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4 mars 2007

Le printemps de Marc Alyn

Marc Alyn est né en 1937. Il est romancier (Le Déplacement, 1964) et poète (une vingtaine de recueils, dont Le Temps des autres, prix Max Jacob 1957 ; Les Alphabets de Feu, Grand Prix de Poésie de l'Académie Française, 1994) ...
... Voir catégorie PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France)

Un printemps tout neuf

Un arbre sourit de toutes ses fleurs.
Des ramiers s'en vont, à deux, vers le fleuve.
Le coucou vivant au bois donne l'heure :
Voici le printemps dans sa robe neuve !

Quel joli printemps aux yeux de pervenche,
Aux lèvres de rose, aux doigts de lilas !
La vie sur l'hiver a pris sa revanche
Et danse en chantant un alléluia.

Marc Alyn


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4 mars 2007

Le printemps de Lucie Delarue-Mardrus

Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) a écrit de nombreux poèmes, romans, contes et nouvelles ...
Elle était aussi dessinatrice, sculptrice et historienne.

Joie du printemps

Au printemps, on est un peu fou,
Toutes les fenêtres sont claires,
Les prés sont pleins de primevères,
On voit des nouveautés partout.
Oh! regarde, une branche verte!
Ses feuilles sortent de l'étui!
Une tulipe s'est ouverte...
Ce soir, il ne fera pas nuit,
Les oiseaux chantent à tue-tête,
Et tous les enfants sont contents
On dirait que c'est une fête...
Ah! que c'est joli le printemps!

Lucie Delarue-Mardrus



4 mars 2007

Le printemps d' Auguste Angellier

Auguste Angellier (1848-1911) a publié de nombreux poèmes, dont les recueils Le chemin des Saisons et À l'amie perdue.
On propose en général aux élèves les deux premières strophes de ce poème :

Le printemps

Les bourgeons verts, les bourgeons blancs
Percent déjà le bout des branches,
Et, près des ruisseaux, des étangs
Aux bords parsemés de pervenches,
Teintent les arbustes tremblants ;

Les bourgeons blancs, les bourgeons roses,
Sur les buissons, les espaliers,
Vont se changer en fleurs écloses ;
Et les oiseaux, dans les halliers,
Entre eux déjà parlent de roses ;

Les bourgeons verts, les bourgeons gris,
Reluisant de gomme et de sève

Recouvrent l’écorce qui crève
Le long des rameaux amoindris ;
Les bourgeons blancs, les bourgeons rouges,
Sèment l’éveil universel,
Depuis les cours noires des bouges

Jusqu’au pur sommet sur lequel,
O neige éclatante, tu bouges ;
Bourgeons laiteux des marronniers,
Bourgeons de bronze des vieux chênes,
Bourgeons mauves des amandiers,
Bourgeons glauques des jeunes frênes,
Bourgeons cramoisis des pommiers,

Bourgeons d’ambre pâle du saule,
Leur frisson se propage et court,
A travers tout, vers le froid pôle,
Et grandissant avec le jour
Qui lentement sort de sa geôle,
Jette sur le bois, le pré,
Le mont, le val, les champs , les sables,
Son immense réseau tout prêt
A s’ouvrir en fleurs innombrables
Sur le monde transfiguré.

Auguste Angellier ("Le chemin des Saisons")


1 mai 2007

"L'autre" - Huguette Amundsen

J’ai vu …

J'ai appelé le terrassier
il marchait à cloche-pied
j'ai appelé le moissonneur
il jurait comme un voleur
j'ai appelé le cordonnier
il jetait tous ses souliers
alors je m'en suis allée
j'ai vu des hannetons
tâtonnant en rond
j'ai vu des limaces
faire la grimace
j'ai vu une libellule
très crédule
puis me penchant encore
j'ai vu un chou-fleur
chercher l'heure
j'ai vu un artichaut
qui rêvait d'être au chaud
chemin faisant
j'ai vu un lampadaire
le nez en l'air
j'ai vu un vélo
près de l'eau
j'ai vu un canard
en retard
j'ai vu un lapin
jouer au crincrin
puis j'ai vu des gens
mécontents
car ils ne voyaient rien.

Huguette Amundsen


4 mars 2007

Le printemps de Paul Verlaine

Green (ce texte est déjà présenté sur le blog)

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches,
Et puis voici mon coeur, qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue, à vos pieds reposée,
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers ;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

Paul Verlaine (1844-1896)


Impression de printemps

Il est des jours - avez-vous remarqué ? -
Où l'on se sent plus léger qu'un oiseau,
Plus jeune qu'un enfant, et, vrai ! plus gai
Que la même gaieté d'un damoiseau.

L'on se souvient sans bien se rappeler ...
Évidemment l'on rêve, et non, pourtant.
L'on semble nager et l'on croirait voler.
L'on aime ardemment sans amour cependant

Tant est léger le cœur sous le ciel clair
Et tant l'on va, sûr de soi, plein de foi
Dans les autres, que l'on trompe avec l'air
D'être plutôt trompé gentiment, soi.

La vie est bonne et l'on voudrait mourir,
Bien que n'ayant pas peur du lendemain,
Un désir indécis s'en vient fleurir,
Dirait-on, au cœur plus et moins qu'humain.

Hélas ! faut-il que meure ce bonheur ?
Meurent plutôt la vie et son tourment !
Ô dieux cléments, gardez-moi du malheur
D'à jamais perdre un moment si charmant.

Paul Verlaine



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29 avril 2007

"L'autre" - Alain Boudet

Alain Boudet est né en 1950. Il exerce le matier de documentaliste et a publié une vingtaine de recueils de poésie, des textes de chansons pour des auteurs compositeurs-interprètes, etc (voir son site).

Pas de titre pour ces deux textes :

Elle souffle sur la lune
et fait tomber le ciel
dans la buée du soir.

Et quand la lune éclate
on voit soudain filer le rire des étoiles.

Alain Boudet ("Poèmes pour sourigoler" - Blanc Silex, 1999)


J'ai crabouillé mes pieds
J'ai cramoné mes mains
J'ai crapulé mes yeux
J'ai craboté mon nez
J'ai crapoussé mes joues
J'ai cralouché ma bouche.
J'ai cradoqué mes dents

Mon petit crapounet
je suis crafatigué !

Alain Boudet ("Poèmes pour sourigoler" - Blanc Silex, réédition 2001)


29 avril 2007

Comptines et petites chansons en anglais

Comptines et petites chansons en anglais  - Choix de textes et traductions en cours, patience ...

chansons

There were some itty bitty fishes

There were some itty bitty fishes
In an itty bitty pool
There was a momma fish
A daddy fish
A baby fish too
They swam and they swam just as fast as they can
And they swam themselves right over the dam.

(Chanson)

Il y avait de tout petits petits poissons

Il y avait de tout petits petits poissons
Dans un tout petit petit trou
Il y avait une maman poisson
Un papa poisson
Un bébé poisson aussi
Ils ont nagé, nagé, aussi vite qu'ils pouvaient
Et jusqu'au barrage ils ont remonté.


