lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

011109

Chapouton - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Anne-Marie Chapouton -

Anne-Marie Chapouton (1939-2000) est une auteure de poésies, de contes, d'ouvrages pédagogiques et de romans pour les enfants et la jeunesse ("Poèmes petits", "1, 2, 3, comptines à compter", "La vache Amélie", " Méthode de lecture CP-CE1", etc).

On trouve aussi ce texte dans la catégorie PRINT POÈTES 2010 : LE FÉMININ EN POÉSIE :

La pluie

Gouttelette
rondelette
tombée
sur mon nez
piquelette
sur ma tête
voici mon amie
la pluie
chansonnette
doucelette
trottinant
chante la pluie
dans le vent.

Anne Marie Chapouton

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Il pleut

Il pleut
des feuilles jaunes
il pleut
des feuilles rouges

L’été va s’endormir
et l’hiver
va venir
sur la pointe
de ses souliers
gelés

Anne-Marie Chapouton ("Poèmes petits" - Delagrave, 1999) - poème remis dans sa forme d'origine : pas de ponctuation ni de majuscules.

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Deux poèmes dans deux recueils différents d'Anne-marie Chapouton, pour le même animal, la tortue :

Tortue  (sans titre, ce titre est proposé par le blog) 

Tortue, je t'observe.
Tu restes tapie
sous ta carapace,
puis, timidement,
tu sors ta tête.
Et tu attends
que les fruits mûrs
tombent tranquillement
sous l'arbre fruitier.
Tu es gourmande !
Le sais-tu, tortue ?

 

Anne-Marie Chapouton (Mon ABC en comptines - Père Castor - Flammarion, 1999)

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Quand on est tortue

Quand on est tortue,
On peut rentrer la tête
Sous sa carapace
Quand vient la pluie.

Alors on peut rêver
À l'abri,
Et repartir
À petits pas
Jusqu'à l'herbe prochaine
Qu'on atteindra
Ce soir...
Demain...
Ou même un peu plus tard...

Pas de problème
De retard !
Quand on est tortue,
On a toujours le temps
De vivre lentement !

Anne-Marie Chapouton ("Comptines pour les enfants bavards" - Père Castor, Flammarion)

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Rêve 4 (c'est sous ce titre qu'il apparaît dans le recueil, il y a 3 autres poèmes-rêves qui précèdent)

J'ai vu
trois châteaux
se promenant
lalaire
se promenant
dans les airs

puis je n'ai
plus rien vu
lalaire
plus rien vu
car ils étaient
redescendus

Anne-Marie Chapouton ("Poèmes petits" - Delagrave, 1999)



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Char - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- René Char -

René Char (1907-1988) est né à L'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse.
Poète français marqué par le surréalisme, il fut aussi un héros de la Résistance et un humaniste, engagé dans la vie sociale.
Voir ici une biographie et une bibliographie de René Char.

"Les enfants réalisent ce miracle adorable de demeurer des enfants et de voir par nos yeux."

René Char ("Feuillets d’Hypnos", "Fureur et Mystère" - Gallimard, 1962)

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Déclarer son nom
 
J'avais dix ans. La Sorgue m'enchâssait. Le soleil chantait les heures sur le sage cadran des eaux. L'insouciance et la douleur avaient scellé le coq de fer sur le toit des maisons et se supportaient ensemble. Mais quelle roue dans le coeur de l'enfant aux aguets tournait plus fort, tournait plus vite que celle du moulin dans son incendie blanc ?

René Char (Flammarion (collection " Champs "n°83, novembre 1959) - "Au-dessus du vent, 1958-1960" dans "La parole en archipel" Gallimard, 1963 - et "Les matinaux suivi de la parole en archipel", Poésie/Gallimard, 1969)

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Le Thor
 
Dans le sentier aux herbes engourdies où nous nous étonnions, enfants, que la nuit se risquât à passer, les guêpes n’allaient plus aux ronces et les oiseaux aux branches. L'air ouvrait aux hôtes de la matinée sa turbulente immensité. Ce n'étaient que filaments d'ailes, tentation de crier, voltige entre lumière et transparence. Le Thor s'exaltait sur la lyre de ses pierres. Le mont Ventoux, miroir des aigles, était en vue. Dans le sentier aux herbes engourdies, la chimère d'un âge perdu souriait à nos jeunes larmes.

René Char (recueil de 1940 : "Les Loyaux adversaires" - inclus dans "Fureur et Mystère" - Gallimard, 1962 et La Pléiade,Gallimard, 1983 - aussi aux éditions Flammarion, 1967 et en Poésie/Gallimard, 1975)

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Compagnie de l'écolière

Je sais bien que les chemins marchent
Plus vite que les écoliers,
Attelés à leur cartable,
Roulant dans la glu des fumées
Où l'automne perd le souffle,
Jamais douce à vos sujets,
Est-ce vous que j'ai vu sourire ?
Ma fille, ma fille, je tremble,
 
N'aviez-vous donc pas méfiance
 De ce vagabond étranger,
Quand il enleva sa casquette
Pour vous demander son chemin ?
Vous n'avez pas paru surprise.
Vous vous êtes abordés
Comme coquelicot et blé.
Ma fille, ma fille, je tremble.
 
La fleur qu'il tient entre les dents,
Il pourrait la laisser tomber.
S'il consent à donner son nom,
A rendre l'épave à ses vagues.
Ensuite quelque aveu maudit
Qui hanterait votre sommeil
Parmi les ajoncs de son sang.
Ma fille, ma fille, je tremble.
 
Quand ce jeune homme s'éloigna,
Le soir mura votre visage.
Quand ce jeune homme s'éloigna,
Dos voûté, front bas, et mains vides,
Sous les osiers vous étiez grave,
Vous ne l'aviez jamais été.
Vous rendra-t-il votre beauté ?
Ma fille, ma fille, je tremble.
 
La fleur qu'il gardait à la bouche,
Savez-vous ce qu'elle cachait,
Père, un mal pur bordé de mouches,
Je l'ai voilé de ma pitié.
Mais ses yeux tenaient la promesse
Que je me suis faite à moi-même.
Je suis folle je suis nouvelle,
C'est vous, mon père, qui changez.

René Char (recueil "Placard pour un Chemin des Écoliers", GLM, 1937 - et en CD audio dans : "La Fiancée bleue" et "Lettera amorosa" André Velter et René Char ;  Poésies croisées et guitare : voix d'Alain Carré et guitare de Frédéric Vérité)

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Jouvence des Névons

Dans le parc des Névons
Ceinturé de prairies,
Un ruisseau, sans talus,
Un enfant sans ami
Nuancent leur tristesse
Et vivent mieux ainsi.
Dans le parc des Névons
Un rebelle s'est joint
Au ruisseau, à l'enfant,
A leur mirage enfin.
Dans le parc des Névons
Mortel serait l'été
Sans la voix d'un grillon
Qui, par instant, se tait.

René Char (recueil "Les matinaux", Gallimard, 1950 - et "Les matinaux suivi de la parole en archipel", Poésie/Gallimard, 1969)

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L'adolescent souffleté

Les mêmes coups qui l'envoyaient au sol le lançaient en même temps loin devant sa vie, vers les futures années où, quand il saignerait, ce ne serait plus à cause de l'iniquité d'un seul. Tel l'arbuste que réconfortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son fût résistant, il descendait ensuite à reculons dans le mutisme de ce savoir et dans son innocence. Enfin il s'échappait, s'enfuyait et devenait souverainement heureux. Il atteignait la prairie et la barrière des ro­seaux dont il cajolait la vase et percevait le sec frémissement. Il semblait que ce que la terre avait produit de plus noble et de plus persévérant l'avait, en compen­sation, adopté.
Il recommencerait ainsi jusqu'au moment où, la nécessité de rompre disparue, il se tiendrait droit et attentif parmi les hommes, à la fois plus vulnérable et plus fort.

René Char (recueil "Les matinaux", Gallimard, 1950 - et "Les matinaux suivi de la parole en archipel", Poésie/Gallimard, 1969)

  • Les extraits ci-dessus ont été empruntés au site de l'ICEM (Pédagogie Freinet), à cette adresse : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/3354 - On les retrouvera dans la BT2 n° 127, Mars 1981, publication de l'ICEM - *BT signifie Bibliothèque de Travail. Cette publication coopérative, œuvre commune donc d'enseignants et d'élèves, est une ressource destinée aux élèves et à leurs enseignants. Elle comporte de nombreux ouvrages et s'adresse à plusieurs niveaux scolaires, BT, BTJ ... (ici BT2 pour le Collège et le Lycée).


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Chevallier, Clair, Clancier - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Marie Chevallier -

Marie Chevallier est née en 1926. Elle a créé la revue Cahiers de poésie et de poétique ibérique et ibéro-américaine et publié de nombreux recueils de poèmes (Le Reste du temps,1976, La Part du feu,1981, Pour une même gerbe, 1990, Au plein air de la vie brève, 2001).

Insouciance (passage au début du poème)
....

Dans la lune je vois une
araignée éberluée :
l'étoile vient de filer.

Le mille-patte a des souliers,
tous ses souliers sont troués.

Mais l'étoile et l'araignée
lui fileront cache-nez
autant que de cache-pieds,
il ne va pas s'enrhumer.
....

Marie Chevallier (source : site du printemps des Poètes)



- Andrée Clair -

Andrée Clair est née en 1916. Elle a voyagé et vécu longtemps en Afrique.

Ces poèmes pour les enfants nous font justement entrer dans l'imaginaire de l'enfance. Ils sont présents dans la catégorie PRINT POÈTES 2010 : LE FÉMININ EN POÉSIE :

ABRACADABRA

ABRACADABRA s'exclame l'ara
ABRACADABRANT, barrit l'éléphant
ABRACADABRÉ
*, chante l'araignée
ABRACADABRI, bêle le cabri
ABRACADABRO, flûte le crapaud
ABRACADABRU conclut l'urubu

Andrée Clair - * l'accent est indispensable , lieucommun milite pour la sauvegarde des majuscules accentuées

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Le hérisson et l'oursin

Le hérisson
s'en est allé à la mer
pour se baigner.
Il a rencontré son cousin
l'oursin.
Ils se sont jetés
dans les piquants l'un de l'autre
les deux petits cousins
ils se sont bien embrassés
et piquants dessus
piquants dessous
ils sont partis se baigner
dans la Méditerranée.

Andrée Clair

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Le perce-oreilles

Le tout petit perce-oreilles
ne perce pas du tout
nos oreilles

mais il perce
tous nos secrets

méfiez-vous du perce-oreilles

Andrée Clair

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Le kangourou

Le kangourou

n'a pas les yeux dans sa poche

 du reste
le kangourou
n'a pas froid aux yeux

alors pourquoi
les mettrait-il
dans sa poche
ses yeux ?

Andrée Clair



- Georges-Emmanuel Clancier -

Georges-Emmanuel Clancier, né en 1914, est un écrivain romancier, poète, critique littéraire, journaliste (presse écrite et radio).
Son grand roman en plusieurs tomes, Le pain noir (éditions Robert Laffont, à partir de 1956), qui raconte l'histoire de sa famille maternelle (on parlerait aujourd'hui d'une saga familiale), est son œuvre la plus connue. Il a été porté à l'écran pour la télévision.
On trouve Le pain noir en livre de poche (éditions J'ai Lu).
Le dernier recueil de poésies en date de Georges-Emmanuel Clancier est Terres de mémoire, paru en 2003, et dont un passage est proposé plus bas. Ci-dessous un des extraits de Peut-être une demeure (1972).

Le roi de l’île

Le roi de l’île
Est-ce un raisin
Est-ce un poisson
Est-ce un nuage ?

Le roi de l’île
Est-ce un caillou
Est-ce un marin
Est-ce un soleil ?

Le roi de l’île
Est-ce un pied nu
Est-ce un  navire
Est-ce un silence ?

Le roi de l’île
Est-ce l’été 
Est-ce le chant
Est-ce l’amour ?

Le roi de l’île
Serait-ce lui
Serait-ce toi
Serait-ce moi ?

