lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

290407

Amérique du Nord - Indiens - Poèmes traditionnels

Crowfoot (1830-1890) est le principal chef de tribu Pieds-Noirs (Blackfeet). C'est à ce titre qu'il a négocié et signé le Traité qui assure la survie des Indiens au prix de la confiscation de la presque totalité de leur territoire.

Qu'est-ce que la vie ?

C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit.
C'est le souffle d'un bison en hiver.
C'est la petite ombre qui court dans l'herbe
et se perd au coucher du soleil.

Crowfoot, chef Blackfeet, en 1880


Chanson pour les arbres et les rivières

Noire sur le ciel,
Cette lointaine ligne là-bas s'étire devant nos yeux.
Nous voyons des arbres, une longue rangée d'arbres
Qui s'inclinent et balancent à la brise.
Claire d'éclats lumineux,
Cette lointaine ligne là-bas court devant nos yeux,
Court prestement, preste court la rivière
Qui parcourt le pays en sinuant.

Écoutez ! Écoutez plutôt !

Un son, ce son lointain là-bas,
Qui vient nous saluer, en chantant vient,
Douce chanson de la rivière
Qui doucement murmure sous les arbres.

Chanson de la tribu Pawnee


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Amérique du Nord - Québec - France Bonneau

France Bonneau est une poétesse du Québec, née en 1949. Engagée pour la défense de l'identité québécoise, combattante des droits de l'Homme, elle a publié des textes et des poèmes dans différentes revues littéraires (Estuaire, Exit, Brèves Littéraires, Les Saisons littéraires, etc.), participé à des lectures publiques et écrit des spectacles de théâtre poétiques ("Au bout de l'exil", en mai 2006).

"Je viens de mille survivances" ...

De quel feu ?

De quel amour, de quel visage
De quelle fatigue es-tu ?
De quel fracas est ton œil
De quelle étoile viens-tu ?

Je viens de mille survivances
De mille peines
De mille chemins
Je viens d'une seule aurore
D'un seul matin

Mais de quelle ville, de quelle montagne
De quelle patience es-tu ?
De quel feu est ton œil
De quel astre viens-tu ?

Je viens de mille côtes
De mille sites
De mille partages

Je viens du désir enfin !

Quand dans l'avant-jour, je largue les amarres
C'est que j'espère encore !

France Bonneau


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Amérique du Nord - Québec - Gilles Vigneault

Gilles Vigneault est né en 1928. C'est un poète et un chanteur (auteur-compositeur-interprète). Voir ici sur le blog un autre texte : J'ai pour toi un lac.
Certains termes ou expressions sont particulières au français du Québec, on les reconnaîtra au passage.

Mon pays

Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver
Mon jardin ce n'est pas un jardin, c'est la plaine
Mon chemin ce n'est pas un chemin, c'est la neige
Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver

Dans la blanche cérémonie
Où la neige au vent se marie
Dans ce pays de poudrerie
Mon père a fait bâtir maison
Et je m'en vais être fidèle
A sa manière, à son modèle
La chambre d'amis sera telle
Qu'on viendra des autres saisons
Pour se bâtir à côté d'elle

Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver
Mon refrain ce n'est pas un refrain, c'est rafale
Ma maison ce n'est pas ma maison, c'est froidure
Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver

De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
A tous les hommes de la terre
Ma maison c'est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
A préparer le feu, la place
Pour les humains de l'horizon
Et les humains sont de ma race

Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver
Mon jardin ce n'est pas un jardin, c'est la plaine
Mon chemin ce n'est pas un chemin, c'est la neige
Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver

Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'envers
D'un pays qui n'était ni pays ni patrie
Ma chanson ce n'est pas une chanson, c'est ma vie
C'est pour toi que je veux posséder mes hivers

Gilles Vigneault


Les gens de mon pays

Les gens de mon pays
Ce sont gens de paroles
Et gens de causerie
Qui parlent pour s'entendre
Et parlent pour parler
Il faut les écouter
C'est parfois vérité
Et c'est parfois mensonge
Mais la plupart du temps
C'est le bonheur qui dit
Comme il faudrait de temps
Pour saisir le bonheur
A travers la misère
Emmaillée au plaisir
Tant d'en rêver tout haut
Que d'en parler à l'aise