Do you like cats ?
Yes, I do.
Do you like dogs ?
Yes, I do.
Do you like spiders ?
No, I don't.
I don't like spiders !
Do you like birds ?
Yes, I do.
Do you like rabbits ?
Yes, I do.
Do you like frogs ?
No, I don't.
I don't like frogs !


Little Bo-Peep

Little Bo-Peep has lost her sheep
And can't tell where to find them.
Leave them alone,
And they'll come home,
Wagging their tails behind them

libre adaptation (proposée par Lieucommun) :

Little Bo-Peep a perdu ses moutons
Elle ne sait plus où ils sont.
Laissons faire les moutons,
Ils rentreront tout seuls à la maison
En remuant la queue derrière eux.


Humpty Dumpty traduction à venir :

Humpty Dumpty sat on the wall,
Humpty Dumpty had a great fall.
All the king's horses,
And all the king's men
Couldn't put Humpty
Together again.


Polly, put the kettle on

Polly, put the kettle on,
We'll all have tea.

Blow the fire and make the toast,
Put the muffins on to roast,
Blow the fire and make the toast,
We'll all have tea.

Sukey, take it off again,
They've all gone away.

libre adaptation (proposée par Lieucommun) :

Polly, mets la bouilloire à chauffer,
Nous allons tous prendre le thé.

Allume le feu, grille le pain,
et réchauffe les muffins,
Attise le feu, grille le pain,
Nous allons tous prendre le thé.

Polly, arrête ça,
Tout le monde est parti.


Comptines et comptines rythmées et chantées

Pussy cat, pussy cat

Pussy cat, pussy cat, where have you been ?
I've been to London to visit the queen.
Pussy cat, pussy cat, what did you there ?
I frightened a little mouse  under the chair.


The little mouse

I have seen you, little mouse,
Running all about the house,
Through the hole your little eye,
In the wainscot peeping sly,

Hoping soon some crumbs to steal,
To make quite a hearty meal.

Look before you venture out,

See if pussy  is about.
If she's  gone, you'll quickly run,
To the larder for some fun;
Round about the dishes  creep,
Taking into each a peep,
To choose the daintiest that's there,
Spoiling things you do not care.


The cat and the fiddle

Hey diddle diddle, the cat  and the fiddle,
The cow  jumped over the moon,
The little dog  laughed  to see  such sport,
And the dish  ran away with the spoon.


Cock crow

Cocks crow in the morn,
To tell us to rise.
And he who lies late,
Will never be wise.

For early to bed,
And early to rise,
Is the way to be healthy,
And wealthy  and wise.


How doth the little crocodile

How doth the little crocodile
Improve his shining tail,
And pour the waters of the Nile
On every golden scale!

How cheerfully he seems to grin,
How neatly spreads his claws,
And welcomes little fishes in,
With gently smiling jaws!

(Texte de Lewis Carroll)


This little piggy

This little piggy  went to market;
This little piggy  stayed home;
This little piggy  had roast beef;
This little piggy  had none;
This little piggy  said,
"Wee, wee, wee," all the way home.


29 avril 2007

Europe de l'est - poètes de Russie

Alexandre Pouchkine (Alexandre Sergueïevitch Pouchkine - en russe :  Александр Сергеевич Пушкин) est né à Moscou en 1799. Il est mort en 1837.

C'est un des plus importants écrivains russe, romancier (La Dame de pique, nouvelle - 1833 ...), dramaturge  et poète (Eugène Onéguine - roman en vers, 1823 à 1831 ; Les Tsiganes - 1824 ...).
Sous le règne d'Alexandre Ier, il est exilé dans le Caucase ("Le Prisonnier du Caucase" - poésies, en 1821), puis le tsar Nicolas Ier, qui lui succède, le prend sous sa protection.
Il est tué au cours d'un duel. Mikhaïl Lermontov (voir plus haut) a écrit "La Mort du poète" en hommage à Pouchkine.

La rose et le rossignol

Dans l'ombre et le silence et la nuit du printemps
Chante le rossignol aux jardins d'Orient,
Chante son chant d'amour pour l'insensible rose
Qui ne l'écoute pas, se balance et repose.
Tel celui qui célèbre une froide beauté ;
Eveille-toi, poète, à quoi sert de chanter ?
Insensible au poète ainsi l'ignore-t-elle,
Belle à qui la regarde, et sourde à qui l'appelle.

Alexandre Pouchkine ("Poésie russe" - anthologie du XVIIIe au XXe siècle - traduction de Jean-Luc Moreau - éditions Maspéro - coll La Découverte, 1983)


 

Soir d'hiver

Ciel de brume ; la tempête
Tourbillonne en flocons blancs,
Vient hurler comme une bête,
Ou gémit comme un enfant,
Et soufflant soudain pénètre
Dans le vieux chaume avec bruit,
Elle frappe à la fenêtre,
Voyageur pris par la nuit.

La chaumière est triste et sombre,
Chère vieille, qu'as-tu donc
A rester dans la pénombre,
Sans plus dire ta chanson ?
C'est la bise qui résonne
Et, hurlant, t'abasourdit ?
Ou la ronde monotone
Du fuseau qui t'assoupit ?

Mais buvons, compagne chère
D'une enfance de malheur !
Noyons tout chagrin ! qu'un verre
Mette de la joie au cœur !
Chante comme l'hirondelle,
Doucement vivait au loin ;
Chante-moi comme la belle
Puisait l'eau chaque matin.

Ciel de brume ; la tempête
Tourbillonne en flocons blancs,
Vient hurler comme une bête
Ou gémit comme un enfant.
Mais buvons, compagne chère
D'une enfance de malheur !
Noyons tout chagrin ! qu'un verre
Mette de la joie au cœur !

Alexandre Pouchkine ("Poésie" - Alexandre Pouchkine - traduction de Claude Frioux - Librairie du Globe, 1999) 
Il existe d'autres traductions de ce poème.

Texte original du poème en russe :

ЗИМНИЙ ВЕЧЕР (Soir d'hiver)

Буря мглою небо кроеть,
Вихри снежные крутя ;
То, как зверь она завоет,
То заплачет как дитя,
То по кровле обвешалой
Вдруг соломой зашумит,
То, как путник запоздалый,
К нам в окошко постучит.
Наша ветхая лачужка
И печальна и темна.
Что же ты, моя старушка,
Приумолкла у окна ?
Или бури завыванием
Ты мой друг утомлена,
Или дремлешь под жужанием
Своего веретена ?
Выпьем, добрая подружка
Бедной юности моей,
Выпьем с горя ; где же кружка ?
Сердцу будет веселей.
Спой мне песню, как синица
Тихо за морем жила ;
Спой мне песню, как девица
За водой поутру шла.
Буря мглою небо кроеть,
Вихри снежные крутя ;
То, как зверь она завоет,
То заплачет как дитя.
Выпьем, добрая подружка
Бедной юности моей,
Выпьем с горя ; где же кружка ?
Сердцу будет веселей.