Georges-Emmanuel Clancier ("Poèmes en chansons" - publication phonogram Philips Livre-disque 33 tours, 1976 ; texte mis en musique et chanté par Max Rongier)



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Charpentreau - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Jacques Charpentreau -

Jacques Charpentreau (né en 1928), est un poète français. Il est l'auteur d'anthologies, aux éditions Ouvrières, qui ont fait connaître beaucoup de poètes pour la jeunesse, et il a publié de nombreux recueils. Quelques-unes de ses poésies sont présentes sur le blog. 

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Dans son recueil "Poèmes pour peigner la girafe",  Jacques Charpentreau présente avec fantaisie et humour des poèmes  à base d'expressions communes.  Il y en a 20 en tout dans ce beau livre grand format illustré par Florence Koenig. En voici quelques uns.

Les beaux métiers (expression : peigner la girafe*)

Certains veulent être marins,
D'autres ramasseurs de bruyère,
Explorateurs de souterrains,
Perceurs de trous dans le gruyère,

Cosmonautes, ou, pourquoi pas,
Goûteurs de tartes à la crème,
De chocolat et de babas :
Les beaux métiers sont ceux qu'on aime.

L'un veut nourrir un petit faon,
Apprendre aux singes l'orthographe,
Un autre bercer l'éléphant...
Moi, je veux peigner la girafe !

* voir "geigner la pirafe", poème de Luc Bérimont, page 1 de cette catégorie "ENFANCES"

Jacques Charpentreau ("Poèmes pour peigner la girafe" - Éditions Gautier-Languereau, 1996)

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La chevauchée (expression : monter sur ses grands chevaux)

Certains, quand ils sont en colère,
Crient, trépignent, cassent des verres...
Moi, je n'ai pas tous ces défauts :
Je monte sur mes grands chevaux.

Et je galope, et je voltige,
Bride abattue, jusqu'au vertige
Des étincelles sous leurs fers,
Mes chevaux vont un train d'enfer.

Je parcours ainsi l'univers,
Monts, forêts, campagnes, déserts...
Quand mes chevaux sont fatigués,
Je rentre à l'écurie calmé.

Jacques Charpentreau ("Poèmes pour peigner la girafe" - Éditions Gautier-Languereau, 1996)

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La clé des champs (expression : prendre la clé des champs)

On a perdu la clé des champs!
Les arbres, libres, se promènent,
Le chêne marche en trébuchant,
Le sapin boit à la fontaine.

Les buissons jouent à chat perché,
Les vaches dans les airs s'envolent,
La rivière monte au clocher
Et les collines cabriolent.

J'ai retrouvé la clé des champs
Volée par la pie qui jacasse.
Et ce soir au soleil couchant
J'aurai tout remis à sa place.

Jacques Charpentreau ("Poèmes pour peigner la girafe" - Éditions Gautier-Languereau, 1996)

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La lessive (expression : laver son linge sale en famille)

Chaque semaine, mes parents,
Cinq tantes, dix oncles, vingt nièces,
Cent cousins, des petits, des grands,
Se pressent dans la même pièce.

Dans la machine, ils introduisent
Mille corsages et chemises,
Cent mille slips et pyjamas,
Un million de paires de draps.

Nylon, dentelles ou guenilles,
Chaque semaine nous avons
Cette habitude : nous lavons
Notre linge sale en famille.

Jacques Charpentreau ("Poèmes pour peigner la girafe" - Éditions Gautier-Languereau, 1996)

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L'île des rêves (expression : nager dans ses vêtements)

Il a mis le veston du père,
Les chaussures de la maman
Et le pantalon du grand frère
Il nage dans ses vêtements.

Il nage, il nage à perdre haleine.
Il croise des poissons volants,
Des thons, des dauphins, des baleines...
Que de monde, dans l'océan!

Écume blanche et coquillages,
Il nage depuis si longtemps
Qu'il aborde enfin au rivage
Du pays des rêves d'enfants.

Jacques Charpentreau ("Poèmes pour peigner la girafe" - Éditions Gautier-Languereau, 1996)

logo_cr_ation_po_tique Avec les expressions populaires :

On cherchera toutes les expressions populaires imagées possibles (dictionnaires, recueils). À l'exemple de Jacques Charpentreau, mais sans livrer aux élèves tout l'éventail poétique (le livre sera intéressant à présenter après coup), on construira une poésie, racontant une petite histoire si possible tordue.
Expressions imagées : rire sous cape, manger au lance-pierres, sauter un repas, dévorer un livre, dormir debout, le silence est d'or (la parole est d'argent, mais...), tomber des nues ...

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La réunion de famille

Ma tante Agathe
Vient des Carpates
À quatre pattes

Mon oncle André
Vient de Niamey
À cloche-pied

Mon frère Tchou
Vient de Moscou
Sur les genoux

Ma sœur Loulou
Vient de Padoue
À pas de loup

Grand-mère Ursule
Vient d’Ashtabule
Sur les rotules
Grand-père Armand
Vient de Ceylan
En sautillant

Ma nièce Ada
Vient de Java
À petits pas

Mon neveu Jean
Vient d’Abidjan
Clopin-clopant

Oncle Firmin
Vient de Pékin
Sur les deux mains

Mais tante Henriette
Vient à la fête
En bicyclette

Jacques Charpentreau (dans son anthologie "La nouvelle Guirlande de Julie"- éditions Ouvrières,1976)

logo_cr_ation_po_tique Avec les prénoms:

En s'inspirant du poème ci-dessus, associer les prénoms de la classe à des noms de lieux (villes, pays) connus des élèves, à diverses activités ou occupations, ou encore comme dans l'exemple 3, imaginer un texte sur un thème (cadeaux, collections ...) 

Exemple 1 :

Mes projets de voyage 

Je partirai au Sahara sur mon chameau* avec Emma
Je visiterai l'Australie en kangourou avec Lucie,
etc.
* D'accord,  il n'y a pas de chameaux mais des dromadaires au Sahara, mais bon, pour une fois ...

Exemple 2 :

Le métier de mes amis

Dimitri découpe les confettis
Mariam tricote des bananes
etc.

Exemple 3 :

Le Père Noël bizarre
(bien entendu, c'est lui qui raconte)

J'ai cueilli des radis pour Annie
des rideaux et des radeaux pour Anna

J'ai trouvé un pantin persan pour Marie
un tapis percé pour Myriam.

J'ai acheté un lapin de Noël pour Ali
un sapin de soleil pour Célia

J'ai cherché les étoiles pour des prunes
mais j'ai décroché la lune
pour toi ...

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Le laveur de carreaux

Suspendu comme une araignée
Au bout de son fil argenté
Le laveur de carreaux descend
Du haut de la tour. En passant,
Il dit bonjour aux habitants :

30 Le monsieur du trentième étage
Qui ne mange que du fromage.

29 Celui de l’étage au-dessous
Qui n'aime que la soupe aux choux.

28 Les gens qui viennent de Pluton
Et marchent les pieds au plafond

27 Le baryton de l’opéra
Qui se fait des oeufs sur le plat.

26 Ceux qui ont semé du gazon
Pour rendre plus gai leur béton.

25 Ceux qui élèvent des lapins
Sur l’herbe d’un salon de jardin.

24 Ceux qui ont mis dans leur baignoire
Un bébé phoque blanc et noir.

23 Le chat qui vit seul, noir et blanc,
(Il a dû louer l’appartement).

22 Le vieil Auvergnat à moustaches
Qui che regarde dans la glache.

21 Le militaire en permission
Qui compte ses décorations.

20 La foule du vingtième étage
C'est la réception d'un mariage.

19 La receveuse de la poste
Qui ne grignote que des toasts.

18 L’académicien nostalgique
Qui s'amuse au train électrique.

17 L'élève de Napoléon
Qui range ses soldats de plomb.

16 Le collectionneur de timbales
Qui joue du violon à pédales.

15 Un abbé qui fait du trapèze
Sur un bâton entre deux chaises.

14 L’amateur de scie musicale
Qui coupe l’Internationale

13 Le passionné d’exploration
Qui chasse le tigre au salon

12 Deux bustes de marbre au nez grec
Qui contemplent un jeu d’échecs.

11Un athlète en maillot de corps
Qui s'est allongé et qui dort .

10 La dame du dixième étage
Qui garde un sapajou en cage.

9 Plus bas une belle famille
Les parents et quatorze filles.

8 Des campeurs chantant à mi-voix
En rond autour d’un feu de bois


7 Un grand polytechnicien morne
Qui ne porte que son bicorne.

6 Un peu plus bas un éléphant
Prisonnier dans l’appartement.

5 Un couple se bat au cinquième
À coup de tartes à la crème.

4 La petite fille aux yeux bleus
Qui a les yeux verts quand il pleut.

3 La jeune fille du piano,
Qui se tricote un allegro.

2 La dentiste qui vient d’extraire
Une redoutable molaire.

1 Le petit garçon du premier
Qui fourre ses doigts dans son nez.

0 Tout est vide au rez-de-chaussée
La concierge est dans l’escalier.

On voit les secrets de la ville
Quand on descend au bout d’un fil.

Jacques Charpentreau ("La ville enchantée" - éditions de l'École, 1976)

logo_cr_ation_po_tique Poèmes à la manière de "Le Laveur de carreaux" 

La structure répétitive de ce texte découpé en paires de vers rimés suscite des expériences intéressantes. Par exemple ici :
http://alain.digiovanni.free.fr/print1.htm

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Le batteur-mixeur

Mixe mixe rage
pour faire du fromage

Mixe mixe à l'aise
pour la mayonnaise

Mixe mixe au net
pour la vinaigrette

Mixe mixe reine
pour faire de la crème

Mixe mixe tout
pour la pâte à choux

Mais pour faire une omelette
je la bats à la fourchette.

Jacques Charpentreau ("La ville enchantée" - éditions de l'École, 1976) - Ce texte, récité, existe aussi en livret-CD ("Poèmes de la ville enchantée Vol 1" - Benjamins Media, 2000) avec d'autres poèmes de l'auteur.

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La soupe de la sorcière

Dans son chaudron la sorcière
Avait mis quatre vipères
Quatre crapauds pustuleux
Quatre poils de barbe-bleue
Quatre rats, quatre souris
Quatre cruches d’eau croupies
Pour donner un peu de goût
Elle ajouta quatre clous

Sur le feu pendant quatre heures
Ça chauffait dans la vapeur
Elle tourne sa tambouille
Et touille et touille et ratatouille
Quand on put passer à table
Hélas c’était immangeable
La sorcière par malheur
Avait oublié le beurre

Jacques Charpentreau

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Une poésie-comptine avec les notes de la gamme (voir aussi plus haut les COMPTINES)

Au bois de Panama

Chaque jour à midi,
do, ré, mi,
Au bois de Panama
ré, mi, fa,
En sortant de l'école,
mi, fa, sol,
Sur un grand acacia,
fa, sol, la,
Sans cesse et sans souci,
sol, la, si,
Chante un petit oiseau,
do, ré, mi, fa, sol, la, si, do !

Jacques Charpentreau ("Poésie en jeu" - éditions Ouvrières, 1981)

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Panne d'imagination

Que voulez-vous que je vous dise ?
Moi, je ne sais pas inventer.
Je vous propose, sans surprise,
Quelques vieilles banalités:
L'arbre à chansons qui chaque été
Fredonne pour vous dans la brise,
L'auto à vent, l'avion à thé,
Le stylo spécial pour dictées
Qui sait écrire sans sottises
(Ou cent sottises entêtées),
Le sèche-océan breveté
Pour vous baigner à votre guise
(L'eau sèche est bonne à la santé),
La chaise en noyaux de cerises,
La Tour Eiffel à tricoter,
Le chauffage de la banquise,
Le prie-dieu pour Mont-de-Piété,
Un manège à chevaux de frise,
Du beurre à l'électricité,
Le soleil couchant en chemise,
La bicyclette à barboter,
Un diplôme de gourmandise,
Le cordonnier du Chat botté,
La bouée chantante de Venise...
Moi, je ne sais pas inventer.

