lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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PP 2013 VOIX - traductions - auteurs en espagnol

PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME TRADUCTIONS

AUTEURS de langue espagnole

- Federico Garcia Lorca -

Federico García Lorca (1898- 1936) est un poète et un auteur de pièces de théâtre espagnol.
Il a été l'ami de Luis Buñuel (cinéaste) et de Salvador Dalí.
Il est mort fusillé au début de la Guerre civile (1936-1939) par les troupes du Général Franco.

"Toutes les choses ont leur mystère, la poésie c'est le mystère de toutes les choses".

Sur le thème de la voix pour le Printemps 2013 :

à Catalina Bárcena *

Tu voz es sombra de sueño.
Tus palabras
son en el aire dormido
pétalos de rosas blancas.

Por tus cabellos dorados,
por tu mirada profunda,
por tu voz nublada y triste
¡ rindo mi capa andaluza !

Tienen tus ojos la niebla
de las mañanas antiguas;
dulces ojos soñolientos,
preñados de lejanías.

Al escucharte se siente
dentro del alma un lejano
rumor de cálida fuente.

Federico García Lorca, 1920-1922 (Obras Completas Vol I) - Ce poème est parfois simplement intitulé "Tu voz" - * Catalina Bárcena (1888-1978) était une actrice de cinéma et de théâtre espagnole. Elle a joué dans la première pièce de Garcia Lorca : El maleficio de la mariposa (Le maléfice du papillon).

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Ta voix

Ta voix est l'ombre du rêve.
Tes paroles
sont dans l'air endormi
des pétales de roses blanches.

Pour tes cheveux d'or,
pour ton profond regard,
pour ta voix douce et triste
¡ je renonce à ma cape andalouse !

Tes yeux sont la brume
des antiques matins ;
tes doux yeux songeurs,
imprégnés des lointains.

En t'écoutant on ressent
dans l'âme une lointaine
rumeur de chaude fontaine.

(Traduction proposée par Lieucommun )

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Chanson bête

Maman,
Je voudrais être en argent.

Mon fils,
Tu auras bien froid.

Maman,
Je voudrais être de l'eau.

Mon fils,
Tu auras bien froid.

Maman,
Brode-moi sur ton oreiller.

Ah, ça oui  !
tout de suite !

Federico García Lorca (Traduction proposée par Lieucommun )

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Canción tonta

Mamá.
Yo quiero ser de plata.

Hijo,
tendrás mucho frío.

Mamá.
Yo quiero ser de agua.

Hijo,
tendrás mucho frío.

Mamá.
Bórdame en tu almohada.

¡Eso sí!
¡Ahora mismo!

Federico García Lorca ("Canciones" - 1928)

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Romance de la lune lune
 
La lune vient à la forge
avec ses volants de nards.
l'enfant, les yeux grand ouverts,
la regarde, la regarde.

Dans la brise qui s'émeut
la lune bouge les bras,
dévoilant, lascive et pure,
ses seins blancs de dur métal.

Va-t-en lune, lune, lune.
Si les gitans arrivaient,
ils feraient avec ton cœur
bagues et colliers blancs.

Petit, laisse-moi danser.
Quand viendront les cavaliers,
ils te verront sur l'enclume
tu auras les yeux fermés.

Va-t'en lune, lune, lune.
j'entends déjà leurs chevaux.

Laisse-moi, petit, tu froisses
ma blancheur amidonnée.

Battant le tambour des plaines
approchait le cavalier.
Dans la forge silencieuse
gît l'enfant, les yeux fermés.

Par l'olivette venaient,
bronze et rêve, les gitans,
chevauchant la tête haute
et le regard somnolent.

Comme chante la zumaya*,
Ay, comme elle chante dans son arbre !
Dans le ciel marche la lune
tenant l'enfant par la main.

Autour de l'enclume pleurent
les gitans désespérés.
la brise veille, veille,
la brise fait la veillée.

Federico García Lorca ("Romancero Gitano" - 1928) (Traduction proposée par Lieucommun )

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Romance de la luna luna

La luna vino a la fragua
con su polisón de nardos.
El niño la mira, mira.
El niño la está mirando.

En el aire conmovido
mueve la luna sus brazos
y enseña, lúbrica y pura,
sus senos de duro estaño.

Huye luna, luna, luna.
Si vinieran los gitanos,
harían con tu corazón
collares y anillos blancos.

