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1 novembre 2009

Raymond Queneau et l' OULIPO - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Raymond Queneau et l' OULIPO -

Raymond Queneau (1903-1976) a appartenu au mouvement surréaliste, dont il a été exclu, comme bien d'autres. Il est l'un des fondateurs du mouvement littéraire l'OuLiPo (ou OULIPO : Ouvroir de Littérature Potentielle). Jacques Bens, Jean Lescure, Georges Perec, Jacques Roubaud appartiennent à ce mouvement, caractérisé par des contraintes littéraires d'écriture, telles que l'absence d'une voyelle (Georges Perec : La Disparition), une réécriture de poèmes connus (comme le texte de Raymond Queneau présenté ici), etc. On en trouvera des exemples sur le blog, voyez le SOMMAIRE en page 1 de cette catégorie.
Auteur en particulier d' Exercices de style (60 formes différentes à partir d'un même texte) et de Zazie dans le Métro, Raymond Queneau publie en 1961 l'ouvrage Cent Mille Milliards de Poèmes, qui permet par combinaisons de vers de composer une infinité (ou presque !) de sonnets  réguliers.
Il est élu à l'Académie Goncourt en 1951.

Pour un art poétique

Prenez un mot prenez en deux
faites les cuir' comme des œufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d'innocence
faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et mettez les voiles
Où voulez vous donc en venir ?
À écrire Vraiment ? À écrire ?

Raymond Queneau ("Le Chien à la mandoline" - Gallimard, 1965)

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Cent mille milliards de poèmes

Raymond Queneau précise dans la présentation de l'ouvrage :

"C'est plus inspiré par le livre pour enfants intitulé "Têtes folles" * que par les jeux surréalistes du genre Cadavre exquis que j'ai conçu  et réalisé ce petit ouvrage qui permet à tout un chacun de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers bien entendu. C'est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes".

* Le livre-jeu "Têtes folles" propose 3 séries de languettes mobiles montées sur des anneaux, tête, corps, jambes, pour créer par d'innombrables combinaisons (cent mille milliards aussi ?), de drôles de personnages. Ce principe a été par la suite réutilisé avec des images d'animaux.
L'œuvre de Queneau est constituée, elle, de 14 vers sous 10 versions différentes pour chaqcun, c'est à dire 1014 combinaisons

Raymond Queneau dit encore à propos de son ouvrage : "En comptant 45 s pour lire un sonnet et 15 s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails)" (Citation empruntée à http://savoir.pingouin.org/index.php/Cent_Mille_Milliards_de_Po%C3%A8mes)

Malgré tout, cet exercice se rapproche dans son principe, et pour la création poétique avec les élèves, du Cadavre exquis décrit dans cette catégorie au paragraphe consacré à André Breton (voir le SOMMAIRE).

Une des cent mille milliards de versions possibles* ...

Il se penche il voulait attraper sa valise
se faire il pourrait bien que ce soit des jumeaux
la découverte alors voilà qui traumatise
des narcisses on cueille ou bien on est des veaux

L'un et l'autre a raison non la foule insoumise
qui clochard devenant jetait ses oripeaux
un frère même bas est la part indécise
à tous n'est pas donné d'aimer les chocs verbaux

La Grèce de Platon à coup sûr n'est point sotte
on comptait les esprits acérés à la hotte
il voudra retrouver le germe adultérin

Ne fallait pas si loin agiter ses breloques
tu me stupéfies plus que tous les ventriloques
le Beaune et le Chianti sont-ils le même vin ?

Raymond Queneau ("Cent mille milliards de poèmes" - Gallimard 1961)

* Voir à cette adresse, où a été emprunté le texte qui précède, l'intégralité des 1014 combinaisons de vers pour "Cent mille milliards de poèmes" :
http://membres.lycos.fr/bouillondepoesie/auteur_Queneau.htm

logo_cr_ation_po_tiqueLe "Poème multiple", sur le principe de Cent mille milliards de poèmes

Le poème multiple propose un choix (ou laisse faire le hasard*) de plusieurs écritures possibles pour chacun de ses vers, capable de produire au final un poème différent mais correct (du point de vue grammatical au moins).
Comme pour le Cadavre exquis, cette activité suppose une maîtrise par les élèves de la structure de la phrase et de la relation logique entre ses différents éléments.

  • Avec des rimes :

On pourra se limiter pour la création du poème multiple à un quatrain avec trois, quatre ou cinq versions de chaque vers. Calculez le nombre de combinaisons, c'est déjà pas si mal !
Choisir 2 séries de syllabes-rimes des plus répandues, comme dans le texte de Queneau : age, eure, ise, ote, in, sous leurs différentes graphies ; et/ou des sons voyelles pour jouer plus facilement sur des assonances : a, o, i, u, ou, au, on...

Se constituer un stock de mots regroupés par rimes.

Exemple 1 : Structurer le poème de manière à construire une phrase avec  les deux premiers vers et une deuxième avec les deux derniers. Pour le quatrain, on aura le choix entre des rimes alternées ou embrassées. Masculines-féminines, mais sans contrainte, c'est déjà assez ardu !
On décidera si les variantes du poème doivent présenter une certaine logique, ou si on se donne toutes les libertés.
Ce premier exemple proposé par le blog est en alexandrins. On a utilisé ici la même structure interne pour chaque groupe de vers, constituée d'une phrase simple pour la première série. Le quatrain est lui-même structuré en 4 parties. L'ensemble tente de rester dans le thème annoncé par le titre :

Les évadés du zoo

1. Le lion dévorait un lièvre de passage / Le canari sciait les barreaux de sa cage / Une tortue bronzait toute nue sur la plage / Un chameau traversait la rivière à la nage

2. Sans se préoccuper ni du jour ni de l'heure / En songeant que demain arriverait sa sœur / Le désir d'aventure est plus fort que la peur / Un complice attendait sur son vélomoteur

3. Quand tout-à-coup  a éclaté un gros orage / Mais la police est arrivée dans les parages  / Une tempête a traversé le paysage / C'était le jour de l'ouverture de la chasse (assonance)

4. L'horoscope annonçait des lendemains meilleurs  / Les animaux les plus futés font des erreurs / Les émotions ont provoqué l'arrêt du cœur / Qui saura consoler le gardien en pleurs ?

(proposé par le blog)

Exemple 2 : On garde le principe des rimes ou assonances, mais en se rapprochant de la structure proposée pour le Cadavre exquis (développé au paragraphe André Breton). Puisqu'il n'y a qu'une phrase finalement par production, on peut construire un texte en regroupant plusieurs variantes :

1. C'est un arbre de la forêt / C'est un petit chat tigré / C'est une fée mal réveillée / C'est un nuage sur le clocher
2. qui a mangé /qui a rayé / qui a caché / qui a volé
3. la camionnette / le pantalon / la bague / les lunettes
4. du boulanger / de la mariée / du jardinier / de mon pépé

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* Une présentation du "poème multiple" en choisissant les lignes ou en laissant faire le hasard :

  • Écrire chaque vers sur un panneau  fixé sur un axe vertical (à la manière d'une girouette ou d'un panneau de signalisation à directions multiples). Un axe porte autant de panneaux rayonnants que de différentes écritures pour chaque vers. Autant d'axes donc, que le poème a de vers. Installer les axes en ligne (ce n'est pas la présentation habituelle d'un poème en vers, mais c'est déjà assez compliqué). On obtient un poème différent en faisant tourner les "girouettes" les unes après les autres (prévoir un système d'arrêt-blocage pour la lecture en ligne).
  • Écrire chaque vers sur des disques (à l'image d'une roue de loterie foraine). Autant de disques que de vers au poème. Aligner les roues, comme précédemment les panneaux. L'axe central peut être fixé sur une longue planche. On fait tourner la roue, et un repère indique le vers à lire quand elle s'arrête.
  • Présentation en utilisant des rouleaux de longueur et de diamètre suffisant. L'idéal serait de se procurer des tubes de protection ayant servi à l'expédition ou à la protection de posters. Chaque tube pourrait sans doute être coupé en deux au milieu diamétralement pour donner deux supports. Il faudra autant de rouleaux que de vers au poème. On collera les écritures autour de chaque rouleau en longueur. Les rouleaux  seront enfilés sur le même axe fixe. Ce sont eux qu'on fait tourner. Ici encore, la difficulté est d'arrêter la lecture approximativement au même niveau sur toute la longueur. Variante de disposition : Les rouleaux sont alignés les uns en-dessous des autres, portés sur une structure (cadre en bois par exemple), comme un boulier géant. L'avantage est de présenter le "poème multiple" dans sa disposition traditionnelle.

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  • La règle S+7

Autre exercice oulipien, imaginé par Jean Lescure (voir au paragraphe de cet auteur ci-dessus)

Ci-dessous le texte de départ (la première fable dans l'œuvre de La Fontaine), auquel Raymond Queneau a appliqué la règle, en utilisant sans doute un dictionnaire des plus fourmnis !

La cigale et la fourmi

La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'oût, foi d'animal,
Intérêt et principal."
La fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
"Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant."

Jean de la Fontaine 1621-1695 ; (Fables, livre 1 - première fable - cet ouvrage a connu d'innombrables éditions)

La fable classique transformée reste reconnaissable par sa structure, intacte,  maintenue par le lien des mots inchangés, pronoms, déterminants, conjonctions, prépositions, adverbes :

La Cimaise et la Fraction

La Cimaise ayant chaponné
Tout l’éternueur
Se tuba fort dépurative
Quand la bixacée fut verdie :
Pas un sexué pétrographique morio
De mouffette ou de verrat.
Elle alla crocher frange
Chez la fraction sa volcanique,
La processionnant de lui primer
Quelque gramen pour succomber
Jusqu’à la salanque nucléaire.
"Je vous peinerai, lui discorda-t-elle,
Avant l’apanage, folâtrerie d’Annamite !
Interlocutoire et priodonte."
La Fraction n’est pas prévisible :
C’est là son moléculaire défi.
"Que ferriez-vous au tendon cher ?
Discorda-t-elle à cette enarthrose.
- Nuncupation et joyau à tout vendeur,
Je chaponnais, ne vous déploie.
- Vous chaponniez ? J’en suis fort alarmante.
Eh bien ! débagoulez maintenant."

Raymond Queneau  ("Variations sur S+7 - OULIPO, La Littérature potentielle" - éditions Gallimard, 1973)

logo_cr_ation_po_tiqueDes poèmes sur le principe de S+7
Cet exercice s'adresse aux grandes classes, C3 et collège, puisque les élèves doivent être capables d'utiliser aisément le dictionnaire et d'identifier précisément la nature des mots du poème auxquels va s'appliquer la transformation : noms communs, adjectifs et verbes (les adverbes n'ont pas subi de transformation dans la fable).

Le matériel indispensable est un dictionnaire par élève, adapté au niveau de la classe (pas le Littré, que peut-être Queneau a utilisé !...).
On choisira un texte de départ assez court, structuré. La fable est un modèle de départ intéressant.
Ils procèdent à la recherche dans le dictionnaire de chaque mot à transformer, en repérant le 7e mot de même nature (et de même genre pour les noms) qui suit. Ce mot remplacera exactement l'original, c'est-à-dire qu'il devra s'accorder en genre et en nombre. Pour les verbes, il sera conjugué au même temps et à la même personne que celui qu'il remplace. On ne se préoccupe pas des rimes, bien entendu.
Si on rencontre une trop grande difficulté (de sens, d'accord...) on s'autorisera à choisir plutôt le mot suivant ou précédent.

  • Variante : évidemment S+7 n'est pas la seule transformation possible. On essaiera par exemple S+6 ou S-4.  D'ailleurs, à partir d'un même poème original, les élèves pourront choisir chacun une formule de transformation différente. On comparera les variantes, on les regroupera peut-être dans un même recueil.

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Cris de Paris

On n'entend plus guère le repasseur de couteaux
le réparateur de porcelaines le rempailleur de chaises
on n'entend plus guère que les radios qui bafouillent
des tourne-disques des transistors et des télés
ou bien encore le faible aye aye ouye ouye
que pousse un piéton écrasé

Raymond Queneau ("Courir les rues" - 1967, Gallimard poésie)

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Queneau s'intéresse à nouveau aux deux insectes de la célèbre fable de La Fontaine, dans une scène inattendue et enlevée :

La fourmi et la cigale

Une fourmi fait l'ascension
d'une herbe flexible
elle ne se rend pas compte
de la difficulté de son entreprise
elle s'obstine la pauvrette
dans son dessein délirant
pour elle c'est un Everest
pour elle c'est un Mont Blanc
ce qui devait arriver arrive
elle choit patatratement
une cigale la reçoit
dans ses bras bien gentiment
eh dit-elle point n'est la saison
des sports alpinistes
(vous ne vous êtes pas fait mal j'espère ?)
et maintenant dansons dansons
une bourrée ou la matchiche.

Raymond Queneau ("Battre la campagne" - 1967, Gallimard poésie, même ouvrage que "Courir les rues")

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L'auteur s'affranchit ici du lexique et des règles d'orthographe, exercice qu'il affectionne :

Maigrir

Y en a qui maigricent sulla terre
Du vente du coq-six ou des jnous
Y en qui maigricent le caractère
Y en a qui maigricent pas du tout
Oui mais
Moi jmégris du bout des douas
Oui du bout des douas Oui du bout des douas
Moi jmégris du bout des douas
Seskilya dplus distinglé

II

Lautt jour Boulvar de la Villette
Vlà jrenconte le bœuf à la mode
Jlui dis Tu mas l’air un peu blett
Viens que jte paye une belle culotte
Seulement jai pas pu passque
Moi jmégris du bout des douas
Oui du bout des douas Oui du bout des douas
Moi jmégris du bout des douas
Seskilya dplus distinglé

III

Dpuis ctemps jfais pus dgymnastique
Et jmastiens des sports d’hiver
Et comme avec fureur jmastique
Je pense que si je persévère
Eh bien
Jmégrirai du bout des douas
Oui du bout des douas Oui du bout des douas
Jmégrirai même de partout
Même de lesstrémité du cou

Raymond Queneau ("L'Instant fatal" - 1966, Gallimard poésie, même ouvrage que "Les Ziaux").
Sur une musique de Gérard Calvi, ce texte est devenu une chanson, interprétée par Denise Benoît (voir paragraphe Roland Bacri) en 1968, Les Charlots (1977), d'autres sans doute ...

