour aimer dormir coincé dans 35 mètres carrés
Mais j’ai des explications, y’a tout mon passé dans ce bordel
Et face à cette folie, j’embarque mon futur à bord d’elle
A bord de cette pagaille qui m’égaye depuis toujours
C’est beau une ville la nuit, c’est chaud une ville le jour
Moi dans toute cette cohue je promène ma nonchalance
Je me ballade au ralenti et je souris à la chance
D’être ce que je suis, d’être serein, d’éviter les coups de surin
D’être sur un ou deux bons coups pour que demain sente pas le purin
Je suis un enfant de la ville donc un fruit de mon époque
Je vois des styles qui défilent, enfants du melting-pot
Je suis un enfant tranquille avec les poches pleines d’espoir
Je suis un enfant de la ville, ce n’est que le début de l’histoire

Grand Corps Malade - 2005 (autres textes sur son site (voir plus haut), et ICI (site non-officiel)


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