Parlant de mon pays
Je vous entends parler
Et j'en ai danse aux pieds
Et musique aux oreilles
Et du loin au plus loin
De ce neigeux désert
Où vous vous entêtez
A jeter des villages
Je vous répéterai
Vos parlers et vos dires
Vos propos et parlures
Jusqu'à perdre mon nom
O voix tant écoutées
Pour qu'il ne reste plus
De moi-même qu'un peu
De votre écho sonore

Je vous entends jaser
Sur les perrons des portes
Et de chaque côté
Des cléons des clôtures
Je vous entends chanter
Dans ma demi-saison
Votre trop court été
Et mon hiver si longue
Je vous entends rêver
Dans les soirs de doux temps
Il est question de vents
De vente et de gréements
De labours à finir
D'espoirs et de récolte
D'amour et du voisin
Qui veut marier sa fille

Voix noires et voix durcies
D'écorce et de cordage
Voix des pays plain-chant
Et voix des amoureux
Douces voix attendries
Des amours de village
Voix des beaux airs anciens
Dont on s'ennuie en ville
Piailleries d'écoles
Et palabres et sparages
Magasin général
Et restaurant du coin
Les ponts les quais les gares
Tous vos cris maritimes
Atteignent ma fenêtre
Et m'arrachent l'oreille

Est-ce vous que j'appelle
Ou vous qui m'appelez
Langage de mon père
Et patois dix-septième
Vous me faites voyage
Mal et mélancolie
Vous me faites plaisir
Et sagesse et folie
Il n'est coin de la terre
Où je ne vous entende
Il n'est coin de ma vie
A l'abri de vos bruits
Il n'est chanson de moi
Qui ne soit toute faite
Avec vos mots vos pas
Avec votre musique

Je vous entends rêver
Douce comme rivière
Je vous entends claquer
Comme voile du large
Je vous entends gronder
Comme chute en montagne
Je vous entends rouler
Comme baril de poudre
Je vous entends monter
Comme grain de quatre heures
Je vous entends cogner
Comme mer en falaise
Je vous entends passer
Comme glace en débâcle
Je vous entends demain
Parler de liberté

Gilles Vigneault


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Amérique du Sud - Chili - Gabriela Mistral

Gabriela Mistral (1889-1957), est une poètesse chilienne, contemporaine de Pablo Neruda, qu’elle a côtoyé en Europe.
Ses premiers poèmes, dont "Junto al Mar" (Au bord de la mer) sont publiés en 1904 dans un journal chilien local.
Son pseudonyme, Mistral est emprunté au poète provençal français Frédéric Mistral.
Elle reçoit en 1945 le Prix Nobel de Littérature.

Voici un premier texte :

Où ferons-nous la ronde ?

Où ferons-nous la ronde ?
La ferons-nous au bord de la mer ?
La mer dansera de toutes ses vagues,
tressant des fleurs d’oranger.
La ferons-nous au pied de la montagne ?
La montagne nous répondra :
Ce sera comme si les pierres du monde entier
Se mettaient à chanter.
Mieux, la ferons-nous dans la forêt ?
Des chants d’enfants et d’oiseaux
tresseront des baisers dans le vent.
Nous ferons une ronde infinie :
Nous irons la danser dans la forêt,
nous la ferons au pied de la montagne,
et sur toutes les plages du monde.

Gabriela Mistral ( "Désolation"  - 1922) (traduction proposée par  Lieucommun) 

¿En dónde tejemos la ronda?

¿En dónde tejemos la ronda?
¿La haremos a orillas del mar?
El mar danzará con mil olas,
haciendo una trenza de azahar.
¿La haremos al pie de los montes?
El monte nos va a contestar.
¡Será cual si todas quisiesen,
las piedras del mundo, cantar !
¿La haremos, mejor, en el bosque ?
La voz y la voz va a trenzar,
y cantos de niños y de aves
se irán en el viento a besar.
¡Haremos la ronda infinita!
¡La iremos al bosque a trenzar,
la haremos al pie de los montes
y en todas las playas del mar !

Gabriela Mistral ("Desolación"  - 1922) 


Dans ce deuxième texte, l'auteur décrit "trois arbres" de Patagonie, cette région à l'extrème pointe de l'Amérique du Sud, à la frontière du Pôle sud. Terre de glace et "terre de feu" (les volcans), avec à l'ouest des forêts millénaires.
C'est en Patagonie que se trouve la ville d' Ushuaïa (l'émission de télévision sur la nature sauvage lui a emprunté son nom : "baie qui pénètre vers le couchant" dans la langue des indiens).