 

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Pauvre type

Toto a un nez de chèvre et un pied de porc
Il porte des chaussettes
en bois d'allumette
et se peigne les cheveux
avec un coupe-papier qui a fait long-feu
S'il s'habille les murs deviennent gris
S'il se lève le lit explose
S'il se lave l'eau s'ébroue
Il a toujours dans la poche
un vide-poche

Pauvre type

Raymond Queneau ("L'Instant fatal" - 1966, Gallimard poésie, même ouvrage que "Les Ziaux")

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Encore l'art po

C'est mon po - c'est mon po - mon poème
Que je veux - que je veux - éditer
Ah je l'ai - ah je l'ai - ah je l'aime
Mon popo - mon popo - mon pommier

Oui mon po - oui mon po - mon poème
C'est à pro - à propos - d'un pommier
Car je l'ai - car je l'ai - car je l'aime
Mon popo - mon popo - mon pommier

Il donn' des - il donn' des - des poèmes
Mon popo - mon popo - mon pommier
C'est pour ça - c'est pour ça - que je l'aime
La popo - la popomme - au pommier

Je la sucre - et j'y mets - de la crème
Sur la po - la popomme - au pommier
Et ça vaut - ça vaut bien - le poème
Que je vais - que je vais - éditer

Raymond Queneau ("Le chien à la mandoline" - Gallimard, 1965)

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L’arbre qui pense

L’arbre qui pense
les pieds dans sa grille
à quoi pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il
Le chien qui pense
la patte en l’air
que pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il
le pavé qui pense le ventre poli de pas
que pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il
ciel toits et nuages
voyez-moi
là tout en bas
qui marche
et qui pense à l’arbre qui pense
au chien au pavé
oh ça oh mais à quoi pensent-ils donc
à quoi pensent-ils donc

Raymond Queneau ("Le chien à la mandoline" - Gallimard, 1965) - toujours sans ponctuation

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Égocentrisme

Je m'attendais au coin de la rue
j'avais envie de me faire peur
en effet lorsque je me suis vu
j'ai reculé d'horreur

Faisant le tour du pâté de maisons
je me suis cogné contre moi-même
c'est ainsi qu'en toute saison
on peut se distraire à l'extrême

Raymond Queneau ("Le chien à la mandoline" - Gallimard, 1965)



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2 janvier 2009

BRETAGNE- Gilles Servat, Glenmor - Langues régionales

Paysages d'Europe

Bretagne (suite)

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Gilles Servat (né en 1945), est un auteur-compositeur-interprète breton. Indissociable de sa Bretagne et des luttes pour la liberté et la justice sociale, et pour une reconnaissance d'identité, il écrit et chante ses textes profonds dune voix tout aussi grave (vous ne connaissez pas ? il n'est pas trop tard), ses révoltes en breton et en français (parfois en anglais). Sa chanson la plus connue,  "La blanche hermine" (1971), est devenue un hymne identitaire, parfois hélas récupéré par des nationalistes.

En 1980, Gilles Servat sort un magnifique disque "Hommage à René Guy Cadou", avec une dizaine de poèmes mis en musique (Phonogram). Derniers CD en date : Sous le soleil de cuivre et d'eau ( Coop Breizh, 2005) et le double album  "Je vous emporte dans mon cœur" (2006).

Les derniers rayons (passages)
...
Ne jamais se soumettre et désirer toujours
Atteindre l'irréel domaine de l'amour
Ici et maintenant, sur les rayons de lune
...
Suivre la voix du vent, ivre d'air et de chants
Nourrir des utopies et manger des chimères
Aimer l'intensité des instants éphémères
Ici et maintenant, sur les rayons du ciel
...
Si le ciel est trop noir, inventer des aurores
Naître encore une fois et chanter à tue-tête
Apprendre à s'envoler dans la joie des alouettes
Ici et maintenant, sur les rayons de lune
...
Ici et maintenant, sur les rayons du ciel
Faire rimer la pluie avec le grand soleil
Irriguer les terrains, rêvant de forêt vierge

Glisser presque immobile sur l'aile des nuages
Insouciant des tempêtes, impatient de partir
Loin des sombres tunnels nimbés de frénésie
Lancer au ciel des notes et cela par plaisir
Etre comme un oiseau ailé de fantaisie
Sur les derniers rayons dévorant l'horizon et la vie.

(album "Sur les quais de Dublin", 1994)

Servat_l_hirondelle

"L'hirondelle", n'est pas un paisible paysage de landes, mais une chanson de résistance (comme "La blanche Hermine") :

 L'hirondelle

Les corbeaux et les sansonnets
Par bandes passent dans le ciel
Dans l'air neigeux, par dessus genêts
Et s'abattent dru comme grêle
Sur les labours de ce pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les arbres dressent branches nues
Vers les cieux gris silencieux
Tendent leurs branches nues vers les nues
Tandis que des loups orgueilleux
Hurlent partout sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Sur la campagne démembrée
Que le vent transit toute entière
En place des talus arrachés
Poussent les arbres des cimetières
Plantés tous noirs sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les gens immobiles se taisent
La langue engourdie dans la bouche
Serrés autour de l'âtre où les braises
Rougeoient comme les tas de souches
Qu'on voit fumer sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les corbeaux et les sansonnets
Par bandes passent dans le ciel
Dans l'air neigeux, par dessus genêts
Et s'abattent dru comme grêle
Sur les labours de ce pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes.

Gilles Servat, (disques Kalondour, 1974) - L'album CD "Les Albums de la Jeunesse" (1994, inclus Kalondour et La blanche hermine), Escales (2005, inclus La blanche hermine), ainsi que le double album  "Je vous emporte dans mon cœur" (2006, inclus Kalondour et Les quais de Dublin), comportent ce titre.

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"Kalondour", nom de la maison d'édition de Gilles Servat, est le titre de ce poème. C'est ici  le lieu qui réunit l'esssence de la Bretagne, terre maritime. La langue bretonne assemble souvent des mots pour en forger d'autres, "kalon" est le cœur et "dour" est l'eau.

On nous excusera (?) d'avoir coupé dans ce beau texte, pour le thème du paysage, et pour les élèves :

 Kalondour

 
[...]

La Bretagne a-t-elle autant de charme
Pour border de sable l'horizon
Pour inonder mes yeux de ces vagues
Et couronner mon front de ces algues
J'ai des landes farouches dans la tête
J'ai des vents parfumés dans l'oreille
Le ressac palpite dans mon cœur ...

[...]

Au fil des quais glissant sous les arches
Où l'herbe pousse entre les pavés
Je cherche dans des reflets d'enfance
Des souvenirs d'avant que je marche
Ma mer est là qui coule toute grise
Et qui se brise en écumes blanches
Sur les étraves des piliers des ponts
Comme des phares sillagent mon front ..
.


Glenmor (1931-1996), est, comme Servat ci-dessus, un auteur-compositeur-interprète breton. Et comme Servat, ses chansons engagées célèbrent l'identité bretonne et la revendiquent, dans ce qu'elle porte de valeurs humaines. Il écrit ses textes en français, pour la plupart, ou en breton.

"L'homme qui se veut tel ne peut être qu'insoumis."
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Le retour
(Et voici bien ma terre)

Et voici bien ma terre
la vallée de mes amours
quand bien même se lève
en fleur de bruyère
la graine d'insoumission
je retrouve ici ma terre
la vallée de mes amours
en ma chaumière
se refont les vents du nord
traînant dans leur colère
Ie duvet des oiseaux morts
et la sombre demeure
qui se rit de la pluie
se refait d'heure en heure
beauté sans nuages
et nuages sans oubli
et voici bien ma terre
la vallée de mes amours
ce fut la rosée de mai
qui fit partir l'enfant
en quête de nouvelles rosées
tout est gîte au printemps
ce fut décembre qui ramena l'oiseau
aux granges du passé
l'hiver il n'est qu'un nid
un visage sans appel
cette odeur de fumée
piquée de gel
et voici bien ma terre
la vallée de mes amours
voici venir ailé de nuages
le sourire d'une mère
cheveux blancs en bandeau de lumière
c'est bien ici ma terre
la vallée de mes amours
.

Glenmor (album "Et voici bien ma terre", album 2 CD, An Distro, Coop Breizh, 1995)
 

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Interlude 

Les blés ont mûri, la moisson sera belle. Vois la tendresse du moissonneur. Il est tant de soleil en barricade, à peine une coulée de vent sur l'or des champs, à peine une vague de mobilité sur la ronce et la fougère.
La besace est gonflée, la charge grande. Nourrice, garde le lait et le ferment. La piétaille a corne d'abondance. Conte nous l'aimable folie des fillettes et le bronze des bras. Dis nous pourquoi la femelle a joues rouges et le regard lointain.
Dame paysanne, dis nous la main gercée par la poussière de tous les blés. Une gerbe à chaque pas, une grange à chaque toit, une moisson d'hommes de rires et de fleurs et pour l'Automne qui nous vient, une cueillette d'humble et de silence.

Et coupe pleine, une halte au fermage du bonheur.


Glenmor (album "E dibenn miz gwengolo",  disque vinyl 33 Tours, Le Chant du monde, 1977)

 



Manu Lann Huel (né en 1949), est aussi auteur-compositeur-interprète. Poète du Finistère sud, du côté de Douarnenez, il chante des poèmes de René-Guy Cadou qu'il a mis en musique, et des chansons de Léo Ferré, dans deux de ses albums.  Source des textes de Glenmor et de Manu Lann Huel : http://www.glenmor.net/


Pibrock

Île juché
Avec de l'aile
Sous la pogne
Colère machée
D'étincelles
De cocagne
Le vent caché
Sous l'échelle
Des montagnes
Homme ébranché
Contre le ciel
Où ça saigne
Pibrock haché
En dentelle
De campagne
Coup de rocher
Harpe de sel
À castagne
Vrillé clocher
En chapelle
De Bretagnes

----- (traduction) -----

Pibrock

 
Enezet kludet
'N askell ludet
A-hed-dorn
Fulor chaoket
Dre fulenn aour
Bro an unkorn
Avel kuzhet
Dindan ar skeul
Ar menezioù
Den divranket
Ouzh an oabl
'Lec'h a wad
Pibroc'h drailhet
E dantel
Ar maezioù
Taol ar roc'h
Telenn holen
Kan an emgann
Biñsellet kloc'hdi
E chapel-kreiz
Broioù Breizh
 

Manu Lann Huel (Chant du monde, 1995)
 

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Interlude

Les blés ont mûri, la moisson sera belle. Vois la tendresse du moissonneur. Il est tant de soleil en barricade, à peine une coulée de vent sur l'or des champs, à peine une vague de mobilité sur la ronce et la fougère. La besace est gonflée, la charge grande. Nourrice, garde le lait et le ferment. La piétaille a corne d'abondance. Conte nous l'aimable folie des fillettes et le bronze des bras. Dis nous pourquoi la femelle a joues rouges et le regard lointain. Dame paysanne, dis nous la main gercée par la poussière de tous les blés. Une gerbe à chaque pas, une grange à chaque toit, une moisson d'hommes de rires et de fleurs et pour l'Automne qui nous vient, une cueillette d'humble et de silence.

Et coupe pleine, une halte au fermage du bonheur.

Glenmor (album "E dibenn miz gwengolo",  disque vinyl 33 Tours, Le Chant du monde, 1977)


retour au sommaire paysage, textes traduits en français ? cliquez ICI



 

17 mai 2008

André VELTER - PRINT POÈTES 11 : Butor Depestre Velter White

André Velter, à la rencontre de l'autre

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André Velter est né en 1945 dans les Ardennes françaises. À 19 ans, il écrit des poèmes en commun avec Serge Sautreau dans la revue  Les Temps Modernes (dirigée par Jean-Paul Sartre). Dans ce même numéro d'octobre 1964 figure aussi Georges Perec, et deux années plus tard, le premier recueil de poésie, Aisha *, porte la double écriture de Serge Sautreau et d'André Velter (Gallimard, 1966). "un des textes qui avec les "Épiphanies" de Pichette reste l'une des œuvres majeures du surréalisme de l'après-guerre." (Gérard Noiret / La Quinzaine Littéraire / 16-30 juin 1998).
André Velter est un homme de rencontres, de complicités, d'amitiés, de collaborations, auxquelles il restera fidèle, par-delà les mauvais tours de l'existence. C'est d'abord Marie-José Lamothe, écrivaine et photographe, "femme de lumière", qui lui ouvre les portes de l'orient tibétain (voir ci-dessous la bibliographie). Marcheur, alpiniste en même temps que poète à la découverte de l'autre, il reste aimanté par l'Orient asiatique, le Tibet, l'Afghanistan, le Népal, l'Inde... On retrouve dans le recueil Le Haut-Pays suivi de la traversée du Tsangpo, Gallimard, 2007, les poèmes écrits au Tibet et dans l'Himalaya. Il publie des ouvrages avec des peintres et dessinateurs, particulièrement Ernest Pignon-Ernest (bibliographie).
Il rencontre d'autres poètes, comme Henri Michaux et René Char.
1998 est l'année terrible de la disparition, à quelques semaines d'intervalle, de Marie-José Lamothe et de Chantal Mauduit. Pour l'alpiniste de l'extrème, et parce que l'écriture est un chemin de vie, il écrit un tryptique amoureux : Le septième sommet, en 1998, L'amour extrème, en 2000, et Une autre altitude, en 2001.
Ouvert à d'autres expériences, il entre avec Bartabas dans l'univers de Zingaro suite équestre (Gallimard, 1998).
Persuadé que la poésie se dit et s'écoute, il anime une émission sur France-Culture : Poésie sur parole, et "met en scène" ses poèmes : spectacles musicaux et productions audio-visuelles.

  • On trouvera sur le site de l'auteur, où une partie des informations du blog ont été empruntées, bien plus qu'une biographie et une bibliographie complètes, l'univers humain et poétique d'André Velter : http://www.andrevelter.com (copier-coller le lien)

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éléments de bibliographie (hors tirages limités)

Poésie (choix subjectif) :

  • Aisha (avec Serge Sautreau, éditions Gallimard, 1966, réédité en 1998)
  • Du Gange à Zanzibar ( éditions Gallimard, 1993 - prix Louise Labé)
  • Passage en force (1971-1974) (Le Castor Astral/ Les Écrits des Forges, 1994)
  • Étapes brûlées (1974-1978) (Le Castor Astral/ Les Écrits des Forges, 1996)
  • Ouvrir le chant (Le Castor Astral/ Les Écrits des Forges, 1994)
  • L’Arbre-Seul (éditions Gallimard, 1990, prix Mallarmé - réédité en Poésie/Gallimard 2001)
  • Le Haut-pays (éditions Gallimard, 1995 - réédité avec suivi de La Traversée du Tsangpo, Gallimard, 2007)

  • Le septième sommet, poèmes pour Chantal Mauduit (éditions Gallimard, Poésie/Gallimard, 1998)
  • L'amour extrème, poèmes pour Chantal Mauduit (éditions Gallimard, 2000)
  • Une autre altitude, poèmes pour Chantal Mauduit (éditions Gallimard, 2001)

  • La vie en dansant (éditions Gallimard, 2000)
  • L'amour extrème et autres poèmes pour Chantal Mauduit - Poésie/Gallimard 2007 - cet ouvrage regroupe les poèmes des trois recueils précédemment cités )

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  • Des recueils ont été publiés avec des dessins d'Ernest Pignon-Ernest, en particulier ceux-ci :
    Zingaro suite équestre  (éditions Gallimard, 1998, réédité avec et Un piaffer de plus dans l'inconnu en Folio/Gallimard, 2000 et en Gallimard collection Blanche, 2005).
    Extases  (éditions Gallimard, 2008 ).

