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11 mars 2009, poème du jour : Mario Benedetti / ¿Qué pasaría?
Ce superbe texte de Mario Benedetti était en attente de traduction. Un autre poème, Défense de la joie (Defensa de la alegría) du même auteur est sur le blog, toujours dans la catégorie Poème du jour, où vous en trouverez un autre, Tactica y Estrategia, en commentaires du poème précédent, récemment posté.
Qu'arriverait-il ?
Qu'arriverait-il si nous nous réveillons un jour
en réalisant que nous sommes la majorité ?
Qu'arriverait-il si tout à coup une injustice,
une seule, est rejetée par tous,
tous autant que nous sommes, pas quelques-uns,
ni certains, mais tous ?
Qu'arriverait-il si au lieu de rester divisés
nous nous multiplions, nous nous additionnons,
affaiblissant l'ennemi qui veut arrêter notre marche en avant ?
Qu'arriverait-il si nous nous organisons
et si nous affrontons nos oppresseurs sans armes,
silencieux, nombreux,
avec nos millions de regards,
sans vivats, sans applaudissements,
sans sourires, sans tapes sur l'épaule,
sans hymnes partisans,
sans cantiques ?
Qu'arriverait-il si je le fais pour toi, qui es si loin,
et toi pour moi, qui suis si loin,
et nous deux pour les autres, qui sont très loin,
et les autres pour nous, qui sommes si loin ?
Qu'arriverait-il si les cris d'un continent
deviennent les cris de tous les continents ?
Qu'arriverait-il si nous nous prenons en main
au lieu de nous lamenter ?
Qu'arriverait-il si nous brisons les frontières
et que nous avançons et avançons,
et avançons, et avançons encore ?
Qu'arriverait-il si nous brûlons tous les drapeaux
pour n'en garder qu'un seul, le nôtre,
celui de tous, ou mieux, parce que nous n'en avons nul besoin,
aucun drapeau ?
Qu'arriverait-il si nous cessons brusquement d'être des patriotes
pour devenir des humains ?
Je ne sais pas. Je me le demande.
Qu'arriverait-il ?
Mario Benedetti
Traduction proposée par Lieucommun (texte modifié le 18 mars).
L'adaptation présentée ici n'est certes pas satisfaisante, ni de loin la meilleure possible - Tous les imparfaits liés aux conditionnels sont passés au présent pour des questions de phonétique mais aussi pour renforcer les actes. dans le texte original, les deux temps coexistent.
Merci de poster en
commentaire d'éventuelles suggestions. Texte original ci-dessous :
¿Qué pasaría?
¿Qué pasaría si un día despertamos
dándonos cuenta de que somos mayoría?
¿Qué pasaría si de pronto una injusticia,
sólo una, es repudiada por todos,
todos que somos todos, no unos,
no algunos, sino todos?
¿Qué pasaría si en vez de seguir divididos
nos multiplicamos, nos sumamos
restamos al enemigo que interrumpe nuestro paso,
Qué pasaría si nos organizáramos
y al mismo tiempo enfrentáramos sin armas,
en silencio, en multitudes,
en millones de miradas la cara de los opresores,
sin vivas, sin aplausos,
sin sonrisas, sin palmadas en ¡os hombros,
sin cánticos partidistas,
sin cánticos?
¿Qué pasaría si yo pidiese por vos que estás tan lejos
y vos por mí que estoy tan lejos,
y ambos por los otros que están muy lejos,
y los otros por nosotros aunque estemos lejos?
¿Qué pasaría si el grito de un continente
fuese el grito de todos los continentes?
¿Qué pasaría si pusiésemos el cuerpo en vez
de lamentarnos?
¿Qué pasaría si rompemos las fronteras
y avanzamos, y avanzamos,
y avanzamos, y avanzamos?
¿Quépasaría si quemamos todas las banderas
para tener sólo una, la nuestra,
la de todos, o mejor ninguna
porque no la necesitamos.
¿Qué pasaría si de pronto dejamos de ser patriotas
para ser humanos?
No sé. Me pregunto yo,
¿qué pasaría?
