lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

010807

Louise Michel - L'exil et la liberté

Louise Michel (1830-1905), c'est d'abord La Commune de Paris (on trouvera ICI sur ce blog Le Temps des Cerises resitué dans le contexte de cette insurrection populaire). Anarchiste, révolutionnaire, Louise Michel en est une des références. Déportée en Nouvelle-Calédonie, elle écrit des textes, des poésies. Dans celle qui suit,l'hirondelle matérialise son désir de liberté. liberté.

Hirondelle

Hirondelle qui vient de la nue orageuse
Hirondelle fidèle, où vas-tu ? dis-le-moi.
Quelle brise t’emporte, errante voyageuse ?
Écoute, je voudrais m’en aller avec toi,

Bien loin, bien loin d’ici, vers d’immenses rivages,
Vers de grands rochers nus, des grèves, des déserts,
Dans l’inconnu muet, ou bien vers d’autres âges,
Vers les astres errants qui roulent dans les airs.

Ah ! laisse-moi pleurer, pleurer, quand de tes ailes
Tu rases l’herbe verte et qu’aux profonds concerts
Des forêts et des vents tu réponds des tourelles,
Avec ta rauque voix, mon doux oiseau des mers.

Hirondelle aux yeux noirs, hirondelle, je t’aime !
Je ne sais quel écho par toi m’est apporté
Des rivages lointains ; pour vivre, loi suprême,
Il me faut, comme à toi, l’air et la liberté.

Louise Michel


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030707

Photo précédente - mise au point

Réponse au commentaire de Carpo sur le post précédent : j'ai pris deux photos du même cadrage, une exposée et mise au point sur les épis du premier plan et l'autre sur le ciel. Superposition ensuite.
(clic sur les images pour agrandir). Cette photo a été prise à Villarceaux, Val d'Oise, dimanche matin 8 h.


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020707

La maison de vent - Lanza del Vasto


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Petit matin du dimanche 1er juillet 2007 dans le Vexin (Photo originale Lieucommun)

La maison de vent

J'ai ma maison dans le vent sans mémoire,
J'ai mon savoir dans les livres du vent,
Comme la mer j'ai dans le vent ma gloire,
Comme le vent j'ai ma fin dans le vent.
    
                                                       Damas, 1939.

Lanza del Vasto ("Le chiffre des choses" - Ed Denoël - 1953)

Dans un prochain message, je donnerai quelques éléments sur Lanza del Vasto. Ce texte est une des poésies que j'aime le plus.
Et vous ?

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260607

Mi otro - Humberto Ak' abal

chat_noir_rue_tr_s_allong_

Photo Lieucommun mai 2007 : chat de Provence, retour à la lumière

Un court poème de cet auteur guatémaltèque dont on trouvera d'autres textes ICI, en bas de page,
dans la catégorie Des POÈTES et de la POÉSIE.

Mi otro

Mientras duermo
mi otro yo
sale
* en busca de tu ausencia.

Humberto Ak' abal ("Kamoyoyik")

Traduction libre :

Mon autre moi

Pendant que je dors
mon autre moi
part* à la recherche de ton absence.  (
*sale = sort)


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070407

Lise Mathieu - Le bonheur ne dort que d'un oeil

Le bonheur ne dort que d'un oeil, c'est le titre du recueil de poésies de Lise Mathieu (née en 1943), prix Max-Pol Fouchet 2006 (Éditions Le Castor Astral - L'Atelier Imaginaire).

Elle se présente ainsi dans sa lettre à Guy Rouquet, fondateur du Prix MP Fouchet :
" Je peux rester plusieurs jours sans écrire, et je me sens alors un peu moins moi-même, enfermée dehors, avec les pigeons du balcon. [...] Ecrire, c'est rattraper ces petits riens qui se carapatent comme des billets de mercure et s'en vont faire les malins sitôt hors de portée.[...] Je n'écris pas comme je respire .[...] La poésie rouvre comme une blessure l'énigme d'être au monde et le mystère d'être soi, et me permet cependant de vivre un peu plus, un peu mieux, un peu plus libre.[...] "livre_lise_mathieu

Jean Métellus écrit en préface : "Ce n'est pas sans un frémissement ni un certain éblouissement qu'on entre dans l'univers de Lise Mathieu ..."

et sur la quatrième de couverture :
Le bonheur ne dort que d'un œil est un livre vif et chaleureux, aux phrases dépouillées comme des constats :
La substance des rêves
Scintille au ras de l'herbe.