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Ouvrages illustrés, en édition commerciale (choix) :

  • Peuples du toit du monde (avec des photographies de Marie-José Lamothe*, Chêne-Hachette, 1981)
    Ladakh Himalaya (avec des photographies de Marie-José Lamothe*, Albin Michel, 1987 et A-M Métailié, 1991)
    Les Bazars de Kaboul (avec Emmanuel Delloye et des photographies de Marie-José Lamothe*, Hier et Demain, 1979)
    Et ce superbe grand livre, fruit d'un long travail de recherche, de photographie et d'écriture, qui rend hommage aux artisans de France : Le Livre de l'outil (auteurs : André Velter et Marie-José Lamothe* ; photographies de Jean Marquis* - préface de René Char*, postface de Serge Sautreau* ;aux éditions "Hier et Demain", 1976 et "Temps Actuels", 1983 ; ouvrage épuisé mais il a été heureusement réédité aux éditions Phébus, en 2003)
    * Marie-José Lamothe, (1945-1998), photographe et écrivaine, spécialiste de la civilisation tibétaine, a consacré plusieurs ouvrages au Tibet et à la vie de Milarépa, yogi et maître spirituel bouddiste tibétain du XIe siècle, dont elle a traduit l'oeuvre complète ("Milarépa, Les cent mille chants", Fayard, 2006). Elle a collaboré avec André Velter pour d'autres ouvrages. Jean Marquis est lui aussi photographe. Le poète René Char est présent sur ce blog. On trouvera des textes et une présentation ici : Des POÈTES et de la POÉSIE. Serge Sautreau est poète et essayiste.

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Œuvres sonores et visuelles (choix) :

"Il n’est de poésie qu’orale. Un poème qui ne se peut dire, qui n’engage ni le souffle ni le corps ressemble à un violon dont l’âme a été volée ou faussée. Il est sans harmonie, sans magie, sans amplitude." (1)
"Qu'elle se murmure ou qu'elle se crie, la poésie, comme la vie, ne tient qu'à un souffle. Je suis pour la parole haute et vive, pas pour le papier mâché." (2)
..."Ce qui ne veut pas dire que la lecture solitaire, silencieuse, celle que l’on entreprend pour soi, n’est pas nécessaire". (3)
(1) André Velter, entretien paru dans la revue de poésie Flache, en 1989 / (2) André Velter "Autoportraits, Paroles d'Aube, 1993) / (3)  dans le journal "Lyon Capitale" en 1999 (cité par Sophie Nauleau dans sa thèse "André Velter, troubadour au long cours" - Sorbonne, 1999)

  • Le Grand Passage, CD (Paroles d’Aube, 1994). On attend la parution en janvier 2011 chez Gallimard d'un livre-CD intitulé "Paseo Grande".
    C'était l'Afghanistan, Portrait d'un pays perdu, CD (Frémeaux et Associés, 2002)
    Tombeau de Chantal Mauduit, CD ; pièces musicales, avec des poèmes d'André Velter, dits par Alain Carré (Frémeaux et Associés, 2002)
    La traversée du Tsangpo, CD ; poème d'André Velter dit par l'auteur et Laurent Terzieff , musique originale de Jean Schwarz, chansons traduites en tibétain et interprêtées par Tenzin Gönpo (Célia Records, Élios Productions et les Éditions Thélème, 2004)
    Décale-moi l'horaire, CD ; Chansons parlées d'André Velter sur des musiques originales de Jean Schwarz et Benoît Charvet (EPM littérature 2005) 
    La vie en dansant, CD ; poèmes d'André Velter, dits par l'auteur et Alain Carré (Autrement Dit, 2002)

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    Une anthologie poétique :

    Les poètes du Chat noir (Poésie/Gallimard, 1996) 

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"La poésie trouve ici une unité de lieu : l’altitude. Celle du Tibet et de l’Himalaya, celle de ce Toit du Monde qui ne recouvre rien mais donne sur le ciel dans une autre lumière. [...] Il va sans dire que ce parcours n’est pas celui d’un dévot. La rencontre avec le bouddhisme tibétain intervient d’abord et tout naturellement dans le sens de la marche : c’est une approche physique, pas un acte de piété, même si la traversée du Tsangpo mène à Samyé, le monastère des origines. Poème et polyphonie à la suite, ce livre n’accueille en effet que des ascèses toniques où le corps est en fête et l’esprit des plus libres". André Velter, dans sa présentation de l'ouvrage Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo (Gallimard, 2007 )
 

"Le Haut-pays" est dédié à Marie-José Lamothe. "La traversée du Tsangpo", dans la dernière partie du livre, s'ouvre par ce quatrain-dédicace : 

Un quatrain-dédicace
à M-J
 
J'entendrai pour toujours

Ta voix tes cris ton rire
Cette façon de dire
Nous allons sans détour

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Vers Samyé (premières strophes du poème)

le temps est un vertige
sous le miroir des eaux
ce qui sombre est si sombre
on dirait un chaos
de pierres de lune et d’or

vers Samyé nous allons
comme au centre du monde
dans cet écho profond
qui n’appartient qu’au ciel
et au secret de nous

le corps le cœur l’esprit
se découvrent si vaste
que le chant de nos lèvres
est une âme infinie
qui tremble sur la terre

partout il y avait
des joyaux dans les pierres
des prophéties cachées
voire de simples prières
à la chance au soleil

partout à chaque pas
le passage était là
au bord du précipice
où la mort est fugace
où le souffle est lumière

 [...]
 

André Velter ("Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007)

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Dans le chapitre "Une fresque peinte sur le vide - III" du même ouvrage :

(altitude)

Petit nuage sur le chemin

de Tangyud Gompa. *

Rien que du vide et du vent,
une touffe de chardons bleus,
des marques de pas.

Rien que le soleil sur les crêtes
et les ombres qui s’allongent
entre les rochers.

Rien que ce rien

qui n’est pas moins que tout.

*monastère bouddique du Spiti (note de l'auteur) - l'auteur a mis le titre entre parenthèses

André Velter ("Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007)

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Avant de prendre place dans "Le Haut-pays", "Ce qui murmure de loin" est un recueil de 48 pages, publié en 1985 aux éditions Fata Morgana, avec deux illustrations originales du peintre graveur Ramón Alejandro (tirage limité).

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101 quatrains composent ce "chant secret". En proposer ici quelques images dissociées ne rend évidemment pas la dimension de l'œuvre. Comment faire autrement pour donner au lecteur l'envie de s'aventurer dans l'intégralité du poème ? C'est un pari...

Introduction de l'auteur pour ce texte dans le livre :

Chant secret d'une voix qui écoute, la poésie vit d'une aventureuse nécessité.
 

Avec les mots des hommes et le silence des dieux s'irriguent la lumière, la chance, le partage des nuits.
 

La solitude reçoit l'oracle des pierres.
 

Le feu cherche l'oubli.
 

Une barque s'éloigne sous le miroir des nuages.
 

Nous inventons les voiles de fièvres inconnues,
un rire si haut que l'infini préfère y jouer son va-tout,

 
une fleur invisible qui est aussi fille du soleil et du sang.
 

Le temps s'est voulu nomade,
nous sommes de toutes ses migrations,
complices d'une aile qui passe comme aucune autre aux lèvres de l'écho
...


Ce qui murmure de loin (quatrains choisis du poème)

  à Bruno Roy *

1

Parti partant déjà délié de l'ombre
Un voleur de tous les vents
S'éloigne dans la vie du voyage
Où l'on se veut présent

2

Il porte l'or en dedans
Feu de ce lieu d'absence
Quand la danse
A quitté les danseurs

3

Et le fou du royaume joue du vide
Comme d'autres du violon
Il a l'oreille du rien
L'art du passage

 [...]

16

Rêve éveillé entre réel et réalité
L'oeil touche l'illusion
L'issue est dans l'ici
Il suffit d'un rien pour défaire un monde 

 [...]

20

La neige exprime l'haleine des dieux
Le silence suspend l'espace
L'instant prend corps
Avec la beauté en regard
 

 [...]

36

En altitude rien ne blesse la lumière
La haine s'épuise dans les glaciers
Le chemin connaît l'odeur du roc
L'abîme a le réveil sonore

 [...]

45

Être du fond de la nuit brève
Une trace sans repère
L'écho à la voix blanche
Le chant d'un amour inconnu

46

Être du fond de l'univers
Une parcelle de regard et de ciel
Une trouée que l'on nomme
À peine moins que l'oubli 

 [...]

49

De la cime au ravin
Je me lie d'un souffle
Le but vient du chemin où je vais
Pour rester à distance

 [...]

55

Dans cette lumière
Il y a une aile et un visage
Un arbre et une flamme
L'esprit brûlé d'une femme

56

Je te vois
Nuit de chaque instant
Silex noir
qui porte son feu à l'intérieur 

 [...]

85

Je dis nous
Et c'est peu
Dans les chantiers
Du monde

86

Je dis nous
Et c'est clair
Dans les ténèbres
Du temps 

87

Je dis nous
Et c'est Un
Dans le secret
Du chant 

 [...]

André Velter ("Ce qui murmure de loin", éditions Fata Morgana, 1985 et "Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007) - * Bruno Roy

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Tombeau de Chantal Mauduit

"L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit" (Poésie/Gallimard, 2007), regroupe les recueils dédiés par André Velter à son amie, l'alpiniste de l'extrème, morte accidentellement le 13 mai 1998 sur les pentes du Dhaulagiri, au Népal : Le septième sommet, L'amour extrême, et Une autre altitude. Un CD reprend en 2002 des textes de ces recueils, dits par Alain Carré : "Tombeau de Chantal Mauduit (Frémeaux et Associés, 2002)

Un "Tombeau", au sens poétique et ancien, se définit comme une œuvre composée d'un ou plusieurs recueils, écrite en principe par plusieurs auteurs pour honorer la mémoire d'un défunt. André Velter a édifié seul, de 1998 à 2000 ce monument littéraire :

"Les poèmes qui se sont écrits* après la mort de Chantal ont été pour moi des textes de survie, sans le moindre souci littéraire. [...]. Ils étaient le seul oxygène que je pouvais respirer. [...] On ne peut pas, et je dirai on ne doit pas, vivre sans cette absence au cœur, ce soleil noir en soi, à jamais. [...] Ce que nous avons passionnément aimé, follement aimé, absolument aimé, ne meurt pas si nous restons sur le qui-vive. En alerte, sans espoir factice. Pour être encore digne d’un tel amour". André Velter (entretien avec Aymen Hacen, dans le supplément littéraire du quotidien tunisien "La Presse", décembre 2009) * [..."se sont écrits", comme si l'écriture elle-même avait guidé l'auteur (note du blog)]

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 (extraits)

" J'ai pour te bâtir un tombeau
          des mots du soleil et des rêves,
          rien qui appartienne au poids du monde

rien qui t'impose une mort enchaînée,
          rien qui ralentisse ta course plus haut
          que tous les sommets."

[...]

André Velter ("Le septième sommet", 1998) 

Pour Chantal Mauduit, sa "mariée du ciel", "femme soleil" disparue et présente à jamais, André Velter écrit successivement trois recueils de poèmes, dans lesquels son infinie douleur interroge le paysage d'absence, où le temps s'est arrêté..
En suivant avec lui ce chemin d'écriture et d'absolue mémoire, on songe irrésistiblement au recueil "Le temps déborde", de Paul Éluard, écrit après la disparition de sa compagne, Nush, et à ce passage  :

"Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour
En trop : le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d’un supplice". - Paul Éluard ("Le temps déborde", 1947)

et bien sûr au poème de Catherine Pozzi (1882-1934), dont le premier vers fait écho ici :

"Très haut amour, s'il se peut que je meure
Sans avoir su d'où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,
"
[...]"
Catherine Pozzi (début du poème "Ave", publié en 1935 dans la revue "Mesures") -
réédité sous le titre "Poèmes" par Gallimard en 1987, et en Gallimard/Poésie en 2002  : "Très haut amour : poèmes et autres textes")
 

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"Le septième sommet", est Le Dhaulagiri, ("Montagne blanche"), celui que Chantal Mauduit n'atteindra jamais après avoir gravi les six précédents. Elle avait décidé de tenter l'ascension, dans l'Himalaya, des quatorze sommets de plus de huit mille mètres, dans des conditions difficiles choisies : en style alpin et sans oxygène.

Voici la deuxième strophe du poème "Élégie", dans lequel se répète le vers en italique, imité de Catherine Pozzi :

Élégie (passage)

 [...]

Très haut amour à présent que tu meures
 
La neige a tué mon plus bel horizon,
la neige a bloqué les issues et les rêves,
  la neige de la grande nuit a ruiné notre ciel.
 
  Très haut amour à présent que tu meures

André Velter ("Le septième sommet", éditions Gallimard, 1998) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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Où que tu sois, je t'aime

Pour te rejoindre
nul parcours sur la terre,
il y faut l'ascension
de la montagne immense
qui me déchire le coeur.

Là tout est vertical,
de l'abîme du sang
aux mille soleil de l'âme,
une épée de lumière
et pas un seul sentier.

Est-ce mon amour
au souffle fragile,
à la fougue patiente
et légère, qui va ouvrir
la septième voie ?

Amour sauvage que tu voulais
libre du chasseur et de la proie,
amour qu'inventait l'amour
sans un appui sans une corde,
amour absolu, tout à toi.

(Écrit le 21 mai, jour de l'Ascension.) *

* précision de l'auteur qui figure sous ce poème, écrit le 21 mai 1998, une semaine après la disparition de Chantal Mauduit.

André Velter ("Le septième sommet", éditions Gallimard, 1998) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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À l'infini

Là-haut, tu es. Là-haut quoiqu'il advienne,
femme-soleil d'un miracle à jamais
que rien ne sépare de la pure lumière
ni du souffle ascendant de notre amour promis

à une autre altitude. Tu es là, hors d'atteinte,
hors du monde où meurent les âmes et les corps.
Tu danses sur l'horizon que je porte en moi
pour abolir l'espace et le temps. Tu vis à l'infini.
 

André Velter ("L'amour extrème, poèmes pour Chantal Mauduit", éditions Gallimard, 2000) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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sans titre

Quand je ne pense pas à toi, je pense à toi. Quand je parle d’autre chose, je parle de toi. Quand je marche au hasard, j’avance vers toi.
Je quitte les livres où tu n’entres pas. Je jette les poèmes qui ne trouvent pas tes lèvres. J’efface les tableaux qui n’attirent pas tes yeux. J’éteins les chansons qui n’éveillent pas ta voix.

André Velter "L'amour extrème, poèmes pour Chantal Mauduit", éditions Gallimard, 2000) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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Le recueil "Une autre altitude" est ainsi commenté par Michèle Gazier (hebdomadaire "Télérama" du 25 août 1999) :
"un livre de douleur pour apprivoiser la douleur, pour retenir dans les mots la lumière que la mort voudrait éteindre. Ces poèmes bouleversants sont traversés par l'image de l'absente qui invite, toujours, à "vivre au plus haut".

sans titre

Je n’accepte pas
Mais j’entre dans ta mort
Comme un enfant
Qui n’a pas dit son premier mot
Je n’accepte pas
Mais je porte hors du fleuve
La barque bleue
de la seconde naissance
 

André Velter ("Une autre altitude", éditions Gallimard, 2001) - repris dans  "L'amour extrème, et autres poèmes pour Chantal Mauduit (Poésie/Gallimard 2007) - voir la bibliographie

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"J’ai dansé sagement, comme un fou."