Trois arbres

Trois arbres tombés
sont restés au bord du sentier.
Oubliés du bûcheron, ils s'entretiennent*,
fraternellement serrés, comme trois aveugles.

Le soleil couchant verse
son sang vif dans les troncs éclatés,
les vents emportent le parfum
de leur flanc ouvert.

L'un, tout tordu, tend un bras immense,
frissonnant de feuillage, vers l'autre
et ses blessures sont pareilles
à des yeux pleins de prière.

Le bûcheron les a oubliés.
La nuit viendra. Je resterai avec eux.
Je recueillerai dans mon cœur
leurs douces résines, elles me tiendront lieu de feu.
Muets, pressés les uns contre les autres,
que le jour nous trouve monceau de douleur**.

Gabriela Mistral ("Paysages de Patagonie, dans le recueil "Désolation"  - 1922).

* dans le sens de converser     -   ** traduction de Mathilde Pomès : "deuil". J'ai préféré "douleur".
Traduction de Mathilde Pomès, auteur de "Gabriela Mistral" (collection Poètes d'aujourd'hui - éd Pierre Seghers - 1963)

Tres árboles

Tres árboles caídos
quedaron a la orilla del sendero.
El leñador los olvidó, y conversan
apretados de amor, como tres ciegos.

El sol de ocaso pone
su sangre viva en los hendidos leños
¡y se llevan los vientos la fragancia
de su costado abierto!

Uno torcido, tiende
su brazo inmenso y de follaje trémulo
hacia el otro, y sus heridas
como dos ojos son, llenos de ruego.

El leñador los olvidó. La noche
vendrá. Estaré con ellos.

Recibiré en mi corazón sus mansas
resinas. Me serán como de fuego.
¡Y mudos y ceñidos,
nos halle el día en un montón de duelo !

Gabriela Mistral ("Paisajes de la Patagonia" en "Desolación"  - 1922)
Ce texte a été chanté (en espagnol) par le chilien Angel Parra (en 1995 dans "Gabriela Mistral: "amado, apresura el paso")


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Arctique - Inuits

Les Inuits vivent dans les régions arctiques de la Sibérie, de l'Amérique du Nord (l'Alaska, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Québec, le Labrador) ainsi que du Groenland ('île la plus étendue de la planète après l'Australie, c'est un territoire autonome rattaché au Danemark).

livre_po_mes_eskimo_PEVLes Eskimo (ou "esquimaux") préfèrent qu'on les nomme "Inuit" (pluriel du mot "Inuk", qui signifie "l'homme par excellence").

En 1935 et 1936, à l'est du Groenland, l'explorateur Paul-Émile Victor a  collecté des récits, des chants et des poèmes traditionnels, réunis sous le titre "Poèmes eskimo" (Seghers jeunesse - 2005).

"... la petite lumière qui remplit le monde."





Le corbeau

Je suis montée sur le rocher
Sur le rocher de Krartoudouk*.
Comme un corbeau est ce rocher
Comme un corbeau posé sur le terre.
Derrière ce rocher j'ai vu les glaces
J'ai vu les glaces jusqu'au loin
Et je me suis assise sur ce rocher
Qui a l'air d'un corbeau.

poème anonyme (Krartoudouk* = corbeau)

Chant d'Anudadak

Je marchais au bord d'un lac
il y avait un renard qui grapillait des baies
il est venu vers moi, je lui ai pris la queue
et il m'a tiré jusqu'au sommet d'une montagne
ça soufflait un peu de l'intérieur
il y avait un petit vent.

Paroles d'un chant de la chamane Kaga  (collectées par Paul-Émile Victor - expédition à Ammassalik, 1935)


Je tremble de joie (titre proposé)

Le grand flux de l'océan me met en mouvement,
il me fait flotter.
Je flotte comme l'algue à la surface des eaux.
La voûte céleste m'agite
et l'air puissant agite mon esprit
et je me jette dans la poussière.
Je tremble de joie.

Chant inuit (dans "Paroles de bonheur" - Albin Michel)


L'inuktitut est la langue parlée à l'est de l'Arctique du Canada.
L'image ci-dessous présente l'écriture du poème D'un chien à un homme dans cette langue.