Que voulez-vous que je vous dise ?
Moi, je ne sais pas raconter,
Au lieu d'écrire des sottises,
Je dis ce que j'ai constaté,
Car il suffit de regarder:
Le kangourou prend sa valise,
Sa pipe, sa corde à sauter,
Il part pour l'Université
Apprendre à parler le kirghize,
Ca peut servir en société
Autant qu'un bon piano-forte.
Il rencontre près de l'église
Une puce bien cravatée
Qui lui déclare : Je t'avise
Que je bondis, en vérité,
Plus haut que toi et ta valise.
Quand le kangourou, irrité,
Sauta comme un furieux en crise,
La puce, avec vivacité
Sur son bout de nez s'étant mise,
N'eut pas de mal à ressauter
Plus haut que lui. Quelle suprise !
Mais vois, vous l'aviez deviné,
Que voulez-vous que je vous dise ?
Moi, je ne sais pas inventer.

Jacques Charpentreau (autre anthologie : "La poésie comme elle s'écrit" - éditions Ouvrières, 1979)

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Le mille-pattes

Chez le plus grand chausseur se fournit le mille-pattes,
Un excellent client : cinq cent paires de souliers,
Des blancs, des bleus, des noirs, des chaussures disparates.
Hélas il n'a pas pu en trouver pour tous ses pieds,
Car il restait quatre cent quatre-ving-dix-neuf paires.
En allant chez sa belle, il pleure et se désespère,
Le mille-pattes qui boite, boite, boite, boite ...

Jacques Charpentreau ("La poésie dans tous ses états" - éditions Ouvrières, 1984)

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La mer s'est retirée

La mer s’est retirée,
Qui la ramènera ?
La mer s’est démontée,
Qui l’a remontera ?
La mer s’est emportée,
Qui la rapportera ?
La mer est déchaînée,
Qui la rattachera ?
Un enfant qui joue sur la plage
Avec un collier de coquillages.

Jacques Charpentreau (encore une anthologie : "Poèmes d'aujourd'hui pour les enfants de maintenant" - éditions Ouvrières, 1958)

logo_cr_ation_po_tique À la manière de "La mer s'est retirée, qui..." :
Des productions d'élèves ici à partir de ce poème et d'autres poèmes (copier-coller l'adresse):

http://www.ac-nancy-metz.fr/petitspoetes/HTML/SALLESDEJEUX/JEUALAMA.html

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Suppositions

Si la Tour Eiffel montait
Moins haut le bout de son nez,
Si l'Arc de Triomphe était
Un peu moins lourd à porter,
Si l'Opéra se pliait,
Si la Seine se roulait,
Si les ponts se dégonflaient,
Si tous les gens se tassaient
Un peu plus dans le métro,
Si l'on retirait des rues
Les guéridons des bistrots,
Les obèses, les ventrus,
Les porteurs de grands chapeaux,
Si l'on ôtait les autos,
Si l'on rasait les barbus,
Si l'on comptait les kilos
À deux cents grammes pas plus,
Si Montmartre se tassait,
Si les trop gros maigrissaient,
Si les tours rapetissaient,
Si le Louvre s'envolait,
Si l'on rentrait les oreilles,
Avec des SI on mettrait
Paris dans une bouteille.

Jacques Charpentreau ("Mots et merveilles" - Éditions SGPP, 1981)

logo_cr_ation_po_tique À la manière de "Si la Tour Eiffel..." :
Beaucoup d'autres poèmes sont construits sur ce modèle, voir le sommaire. Des exemples de création poétique à partir de ce texte ici, dans une classe de 5e (fichier pdf, copier-coller l'adresse) :

http://www.ac-nice.fr/college-dufy/file/DOC_FORMULAIRES/Printemps_poetes_08.pdf

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Dans son recueil "POÉSIE EN JEU", Jacques Charpentreau propose différents types de textes poétiques. On trouvera déjà plus haut dans cette catégorie, au paragrahe "JEUX", d'autres amusements littéraires et poétiques de divers auteurs.

- Devinettes - (réponses en lecture inversée)

Devinette 1

J'ai des dents, mais ne mange rien
J'ai dos, manche, et n'ai pas d'habit.
Je tiens, je pique, je conduis,
En bas, en haut, je vais, je viens.
Qui suis-je ?

réponse (ettehcruof al)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Devinette 2

Je passe
J'efface
La trace
Je recrée
L'espace
Qui suis-je ?

réponse (emmog al)

Jacques Charpentreau ("Poésie en jeu" - éditions Ouvrières, 1981)

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- Acrostiche - 

Prénom

Je viens de perdre mon prénom
Au bord d'une page nouvelle,
Ce plaisantin, ce vagabond
Qui se sauve quand je l'appelle.
Un lecteur peut-il le chercher
Et me dire où il s'est caché ?
Saurez-vous me le retrouver ?

Jacques Charpentreau ("Poésie en jeu" - éditions Ouvrières, 1981)

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- Jeux de mots -

Le blé

Au plus fort de l'été,
Dans la chaleur de midi,
J'épie,
Disait le blé.

Le fermier
L'estima
Coupable.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

L'épouvantail

L'épouvantail
Se levant tôt
Met son chandail
Dans les champs d'aulx*.

* Un ail > des aulx

Jacques Charpentreau ("Poésie en jeu" - éditions Ouvrières, 1981)



Posté par de passage à 22:50 - PP 2012 : L'ENFANCE en français - Permalien [#]

Chazal (Malcolm de) - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Malcolm de Chazal -

Malcolm de Chazal (1902-1981), écrivain, essayiste, poète surréaliste et peintre, a vécu sur l'Île Maurice où il est né.
Les poèmes en forme d'aphorismes du recueil "Sens magique", sont de courts textes imagés et surréalistes. En voici un aperçu  :

“La femme nous rend poète, l'enfant nous rend philosophe.”
Malcolm de Chazal

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La vitre (titre proposé)

La vitre
Ne sait
Par
Quel côté
Se regarder
Pour se reconnaître.

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L'eau (titre proposé)

L'eau dit à la vague :
"Tu me bois.
-Comment le pourrais-je ?
Reprit la vague,
Je suis ta bouche."

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L'auto (titre proposé)

L'auto
N'atteindra
Jamais
La vitesse
de la route.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Les animaux (titre proposé)

Tous les animaux

Sourient
Quand
Ils boivent.

Malcolm de Chazal ("Sens magique" 1957 - dans Oeuvres, tome 14, éditions Léo Scheer, 2004)



Posté par de passage à 22:45 - PP 2012 : L'ENFANCE en français - Permalien [#]

Chedid - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

livres_Chedid_enfants

- Andrée Chedid -

Andrée Chedid ( prononcer "chédid" mais pas d'accent écrit sur le "e"")  est une poétesse française aux racines multiples. 
Née en 1920 en Égypte (Le Caire) de parents libanais, elle vit au Liban de 1942 à 1946 puis vient s'installer en France (où elle avait séjourné enfant) et adopte la nationalité française.  Elle a disparu en février 2011. Le printemps des Poètes 2010 ("couleur femme" lui était dédié.
Auteure de nombreux romans, récits, pièces de théâtre, recueils de poésies, ainsi que des contes et comptines pour les enfants, elle écrit aussi des textes de chansons pour son petit-fils Matthieu Chedid ("M"), le fils de Louis Chedid.

 

"Toi
Qui que tu sois
Je te suis bien plus proche qu'étranger".

(derniers vers du poème TOI-MOI" - "Visage premier, Flammarion, 1972)

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Sur le thème "Enfances", ce texte fort :

Regarder l'enfance

Jusqu’au bord de ta vie
Tu porteras ton enfance
Ses fables et ses larmes
Ses grelots et ses pleurs
Tout au long de tes jours
Te précède ton enfance
Entravant ta marche

Ou te frayant chemin

 

Andrée Chedid ("Épreuves du vivant" - éditions Flammarion, 1983)

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Sur ce blog, on trouve un autre choix de textes d'Andrée Chedid ici, pour le Printemps des Poètes 2010 :

http://lieucommun.canalblog.com/archives/_print_poetes_2010___andree_chedid/index.html

Le rire

Le rire
Pour rire
Quitta les hommes
Ce fut navrant
Fallait voir comme
Mais le rire
Bonhomme
Regagna son "home"
Riant riant
De voir comment
Un homme sans rire
N'est plus un homme

Andrée Chedid ("Le Cœur et le temps" - éditions de l'École des Loisirs, 1976) - et sur le site du Printemps des Poètes

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 

L’anniversaire

J’ai neuf ans
Salut les vétérans !
J’aime l’élan
Mais pas les caïmans

J’ai neuf ans
Salut les descendants ! 
J’aime Laurent
Un peu plus que maman

Andrée Chedid

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Le caillou

Le caillou
Passe-partout
Sans froufrou
Sans bagout
Est jaloux, très jaloux
De Nicéphore, le Pou
Ce casse-cou
Vent-debout
Qui court le guilledou !

Andrée Chedid ("Le Cœur et le temps" - éditions de l'École des Loisirs, 1976)

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La cervelle de papa

La sardine a des arêtes,
Papa n'en a pas !

Papa, lui, a un squelette,
Que la sardine n'a pas !

La machine a des ailes,
Papa n'en a pas !

Papa, lui, a de la cervelle,
Il dit que la machine, pas !

Andrée Chedid ("Fêtes et lubies" - éditions Guy Levis et l'École des Loisirs, chanterimes, 1979)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -   

Histoire de cou

Un jour, le kangourou
Se fit gourou
Pour se monter le cou
Et la girafe
Dut faire gaffe
De peur de tomber
En carafe !

Andrée Chedid

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La fringale

Holà ! Holà !
Tous, garez-vous !
Les durs les doux
Les secs les mous
Holà ! Holà !
Je donne le signal :
Voilà que Dame Noix
A sa FRINGALE !

Les petits gâteaux
Font le gros dos
Les Cochonailles
De peur, défaillent
Les Confitures
Se claquemurent
Tous les Anchois
Sont aux abois

Mais rien rien Rien
Ne résistera
À la FRINGALE
De Dame Noix !

Andrée Chedid ("Le Cœur et le temps" - éditions de l'École des Loisirs, 1976)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -         

La fourmi et la cigale

"Fini, fini !"
Dit la fourmi.
"Au diable la parcimonie ! Dès aujourd’hui
Je convie
Toutes cigales affranchies
A me chanter leurs mélodies,
Et nous fêterons, en compagnie,
La vie qui bouge,
La vie qui fuit !"

"Holà, holà !"
Fit la cigale
Poussant un cri très vertical.
"Pour moi, adieu le carnaval !
L’hiver, l’hiver m’a tant appris,
Et le souci tant rétrécie,
Que j’ai rangé toutes mes rêveries
Pour m’établir
En Bourgeoisie !"

Andrée Chedid

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -         

L'éponge

Une éponge
Songe
Songe
Songe aux songes
D'une éponge
Qui songe

Andrée Chedid ("Fêtes et lubies" - éditions Guy Levis et l'École des Loisirs, chanterimes, 1979)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -   

Chedid_image_ch_vre

illustration du poème dans l'ouvrage "101 poèmes pour les petits"

La chèvre magique

La chèvre magique
A des tiques
Dans l'oreille gauche
Dans l'oreille droite
Et tic et tac
Et gratte et gratte
La chèvre magique
Se détraque

Andrée Chedid ("Lubies" - GLM, 1962  et "101 poèmes pour les petits" - Bayard Jeunesse, 2002)

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L'onomatopée

Lolo, nono,
Mama, topée !
C'est pas possible
A prononcer !

Glou-glou, tic-tac
Do-do, pé-pé,
Tout ça
C''est de l'O
NOMATOPÉE !

Lolo, nono
Mama, topée !
Un mot
A vous rendre toqué !

Cui-cui, chut-chut
Boum-Boum, yé-yé
Voilà des O
NOMATOPÉE ! *

Lolo, nono
Mama, topée!
Pourquoi vouloir
Tout compliquer !