[...]

André Velter ("La vie en dansant ", 2000) 

"La vie en dansant" est publié la même année que "L'amour extrème", mais, commencé avant 1998, il porte plusieurs années d'écriture. C'est aussi en 2002 un CD de 45 minutes (éditions Autrement Dit), avec les voix de l'auteur et  d'Alain Carré.

La vie en dansant (extraits)

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La poésie ne peut être coupée ni du sacré ni du réel.
Elle n’est pas un réservoir de mots d’ordre.
Elle a du souffle et pas de frontières.
Sa langue lui appartient, mais elle appartient à la rumeur des langues.
Opaque à tout populisme, elle n’a pas à craindre d’être populaire.
Si elle est vécue, elle change la vie.

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Tout est départ.
Du mouvement il n’y a pas à démordre.
Du mouvement dans l’azur ou l’asphalte, les volcans ou les glaces.
Le moindre geste a semé des étoiles sur la terre.
Qui ne sent la cavalcade, le carnaval, la migration des corps et des pierres ?
Le moindre écart a jeté des outrages au ciel.
Qui n’accueille les cahots, les blasphèmes, les caresses et les traces ?
Le moindre pas a levé d’autres horizons.
Qui ne vit d’alertes, de temps anéantis, de souffles brûlants et d’ombres ?
Tout est dépense.
Tout est désert.
Au grand miroir de nos mains vides.

André Velter ("La vie en dansant ", éditions Gallimard, 2000)

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"J’ai une idée très absolue de l’amitié"
André Velter (1979, cité par Sophie Nauleau dans sa thèse, voir biblio)

"Du Gange à Zanzibar" a obtenu le prix Louise Labé.
André Velter en dédie le premier texte à son ami Stéphane Thiollier, disparu lui aussi, écrivain, humanitaire d'une association franco-afghane, avec qui il avait entrepris en 1977 un voyage en Afghanistan :

L'autre 

 Tu es celui
Et tu es moi
Qui s'est guéri
Par la lumière
Tu es cela
D'or et de fée
Vivant réel
Sous le soleil
Tu es ici
Autre départ
Le jeu cruel
Absent dès l'aube
Tu es sans toi
- Mais le soleil

André Velter ("Du Gange à Zanzibar ", éditions Gallimard, 1993)

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Ci-dessous, des textes proposés pour ce thème 2011 du paysage, par le site du Printemps des Poètes à l'adresse (à copier-coller) : http://www.printempsdespoetes.com :

Je vais plus loin que la route ... (titre proposé)

                                       Tel un vagabond
   Je pars pour les montagnes désertes.
                                        Milarépa

Je vais plus loin que la route,
plus haut que les alpages
près des rochers ou rien ne pousse.
La lionne suit la ligne des neiges,
l'aigle tourne dans l'azur,
j'entends les cris des petits singes.
Le vent s'est fait mon équipage,
la nuit la compagne de mon coeur
et le soleil m'offre à boire.
Si tout me manque rien ne manque,
prenez les braises de mon foyer,
je vis d'un souffle de feu.
(Le vagabond se joue des apparences,
le vagabond met l'infini dans son jeu,
il chante follement sa folle liberté.)
Je vais plus loin que mon refuge,
plus haut que l'écho des vallées
près de la seule lumière.

André Velter ("Du Gange à Zanzibar ", éditions Gallimard, 1993)

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Une fresque peinte sur le vide (extraits)
…
L'Himalaya n'appartient pas au commun du chaos. Surgi de l'au-delà de l'ombre, ultime ivresse
du magma, il aspire à la transparence, dans l'exaltation du soleil et des glaces. Sa lumière crée
l'infini, sa pureté terrifie ou transfigure, il mêle l'obsession inhumaine du désert et le défi des
plénitudes. Il est mystère, miracle, miroir. Il est, plus fortement que l'éternité.
En ce séjour des neiges, l'harmonie rejoint la réalité portée à blanc. Sacrilège semble la vie, tout
mouvement venu de l'éphémère. À la rigueur imagine-t-on un aigle, et seulement quand il plane.
Les autres relèvent de l'impossible, des marges d'erreur qui improvisent : les autres, les hommes,
les autres hommes.
…
Ici l'on passe d'une absence à une autre. Chaque étape est une île sur l'océan de la terre. Chaque
soir s'éclaire d'un chant d'argile sèche.

André Velter ("Le Haut-Pays", dans "Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007)
 

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(Ladakh)

Hors limite, hors refuge,
oubliés bergers, ascètes, vautours,
l'acharnement du vivace,
la floraison en longue attente
de semailles in-extremis,
avec armoises aux lèvres des glaciers
et lichens pareils à de la cendre d'étoile.
C'est au pays des cols,
au pays sans repos,
royaume toujours perdu,
que l'on passe par le haut.

André Velter ("Le Haut-Pays", dans "Le Haut-pays suivi de La Traversée du Tsangpo", Gallimard, 2007)


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1 mars 2008

Jean-Luc MOREAU - le féminin en poésie

Jean-Luc Moreau, né en 1927, est écrivain, poète et universitaire. Il est l’auteur de recueils de poèmes (comme Poèmes de la souris verte, Hachette Jeunesse, 2003) et d’anthologies (La Liberté racontée aux enfants, éditions ouvrières, 1988), et a également écrit des contes pour les enfants.
On trouvera sur ce blog d'autres textes de Jean-Luc Moreau, en particulier ici : PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes

Devinette

Ma face lisse
Que rien ne plisse
Nul sauf Alice
Ne la franchit.

D'où que je vienne,
Venise ou Vienne,
Qu'on s'en souvienne :
Je réfléchis.

solution : (riorim el)

Jean-Luc Moreau ("Mon premier livre de devinettes" - Recueil d'auteurs sous la directon de Jacques Charpentreau - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières et Le Temps apprivoisé, 1986)

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La devinette peut prendre la forme d'un petit poème.
Le mot à deviner, en général objet ou animal (mais on peut jouer par exemple avec les noms de métiers) peut se trouver caché dans le poème, en acrostiche, en anagramme ou sous la forme d'une rime incomplète qui termine le dernier vers. Pour plus de détails voir ici sur le blog (bas de page) : PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes



1 avril 2008

Ann Rocard, Ghislaine Roman, Annie Salager

Ann Rocard est née en 1954. On découvrira ses poèmes et ses nombreuses activités sur son site, ici : http://www.annrocard.com/ 

Bien au chaud

Dans ma maison, bien au chaud,
je vois le jour qui s'enfuit
et les étoiles là-haut
qui s'allument dans la nuit.
J'entends le vent qui s'élance
entre les tuiles du toit
et les grands arbres qui dansent
à la lisière du bois.
Chez moi, je suis à l'abri.
Je bois un bon lait bouillant.
Je n'ai pas peur de la pluie,
de l'hiver et du grand vent.

Ann Rocard



Ghislaine Roman, enseignante en élémentaire et auteure contemporaine pour les enfants a publié des albums ("Le parapluie volant", "Tukaï, l'enfant sorcier "...) et des recueils poétiques ("Le livre des peut-être", "Le livre des si"), tous aux éditions Milan.

Les Editions Milan nous ayant signalé que nous avions présenté "Le Livre des Peut-être" dans son intégralité, nous rectifions cette erreur avec uniquement la mise en ligne de courts extraits des deux ouvrages :
 

Si (extrait)

Si les girafes savaient tricoter,
il leur faudrait dix ans pour faire un cache-nez.
Si la mer était sucrée,
les icebergs seraient des sorbets.
Si les mille-pattes portaient des souliers,
ils passeraient leur nuit à les cirer.
Si on mettait des pierres dans les sabliers,
est-ce que ça empêcherait le temps de passer ?

...

Ghislaine Roman ("Le livre des si", illustrations de Tom Schamp - éditions Milan, 2004)

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Peut-être (passages)

Peut-être que les clowns ont de grandes chaussures
parce qu’ils ont de grands pieds
.
[...]
Peut-être que les abeilles font du miel
parce qu’elles ne savent pas faire du chocolat.
Peut-être que les moutons portent de la laine
parce qu’ils sont allergiques au coton.
[...]
Peut-être que les zèbres sont rayés
parce qu’ils n’aiment pas les carreaux

[...]
Peut-être que les sorcières chevauchent des balais
parce qu’elles n’ont jamais entendu parler des aspirateurs.

[...]
Peut-être que les lions sont mal coiffés
parce qu’ils font peur aux coiffeurs..


Ghislaine Roman ("Le livre des peut-être", illustrations de Tom Schamp - éditions Milan, 2003)

fille_verte_cr_ation__PP10À la manière de Ghislaine Roman : "Si ..." et "Peut-être ..."

Plusieurs poèmes d'autres auteurs sont présentés sur le blog ou ailleurs, pour la production de textes conditionnels avec "Si" (voir Jean-Luc Moreau dans la catégorie l'humour des poètes). Quelques pistes :

De la GS au CM2 dans cette circonscription, on s'est amusé avec "peut-être" (lien non cliquable) :
http://www.ac-amiens.fr/inspections/80/montdidier/ecoles/ecoles.htm
Encore une expérience illustrée ici
(lien non cliquable) :
http://sites86.ac-poitiers.fr/buxerolles-planty/spip.php?article159
L'IEN de Gennevilliers propose, une fiche détaillée pour l'exploitation en classe de ce texte, en vue de la production d'écrit poétique. Il faut y aller ! Le pdf en lien direct cliquable est ici :

http://www.ien-gennevilliers.ac-versailles.fr/IMG/pdf/le_livre_des_peut-etre.pdf



Annie Salager est une romancière et poète contemporaine.  

Trouver bonheur ...

Trouver
bonheur
à
l'
ordre
lent

au
manque

amas
de
feuilles

de
ramages

d'
à-propos

ce
lait
qui
perle
à
la
base
du
fruit

entrer
dans
la
respiration

si
c'
était
vivre.

Annie Salager ("Figures du temps sur une eau courante" - éditions Belfond, 1983)
source du texte : site officiel,  http://www.printempsdespoetes.com/

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Popo
   
1. Ça a mal commencé

Je cherche un poème
disait parfois Popo,
le Poème.
Je le voudrais économe,
pour ne pas gaspiller du papier, des arbres,
je le voudrais chaud pour celui qui a faim,
je le voudrais d'une chair de lumière,
et plus il serait beau, disait Popo,
plus je deviendrais transparent,
ne pèserais rien, ne serais rien.
... Ah, cette dernière partie,
ajoutait-il, je la réussis très bien.

2. Salut les copains

Il n'habite rien, Popo,
sans faire d'histoires,
le vent ballote sa douleur
sur le sol nu.
Il nettoie, après il salit,
le temps passe.
D'un peu de nous il vit,
de fatigue, d'usure, il vit,
de ce qu'il cherche,
de notre étourderie
il vit, de rien.

Annie Salager ("Terra Nostra" - Le cherche midi éditeur, 1999)
source du texte : site officiel,  http://www.printempsdespoetes.com/  

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Oyats

                       à F-J. Temple

J'aurais seulement besoin
des oyats sur les dunes
éclairés par les lis
et d'une cuillerée d'amour
pour marcher sur les flots
agités d'une illusion de temps
et d'un safran de rire

Tant d'années sans eux les lis
le léger inconfort des étangs
les vieilles cabanes de pêcheurs
les canaux les roselières
l'ennui pour eux de n'être pas la mer
soudain un champ de saladelles
je gémis attachée au train
je guette le mistral les flamants roses
je veux les lis de mer
les lieux d'exil terre ni mer
où travaille l'instable le néant de l'être
fouetté par-dessus tête
des courtes vagues du désir
et tout ce poids du temps
réduit à rien

Annie Salager

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Traces 

Où j’aime tomber
mais dans
l’odeur des roses
les lis de mer
la lumière et le piercing
des martinets
ou encore dans
nos traces de silence
après le bruit
où aurais-je aimé vivre
mais dans
l’air la canopée
au milieu des poissons colorés
finalement où juste un vivre
de lumière j’aurais aimé.

Annie Salager

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Lumière

Là en moi la familière
de mes doutes de mes lèvres
de la soif et du désir
à la flamme d’une chandelle là
au champ de mes yeux fermés
la lumière jamais bue
courant comme une gazelle
une terre où rien ne bouge
dans les violences du sang
l’écoutes-tu-cherche-la
dans le parfum du fruit
et les saveurs des roses
la lumière du chant
l’inutile défi où
je pâtis je dure
son vide sans pourquoi
sa radiance me tient

Annie Salager



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1 mars 2008

Boby LAPOINTE - le féminin en poésie

Boby_Lapointe_coffret_int_gr_33T

Boby Lapointe (1922-1972) est natif de Pézenas, dans l'Hérault. Poète, parolier-chanteur ? Les deux. C'est un humoriste, un joueur de mots hors pair, qu'il sait si bien mettre en musique, dont il faut réécouter plusieurs fois les interprétations  pour en saisir les astuces de langage. (photo coffret Intégrale 33 tours, présenté par son ami Georges Brassens - clic pour agrandir l'image)

On verra plus bas que Boby Lapointe est proche du mouvement Dada. Pas d'allusion ici au "Saucisson de cheval", titre d'une de ses chansons, mais plus précisément aux contraintes linguistiques qu'il s'est imposées avec le système "Bibi-binaire" de son invention.

On pourra s'amuser dans le texte qui suit, à repérer les jeux de mots et les doubles-sens :

La maman des poissons (extrait)

Si l'on ne voit pas pleurer les poissons
qui sont dans l'eau profonde
C'est que jamais quand il sont polissons
leur maman ne les gronde.

Quand ils s'oublient à fair' pipi au lit,
ou bien sur leurs chaussettes
Ou à cracher comme des pas polis,
elle reste muette

La maman des poissons
elle est bien gentille
Elle ne leur fait jamais la vie
Ne leur fait jamais de tartines
Ils mangent quand ils ont envie
Et quand ça a dîné ça r'dine
[...]
La maman des poissons
Elle a l'œil tout rond
On ne la voit jamais froncer les sourcils
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille
Et moi je l'aime bien avec du citron
[...]
S'ils veulent être maquereaux
C'est pas elle qui les empêche
De s'faire des raies bleues sur le dos
Dans un banc à peinture fraîche
[...]
La maman des poissons
Elle a l'œil tout rond
On ne la voit jamais froncer les sourcils
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille
Et moi je l'aime bien avec du citron

....