On trouve une étude sur l'inuktitut et des textes, dont celui-ci,
à cette adresse : http://www.parcourslemonde.compo_me_inuit_pour_all_ger

D’un chien à un homme

Petit homme tu ne sembles ni pressé ni anxieux.
lorsque nos routes se croisent
nous sommes tous deux heureux
à la vue du jour nouveau.

Petit homme, grand merci,
ton salut du matin me ravit.

Taiviti Naullaq
Transcrit de l'inuktitut par Michèle Therrien


Qu'est-ce que je te promets ?

Qu'est-ce que je te promets ?
Des cieux brillants et clairs
C'est ce que je te promets.

poème anonyme


La noisette

Elle a parfois
Avec l’écureuil
Des tête-à-tête
Qui ne portent pas leurs fruits.

poème anonyme


Comment l’eau a commencé à jouer

L’eau voulait vivre,
elle alla voir le soleil
et revint en pleurant.

L’eau voulait vivre
Elle alla voir les arbres,
ils brûlèrent, ils pourrirent,
elle revint en pleurant.

L’eau voulait vivre
Elle alla vers les fleurs elles fanèrent,
elle revint en pleurant.

Jusqu’à n’avoir plus de larmes,
gisant au profond de toutes les choses
entièrement épuisée entièrement claire.

poème anonyme


La plupart des Inuit maîtrisent aussi la langue anglaise :

And yet there is only
One great thing,
The only thing:
To live to see in huts and journeys
The grest day that daws
And the little light that fills the world."

Kibkarjuk
(Cité par John Robert Colombo dans  " The poems of the Inuit" 1981)

Traduction :

Et cependant il y a
une grande chose,
la seule grande chose :
Vivre pour voir dans nos huttes et nos voyages
le grand jour qui se lève
et la petite lumière qui remplit le monde.

Kibkarjuk


Paroles pour alléger ce qui est lourd

Je marcherai avec les muscles
des pattes du petit caribou.
Je marcherai avec les muscles
des pattes du petit lièvre.
J’hésiterai d’aller vers la nuit,
j’irai vers le jour.

anonyme
(réf "Anthologie de poèmes sur la nature, l'homme et son environnement" - Jean-Marie Henry - éditions Rue du monde).


Festins

L'oiseau a mangé le ver
Le renard a mangé l'oiseau
Le loup a mangé le renard
L'ours a mangé le loup
L'homme a mangé l'ours

Et le ver mangera l'homme
et tout va recommencer

Le jour mangera la nuit
La nuit mangera le jour.

anonyme
(réf "Anthologie de poèmes sur la nature, l'homme et son environnement" - Jean-Marie Henry - éditions Rue du monde).


 

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Asie Occidentale - Moyen-Orient - Iran, Irak (et Perse)

Nîma Yushidj (1897-1959) est considéré en Iran comme le "père" de la poésie iranienne contemporaine (she'r è-now) , qualifié parfois de romantique ou de lyrique.

Les deux textes proposés ici sont empruntés au site : http://lettresperses.free.fr où on trouvera d'autres auteurs.

 

Nimâ (extrait, voir le texte intégral sur le site indiqué)

Sur cette sphère sans art ni lumière,
Nimâ est le nom d’un papillon solitaire
butinant les fleurs mélancoliques,
loin de la verdure du printemps,
au cœur d’un automne jauni de tristesse.
...

Nima Yushidj ("Une voix dans la nuit") - Traduction de Parviz Khazraï


La mort de l’alouette

Dans le calme de la forêt, comme hier,
chaque recoin annonce l’arrivée du matin
et le lierre en grimpant le madjar*
oublie ses chagrins.

L’air est frais, presque inerte, comme hier,
le zéphyr veut souffler, mais n’ose guère.
Sur un rocher de granit l’alouette est morte,
comme un dessin de rosée sur la pierre.

En vain ses yeux restent encore ouverts,
en vain la lumière se jette sur l’alouette :
c’est comme si ses rayons tombaient
sur un rocher.

Après le gosier, c’est le corps entier qui s’arrête.
Depuis des années, écho de son âme,
l’alouette se fond dans la tombe de ses chants.
L’air se souviendra de toutes ses aubades
à présent disparues dans l’oreille du temps.

