lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

020109

Poètes de LANGUE ALLEMANDE - Rainer Maria Rilke, Paul Celan, Hermann Hesse

Paysages d'Europe

langue allemande : Allemagne, Autriche ...

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Rainer Maria Rilke (1875-1926), est un poète autrichien de langue allemande, peut-être le plus connu. Il a aussi traduit des auteurs d'outre-Rhin en français. Ses Lettres à un jeune poète (1937), l'ont fait connaître en France . Il a vécu la dernière partie de sa vie dans le Valais Suisse, où il a écrit en français les poèmes qui composent les recueils Les Quatrains valaisans et Vergers.

"Nous sommes les abeilles de l'Univers.
Nous butinons éperdument le miel du visible
pour l'accumuler dans la grande ruche d'or de l'invisible."

Un poème traduit :

Parfois au fond de la nuit

Parfois, au fond de la nuit,
le vent comme un enfant s'éveille.
Tout seul il marche dans l'allée,
doucement, doucement, vers le village.
A tâtons, jusqu'à l'étang il s'avance
et y fait le guet
les maisons sont toutes blanches,
et les chênes, muets.

(traduction de Maurice Betz)

Rainer Maria Rilke ("Les chants de l'aube")

Fabienne Marsaudon, auteur-compositeur-interprète, propose un spectacle appelé Les Chants de l'aube , dans lequel elle interprète des oeuvres de l'auteur, entre-autres, une quinzaine de poèmes, mis en musique. Les Chants de l'aube est aussi un coffret-album sorti en 2004 (voir ici : http://www.fabienne-marsaudon.com). La Compagnie Laurent Terzieff avait aussi mis en scène des lectures de textes de Rainer Maria Rilke : "une heure avec Rainer Maria Rilke", CD Theleme-éditions. Laurent Terzieff nous a quittés en juillet 2010.

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Autre poème, d'abord écrit en allemand :

In diesem Dorfe steht das letzte Haus

In diesem Dorfe steht das letzte Haus
so einsam wie das letzte Haus der Welt.
Die Straße, die das kleine Dorf nicht hält,
geht langsam weiter in die Nacht hinaus.
Das kleine Dorf ist nur ein Übergang
zwischen zwei Weiten, ahnungsvoll und bang,
ein Weg an Häusern hin statt eines Stegs.
Und die das Dorf verlassen, wandern lang,
und viele sterben vielleicht unterwegs.


----- (traduction de l'auteur) -----

En ce village se tient la toute dernière maison…
 
En ce village se tient la toute dernière maison
plus seule que la dernière maison du monde.
La route, qui ne peut contenir le village,
s’éloigne lentement plus loin dans la nuit.
Le petit village n’est plus qu’un passage
entre deux lointains posé, innocent et angoissé,
une route entre les maisonnettes plutôt qu’une passerelle.
Et ceux qui abandonnent le village, s’en vont loin,
et beaucoup sans doute mourront en chemin.

Rainer Maria Rilke, septembre 1901, Westerwede

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Poésies écrites en français, extraites du recueil "Les Quatrains valaisans" :

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Pays, arrête à mi-chemin
entre la terre et les cieux,
aux voies d'eau et d'airain,
doux et dur, jeune et vieux,

comme une offrande levée
vers d'accueillantes mains:
beau pays achevé,
chaud comme le pain !

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Douce courbe le long du lierre,
chemin distrait qu'arrêtant des chèvres;
belle lumière qu'on orfèvre
voudrait entourer d'une pierre.

Peuplier, à sa place juste,
qui oppose sa verticale
à la lente verdure robuste
qui s'étire et qui s'étale.

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Chemins qui ne mènent nulle part
entre deux prés,
que l'ont dirait avec art
de leur but détournés,

chemins qui souvent n'ont
devant eux rien d'autre en face
que le pur espace
et la saison.

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Le long du chemin poussiéreux
le vert se rapproche du gris;
mais ce gris, quoique soumis,
contient de l'argent et du bleu.

Plus haut, sur un autre plan,
un saule montre le clair
revers de ses feuilles au vent
devant un noir presque vert.

À côté, un vert tout abstrait,
un pâle vert de vision,
entoure d'un fond d'abandon
la tour que le siècle défait.

C'est presque l'invisible qui luit
au-dessus de la pente ailée ;
il reste un peu d'une claire nuit
à ce jour en argent mêlée.

Vois, la lumière ne pèse point
sur ces obéissants contours
et, là-bas, ces hameaux, d'être loin,
quelqu'un les console toujours.

Rainer Maria Rilke ("Les Quatrains valaisans", Fata Morgana, 1926 - réédition en Poésie/Gallimard, 2001, regroupant "Vergers Les Quatrains valaisans, Les Roses, Les Fenêtres, Tendres impôts à la France" - Un livre sur cette période : "Les années valaisannes de Rilke", (Maurice Zermatten, éditions de la Différence, 1993).


Paul Celan (1920-1970), écrivain roumain, est un un des plus importants poètes de langue allemande, .