Mario Benedetti
180209
Poème du jour - 22 février 2009 - Ernest Pépin : Dis-leur
Ernest Pépin, écrivain et poète est né en Guadeloupe en 1950
DIS-LEUR
Un oiseau passe
éclair de plumes
dans le courrier du crépuscule
VA
VOLE
ET DIS-LEUR
Dis-leur que tu viens d'un pays
formé dans une poignée de main
un pays simple comme bonjour
où les nuits chantent
pour conjurer la peur des lendemains
dis-leur
que nous sommes une bouchée
répartie sur sept îles
comme les sept couleurs de la semaine
mais que jamais ne vient
le dimanche de nous-mêmes
VA
VOLE
ET DIS-LEUR
Dis-leur que les marées
ouvrent la serrure de nos mémoires
que parfois le passé souffle
pour attiser nos flammes
car un peuple qui oublie
ne connaît plus la couleur des jours
il va comme un aveugle dans la nuit du présent
dis-leur que nous passons d'île en île
sur le pont du soleil
mais qu'il n'y aura jamais assez de lumière
pour éclairer
nos morts
dis-leur que nos mots vont de créole en créole
sur les épaules de la mer
mais qu'il n'y aura jamais assez de sel
pour brûler notre langue
VA
VOLE
ET DIS-LEUR
Dis-leur qu'à force d'aimer les hommes
nous avons appris à aimer l'arc-en-ciel
et surtout dis-leur
qu'il nous suffit d'avoir un pays à aimer
qu'il nous suffit d'avoir des contes à raconter
pour ne pas avoir peur de la nuit
qu'il nous suffit d'avoir un chant d'oiseau
pour ouvrir nos ailes d'hommes libres
VA
VOLE
ET DIS-LEUR...
Ernest Pépin ("Babil du songer" - éditions Ibis Rouge, 1997)
311208
Poèmes du jour : 12 novembre 2008 - No olvides - funámbulos del destierro
No olvides
Recuerda todas las fechas.
Recuerda todas las cosas.
Limita con blancas nubes
el jardin de tu memoria.
Muerete debajo de ella,
bajo su sombra.
traduction :
Souviens-toi de toutes les dates.
Souviens-toi de toutes les choses.
Borde de nuages blancs
le jardin de ta mémoire.
Meurs sous elle,
sous son ombre.
Manuel Altolaguirre ("Poemas de las islas invitadas", 1944)
image ci-dessus : d'après Jean-Pierre Jouffroy, 2000
funámbulos del destierro
funambules de l'exil
para Antonio y "los del destierro", todos / pour Antoine et "ceux de l'exil", tous
funambules sur la ligne Pyrénées
nuit d'Espagne
noche de nieve
y de estrellas ciegas (1)
funambules sur la ligne barbelée
jours de France
días de soles fríos
prisioneros de arena*(2)
funambules sur la ligne de vie
noche y día
jour et nuit
así como viven los hombres
dejando siempre al final
un oscuro arco iris
en el espejo de los sueños (3)
Antoine Bial
traduction :
(1) Nuit de neige
et d'étoiles aveugles
.
(2) jours de soleils froids.
prisonniers de (ou du) sable
(2) comme vivent les hommes
abandonnant toujours à la fin
un sombre arc-en-ciel
dans le miroir des songes
* référence aux camps d'internement pour les réfugiés, sur les plages du Roussillon (Rivesaltes, Saint-Cyprien, Gurs...)
Poèmes du jour - 31 décembre 2008 - La fillette de Gaza / Autrefois une colombe
Salman Masalha est né en 1953 à al-Maghar, en Israël. Il enseigne la littérature arabe à l'Université.
La fillette de Gaza
Avec les plumes de la mer
La fillette de Gaza confectionne des nids.
L'homme qui derrière la muraille se tient debout
Abrite sous son regard
Un collier de souvenirs.
Après avoir traversé la rue,
Les légendes, dans les nids,
Éclosent comme des oeufs
Des enfants courent se blottir
Dans la couleur du temps
Ils recueillent la voix timide
Des sables du désert
Le soir venu, les larmes se dispersent
Et mouillent la route de la mer
La nuit sourit à l'exil
Le poète rend son dernier soupir.
Salman Masalha
(texte paru dans la revue trimestrielle "Poésie 1/Vagabondages" n°27 de septembre 2001 consacrée à La Poésie arabe contemporaine - Le cherche midi éditeur) - Traduction d'Abdul Kader El Janabi revue par Charles Illouz et Mona Huerta.
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Haïm Gouri est né en 1926 à Tel-Aviv, en Israël. Il a publié plusieurs recueils de poésie et traduit des poètes français.
Autrefois une colombe
Autrefois une colombe
descendit sur mon épaule, des cieux,
très légère,
des toits de la ville compatissante.