Пушкин


Mikhaïl Lermontov (1814-1841) est un poète russe, de la Russie des tsars, bien avant la Révolution et l'URSS.
Il a publié un seul recueil de poèmes, en 1840.
"Engagé dans les troupes du Tsar pour la conquête du Caucase, il a consacré plusieurs poèmes aux peuples montagnards, vus à la fois comme des peuples fiers et libres et comme des bandits vivants de rapines."

Le texte original en russe et les précisions entre guillemets, sont issues du site universitaire : http://epi.univ-paris1.fr

Voici un de ses plus fameux poèmes, une berceuse, apparemment pour les enfants, mais ...
"Le passage le plus célèbre de la berceuse est le « Злой чеченец ползëт на берег, точит свой кинжал » (Le méchant tchétchène rampe sur la berge, aiguise son couteau) – qui n’est pas chanté ici. Il est néanmoins fréquemment cité pour expliquer les représentations dominantes en Russie sur les Tchétchènes, en particulier depuis le début de la seconde guerre de Tchétchénie en 1999" (1).

Спи, младенец мой прекрасный,
Баюшки-баю.
Тихо смотрит месяц ясный
В колыбель твою.
Стану сказывать я сказки,
Песенку спою;
Ты ж дремли, закрывши глазки,
Баюшки-баю.
(……)
Богатырь ты будешь с виду
И казак душой. --
Провожать тебя я выйду
Ты махнëшь рукой...
Сколько горьких слëз украдкой
Я в ту ночь пролью!..
Спи, малютка, тихо, сладко,
Баюшки-баю.


Dors, mon enfant, dors, mon joli,
Do-do, do-do.
Doucement la lune se penche
Sur ton berceau.
Je vais te dire des légendes,
Chanter pour toi ;
Mais dors, ferme tes petits yeux
Do-do, do-do.
(….) (1)
Héros d’aspect, sois dans ton âme
Un vrai Cosaque !
Je sortirai... Tu me feras
De loin adieu.
Ah ! que de pleurs amers, secrets,
Cette nuit-là !
Dors, mon ange, sans bruit, tout doux...
Do-do, do-do.

Mikhaïl Yourievitch Lermontov (1840) ("Anthologie de la poésie russe" - traduction de Jacques David - éditions Stock, 1947)
Cette berceuse traditionnelle est chantée par Marina Vlady.
(1) Passage omis : Sur les cailloux le Terek roule,  / Sombre, et clapote, / Sur ses bords le Tchétchène aiguise, /  Sournois, sa lame : / Mais ton père, le vieux guerrier, / Est endurci ; / Dors, mon petit, dors, n’aie point peur, /  Do-do, do-do. / Tu apprendras (tu as le temps) /  À guerroyer. / Hardi, tu chausseras l’étrier, /  Tu t’armeras... / J’ornerai ta selle de guerre / De soie brodée... / Dors, mon enfant, dors, mon chéri, /  Do-do, do-do.

Un autre texte du même auteur : Le voilier

ПАРУС (Le voilier)

Белеет парус одинокий
В тумане моря голубом!..
Что ищет он в стране далекой?
Что кинул он в краю родном?..

Играют волны - ветер свищет,
И мачта гнется и скрипит...
Увы, - он счастия не ищет
И не от счастия бежит!

Под ним струя светлей лазури,
Над ним луч солнца золотой...
А он, мятежный, просит бури,
Как будто в бурях есть покой!

Le voilier

Ce voilier tout blanc, solitaire,
Qui dans le brouillard bleu s'enfuit
Qu' a-t-il besoin d'une autre terre?
Qu'abandonna-t-il après lui?

Son mât sur l'onde vagabonde
S'incline et grince dans le vent
Hélas! point de bonheur au monde
Ni derrière lui ni devant

Pour le porter la mer est belle
Le soleil brille au firmament...
Mais lui réclame, le rebelle,
L'orage, cet apaisement.

Mikhaïl Yourievitch Lermontov, 1832

Lermontov a écrit un poème en hommage à Pouchkine, tué en duel (voir Pouchkine plus bas) :

La mort du poète (fragments)

Le poète est mort, de l’honneur esclave ;
Diffamé par l’opinion, il emporte
Au coeur ce plomb... et sa soif de revanche.

Et vous,  (...)
Les bourreaux du génie, et de la liberté !
(...) vous pourrez bien user de calomnie :
Cela ne vous sera d’aucun secours.
Vous ne laverez point de tout votre sang noir
Tout le juste sang du Poète.

Mikhaïl  Lermontov, 1837


Sacha Tchiorny ou Alexandre Noir (pseudonymes du poète Alexandre Glikberg) est né en Russie en 1880. Emigré en France en 1917 après la Révolution russe, il y est mort en 1932. Il a écrit de nombreux poèmes pour les enfants.

La fête de la forêt

Que plantons-nous
En plantant
Des forêts ?
Le mât, l'espar (1),
Pour tenir les agrès ;
Le pont, la coque
Et l' abri du sextant
Pour naviguer
Par mer calme ou gros temps.

Que plantons-nous
En plantant
Des forêts ?
L'aile qui nous soulève au ciel d'un trait ;
Le banc, la table
Où nous nous asseyons,
La feuille blanche
Et même le crayon.

Que plantons-nous
En plantant
Des forêts ?
Une maison
Pour renards et furets,
Pour l'écureuil,
Sa femme
Et ses petits,
Pour le pivert
Et ses pizzicati (2).

Que plantons-nous
En plantant
Des forêts ?
De l'eau
De l'ombre
Et des feuillages frais ;
Le houx l' hiver,
Au printemps les chatons ...
C' est tout cela
Qu' aujourd' hui
Nous plantons.

(1) l'espar est une longue pièce de bois utilisée pour "tenir les agrès" du bateau.
(2)
pizzicati (pluriel de pizzicato) : musique produite par les pincements des cordes du violon, à quoi on compare ici le bruit que font les coups de bec du pivert sur l'écorce de l'arbre. (Notes du blog Lieucommun)

Sacha Tchiorny (dans "Poèmes de Russie", choisis, traduits et présentés par Jean-Luc Moreau - Éditions ouvrières, 1985)


Daniil Kharms ou Daniil Harms, (1905-1942), en russe : Даниил Хармс (mais son vrai nom est Daniil Ivanovitch Iouvatchev : Даниил Иванович Ювачев), et en plus il a usé de nombreux autres pseudonymes ... a écrit des poèmes, des saynettes et des textes satiriques qui lui ont valu la prison, des années d'exil, et pour finir, la mort en détention psychiatrique, en URSS.