"Je tiens à vous dire combien il est difficile pour un Juif d'écrire des poèmes en langue allemande. Quand mes poèmes paraîtront, ils aboutiront bien aussi en Allemagne et - permettez-moi d'évoquer cette chose terrible -, la main qui ouvrira mon livre aura peut-être serré la main de celui qui fut l'assassin de ma mère... Et pire encore pourrait arriver... Pourtant mon destin est celui-ci : d'avoir à écrire des poèmes en Allemand." (Paul Celan)

Matière de Bretagne (début du texte, titre corrigé)

Lumière de genêt, jaune, les pentes
suppurent vers le ciel, l'épine
courtise la plaie, cela
sonne là-dedans, c'est le soir, le néant
roule ses mers à la prière,
la voile de sang fait route vers toi.

Sec, envasé,
le lit derrière toi, enjonque
son heure, en haut,
près de l'étoile, les ruisselets
laiteux babillent dans la boue, datte de pierre
en contrebas, buissonnante, bée dans le bleu,
un arbrisseau d'éphémère, superbe,
salue ta mémoire.

[...]

Paul Celan ("Poèmes", traduits et présentés par John E. Jackson, éditions Corti, 2004) - "De Czernowitz à Paris en passant par Vienne, de l’amour pour l’allemand transmis par la mère à la réappropriation juive de cette langue, devenue entre-temps la langue de ses bourreaux, les poèmes de Celan retracent le chemin de l’une des œuvres poétiques majeures de l’après-guerre en Europe." (John E. Jackson, présentation de l'ouvrage).

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Sommerbericht

Der nicht mehr beschrittene, der
umgangene Thymianteppich.
Eine Leerzeile, quer
durch die Glockenheide gelegt.
Nichts in den Windbruch getragen.

Wieder Begegnungen mit
vereinzelten Worten wie:
Steinschlag, Hartgräser, Zeit
.

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Rapport d'été

Le tapis de thym sur lequel

on ne marche plus, qu'on contourne
Une ligne vide placée en travers
sur la bruyère des marais
Néant porté dans les bris de vent

Quelques rencontres, de nouveau, avec
des mots isolés, comme :
éboulement, herbes dures, temps.

(traduction de Martine Broda)

Paul Celan ("Sprachgitter", 1955-58, Erschienen, 1959 - Die Niemandsrose ; suivi de Sprachgitter ; Gedichte - Fischer Taschenbuch ; Frankfurt am Main, 2001)


Hermann Hesse (1877-1922), contemporain de Paul Celan ci-dessus, est connu des lycéens français, au moins pour un de ses romans très étudié : "Le loup des steppes" (1947). Il était également peintre, nouvelliste, essayiste et poète. Il obtient en 1946 le Prix Nobel de littérature. Comme Rilke, Herman Hesse choisit de vivre en Suisse la dernière partie de son existence.

"La tendresse est plus forte que la dureté, l’eau est plus forte que le rocher, l’amour est plus fort que la violence."
(Herman Hesse)

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Le poète (début du texte)

Uniquement pour moi le solitaire,
Brillent les infinies étoiles de la nuit,
Mugit le puits de pierre sa chanson magique,
Pour moi, pour moi seul
Passent les ombres colorées
Des rêves des nuages voyageurs juste au-dessus des guérets.
Il n’est pas de maison, de champ,
De forêt, de chasse, ni de métier qui me sont donnés,
N’est à moi que ce qui n’appartient à personne,
A moi est le ruisseau tombant derrière le voile de la forêt,
A moi la terrible mer,
A moi les sifflements d’oiseaux des enfants en train de jouer,
Larmes et chant du solitaire amoureux quand le soir est là,
A moi aussi sont les temples des dieux, à moi est
Le bosquet vénérable du passé
Et mon pays n’est rien moins que la claire voûte céleste
S’ouvrant vers le futur ...

[...]

---- (Source du texte original et de sa traduction : http://www.patricksimon.com) ----- 

Der Dichter

Nur mir dem Einsamen
Scheinen des Nachts die unendlichen Sterne,
Rauscht der steinerne Brunnen sein Zauberlied,
Mir allein, mir dem Einsamen
Ziehen die farbigen Schatten
Wandernder Wolken Träumen gleich Übers Gefild.
Nicht Haus noch Acker ist,
Nicht Wald noch Jagd noch Gewerb mir gegeben,
Mein ist nur, was keinem gehört,
Mein ist stürzender Bach hinterm Waldesschleier,
Mein das fruchtbare Meer,
Mein der speilenden Kinder Vogelgeschwirre,
Träne und Lied einsam Verliebter am Abend.
Mein auch sind die Tempel der Götter, mein ist
Der Vergangenheitehrwürdiger Hain.
Und nicht minder der Zukunft
Lichtes Himmelsgewölbe ist meine Heimat
...

[...]

Hermann Hesse ("Der Dichter", 1913, cité par Patrick Simon : http://www.patricksimon.com)


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