    [* écrit sans S]

Andrée Chedid    [* écrit sans S]

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Éloge de l'Accent

"Aigu
Grave
Ou circonflexe
Avec zèle
J’annexe
Par kyrielles
Les Voyelles !

A E I O U, mes Belles !
Je vous suis providentiel !
 
Je vous coiffe à tire-d’aile
Je vous gèle
Je vous flagelle
Je vous grêle
Je vous ombrelle !

U O I E A, Agnelles!
Rendez-vous à mes appels ! 
   
Aigu
Grave
Ou circonflexe
Je le répète sans complexe :
C’est l’Accent
Qui fait le Texte !

* La dernière strophe est absente de l'édition "Étonnants Classiques" Garnier-Flammarion 1996.

Andrée Chedid ("Fêtes et lubies" - éditions Flammarion - 1973 et 1996)

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Sur le thème du Printemps 2012, "ENFANCES", un texte plus difficile et profond  :

Brève invitée

Ma lande mon enfant ma bruyère
Ma réelle mon flocon mon genêt,
Je te regarde demain t’emporte 
Où je ne saurais aller.

Ma bleue mon avril ma filante
Ma vie s'éloigne à reculons,
A toi les oiseaux et la lampe
A toi les torches et le vent.

Mon cygne mon amande ma vermeille
A toi l'impossible que j'aimais
A toi la vie, sel et soleil,
A toi, brève invitée.

Andrée Chedid ("Seul le visage", 1960 - repris dans "Textes pour un poème - 1949-1970 " - éditions Flammarion, 1987)  

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Ce dernier texte est la contribution d'Andrée Chedid à la dénonciation de la violence et de la guerre qui touche même les enfants

L’enfant est mort

L’enfant est mort

Le village s’est vidé
de tous ses combattants

Rivé à sa mitraillette
dont les rafales de feu
viennent d’achever l’enfant
L’ennemi tremble d’effroi
à l’abri d’un vieux mur

Tout est propre autour:
le ciel
la mer
l’été rieur
les pins

L’ennemi
a lancé au loin
par-delà les collines
ses vêtements et son arme
son histoire et ses lois

Pour se coucher en pleurs
à deux pas d’une fontaine
sous l’ombre d’un oranger

Près du corps de l’enfant.

Andrée Chedid (dans "Poème pour un texte (1970 - 1991)", dans "Au cœur du cœur", Librio, 2010 et dans l'anthologie " On n'aime guère que la paix" - Jean-Marie Henry - Alain Serres et Nathalie Novi - éditions Rue du Monde)



Posté par de passage à 22:42 - PP 2012 : L'ENFANCE en français - Permalien [#]

Claudel, Clausard - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Paul Claudel -

Paul Claudel(1868-1955) est connu pour ses pièces de théâtre ("Le soulier de satin") et son oeuvre poétique, marquée par sa foi catholique. Il a été aussi diplomate.

On trouvera ci-dessous quelques textes moins attendus.

La maison du marchand de sable (extrait)

Petit bout, le monde est parti.
On a roulé les tapis.

Moi aussi, parti, hélas !
Mais je sais ce qui se passe.

J'ai dans l'oreille un cricri
Qui me conte ce qu'on lui dit.

J'ai vendu au marchand de sable
Ce château considérable.

On a fermé les volets.
Entrez, Madame ! s'il vous plaît !

Entrez, Madame la souris !
Serviteur, Monsieur le rat gris !

Grigna grigno grigna gris !
Il fait bon, il fait noir et gris.

Personne pour nous déranger.
Allons voir le garde-manger.

On m'a parlé d'une tartine
Là-dedans qui se ratatine.

La lune coule un oeil d'or
À travers le corridor.

Il y a un bonhomme gris
Qui taquine le rat gris.

[...]

Dans sa boutique l'araignée
Tourne son moulin à café.

Quelqu'un tire la sonnette.
Bonjour donc, Mam'zelle Annette !

Ma robe est trouée par derrière.
C'est-i vous la couturière ?

Si vous me la raccomodez,
Aussitôt je vous paierai,

Je vous réglerai la note
Avec une petite crotte.

[...]

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Paul Claudel a été en poste d'ambassadeur au Japon de 1921 à 1927. Les  courts poèmes qui suivent s'apparentent à des haïkus ou des tankas japonais. Certains se retrouvent dans le recueil Dodoitzu et l’escargot alpiniste (Gallimard, 1945), réédité en 2005 sous ce même titre dans la collection Enfance en Poésie (Gallimard).
Ceux-ci ont été empruntés à l'adresse (fichier PDF) :
http://dspace.wul.waseda.ac.jp/dspace/bitstream/2065/493/11/Honbun-3749-09.pdf

Obscurité

Votre voix, je l’entends bien ; mais
Votre silhouette, je ne la vois :
Vous êtes comme dans un trou
Le grillon !

- - - - - - - - - - - - - - -

Coucou

On vous entend bien
Vous voir pas moyen
Ainsi dans son trou
Le grillon
Coucou !

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Ma figure dans le puits

Pas moyen que je me l’ôte
Ma figure dans le puits
Pas moyen que je me l’ôte
Et que j’en mette une autre
Et si l’on me trouve jolie
Tant pis ! c’est pas ma faute !

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

livre_Claudel_escargotTénacité

Escargot,
Tout doux, tout doux, va, monte
Le Fuji !

L’escargot alpiniste

L’escargot à l’escalade
Sac au dos s’est mis en campagne
L’escargot à l’escalade
Va digérer la montagne !

Paul Claudel ("Dodoitzu et l’escargot alpiniste", 1945 et Enfance en Poésie  - Gallimard, 2005)

 

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

Cent phrases pour éventails

"Qui m'aurait permis de résister à la tentation, là-bas partout ambiante, de la calligraphie ?"

La dernière version originale en 1927 de cette oeuvre de Paul Claudel (avant la réédition en 1942 et celle de 1996 en Poésie-Gallimard) est composée de "trois accordéons de papier, qu'on feuillette de droite à gauche, réunis dans un emboîtage. Elle reproduit cent soixante-douze phrases manuscrites, et des idéogrammes calligraphiés par Ikuma Arishima, et porte pour la première fois le titre de "Cent phrases pour éventails". Deux poèmes (sans titre), haïkus au sens large (voir la catégorie du blog consacrée aux haîkus), choisis pour l'image :

Accroupi
près
du
bocal
Monsieur le Chat
les yeux à demi fermés
dit :
Je n’aime pas
le poisson

- - - - - - - - - - -

Dans
la lune
morte
Il y a
un lapin
vivant !

Paul Claudel ("Cent phrases pour éventails", Gallimard 1942 et Poésie- Gallimard, 1996)

logo_cr_ation_po_tiquePoème court

Voir la catégorie haïkus



- Robert Clausard -

Robert Clausard est un poète contemporain.

R
ecueils : Poèmes de la marguerite et du bouton d'or (Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1973) ;  Lisière de nuages (Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1978) ; Les Berceuses de la marmotte (Éditions de l'OCDL,1979).

La puce

Une puce prit le chien

pour aller de la ville

au hameau voisin.

À la station du marronnier

elle descendit

"Vos papiers !" dit l'âne

coiffé d'un képi.
"Je n'en ai pas
.
- Alors que faites-vous ici ?

- Je suis infirmière

et je fais des piqûres

à domicile."

Robert Clausard

 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Le petit pou (Comptine)

Assis
sur le genou
d’un hibou
le petit pou
cherchant son joujou
jette le bijou
comme un caillou
dans le chou.

Robert Clausard

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Les petits lapins

Quatre petits lapins couraient
Trois petits lapins sautaient
Deux petits lapins dansaient
Un petit lapin chantait:
Quatre carottes pour mon grand-père
Trois carottes pour ma grand-mère
Deux carottes pour mon grand frère
Une carotte pour Roudoudou
Je la croque d'un seul coup

Robert Clausard ("Poèmes de la marguerite et du bouton d'or" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1973)



Posté par de passage à 22:40 - PP 2012 : L'ENFANCE en français - Permalien [#]

Cluchier, Cocteau, Couliou, Coran, Cros, Curtil - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Alice Cluchier -

Alice Cluchier, contemporaine, est l'auteure de plusieurs recueils de poésie. 

Le petit monde des enfants

Le ciel enveloppe nos jeux ;
Nos cris sont ceux de l'hirondelle,
Un papillon nous rend heureux,
Nos bras battent comme des ailes.

En nous le soleil resplendit,
Tous les instants sont des arômes,
Le sol reflète un paradis :
Celui de la fée et des gnomes.
Le frais encens venu des tiges,
Du sang végétal et des troncs
Nous donne de joyeux vertiges,
Que les songes étoileront.

Nous sommes des rais de lumière
Pris à l'éclat de la beauté.
Notre regard reste fixé
Sur l'entrelacs de la chimère
Et le cristal des puretés.

Alice Cluchier ("Cris et tourments")



- Chantal Couliou -

Chantal Couliou est née en 1961. Autres couleurs d'un même univers, celui de l'enfance.

Caresses

Le vieux marronnier
N'aime
Ni les vacances
Ni les jours fériés
Il préfère
Les caresses
Des petites mains d'écoliers.

Chantal Couliou

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Crayons de couleur

Le vert pour les pommes et les prairies,
Le jaune pour le soleil et les canaris,
Le rouge pour les fraises et le feu,
Le noir pour la nuit et les corbeaux
Le gris pour les ânes et les nuages,
Le bleu pour la mer et le ciel
Et toutes les couleurs pour colorier
Le monde.

Chantal Couliou



livre_Cocteau_folio

- Jean Cocteau -

Jean Cocteau (1889-1963) auteur de théâtre,  poète et cinéaste français, était aussi sculpteur, céramiste, peintre, dessinateur...
Le théâtre lui doit en particulier La Machine infernale, Les Parents terribles, Antigone.

image : livre "Choix de poèmes" -  Gallimard, Folio junior poésie, 2004)

Les deux textes présentés ici ne sont certainement pas représentatifs de l'oeuvre poétique de jean Cocteau, à découvrir. Ils sont une illustration du travail sur la phonétique et les jeux de mots dont on peut sinon s'inspirer, du moins s'amuser comme lui un peu.

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Un enfant prodige est un enfant dont les parents ont beaucoup d'imagination - Jean Cocteau

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Odile               

Odile rêve au bord de l'île,
Lorsqu'un crocodile surgit;
Odile a peur du crocodile
Et, lui évitant un "ci-gît",
Le crocodile croque Odile.

Caï raconte ce roman,
Mais, sans doute, Caï l'invente
Odile alors serait vivante
Et, dans ce cas-là, Caï ment.

Un autre ami d'Odile, Alligue
Pour faire croire à cette mort
Se démène, paye et intrigue
D'aucuns disent qu'Alligue à tort.

Jean Cocteau ("Le Potomak", 1919, 1924 et réédition Passage du Marais, 1999)

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Les voleurs d'enfant               

Presque nue et soudain sortie
D'un piège de boue et d'orties,
La bohémienne, pour le compte
Du cirque, vole un fils de comte.

Tandis que la mère appelle,
Folle, debout sur l'allée,
L'enfant, en haut d'une échelle,
Au cirque apprenait à voler.

On peut voler à tout âge ;
Le cirque est un cerf-volant.
Sur ses toiles, sur ses cordages,
Volent les voleurs d'enfants.

Volés, voleurs ont des ailes
La nuit derrière les talus,
Où les clameurs maternelles
Ne s'entendent même plus.

Reviens, mon chéri, mon bel ange !
Aie pitié de ma douleur !
Mais l'enfant reste sourd et mange
La bonne soupe des voleurs.

Quatre fois le sommeil lui coupe
Le cou à coups de vin amer ;
Auprès de l'assiette à soupe,
Sa tête roule dans les mers.

A voler le songe habitue.
L'enfant rêve d'une statue
Effrayante, au bord d'un chemin,
Et... qui vole avec les mains.