On dirait que rien ne s’est passé dans l’univers,
le vieux noyer s’élance vers le ciel, comme hier.
Comme hier, une vigne étale
silencieusement ses branches sur une pierre.

* Le madjar est un arbre des forêts de Mâzandarân, au nord de l’Iran.
 Nima Yushidj ("Une voix dans la nuit") - Traduction de Parviz Khazraï


Omar Khayyâm Saadi Hafiz

"Firmament de métamorphoses
Où la raison se dépayse
La lumière se décompose
Omar Khayyâm Saadi Hafiz
Ô constellation des roses"

Louis Aragon (Pour le prologue de son recueil : Les poètes)

Omar Khayyâm (1048-1131) est un poète persan :

Cette roue sur laquelle nous tournons
est pareille à une lanterne magique.
Le soleil est la lampe;
Le monde l'écran ;
nous sommes les images qui passent.

Omar Khayyâm                    Texte en persan ci-dessous

texte_perse






Mocharrafoddin Sadi (ci-dessous)

Pour être juste avec lui, disons que Mocharrafoddin Sadi ou Mucharrif al-Dïn Sadi ou SaadiMuslah-al-Din Saadi ou Saadi, Musluh al-Din , ou plus simplement Saadi (1213-1291) sont les noms sous lesquels on connaît ce poète persan de langues arabe et persane.
Grand voyageur en Asie et en Afrique du Nord, il est l'auteur de maximes, de fables, et de poèmes lyriques, dans les deux langues.

"Saisis l’instant, sachant que chaque jour
de ton futur c'est un jour qui s’en va."
Saadi (nom de l'auteur en persan ci-dessous)
سعدی

Le flambeau (titre proposé)

Le savant dont les moeurs

sont déréglées ressemble à un aveugle
qui porte un flambeau
dont il éclaire les autres,
sans pouvoir s'éclairer lui-même.

Saadi


Le texte anglais de ce beau poème de Saadi ci-dessous est gravé à l'entrée de l'immeuble de l’ONU (Organisation des Nations Unies) à New York :

Of one Essence is the human race,
Thusly has Creation put the Base;
One Limb impacted is sufficient,
For all Others to feel the Mace.

Saadi (traduction en anglais d' Iraj Bashiri)

En voici la version française :

Les enfants d'Adam font partie d'un corps
Ils sont crées tous d'une même essence
Si une peine arrive à un membre du corps
Les autres aussi, perdent leur aisance
Si, pour la peine des autres, tu n'as pas de souffrance
Tu ne mériteras pas d'être dans ce corps

Saadi (traduction française de Mahshid Moshiri)

Texte original en persan (si votre ordinateur le permet) :
بنی آدم اعضای یک پیکرند، که در آفرينش ز یک گوهرند
چو عضوى به درد آورد روزگار، دگر عضوها را نماند قرار
تو کز محنت دیگران بی غمی، نشاید که نامت نهند آدمی

 


Salah Al Hamdani est né en 1951 à Bagdad. Exilé depuis 30 ans en France. il écrit en arabe et en français, des pièces de théâtre, des récits, des nouvelles et des poèmes (Bagdad mon amour, 2003 - Ce qu’il reste de lumière, 1999 -  Au large de Douleur, 2000 - Le Doute, 1992).

Seul le vieux tapis fleurissait le sol

La maison avait changé d’adresse
ma photo avait changé de place
la table avait été pliée derrière la porte
la chaise de mon père, aussi,
seul le vieux tapis fleurissait le sol

Je t’ai trouvée enfin
dans un jardin nu
avec ton grand châle noir
l’esprit en dérive
enfilée dans tes prières
l’âge cousu sur le visage

J’ai cru serrer un palmier agonisant
Puis dans mes bras,
j’ai reconnu ma mère.

Salah Al Hamdani - écrit en 2004 ("Poèmes de Bagdad", à paraître)


Abû-Nuwâs  (né en 757, mort à Bagdad en 815), est un poète de Perse, ancien pays sur le territoire de l'actuel Irak. Ce passage autobiographique d'un de ses poèmes, explique sa réputation sulfureuse :

J'ai quitté les filles pour les garçons
et pour le vin vieux, j'ai laissé l'eau claire.
Loin du droit chemin, j'ai pris sans façon
celui du péché, car je le préfère.
J'ai coupé les rênes et sans remords
j'ai enlevé la bride avec le mors ...                   