Il est  considéré comme un des précurseurs de l'art absurde en poésie, mais son apport n'a été reconnu dans son propre pays que bien après sa disparition. "Jeu", recueil de textes pour enfants est publié en 1962. Ses textes sont publiés en anglais en 1971, avant de l'être en russe en 1974 ("Oeuvres choisies", Würzburg, Jal-Verlag) ; et c'est l'éditeur français Christian Bourgeois qui publie ses "Écrits" en 1993, dans une traduction de Jean-Philippe Jaccard.

Un tigre dans la rue

Dans ma rue il y a un tigre.
Bigre !
D'où peut-il bien sortir ?
D'où peut-il bien venir ?
Longuement j'ai réfléchi,
J'ai réfléchi et pensé,
J'ai pensé et réfléchi :
D'où ce tigre est-il venu ?
D'où ce tigre est-il sorti ?
Mais le vent a soufflé,
Emportant mes pensées,
Et plus jamais je ne saurai
D'où il peut bien sortir,
D'où il peut bien venir
Dans ma rue ce gros tigre …
Bigre !

Le poème original en russe :

ТИГР НА УЛИЦЕ

Я долго  думал,  откуда
на улице  взялся тигр.
Думал, думал,
Думал, думал,

Oткуда на улице
Bзялся этот  тигр ?
Думал, думал,
Думал, думал.
В это  время ветер дунул,
И я забыл, о чем  я  думал.
Так я и не узнаю,
Откуда
На улице взялся тигр.

Daniil Harms ou Kharms ("Oeuvres en prose et en vers", traduit du russe par Yvan Mignot, Verdier, 2005 ; et ce poème est cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000)


Un dernier texte, en russe et en français, que Daniil Harms a écrit en 1937 :

ИЗ ДОМА ВЫШЕЛ ЧЕЛОВЕК        (Un homme s'en alla)

Из дома вышел человек
 Un jour un homme s'en alla
С дубинкой и мешком
 Avec son baluchon
И в дальний путь
 Et il marcha,
И в дальний путь
 Et il marcha
Отправился пешком.
 Toujours vers l'horizon.

Он шел все прямо и вперед
 Et il avançait ce bonhomme
И все вперед глядел
 Sans jamais s'arrêter.
Не спал, не пил,
 Sans faire un somme,
Не пил, не спал,
 Sans faire un somme (les termes sont inversés)
Не спал, не пил, не ел.
 Sans boire ni manger.

И вот однажды на заре
 Dans une forêt à l'aurore
Вошел он в темный лес
.       Un jour il est entré,
И с той поры,
 Et depuis lors,
И с той поры,
 Et depuis lors
И с той поры исчез. Nul ne l'a rencontré.

Но если как-нибудь его
 S'il vous arrivait par la suite
Случится встретить вам,
 De le voir quelque part,
Тогда скорей,
 Venez bien vite,
Тогда скорей,
 Venez bien vite,
Скорей скажите нам.
 Nous le faire savoir.

Даниил Хармс  Daniil Harms - (cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000)


Samuel Marchak (1887-1964) est lui, un poète russe contemporain, qui a connu la Russie impériale et la Russie République de l'URSS. Il est auteur pour enfants de poésies et de pièces de théâtre.

Voici un drôle de voyage :

Les bagages

Une dame avait pour bagages :
Un coffre, une cage, trois paniers, cinq malles, un faitout,
Plus un gentil petit toutou.

Au guichet d’enregistrement,
L’enregistreur évidemment
Enregistra tous ses bagages :
Un coffre, une cage, trois paniers, cinq malles, un faitout,
Un tout petit toutou.

Puis, dans le tout dernier wagon,
Le wagon dénommé fourgon,
On empila tous ses bagages :
On y mit tout, jusqu’au toutou.

Or, avant même qu’on roulât,
Le cher toutou se défila ...

Ce ne fut qu’à l’arrêt suivant
À l’arrêt suivant, pas avant !
Qu’on recompta les bagages :
Nom d’un bonhomme ! et le toutou ?

Au même instant qu’est-ce qu’on voit ?
Un dogue, à côté du convoi ...
On l’attrape, et hop ! aux bagages ! ...
Le mâtin rejoint coffre, cage, paniers, valises, malles et faitout :
Le dit dogue devient toutou.

Bref, on arrive à Jitomir.
Un porteur nommé Vladimir, ou Kantémir ou Clodomir ...
Un porteur porte les bagages :
Sur ses talons trotte un toutou ...

Le toutou pousse un aboiement ! ...
La dame alors : - Hein ? Quoi ? Comment ? Bandits ! Voyous ! Vauriens !
Ce chien ... ce chien n’est pas le mien !
Que m’importent tous ces bagages !
Gardez valises et coffre et cages, malles et faitout ...
Rendez- moi mon petit toutou !

Madame ! à quoi bon tout casser ?
Si j’en crois le récépissé, vous ne déposâtes aux bagages
Alors, qu’un tout petit toutou ...
À voyager, votre toutou
A pu changer du tout au tout !

Ci-dessous, un autre long et drôle de voyage qu'on peut raccourcir. Par exemple, le passage avec les jeux de mots amuse beaucoup les enfants.

L'hurluberlu

Connaissez-vous l'hurluberlu
De la rue Lanturlu ?

Il se lève un dimanche,
Enfile ses deux manches

De chemise… Allons bon,
C'est son vieux pantalon !

Ah ! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu !

Il met des caoutchoucs :
C'est pas les siens du tout!

Et puis un pardessus :
C'est pas le sien non plus !

Ah! quel hurluberlu

De la rue Lanturlu!

Au lieu de son chapeau
Il s'est coiffé d'un pot,

Et il met ses pantoufles
À la place des moufles.

Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu !

Il a pris l'autobus
Pour aller à la gare;

S'embrouillant tant et plus,
Le voici qui déclare
Au chauffeur-conducteur :

"Très cher et honoré
Chaubus de l'autoffeur,
Cher auto chauforé,
Honobus du cherfeur !
Laissez-moi démonter,
Je vais être en retard;
Pouvez-vous arrêter
Votre gus à la bare  ?"

Le chauffeur stupéfait
Freine vite à l'arrêt.
Et notre hurluberlu
De la rue Lanturlu
Court alors au buffet
Acheter un billet,
Puis il file chercher
Un sandwich au guichet.

Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu!

Sans trop faire  attention,
Il va vers un wagon
Qui était en garage,
Y monte ses bagages,
S'installe et tôt s'endort

Après tous ces efforts,
De bon matin, il dit :

" Quel est donc cet arrêt ? "

" Mais c'est Paris, pardi ! "
Lui répond-on du quai.

Après un petit somme
Il se penche au-dehors,
Voit une gare énorme
Et une fois encore
Demande, un peu surpris :
" Mais quel est cet arrêt ?
Trifouillis ou Tremblay ? "
" Non, pardi, c'est Paris ! "
Lui répond-on du quai.

Il refait un bon somme,
Puis se penche au-dehors,
Voit une gare énorme
Et demande bien fort,
De plus en plus surpris:
" Mais quel est cet arrêt ?
Bécon ou Bilboquet ? "
" Non, pardi, c'est Paris ! "
Lui répond-on du quai.