Jean Cocteau ("Opéra" dans "Oeuvres Poétiques 1925-1927 - Édition Stock 1927)



livre_Pierre_Coran_comptines_zozoter

- Pierre Coran -

Pierre Coran, auteur belge de langue française, est né en 1934. Instituteur, poète et romancier pour la jeunesse, la liste de ses écrits est  longue.
Quelques titres :
Comptines en Mots d'Ici et d'Ailleurs (éditions Casterman, collection Direlire, à paraître). Autour de 6 € le livre.
<< Comptines pour ne pas zozoter, avec Gabriel Lefebvre (éditions Casterman, collection Direlire, 1993).
Pierre Coran a publié de nombreux recueils de comptines et de jeux de langage aux éditions Casterman dans la même collection Direlire : Comptines pour jongler avec les rimes (2007), Comptines pour délier les langues à noeuds (2007), Comptines pour garder la cadence (1993), Comptines pour ne pas bredouiller (1993), Comptines pour nasiller comme un canard (1993),etc.
livre_Pierre_Coran_jouer_langueÀ parcourir aussi : Jaffabules ( Hachette Jeunesse, 1983) et Comptines et poèmes pour jouer avec la langue >> (avec Irène Coran, et Anne Letuffe, illustratrice - éditions Casterman, Les Grands livres, 2005). Ce beau livre est vendu 16 €.

Des textes sont présents sur ce blog : Paris blanc, Le chameau  (poésies cycle 2),  Le poisson rouge (poésies par thème : l'école, p 3).

Le poème qui suit est à rapprocher de ceux de Claude Roy (Avec des si...) et de Jean-Luc Moreau (Si).

Si

Si les mille-pattes
Chaussaient des savates,

Si les girouettes
Portaient des lunettes,

Si les gelinottes
Mettaient des culottes,

Si les escargots
Se grattaient le dos,

Si les écrevisses
Avaient la jaunisse

Si tante Héloïse
Perdait sa chemise,

Si d’une patate
Sortait un zébu,

Toi que rien n’épate,
T’épaterais-tu ?

Pierre Coran ("Jaffabules" - Collection Hachette Jeunesse, 1983)

logo_cr_ation_po_tiqueEn imitation de ce texte

voyez des productions d'élèves en CP-CE1 (copier-coller les liens) : http://educ73.ac-grenoble.fr/nectar/nectar_enseignant/docs_pedas/bcu82_textes_enfants/index.php
et ici en collège : http://209.85.135.104/search?q=cache:nfpmcYQnCzIJ:www.seneffe.be/theme_commune/enseignement/e-com-petit-roeulx/archives-du-journal/2004-2005/correspondance-et-poesie/

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Anagrammes

Par le jeu des anagrammes,
Sans une lettre de trop,
Tu découvres le sésame
Des mots qui font d‘autres mots.

Me croiras-tu si je m‘écrie
Que toute neige a du génie ?
Vas-tu prétendre que je triche
Si je change ton chien en niche ?
Me traiteras-tu de vantard
Si une harpe devient phare ?

Tout est permis en poésie.
Grâce aux mots, l‘image est magie.

Pierre Coran ("L‘écharpe d‘Iris" - titre en recherche de références)

logo_cr_ation_po_tique Anagrammes

 La recherche d'anagrammes permet de collecter une grande quantité de couples de mots. La difficulté  principale, pour les élèves est de construire une phrase, amusante pour le thème, avec ces associations.
niche > chien semble par exemple un couple  trop  familier, mais ...
Pour finalement, créer un texte imité du poème de  Pierre Coran, on peut imaginer une histoire commune à quelques-uns des anagrammes formés.

  • En cas de panne dans la recherche, vous trouverez ici un générateur d'anagrammes (copier-coller le lien) :

Un "petit dico" : http://www.barbery.net/anagram/index.htm  ou un  "gros dico" pour davantage de résultats : http://www.barbery.net/anagram/index2.htm

  • A cette adresse, une démarche possible de travail (expérimentée ici en CM1) pour une création poétique à partir du poème de Pierre Coran et du livre "Les mots décollent" de Gildas Feré. La fiche de préparation présente les séquences,  des exemples, des conseils et des productions d'élèves (NB : le texte s'ouvre dans un pdf protégé en copie) :

http://www.ecole-marianne-chauconin.ac-creteil.fr/ressources/prepspoesie/anagramprep_CM1.pdf

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La grenouille

Une grenouille
Qui fait surface,
Ça crie, ça grouille
Et ça agace.

Ça se barbouille,
Ça se prélasse,
Ça tripatouille
Dans la mélasse.

Puis ça rêvasse
Et ça coasse
Comme une contrebasse
Qui a la corde lasse.

Mais pour un héron à échasses,
Une grenouille grêle ou grasse
Qui se brochette ou se picore,
Ce n'est qu'un sandwich à ressorts.

Pierre Coran ("Jaffabules", Livre de poche Jeunesse - Hachette)

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Les souris et le chat luthier

Sur le pont d'un chalutier,
Un chat chic jouait du luth.
Il avait mis des souliers,
Une cravate de jute.
Pendant que le chat luthier
Amusait les marins soûls,
Les souris du chalutier
Rongeaient le chalut à trous.

Personne ne devina
Que les souris et le chat
S'étaient mis de connivence
Pour que les poissons distraits,
Désormais, nagent en paix
Dans leur monde de silence.

Pierre Coran ("Jaffabules" - Collection Hachette Jeunesse, 1983)

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Un

Un jour, 1 voulut
Jouer au cerceau
Avec le zéro.
Il courut, courut
À en perdre haleine
Jusqu'à la dizaine. 
Alors, par caprice,
1 devenu 10
Dribbla la centaine,
Tripla le zéro
Et s'arrêta pile
En plein dans le 1000.

Pierre Coran ("Jaffabules" - Collection Hachette Jeunesse, 1983)

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Le o et la dactylo

Une dactylo
Tape, tape, tape.
Une dactylo
Tape, tape, trop.

Un de ses doigts dérape
Sur le mot oiseaux.
Il a tapé c
N’a pas tapé o.

Ciseaux s’envolent aussitôt,
S’envolent, s’affolent
Dans les mèches folles
De la dactylo

Qui sans hésiter,
En gommant le c,
A la tête sauve.

Si la dactylo
N’eût pu taper o,
Elle eût été chauve.

Pierre Coran ("Jaffabules" - Collection Hachette Jeunesse, 1983)

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Mon filet à papillons

Dans mon filet à papillons,

J'ai un criquet, dix pucerons,
Un limaçon

Qui fait des bulles,

Des libellules

Qui font des bonds,
Trois sauterelles

Et leur échelle,

Trois faux bourdons

Et leur bedon...
Quand verra-t-on dans les parages

Un papillon qui déménage ?

Pierre Coran ("Comptines pour jongler avec les rimes"- Casterman, collection Direlire, 2007)

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Le dindon

Le dindon dîne,
Le dindon dort.

Le dindon dort,
Le dindon dîne.

Mais quand il ne dort pas,
Le dindon,
Quand il ne dîne pas,
Le dindon,

Que fait-il donc ? Devine !
Le dindon se dandine.

Pierre Coran ("Comptines pour jongler avec les rimes"- Casterman, collection Direlire, 2007)

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Six escargots gris

Couci
Couça
Couci
Six gros escargots gris
Ho hisse
Et hisse
et hue
Grimpaient sur une grue
Arrivés tout en haut,
Ho hisse
Et hisse
Et ho
Les gros escargots las
Cahin
Cahin
Caha
Revinrent tout en bas
Couci
Couci
Couça.

Pierre Coran et Gabriel Lefebvre ("Comptines pour ne pas zozoter" - Casterman, collection Direlire, 1993)

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Encore avec des si...

Si six cents couteaux-scies

Si six cents couteaux-scies,

Si six cents couteaux-scies,
Scient, en six,

Si six cents couteaux-scies,
Scient, en six,
Six cents saucisses,

Si six cents couteaux-scies,
Scient, en six,
Six cents saucisses,

Qu’obtient-on au total ?
Une cuisine sale.

Pierre Coran et Gabriel Lefebvre ("Comptines pour ne pas zozoter" - Casterman, collection Direlire, 1993)

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Le poisson rouge

Le poisson rouge
De mon école
A la rougeole.

Il ne veut pas
Que chacun voit
Ses boutons rouges.

Dès que l'eau bouge
Le peureux plonge
Sous une éponge.

Moi je connais
La vérité
Mais je me tais.

Le poisson sait
Que dans l'école
Je cache et colle

Mon chewing-gum
Sous l'aquarium.

Pierre Coran et Gabriel Lefebvre ("Comptines pour ne pas zozoter" - Casterman, collection Direlire, 1993)

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Le chameau

Un chameau entra dans un sauna.
Il eut chaud,
Très chaud,
Trop chaud.
Il sua,
Sua,
Sua.
Une bosse s’usa, S’usa,
S’usa.
L’autre bosse ne s’usa pas.
Que crois-tu qu’il arriva ?
Le chameau dans le désert
Se retrouva dromadaire.

Pierre Coran ("La tête en fleurs" - Éditions Le Cyclope, 1979)

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Tic tac

Tic tac
Clic clac
Cric crac
Flic flac.

Tic clac
Clic tac
Cric flac
Flic crac.

Tic crac
Clic flac
Cric tac
Flic clac.

Tic tac
Clic clac
Flic flac
Cric crac.
Boum !

Pondu poème sans queue ni tête.
Réciter contre bonne récompense.

Pierre Coran ("La tête en fleurs" - Éditions Le Cyclope, 1979)

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Voici un poème en allitérations (voir le même procédé avec Boby Lapointe plus loin : "Ta Katie t'a quitté").

K.K.O.

Un kangourou
En kimono kaki
Faisait du karaté
Sur un kiosque de kermesse
Avec un koala
Et un kakatoès.
Les kilos du kangourou,
Les kilos du koala,
Le bec du kakatoès
Ont fini par faire un trou
Dans le kiosque de la kermesse.
Et quand le kiosque craqua,
Kakatoès, koala,
Kangourou en kimono
Furent tous trois mis K.O.

Pierre  Coran ("Bédérimes" - poésie et BD pour les enfants - Casterman, 1985)

logo_cr_ation_po_tique Allitérations 

Voir Boby Lapointe, plus loin.

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Le poisson doré

Il a tant et tant pleuré,
Le poisson doré,
Que le vase a débordé.
Et l’eau a coulé, coulé
Vers le ruisseau du verger
Aujourd’hui dans la rivière,
Il promène, heureux et fier,
Ses écailles de lumière.

Pierre Coran ("L’atelier de poésie" -  Casterman, 1999, 2000 et 2007)

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Dans le texte "Orage", la dernière strophe, est souvent "oubliée" pour les élèves d'élémentaire.

Orage

La pluie me mouille,
La pluie me cingle.
Sa pattemouille
Sort ses épingles.

Il pleut du vent
Et des éclairs.
Un zèbre blanc
Strie la lumière.

La pluie se rouille
Et se déglingue.
Sa pattemouille
Perd ses épingles.

Sous le ciel veuf
D'un soleil mort,
Je me sens neuf
Comme une aurore.

Pierre Coran

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Les moustiques

Les moustiques
Piquent, piquent
Les gens qui
Pique-niquent.

Ils attaquent
En oblique
Les hamacs
Élastiques

Et bivouaquent
Sans panique,
Dans les sacs
En plastique.

Les moustiques
Font la nique
Aux gens qui
Pique-niquent,

Et qu'ils piquent
Et repiquent
En musique.
C'est comique !

Pierre Coran ("Comptine pour que les consonnes sonnent" - collection Direlire, Casterman éditeur)

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Le chien de l’informaticien

Le chien
De l’informaticien
Ressemble à n’importe quel chien
Sauf sur un point.

Le chien
De l’informaticien
Retrouve tout ce qu’il enterre
Dans les parterres.

Le chien
De l’informaticien
Programme, selon leur odeur,
Ses os dans un ordinateur.