Il nous révèle une poésie préoccupée d'intériorité, mais aussi habitée par les saisons, les éclosions, le passage des comètes et les feux éteints des anciens hommes. Écrits à l'encre du ciel et des collines, ces poèmes nouent un dialogue avec l'eau, les éléments, les odeurs de terre et d'eau, le parfum des feuilles mortes. Les mots de Lise Mathieu tissent l'espérance et la mélancolie, une joie profonde et le sentiment de la mort, le déchirement du temps qui passe et la bouleversante légèreté d'être. Ce livre est aussi tonique qu'une marche en forêt et reposant comme une fin de promenade ...


Matin de printemps

Les yeux fermés
Couchée sur le dos
Devant la fenêtre
Je coule dans la rivière du temps

Flocons de soleil

Douleurs d'enfance
Douceur d'abeilles

Tout est né d'aujourd'hui
Un cœur immense s'appuie
Contre le mur de ma chambre

Lise Mathieu ("Le bonheur ne dort que d'un oeil" - partie 2 : "J'ai traversé les saisons")


L'idée du bonheur

Sur la colline d'en face
À peine lisibles
Trois vaches bougent
Leurs dos blancs
Dans la simplicité du champ

La nuit va tomber

Un ciel rouge
Un ciel
Difficile à comprendre
Semble dire

Maintenant

Lise Mathieu ("Le bonheur ne dort que d'un oeil" - partie 3 : "L'idée du bonheur")

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250307

Le pays où l'on n'arrive jamais - André Dhôtel

broc_sartr_Dh_tel_pays_o__bandeauClin d'oeil du hasard à Dourvac'h, qui m'avait rappelé l'existence de cet auteur, je trouve ce dimanche sur la brocante de Sartrouville (78), "Le pays où l'on n'arrive jamais", roman d' André Dhôtel (1900-1991), lu et oublié il y a trop longtemps.
Sur le site de Dourvac'h, d'autres découvertes à faire, c'est ICI. Et puis le site de l'association des amis d'André Dhôtel, c'est ICI.
Ce prix Fémina 1955, état neuf, protégé d'une couverture papier vitrail, le bandeau (replacé pour la photo) soigneusement rangé en marque-pages, voilà, s'il en fallait une, une bonne raison de se perdre et de se retrouver en littérature. À relire.
"La voix de Dhôtel, c'est de l'eau pure." Philippe Jaccotet.

"Si tu veux découvrir ce que tu cherches, Gaspard, tu dois tâcher de lire les signes qu'il y a dans les choses.[...] La terre est immense, mais il y a des liens entre les choses."livre_Andr__Dh_tel_po_sies
"Le pays où l'on n'arrive jamais".
Ce roman est réédité en collection de poche ("J'ai Lu", "Librio").

André Dhôtel a écrit beaucoup d'autres romans et trois recueils de poésies.

"J’écris rien que pour retrouver
en quel lieu j’eus la révélation
parce que j’ai oublié ce lieu
ainsi que toute révélation."

André Dhôtel ("Poèmes comme ça" - 2000 - Editions Le temps qu'il fait)


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Paul Éluard - Derniers poèmes d'amour (2) - Le temps déborde

Eluard_texte_manuscrit
"28 novembre 1946 ... le temps déborde". C'est la disparition brutale de Nusch.
Paul Éluard publie le recueil Le temps déborde l'année suivante.

Il le dédie "À J. et A. derniers reflets de mes amours, qui ont tout fait pour dissiper la nuit qui m'envahit".
Ces deux phrases manuscrites corrigées y prennent place, sans titre :


Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante-six

Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour

En trop : le temps déborde.

Mon amour si léger prend le poids d’un supplice.

Paul Éluard ("
Le temps déborde")


Un autre texte dont on trouvera ici une analyse complète.