Nous étions silencieux tous deux
une heure entière et le vent entre nous.
Je voulais lui dire :
innocente, colombe innocente,
j'ai trouvé un abri pour toi.
Autrefois une colombe
se précipita vers mon épaule.
Blanche, chaude.
Quand je la touchai de mes lèvres
son plumage devint rouge.
Haïm Gouri
Texte paru dans "SaLaM Ve CHaLoM, Anthologie de poèmes pacifistes juifs et arabes", de Jacques Eladan - Noël Blandin éditeur, 1990 et dans la revue"Poésie 1" (bimestrielle première série), n°116 de mars-avril 1984, consacrée à La Nouvelle poésie israélienne - Le cherche midi éditeur)
Poèmes du jour : 1er janvier 2009
Ce clin d'oeil d'actu pour vous :
Au bilan neuf
On vient de refermer
deux mille huit'res
(pas une seule perle)
Maintenant
on nous promet
deux mille n'oeufs
Vous n'allez quand même pas
avaler ça ?
241008
octobre 2008 : Le cours de la vie - Jacques Prévert
Ce poème de Jacques Prévert s'impose, aujourd'hui que les lignes brisées du CAC 40 voudraient nous faire oublier le cours de la vie (photomontage lieucommun).

Le cours de la vie
Dans douze châteaux acquis
pour douze bouchées de pain
douze hommes sanglotent de haine
dans douze salles de bains
Ils ont reçu le mauvais câble
la mauvaise nouvelle du mauvais pays
là-bas un indigène
debout dans sa rizière
a jeté vers le ciel
d’un geste dérisoire
une poignée de riz.
Jacques Prévert ("Histoires" - Les Éditions du Point du Jour, 1946 et Gallimard, 1963)
150708
Lendemain de fête - 14 juillet
Photo Lieucommun 2007
Décalage
[...]
Les artifices dépassés,
il faut dire la vérité,
moi j'accroche encore un bouquet
dans le ciel de ma Collégiale.
Je suis du genre décalé,
c'est pas le quatorze juillet
ma fête nationale.
[...]
Antoine Bial - chansons
100708
Poème du jour - 9 août 2008 - Mahmoud Darwich
Préface au livre (image) "La terre nous est étroite" :
” Je suis celui que l’on désigne comme "le poète de la Palestine", et l’on requiert de moi de fixer mon lieu dans la langue, de protéger ma réalité du mythe et de maîtriser l’une et l’autre, pour être tout à la fois partie de l’Histoire et témoin de ce qu’elle m’a fait subir. C’est pourquoi mon droit à un lendemain requiert révolte contre le présent et défense de la légitimité de mon existence dans le passé. Mon poème se retrouve ainsi changé en preuve d’existence ou de néant. “
Cette catégorie (poème du jour) n'est pas la rubrique nécrologique du blog, même si aujourd'hui, Mahmoud Darwich s'est éteint, comme on pourrait dire si le flambeau qu'il portait ne se transmettait pas.
Le poète palestinien exilé a mis des points de suspension à son œuvre terrestre, pour que nous puissions en prolonger la lecture à l'infini.
Il était né en Galilée en 1941. Voici des liens pour mieux connaître l'homme et l'œuvre, et deux poésies (la seconde est tirée du livre ci-dessus) :
Incontournable encyclopédie interactive Wikipédia
http://mahmoud-darwich.chez-alice.fr/
"Je veux un lieu à la place du lieu pour revenir à moi-même "...
Au centre de sa poésie, la terre de Palestine et l'identité, toujours revendiquées
Identité
(extrait de ce poème, écrit en 1964)
Inscris !
Je suis Arabe
[...]
Mes racines...
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l'effusion de la durée
Avant le cyprès et l'olivier
...avant l'éclosion de l'herbe
Mon père... est d'une famille de laboureurs
N'a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
[...]
Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as raflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
...à ce que l'on dit !
[...]
Mahmoud Darwich - ("Chronique de la tristesse ordinaire" traduit par Oliver Carré - Éditions du Cerf, 1989)
La version de ce poème en langue arabe est ici : http://www.col-monnet-strasbourg.ac-strasbourg.fr/identite.html
Sécheresse
(texte intégral du poème écrit entre 1966 et 1999)
Cette année est difficile,
L'automne ne nous a rien promis,
Nous n'avons pas attendu les messagers
Et la sécheresse est telle qu'en elle-même : une terre souffrante
Et un ciel doré.