Pierre Coran

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Le texte qui suit est déjà dans l'éloge de l'Autre (Printemps des Poètes 2008) :

Fakir bègue

Un fakir
Bégayait,
Bégayait
Tant
Par mot
Par mot
Par moment
Qu'il changea
Un ser
Un ser
Un serpent
En mètre pliant.

Pierre Coran



- Charles Cros -

Charles Cros (1842–1888) est un poète français ("Le Collier de griffes", "Le Coffret de santal") méconnu de ses contemporains et quelque peu oublié aujourd'hui. Il reste quand même son hareng saur, sec, sec, sec, qui se balance aux murs des écoles. Charles Cros est aussi un inventeur dépossédé : qui sait ce qu'il a apporté à la photographie ? Et le phonographe, qu'il avait théorisé, a été réalisé par Thomas Edison.

Intérieur

 

"Joujou, pipi, caca, dodo."
  "Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do."
  Le moutard gueule, et sa soeur tape
  Sur un vieux clavecin de Pape.
  Le père se rase au carreau
  Avant de se rendre au bureau.
  La mère émiette une panade
  Qui mijote, gluante et fade,
  Dans les cendres. Le fils aîné
  Cire, avec un air étonné,
  Les souliers de toute la troupe,
  Car, ce soir même, après la soupe,
  Ils iront autour de Musard
  Et ne rentreront pas trop tard ;
  Afin que demain l'on s'éveille
  Pour une existence pareille.
"Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do."
 "Joujou, pipi, caca, dodo."

Charles Cros ("Le Coffret de santal", 1873 - Gallimard poésie 1972)

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Le hareng saur

à Guy *

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle - haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs, - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire, - simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,
Et amuser les enfants - petits, petits, petits.

Charles Cros ("Le Coffret de santal", 1873 - Gallimard poésie 1972) - * Guy-Charles Cros, son fils, qui deviendra poète



- Jocelyne Curtil -

Jocelyne Curtil est une auteure contemporaine. 

Le jour de mon anniversaire

Ne me dérangez pas.
Le jour de mon anniversaire
Je suis occupé à grandir.

Maman m’excuse :
"Toujours  dans la lune, ce petit"
dit-elle aux invités.

Moi, je sais que
Si je les regarde
Je deviendrai vieux.

Jocelyne Curtil



Posté par de passage à 22:30 - PP 2012 : L'ENFANCE en français - Permalien [#]

Decaunes, Deharme, Delarue-Mardrus, Desbordes-Valmore, Désert - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Luc Decaunes - et proverbes

Luc Decaunes (1913-2001), instituteur et journaliste français, était écrivain, biographe ("Les idées noires" , "Vie de Paul Éluard"...) et poète ("Le feu défendu", "Récréations", "Le cœur légendaire"...).
Sans appartenir lui-même réellement au Mouvement surréaliste, il était proche d'Éluard, Aragon, Tzara.

Du recueil "Chansons pour un bichon", qui comprend 60 chansons pour enfants (dont Luc Decaunes a écrit également la musique) et qu'on peut considérer comme des poèmes, voici deux titres :

Le porc-épic (chanson)

Avez-vous vu le porc-épic
Qui se baladait place du Trône ?
Avez-vous vu le porc-épic
Qui remontait la rue Lepic ?
Pic pic pic !
Dit le porc-épic,
Je ne pique pas, ma parole !
Pic pic pic !
Dit le porc-épic,
Je ne pique pas les aspics !

Luc Decaunes ("Chansons pour un bichon" - Éditions Seghers, 1979 et réédition 1999)

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Le tamanoir n'est pas bien vu (chanson)

Refrain :
Non !
Je ne veux pas vous voir,
Monsieur le Tamanoir !

I
Dans notre ferme il est un chien
Qui sent mauvais, qui ne vaut rien ;
Chacun se sauve quand il vient.
Moi... je l'appelle mon copain.

II
Dans la montagne il est un loup
Avec des yeux comme des trous
Et le cœur
dur comme caillou
... À qui j'ai donné rendez-vous.

III
Dans la rivière est un poisson
Qui ne mord pas les hameçons,
Seulement les petits garçons.
... On est amis comme cochons !

IV
Et dans mon lit sont des souris
Rongeant mes pieds à petits cris.
... Je leur apporte chaque nuit
Du bon fromage et du pain bis.

V
J'ai rencontré un éléphant,
Trompe terrible et grandes dents,
Qui fait peur à tous les enfants !
... Il a mon cœur, ce bon géant.

Luc Decaunes ("Chansons pour un bichon" - Éditions Seghers, 1979 et réédition 1999)

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Dans son recueil "Récréations" (Éditions Rougerie, 1977), Luc Decaunes s'est amusé à détourner des proverbes, des dictons.
En voici quelques-uns, choisis parmi les plus "convenables". Le jeu pour les élèves consiste à retrouver le proverbe initial :

Proverbes

Il n'y a pas de fusée sans queue.

Qui va en classe, perd sa grâce.

L'ennui porte conseil.

Il y a loin de la poule au lièvre.

Plus on a de poux, plus on vit.

Un bon chien vaut mieux que deux rats.

Tel blair, tel pif.

Qui trop embrase mal éteint *.

Luc Decaunes ("Récréations" - Éditions Rougerie, 1977)

* On trouve ce dernier proverbe dans un album du "Chat" de Philippe Geluck, les grands spirituels se rencontrent.

logo_cr_ation_po_tiqueDétournement de proverbes, de dictons

Répertorier des dictons et des proverbes, dans lesquels on remplacera certains noms ou verbes par des mots de sonorités approchantes, en gardant la construction initiale. C'est encore mieux si le proverbe prend un nouveau sens, amusant (comme plusieurs dans la liste ci-dessus).

Exemples classiques (ou presque) :

Ne remets jamais à deux mains ce que tu peux faire avec une seule.
Un seul hêtre vous manque et tout est des peupliers (attribué à Raymond Queneau).
À vaincre sans baril, on triomphe sans boire.

  • Une variante consiste à ne modifier que la fin du proverbe, pour provoquer une surprise. marquer un temps d'arrêt avant la "chute".

Exemples :
Neige en novembre ... Noël en décembre.
C'est au pied du mur qu'on voit le mieux ... le mur (JM Bigard).
On a souvent besoin de petits pois chez soi (ancienne publicité) 

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Exemples d'un autre auteur, Guy de la Mothe ("Jeu des proverbes travestis", dans "Notes en marge") :

Jamais deux sans trois devient >  Jamais deux sans toi.
À quelque chose malheur est bon devient >  À quelque rose bonheur est bon.
Mon verre n'est pas grand mais je bois dans mon verre devient >  Mon rêve n'est pas grand mais je bois dans mon rêve.

variante proposée par le blog  : Mon rêve n'est pas grand mais je crois dans (ou "en") mon rêve.


 


 

- Lise Deharme -

Lise Deharme (1907-1981), est une romancière et poète française, proche des Surréalistes.

Quelques poèmes pour les enfants :

L'horloger

La petite bête
Qui est dans la montre
Je l’entends gratter
Je l’entends taper
Je l’entends sonner
Que dit-elle ? Tic-tac
Tic-tac-tic

La petite bête
Est morte ce soir
Monsieur l’horloger
Veux-tu la retrouver
Veux-tu la ramener
Ma petite bête.
Ne veut plus chanter

La petite bête
Monsieur l’horloger
Me l’a retrouvée
Elle était coincée
Par un grain de blé
Que dit-elle ? Tic-tac
Tic-tac-tic

Lise Deharme ("Le coeur de Pic" -  photographies de Claude Cahun - éditions Corti, 1937 et Éditions MeMo, 2004)

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La poule noire

La poule noire
dans le potager
a crié
comme une enragée.
Les fermiers
sont allés la voir ;
elle a dit qu'il allait pleuvoir.
On ne l'a pas crue lanturlu,
et mon beau chapeau est perdu !

Lise Deharme ("Cahiers de curieuse personne" - éditions des Cahiers libres, 1933)

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La plume

Une plume est tombée
par terre.
Va la ramasser.
- Pour quoi faire ?
Il va pousser un plumier.

Lise Deharme ("Le coeur de Pic" -  photographies de Claude Cahun - éditions Corti, 1937 et Éditions MeMo, 2004)

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Curieuse

Tes cheveux sont des araignées noires et griffues
ton front un désert de sable blond
ton nez une vague de son
tes dents ont faim
ta bouche est fine
ton menton
une colline aiguë
mais tes yeux sont deux cratères
de lave et de gouffres ouverts
semés d'étincelles et de feu
Tes yeux sont deux mondes perdus.

Lise Deharme ("Le coeur de Pic" -  photographies de Claude Cahun - éditions Corti, 1937 et Éditions MeMo, 2004)

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Le cochon blond

Le cochon blond
aime le jambon
Il l’aime
jusqu’à l’indigestion
mais ce n’est pas bon
pour lui-même.

Lise Deharme ("Cahiers de curieuse personne" - éditions des Cahiers libres, 1933)

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Les pâquerettes

Les pâquerettes
trop simplettes
sont des petites dames
sans âme.
Elles font des rondes le jeudi
et sont mangées par les brebis
le vendredi.

Lise Deharme ("Cahiers de curieuse personne" - éditions des Cahiers libres, 1933)



- Lucie Delarue-Mardrus -

Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) a écrit de nombreux poèmes, romans, contes et nouvelles. Elle était aussi dessinatrice, sculptrice et historienne.

Notre recueil référence est "Poèmes mignons pour les enfants". C'est de cet ouvrage que sont tirés les textes ci-dessous.

 

Petites souris

C’est la petite souris grise,
Dans sa cachette elle est assise.
Quand elle n’est pas dans son trou,
C’est qu’elle galope partout.

C’est la petite souris blanche
Qui ronge le pain sur la planche.
Aussitôt qu’elle entend du bruit,
Dans sa maison elle s’enfuit.

C’est la petite souris brune
Qui se promène au clair de lune,
Si le chat miaule en dormant,
Elle se sauve prestement.

C’est la petite souris rouge,
Elle a peur aussitôt qu’on bouge !
Mais, lorsque personne n’est là,
Elle mange tout ce qu’on a.

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Problème

On coupe deux pommes en quatre,
Combien cela fait-il de quarts ?

Hélas ! Au lieu de me débattre,
J'aimerais mieux manger les parts !

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Le chat noir

J'ai dans ma cave un chat noir.
Ses yeux sont de couleur claire.
Mais s'il les ferme, bonsoir !
Pour le trouver, rien á faire !

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Les poissons rouges

- Les poissons rouges du bocal
Ont de l'eau par-dessus la tête.
Cela ne leur fait donc pas mal ?

- Bien sûr que non, petite bête !
Vois s'ils sont vifs et déliés !
C'est dans l'air qu'ils seraient noyés.

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Les vaches

Quand je traverse le terrain,
Les vaches des fermes modèles,
Pourquoi donc me regardent-elles ?
Pourtant je ne suis pas un train !

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Le cochon

- Pourquoi marche-t-il, le cochon,
Si fier à travers la prairie ?

- C'est qu'à lui tout seul, des pieds au front,
Il est une charcuterie.

Lucie Delarue-Mardrus ("Poèmes mignons pour les enfants" - Gedalge, 1929)



- Marceline Desbordes-Valmore -

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) publie à l'âge de 23 ans son premier recueil : Élégies, Marie et Romances. Sensible, romantique, lyrique, sa poésie humaniste et sociale invente de nouvelles formes dont se sont inspirés sans doute des poètes comme Verlaine et Rimbaud.

plusieurs poèmes, pour sa fille et pour d'autres enfants :

Ma fille

T'es ma fille ! T'es ma poule !
T'es le petit coeur qui roule
Tout à l'entour de mon coeur !
T'es le p'tit Jésus d'ta mère !
Tiens ! gnia pas d'souffrance amère
Que ma fill' n'en soit l'vainqueur.

Gnia pas à dir', faut qu'tu manges.
Quoiqu' tu vienn's d'avec les anges,
Faut manger pour bien grandir.
Mon enfant, j't'aim' tant qu'ça m'lasse;
C'est comme un' cord' qui m'enlace,
Qu' çà finit par m'étourdir.