Niño, déjame que baile.
Cuando vengan los gitanos,
te encontrarán sobre el yunque
con los ojillos cerrados.

Huye luna, luna, luna,
que ya siento sus caballos.

Niño, déjame, no pises
mi blancor almidonado.

El jinete se acercaba
tocando el tambor del llano.
Dentro de la fragua el niño,
tiene los ojos cerrados.

Por el olivar venían,
bronce y sueño, los gitanos.
Las cabezas levantadas
y los ojos entornados.

Cómo canta la zumaya,
¡ay, cómo canta en el árbol!
Por el cielo va la luna
con un niño de la mano.

Dentro de la fragua lloran,
dando gritos, los gitanos.
El aire la vela, vela.
El aire la está velando.

Federico García Lorca ("Romancero Gitano" - 1928)

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Dos muchachas (deux jeunes filles)

A Máximo Quijano

La Lola

Bajo el naranjo lava
pañales de algodón.
Tiene verdes los ojos
y violeta la voz.

¡ Ay, amor,
bajo el naranjo en flor !

El agua de la acequia
iba llena de sol,
en el olivarito
cantaba un gorrión.

¡ Ay, amor,
bajo el naranjo en flor !

Luego, cuando la Lola
gaste todo el jabón,
vendrán los torerillos.

¡ Ay, amor,
bajo el naranjo en flor !

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Amparo *


Amparo,
! Qué sola estás en tu casa
Vestida de blanco !

(Ecuador entre el jazmín y el nardo!)
Oyes los maravillosos
Surditores de tu patio,
Y el débil trino amarillo
Del canario.

Por la tarde ves temblar
Los cipreses con las pájaros,
Mientras bordas lentamente
Letras sobre el cañamazo.

Amparo,
! que sola estás en tu casa
Vestida de blanco !

Amparo,
! y qué difícil decirte :
Yo te amo !

Federico García Lorca ("Romancero Gitano" - 1928)

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traduction en français
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Lola

Sous l'oranger elle lave
des langes de coton.
Elle a les yeux verts
et la voix violette.

Ah, amour,
sous l'oranger en fleurs !

l'eau de la rivière
était pleine de soleil,
sur le petit olivier
un moineau chantait.

Ah, amour,
sous l'oranger en fleurs
!

Tout à l'heure quand Lola 
aura usé tout le savon,
viendront les jeunes toréadors .

Ah, amour,
sous l'oranger en fleurs
!

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Amparo*

Amparo,

tu es bien seule dans ta maison,

toute habillée de blanc !
(Equateur entre la valériane*
et le jasmin.)

Tu écoutes, le bruissement de l’eau
dans ton patio
et les fragiles trilles jaunes

du canari.

Tu vois trembler dans le soir

les cyprès avec les oiseaux,

pendant que tu brodes lentement

des lettres sur le canevas.

Amparo,

tu es bien seule dans ta maison,

toute vêtue de blanc!

Amparo,

comme il est difficile de te le dire :

moi, je t’aime !

Federico García Lorca ("Poema del Cante jondo" - 1921) - traduction lieucommun pour le blog
*Amparo, prénom féminin qui signifie "protection" au sens religieux (en général protection par la Vierge Marie)
* nardo, groupe de plantes aromatiques
dont la racine est très parfumée, peut se traduire par nard (originellement : spicanard) ou encore, suivant les variétés, par valériane (herbe à chat), qu'on utilise en infusion. Pour la beauté du mot lieucommun a choisi valériane.

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Noche de cuatro lunas

Noche de cuatro lunas

y un solo árbol,

con una sola sombra

y un solo pájaro.

Busco en mi carne
las huellas de tus labios.

El manantial besa al viento

sin tocarlo.

Llevo el No que me diste,

en la palma de la mano,

como un limón de cera

casi blanco.

Noche de cuatro lunas

y un solo árbol,

En la punta de una aguja,

está mi amor ¡ girando !
 
Federico García Lorca

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- traduction lieucommun pour le blog

Nuit de quatre lunes

Nuit de quatre lunes
avec un seul arbre,
avec une seule ombre,
et un seul oiseau.
 
Je cherche sur ma peau
la trace de tes lèvres.
la source fait un baiser au vent
sans le toucher.
 
Je garde le Non que tu m'as donné
dans la paume de ma main
Comme un citron de cire
presque blanc.
 
Nuit de quatre lunes
avec un seul arbre,
Sur la pointe d'une aiguille
mon amour tourne, sans arrêt !