" Quelle blague ! " il s'écrie,
"J 'ai bien roulé deux jours,
Et voilà qu'à Paris
Je serais de retour ! "

Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu... 

Samuel Marchak (cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000)


Autre poète russe du XXe siècle : Guenrikh Sapguir

Le capricorne

Dans la rue des Mirages
ce matin
j'ai croisé un bonhomme
qui avait d'aussi longues moustaches
que celles d'un
capricorne.
Mais peut-être était-ce bien
un insecte dit capricorne
qui voulait, gros malin,
se faire passer pour un homme ?

Guenrikh Sapguir (cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000).

Les mots de couleur

L’herbe a des mots tout verts
qui chuchotent dans l’air.

Le vent a des mots bleus
qui sont parfois houleux.

Le soleil à l’aurore
a des mots rouge et or.

Et les mots se répondent
en repeignant le monde.

Guenrikh Sapguir (cité dans "Anthologie de la poésie russe pour enfants" - traduction, présentation et choix de Henri Abril - Circé / poésie, 2000).


Vera Pavlova, poétesse et musicienne russe d'aujourd'hui, est née à Moscou (en 1963), où elle vit toujours. Son premier recueil de poésies en traduction française, L'Animal céleste, est paru en 2004 :

La balance

Sur un des plateaux la joie.
Sur l'autre le chagrin.
Le chagrin est lourd.
Voilà pourquoi
la joie est plus haute.

Vera Pavlova ("L'Animal céleste" recueil en français traduit du russe par Jean-Baptiste et Hugo Para - éditions L'Escampette, 2004).

Je voudrais t’écrire une lettre ...

Je voudrais t’écrire une lettre
dans laquelle il n’y aurait pas un mot
de reproche, de rancune, d’insolence,
pas de coquetterie, de caprice, de bravade,
pas de flatterie, de mensonge, d’entourloupe,
pas la moindre billevesée, pas de vaine philosophie…
Je voudrais t’écrire une lettre
dans laquelle il n’y aurait pas un mot.

Vera Pavlova ("L'Animal céleste" recueil en français traduit du russe par Jean-Baptiste et Hugo Para - éditions L'Escampette, 2004).

On peut lire ce poème de Vera Pavlova  dans "Poètes russes d’aujourd’hui" - Éditions La Différence, en collaboration avec l'université Natalia Nesterova de Moscou, 2005) - Cette anthologie bilingue est préfacée par Konstantin Kedrov :  "Par la diversité de ses courants, de ses écoles, la poésie russe contemporaine est aussi foisonnante que celle du début du siècle dernier".


1 août 2007

L'hiver de Jules Laforgue

Jules Laforgue (1860-1887) est un poète "décadent" (mouvement littéraire précurseur du symbolisme et teinté de naturalisme), et ce qui n'arrange rien, "Hydropathe" (groupe littéraire lui aussi précurseur du symbolisme, dont fut membre Alphonse Allais).

J’aurai passé ma vie le long des quais
À faillir m’embarquer
Dans de biens funestes histoires
Tout cela pour l’amour
De mon cœur fou de la gloire d’amour.
Jules Laforgue ("Derniers vers", 1890)

Deux poèmes qui trahissent la douleur de vivre de Jules Laforgue :

Couchant d'hiver (extrait)

Quel couchant douloureux nous avons eu ce soir !
Dans les arbres pleurait un vent de désespoir,
Abattant du bois mort dans les feuilles rouillées,
A travers le lacis des branches dépouillées
Dont l'eau-forte sabrait le ciel bleu-clair et froid,
Solitaire et navrant, descendait l'arbre-roi.
Ô Soleil ! l'autre été, magnifique en ta gloire,
Tu sombrais, radieux comme un grand Saint-Ciboire,
Incendiant l'azur ! A présent, nous voyons
Un disque safrane, malade, sans rayons,
Qui meurt à l'horizon balayé de cinabre,
Tout seul, dans un décor poitrinaire et macabre,
Colorant faiblement les nuages frileux
En blanc morne et livide, en verdâtre fielleux.
Vieil or, rose fané, gris de plomb, lilas pâle,
Oh ! c'est fini, fini ! Longuement le vent râle,
Tout est jaune et poussif ; les jours sont révolus,
La Terre a fait son temps ; ses reins n'en peuvent plus.

...

Jules Laforgue ("Le sanglot de la terre" - 1901)


Pâle soleil d'hiver
(Sonnet)

Pâle soleil d'hiver, tu filtres du ciel gris
Un rayon souffreteux qui fait plus triste encore
La cité s'éveillant dans sa rumeur sonore ;
Et c'est sous ce jour faux que tu veux voir Paris.
Tu songes à ces temps où, pur de son mépris,
L'homme ignorait le spleen, ce mal qui nous dévore,
Jouissait d'un beau vers, du galbe d'une amphore,
Et vivait sans remords sous l'azur incompris.

Tu te dis, n'est-ce pas, que la Terre, ta fille,
Nourrit en ce moment une pauvre famille ?
Et qu'elle a fait son temps ? - Mais, ne sois pas si fier !

Devant l'Éternité, tu n'es qu'une fusée
Qui passe. Et tu mourras, ô vieille lampe usée,
Soleil jaune et poussif, pâle soleil d'hiver.

Jules Laforgue ("Le sanglot de la terre" - 1901)


1 août 2007

L'hiver de Pierre Reverdy

Pierre Reverdy (1889-1910) n'est pas à ranger dans les poètes surréalistes. Était-il, pour avoir fréquenté Picasso, un "poète cubiste", comme on l'a dit ? Il a en tous cas inspiré des peintres, Henri Matisse et donc Pablo Picasso, et des écrivains et poètes tels que Louis Aragon, André Breton et Paul Éluard.
Natif de Narbonne, en Roussillon, c'est la Montagne Noire qui peuple ses textes de neige.

Philippe Jaccottet, poète d'aujourd'hui, a écrit de Pierre Reverdy :

"L’univers de Reverdy a pour modèles la limpidité hivernale, les merveilles du givre, l’éblouissement des cascades, ou, par moindre bonheur, les voiles de la pluie, la fuite des nuées, les lueurs des vitres."
Philippe Jaccottet dans "Une claire goutte de temps", 1968.


Un poème en prose :

Souffle

Il neige sur mon toit et sur les arbres. Le mur et le jardin sont blancs, le sentier noir, et la maison s'est écroulée sans bruit. Il neige.

Pierre Reverdy


Calme intérieur

Tout est calme
Pendant l'hiver
Au soir quand la lampe s'allume
À travers la fenêtre où on la voit courir
Sur le tapis des mains qui dansent
Une ombre au plafond se balance
On parle plus bas pour finir
Au jardin les arbres sont morts
Le feu brille
Et quelqu'un s'endort
Des lumières contre le mur
Sur la terre une feuille glisse
La nuit c'est le nouveau décor
Des drames sans témoin qui se passent dehors.