La maman des poissons
elle est bien gentille

Boby Lapointe - paroles et musique (éditions musicales Francis Dreyfus, 1971)

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Dans ce texte, Boby Lapointe joue avec les sonorités, les allitérations :

Ta Katie t'a quitté (extrait)

Ce soir au bar de la gare
Igor hagard est noir
Il n'arrête guère de boire
Car sa Katia, sa jolie Katia
Vient de le quitter
Sa Katie l'a quitté

Il a fait chou-blanc
Ce grand-duc avec ses trucs
Ses astuces, ses ruses de Russe blanc
Ma tactique était toc
Dit Igor qui s'endort
Ivre mort au comptoir du bar

Un Russe blanc qui est noir
Quel bizarre hasard se marrent
Les fêtards paillards du bar
Car encore Igor y dort
Mais près d'son oreille
Merveille un réveil vermeil
Lui prodigue des conseils
Pendant son sommeil

Tic-tac tic-tac
Ta Katie t'a quitté
Tic-tac tic-tac
Ta Katie t'a quitté
Tic-tac tic-tac
T'es cocu qu'attends-tu ?
Cuite-toi t'es cocu
T'as qu'à, t'as qu'à t'cuiter
Et quitter ton quartier
Ta Katie t'a quitté
Ta tactique était toc
Ta Katie t'a quitté
Ote ta toque et troque
Ton tricot tout crotté
Et ta croûte au couteau
Qu'on t'a tant attaqué
Contre un tacot coté
Quatre écus tout comptés
Et quitte ton quartier
Ta Katie t'a quitté
[...]

Boby Lapointe - paroles et musique (éditions musicales Intersong Tutti, 1975)

fille_verte_cr_ation__PP10Allitérations

Construire un poème privilégiant les allitérations, même si les vers ne rimant pas, la musique et le rythme seront donnés par la répétition du même ou de deux ou trois sons (consonnes) différents internes. Ci-dessous, les consonnes de l'alphabet international (source : http://membres.multimania.fr/clo7/grammaire/api.htm)

Consonnes



1 avril 2008

Madeleine Ley

Madeleine Ley (1901-1981) est une romancière et poète belge.

La girafe

Je voudrais une girafe
Aussi haute que la maison
Avec deux petites cornes
Et des sabots bien cirés
Je voudrais une girafe
Pour entrer sans escalier
Par la lucarne du grenier.

Madeleine Ley ("60 poésies 60 comptines" - éditions Le Centurion)

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En rêve j'ai trouvé

En rêve j'ai trouvé
(Le joli, joli rêve !)
en rêve j'ai trouvé
la clochette enchantée
qui dit la vérité.

En rêve j'ai trouvé
(Était-ce bien un rêve ?)
en rêve j'ai trouvé
les miettes semées par le Petit Poucet !

En rêve j'ai trouvé
(L'étrange, étrange rêve !)
en rêve j'ai trouvé
la citrouille si grosse
qui se change en carosse !

Dans mon plus joli rêve,
au pied d'un blanc perron,
j'ai trouvé, Cendrillon,
ta pantoufle de verre ...

(Madeleine Ley ("Petites voix" - Éditions Stock, 1930)

fille_verte_cr_ation__PP10Des exemples de création poétique en CE1 à la manière de Madeleine Ley :
http://www.ac-nancy-metz.fr/petitspoetes/HTML/SALLESDEJEUX/JEURIME.html

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L’araignée

Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.
Toile d’araignée
Émerveillement
Lourde de rosée
Dans le matin blanc !
Ouvrage subtil
Qui frissonne et ploie
Ô maison de fil
Escalier de soie.
Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.

Madeleine Ley ("Petites voix" - Éditions Stock, 1930)

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Grand-père

Dans la chambre du grand-père
il y avait un coquillage
qui soupirait et chantait
comme le vent et la mer.

Dans la chambre du grand-père
il y avait un petit coffre
en bois luisant jaune clair,
qu’il rapporta de ses voyages
Et que lui seul savait ouvrir.

Il y avait deux Japonais
en ivoire, sous un globe ;
et tout au fond d’un tiroir,
dans son écrin de velours vert,
bijou poli par les vagues,
la pipe en écume de mer !

Madeleine Ley



1 avril 2008

PP09 : L'humour de JEAN-PIERRE DEVELLE

- Jean-Pierre Develle -

Jean-Pierre Develle est un auteur contemporain. Ce texte a été trouvé dans le recueil du Concours de poésie de la RATP :

Qu’est-ce qui ne va pas sur la terre ?

 

C’est le chat, dit la souris
C’est le lion, dit la gazelle
C’est le loup, dit l’agneau
C’est l’homme, dit l’homme

Jean-Pierre Develle ("Des rimes et des rames" - recueil de textes du concours Concours de poésie dans le métro 2002-2003, éditions de la Voûte)

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de GHISLAINE ROMAN

livre_Ghislaine_Roman_si

- Ghislaine Roman -

Ghislaine Roman, enseignante en élémentaire et auteure contemporaine pour les enfants a publié des albums ("Le parapluie volant", "Tukaï, l'enfant sorcier "...) et des recueils poétiques ("Le livre des peut-être", "Le livre des si"), tous aux éditions Milan.

Comme Jean-Hughes Malineau, Ghislaine Roman propose "des rencontres ponctuelles dans les écoles, les bibliothèques ou médiathèques [...] en liaison directe avec ses albums, [...] de préférence en école maternelle et élémentaire".
Voir son site pour plus d'infos (lien direct cliquable) :

http://charte.repertoire.free.fr/r/roman.html

Si (extrait)

Si les girafes savaient tricoter,
il leur faudrait dix ans pour faire un cache-nez.
Si la mer était sucrée,
les icebergs seraient des sorbets.
Si les mille-pattes portaient des souliers,
ils passeraient leur nuit à les cirer.
Si on mettait des pierres dans les sabliers,
est-ce que ça empêcherait le temps de passer ?

Si 1 plus 1 ne faisait plus 2,
ce serait triste pour les amoureux...

Ghislaine Roman ("Le livre des si", illustrations de Tom Schamp - éditions Milan, 2004)

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Peut-être

Peut-être que les clowns ont de grandes chaussures
parce qu’ils ont de grands pieds.
Peut-être que la nuit est noire
Pour qu’on ne la confonde pas avec le jour.
Peut-être que les abeilles font du miel
parce qu’elles ne savent pas faire du chocolat.
Peut-être que les moutons portent de la laine
parce qu’ils sont allergiques au coton.
Peut-être que les dragons crachent du feu
parce que, s’ils crachaient de l’eau, on les prendrait pour des
pompiers.
Peut-être que les vaches sont noires et blanches
parce qu’elles n’ont pas réussi à choisir.
Peut-être que les kangourous ont des poches
parce qu’ils n’aiment pas les sacs à main.
Peut-être que les zèbres sont rayés
parce qu’ils n’aiment pas les carreaux.
Peut-être que les chenilles se transforment en papillons
parce que c’est plus simple que de se transformer en licornes.
Peut-être que les sorcières chevauchent des balais
parce qu’elles n’ont jamais entendu parler des aspirateurs.
Peut-être que les éléphants montent sur les tabourets
parce qu’ils ont peur des souris.
Peut-être que les chameaux ont deux bosses
pour rendre les dromadaires jaloux.
Peut-être que les lions sont mal coiffés
parce qu’ils font peur aux coiffeurs.
Peut-être qu’on dit « barbe à papa »
parce que ça fait plus jeune que de dire « barbe à papy »
Peut-être que les dinosaures n’ont pas disparu
mais qu’ils sont les meilleurs à cache- cache.
Peut-être qu’il faut terminer les livres
pour le plaisir de les recommencer.


Ghislaine Roman ("Le livre des peut-être", illustrations de Tom Schamp - éditions Milan, 2003)

logo_cr_ation_po_tiqueA la manière de Ghislaine Roman : "Si ..." et "Peut-être ..."

Plusieurs poèmes d'autres auteurs sont présentés sur le blog ou ailleurs, pour la production de textes conditionnels avec "Si" (voir Jean-Luc Moreau). La création poétique avec "peut-être" tout aussi intéressante. Voici des pistes :

De la GS au CM2 dans cette circonscription, on s'est amusé avec "peut-être" (lien non cliquable) :
http://www.ac-amiens.fr/inspections/80/montdidier/ecoles/ecoles.htm
Encore une expérience illustrée ici
(lien non cliquable) :
http://sites86.ac-poitiers.fr/buxerolles-planty/spip.php?article159
L'IEN de Gennevilliers propose, une fiche détaillée pour l'exploitation en classe de ce texte, en vue de la production d'écrit poétique. Il faut y aller ! Le pdf en lien direct cliquable est ici :

http://www.ien-gennevilliers.ac-versailles.fr/IMG/pdf/le_livre_des_peut-etre.pdf

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de CHRISTIAN POSLANIEC

- Christian Poslaniec -

Christian Poslaniec, enseignant, pédagogue, romancier et poète pour la jeunesse, est né en 1944.
Quelques titres :
Fleurs de Carmagnole (éditions Saint-Germain-des-Prés, 1978
) ; Concerto pour palette et rimes (éditions de L'école des loisirs, 1993) ; Poèmes en clé de scie pour les enfants en cage (éditions d'Utovie, 1976) ; Le chat de mon école marque toujours midi (éditions Lo Païs d’Enfance, 2002) ; Comme une pivoine (Éditions du Jasmin, 2008).

Mon arbre à moi

Lorsque je le caresse
Mon arbre apprivoisé
Se dresse
Sur la pointe des feuilles
dans le vent.

Alors moi je lui cueille
Un bouquet d'oiseaux blancs
et il remue la tête,
heureux
en souriant
d'un grand rire d'écorce
pour me faire la fête.

Christian Poslaniec ("Fleurs de Carmagnole" - éditions Saint-Germain-des-Prés, 1978)

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Cheval d'avril

Lorsque j'étais cheval
il y a deux mille ans
je galopais sans fin
je galopais longtemps

et c'est en galopant
que je suis devenu
galopin

depuis je cours tout le temps
les cheveux dans le vent
et le ventre tout nu.

Christian Poslaniec ("Poèmes en clé de scie pour les enfants en cage" - éditions d'Utovie, 1976)

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Douze ans

Trompée par les reflets de ses douze bougies
qu'elle avait prises pour des étoiles,
Francine s'engloutit dans la nuit blanche et ronde
du gâteau meringué nappé de chantilly
et dansa douze fois, légère,
au bout du monde.

Et quand elle revint
deux paillettes de neige
brillaient dans ses yeux.

Christian Poslaniec

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Pêchette surprise

Le pêcheur a attrapé une perche
qui aussitôt s'est perchée sur ses genoux.
Il faut s'attendre à tout quand on va à la pêche !
Puis elle a dit d'un air très doux :
poisson chat c'est toi qui le seras !

Christian Poslaniec

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Une autre prise poétique de ce pêcheur de jeux de mots à la ligne :

La tanche
 
Si t'attrapes une tanche
Et que la tanche fuit
C'est qu'ell' n'est pas étanche.

Est-ce dire
Que pour la pêcher
Mieux vaut lui coller une rustine
Qu'un hameçon au bout du nez ?

Christian Poslaniec

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de MADELEINE LEY

- Madeleine Ley -

Madeleine Ley (1901-1981) est une romancière et poétesse belge.

La girafe

Je voudrais une girafe
Aussi haute que la maison
Avec deux petites cornes
Et des sabots bien cirés
Je voudrais une girafe
Pour entrer sans escalier
Par la lucarne du grenier.

Madeleine Ley ("60 poésies 60 comptines" - éditions Le Centurion)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

En rêve j'ai trouvé

En rêve j'ai trouvé
(Le joli, joli rêve !)
en rêve j'ai trouvé
la clochette enchantée
qui dit la vérité.

En rêve j'ai trouvé
(Était-ce bien un rêve ?)
en rêve j'ai trouvé
les miettes semées par le Petit Poucet !

En rêve j'ai trouvé
(L'étrange, étrange rêve !)
en rêve j'ai trouvé
la citrouille si grosse
qui se change en carosse !

Dans mon plus joli rêve,
au pied d'un blanc perron,
j'ai trouvé, Cendrillon,
ta pantoufle de verre ...

(Madeleine Ley ("Petites voix" - Éditions Stock, 1930)

logo_cr_ation_po_tique Des exemples de création poétique en CE1 à la manière de Madeleine Ley :
http://www.ac-nancy-metz.fr/petitspoetes/HTML/SALLESDEJEUX/JEURIME.html

 

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Voici un dernier poème de Madeleine Ley, moins situé dans le thème de l'humour :

L’araignée

Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.
Toile d’araignée
Émerveillement
Lourde de rosée
Dans le matin blanc !
Ouvrage subtil
Qui frissonne et ploie
Ô maison de fil
Escalier de soie.
Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.

Madeleine Ley ("Petites voix" - Éditions Stock, 1930)

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de CHARLES VAN LERBERGHE

- Charles Van Lerberghe -

Charles Van Lerberghe (1861-1907) est un poète et romancier belge de langue française. Le recueil le plus remarquable peut-être : La chanson d'Ève, 1904

Mon rire

Mon rire chante dans les oiseaux.
Il danse avec les eaux
Que mène la lune.
Il est ici, il est ailleurs,
Il est mon jeu : c'est une fleur,
C'est une plume.

Et voici qu'il est un rayon.
Et voici qu'il est un son.
Ou encore c'est une pomme
D'or, que je lance avec mon cri,
Et qui retombe dans la paume
De ma main rose, en des bris d'or.

Charles Van Lerberghe ("La chanson d'Ève" - Mercure de France, 1904)

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de PAUL VERLAINE

- Paul Verlaine -

Paul Verlaine (1844-1896)  est un des poètes français les plus connus. Voir ici une biographie et une bibliographie détaillées :
http://pagesperso-orange.fr/paul-verlaine/paul-verlaine/

Impression fausse

Dame souris trotte,
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte
Grise dans le noir.

On sonne la cloche,
Dormez, les bons prisonniers !
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez.

Pas de mauvais rêve,
Ne pensez qu'à vos amours
Pas de mauvais rêve :
Les belles toujours !

Le grand clair de lune !
On ronfle ferme à côté.
Le grand clair de lune
En réalité !

Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four.
Un nuage passe.
Tiens, le petit jour !

Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus.
Dame souris trotte :
Debout, paresseux !

Paul Verlaine ("Parallèlement", paru aux éditions Messein, 1889, suivi de nombreuses autres éditions)

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de CARL NORAC

- Carl Norac -

Carl Norac est un poète et romancier belge né en 1960, auteur de recueils de poésie et d'albums pour la jeunesse. C'est le fils de Pierre Coran (son nom d'auteur est un anagramme).

Ci-après, un poème-acrostiche - voir le paragraphe JEUX de la page 1 de cette catégorie (par retour au sommaire) pour d'autres acrostiches et des idées de création livre_Carl_Norac_lettres_du_g_ant

Étoile ou étincelle

Pour qu'elle soit plus belle*,
Osons déshabiller nos phrases
Et nos pensées.
Surprise, elle devient
Imaginairement
Etoile ou étincelle
.