Notre vie

Notre vie tu l'as faite elle est ensevelie
Aurore d'une ville un beau matin de mai
Sur laquelle la terre a refermé son poing
Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires
Et la mort entre en moi comme dans un moulin

Notre vie disais-tu si contente de vivre
Et de donner la vie à ce que nous aimions
Mais la mort a rompu l'équilibre du temps
La mort qui vient la mort qui va la mort vécue
La mort visible boit et mange à mes dépens

Morte visible Nusch invisible et plus dure
Que la faim et la soif à mon corps épuisé
Masque de neige sur la terre et sous la terre
Source des larmes dans la nuit masque d'aveugle
Mon passé se dissout je fais place au silence

Paul Éluard ("Le temps déborde") pas de ponctuation dans ce texte


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240307

Paul Éluard (1895-1952) - Derniers poèmes d'amour- Le Phénix - (à suivre)

On me demande (message) une explication de texte du poème Printemps de Paul Éluard (lire dans UNE SAISON en POÉSIE). Je ne m'y risquerai pas, mais on pourra rapprocher ce poème des autres textes du recueil initial, et rappeler le contexte personnel de ces écrits. (Reproduction : Paul Éluard, par Dalí - DR)

Eluard_par_DaliParu initialement dans la plaquette "Le Phénix" (1951), on trouve aussi Printemps dans le recueil "Derniers poèmes d'amour" (Edit Seghers - Poésie d'abord - 1963 - image ci-dessous).
Régulièrement réédité, il regroupe dans l'ordre chronologique : "Une longue réflexion amoureuse", "Le Dur Désir de durer", "Le temps déborde" (1947) , "Corps mémorable", et "Le Phénix" (1951).
"Le temps déborde" , textes de douleur, a été écrit après la mort en 1946 de Maria Benz ("Nusch") prochainement sur ce blog.
Paul Éluard écrit "Le Phénix", où se trouve "Printemps", en 1951, un an avant sa propre disparition. Ce dernier recueil du dernier amour est dédié à Dominique, connue en 1949. Il y célèbre l'amour-Phénix, qui renaît des cendres du désespoir.
Lire ici (cliquer sur ce lien) une mise en situation et une analyse brillante d'un autre poème, "Je t'aime", tiré du même recueil et dédié aussi à Dominique. Peut-être cette explication éclairera ce "Printemps qui a raison". (à suivre)
(Photo du livre : Lieucommun) - cliquer pour agrandir

Je t'aimelivre_Eluard_derniers_po_mes

Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

Paul Éluard ("Le Phénix")  Ce poème est rangé en "Lettera amorosa hors classe", ici.


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200307

Michel Butor, l'inclassable

arbre_couteau_palette_WebInclassable Michel Butor.
Né en 1926, d'abord connu comme le romancier de "La modification", Michel Butor, a également écrit des essais et des récits de voyage. Il est un poète d' aujourd'hui, qui expérimente des formes littéraires diverses et accompagne des créations artistiques de peintres contemporains. Les yeux grands ouverts sur le merveilleux et le dérisoire du monde. Images choisies.
(Photo : Labo Lieucommun)
Source des textes (beaucoup d'autres s'y trouvent) à cette adresse : http://perso.orange.fr/michel.butor/


Jour de cafard

pour Henri Maccheroni

D'abord on n'a pas entendu le réveil et se levant en toute hâte
on se meurtrit le gros orteil contre un outil oublié

En se rattrapant au mur on fait tomber une gravure précieuse
dont la vitre vole en éclats les plombs sautent

Dès qu'ils sont enfin réparés le facteur sonne
apportant un avis recommandé du contrôleur des contributions

Alors on voit qu'un bouton manque au col de la chemise qu'on vient d'enfiler
c'est le moment que choisit la dent creuse pour vous rappeler
qu'il est urgent de la faire soigner

Michel Butor


Fil de terre

pour Gnèzi d'Marela

Il s'agit d'une araignée
qui désirant porter espoir
aux habitants ou visiteurs
vivants ou morts
de la piscine aux chevaux
va récolter de la glaise
dans ses toiles au long du fleuve
pour la mélanger à de la poussière
de graines et de coquillages
afin d'en modeler des figurines
aussi caractérisées que possible
comme celles des jeteurs de sort
mais c'est pour installer
son nid-atelier dans leur tête
et que leurs yeux se rouvrent
sur un présent devenu soie

Michel Butor


Au seuil de la ruche de survie

pour Graziella Borghesi

Quel miel cherches-tu
reposant tes ailes
entre les rayons
devant le portail
abeille aux yeux noirs?