Pierre Reverdy ("Plupart du temps" - Gallimard, 1969 - poèmes écrits de 1915 à 1922)


Son de cloche

Tout s'est éteint
Le vent passe en chantant
Et les arbres frissonnent
Les animaux sont morts
Il n'y a plus personne
Regarde
Les étoiles ont cessé de briller
La terre ne tourne plus
Une tête s'est inclinée
Les cheveux balayant la nuit
Le dernier clocher resté debout
Sonne minuit.

Pierre Reverdy ("Plupart du temps" - Gallimard, 1969 - poèmes écrits de 1915 à 1922)


La neige tombe 

La neige tombe
Et le ciel gris
Sur ma tête où le toit est pris
La nuit
Où ira l'ombre qui me suit
À qui est-elle
Une étoile ou une hirondelle
Au coin de la fenêtre
La lune
Et une femme brune
C'est là
Quelqu'un passe et ne me voit pas
Je regarde tourner la grille
Et le feu presque éteint qui brille
Pour moi seul
Mais là où je m'en vais il fait un froid mortel.

Pierre Reverdy ("Sources du vent" - 1929)


Temps couvert

Je suis au milieu d’un nuage
de neige
ou de fumée
L’éclat du jour fait son tapage
la fenêtre en battant
ouvre le mur du coin
la paupière assoupie
et l’œil déjà baissé
Plus loin
sur le détour où aurait dû tomber
le grand vent qui passait
en roulant l’atmosphère
la neige et la fumée
Quelques grains de soleil
et le poids de la terre
à peine soulevée

Pierre Reverdy ("Cravates de chanvre" - 1922)


1 août 2007

L'hiver d'Illberg

Illberg (Gérard Illberg), écrivain et poète contemporain, a publié de nombreux recueils de poèmes et des contes et légendes de sa région natale, les Vosges.
Voici un joli texte pour la classe :

Toc ! Toc ! ouvrez-moi !

Toc ! Toc ! bonnes gens, ouvrez-moi !
Ayez pitié d’une mésange.
Puis-je venir dans votre grange ?
Dans le verger, il fait si froid.

Toc ! Toc ! bonnes gens, ouvrez-moi !
La neige recouvre la terre ;
Je suis seule et n’ai plus de mère.
Il fait si chaud sous votre toit.

Toc ! Toc ! bonnes gens, ouvrez-moi !
Je me contenterai des miettes
Qui resteront dans vos assiettes.
Comme on doit être bien chez soi !

Toc ! Toc ! bonnes gens, ouvrez-moi !
Je serai toujours propre et sage,
Mais ne me mettez pas en cage ;
Il est si triste, cet endroit.

Toc ! Toc ! bonnes gens, ouvrez-moi !
Je ne serai pas une ingrate ;
Je chanterai une sonate,
Pour vous, au printemps, dans le bois.

Gérard Illberg ("Choix de poésies pour enfants de 8 à 12 ans" - édit André Bonne, 1961)


2 août 2007

Le Noël de Charles Frémine

Charles Frémine (1841-1906) est un écrivain, poète et journaliste français, auteur en particulier de Poésies, comptines et chansons pour Noël.

On propose parfois aux élèves des passages (en couleur) de ce poème :

Noël

Coupez le gui ! Coupez le houx !
Feuillage vert, feuillage roux,
Mariez leurs branches ;
Perles rouges et perles blanches,
Coupez le gui ! Coupez le houx !
C’est la Noël, fleurissez vous !

Chassez les grives et les merles,
Chassez les mésanges au dos bleu
Du gui dont les fleurs sont des perles,
Du houx dont les fleurs sont du feu !
Courez à la forêt prochaine,
Courez à l’enclos des fermiers ;
Coupez le gui sur le grand chêne,
Coupez le gui sur les pommiers.
Coupez le houx le long des haies
Qui bordent le chemin des bois ;

Coupez le houx sous les futaies
Où sont nos vieux temples gaulois ?
… Et coupez-les par tas, par piles !
Liez en gerbes leurs rameaux,
Et qu’on en pavoise les villes,
Qu’on en pavoise les hameaux !
Coupez le gui ! Coupez le houx !
Feuillage vert, feuillage roux,
Mariez leurs branches !
Perles rouges et perles blanches ;
Coupez le gui ! Coupez le houx !
C’est la Noël ! Fleurissez-vous !

Charles Frémine ("Poésies, comptines et chansons pour Noël - Gallimard, 1988)


1 octobre 2007

L'automne de Pierre Menanteau

De Pierre Menanteau, cité plusieurs fois dans ce blog :

Le vent d'automne

Ah! Ce grand vent, l'entends-tu pas ?
L'entends-tu pas heurter la porte ?
A plein cabas il nous apporte
Les marrons fous, les feuilles mortes.
Ah ! Ce grand vent, l'entends-tu pas ?
Ah ! Ce grand vent, l'entends-tu pas ?
L'entends-tu pas à la fenêtre ?
Par la moindre fente il pénètre
Et s'enfle et crache comme un chat.
Ah ! Ce grand vent, l'entends-tu pas ?
- J'entends les cris des laboureurs,
La terre se fend, se soulève.
Je vois déjà le grain qui meurt,
Je vois déjà le blé qui lève.
Voici le temps des laboureurs.

Pierre Menanteau

29 avril 2007

Asie- Japon - autres poèmes

Yamabe no Akahito poète japonais du VIIIe siècle, utilise une autre forme de poème : Le tanka, constitué de deux parties qui se répondent.

Original (en syllabique) :

Waka no ura ni
shio michi-kureba
kata won ami
Ashibe wo sashite
nazu naki-wataru.

Yamabe no Akahito (Man’yôshû).

Traduction de G. Bonneau :

Quand dans la baie de Waka
la marée montante
recouvre le sable
Alors, gagnant les roseaux,
les grues traversent à grands cris.

Un autre tanka du même auteur, sous les deux formes d'écriture japonaise, suivies de la traduction en français

Nous avons emprunté ce poème sous ses trois écritures ici : http://leonicat.club.fr/ohi/ohi.html
Ce joli site vous présente un grand nombre de tankas. Merci de le faire connaître.

Le texte ci-dessous peut -être collé et agrandi dans un traitement de texte (Word par exemple) pour le présenter aux élèves, si vous possédez la police de caractère adaptée. Sinon installez-la (la mienne, sur Mac, s'appelle : ヒラギノ明朝 Pro W3)

山辺赤人 (Yamabe no Akahito)

田子の浦に
打ち出でてみれば
白妙の

富士の高嶺に
雪はふりつつ

Tago no Ura ni
Uchi idete mireba
Shirotae no

Fuji no takane ni
Yuki wa furi tsutsu

Yamabe no Akahito

Marchant sur la plage
Depuis la baie de Tago
Je vois la blancheur

Du sommet du mont Fuji
Où la neige s’accumule.