* au singulier, la phrase se réfère à la poésie, sous-entendue en acrostiche.
Carl Norac (dans "Lettres du  géant à l’enfant qui passe suivi du ..." - Labor Éditions, collection Espace Nord, 2002)

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Poème du cartable rêveur

Pendant que tu étais
Sur la plage, cet été,
Ou bien dans la forêt,
As-tu imaginé
Que ton cartable rêvait ?
Il rêvait d’avaler
Des crayons, des cahiers,
Puis d’aller, comme on vole,
Sur le chemin de l’école.

Carl Norac

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de PIERRE MENANTEAU

- Pierre Menanteau -

Pierre Menanteau (1895-1992), enseignant et poète, est l'auteur d'anthologies poétiques ("Florilèges"), dans lesquelles il s'attache à faire connaître les auteurs anciens et contemporains pour la jeunesse.
Ses Oeuvres poétiques complètes en plusieurs tomes sont parues  aux Éditions Soc et Foc.

Ah ! que la Terre est belle

Ah ! que la Terre est belle.
Crie une voix là-haut,
Ah ! que la Terre est belle.
Sous le beau soleil chaud !

Elle est encore plus belle,
Bougonne l’escargot
Elle est encore plus belle
Quand il tombe de l’eau.

Vue d’en bas, vue d’en haut,
La Terre est toujours belle
Et vive l’hirondelle
Et vive l’escargot.

Pierre Menanteau ("Bestiaire pour un enfant poète" - éditions Pierre Seghers, 1958)

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Au gui l'an neuf

Pour le meilleur et pour le pire
Le houx, le gui sont mariés.
La brume les a fiancés,
Noël conjugue leurs sourires.
Au gui, l'an neuf pour toutes peines,
Au gui, l'an neuf pour le bonheur
Des enfants qui chauffent leur coeur
Au vieux soleil des joies humaines !

Pierre Menanteau

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Le grillon

- Je suis grillé, dit le grillon
Le feu a pris dans ma maison.
- Il est grillé, dit la fourmi
Quel bon rôti pour mon dîner !
Mais les pompiers, la sauterelle et le criquet
Ont mis l'échelle pour arroser cette maison
Où le grillon allait griller.
Enfin sauvé ! Merci pompiers !
Tous les cris-cris vont s'accorder
Et dans le rond de l'amitié
Toute la nuit nous danserons.

Pierre Menanteau ("À l'école du buisson" - éditions Saint-Germain-des-Prés, 1971)

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de BLAISE CENDRARS

- Blaise Cendrars -

Blaise Cendrars (1887-1961), poète suisse, puis français, "fut le poète de la Fête et de l'Aventure" (JP Rosnay).

Nous ne voulons pas être tristes

Nous ne voulons pas être tristes
C'est trop facile
C'est trop bête
C'est trop commode
On en a trop souvent l'occasion
C'est pas malin
Tout le monde est triste
Nous ne voulons plus être tristes.

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Rire

Je ris
Je ris
Nous rions
Plus rien ne compte
Sauf ce rire que nous aimons
Il faut savoir être bête et content.

Blaise Cendrars ("Sud-américaines", 1924  et "Poésies complètes" - Denoël, 2001)

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livre_Cendrars_oiseau_bleu

L’oiseau bleu

Mon oiseau bleu a le ventre tout bleu
Sa tête est d’un vert mordoré
Il a une tache noire sous la gorge
Ses ailes sont bleues avec des touffes de petites plumes jaune doré
Au bout de la queue il y a des traces de vermillon
Son dos est zébré de noir et de vert
Il a le bec noir, les pattes incarnat et deux petits yeux de jais
Il adore faire trempette, se nourrit de bananes et pousse un cri
Qui ressemble au sifflement d’un petit jet de vapeur
On le nomme le septicolore.


Blaise Cendrars (première parution dans le recueil "Feuilles de route", Au Sans Pareil, 1924 / puis aux éditions Denoël, 1970 / et ce poème constitue le texte de "L'oiseau bleu" - Rue du Monde, collection "Petits Géants", 2001, illustrations de Nathalie Novi - voir image ci-dessus)

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de PIERRE BÉARN

- Pierre Béarn -

Pierre Béarn (1902-2004), poète et romancier français, a traversé le XXe siècle entier. Il est connu des écoliers pour ses recueils de fables, où même les objets mathématiques ne sont pas raisonnables.

Homme,
qui que tu sois
tu n’emporteras rien
avec toi.


Pierre Béarn

Ce rectangle personnalisé rappelle la géométrie de Guillevic, qu"on trouvera plus loin dans cette catégorie.

Un rectangle

Un rectangle se voulait carré
ce qui l'obligeait à maigrir
il se mit à réfléchir
pour découvrir un procédé
capable de réajuster
la démesure de ses flancs...
Et le voilà glissant glissant
se retournant de droite à gauche
tant et tant, tant et tant et tant
qu'il ne parvint qu'à s'arrondir!
En découvrant qu'il était rond
le rectangle voulut mourir.
C'est pourtant beau d'être un ballon
lorsqu'on s'envole vers le ciel
mais s'il faut être honoré
par de violents coups de pieds
il vaut mieux rester carré.

Pierre Béarn ("300 Fables d'aujourd'hui" - éditions EDITINTER, 1999)

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Balle arithmétique (titre et texte corrigés, maintenant conformes au texte du recueil)

À la une, on m'offre la Lune
À la deux, je la coupe en deux
À la trois, je la donne aux oies
À la quatre, on veut me combattre
À la cinq, je rencontre un prince
À la six, j'aime une écrevisse
À la sept, je deviens trompette
À la huit, on me déshérite
À la neuf, j'ai des souliers neufs
À la dix, j'ai du bénéfice !

Pierre Béarn ("300 Fables d'aujourd'hui" - éditions EDITINTER, 1999)

logo_cr_ation_po_tiqueComptines et actions de jeux

Voir ci-dessus les comptines numériques. Les jeux de balle au mur*, entre-autres, s'accompagnent souvent de comptines rythmées :
"Je joue à la balle / contre la muraille / un peu plus haut / je casse un carreau / un peu plus bas / je tue mon chat..." ("pour de faux" bien entendu).

 Sur le modèle du texte de Pierre Béarn, construire une comptine en liaison avec les lancers de balle contre le mur. * On peut y écrire, sur le mur ou y tracer des motifs à la craie, matérialisant les étapes à passer.

Autre exemple, les fils tendus :

Succession de 4 ou 5 actions à effectuer avec deux fils parallèles tendus, jeu pratiqué surtout par les filles dans les cours de récréation  (une occasion pour les garçons de le découvrir). Les deux fils limitent le cours de la rivière, rive gauche, rive droite, en amont, en aval, la source, la mer, bateau, nager, se noyer ... D'autres jeux peuvent se mettre en comptine rythmée : les jeux de corde à sauter, la marelle ...

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Une mouette et le printemps

Une mouette sans vergogne
s'imaginait une cigogne
Sur la cheminée d'un cargo.

- C'est moi le printemps ! criait-elle
mais elle avait bu trop de vent
car sur le baleinier dolent
Les matelots fêtaient Noël.

Pierre Béarn ("300 Fables d'aujourd'hui" - éditions EDITINTER, 1999)

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La lionne et la mouche

Une mouche en vagabondage
pique ici pique là
agaçait d'un dard innocent
le museau douillet d'une lionne
tant et tant qu'elle éternua
si bien que la mouche importune
fut projetée sur un lézard
pique ici pique là
qui la goba.

Pierre Béarn ("300 Fables d'aujourd'hui" - éditions EDITINTER, 1999)

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Les araignées et les dictons

Araignée du matin : chagrin
pensait un bébé coccinelle
cherchant à libérer ses ailes

Araignée du midi : souci
grognait un rat dans son chagrin
de voir un chat près de sa belle

Araignée du soir : espoir
disait au briquet l'étincelle
mourant dans le vent du jardin.

Mais l'araignée dans sa nacelle
Prisonnière à vie de sa faim
rêvait qu'elle était hirondelle.

Pierre Béarn ("Fables" - éditions Saint-Germain-des-Prés, 1999)

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1 avril 2008

PP 09 : l'humour de CHARLES CROS

- Charles Cros -

Charles Cros (1842–1888) est un poète français ("Le Collier de griffes", "Le Coffret de santal") méconnu de ses contemporains et quelque peu oublié aujourd'hui. Il reste quand même son hareng saur, sec, sec, sec, qui se balance aux murs des écoles. Charles Cros est aussi un inventeur dépossédé : qui sait ce qu'il a apporté à la photographie ? Et le phonographe, qu'il avait théorisé, a été réalisé par Thomas Edison.

Le hareng saur

à Guy *

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle - haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs, - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire, - simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,
Et amuser les enfants - petits, petits, petits.

Charles Cros ("Le Coffret de santal", 1873 - Gallimard poésie 1972) - * Guy-Charles Cros, son fils, qui deviendra poète

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Quelques poèmes à l'humour sombre et désabusé :

Moi, je vis la vie à côté

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c'est la fête.
Les gens disent : Comme il est bête!
En somme, je suis mal coté.
J'allume du feu dans l'été,
Dans l'usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu'importe ! J'aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J'ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d'un pas normal;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros ("Le Collier de griffes", 1908 [recueil posthume] - Gallimard poésie 1972)

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Gagne-petit

Il a tout fait, tous les métiers. Sa simple vie
Se passe loin du bruit, loin des cris de l'envie
Et des ambitions vaines du boulevard.
Pour ce jour attendu, qui s'annonce blafard,
Les savants ont prédit, avant l'heure où se couche
Le soleil, une éclipse. Et sa maîtresse accouche,
Apportant un enfant parmi tant de soucis !
Il compte, pour dîner, sur ses verres noircis.
Carrières de Montmartre, en vos antres de gypse,
Abritez le marchand de verres pour éclipse !

Charles Cros ("Le Coffret de santal", 1873 - Gallimard poésie 1972)

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Songe d'été

À d’autres les ciels bleus ou les ciels tourmentés,
La neige des hivers, le parfum des étés,
Les monts où vous grimpez, fiertés aventurières
Des Anglaises. Mes yeux aiment mieux les clairières
Où la charcuterie a laissé ses papiers,
Les sentiers où l’on sent encor l’odeur des pieds
Des soldats avec leurs payses, la presqu’île
De Gennevilliers, où croît l’asperge tranquille
Sous l’irrigation puante des égouts...
On ne dispute pas des couleurs ni des goûts.

Charles Cros ("Le Coffret de santal", 1873 - Gallimard poésie 1972)

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Morale

Sur des chevaux de bois enfiler des anneaux,
Regarder un caniche expert aux dominos,
Essayer de gagner une oie avec des boules,
Respirer la poussière et la sueur des foules,
Boire du coco tiède au gobelet d'étain
De ce marchand miteux qui fait ter lin tin tin,
Rentrer se coucher seul, à la fin de la foire,
Dormir tranquillement en attendant la gloire
Dans un lit frais l'été, mais, l'hiver, bien chauffé
Tout cela vaut bien mieux que d'aller au café.

Charles Cros ("Le Coffret de santal", 1873 - Gallimard poésie 1972)

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de TRISTAN TZARA et le Mouvement Dada

- Tristan Tzara et le mouvement Dada -

Tristan Tzara (1896-1963) est l'un des fondateurs du mouvement Dada.
Le mouvement Dada dépasse le cadre de l'humour, et pour tout dire celui de la poésie. Il échappe aux critères, aux règles et aux contraintes.
Voici des passages du Manifeste Dada rédigé en 1918 par Tristan Tzara :

"[...] J'écris ce manifeste pour montrer qu'on peut faire les actions opposées ensemble, dans une seule fraîche respiration; je suis contre l'action; pour la continuelle contradiction, pour l'affirmation aussi, je ne suis ni pour ni contre et je n'explique pas car je hais le bon sens. [...]
Une œuvre d'art n'est jamais belle, par décret, objectivement, pour tous. La critique est donc inutile, elle n'existe que subjectivement, pour chacun, et sans le moindre caractère de généralité. [...]
[Littérature] : Chaque page doit exploser, soit par le sérieux profond et lourd, le tourbillon, le vertige, le nouveau, l'éternel, par la blague écrasante, par l'enthousiasme des principes ou par la façon d'être imprimée. Voilà un monde chancelant qui fuit, fiancé aux grelots de la gamme infernale, voilà de l'autre côté : des hommes nouveaux. Rudes, bondissants, chevaucheurs de hoquets."

Chanson dada

La chanson d'un dadaïste
Qui avait dada au coeur
Fatiguait trop son moteur
Qui avait dada au coeur

L'ascenseur portait un roi
Lourd fragile autonome
Il coupa son grand bras droit
Il'envoya au pape à rome

C'est pourquoi
L'ascenseur
N'avait plus dada au coeur

Mangez du chocolat
Lavez votre cerveau
Dada
Dada
Buvez de l'eau

II

La chanson d'un dadaïste
Qui n'était ni gai ni triste
Et aimait une bicycliste
Qui n'était ni gaie ni triste

Mais l'époux le jour de l'an
Savait tout et dans une crise
Envoya au vatican
Leurs deux corps en trois valises

Ni amant
Ni cycliste
N'étaient plus ni gais ni tristes

Mangez de bons cerveaux
Lavez votre soldat
Dada
Dada
Buvez de l'eau

III

La chanson d'un bicycliste
Qui était dada de coeur
Qui était donc dadaïste
Comme tous les dadas de coeur

Un serpent portait des gants
Il ferma vite la soupape
Mit des gants en peau d'serpent
Et vient embrasser le pape

C'est touchant
Ventre en fleur
N'avait plus dada au coeur

Buvez du lait d'oiseaux
Lavez vos chocolats
Dada
Dada
Mangez du veau

Tristan Tzara ( 1923)

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Pour faire un poème dadaïste

Prenez un journal.
Prenez les ciseaux.
Choisissez dans le journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun de mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre.
Copiez consciencieusement dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.

Tristan Tzara (1920)

Ci-après une recette Dada dont nous pourrons nous inspirer pour proposer un jeu de création poétique plus structuré (donc pas vraiment Dada) :

logo_cr_ation_po_tique Découpage et collage de mots ou de groupes de mots
 Avec les précautions d'usage quand on manipule des journaux (pas les taches d'encre ni les coupures de ciseaux mais bien le danger des mots et le choc des images), la poésie naîtra peut-être de l'improbable.

Dans les titres d'articles de vieux journaux ou de magazines adaptés au niveau de la classe*, les élèves découperont sans projet de rédaction préalable les ensembles (1, 2, 3 mots...) écrits qui les intéressent, de manière à constituer un stock important d'étiquettes.

Dans un deuxième temps, le travail individuel ou par groupe, permettra d'expérimenter différentes combinaisons de trois ou quatre étiquettes, de manière à composer des titres bizarres ou des phrases amusantes. Chaque groupe de travail soumettra au grand groupe une ou plusieurs de ses productions.

Il est possible, dans les grandes classes, de regrouper ou de réarranger plusieurs ensembles, comme dans l'exemple ci-dessous.

Les titres et phrases retenus seront alors collés sur des feuilles A4 ou A3 pour être présentés en affiches, ou réunis par agrafage pour un  journal ("Tout est possible").