Que mon corps soit mon temple.
...À toi d'atteindre le pain de mon âme
Pour te connaître toi-même. Et je suis sans limites,
Si je le désire :
Avec un épi, j'agrandis mon champ.
Et j'élargis cet espace avec une tourterelle.
Que mon corps soit mon pays.
La sécheresse scrute le fleuve,
regarde les palmiers,
Mais elle ne remarque pas mon puits profond.
Et par toi je suis infini...
L'automne, le ciel est authentique.
Imagine-toi, ne serait-ce qu'une fois, femme,
Et tu verras ce que je vois.
Mon corps est mon maître.
La sécheresse est toujours là. Chaque fois
Qu'une idée tarit, fleurit le chœur
Des flatteurs : Que d'eau, que d'eau!
Qu'ai-je besoin de la prophétie ? Alors que les anges
Bons sont les hôtes du nuage des rêveurs ?
Qu'ai-je besoin de ton livre, quand ce qui est en toi est en moi ?
Mon corps éclôt dans mon corps.
Et la sécheresse fait ses adieux aux années maigres.
Il faudra une trêve dans la ville,
Des chèvres qui broutent l'herbe
Dans les livres des Babyloniens ou des autres
Pour que le ciel devienne authentique...
Éclaire donc de ton vin mon obscurité et mon sang
Et élis demeure avec moi dans mon corps !
Mahmoud Darwich - ("La terre nous est étroite et autres poèmes, 1966-1999" traduction d'Élias Sanbar* - Éditions Poésie-Gallimard, 2000)
* Élias Sanbar est un poète et écrivain palestinien, ami de Mahmoud Darwich.
Sur ce blog dans la catégorie PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) on trouvera en écho, le poème qui suit, de Mourid al-Barghouti (dans "La poésie palestinienne contemporaine" - choix des textes et traduction de Addellatif Laâbi - éditions Le temps des cerises et la Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 2002)
Exception
Tous parviennent à destination
le fleuve, le train
la voix, le navire
la lumière, les lettres
le télégramme de condoléances
l'invitation au dîner
la valise diplomatique
le vaisseau spatial
Tous parviennent à destination
sauf... mes pas vers mon pays
Mourid al-Barghouti
La date de ce message du 9 août 2008 a été modifiée pour la présentation sur le blog
300608
Poème du jour - 14 juillet 2008
L'été 68 (paroles et musique de Léo Ferré)
"L'été comme un enfant s'est installé
Sur mon dos
Et c'est très lourd à porter
Un enfant tout un été
Sans cigales
Avec des hiboux ensoleillés
Comme les enfants du mois de mai
Qui reviendront cet automne
Après l'été de mil sept cent quatre-vingt-neuf
Ça ira ça ira ça ira ..."
(Léo Ferré, disparu il y a 15 ans, le 14 juillet 1993)
L'été 68 a juste quarante berges, où nous n'avons jamais su aborder ...
140408
Poème du jour : 14 avril 2008 - Aimé Césaire / Soleil serpent
Aimé Césaire est vivant, pour preuve ce poème :
Soleil serpent
Soleil serpent œil fascinant mon œil
et la mer pouilleuse d'îles craquant aux doigts des roses
lance-flamme et mon corps intact de foudroyé
l'eau exhausse les carcasses de lumière perdues dans le couloir sans pompe
des tourbillons de glaçons auréolent le cœur fumant des corbeaux
nos cœurs
c'est la voix des foudres apprivoisées tournant sur leurs gonds de lézarde
transmission d'anolis au paysage de verres cassés
c'est les fleurs vampires à la relève des orchidées
élixir du feu central
feu juste feu manguier de nuit couvert d'abeilles
mon désir un hasard de tigres surpris aux soufres
mais l'éveil stanneux se dore des gisements enfantins
et mon corps de galet mangeant poisson mangeant
colombes et sommeils
le sucre du mot Brésil au fond du marécage.
Aimé Césaire ("Les Armes miraculeuses" - éditions Gallimard, 1946 et 1970).
Lieucommun a emprunté ce poème à l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, de Léopold Sédar Senghor (éditions Quadrige/PUF, 1948). Cet ouvrage est épuisé mais on le trouve d'occasion.
Voici un autre texte d'actualité, ajouté ce 21 avril, preuve supplémentaire s'il en fallait : "J'habite une blessure sacrée"...