Abû -Nuwâs ("Le vin, le vent, la vie"- éditions Actes Sud, 1998)


Autre poème d'Abû Nuwâs :

Laisse le vent du Sud disperser la poussière

des campements détruits par le malheur des temps !
Mais au rude chameau laisse un arpent de terre,
pour qu'il puisse trotter dessus tout son content!
Là ne poussent que l'acacia et l'arbre à soie
et l'hyène et le chacal sont gibier de misère.
Des Bédouins, n'attends pas d'agrément,
quel qu'il soit,
car leur vie est aride comme le désert.

Abû -Nuwâs ("Le vin, le vent, la vie"- éditions Actes Sud, 1998)


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Asie - Proche-Orient - Israël

Yehuda Amichaï (1924-2000), en hébreu : יהודה עמיחי, est un poète juif israélien de langue hébraïque.
Il a écrit également des nouvelles et des pièces de théâtre. Ses œuvres ont été traduites dans une trentaine de langues.


Jérusalem                  ירושלים  = Jerusalem

Sur un toit de la Vieille Ville
une lessive dans l'ultime lumière du jour :                 יום = jour
le drap blanc d'une ennemie
la serviette avec laquelle mon ennemi
essuie la sueur de son front.

Dans le ciel de la Vieille Ville                        שמים = ciel
un cerf-volant.
Et au bout du fil,
un enfant                                                      ילד = enfant
que je ne peux voir
à cause du mur.                                               קיר = mur

Nous avons hissé beaucoup de drapeaux,
ils ont hissé beaucoup de drapeaux.
Pour nous faire croire qu'ils sont heureux.
Pour leur faire croire que nous sommes heureux.

Yehuda Amichaï ("Frôler la grâce" - 2000), traduit de l'hébreu par Michel Eckhard Elial.


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Asie - Proche-Orient - Palestine

Palestine, pas encore état-nation, mais depuis si longtemps, trop, région du Proche-Orient aux contours incertains, tourmentés, revendiqués, inclus, exclus. Palestine, paradoxale Terre Sainte-terre d'affrontements.
La poésie de Palestine est à la fois poésie ancienne de toute la région, avant les découpages historiques, et poésie contemporaine de résistance et d'identité des "Territoires palestiniens".
On trouvera la poésie israélienne dans les textes qui précèdent.

" Lorsque nos joies brilleront dans les maisons anciennes
quels pays irons-nous visiter ? "

Racim al-Madhoun

Toi, moi et lui

Il n'y avait pas d'arbres dans son vocabulaire
pas de fleurs
Dans son vocabulaire, il n'y avait pas d'oiseaux
Il ne savait que ce qu'on lui avait appris
tuer les oiseaux d'abord
et il a tué les oiseaux
haïr la lune ensuite
et il a haï la lune
avoir un cœur de pierre
et il a eu un cœur de pierre
Et puis s'écrier :
« Vive n'importe quoi »
« À bas n'importe quoi »
« À mort n'importe quoi »

Il n'y avait pas d'arbre dans son vocabulaire
Dans son vocabulaire, il n'y avait pas
toi et moi
car il devait nous tuer
Il ne savait
que ce qu'on lui avait appris
nous tuer
toi et moi

Mou'in Bsissou


Exception

Tous parviennent à destination
le fleuve, le train
la voix, le navire
la lumière, les lettres
le télégramme de condoléances
l'invitation au dîner
la valise diplomatique
le vaisseau spatial
Tous parviennent à destination
sauf... mes pas vers mon pays


Si

Si Sisyphe avait réussi à monter le rocher
nous l'aurions oublié

Quel malheur pour Laïla
si Qaïs avait eu vraiment besoin de feu

Quel échec
pour al-Moutanabbi si Dieu avait comblé son désir d'être nommé gouverneur

Si Lear avait joui de toute sa raison
si Hamlet avait été plus décidé
si Othello avait échappé aux intrigues de Iago
si Juliette avait épousé Roméo
qu'aurions-nous pu faire de Shakespeare?

Ah si seulement
la vérité
pouvait avoir la force de la rumeur !