Un travail d'arts plastiques est envisageable pour illustrer les productions écrites, à côté ou dans le texte lui-même.

  • Variantes : Scanner les titres et réaliser un montage informatique dans un logiciel de retouche d'image (Photoshop, Publisher, Paint...).
  • Agrandir la réalisation A4 en A3 en photocopie (on pourra garder l'image en niveaux de gris avant illustration). Il est possible de reproduire encore par moitiés le document A3 pour un affichage grand format A2 ( 60 X 42 cm), ou plus.

* publications d'actualité pour les enfants et les adolescents (source Wikipedia) :

Le Journal des Enfants 8 à 14 ans Hebdo
Les Clés de l'actualité junior 8 à 12 ans Hebdo
Mon Quotidien 10 à 14 ans Quotidien
Le Monde des ados 11 à 15 ans Bimensuel
Mon Petit Quotidien 6 à 10 ans Quotidien
L'actu + 14 ans Quotidien

 
Les pages ci-dessous ont été obtenues par découpage et collage dans les titres ou inter-titres des pages nationales du journal "Le Parisien" , édition du mercredi 26 novembre 2008, uniquement.

Le Parisible* (mais si) du mercredi 26 novembre 2008. * ce titre satirique a déjà servi

collage_1

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de PIERRE GAMARRA

- Pierre Gamarra -

Pierre Gamarra, écrivain ("Le maître d'école") et poète, est né en 1919.

La pendule

Je suis la pendule, tic !
Je suis la pendule, tac !
On dirait que je mastique
Du mastic et des moustiques
Quand je sonne et quand je craque
Je suis la pendule, tic !
Je suis la pendule, tac !

J’avance ou bien je recule
Tic-tac, je suis la pendule,
Je brille quand on m’astique,
Je ne suis pas fantastique
Mais je connais l’arithmétique,
J’ai plus d’un tour dans mon sac,
Je suis la pendule, tac !
Je suis la pendule, tac !

Pierre Gamarra  ("Mon Cartable et autres poèmes à réciter" - ID livre jeunesse, 2006)

logo_cr_ation_po_tique Les objets s'expriment 

Il n'y a pas de raison (non, il n'y en a pas), comme les animaux, les objets parlent, et ça peut être drôle. On fera raconter en vers rimés ou libres, par les objets de notre entourage, leurs tracas et leurs plaisirs, peut-être leurs aventures ? Penser aux objets domestiques : Le frigo, la machine à café, le téléviseur, la console de jeux, le téléphone, même le paillasson ou l'éponge,  et aux autres, qu'ils nous appartiennent ou pas : la voiture, un avion, le caddie de supermarché, le cartable, le ballon de rugby ...

  • Autres possibilités : Faire raconter les objets naturels (la rivière, une montagne, la mer), ou artificiels du paysage (un pont sur le fleuve, la cour de récréation, une tour d'habitation promise à la démolition, un clocher d'église, le coq du clocher...) Les animaux évidemment, domestiques ou sauvages, disparus ou bien actuels. De nombreux textes peuvent servir de modèle.

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Le cosmonaute et son hôte

Sur une planète inconnue,
un cosmonaute rencontra
un étrange animal;
il avait le poil ras,
une tête trois fois cornue,
trois yeux, trois pattes et trois bras !
« Est il vilain! pensa le cosmonaute
en s'approchant prudemment de son hôte.
Son teint a la couleur d'une vieille échalote,
son nez a l'air d'une carotte.
Est ce un ruminant? Un rongeur? »
Soudain, une vive rougeur
colora plus encor le visage tricorne.
Une surprise sans bornes
fit chavirer ses trois yeux.
" Quoi! Rêvé je ? dit il. D'où nous vient, justes cieux,
ce personnage si bizarre sans crier gare !
Il n'a que deux mains et deux pieds,
il n'est pas tout à fait entier.
Regardez comme. il a l'air bête,
il n'a que deux yeux dans la tête !
Sans cornes, comme il a l'air sot !"
C'était du voyageur arrivé de la Terre
que parlait l'être planétaire.
Se croyant seul parfait et digne du pinceau,
il trouvait au Terrien un bien vilain museau.
Nous croyons trop souvent que, seule, notre tête
est de toutes la plus parfaite!

Pierre Gamarra (" Salut, Monsieur de la Fontaine" - éditions ART, Le Temps des cerises)

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Le moqueur moqué


Un escargot se croyant beau,
Se croyant gros, se moquait d'une coccinelle.
Elle était mince, elle était frêle !
Vraiment, avait-on jamais vu insecte aussi menu !
Vint à passer une hirondelle
Qui s'esbaudit du limaçon.
Quel brimborion, s'écria-t-elle !
C'est le plus maigre du canton !
Vint à passer un caneton.
Cette hirondelle est minuscule,
Voyez sa taille ridicule !
Dit-il sur un ton méprisant.
Or, un faisan
aperçut le canard et secoua la tête :
Quelle est cette si minime bête
Au corps si drôlement bâti !
Un aigle qui planait leur jeta ces paroles :
Êtes-vous fous ? Êtes-vous folles ?
Qui se moque du précédent sera moqué par le suivant.
Celui qui d'un autre se moque
A propos de son bec, à propos de sa coque,
De sa taille ou de son caquet,
Risque à son tour d'être moqué !

Pierre Gamarra (" Salut, Monsieur de la Fontaine" - éditions ART, Le Temps des cerises)

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de GABRIEL MACÉ (Jean de la Futaille)

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- Gabriel Macé -

Gabriel Macé (1918-1990) a signé sous le pseudonyme de Jean de la Futaille, clin d'oeil à qui-vous-savez, des textes en forme de fables dans Le Canard Enchaîné dont il a été rédacteur en chef.

Ces scènes animales ou humaines, publication satirique oblige, font souvent référence à l'actualité sociale et politique du moment (avec plus de liberté, mais à l'image de la critique indirecte de la Cour du roi Louis XIV par Jean de La Fontaine dans ses fables). Elles ont parfois une plus large portée.

Dans Le Canard de Poche où elles ont été publiées, le nom de l'auteur, Gabriel Macé, n'apparaît que comme préfacier et commentateur !

L'humour noir de Gabriel Macé :

Sur la vanité des choses de ce monde

L'était dalleur de son métier,
Mais l'avait trop la dalle en pente.
L'en est claqué dans sa soupente.
Que reste, maintenant du dalleur-ardoisier
Qu'a décroché la tombale ?
Que dalle.

Jean de la Futaille (Gabriel Macé - Les Fables de Jean de la Futaille - Numéro spécial du Canard Enchaîné, nov 1967)

et trois fables, tirées du chapitre "Fables pour enfants tombés sur la tête", dans ce même livre :

L'automobiliste qui avait fait une simple erreur...

C'était incompréhensible
Pour l'agent verbalisateur :
L'Automobiliste irascible,
Prenant le rouge pour cible,
Fonçait, cornant avec fureur.

Le malheureux avait commis
Une simple petite erreur :
Au lieu d'un Tigre, il avait mis
Un taureau dans son moteur.

Jean de la Futaille (Gabriel Macé - Les Fables de Jean de la Futaille - Numéro spécial du Canard Enchaîné, nov 1967)

livre_Jean_de_la_Futaille_texte_lapin

Illustrations de France (c'est son nom) pour Les Fables de Jean de la Futaille.

À chacun ses raisons

Condamner la Myxomatose ?
Certainement ! Car, c'est un fait,
Elle n'a aucun effet
Sur les lapins que l'on nous pose.

Jean de la Futaille (Gabriel Macé - Les Fables de Jean de la Futaille)

La troisième est une fable-express :

livre_Jean_de_la_Futaille_P_gaseLe Tiercé

Pégase, ce jour-là, est arrivé premier.
C'est un vol ! ont dit les turfistes.

Jean de la Futaille (Gabriel Macé - Les Fables de Jean de la Futaille)

logo_cr_ation_po_tique Fables-express 

Voir Alphonse Allais, page 1

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1 avril 2008

PP 09 : l'humour de ROBERT DESNOS

- Robert Desnos -

Robert Desnos (1900-1945) a fait partie avec Benjamin Péret et André Breton du mouvement Dada et du  surréalisme. Il rompra plus tard avec eux. Auteur de nombreux textes poétiques, ses poèmes pour les enfants sont très connus ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, 1952).

"Je suis un acrobate de fortune
qui termine son numéro
dans l'exacte nuance de dérisoire."
Robert Desnos, poème "Identité"

Des textes de Desnos sont déjà présents sur le blog dans les catégories C2 et C3 pour la classe (La fourmi - Le pélican - L'escargot - La grenouille aux  souliers percés - Les hiboux - Le zèbre - L'oiseau du Colorado - Il était une feuille). Une autre série de textes, souvent plus graves*, sont rangés dans la catégorie du "Printemps des Poètes  2008 : l'Autre"  - *voir le complément à la biographie de Desnos dans cette catégorie. 

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Ce poème joue sur les échanges de lettres ou de syllabes,  à la manière (mais sans l'intention grivoise évidemment), de contrepèteries, et l'invention de mots :

Le canapé de Paméla

Le canapé de Paméla
Le Panapé de Caméla
Le Panala de Camépé

Est un beau canaquois
Est un nabeau est un naquois
Charmante Panapé
Charmante Paméla

Le charme de Paméla
Le charme du canapé
Il est passé par ici
Il repassera par là
C’est un nabeau c’est un naquois
Charmante Paméla
Délicieux canapé

Robert Desnos ("Youki 1930 Poésie" - publication posthume dans "Destinée arbitraire" - Gallimard, 1975)

logo_cr_ation_po_tique Jouer avec les syllabes

Les élèves peuvent rechercher des mots connus dans le dictionnaire en suivant, comme dans le poème de Robert Desnos, certains critères : le même nombre de syllabes et des voyelles communes, ou pas. Ils s'exercent à la permutation simple de syllabes entre deux mots, et en vérifient le possible effet amusant. On construit ensuite autour des mots appariés un texte structuré, en enrichissant le thème développé, sur le mode humoristique.

L'exemple  ci-dessous, avec des prénoms et quelques entorses à la règle pour rester dans le thème choisi est déjà placé au paragraphe Jacques Charpentreau :

Mes trouvailles 

J'ai cueilli des radis pour Annie
des rideaux et des radeaux pour Anna ...
(texte complet au paragraphe Charpentreau)

On retrouvera avec d'autres auteurs [Boby Lapointe par exemple] d'autres procédés basés sur les jeux de mots.
Voir également "La Belle Lisse Poire du prince de Motordu" de Pef, ainsi que les autres livres de la série, et le "Dictionnaire des mots tordus ", du même auteur.

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Dans le texte qui suit, on observera l'emboîtement des vers. Seule la partie en couleur de ce texte est proposée en élémentaire.

Chant du ciel

La fleur des Alpes disait au coquillage : « tu luis »
Le coquillage disait à la mer : « tu résonnes »
La mer disait au bateau : « tu trembles »
Le bateau disait au feu : « tu brilles »
Le feu me disait : « je brille moins que ses yeux »
Le bateau me disait : « je tremble moins que ton coeur quand elle paraît »

La mer me disait : « je résonne moins que son nom en ton amour »
Le coquillage me disait : « je luis moins que le phosphore du désir dans ton rêve creux »
La fleur des Alpes me disait :« elle est belle »
Je disais : « elle est belle, elle est belle, elle est émouvante ».

Robert Desnos ("Corps et biens", les ténèbres - Gallimard,1930 et Poésie/Gallimard, 1968)

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Dans celui-ci, l'humour est sujet du poème :

Le souci

Et pour qui sont ces six soucis ?
Ces six soucis sont pour mémoire.
Ne froncez donc pas les sourcils,
Ne faites donc pas une histoire,
Mais souriez, car vous aussi,
Vous aussi, aurez des soucis.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

[La première édition réunit les recueils Chantefables (1944*) et Chantefleurs (1952)  ainsi que des jeux de langages, des "poèmes à dire, à chanter, à danser", que Robert Desnos avait écrits pour les enfants de ses amis pendant l'occupation. La préface est de sa compagne, Youki, et les textes sont illustrés par  Gabrielle Sauvain.] source : www.marelibri.com *Robert Desnos a été arrêté en 1944 et déporté, avant d'avoir vu la parution de "Chantefables".

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C'était un bon copain

Il avait le cœur sur la main
Et la cervelle dans la lune
C'était un bon copain
Il avait l'estomac dans les talons
Et les yeux dans nos yeux
C'était un triste copain
Il avait la tête à l'envers
Et le feu là où vous pensez
Mais non quoi il avait le feu au derrière
C'était un drôle de copain
Quand il prenait les jambes à son cou
Il mettait son nez partout
C'était un charmant copain
Il avait une dent contre Étienne
A la tienne Étienne à la tienne mon vieux
C'était un amour de copain
Il n'avait pas la langue dans sa poche
Ni la main dans la poche du voisin
Il ne pleurait jamais dans mon gilet
C'était un copain
C'était un bon copain.

Robert Desnos ("Corps et biens" - Gallimard,1930 et Poésie/Gallimard, 1968)

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L’hippocampe

Gloire, gloire au bel hippocampe,
Cheval marin, cheval de trempe,
Qu’aucun jockey n’a chevauché,
Hip ! Hip ! Hip ! pour l’hippocampe.

Gloire ! Gloire au bel hippocampe,
Dans une poche, sur son ventre,
Il porte et il couve ses œufs.
Là, ses petits sont bien chez eux.
Hip ! Hip ! Hip ! pour l’hippocampe.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

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Les hiboux

Ce sont les mères des hiboux 
Qui désiraient chercher les poux 
De leurs enfants, leurs petits choux, 
En les tenant sur les genoux.

Leurs yeux d'or valent des bijoux 
Leur bec est dur comme cailloux, 
Ils sont doux comme des joujoux, 
Mais aux hiboux point de genoux !

Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? Les Andalous ? 
Ou dans la cabane bambou ? 
A Moscou ? Ou à Tombouctou ? 
En Anjou ou dans le Poitou ? 
Au Pérou ou chez les Mandchous ?

Hou ! Hou ! 
Pas du tout, c'était chez les fous.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

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Le pélican

Le capitaine Jonathan,
Étant âgé de dix-huit ans
Capture un jour un pélican
Dans une île d'Extrême-orient,

Le pélican de Jonathan
Au matin, pond un oeuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un oeuf tout blanc
D'où sort, inévitablement
Un autre, qui en fait autant.

Cela peut durer pendant très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

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Le blaireau

Pour faire ma barbe 
Je veux un blaireau, 
Graine de rhubarbe, 
Graine de poireau.

Par mes poils de barbe ! 
S'écrie le blaireau, 
Graine de rhubarbe, 
Graine de poireau,

Tu feras ta barbe 
Avec un poireau, 
Graine de rhubarbe, 
T'auras pas ma peau.