Federico García Lorca (Poésies II, NRF Poésie/Gallimard)

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Deseo
 
Sólo tu corazón caliente,
Y nada más.

Mi paraíso, un campo
Sin ruiseñor
Ni liras,
Con un río discreto
Y una fuentecilla.

Sin la espuela del viento
Sobre la fronda,
Ni la estrella que quiere
Ser hoja.

Una enorme luz
Que fuera
Luciérnaga
De otra,
En un campo de
Miradas rotas.

Un reposo claro
Y allí nuestros besos,
Lunares sonoros
Del eco,
Se abrirían muy lejos.

Y tu corazón caliente,
Nada más.

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- traduction lieucommun pour le blog

Désir

Rien que ton cœur brûlant,
Et rien d’autre.

Mon paradis : un champ
Sans rossignols
Ni lyres,
Avec un ruisseau discret
Et une petite source.

Pas de vent qui éperonne
Les frondaisons,
Ni d’étoile qui veuille
Être une feuille.

Une immense clarté
Qui serait
Le ver luisant
D’une autre
Dans un champ de
Regards brisés.

Un lumineux repos
Et là, tous nos baisers,
Grains de beauté sonores
De l’écho,
Écloraient au loin.

Et puis ton cœur brûlant,
Et rien d’autre.

Federico García Lorca (Libro de Poemas - Livre de Poèmes, 1920)

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Lorca a écrit les "Sonnets de l'amour obscur" à la fin de sa vie, et leur publication est posthume.
On citera ces paroles, prononcées bien plus tard par Ramírez de Lucas et rapportées par l'écrivain espagnol Manuel Francisco Reina dans son ouvrage "Los amores oscuros" (Temas de hoy, mai 2012) :

“Yo fui el último amor de Lorca y, tal vez, la razón de su muerte”.
"J'ai été le dernier amour de Lorca, et peut-être la raison de sa mort". (Ramírez de Lucas, disparu en 2010 )


Ay, voz secreta

Ay voz secreta del amor oscuro
¡ ay balido sin lanas! ¡ay herida !
¡ ay aguja de hiel, camelia hundida !
¡ ay corriente sin mar, ciudad sin muro !

¡ Ay noche inmensa de perfil seguro,
montaña celestial de angustia erguida !
¡ ay perro en corazón, voz perseguida !
¡ silencio sin fin, lirio maduro !

Huye de mí, caliente voz de hielo,
no me quieras perder en la maleza
donde sin fruto gimen carne y cielo.

Deja el duro marfil de mi cabeza,
apiádate de mí, ¡ rompe mi duelo !
¡que soy amor, que soy naturaleza !

¡Ay!

El grito deja en el viento
una sombra de ciprés.

(Dejadme en este campo,
llorando.)

Todo se ha roto en el mundo.
No queda más que el silencio.

(Dejadme en este campo,
llorando.)

El horizonte sin luz
está mordido de hogueras.

(Ya os he dicho que me dejéis
en este campo,
llorando.)

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Voix secrète

Ô voix secrète de l’amour obscur !
ô bêlement sans laine ! ô vive plaie !
ô aiguille de fiel, fleur étouffée !
torrent loin de la mer, ville sans murs !

ô nuit immense avec un profil sûr !
cime céleste d’angoisse dressée !
cœur aux abois et voix persécutée !
silence sans limite et iris mûr !

Fuis loin de moi, brûlante voix de glace.
Tu ne veux pas me perdre au labyrinthe
où gémissent sans fruit et la chair et l’espace.

Laisse le dur ivoire de ma tête
et prends pitié de moi, mets un terme à mes larmes :
je suis amour, je suis nature vierge ! ...

Federico García Lorca
(traduction d'André Belamich dans Œuvres complètes de Federico García Lorca ( "La Pléiade", Gallimard, tome 1, 1981)

¡Ay!

Le cri abandonne au vent
l'ombre des cyprès.

(Laissez moi dans cette campagne,
en pleurs.)

Tout est détruit dans le monde.
Il ne reste que le silence.

(Laissez moi dans cette campagne,
en pleurs.)


L'horizon sans lumière
est dévoré par les incendies.

(Je vous ai dit de me laisser
dans cette campagne,
en pleurs.)

Federico García Lorca
(traduction des strophes : A. Bial - lieucommun, pour le blog)


Federico García Lorca (Sonetos del amor oscuro, Poema de la soleá, en Poema del Cante Jondo, 1921)



 

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