Qué qu'ça m'fait si m' manqu' queuqu'chose,
Quand j'vois ton p'tit nez tout rose,
Tes dents blanch's comm' des jasmins ;
J'prends tes yeux pour mes étoiles,
Et quand j'te sors de tes toiles
J'tiens l'bon Dieu dans mes deux mains.

T'es ma fille ! T'es ma poule !
T'es le petit coeur qui roule
Tout à l'entour de mon coeur !
T'es le p'tit Jésus d'ta mère !
Tiens ! gnia pas d'souffrance amère
Que ma fill' n'en soit l'vainqueur !
 

Marceline Desbordes-Valmore ("Poésies en patois") 

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À mes enfants

Quand le soleil y passe, ouvrez votre fenêtre ;
Lui seul sait essuyer l’humide et sombre hiver.
Si le bonheur absent vient pour vous reconnaître,
Que votre cœur charmé, tout grand lui soit ouvert !

Gardez-vous de bouder, enfants, contre vous-mêmes.
Sachez : l’or est moins pur qu’un tendre et doux conseil.
Enfants : ne pas sourire à l’ami qui vous aime,
C’est tourner le dos au soleil.

Marceline Desbordes-Valmore

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L'oreiller d'un enfant

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc ! et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d'enfants pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil. Ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir.

Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits anges
Qui n'ont pas d'oreiller, moi j'embrasse le mien.
Seule, dans mon doux nid qu'à tes pieds tu m'arranges,
Je te bénis, ma mère, et je touche le tien !

Je ne m'éveillerai qu'à la lueur première
De l'aube ; au rideau bleu c'est si gai de la voir !
Je vais dire tout bas ma plus tendre prière :
Donne encore un baiser, douce maman ! Bonsoir !

Marceline Desbordes-Valmore

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Au revoir

Sous tes longs cheveux d'or, quand tu cours sur la grève
Au vent,
Si quelque prompt ramier touche ton front qui rêve
Souvent,
De cette aile d'oiseau ne prends pas, ô ma fille !
D'effroi :
Pour baiser son enfant** c'est une âme qui brille :
C'est moi !
Parmi d'autres enfants qui te font toute heureuse,
Le soir,
Quand tu vas au jardin, lasse d'être rieuse,
T'asseoir;
Si tu t'inquiétais comment je passe l'heure,
Sans toi,
Penche un peu ton oreille à cet oiseau qui pleure :
C'est moi !

Marceline Desbordes-Valmore

* articulation pour l'équilibre du vers : "t'inqui/étais"
** Variante possible : "pour aimer son enfant " (le sens du verbe a évolué). Il serait évidemment préférable de garder la version originale ...

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Un nouveau-né (passage)

...
Toi, cher petit dormeur, notre monde te plaît :
Ton âme est toute blanche et n'a bu que du lait !
Depuis si peu d'instants descendu sur la terre,
Tes yeux nagent encor dans un divin mystère ;
Tu revois la maison d'où tu viens, ton beau ciel,
Et ton baiser qui s'ouvre en a gardé du miel !

Marceline Desbordes-Valmore

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Jours d'été

Pour regarder de près ces aurores nouvelles,
Mes six ans curieux battaient toutes leurs ailes ;
Marchant sur l'alphabet rangé sur mes genoux,
La mouche en bourdonnant me disait : "Venez-vous ? ..."
et mon nom qui teintait dans l'air ardent de joie,
les pigeons sans liens sous leur robe de soie,
Mollement envolés de maison en maison,
Dont le fluide essor entraînait ma raison,
Les arbres, hors des murs, poussant leurs têtes vertes,
jusqu'au fond des jardins les demeures ouvertes,
le rire de l'été sonnant de toutes parts,
Et le congé, sans livre ! errant aux vieux remparts :
Tout combattait ma soeur à l'aiguille attachée ;
tout passait en chantant sous ma tête penchée ;
Tout m'enlevait, boudeuse, et riante à la fois ;
Et l'alphabet toujours s'endormait dans ma voix.

Marceline Desbordes-Valmore ("Bouquets et prières")



- Anne-Marie Désert -

Anne-Marie Désert est une auteure contemporaine. Elle a publié deux recueils : "L'arbre transparent", 1974, réédité en 1983, et le récent "Quatre saisons dans l'arbre transparent", éditions Books On Demand, juin 2010. On retrouve dans ce dernier, avec d'autres textes, les poèmes du premier recueil.

"j'ai ma maison dans un arbre ..."

Anne-Marie Désert a publié son premier recueil en 1983, que des poètes ont salué (Norge, Guillevic ...).

Elle nous donne à voir (août 2010) ce beau texte, qui peut ouvrir les chemins de la poésie sensible aux élèves, dès l'élémentaire :

LES VACHES (titre proposé)

UN TEMPS J’AVAIS UN GRAND SAC
OÙ S’ÉGARAIENT PARFOIS LES VACHES.

J’AIMAIS OUVRIR MON SAC
POUR REGARDER LES TROUPEAUX.

SANS UN REGARD,
LEURS YEUX TROUVAIENT DES CHEMINS
DE TRAVERSE EN HAUT DES ARBRES.

ET DANS LE SILENCE
JE NE LAISSAIS RIEN ENTRER
QUE LEURS SABOTS
.

Anne-Marie Désert ("L'arbre transparent") - texte original en capitales d'imprimerie



Posté par de passage à 21:50 - PP 2012 : L'ENFANCE en français - Permalien [#]

Delouze, Dès, Desbiens, Desnos - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Marc Delouze -

Marc Delouze est né en 1945.
Extraits de sa biographie sur le site du Printemps des Poètes :
Son premier recueil paraît en 1971. Quelques années plus tard, se refusant à "faire le poète", il s'installe dans un silence éditorial d'une vingtaine d'années, pendant lesquelles il travaille à la recherche de nouveaux supports d'expression poétique liés à la Cité : spectacles de rue, poésie musicale, interventions diverses...et, en 1982, il crée l'association "Les Parvis Poétiques", qui organise des événements, des festivals, des expositions sonores, des lectures-spectacles, etc.

Dernière publication en date : "C'est le monde qui parle" (récit - éditions Verdier, 2007).

Marc Delouze a mis en poèmes animaux les instruments de musique, en voici deux :

Le tambourin

Chitiki le kangourou
a volé plein de grelots
se karapatte à grands sauts
mais son ventre fait un bruit
à réveiller les nuages
Chitiki Chitiki
Chitiki le kangourou
n'est pas surpris

IL EST SOURD

Marc Delouze

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La grosse caisse

Tontakès
le dinosaure
patatauge
dans la gadoue
puis il s'essore
comme un torchon

À PATTES

Marc Delouze



- Henri Dès -

Henri Dès, auteur-compositeur-interprète suisse, est né en 1940. Auteur de plus de 20 albums, il est très connu des enfants, pour ses spectacles publics et scolaires.

Le site officiel du chanteur, où on peut écouter des extraits de tous les titres, rangés par album, et imprimer est ici :
http://www.henrides.net/

On trouve une sélection de textes (31) avec partition, ici :
http://perso.orange.fr/partitions/primaire/des/des.htm

Voici le début d'une chanson extraite du CD Les bêtises (photo):

Avec les copains

On aime bien avec les copainsHenri_D_s_b_tises
Aller faire un tour dans le bois tout près.
On y passe l'après-midi
On fait les malins
On est comme des fous.

On aime bien avec les copains
Aller faire un tour en forêt
On y passe l'après-midi
La forêt elle est rien qu'à nous.

On prend des fusils de chasse
Bout de bois sur un bout d'tuyau
On se frotte la figure
Les deux mains trempées dans de la boue.

On dit qu"on part à la chasse
Dans le pays des zozos
Ça nous fait une drôle d'allure
Y a des loups garous partout ...

Henri Dès (CD "Les bêtises" - Disques Mary Josée, 1999)

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Un deuxième texte, extrait d'un autre disque :

La marche des chapeaux

Quand je mets mon chapeau gris
C'est pour aller sous la pluie

Quand je mets mon chapeau vert
C'est que je suis en colère
Et je mets mon chapeau mou
Quand ça ne va plus du tout

Quand je mets mon galurin
C'est pour aller au jardin

Quand je mets mon chapeau bleu
C'est que ça va déjà mieux
Et je mets mon chapeau blanc
Quand je suis très content

Quand je mets mon p'tit béret
C'est pour aller au muguet

Et je mets mon chapeau rond
Pour aller aux champignons
Avec une plume au bout
C'est pour aller partout

Quand je mets mon grand chapeau
C'est pour jouer du piano

Quand je mets ma p'tite casquette
C'est pour jouer d'la trompette
Et je mets mon capuchon
Pour jouer du violon

Henri Dès (dans le disque "Flagada" - Disques Mary Josée, 2005)



- Patrice Desbiens -

Patrice Desbiens , musicien et poète "Franco-Ontarien" comme il se définit lui-même (il écrit en anglais et en français), est né au Canada dans l'Ontario en 1948. Il s'installe à Québec en 1988.

  • Des recueils aux titres étonnants : "Un Pépin de pomme sur un poêle à bois" en 1995 (Prix Champlain), "La Fissure de la fiction" en 1997 (Prix de poésie Estuaire en 1999), "L’effet de la pluie poussée par le vent sur les bâtiments" en 1999, "Bleu comme un feu" en 2001, et "Hennissements" en 2002, tous aux éditions Prise de parole.
  • Les éditions Prise de parole ont réédité en 2010 trois œuvres de Patrice Desbiens en un seul volume : "Poèmes anglais, Le pays de personne et La fissure de la fiction" (collection Bibliothèque canadienne française) à se procurer pour découvrir cet auteur.

Les poèmes choisis qui suivent situent les souvenirs en Ontario, évidemment, à Timmins, sa ville natale, ou à Sudbury.

À ma naissance
à l’hôpital Notre-Dame à Timmins
tout le monde
veut savoir
c’est-tu
un gars
c’est-tu
une fille ?
Le docteur Boutin regarde le petit
corps césuré qui
flotte comme un cerf-volant au bout
de son cordon ombilical et répond
non ... c’est un poète ...

Patrice Desbiens (passage extrait de "Décalage", Prise de parole, 2008)v

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Je me souviens ...

Je me souviens d'une station wagon qui coupe la nuit
qui ouvre la nuit du nord comme un couteau de chasse
ouvre sa proie
Nous sommes tous là
ma mère ma sœur son mari et ses enfants tous
dans cette voiture c'est
Johnny B. Good Leblanc qui conduit son visage vaguement
éclairé par la lueur du tableau de bord
Je suis le seul des passagers qui ne dort pas tandis
qu'on continue avec un océan de vert meurtri de
chaque côté
Ma soeur dort sur le banc d'en avant
la noirceur qui rentre et sort de sa bouche ouverte
La nuit est longue et sans plis
La nuit est longue et sans plis
La nuit est longue et sans plis
La nuit est longue et sans Soudainement
quelque chose déchire le tissu quelque chose bouge
là et
le pare-brise devient un écran cinémascope les phares
de Twentieth Century Fox et Gulf Western éclairant
l'animal l'animal l'orignal en plein milieu du chemin
qui fige et
fixe son destin qui roule vers lui à 60 milles à
l'heure
Ses yeux ses yeux ses yeux ô dieu son regard jusqu'à
la dernière minute et le choc sourd-muet de fer contre
chair
Et ma soeur qui se réveille en criant un grand cri
fou et
final comme si l'âme de l'orignal avait passé dans
elle en
mourant et enfin
le silence
le silence de notre silence dans
le silence entre
Timmins et Toronto.

Patrice Desbiens (Sudbury, poèmes 1979-1985, Prise de parole, 2000)

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Je suis tout petit ...

[...]

Je suis tout petit.
Je suis dans la maison de ma
mère comme si j’étais dans
son ventre.
J’ai chaud.
Je suis bien.
Je ne me rappelle de rien.
Je joue avec mes Dinky Toys sur
un lit à couverte rouge.
Les plis dans la couverte forment
des montagnes et des vallées où je
les fais promener.