Mourid al-Barghouti (dans "La poésie palestinienne contemporaine" - choix des textes et traduction de Addellatif Laâbi - éditions Le temps des cerises et la Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 2002)


Vision

Lorsque nos joies brilleront dans les maisons anciennes
quels pays irons-nous visiter ?
Nous retirerons nos tombes de la terre
et nous reviendrons aux anciennes maisons
nous allumerons pour l'éternité notre danse
nous appellerons nos aimés à se relever de la pénombre des tombes
et nous épellerons leurs noms
enfant après enfant

Racim al-Madhoun


Âme primitive

Deux fleurs sur la table
une pour toi, et la deuxième
pour le corbeau
Je n'étais pas une pierre dans le jardin
une étoile dans le ciel
ou une plume dans l'aile des nuages
J'étais une âme primitive telle la fumée
planant dans l'isolement des êtres
entrant comme des hantises dans le coeur
et l'œil
Je n'avais pas de terre
Ma présence était l'absence
J'ai toujours été le silence des fontaines
le murmure des pierres s'ouvrant à l'herbe
ou la révélation de la terre dévastée

Laisse moi donc
et ferme-moi comme n'importe quel livre

Deux fleurs sur la table
une pour toi
et la deuxième
pour le corbeau

Yousouf Abdelaziz



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Asie - Chine - Liu Li ; Ai Qing

La reproduction du poème de Liu Li ci-dessous ainsi que l'image, appartiennent au site :image_po_me_temp_te
http://perso.orange.fr/yves.harrand/poemes_chinois.htm

où on trouvera d'autres textes.
Il est publié ici (et en particulier la calligraphie), sous condition d'autorisation* et avec les restrictions d'utilisation habituelles.

Tempête d'été >> calligraphie, cliquer pour agrandir

Le vent presse la pluie qui noie les hauts remparts,
Sous l'orage le sol bruit de cent gouttelettes,
La pluie s'en est allée, le Dragon, nulle part ?
Dans l'étang isolé coassent les rainettes.

Liu Li

* Les ayant-droit peuvent nous en demander la suppression.


Ce deuxième poème, du poète contemporain (1910-1996) chinois, Ai Qing  (dit Jiang Haicheng), n'est présenté qu'en version française.

J'aime cette terre

Même si j'étais un oiseau
avec mon gosier enroué je chanterais
cette terre fouettée par les tempêtes
ces fleuves où déferlent nos colères et nos peines
ce vent furieux qui n'en finit pas de souffler
et cette aube infiniment tendre venue de la forêt...
Enfin avec la mort
je laisserais mes plumes se décomposer dans la terre
Ah! pourquoi mes yeux sont-ils toujours embués de larmes
Parce que j'aime cette terre d'un amour très profond...

Ai Qing - 1938  (traduction : Zhang Yunsh)


Tu Fu (712 - 770) est un grand poète chinois de la dynastie des Tang. Il a produit près de 1500 poèmes.

Village près d'une rivière

Eau claire, méandres qui enserrent le village.
Longues jourbées d'été où tout est poésie.
Sans crainte vont et viennent les couples d'hirondelles ;
Les mouettes, les unes contre les autres, dans l'étang.
Ma vieille épouse dessine un échiquier sur papier.
Mon fils, pour pêcher, tord son hameçon d'une aiguille.
Souvent malade, je cherche les plantes qui guérissent :
Quoi d'autre peut-il désirer, mon humble corps ?

Tu Fu - 1938  (extrait de "L'Écriture poétique chinoise", de François Cheng)


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Asie - Inde - Toukârâm

Toukârâm (1598-1650) est un poète indien. Il est à l'origine d'un mouvement spirituel.

La réponse au "qui suis-je ? "
tu ne la connais pas.

Toukârâm

Les heures précieuses s’en vont stériles :
Même au prix de richesses innombrables,
Tu ne saurais les racheter.

Toukârâm

Psaume

La coque du coco est dure :
la chair, un délice.

Pourquoi scruter le dehors
quand le pur est au-dedans ?

La peau du jaque* est rugueuse :
Quelle saveur au-dedans !

L'écorce de la canne est noire :
Quel suc exquis au-dedans !

Le goût d'un mets, c'est le sel au-dedans :
Il n'y a pas à chercher ailleurs.

La saveur fait le prix.
Qu'importe l'apparence ?

Toukârâm (Traduit par G. A. Deleury)  * Le jaque est le fruit comestible du jaquier.


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