Celui du désert
dans les alvéoles
entre les écailles
des fûts de colonnes
ou troncs de palmiers

La suie devient sable
dans les alentours
de la basilique
métamorphosée
en une oasis

Je cherche le temps
de l'autre côté
du bourdonnement
le pollen des morts
et l'or du silence

Michel Butor


Après moi la poussière

in memoriam Juliet Man Ray

Sorcière soigneuse
je dis mon adieu
à tous ces objets
que j'époussetais
avec mon cheval
à crins de nylon
sur lequel je vais
m'envoler laver
les tours et les nuages
les rues et les ombres
les yeux et les ongles
les reins et les cœurs

Michel Butor


Paradis perdu

pour Grete Knudsen

Les branches s'écartaient pour nous
laisser passage en retenant
délicatement nos cheveux
et nous proposaient des cerises
dont le jus coulait sur nos joues

C'était il y a si longtemps
à peine si je me souviens
il a fallu qu'on me raconte
et que je retrouve des traces
dans les peintures et chansons

J'étais un enfant mais j'avais
toutes les forces d'un adulte
et tous ses désirs je passais
de mère en fille et déposais
des bébés poisseux dans leurs bras

Tout cela semble disparu
et pourtant tout cela perdure
entre le miroir et l'image
entre le rêve et le réveil
entre la page et l'impression

Les ronces nous griffaient sans nous
infliger la moindre souffrance
dessinant des fleurs sur nos peaux
que les amoureux effaçaient
en buvant les perles du sang

La main dans la main nous courions
entre les déserts et les sources
choisissant les uns pour les autres
les fruits des arbres du savoir
dont nous comparions les saveurs

J'étais à l'aise dans mon corps
j'en connaissais tous les organes
les maladies étaient amies
je goûtais fièvres ou frissons
dans des lits de boues et de feuilles

Où était-ce ne saurais dire
si loin de tout si près de toi
jouissant du chaud comme du froid
j'ai perdu la clef de la grille
et j'erre comme une âme en peine

Michel Butor


La promeneuse du quai

pour Patrice Pouperon

Sa chevelure
bruit de sandales
et son sourire
balancements
la rencontrer
le clapotis
l'accompagner
rayons du soir
joindre nos ombres
filets et bouées
dans les reflets
robe d'écaille
timidement
respirations
l'interroger
lui proposer
où vivez-vous
un mot ou deux
dans quel quartier
méditative
ou bien village
d'outre-horizon
votre métier
frisson d'argent
votre famille
énigmatique
jeux et projets
un peu de sel
rêves regrets
accents de lune
embarquons-nous
lèvres d'écume
plongeons ensemble
ongles du vent
dans la jouvence
île au trésor
triton sirène
les yeux des vagues
souvenez-vous
c'était demain

Michel Butor


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150307

René de Obaldia - "Innocentines"

arbre_oiseau_V_theuil__95__ce_matin
Un oiseau dans le ciel du Vexin (95) hier matin (Ph Lieucommun)

René de Obaldia est né en 1918. Auteur de théâtre (Le Satyre de la Villette, Le Banquet des méduses, Du vent dans les branches de sassafras ...) et de romans (Tamerlan des coeurs, Le centenaire), il est membre de l'Académie française depuis 1999.

"Innocentines" (1969 - collection "Les cahiers rouges" - Grasset) est un de ses quatre recueils de poésies. Du bonheur pour 8livre_innocentines euros, vraiment un livre de poésie à se procurer. (Photo : Lieucommun)

Le sous-titre annonce : "Poèmes pour les enfants et quelques adultes".
René de Obaldia y prend avec le langage et les situations, toutes les libertés, privant ainsi (pour notre plaisir quand même), les élèves de l'accès à la plupart des textes, considérés comme pas moralement corrects.


Déjà rangés dans la catégorie POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3, on trouve :

"Moi j'irai dans la lune", "J’ai trempé mon doigt dans la confiture", "Le secret" et "Dimanche".