Où je leur fais vivre des vies et des morts
sans corps et sans pays.
Je suis présent dans le passé.
Ma mère me regarde jouer avec mes
Dinky Toys en préparant le déjeuner.
J’écris ceci :
ce mot :
soupane.
Je ne vois rien.
J’ai faim.
J’ai les mains sales d’avoir tellement
joué à la guerre.
Je stationne mes Dinky Toys
dans le hangar sous le lit et je m’assois
à la table.
Je mange comme un ange
les ailes en bavettes sur les
genoux.
Ma mère me regarde
[...]

* titre proposé, ce passage se situe au début du recueil, long poème sans autre titre que celui de l'ouvrage.

Patrice Desbiens (extrait de "Un Pépin de pomme sur un poêle à bois", Prise de parole, 1995)


- Robert Desnos -

Robert Desnos (1900-1945) a fait partie avec Benjamin Péret et André Breton du mouvement Dada et du surréalisme. Il rompra plus tard avec eux. Auteur de nombreux textes poétiques, ses poèmes pour les enfants sont très connus ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, 1952).

"Je suis un acrobate de fortune
qui termine son numéro
dans l'exacte nuance de dérisoire."
Robert Desnos, poème "Identité"

D'autres textes de Desnos sont présents sur le blog dans différentes catégories pour la classe (La fourmi - Le pélican - L'escargot - La grenouille aux souliers percés - Les hiboux - Le zèbre - L'oiseau du Colorado - Il était une feuille). Une autre série de textes, souvent plus graves*, sont rangés dans la catégorie du "Printemps des Poètes 2008 : l'Autre" - *voir le complément à la biographie de Desnos dans cette catégorie.

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Ce poème joue sur les échanges de lettres ou de syllabes, à la manière, de contrepèteries, et d'invention de mots, sans l'intention grivoise des contrepèteries classiques :

Le canapé de Paméla

Le canapé de Paméla
Le Panapé de Caméla
Le Panala de Camépé

Est un beau canaquois
Est un nabeau est un naquois
Charmante Panapé
Charmante Paméla

Le charme de Paméla
Le charme du canapé
Il est passé par ici
Il repassera par là
C’est un nabeau c’est un naquois
Charmante Paméla
Délicieux canapé

Robert Desnos ("Youki 1930 Poésie" - publication posthume dans "Destinée arbitraire" - Gallimard, 1975)

logo_cr_ation_po_tique Jouer avec les syllabes

Les élèves peuvent rechercher des mots connus dans le dictionnaire en suivant, comme dans le poème de Robert Desnos, certains critères : le même nombre de syllabes et des voyelles communes, ou pas. Ils s'exercent à la permutation simple de syllabes entre deux mots, et en vérifient le possible effet amusant. On construit ensuite autour des mots appariés un texte structuré, en enrichissant le thème développé, sur le mode humoristique.

L'exemple proposé par le blog ci-dessous, avec des prénoms, est déjà placé au paragraphe Jacques Charpentreau :

Mes trouvailles

J'ai cueilli des radis pour Annie
des rideaux, des radeaux pour Anna...
(texte complet au paragraphe Charpentreau)

On retrouvera avec d'autres auteurs [Boby Lapointe par exemple] d'autres procédés basés sur les jeux de mots.
Voir également "La Belle Lisse Poire du prince de Motordu" de Pef, ainsi que les autres livres de la série, et le "Dictionnaire des mots tordus ", du même auteur.

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Dans le texte qui suit, on observera l'emboîtement des vers. Seule la partie en couleur de ce texte est proposée en élémentaire.

Chant du ciel

La fleur des Alpes disait au coquillage : « tu luis »
Le coquillage disait à la mer : « tu résonnes »
La mer disait au bateau : « tu trembles »
Le bateau disait au feu : « tu brilles »
Le feu me disait : « je brille moins que ses yeux »
Le bateau me disait : « je tremble moins que ton coeur quand elle paraît »

La mer me disait : « je résonne moins que son nom en ton amour »
Le coquillage me disait : « je luis moins que le phosphore du désir dans ton rêve creux »
La fleur des Alpes me disait :« elle est belle »
Je disais : « elle est belle, elle est belle, elle est émouvante ».

Robert Desnos ("Corps et biens", les ténèbres - Gallimard,1930 et Poésie/Gallimard, 1968)

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Dans celui-ci, l'humour est sujet du poème :

Le souci

Et pour qui sont ces six soucis ?
Ces six soucis sont pour mémoire.
Ne froncez donc pas les sourcils,
Ne faites donc pas une histoire,
Mais souriez, car vous aussi,
Vous aussi, aurez des soucis.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

[La première édition réunit les recueils Chantefables (1944*) et Chantefleurs (1952) ainsi que des jeux de langages, des "poèmes à dire, à chanter, à danser", que Robert Desnos avait écrits pour les enfants de ses amis pendant l'occupation. La préface est de sa compagne, Youki, et les textes sont illustrés par Gabrielle Sauvain.]source : www.marelibri.com *Robert Desnos a été arrêté en 1944 et déporté, avant d'avoir vu la parution de "Chantefables".

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C'était un bon copain

Il avait le cœur sur la main
Et la cervelle dans la lune
C'était un bon copain
Il avait l'estomac dans les talons
Et les yeux dans nos yeux
C'était un triste copain
Il avait la tête à l'envers
Et le feu là où vous pensez
Mais non quoi il avait le feu au derrière
C'était un drôle de copain
Quand il prenait les jambes à son cou
Il mettait son nez partout
C'était un charmant copain
Il avait une dent contre Étienne
A la tienne Étienne à la tienne mon vieux
C'était un amour de copain
Il n'avait pas la langue dans sa poche
Ni la main dans la poche du voisin
Il ne pleurait jamais dans mon gilet
C'était un copain
C'était un bon copain.

Robert Desnos ("Corps et biens" - Gallimard,1930 et Poésie/Gallimard, 1968)

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L’hippocampe

Gloire, gloire au bel hippocampe,
Cheval marin, cheval de trempe,
Qu’aucun jockey n’a chevauché,
Hip ! Hip ! Hip ! pour l’hippocampe.

Gloire ! Gloire au bel hippocampe,
Dans une poche, sur son ventre,
Il porte et il couve ses œufs.
Là, ses petits sont bien chez eux.
Hip ! Hip ! Hip ! pour l’hippocampe.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

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Les hiboux

Ce sont les mères des hiboux
Qui désiraient chercher les poux
De leurs enfants, leurs petits choux,
En les tenant sur les genoux.

Leurs yeux d'or valent des bijoux
Leur bec est dur comme cailloux,
Ils sont doux comme des joujoux,
Mais aux hiboux point de genoux !

Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
Ou dans la cabane bambou ?
A Moscou ? Ou à Tombouctou ?
En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou ou chez les Mandchous ?

Hou ! Hou !
Pas du tout, c'était chez les fous.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

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Le pélican

Le capitaine Jonathan,
Étant âgé de dix-huit ans
Capture un jour un pélican
Dans une île d'Extrême-orient,

Le pélican de Jonathan
Au matin, pond un oeuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un oeuf tout blanc
D'où sort, inévitablement
Un autre, qui en fait autant.

Cela peut durer pendant très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

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Le blaireau

Pour faire ma barbe
Je veux un blaireau,
Graine de rhubarbe,
Graine de poireau.

Par mes poils de barbe !
S'écrie le blaireau,
Graine de rhubarbe,
Graine de poireau,

Tu feras ta barbe
Avec un poireau,
Graine de rhubarbe,
T'auras pas ma peau.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

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Illustr_Desnos_fourmi

Fourmi_au_feutre_ind_l_bile_JSE2<< ci-contre, fourmi au feutre indélébile sur fond gouache et huile, réalisation en élémentaire en atelier d'arts plastiques. Techniques d'illustration visibles sur le blog
http://jourssemisentre2.canalblog.com/

La fourmi

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête,
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards,
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Une fourmi parlant français;
Parlant latin et javanais,
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Eh ! Pourquoi pas ?

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

logo_cr_ation_po_tiqueÀ la manière de "une fourmi de dix-huit mètres ..."

voici une adresse où vous trouverez des textes imités de "La fourmi" : http://clicnet.swarthmore.edu/rire/textes/desnos.html

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La dame pavot nouvelle épousée

La dame pavot nouvelle épousée
a demandé à son mari
Quelle est l'année ?
Quel est le mois ?
Quelle est la semaine ?
Quel est le jour ?
Quelle est l'heure ?
Et son mari a répondu
- Nous sommes en l'an quarante
nous sommes au mois de Juillobre
semaine des quatre jeudis
jour de gloire
midi sonné.
Belle année, agréable mois,
charmante semaine,
jour merveilleux
Heure délicieuse.

Robert Desnos ("Le parterre d'Hyacinthe" publication posthume dans "Destinée arbitraire" - Gallimard, 1975).

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Par un point situé sur un plan...

Par un point situé sur un plan
On ne peut faire passer qu'une perpendiculaire
à ce plan.
On dit ça...
Mais par tous les points de mon plan à moi
On peut faire passer tous les hommes, tous les animaux de la terre
Alors votre perpendiculaire me fait rire.
Et pas seulement les hommes et les bêtes
Mais encore beaucoup de choses
Des cailloux
Des fleurs
Des nuages
Mon père et ma mère
Un bateau à voiles
Un tuyau de poêle
Et si cela me plaît
Quatre cents millions de perpendiculaires.

Robert Desnos ("La géométrie de Daniel" 1939 - publié aux éditions Gallimard dans "Destinée arbitraire", en 1975)

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L'oiseau du Colorado

L’oiseau du Colorado
Mange du miel et des gâteaux
Du chocolat et des mandarines
Des dragées des nougatines
Des framboises des roudoudous
De la glace et du caramel mou.

L’oiseau du Colorado
Boit du champagne et du sirop
Suc de fraise et lait d’autruche
Jus d’ananas glacé en cruche
Sang de pêche et navet
Whisky menthe et café.

L’oiseau du Colorado
Dans un grand lit fait un petit dodo
Puis il s’envole dans les nuages
Pour regarder les images
Et jouer un bon moment
Avec la pluie et le beau temps.

Robert Desnos ("La ménagerie de Tristan" publié dans "Destinée arbitraire" - Poésie Gallimard, 1975)

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Le poisson sans-souci (extrait)

Le poisson sans-souci
Vous dit bonjour vous dit bonsoir
Ah ! qu’il est doux qu’il est poli
Le poisson sans-souci.

Il ne craint pas le mois d’avril
Et tant pis pour le pêcheur
Adieu l’appât adieu le fil
Et le poisson cuit dans le beurre.

[...]

Le poisson sans-souci
Qui dit bonjour qui dit bonsoir
Ah ! qu’il est doux et poli
Le poisson sans-souci
Le souci sans souci
Le Poissy sans Soissons
Le saucisson sans poids
Le poisson sans-souci.

Robert Desnos ("La ménagerie de Tristan" publié dans "Destinée arbitraire" - Poésie Gallimard, 1975)

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Les passages du poème qui suit sont comparables à des bribes d'images au sortir d'un rêve qu'on ne parvient pas à reconstituer. Des collages de mots, un bout de phrase ...

Demi-rêve (extrait)

abougazelle élaromire
Elaroseille a la mijelle
a la mirate a la taraise

[...]

Il est bonjour au coeur de lune
Le ciel alors lagélami
Lagélasou lagésommeil
Lagébonneil Légésonjour.

Robert Desnos ("Destinée arbitraire" - Poésie Gallimard, 1975)

logo_cr_ation_po_tiqueInventer des mots : Les mots inventés ici par Robert Desnos sont choisis pour leur sonorité, leur pouvoir d'évocation, et pour le rythme du poème.

On peut obtenir un effet approchant en partant d'un poème court , existant ou original, en remplaçant la plupart des mots par des associations de syllabes aux sonorités plaisantes.

Voir Guillevic, Boby Lapointe, Boris Vian.



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