Yamabe no Akahito


Un deuxième texte, toujours sous ses deux formes japonaises et ensuite la traduction en français, et emprunté  toujours à cette adresse : http://leonicat.club.fr/ohi/ohi.html

Texte de 天智天皇 (Tenchi Tenno)

秋の田の
かりほの庵の
苫をあらみ

わが衣手は
露にぬれつつ

Aki no ta no
Kariho no io no
Toma o arami

Waga koromode wa
Tsuyu ni nure tsutsu

Tenchi Tenno

Sous le toit de nattes
De la cabane à moisson
Dans le champ de riz

La pluie d’automne y pénètre
Coulant jusque dans mes manches

Tenchi Tenno, ou Naka no Oe (Empereur Tenchi) (626 – 672)


Deux autres textes :

Telle une feuille
Qui, là, de l’arbre tombe
Chantant le vide
Que sont les certitudes
A l’orée de l’automne ?

Liam

Et celui-ci :

Une fourmi meurt de faim au sommet
De la tour :
Le lune est si haute.

Yokomitsu Riichi (1898-1947)


Traduit du japonais par Jacques Roubaud, ce texte traditionnel :

yo no naka ni
nani ni tatoyemu ?
asa borake
kogi yuku fune no
ato no shira nami

à quoi comparer
ce monde
à la vague blanche derrière
un bateau parti à la rame
dans l'aube

Jacques Roubaud ("Mono no Aware, le Sentiment des choses, cent quarante-trois poèmes empruntés au japonais" - Gallimard, 1970)


29 avril 2007

"L'autre" - Maurice Carême

Maurice Carême, instituteur belge (1899-1978) est présent dans chaque cahier de poésie des élèves de France et de Navarre (et de Belgique bien sûr). voir dans POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3 et dans POÉSIES PAR THÈME : l'école

Il porte un oiseau dans son cœur

Il porte un oiseau dans son cœur,
L'enfant qui joue des heures, seul,
Avec des couronnes de fleurs
Sous l'ombre étoilée du tilleul.
Il semble toujours étranger
À ce qu'on fait, à ce qu'on dit
Et n'aime vraiment regarder
Que le vent calme du verger.
Autour de lui, riant d'échos,
Le monde est rond comme un cerceau.

Maurice Carême


Belle de jour ...

Belle de jour, belle de nuit
Joue de velours, fleur de Paris,
A glisser, patins étincellent ;
Coeur, à roucouler s'enhardit
Et devient un jour tourterelle.
Est toujours belle qui sourit ...
Et douce glisse la souris.

Maurice Carême ("L'oiseleur")


Bonté

Il faut plus d'une pomme
Pour emplir un panier.
Il faut plus d'un pommier
Pour que chante un verger.
Mais il ne faut qu'un homme
Pour qu'un peu de bonté
Luise comme une pomme
Que l'on va partager.

Maurice Carême



1 août 2007

L'hiver de Louisa Paulin

Louisa Paulin (1888-1944), institutrice et poétesse occitane a écrit des poésies en français et en occitan.
Voyez sur le blog d'autres textes de Louisa Paulin (Loïsa Paulin) dans ces deux langues :
PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde)
et
POÉSIES PAR THÈME : le calendrier, Noël, le nouvel an ...

Chant de neige

L’ange de la géométrie, mon cœur   
Ce matin d’hiver veut nous prendre au piège.

L’ange étincelant nous ouvre, mon cœur,
Le blanc paradis des cristaux de neige.

Et nous sommes là, fascinés, mon cœur,
Par sa merveilleuse et pure science.

Et nous sommes là, prisonniers, mon cœur,
De son ineffable et cruel silence.

Louisa Paulin ("Poèmes" - Éditions de la Revue du Tarn, 1969)


1 août 2007

L'hiver de Guy de Maupassant

Guy de Maupassant (1850-1893) est un auteur français de romans (Une vie ; Bel ami) et de nouvelles (Boule de Suif ; Les Contes de la bécasse).
C'est aussi un poète méconnu. Les passages en couleur de la poésie qui suit sont parfois proposés aux élèves d'élémentaire.

Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur œil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas
.

Guy de Maupassant


1 août 2007

L'hiver de Jason Émond

Jason Émond ne donne pour le moment aucun élément de biographie. Cette petite poésie simple et légère est publiée sous réserves ...

Le bonhomme de neige

Savez-vous qui est né
Ce matin dans le pré ?
Un gros bonhomme tout blanc!
Il est très souriant
Avec son ventre rond
Ses yeux noirs de charbon
Son balai menaçant
Et son chapeau melon.

Le soleil a brillé,
À midi dans le pré,
Je n'ai rien retrouvé ...
Le bonhomme a filé !

Jason Émond


2 août 2007

Le Noël de Fagus

Fagus est le pseudonyme de Eugène Faillet, poète, critique d'art, qui est né à Bruxelles en 1872 et mort à Paris en 1933.

Noël

Tant l’on crie Noël,
Qu’à la fin nous vient.
Tout mon coeur appelle
Noël, Noël !
Tout mon coeur appelle
Tant il se souvient.

Dame neige est en voyage
Sur les routes de l’hiver ;
Les oiseaux du voisinage
Se sont enfuis par les airs.

Seul, le rouge-gorge appelle
Avec sa fluette voix ;
Il fait : Noël, Noël !
À tous les échos des bois.

Tant l’on crie Noël,
Noël, Noël !
Tant l’on crie Noël
Qu’enfin on le voit.

L’espérance est en voyage ;
Dans les bois flambe le houx ;
Le petit enfant bien sage
Rêve au bonhomme aux joujoux.

Tant l’on crie Noël,
Noël, Noël,
Tant l’on crie Noël
Qu’il s’en vient à nous.

Fagus ("Le sacre des innocents" - 1927)


1 août 2007

L'hiver de Madeleine Morize

Madeleine Morize (ou Madeleine Prat ou Prat-Morize) , née en 1877, a écrit des poèmes classiques d'une grande sensibilité (non publiés à notre connaissance), que présente son petit-fils à cette adresse : http://www.philippemorize.com/

 

«  Le poète c’est un homme qui peut ne jamais savoir forger un vers
mais qui comprend le langage mystérieux des fleurs,
les signes des étoiles et la poésie troublante des rayons de lune. »
Madeleine Morize
(1898)

Chanson d'hiver

Les flocons, loin du ciel sévère,
S'en sont allés, tout en dansant,
Bien pressés d'atteindre la terre
Qui les attirait doucement.
Menant une ronde joyeuse,
Ils semblent un duvet léger
Échappé d'une aile soyeuse
Et que le vent fait voltiger.

Petits et clairs, dans la tourmente,
Ils ont l'allure de lutins
Qui se frôlent dans la descente
Aussi caressants que mutins.
Mais la glace emprisonne et gèle
Les jolis flocons blancs si fous.
La mort étend sur tout son aile.