Le texte suivant (en version réduite) est aussi pour la classe :

Chez moi (extrait)

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son oeil brille
Quand Papa le peint en blanc.

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or,
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un empereur chinois.
Il dort sur le paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille.
Tu veux te moquer de moi.
Si je trouve mon aiguille,
Je vais te piquer le doigt !

René de Obaldia (Innocentines")


En voici la version intégrale, destinée aux grands enfants :

Chez moi

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.

Chez moi, dit la petite fille
Ma grand-mère a cent mille ans.
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.

Chez moi, dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
Pleine pleine de pinsons
Qui empeste la rhubarbe.

Chez moi, dit la petite fille
Il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois côtés.

Chez moi, dit le petit garçon
Passe un train tous les minuits.
Au réveil mon caleçon
Est tout barbouillé de suie.

Chez moi, dit la petite fille
Le pape vient se confesser.
Il boit de la camomille
Une fois qu’on l’a fessé.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un Empereur chinois.
Il dort sur un paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille
Tu veux te moquer de moi !
Si je trouve mon aiguille
Je vais te piquer le doigt !

Ce que c’est d’être une fille !
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.

C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long !

René de Obaldia (Innocentines")


Celui-ci est très représentatif du recueil "Les Innocentines" :

Le plus beau vers de la langue française

« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »
Voici, mes zinfints
Sans en avoir l’air
Le plus beau vers
De la langue française.
Ai, eu, ai, in
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin…
Le poite aurait pu dire
Tout à son aise :
« Le geai volumineux picorait des pois fins »
Eh bien ! non, mes infints
Le poite qui a du génie
Jusque dans son délire
D’une main moite
A écrit :
« C’était l’heure divine où, sous le ciel gamin,
LE GEAI GÉLATINEUX GEIGNAIT DANS LE JASMIN. »

Gé, gé, gé, les gé expirent dans le ji.
Là, le geai est agi
Par le génie du poite
Du poite qui s’identifie
À l’oiseau sorti de son nid
Sorti de sa ouate.
Quel galop !
Quel train dans le soupir !
Quel élan souterrain!
Quand vous serez grinds
Mes zinfints
Et que vous aurez une petite amie anglaise
Vous pourrez murmurer
À son oreille dénaturée
Ce vers, le plus beau de la langue française
Et qui vient tout droit du gallo-romain:
« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. »
Admirez comme
Voyelles et consonnes sont étroitement liées
Les zunes zappuyant les zuns de leurs zailes.
Admirez aussi, mes zinfints,
Ces gé à vif,
Ces gé sans fin

René de Obaldia ("Innocentines")


Celui-ci également, mais curieusement (?) il ne figure pas dans les choix pour la classe :

Manège

Les chevaux de bois sont pas tous en bois
Les petits cochons vont pas tous en rond.

La dernière fois
Le cheval de bois
Que j'avais monté
Voulait m'renverser.
J'ai pris son oreille
Je lui ai mordu
Le sang de l'oreille
Je lui ai tout bu.
Alors il m'a dit :
"Pourquoi tu m'fais mal ?
Je n'suis qu'un cheval
Tu n'es pas gentil."
Et il m'a promis
Que quand je voudrais
Il m'emporterait
Jusqu'au Paradis !

Le petit cochon
Aux yeux de mouton
Que j'avais monté
Un beau jour d'été
Voulait s'échapper
Des autres cochons.
Il courait si vite
Qu'il faillit me tuer,
Ça sentait les frites
De tous les côtés !
Mais j'tirai si fort
Sur sa queue en or
Qu'elle me resta
Entre les dix doigts.
Je l'ai rapportée
L'soir à la maison,
Ça sert aux dîners
Comme tir'bouchon.

Les chevaux de bois sont pas tous en bois
Les petits cochons vont pas tous en rond.

René de Obaldia ("Innocentines")

Quelques autres titres de textes, pour vous donner envie  :
"Une dame très très morte", "Yous pique angliche", "Le col du fémur", "Berceuse de l'enfant qui ne veut pas grandir", "Ouiquenne", "Julot-Mandibule", "Antoinette et moi" ... il y a en tout soixante-dix textes, ça fait quoi ... à peine 10 centimes d'euro le poème, et on a quoi, sinon pour 10 centimes d'euro ?


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