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

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Illustr_Desnos_fourmi

Fourmi_au_feutre_ind_l_bile_JSE2<< ci-contre, fourmi au feutre indélébile sur fond  gouache et huile. Techniques d'illustration visibles sur le blog
http://jourssemisentre2.canalblog.com/

La fourmi

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête,
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards,
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Une fourmi parlant français;
Parlant latin et javanais,
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Eh ! Pourquoi pas ?

Robert Desnos ("Chantefables et Chantefleurs" - Gründ éditeur, publication posthume en 1952)

logo_cr_ation_po_tique À la manière de "une fourmi de dix-huit mètres ..."

voici une adresse où vous trouverez des textes imités de "La fourmi" : http://clicnet.swarthmore.edu/rire/textes/desnos.html

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La dame pavot nouvelle épousée

La dame pavot nouvelle épousée
a demandé à son mari
Quelle est l'année ?
Quel est le mois ?
Quelle est la semaine ?
Quel est le jour ?
Quelle est l'heure ?
Et son mari a répondu
- Nous sommes en l'an quarante
nous sommes au mois de Juillobre
semaine des quatre jeudis
jour de gloire
midi sonné.
Belle année, agréable mois,
charmante semaine,
jour merveilleux
Heure délicieuse.

Robert Desnos ("Le parterre d'Hyacinthe" publication posthume dans "Destinée arbitraire" - Gallimard, 1975).

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Par un point situé sur un plan...

Par un point situé sur un plan
On ne peut faire passer qu'une perpendiculaire
à ce plan.
On dit ça...
Mais par tous les points de mon plan à moi
On peut faire passer tous les hommes, tous les animaux de la terre
Alors votre perpendiculaire me fait rire.
Et pas seulement les hommes et les bêtes
Mais encore beaucoup de choses
Des cailloux
Des fleurs
Des nuages
Mon père et ma mère
Un bateau à voiles
Un tuyau de poêle
Et si cela me plaît
Quatre cents millions de perpendiculaires.

Robert Desnos ("La géométrie de Daniel" 1939 - publié aux éditions Gallimard dans "Destinée arbitraire", en 1975)

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L'oiseau du Colorado

L’oiseau du Colorado
Mange du miel et des gâteaux
Du chocolat et des mandarines
Des dragées des nougatines
Des framboises des roudoudous
De la glace et du caramel mou.

L’oiseau du Colorado
Boit du champagne et du sirop
Suc de fraise et lait d’autruche
Jus d’ananas glacé en cruche
Sang de pêche et navet
Whisky menthe et café.

L’oiseau du Colorado
Dans un grand lit fait un petit dodo
Puis il s’envole dans les nuages
Pour regarder les images
Et jouer un bon moment
Avec la pluie et le beau temps.

Robert Desnos ("La ménagerie de Tristan" publié dans "Destinée arbitraire" -  Poésie Gallimard, 1975)

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Le poisson sans-souci (extrait)

Le poisson sans-souci
Vous dit bonjour vous dit bonsoir
Ah ! qu’il est doux qu’il est poli
Le poisson sans-souci.

Il ne craint pas le mois d’avril
Et tant pis pour le pêcheur
Adieu l’appât adieu le fil
Et le poisson cuit dans le beurre.

[...]

Le poisson sans-souci
Qui dit bonjour qui dit bonsoir
Ah ! qu’il est doux et poli
Le poisson sans-souci
Le souci sans souci
Le Poissy sans Soissons
Le saucisson sans poids
Le poisson sans-souci.

Robert Desnos ("La ménagerie de Tristan" publié dans "Destinée arbitraire" -  Poésie Gallimard, 1975)

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Les passages du poème qui suit sont semblables à des bribes d'images au sortir d'un rêve qu'on ne parvient pas à reconstituer. Des collages de mots, un bout de phrase ...

Demi-rêve (extrait)

abougazelle élaromire
Elaroseille a la mijelle
a la mirate a la taraise

[...]

Il est bonjour au coeur de lune
Le ciel alors lagélami
Lagélasou lagésommeil
Lagébonneil Légésonjour.

Robert Desnos ("Destinée arbitraire" -  Poésie Gallimard, 1975)

logo_cr_ation_po_tiqueInventer des mots : Les mots inventés ici  par Robert Desnos sont choisis pour leur sonorité, leur pouvoir d'évocation, et pour le rythme du poème.

On peut obtenir un effet approchant en partant d'un poème court , existant ou original, et en remplacer la plupart des mots par des associations de syllabes aux sonorités plaisantes.

Voir Guillevic, Boby Lapointe, Boris Vian.

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12 mars 2008

JEAN TARDIEU - Sélection de textes

- SOMMAIRE -

Monsieur monsieur

  • Les difficultés essentielles [+ création poétique]
  • Monsieur interroge Monsieur
  • Voyage avec Monsieur Monsieur
  • Le tombeau de Monsieur Monsieur

Monsieur monsieur - Colloques et interpellations"

  • Les erreurs
  • La môme néant
  • Conversation
  • Conseils donnés par une sorcière

Monsieur monsieur - Metaphysical poetry

  • Le dilemme

Monsieur monsieur - Chansons avec ou sans musique

  • Rengaine à pleurer
  • Comptine
  • Chœur d'enfants
  • La place de la Concorde

Monsieur monsieur - Six études pour la voix seule

  • Étude de voix d'enfant

Formeries - Les beaux métiers

  • L'éternel enfant

Comme ceci comme cela

  • Récatonpilu ou Le jeu du poulet
  • Au conditionnel

Il était une fois, deux fois, trois fois...  [+ création poétique] logo_cr_ation_po_tique

  • Les aventures d’une famille de chats
  • La nièce attentionnée
  • [avec deux exemples de comptines traditionnelles]
29 avril 2007

Afrique du Nord - Égypte ancienne et contemporaine

Les textes sont présentés en traduction française uniquement, pour des raisons techniques.
On peut s'initier à l'écriture de l'ancienne Égypte, les hiéroglyphes, à cette adresse :
http://artchives.samsara-fr.com/hieroglyph.htm
Ce site peut permettre également de proposer aux élèves une activité graphique : "traduire" le prénom (et tout autre mot) en hiéroglyphes, selon une correspondance alphabétique. 

D'autre part, il est possible de télécharger des polices de caractères hiéroglyphes pour Mac et PC à cette adresse :
http://www.egypt.edu/etaussi/informatique/meroitique/meroitique01.htm

Des textes d'Égypte ancienne :
Le premier, qu'on peut approximativement dater de 2200 avant notre ère, est une glorification de la crue du Nil (Hâpy). Avant la construction du grand barrage d'Assouan, et d'autres aménagements, la crue d'été apportait le limon et l'eau nécessaires aux cultures sur les rives du fleuve.
Kemet ("la terre noire") était le nom donné à l'Égypte antique.

Ce texte est présenté ici dans une version réduite et réorganisée :

L'Hymne à la crue du Nil (court extrait proposé par le blog Lieucommun)

Salut à toi, Crue
Maîtresse des poissons.
Tu conduis les oiseaux migrateurs vers le Sud.
Tu fais naître les herbes pour le bétail.
Tu es dans le monde souterrain
et le ciel et la terre reposent sur toi.
Tu pénètres les collines.
Tu emplis la Haute et la Basse-Égypte.
Tu établis la vérité dans le coeur des hommes.
Tu veilles à ce que les oiseaux reviennent de leur pays.
Sois verte, alors tu viendras !
Sois verte, alors tu viendras !
Crue, sois verte, alors tu viendras !

D'après le texte retranscrit par Dirk Van der Plas ("L'hymne à la crue du Nil" dans la Revue Le Monde de la Bible n° 138 - Paris, 2001).


Le texte suivant est attribué, sans certitude, au pharaon Akhénaton, époux de Néfertiti (14e siècle avant notre ère), encore appelé Amenhotep IV ou Aménophis IV. Pour l'anecdote, c'est le pharaon Toutankhamon, son fils, qui lui a succédé.

Akhenaton signifie qui est utile à Aton (Aton étant une des représentations du dieu Soleil).

Ce texte, est gravé sur la tombe d’Aÿ (personnage de la Cour et pharaon par la suite).

Hymne à Aton ou Hymne au Soleil (extrait proposé par le blog)

Tu apparais resplendissant à l'horizon du ciel,
Disque vivant qui as inauguré la vie !
Sitôt tu es levé à l'horizon oriental,
Que tu emplis chaque contrée de ta perfection.
Tu es beau, grand, brillant, élevé au-dessus de tout l'univers.
Tes rayons entourent les pays jusqu'à l'extrémité de tout ce que tu as créé.
...
Si éloigné sois-tu, tes rayons touchent la terre.
Tu es devant nos yeux mais ta marche demeure inconnue.

Lorsque tu te couches à l'horizon occidental,
L'univers est plongé dans les ténèbres et comme mort.
Les hommes dorment dans leurs demeures, la tête enveloppée,
Et aucun d'eux ne peut voir son frère.
...
Tous les lions sont sortis de leurs antres,
Et tous les reptiles mordent.
Ce sont les ténèbres d'un four et le monde gît dans le silence,
C'est que leur créateur repose dans son horizon.

Mais à l'aube, dès que tu es levé à l'horizon,
Tu chasses les ténèbres et tu dardes tes rayons.
Alors le Double-Pays est en fête,
L'humanité est éveillée et debout sur ses pieds;
C'est toi qui les as fait lever !
...

Tu a mis chaque homme à sa place et tu as pourvu à son nécessaire.
Chacun possède de quoi manger et le temps de sa vie est compté.
Les langues sont variées dans leurs expressions ;
Leurs caractères comme leurs couleurs sont distincts,
Puisque tu as distingué les étrangers.
Tu crées le Nil dans le monde inférieur
Et tu le fais venir à ta volonté pour faire vivre les Egyptiens,
...
Disque du jour au prodigieux pouvoir !
Tout pays étranger, si loin soit-il, tu le fais vivre aussi:
Tu as placé un Nil dans le ciel qui descend pour eux;
Il forme les courants d'eau sur les montagnes comme la mer très verte,
Pour arroser leurs champs et leurs territoires.
Qu'ils sont efficients tes desseins, Seigneur de l'éternité !
Un Nil dans le ciel, c'est le don que tu as fait aux étrangers
Et à toute bête des montagnes qui marche sur ses pattes,
Tout comme le Nil qui vient du monde inférieur pour le Pays-Aimé.
...

Akhenaton


Un parmi d'autres textes dédiés au Soleil, Aton, et dont sans doute Akhenaton s'est inspiré :

Les saisons

Tu fis les saisons pour créer toutes les œuvres,
L’hiver pour les rafraîchir, et l’été pour la chaleur.
Tu as fait le ciel lointain pour t’y lever,
Pour observer tout que tu as fait,
Tout seul, étincelant sous ta forme d’Aton animé,
Depuis l’aube rayonnant, puis t’éloignant et revenant.

Texte issu des Pyramides de Saqqarah dans le delta du Nil (Basse-Egypte), daté de la VIe dynastie (vers 2200 av notre ère).


Le poème qui suit est d'un auteur contemporain :

Egypte_Assouan_1

Au petit matin à Assouan (en nov 2007) - phot Lieucommun


Abderrahman (ou Abderrahmane) Al-Abnoudi, poète égyptien, est né en 1938. Il a publié son premier recueil de poèmes en 1963 : Mawwal al-bohaïra (Le Chant du lac).

Le recueil "La mort de l'épouvantail", dont est extrait le poème ci-dessous a été traduit par Jean-Claude Rolland, linguiste, formateur en didactique des langues, auteur et traducteur (de textes d'auteurs de langue arabe et de langue espagnole). Nous lui présentons nos excuses pour cet oubli, maintenant réparé.


Le verre de thé

Rue de Shubra dans un café je me suis attablé
Le garçon m’a apporté un verre de thé
Absolument sans comparaison avec le verre de thé de la maison

J’ai vu passer un homme au crâne complètement rasé
Une fille avec un plat de fèves très léger
Et une femme toute de noir habillée
J’ai vu passer une voiture neuve
Où des visages apparaissaient complètement muets
Un jeune homme parlait à une fille sur le trottoir
À voix basse complètement, complètement terrorisée

Sur le trottoir d’en face l’étal d’un fruitier parfaitement bien rangé
Était complètement complètement noyé
Dans la lumière de ses néons un homme est passé
Qui n’était pas descendu de son vélo depuis des années
Et qui était très fatigué
Il est passé la tête baissée sans du tout pédaler

Le garçon a pris deux piastres de pourboire
Il m’a longuement regardé
Et a paru très très étonné

Abderrahman Al-Abnoudi ("La mort de l'épouvantail" - Éd CTFE - 1985)


22 juin 2007

Sommaire des textes sur le thème de l'école

 sens_interdit_sourire_et_tristeLes textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation.
  Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 

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1. L'école de ... la rentrée, l'école, autour de l'école

Page 1

  • A l'école des nuages - Alain Boudet
  • C'est la rentrée - Christian Merveille
  • La blanche école où je vivrai - René-Guy Cadou
  • Automne - René-Guy Cadou
  • La saison de Sainte-Reine - René Guy Cadou
  • Les écoliers - Maurice Fombeure
  • Le cancre - Jacques Prévert
  • Page d’écriture - Jacques Prévert
  • En sortant de l'école - Jacques Prévert
  • Rentrée des classes - Gabriel Cousin
  • L'école - Maurice Carême
  • Notre école - Maurice Carême
  • Trois escargots - Maurice Carême
  • L'enfant - Maurice Carême
  • L'école est fermée - Georges Jean
  • Le jour et la nuit - Corinne Albaut
  • Les trois classes (bis) - Corinne Albaut
  • Sept jours sur sept - Corinne Albaut
  • Mon cartable - Mon école - Pierre Gamarra

Page 2 (accès en bas de page)

  • La cour de mon école - Jean-Luc Moreau
  • La rentrée - Jean-Luc Moreau
  • Les enfants lisent, têtes blondes - Victor Hugo
  • L’ordre - Jean Follain
  • Un enfant veut répondre - Paul Vincensini
  • L'école - Jacques Charpentreau
  • L'heure des mamans (comptine-chanson) - Pierre Lozère
  • À l'école du buisson - Pierre Menanteau
  • Souvenirs d'enfance - Francis Jammes
  • Mathématiques - Jules Supervielle
  • Je vois, disait le cantonnier... - Jean Desmeuzes

2. À l'école avec ... il s'en passe, des choses, à l'école ! 

  • Grammaire - Philippe Soupault

Page 3 - suite (accès en bas de page)

  • Quand nous étions enfants - Claude Roy
  • L'enfant qui battait la campagne - Claude Roy
  • Conjugaison de l'oiseau - Luc Bérimont
  • Comptine - Luc Bérimont
  • La leçon - Sophie Arnould
  • D'une bouteille d'encre - Maurice Carême
  • Ponctuations - Maurice Carême
  • Le poisson rouge - Pierre Coran
  • L'écolier - Raymond Queneau
  • Un enfant a dit... - Raymond Queneau
  • Je voulais dans mon cartable - Pierre Ruaud
  • C'est la récré (comptine) - Pierre Ruaud
  • Poème du cartable rêveur - Carl Norac
  • Haïku - Kobayashi Issa

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