Cœurs qui souffrez, endormez-vous !

Et maintenant, dans le mystère,
Sous l'épaisseur du manteau blanc,
C'est le grand travail de la terre !
Elle prépare dans son flanc
Toutes les richesses futures :
Les fleurs si douces du printemps,
De l'été, les vertes ramures,
De l'automne, les tons ardents.
Et pourtant, elle semble morte ;
Les charmes sont ensevelis ;
Chaque neige que le vent porte
Du linceul alourdit les plis.
Cette blancheur s'immobilise
Sous le ciel gris, en contours flous
Et toute forme est imprécise.

Oh ! Cœurs qui dormez, rêvez-vous ?

Mais voici que dans la nature
Viennent à passer des frissons.
Peu à peu s'en vont la froidure,
La neige pâle et les glaçons.
Écartant son voile superbe,
La terre apparaît et sourit ;
Des rubans d'eau courent dans l'herbe
Qui, sous leurs baisers, reverdit.
Et, là-bas, voilà que s'éveille
La voix profonde des forêts
Et que s'ouvre, pure merveille,
La clochette des blancs muguets.
La vie, en tout, fleurit et chante
Et l'air est infiniment doux.
Il se lève une aube charmante.

Cœurs qu'on croit morts, réveillez-vous !

Madeleine Morize (écrit en mars 1917)


 

2 août 2007

Le Noël de Clovis Hugues

Clovis Hugues (1851-1907), poète provençal membre du "félibrige" (voir Frédéric Mistral dans la catégorie PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde), a mené en parallèle ses activités politiques et l'écriture de poésies et de romans.

Le bonhomme Noël

Tout près de l'étang qui reflète
Les peupliers au vent courbés,
J'ai vu passer, oh ! quelle fête !
Le bonhomme cher aux bébés.

Par les sentiers, sous la feuillée,
Il s'en allait à petits pas,
Tout joyeux, la mine éveillée,
Comme s'en vont les grands-papas.

Clovis Hugues


1 août 2007

L'hiver de Pernette Chaponnière

Pernette Chaponnière est née en 1915 en Suisse. Elle est auteure de romans, de livres pour enfants et de pièces de théâtre.
Voir la catégorie POÉSIES PAR THÈME : le calendrier, Noël, le nouvel an ... et la catégorie UNE SAISON en POÉSIE - automne

La neige

Regardez la neige qui danse
Derrière le carreau fermé.
Qui là-haut peut bien s'amuser
A déchirer le ciel immense
En petits morceaux de papier ?

Pernette Chaponnière ("L'Écharpe d'Iris" - éditions Hachette, 1990)


Le sapin de noël (ou le petit sapin sous la neige)

Le petit sapin sous la neige
Rêvait aux beaux étés fleuris.
Bel été quand te reverrai-je ?
Soupirait-il sous le ciel gris.

Dis moi quand reviendra l’été !
Demandait-il au vent qui vente
Mais le vent sans jamais parler
S’enfuyait avec la tourmente.

Vint à passer sur le chemin
Un gaillard à grandes moustaches
Hop là ! en deux coups de sa hache,
A coupé le petit sapin.

Il ne reverra plus l’été ,
Le petit sapin des montagnes,
Il ne verra plus la gentiane,
L’anémone et le foin coupé.

Mais on l’a paré de bougies,
Saupoudré de neiges d’argent.
Des clochettes de féerie
Pendent à ses beaux rameaux blancs.

Le petit sapin de noël
Ne regrette plus sa clairière
Car il rêve qu’il est au ciel
Tout vêtu d’or et de lumière.

Pernette Chaponnière ("Vingt Noëls pour les enfants" - Éditions de la Baconnière, 1985)


2 août 2007

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - SOMMAIRE

Les poésies sur le thème du calendrier, Noël, le nouvel an ...

catégorie classée par auteurs et augmentée régulièrement 

  • Corinne Albaut - Je serai Père Noël
  • anonymes et divers - COMPTINES ET CHANSONNETTES
  • Alain Bosquet - Les mois de l'année
  • Pernette Chaponnière - Le sapin de Noël
  • Tristan Derème - Bonne année
  • Eugène Faillet (Fagus) - Noël
  • Charles Frémine - Noël
  • Alphonse Gaud - Cantilène du vieux Noël

page 2 (cliquer pour un accès direct à cette page)

  • Rosemonde Gérard - Bonne année - La ronde des mois
  • Maud-Élisa Givaudan  - Nouvel An, sois le bienvenu
  • Louis Guillaume   - La source
  • Clovis Hugues - Le bonhomme Noël
  • Catherine de Lasa - Clarté d'hiver
  • Pierre Menanteau - Le premier jour de l'an
  • Louisa Paulin - La nouvelle année
  • Arthur Rimbaud - Le matin des étrennes
  • Edouard Tavan - La ronde des mois
  • Jean-Louis Vanham  - Noël
     
1 août 2007

L'hiver d'Émile Nelligan

Émile Nelligan (1879-1941), le poète le plus important du Québec, a connu un destin tragique (frappé de schizophrénie à l'âge de 19 ans, il finit son existence en hôpital psychiatrique).
Ce texte noir de neige est peut-être à réserver aux plus grands élèves :

Soir d'hiver

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j'ai, que j'ai !

Tous les étangs gisent gelés ,
Mon âme est noire: Où vis-je ? Où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé !
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À tout l'ennui que j'ai, que j'ai ! ...

Émile Nelligan ("Poésies complètes" - éditions Fides, 1952)


1 octobre 2007

L'automne de Philéas Lebesgue

Philéas Lebesgue (1869-1958), poète-paysan a beaucoup écrit sur le Picardie (cf "Mon pays de Bray") où il est né.
On trouve d'autres poésies sur le blog (catégories "le printemps" et "l'éloge de l'autre").

La pomme

Bel automne
À moi tes pommes,
Qui sont rougeaudes comme joues de jeune vierge !
J'y veux mordre à pleines dents ;
J'y veux boire à pleines lèvres :
Bel automne,
À moi tes pommes
Pour le pressoir qui les attend !
J'en veux faire éclater la fine chair
Entre les mâchoires de fer ;
J'en veux tirer la liqueur blonde ;
À grand effort de vis et de levier,
J'en veux faire jaillir une source de songe !
Pour défier
L'ennui de l'hiver et des mois sombres,
Rien ne vaut une cave pleine et froment au grenier.

Bel automne
À moi tes pommes !
Aux glèbes fraîches,
Mon blé germe :
Qu'importe le passé ? J'ai semé l'avenir.
Les feuilles sèches,
Au gré du vent peuvent courir
Dans la brume des soirs ternes ;

Si j'ai du cidre
En mon cellier,
Il m'est permis d'oublier
L'angoisse même de vivre,
L'angoisse de marcher ployé,
Et d'être si peu, si peu libre !

Philéas Lebesgue ("Les Servitudes" - 1913)

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